‹ Système de logique déductive et inductive [microform]; exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 69 sur 146 · DE LA FLLRALITÉ DES CAUSES ET DU MÉLANGE DES EFFETS · texte numérisé non relu

DE LA FLLRALITÉ DES CAUSES ET DU MÉLANGE DES EFFETS

peut produire de l'électricité et Télectricité de la chaleur; que le mouvement mécanique, en beaucoup de cas, produit l'une et l'autre et est produit par l'une et par l'autre; et de même de toutes les autres forces physiques. Mais depuis peu s'est établie généralement, parmi les savants, l'opinion que la force mécanique, l'électricité, le magnétisme, la chaleur, la lumière et l'action chimique (auxquels on a ensuite ajouté l'action vitale) sont moins causes les uns des autres que convertibles l'un en l'autre, et on les considère comme des formes d'une seule et même force, variant seulement dans ses manifestations. Cette doctrine n'imphque nullement que la force est une entité réelle, une Chose en soi, distincte de ses manifestations phénoménales. En la supposant vraie , les divers ordres de phénomènes qu'elle identifie quant à leur origine n'en demeureraient pas moins des faits différents, des faits causes les uns des autres, mutuellement causes et effets, ce qui constitue le premier élément de celte forme de causation qu'on appelle proprement transformation. Ce qu'il y a de plus dans cette théorie, c'est que, dans tous ces cas de causation, les causes sont reproduites sans altération de leur quantité. C'est ce qui a heu dans les transformations de la matière, comme lorsque l'eau étant changée en hydrogène et oxygène, ces gaz peuvent être changés de nouveau en la même quantité d'eau de laquelle ils provenaient. Pour établir une loi correspondante pour la Force, il faut prouver que la chaleur peut être convertie en électricité, l'électricité en action chimique, l'action chimique en travail mécanique et le travail mécanique en la même quantité de chaleur dépensée au commencement ; et de même dans tous les échanges. Cela prouvé établirait ce qui constitue une transformation, en tant que distinguée de la simple causation réciproque. Le fait conclu est simplement l'équivalence quantitative de tous ces ag^ts naturels, en vertu de laquelle une quantité donnée de l'un est convertible en la quantité, ni plus ni moins, de l'autre et réciproquement. On ne peut pas dire que jusqu'ici cette loi ait été complètement prouvée pour tous les cas, hormis

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celui de l'échange entre la chaleur et le travail mécanique. Il paraît certain, non-seulement que ces deux forces sont convertibles l'une en l'autre, mais encore qu'après un nombre quelconque de conversions, les quantités primitives reparaissent sans augmentation ni diminution; de même que reparaissent les quantités primitives d'hydrogène et d'oxygène après leur passage à l'état d'eau. S'il est prouvé qu'il en est de même pour toutes les autres forces, dans leur rapport avec ces deux et entre elles, la loi de Conservation sera établie, et l'on pourra légitimement dire de la Force, comme on le dit de la Matière, qu'elle est indestruclive. Mais la force n'en restera pas moins, pour le philosophe, une pure abstraction. Tout ce qu'il y aura de prouvé, c'est que, dans la nature, aucun phénomène ne cesse sans engendrer une quantité calculable et toujours égale d'un autre phénomène, lequel, à son tour, lorsqu'il cesse, engendre une quantité égale d'un troisième phénomène ou reproduit la quantité originelle du premier;

Dans ces cas où l'effet hétéropathique (comme nous l'avons appelé) (1) n'est qu'une transformation de sa cause; en d'autres termes, où l'effet et sa cause sont tour à tour cause et effet l'un de l'autre et réciproquement convertibles, le problème de la découverte de la cause se résout en celui, plus facile, de trouver un effet, recherche qui admet l'emploi de l'expérimentation directe. Mais il y a d'autres cas d'effets hétéropathi<|ues auxquels ce mode d investigation n'est pas applicable. Prenons, par exemple, les lois hétéropathiques de l'esprit, de cette partie des phénomènes naturels qui ont plus d'analogie avec les faits chimiques qu'avec les faits dynamiques, comme les cas où une passion complexe se forme par l'association de plusieurs impulsions élémentaires, ou une émotion complexe par la réunion de plusieurs impressions simple? de plaisir ou de peine, dont elle est le résultat, sans en être l'agrégat et sans leur être, sous aucun rapport, homogène. Dans ces cas, le produit est engendré par divers

