‹ Système de logique déductive et inductive [microform]; exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 134 sur 146 · IS · texte numérisé non relu

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si souvent éprouvées ensemble, que chacune d'elles éveille facilement et instantanément les idées du groupe entier, il arrive parfois que ces dernières se fondent et s'unissent, et apparaissent, non plus comme des idées distinctes, mais comme une idée unique. C'est ainsi que lorsque les sept couleurs du prisme se succèdent rapidement devant notre œil, la sensation produite est celle du blanc. Mais de même que, dans ce cas, il est correct de dire que les sept couleurs, quand elles se suivent l'une l'autre avec rnipïdiié y produisent h couleur blanche, mais non qu'elles so}it réellement blanches; de même, je crois, on devrait dire de l'idée complexe formée par la fusion de plusieurs idées simples, lorsque d'ailleurs elle paraît être réellement simple (c'est-à-dire qu'on ne peut distinguer les éléments qui la composent), qu'elle est le résultat ou le produit d'idées simples, mais non qu'elle consiste dans ces idées. L'idée d'une orange co;^5^5/6M*éellement dans les idées simples d'une certaine couleur, d'une certaine forme, d'un certain goût, d'une certaine odeur, etc., parce ^que nous pouvons, en interrogeant notre conscience, discerner tous ces éléments de l'idée. Mais nous ne pouvons discerner, dans un sentiment aussi évidemment simple que la perception de la forme d'un objet, toute cette multitude d'idées dérivées des autres sens, sans lesquelles il est parfaitement reconnu qu'aucune perception visuelle n'aurait pu avoir lieu. Nous ne pouvons pas davantage discerner dans ridée de l'étendue les idées élémentaires de résistance, dérivées de notre appareil musculaire, qui sont, ainsi qu'on l'a démontré (le D' Brown et autres), l'origine de cette idée. Il se présente donc des cas de chimie mentale, dans lesquels il serait plus exact de dire que les idées simples produisent les idées complexes, que de dire qu'elles les composent.

Quant aux autres parties constituantes de l'esprit, les croyances, les concepts plus abstrus, les sentiments, les émotions et les volitions, il y a des philosophes (entre autres Hartley et l'auteur de Y Analyse) qui pensent qu'elles sont toutes le produit d'idées simples de sensations, obtenu par

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une sorte d'opération chimique comme celle dont nous venons de donner un exemple. Je ne puis admettre que cette conclusion, dans l'état actuel de nos connaissances, soit pleinement justiiiée. Dans bien des cas même, je ne vois pas que les raisons déduites à Tappui soient bien propres à l'établir. Ces philosophes ont sans doute bien prouvé qu'il existe une sorte de chimie mentale; que lanature hétérogène d'un sentiment A par rapport à B et à G ne permet pas de conclure qu'il n'est pas le produit de B et de C. Après avoir établi ce point, ils essayent de montrer que là où A se trouve, B et G ont été ou peuvent avoir été présents; et pourquoi donc, demandent-ils, A n*aurait-il pas été produit par B et G? Mais lors même que cette preuve aurait été rendue aussi complète que possible ; lors même qu'on aurait montré (ce qu'on n'a pas fait encore), que certains groupes d'idées associées, non-seulement pouvaient avoir été, mais étaient réellement présents, toutes les fois que le phénomène mental plus intime a eu lieu, ce ne serait là qu'un résultat de la Méthode de Goncordance, qui ne pourrait pas prouver la causation, tant qu'il n'aurait pas été confirmé par la preuve plus concluante de la Méthode de Différence. Pour décider si la Croyance est simplement un cas d'association étroite entre plusieurs idées, il serait nécessaire de rechercher expérimentalement s*il est vrai que toutes les idées déterminent la croyance, pourvu qu'elles soient assez étroitement associées. Pour découvrir l'origine des sentiments moraux, du sentiment du blâme, par exemple, le premier pas à faire serait de comparer entre elles toutes les variétés d'actions ou d'états mentais qui sont moralement réprouvés, et de voir si, dans tous ces cas, il existe, dans l'esprit animé du sentiment de réprobation, une association entre l'action ou l'état moral objets du blâme et quelque classe particulière d'idées propres à inspirer l'aversion ou le dégoût; et jusque-là, la méthode employée est celle de Goncordance. Mais cela ne suffit pas. En supposant ce premier point prouvé, nous devons poursuivre et rechercher par la Méthode de Différence si cette espèce particulière d'idées odieuses ou répu-

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gnantes, quand elle vient à être associée à une action précédemment indifférente, rendra cette action passible d'une désapprobation morale. Si cette question est résolue affirmativement, il restera acquis, comme loi de l'esprit humain, qu'une association de cette nature est la cause génératrice de la réprobation morale. Mais ces expériences n'ont jamais été faites, du moins avec le degré de précision indispensable pour les rendre concluantes; et elles ne le seront probablement de longtemps, vu les difficultés d'une expérimentation exacte sur l'esprit humain (1).

