CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA SCIENCE SOCIALE
§ 1. — Immédiatement après la science de l'homme individuel, vient la science de l'homme en société, la science des
actions des niasses collectives du genre humain, et des divers phénomènes qui constituent la vie sociale.
Si la formation du caractère individuel est déjà un sujet d'étude fort complexe, cet autre sujet doit, en apparence au moins, l'être encore bien davantage, car le nombre des causes concourantes, qui exercent toutes plus ou moins d'influence sur l'effet total, est ici en proportion de la surface plus vaste qu'une nation ou l'espèce tout entière offre à l'opération des agents psychologiques et physiques. S'il a été nécessaire de prouver, en opposition avec un préjugé existant, que le plus simple de ces deux sujets peut être l'objet d'une science, bien plus puissant encore doit être le préjugé contre la possibilité de donner un caractère scientifique à l'élude de la Politique et des phénomènes de la Société. Aussi n'est-ce que d'hier que la conception d'une science pohtique et sociale a pu se former ailleurs que dans l'esprit de quelques penseurs isolés, généralement très-mal préparés à la réaliser; et malgré que ce sujet ait plus qu'aucun autre éveillé Fattention générale et qu'il ait fourni, dès le commencement des temps historiques, le thème de discussions sérieuses et passionnées.
La politique, envisagée comme l'une des branches des connaissances, est restée jusqu'à une époque très-récente et a, maintenant même, à peine cessé d'être dans la condition misérable, que Bacon signalait comme l'état naturel des sciences, tant que la culture en est abandonnée aux praticiens et que, n'étant pas étudiées spéculativement, mais seulement en vue des besoins de la pratique journaUère, on vise aux expérimenta fmctifera, à l'exclusion presque complète des lucifera. Tel était l'état de la médecine avant qu'on eût commencé à cultiver la physiologie et l'histoire naturelle comme des branches de la science générale. Les seules questions examinées se réduisaient à décider quel régime est salutaire, et quel remède guérirait une maladie donnée, sans aucune recherche préalable et systématique des lois de la nutrition et de l'action normale ou morbide des différents organes, dont doit évidemment dépendre