(1) Chapitre vu, § 1. ^

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facteurs, mais ces facteurs ne peuvent pas être retrouvés dans le produit. Ainsi le jeune homme peut devenir un vieillard, mais le vieillard ne peut pas redevenir le jeune homme. 11 n'est pas possible de déterminer de quels sentiments simples résultent les états complexes de l'esprit comme on détermine les ingrédients d'un compose chimique, en les faisant à leur tour sortir du composé. On ne peut donc découvrir ces lois que par une longue étude des sentiments simples mêmes, et en constatant synthétiquement, par l'observation des combinaisons diverses dont ils sont susceptibles, ce (jui peut résulter de Faction mutuelle des uns sur les autres.

§ 5. — On pourrait croire que l'autre variété, on apparence plus simple, d'interférence réciproque des causes, celle ou chaque cause continue de produire son efl'ct propre suivant les mêmes lois que dans son état d'isolement, offrirait moins de difficultés à la recherche inductive que celle dont nous venons de terminer l'examen. Loin de là, elle e^t sujette, en tant qu'il s'agit de l'induction directe, à part de la déduction, à des difficultés infmiment plus grandes. Lorsqu'un concours de causes donne naissance à un effet nouveau, sans relation avec les effets séparés de chacune de ces causes, le phénomène se montre à découvert, éveille l'attention par sa physionomie particulière, et laisse facilement constater sa présence ou son absence au milieu des phénomènes environnants. Il est, dès lors, susceptible d'être ramené aux règles de l'induction, pourvu qu'on puisse trouver des cas tels que ces règles l'exigent; et la seule difficulté réelle de ces investigations est l'absence de ces cas ou des moyens de les produire artificiellement; difficulté en linéique sorte physique plutôt que logique. Il en est autrement pour les cas de ce que nous avons appelé précédemment la Composition des Causes. Là, les effets des causes séparées ne sont pas remplacés par d'autres et ne cessent pas de faire partie des phénomènes à étudier; ils ont, au contraire, toujours lieu, quoique entremêlés aux effets homogènes cl étroitement associés des autres causes qui les

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masqiienl. Ce ne sont plus ^/, h, c, (/, e, placés cole à (.oie et séparément discernables; ce sont : -f <^, — ./, ' />, — b, 2 b, etc., dont quelques-uns s'annulent réciproquement, landis que d'autres ne se manifestent plus distinctemeni, mais se confondent dans une résultante dans laquelle il est souvent impossible de trouver par l'observation quelque rapport déterminé avec les causes dont elle est la somme et le produit.

La Composition des Causes, on l'a vu, consiste en ceci, que, bien que deux lois ou plus interviennent ensemble et annulent ou modifient réciproquement leur action, toutes cependant s'accomplissent, l'effet collectif étant la somme exacte des eiïets des causes prises séparément. Un exemple vulgaire est celui d'un corps tenu en équilibre par deux forces égales et contraires. Si l'une des forces agissait seule, elle pousserait le corps dans un temps donné à quelque distance du côté de Test; l'autre force, agissant seule, le porterait exactement aussi loin vers l'ouest ; et le résultat est le même que s'il avait été poussé d'abord à l'est aussi loin qu'une des forces l'y aurait porté, et ensuite ramené vers Touest aussi loin que l'aurait porté l'autre force, c'est-à-dire précisément à la même distance ; étant enfin laissé là où il aurait été trouvé.

Toutes les lois de causation peuvent, de celte manière, être contrariées et, en apparence, annulées, en venant en conflit avec d'autres lois dont le résultat séparé est opposé au leur ou plus ou moins incompatible. C'est ce qui fait que, presque pour chaque loi, beaucoup de cas dans lesquels elle est en réalité accomplie semblent au premier abord tout à fait étrangers à son domaine. 11 en est ainsi dans l'exemple précédent. En mécanique, une force n'est pas autre chose qu'une cause de mouvement; mais la somme des effets de deux causes de mouvement peut être le repos. En outre, un corps sollicité par deux forces dont les lignes de direction forment un angle se meut dans la diagonale; ut c'est, ce semble, un paradoxe de dire que le mouvement en diagonale est la somme des deux mouve-

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inents dans les deux autres lignes. Le mouvement, cependant, n'est qu'un changement de lieu, et, à chaque instant, le corps est exactement dans le lieu où il aurait été si les forces avaient agi alternativement au lieu d'agir au môme instant (bien entendu que si les deux forces, qui, en réalité, sont simultanées, sont supposées agir successivement, il faudra leur accorder un temps double). Il est, par conséquent, évident que chacune des forces a produit pendant chaque instant tout son effet, et que l'influence modificatrice que l'une des causes concourantes est censée exercer sur l'autre peut être considérée, non comme exercée sur l'action de la cause même, mais sur son eflet complètement produit. Car, pour la prévision, pour le calcul ou l'explication de leur résultat collectif, les causes composantes doivent être traitées comme si elles produisaient chacune son elTet propre simultanément, et comme si tous ces effets coexistaient visiblement.