En outre, il ne faut pas oublier que, lors même qu'on pourrait prouver tout ce qui est impliqué dans cette théorie des phénomènes mentais, on ne serait pas mieux en état de résoudre les lois des sentiments plus complexes en celles des sentiments plus simples. La génération d'une classe de phénomènes mentais- par une autre, toutes les fois qu'elle peut être démontrée, est un fait d'un haut intérêt en chimie psychologique, mais elle ne dispense pas plus d'une étude expérimentale du phénomène produit, que la connaissance des propriétés de l'oxygène et du soufre ne nous met à même d'en déduire celles de l'acide sulfurique sans l'observation et l'expérience spécifiques. Ainsi donc, quelle que puisse être en définitive l'issue de la tentative d'expliquer par des phénomènes mentais plus simples l'origine de nos jugements, de nos désirs ou de nos volitions, il n'en restera pas moins nécessaire de déterminer les successions des phénomènes complexes eux-mêmes par une étude spéciale et conformément aux règles de l'induction. Ainsi, en ce qui concerne la Croyance, les psychologistes auront toujours à rechercher quelles sont les croyances résultant d'une intuition directe, et suivant quelles lois une croyance en produit une autre ; quelles sont les lois en vertu desquelles une chose est admise, à

(1) Pour les sentimenls moraux, l'expi^nence historique supplée dans une large mesure à rexpérimenlalion directe, et nous pouvons remonter, avec une \)robabilité très-voisine de la certitude, aux associations particulières qui ont produit ces sentimenls. C'est ce que l'auteur a tenté de faire, pour le sentiment de la Justice, dans un petit ouvrage intitulé Utilitarisme.

tort OU à raison, comme la preuve d'une autre chose. En ce qui concerne le Désir, ils auront à examiner quels sont les objets que nous désirons naturellement, et quelles causes nous font désirer des choses qui nous étaient originairement indifférentes ou même désagréables. Du reste, il est à remarquer que les lois générales de l'association gouvernent les états les plus compliqués de l'esprit comme les états les plus simples. Un désir, une émotion, une idée de l'ordre d'abstraction le plus élevé, nos volitions mêmes et nos jugements quand ils sont devenus habituels, sont excités par association, exactement d'après les mêmes lois que nos idées simples.

§ /i. — Dans le cours de ces investigations, il sera naturel et nécessaire d'examiner jusqu'à quel point la production d'un état de l'esprit par un autre peut être influencée par un état assignable du corps. L'observation la plus vulgaire montre que les mêmes causes psychologiques agissent à des degrés très-différents sur les diflérenls esprits. L'idée d'un objet désirable, par exemple, excitera très-inégalement les désirs dans des esprits différents. Le même sujet de méditation, présenté à différents esprits, excitera très-inégalement l'activité intellectuelle. Ces différences de sensibilité mentale dans des individus diflérents peuvent être, premièrement, des faits primitifs et fondamentaux ; secondement, elles peuvent être les conséquences du passé mental de ces individus ; troisièmement, enfin, elles peuvent dépendre de diversités d'organisation physique. Que le passé mental des hommes doive avoir une part à la production ou aux modifications de leur caractère moral, c'est là une conséquence inévitable des lois de l'esprit; et que les différences dans la structure du corps y coopèrent aussi, c'est l'opinion de tous les physiologistes, confirmée par l'expérience commune. 11 est à regretter seulement que jusqu'ici cette expérience, admise en gros, sans analyse, ait été prise pour base de généralisations empiriques des plus nuisibles aux progrès de la science réelle.

Il est sûr que les difiérences naturelles qui existent réellement dans les prédispositions ou réceptivités mentales des

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individus ont souvent quelque connexion avec certaines particularités de leur constitution organique. Mais il ne s'ensuit pas que ces différences organiques doivent dans tous les cas exercer une influence directe et immédiate sur les phénomènes mentais. Elles les aff^ectent souvent par l'intermédiaire de leurs causes psychiques. Par exemple, l'idée de quelque plaisir particulier peut exciter chez des personnes différentes, indépendamment même des habitudes ou de l'éducation, des degrés très-différents de désir, et cela peut tenir au degré ou à la nature de leur sensibihté nerveuse. Mais ces différences organiques, il ne faut pas l'oublier, rendront la sensation de plaisir elle-même plus vive chez l'un que chez l'autre, en sorte que l'idée de plaisir sera aussi un sentiment plus intense, et excitera un désir plus vif par l'opération de lois purement mentales, sans qu'il soit nécessaire de supposer que le désir lui-même est directement dans la dépendance de la circonstance physique. Dans bien des cas, comme dans celui-ci, les difl'érences que produisent nécessairement dans l'espèce et le degré des sensations physiques les différences d'organisation corporelle, expliqueront d'ellesmêmes bien des difiérences, non-seulement de degré, mais même d'espèce, dans les autres phénomènes mentais. Cela est si vrai que même de simples différences d'intensité dans les sensations pourront produire des qualités d'esprit difl'érentes, des types différents de caractère mental, comme on l'explique très-bien dans un excellent Essai sur Priestley, cité dans un des précédents chapitres :