Puisque les lois des causes sont réellement accomplies dans les cas où les causes sont, comme on dit, contrariées j)ar des causes opposées, aussi bien que dans les cas où leur action s'exerce librement, il faut prendre garde de ne pas les exprimer en des termes qui rendraient contradictoire l'assertion de leur accomplissement dans ces cas. Si, par exemple, on établissait, comme loi de la nature, qu'an corps auquel une force est apphquéese meut dans la direction de cette force avec une vitesse qui est en raison directe de la force et en raison inverse de sa masse, lorsque, en fait, des corps auxquels une force est appliquée ne se meuvent pas du tout, et que ceux qui se meuvent (du moins dans notre région terrestre) sont, dès le premier instant, retardés par l'action de la pesanteur et d'autres forces résistantes et à la fin arrêtés; il est clair que la proposition générale, vraie dans une certaine hypothèse, n'exprimerait pas les faits tels qu'ils ont lieu. Pour ajuster l'expression de la loi aux phénomènes réels, il faudrait dire, non que le corps se meut, mais qu'il tend à se mouvoir dans la directioîi et avec la vitesse indiquées. On pourrait, à la vérité, sauve-

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ni: L'1M)LCT10N.

tarder l'expression irune aiilre façon eu (lisant que le corps se meut ainsi s'il n'en est pas empêché par quelque cause contraire. Mais le corps se meut de cette manière, non point ^.eulement quand il n'est pas contrarié; il tend à se mouvoir ainsi, même quand il est contrarié ; il déploie toujours dans la direction primitive la même énergie motrice que si son impulsion première n'avait pas été troublée, et produit, par cette énergie, une quantité d'effet exactement équivalente. Cela est vrai , même lorsque la force laisse le corps tel qu'elle Ta trouvé, à l'état de repos absolu, comme quand on essaye d'élever un poids de trois tonnes av ecune force éo-ale à une tonne. Car si, pendant qu'on applique cette force, le vent, l'eau ou un autre agent fournit une force additionnelle tout juste de plus de deux tonnes, le corps sera soulevé; ce qui prouve que la force appliquée d'abord produisait son plein elYet eu neutralisant une partie équivalente du poids qu'elle ne pouvait vaincre tout à fait; et si pendant qu'on exerce cette force d'une tonne sur le corps dans une direction contraire à celle de la pesanteur on le pèse dans une balance, on trouvera qu'il a perdu une tonne de son poids ou, en d'autres termes, qu'il presse en bas avec une force égale seulement à la différence des deux

forces.

Ces foits sont correctement caractérisés par le mot tendance. Toutes les lois de causation, étant susceptibles d'être contrariées, doivent être énoncées en des termes affirmant seulement des tendances et non des résultats actuels. Les sciences qui possèdent une nomenclature exacte ont des termes spéciaux désignant la tendance à l'effet particulier, objet de leur étude. Ainsi, en mécanique, pression est synonyme de tendance au mouvement, et l'on y raisonne sur les forces, non comme produisant un mouvement actuel, mais comme exerçant une pression. Beaucoup d'autres branches des sciences se trouveraient bien d'un semblable perfectionnement dans leur tcrmiuologie.

L'habitude de négliger cet élément dans renonciation des lois de la nature a donné naissance au préjugé

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populaire que toutes les vérités générales ont des exceptions; et delà le discrédit le plus immérité des conclusions de la science soumises au jugement des esprits insuffisamment disciplinés et cultivés. Les grossières généralisations suggérées par l'observation commune ont des exceptions; mais les principes de science ou, en d'autres termes, les lois de causation , n'en ont pas. « Ce qu'on croit être une exception » (comme je l'ai dit ailleurs) <( est toujours quelque autre principe distinct qui croise le premier; quelque autre force qui vient heurter la première (1) et la détourne de sa direction. Il n'y a pas une loi et une exception à cette loi, de telle sorte que la loi agirait en quatre-vingt-dix-neuf cas et l'exception en un. Il y a deux lois pouvant ensemble agir dans les cent cas, et produire parleur réunion un effet commun. Si la force, qui, étant la moins apparente des deux s'appelle la force perturbatrice, prévaut assez sur l'autre dans un cas pour que ce cas constitue ce qu'on appelle communément une exception, la même force perturbatrice agit probablement comme cause modificatrice dans beaucoup d'autres cas que personne n'appellerait des exceptions.

« Ainsi, si l'on établissait comme loi de la nature que tous les corps pesants tombent sur la terre, on dirait probablement qu'un ballon, que la résistance de l'air empêche de tomber, est une exception à celte loi. Mais la loi réelle est que les corps tendent à tomber; et à cette loi il n'y a pas d'exception, pas même pour le soleil et la lune, car ces corps, comme tout astronome le sait, tendent vers la terre avec une force précisément égale à celle avec laquelle la terre tend vers eux. Dans le cas du ballon, on pourrait, par une mauvaise interprétation de la loi de la gravitation, dire que la résistance de l'air domine la loi; mais son effet perturbateur est tout aussi réel dans tous les autres cas, puisque si

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(1) U est à peine besoin de liire que le \v\oi heurter {iminiuje), comme 1er général exiMimant la collision des forces, est ici employé ligurément et n'implique aucune llu-orie sur la nature de la torce.

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elle n'empêche pas tout à fait la chute des cor()s, elle la retarde. La règle et la prétendue exception ne se partagent pas les cas; elles sont l'une et l'autre une règle qui s'étend à tous. Appeler un des principes en présence une exception de l'autre, est une manière de parler superficielle et contraire aux vrais principes de nomenclature et de classification. Un effet exactement de même espèce et produit par la même cause ne devrait pas être placé dans deux catégories différentes simplement parce qu'il peut y avoir ou n'y avoir pas une autre cause qui le domine (1). )>

§ (5. — Nous avons à examiner maintenant |)ar quelle méthode doivent être étudiés ces effets complexes, composés des effets de plusieurs causes; comment on saura rapporter chaque effet au concours de causes dont il dépend et délermincr les conditions de sa réapparition, c'est-à-dire les circonstances dans lesquelles on peut compter qu'il se produira encore. Ces conditions d'un phénomène dépendant d\ine composition de causes peuvent être cherchées, ou déduclivement, ou expérimentalement.

Elles peuvent évidemment être trouvées déduclivement. La loi d'un effet de cette nature est un résultat des lois des causes séparées, de la comhinaison desquelles il dépend, et il peut, par conséquent, être déduit de ces lois. C'est ce qu'on appelle la méthode à prIorL L'autre méthode, la méthode à posteriori, procède suivant les règles de la recherche expérimentale. Considérant l'ensemble des causes concourantes qui produisent le phénomène comme une cause unique, elle entreprend de déterminer cette cause par la voie ordinaire, la comparaison des cas. Cette seconde méhode se subdivise elle-même en deux branches. Si elle collationne simplement des cas de l'effet, elle est un procédé de pure observation. Si elle expérimente sur les causes et en essaye diverses combinaisons dans l'espoir de tomber pré-

(i) Stuart Mill, Essais sur quelques questions pendantes d'économie politique. Essai V.

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cisément sur celle qui produira tout l'effet donné, elle est une méthode expérimentale.

Pour éclaircir plus complètement la nature de chacune de ces trois méthodes et décider quelle est celle qui mérite la préférence, il conviendra (conformément à la maxime favorite du lord chancelier Eldon, à laquelle, malgré le ridicule philosophique qu'elle a souvent encouru, unephilosophie plus profonde ne refusera pas sa sanction) de « l'entourer de ses circonstances. » Nous choisirons à celte fin un cas qui n'offre pas un exemple bien brillant du succès de l'une ou de l'autre des trois méthodes, mais qui peut, mieux que tout autre, faire voir clairement leurs difficultés intrinsèques. Soit donc le sujet de la recherche, les conditions de la santé et de la maladie dans le corps humain, ou, pour plus de simplicité, les conditions du rétablissement de la santé après une maladie donnée ; et, pour restreindre encore davantage la recherche, bornons-la d'abord à cette seule question : tel ou tel médicament (le mercure, par exemple,) est-il ou n'est-il pas un remède pour telle maladie?