(( Les sensations, qui forment les éléments de toute connaissance, sont éprouvées, soit simultanément, soit successivement. Quand plusieurs sont éprouvées simultanément, comme celles de l'odeur, du goût, de la couleur, de la forme d'un fruit, leur association constitue l'idée d'un objet; quand elles sont éprouvées successivement, leur association donne l'idée d'un événement. Tout ce qui favorise les associations d'idées synchroniques tendra donc à pro iuire une connaissance d'objets, une perception de qualités; et tout ce qui favorise les associations d'idées successives tendra à pro-

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duire une connaissance d'événements, de l'ordre dans lequel ils arrivent et de la relation de causes et efïet. En d'autres termes, le résultat pour l'esprit sera, dans le premier cas, une vue distincte des propriétés agréables et désagréables des choses, le sens du grand et du beau; dans le second cas, une grande puissance d'attention pour l'observation des mouvements et des phénomènes, le développement des facultés rationnelles et philosophiques. Or, c'est un principe reconnu que toutes les sensations éprouvées sous une impression vive s'associent étroitement à celte impression aussi bien qu'entre elles; et ne s'ensuit-il pas que chez les personnes d'une organisation sensible, c'est-à-dire susceptibles d'impressicns vives, les sentiments synchroniques pourront entrer dans une fusion plus intime que dans tout autre genre d'esprits? Si cette opinion est fondée, elle conduit à une inférence qui n'est pas sans importance, à savoir, qu'un individu naturellement très-impressionnable se distinguera probablement par le goût de l'histoire naturelle, par le sentiment du beau et du grand, par l'enthousiasme moral; tandis que le résuUat d'une sensibilité médiocre sera vraisemblablement l'amour de la science, de la vérité abstraite, et un défaut de goût et de chaleur. »

Nous voyons par cet exemple que les lois générales de l'esprit, quand elles sont exactement connues, et surtout habilement appliquées à l'explication détaillée des particularités mentales, peuvent rendre compte d'un beaucoup plus grand nombre de ces particularités qu'on ne le suppose ordinairement. Malheureusement la réaction de la génération qui nous a précédés et de la nôtre contre la philosophie du xviif siècle a fait généralement négliger cet important sujet d'investigation analytique, dont les progrès à notre époque n'ont pas répondu à ce qu'on avait pu s'en promettre. La plupart de ceux qui spéculent sur la nature humaine aiment mieux poser dogmatiquement en principe, que les différences mentales qu'ils perçoivent, ou croient percevoir, entre les êtres humains sont des faits primitifs qu'on ne peut ni exphquer ni modifier, que de se mettre en me-

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sure, a l'aide d'une bonne méthode, de rapporter ces diversités mentales aux circonstances extérieures qui les produisent en grande partie et sans lesquelles elles n'existeraient pas. L'école allemande de métaphysique, qui n'a pas encore perdu sa prépondérance temporaire sur la pensée européenne, a, parmi d'autres influences non moins pernicieuses, tortemcnt agi dans ce sens; et à l'extrémité opposée de l'échelle psychologique, il n'est pas d'écrivain, ancien ou récent, plus coupable de cette déviation du véritable esprit scientifique que M. A. Comte.

Il est certain que, dans les êtres humains du moins, les différences d'éducation et de circonstances extérieures peuvent fournir une explication satisfaisante du caractère presque tout entier, et que le reste peut être exphquéen grande partie par les difl^érences des sensations produites chez différents individus par la même cause externe ou interne. Il y a cependant des faits mentais qui semblent n'admettre aucune de ces explications. Tels sont, pour prendre le cas le plus saillant, les divers instincts des animaux, et la partie de la nature humaine qui correspond à ces instincts. On n'a encore imaginé, même par voie d'hypothèse, aucune manière satisfaisante, ni môme plausible, de les expliquer par des causes psychologiques seules ; et il y a de graves raisons de penser que ces instincts ont une connexion aussi positive, et même aussi directe et aussi immédiate, avec le cerveau et les nerfs que les sensations. Cette supposition (il n'est peut-être pas inutile de le dire) n'est nullement en désaccord avec le fait incontestable que ces instincts peuvent être modifiés indéfiniment ou entièrement vaincus, chez les êtres humains du moins, par d'autres influences mentales et par l'éducation.

La question de savoir si les causes organiques exercent une influence directe sur les autres classes de phénomènes mentais est, jusqu'à présent, aussi indécise que celle de la nature des conditions organiques qui déterminent les instincts euxmêmes. Cependant la physiologie du cerveau et du système nerveux fait des progrès si rapides et donne conti-

nuellement des résultats si nouveaux et si intéressants, que s'il V a réellement connexion entre certains phénomènes mentais et certaines diversités appréciables dans la structure de l'appareil cérébral et nerveux, nous sommes maintenant en bonne voie pour découvrir la nature de cette connexion. Les dernières découvertes de la physiologie cérébrale semblent prouver que la connexion, quelle qu'elle puisse être, est radicalement tout autre que celle imaginée par Gall et par ses successeurs ; et quelle que soit la théorie vraie que Tavenir peut nous réserver, la phrénologie du moins est désormais insoutenable.

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