Maintenant, la méthode déductive partirait des propriétés connues du mercure et des lois connues du corps humain, et, raisonnant d'après ces données, essayerait de découvrir si le mercure agira sur le corps atteint de la maladie supposée de manière à rétablir la santé. La méthode expérimentale administrerait le mercure dans le plus grand nombre de cas possible, notant l'âge, le sexe, le tempérament et autres particularités de l'organisme, la forme ou la variété particulières de la maladie, sa marche et son degré actuel, etc. Remarquant dans quels de ces cas et avec quelles circonstances il produit un effet salutaire, la méthode de simple observation comparerait les cas de guérison pour voir s'ils ont eu 'tous pour antécédent l'administration dr mercure, ou bien comparerait les cas do succès avec les ca^ d'insuccès, pour trouver des cas qui, concordant en tout le reste, différeraient seulement en ce que le mercure aurait été ou n'aurait pas été administré.

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S 7. Due cette dernière méthode soit applicable h ce cas, l)ersonne ne le soutiendrait sérieusement. Jamais on n'est arrivé par cette voie, dans une question aussi compliquée, à des conclusions de quelque valeur. 11 n'en pourrait résulter tout au plus qu'une vague impression générale pour ou contre l'efficacité du mercure, sur laquelle on ne pourrait se guider, à moins qu'elle ne fût confirmée par les deux autres méthodes. Ce n'est pas que les résultats poursuivis par cette méthode ne fussent de la plus haute valeur s'ils pouvaient être obtenus. Si, en effet, on trouvait que dans tous les cas de guérison, recueillis en très-grand nombre, le mercure avait été administré, on pourrait avec toute confiance généraliser fexpérience et l'on serait en possession d'une conclusion de valeur réelle. Mais on ne peut pas espérer obtenir dans un cas de cette nature une semblable base de généralisation. La raison en est dans ce défaut essentiel et caractéristique de la Méthode de Concordance, précédemment signalé, la Pluralité de Causes. En supposant même que le mercure tende à guérir la maladie, tant d'autres causes, naturelles ou artificielles, agissent dans le même sens, qu'il doit certainement y avoir de nombreux exemples de guéririsons opérées sans l'intervention du mercure ; à moins qu'on ne l'administrât dans tous les cas; mais dans cette hypothèse on le trouverait aussi dans les cas d'insuccès.

Lorsqu'un effet dépend du concours de plusieurs causes, la part de chacune dans le résuUat ne saurait généralement être bien grande. L'effet, vraisemblablement, ne suit pas, même approximativement, soit dans son absence, soit dans sa présence, et moins encore dans ses variations, une quelconque des causes. La guérison d'une maladie est un événement auquel beaucoup d'influences diverses doivent toujours concourir. Le mercure peut être une de ces influences, mais de cela seul qu'il y en a beaucoup d'autres, il arrivera souvent que, bien que le mercure ait été employé, les autres influences ayant manqué, le malade ne guérira pas, et que souvent il guérira sans mercure par ces autres influences lavorablo?. .Mnsi il n'y a de concordance ni enti.^ les cas de

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«Tuérison et l'administration du mercure, ni entre les cas d'insuccès et sa non-adminislralion. Ce serait beaucoup si, nar des relevés multipliés et exacts d'observations dans les hôpitaux, on pouvait conclure qu'il y a plus de guérisons et moins d'insuccès quand le mercure est administre que quand il ne l'est pas; résultat, du reste, d'une importance très-secondaire, même pour la pratique, et presque sans valeur aucune pour la théorie scientilique.

s 8 La complète insuffisance de la méthode de pure observation dans la recherche des conditions des effets dépendant de plusieurs causes étant ainsi reconnue, il faudra voir s'il Y a à espérer mieux de l'autre branche de la Meihoiie à posteriori , ceWe qui procède en essayant diverses combinaisons de causes opérées artiOciellement ou renconirées dans la nature, et en prenant note de 1 effet qui se produit; par exemple, en expérimentant l'effet du mercure dans a'utant de circonstances différentes qui ejt.PO-bl ' Cette méthode diffère de celle examinée tout a Iheuie en ce qu'eUe dirige l'attention directement sur les causes, au lieu de la diriger sur l'effet, la guérison; et puisqiie en rèele oénérale, les effets sont beaucoup plus accessibles a l'étude que les causes, il est naturel de penser que celte méthode a plus de chance de réussir que la première.

La méthode que nous examinons maintenant s appelle la Méthode Empiri.iue, et, pour l'apprécier convenablement, nous devons la supposer, non pas incomplètement, mais complètement empirique. Il laut en exclure tout ce qui apnarliendrait de quelque manière à la déduction, bi, par exemple, on expérimente l'effet du mercure sur une personne en bonne santé en vue de déterminer les lois générales de son action sur le corps humain, et qu on juge d après ces lois comment il agira sur des individus ayant une certaine maladie, le procédé peut être bon, mais c est de la déduction. La méthode expérimentale ne dérive pas la loi d'un cas complexe des lois plus simples qui concourent a .a production. Rl|e expérimente directement sur le cas com-

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plexe. Nous pouvons faire tout à fait abstraction de la connaissance des tendances plus simples, de tous les modi operandi du mercure. L'expérimentation doit viser à obtenir une réponse directe à cette question : le mercure est-il ou n'est-il pas apte à guérir la maladie?

Voyons donc jusqu'à quel point les règles ordinaires do rexpérimentation peuvent être suivies dans ce cas-ci. Lorsque nous projetons une expérience pour constater Teftet d'un agent donné, nous ne manquons jamais, quand nous le pouvons, de prendre certaines précautions. En premier lieu, nous introduisons l'agent dans un ensemble de circonstances exactement déterminées. Or, il est à peine besoin de remarquer combien cette condition est loin d'être réalisable dans les cas relatifs aux phénomènes de la vie ; combien nous sommes loin de connaître toutes les circonstances qui préexistaient dans tel ou tel cas où le mercure a été administré. Cette difficulté, insurmontable dans la plupart des cas, peut pourtant ne l'être pas dans tous. Il est possible quelquefois, dans les cas où une foule de causes se rencontrent, de savoir exactement quelles sont les causes. En outre, la difficulté peut être atténuée par la répétition des expériences sous des conditions qui rendent improbable que quelqu'une de ces causes inconnues existe dans toutes. Mais quand cet obstacle est levé, nous en rencontrons un autre, souvent encore plus sérieux. En voulant instituer une expérience, nous ne sommes pas suffisamment sûrs qu'il n'y a pas, dans le cas expérimenté, quelque circonstance inconnue. Il faut encore qu'aucune des circonstances connues n'ait des effets qui pourraient être confondus avec ceux de l'agent dont nous étudions les propriétés. Nous nous donnons beaucoup de peine pour exclure toutes les causes susceptibles d'entrer en composition avec la cause donnée ; ou bien si nous sommes forcés d'en laisser quelques-unes, nous avons soin de les circonscrire de manière à pouvoir apprécier et calculer leur part d'intluence, de telle sorte que, soustraction faite de ces autres effets, fefl'et de la.cause donnée puisse apparaître comme phénomène résidu.

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Ces précautions sont impossibles dans les cas comme ceux que nous examinons maintenant. Le mercure étant expérimenté avec une multitude inconnue (ou même connue, si Ton veut) d'autres circonstances influentes, le fait seul qu'elles sont influentes implique qu'elles masquent l'efl'el (lu mercure, et nous empêchent de voir s'il a produit ou non quelque résultat. A moins de connaître déjà ce qui doit être attribué à chaque autre circonstance (c'est-à-dire à moins de supposer résolu le problème même qu'on cherche à résoudre) , on ne peut pas assurer que ces autres circonstances n'ont pas pu produire l'efl'et total, sans ou même malgré le mercure. La Méthode de Difi^érence, dans son mode d'application ordinaire, consistant à comparer l'état des choses qui suit l'expérience avec l'état de choses qui l'a précédée, se trouve, dans ces cas d'entremôlement des efl'ets, tout à fait inutile, parce que des causes autres que celles qu'on cherche à déterminer ont agi dans finlervalle. Quant à l'autre mode d'emploi de la Méthode de iJifl'érence, consistant à comparer, non plus le même cas à deux périodes diverses, mais des cas difl^érenls, il est ici tout à fait chimérique. 11 est, en efl"et, douteux que dans des phénomènes si compliqués, il se rencontre jamais deux cas parfaitement similaires dans toutes leurs circonstances, hormis une seule; et se rencontreraient-ils, il ne serait pas possible de savoir qu'ils sont si exactement semlilables. ^

Ainsi donc, dans ces cas compliqués il ne saurait être question d'une application scientifique quelconque de la méthode expérimentale. On peut seulement, dans les cas les plus favorables, et par des essais répétés, découvrir qu'une certaine cause est très-soiwent suivie d'un certain efl'et; car, en général, la part de chacun des agents en jeu dans fun (jueiconque des efl'ets produits par leur action commune est, comme on l'a remarqué précédemment, assez restreinte; et celui dont l'influence, dans le très-grand nombre des cas, n'est pas annulée par d'autres influences doit être la cause la plus puissante.

Si la méthode expérimentale S(U't de si peu pour détermi-

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ner les conditions d'un eiïet de plusieurs causes combinées, dans des cas de médecine; bien moins encore sera-l-clle applicable à une classe de phénomènes plus compliqués que ceux-mémes de la physiologie, les faits politiques et histo^ riques. Ici, la Pluralité des Causes est presque infinie, et les effets sont, pour la plupart, inextricablement enchevêtrés les uns dans les autres. Pour surcroît d'embarras, presque toutes les recherches de science politique ont pour objet des effets de la plus vaste extension, tels que la richesse, la sûreté, la moralité pubhques, et autres semblables; résultats susceptibles d'être affectés directement ou indirectement, soit en plus, soit en moins, par chaque l'ail qui se produit, par chaque événement qui arrive dans la société humaine. L'opinion vulgaire, que les bonnes méthodes d'investigation dans les matières politiques sont celles de l'induction Baconienne, que le vrai guide en ces questions n'est pas le raisonnement, mais l'expérience spéciale, sera un jour citée comme un des signes les moins équivoques de l'abaissement des facultés spéculatives de Tépoque où eUe a été accréditée. Rien de plus risible que ces sortes de parodies du raisonnement expérimental qu'on trouve journellement, non pas seulement dans les discussions famihères, mais dans de graves traités, sur les questions relatives aux choses publiques. « Comment, demande-t-on, une institution pourrait-elle être mauvaise, quand sous elle le pays a prospéré? » « CommenI telles ou telles causes auraient-elles contribué à la prospérité d*un pays, quand un autre pays a également prospéré sans ces causes? » Quiconque emploie des arguments de ce genre, et de bonne foi, on devrait l'envoyer apprendre les éléments de quelqu'une des sciences physiques les plus faciles. Ces raisonneurs ignorent le fait de la Pluralité des Causes dans le cas même qui en oftre l'exemple le plus signalé. Il est si peu permis, en ces matières, de conclure d'après la comparaison de cas particuliers, que même l'impossibilité des expériences artificielles dans l'étude des phénomènes sociaux,— circonstance si prgudiciable à la recherche induclive directe,— est i<'i à peine regretlable; car put-on même

T>K \A Mtiiionn ih':dl('tive. ^^^

expérimenter sur une nation ou sur toute la race humaine avec aussi peu de scrupule que Magendie expérimentait sur les chiens et les lapins, on ne réussirait jamais à produire deux cas ne différant absolument en rien, si ce n'est par l'absence ou la présence de quelque circonstance bien définie. Ce (mi ressemble le plus à une expérience, au sens phdosophi- (fue du mot, dans les choses politiques, est l'introduction d'un nouvel élément actif dans les affaires pubhques par une mesure de gouvernement spéciale, telle que la promulgation ou l'abrogation d'une loi particulière. Mais quand il y a tant d'influences en jeu, il faut du temps pour que l'innuence d'une cause nouvelle sur les faits nationaux devienne apparente; et comme les causes qui opèrent dans une si n-rande sphère, non-seulement sont infiniment nombreuses, mais encore s'altèrent continuellement ; il est certain qu'avant que l'effet de la nouvelle cause devienne assez manifeste pour être un sujet d'induction, un si grand nombre d'autres circonstances influentes auront changé que fexperience sera nécessairement viciée.

En conséquence, deux des trois méthodes possibles dans l'étude des phénomènes résultant de la combinaison de plusieurs causes étant, par la nature même du cas, inefficaces et illusoires, il ne reste plus que la troisième, celle qui considère les causes séparément et infère l'effet d après la balance des différentes tendances qui le produisent; bref, la méthode dite déductive ou à priori. L'examen plus détaille de ce procédé intellectuel réclame un chapitre spécial.

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