‹ Système de logique déductive et inductive [microform]; exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 70 sur 146 · DE LA MÉTHODE DÉDUCTIVE · texte numérisé non relu

DE LA MÉTHODE DÉDUCTIVE

§ 1. — Le mode d'investigation qui, i»ar suite de l'inai»plicabililé constatée des méthodes directes d'Observation et d'Expérimentation, reste comme principal instrument de la connaissance acquise ou à acquérir relativement aux

510 l)K J/LNinr/ilON.

condiliuiis et aux lois do réappariliou des pliéiioiiiôiies les plus complexes, s'appelle, au sens le plus général, la Méthode Déductive; et consiste en trois opérations : 1" une Induction directe; 2^^ un Raisonnement; S** une Vérification.

J'appelle le premier pas du procédé une opération Inductivc, parce que c'est une induction directe qui doit être la base du tout, bien que dans beaucoup de recherches particuhères l'induction puisse être remplacée par une déduction antérieure ; mais les prémisses de cette déduction préalable doivent avoir été établies par l'induction.

Le problème de la Méthode Déductive consiste à déterminer la loi d'un eilet d'après les lois des diverses tendances dont il est le résultat commun. En conséquence, la première condition à remplir est de connaître les lois de ces tendances, la loi de chacune des causes concourantes, ce qui suppose une observation ou une expérimentation préalable pour chaque cause séparée, ou une déduction préliminaire dont ies prémisses supérieures doivent dériver aussi de l'observation ou de l'expérimentation. Ainsi, s'il s'agit (les phénomènes sociaux ou historiques, les prémisses doivent être les lois des causes dont dépendent les phénomènes de cet ordre; et ces causes sont les actions des hommes, ainsi que les circonstances extérieures sous l'inlluence desquelles le genre humain est placé et qui constituent la condition de l'homme sur la terre. La Méthode Déductive, appliquée aux laits sociaux, doit donc commencer par rechercher, ou doit supposer qu'on a déjà recherché, les lois de l'activité humaine et ces propriétés des choses extérieures par lesquelles sont déterminées les actions des hommes en société. Naturellement quelques-unes de ce^ vérités générales seront obtenues par l'observation et l'expérience; d'autres par déduction. Les lois les plus complexes des actions humaines, par exemple, peuvent être déduites des lois plus simples, mais les lois sim[)les ou élémentaires serojii toujours et nécessairement déterminées par l'induction directe.

DK i.A }H-:iii<>i.>K i>K[)i:cnvi:.

Ainsi donc, constater les lois de chacune des causes qui concourent à la production de l'effet est le premier Desideratum de la Méthode Déductive. Connaître ce que senties causes à rechercher peut être difficile ou ne l'être pas. Dans les cas qui viennent d'être cités, cette première condition est aisément remplie. Que les phénomènes sociaux dépendent des actions et des impressions mentales des hommes, c'est ce qui n'a jamais été mis en doute, quelque imparfaitement qu'on ait pu savoir par quelles lois ces impressions et ces actes sont régis, ou à quelles conséquences sociales ces lois conduisent naturellement. Il ne peut pas davantage, lorsque les sciences naturelles ont pris un certain développement, y avoir du doute quant aux lois dont dépendent les phénomènes de la vie, puisqu'elles doivent être les lois mécaniques et chimiques des substances solides et fluides qui constituent les corps organisés, du milieu dans lequel^ ils subsistent, et, conjointement, les lois vitales particulières des différents tissus composant la structure organique. Dans d'autres cas, en réalité beaucoup plus simples que ceux-là, il n'a pas été aussi facile de voir bien clairement de quel côté il fallait chercher les causes ; dans le cas, par exemple, des phénomènes célestes. Jusqu'au moment où, en combinant les lois de certaines causes, on a trouvé que ces lois expli- 'quent tous les mouvements du ciel observés et donnent le moyen de faire des prédictions qui sont toujours vérifiées, on a ignoré que ces lois étaient les causes. Mais qu'on pose la question ou avant qu'on soit ou alors qu'on est déjà en mesure de la résoudre, elle doit, dans les deux cas, être résolue. Les lois des différentes causes doivent être d'abord déterminées pour pouvoir en déduire les conditions de

l'elfet.

Le mode de détermination de ces lois n'est et ne peut être que la quadruple méthode de la recherche expérimentale déjà exposée. Il ne nous reste plus qu'un petit nombre de remarques à faire sur l'application de cette méthode aux cas de Composition des Causes.

11 est évident (iu'on ne peut espérer trouver la loi d'une

Ji

DE L'INDlCTiON.

iriidaiice par une induction tirée des cas dans lesquels celte tendance est contrebalancée. Les lois du inouvcnienl n'auraient jamais été manifestées par l'observation de corps tenus en équilibre par l'action de deux forces opposées. Alors même que la tendance n'est pas, au sens ordinaire du mot, contrebalancée, mais est seulement modifiée, par la combinaison de ses effets propres avec les effets d'autres tendances, on est encore dans une position défavorable pour déterminer sa loi particulière. Il n'aurait guère été possible de découvrir qu'un corps en mouvement tend à continuer de se mouvoir en ligne droite, par une induction des cas où le mouvement est intlécbi en une courbe par une iorce accélératrice. Malgré les ressources fournies dans ces occasions par la Méthode des Variations Concomitantes, les principes d'une expérimentation judicieuse exigent que la loi de chacune des tendances soit étudiée, si c'est possible, dans des cas où la tendance agit seule ou combinée seulement avec des forces dont l'effet peut, d'après ce qu'on en saitde.ia,

être calculé et défalqué.

Ainsi donc, dans les cas, malheureusement très-nombreux et importants, où les causes ne se laissent pas séparer et observer chacune à part, il est fort difficile d'établir avec la certitude voulue les fondements inductifs nécessaires pour servir de support à la méthode déductive. Cette difficulté se manifeste au plus haut degré dans l'étude des phénomènes phvsiologiques, étant impossible d'isoler les agents divers qui composent collectivement un corps organise sans détruire les phénomènes mêmes qui sont l'objet de la recherche :

- En poursuivant la vie dans les cires que nous disséquons Nous la perdons à rinslant où nous la saisissons.

Et j'incline à penser qu'à cause de cela la physiologie est sujette à plus de difficultés, et est moins susceptible de procrrès que la science sociale elle-même ; attendu qu il c.t moins difficile d'étudier les lois cl les opérations d'un

DE LA MÉTHODE DÉDlcnVE. 513

esprit à pari dos autres esprits, (|ne les lois d'un organe ou (issu du corps humain à part des autres tissus ou organes.

On a judicieusement remarqué que les laits pathologiques, ou, en langue ordinaire, les maladies, dans leurs l'orines et degrés divers, sont pour la physiologie un trèsulile équivalent de rexpérimentation proprement dite, car elles nous présentent souvent une alléralion définie dans un organe ou une fonction, sans que les autres organes ou fonctions soient affectés, du moins dans le premier moment. Il est vrai que par suite des actions et réactions continuelles de toutes les parties de l'économie, le trouble d'une fonction ne peut guère se prolonger sans s'étendre à plusieurs autres; et quand cela a lieu, l'expérience perd presque toute sa valeur scientifique. Tout dépend de l'observation des premières traces du désordre, qui, malheureusement, sont nécessairement les moins apparentes. Si, cependant, les fonctions et les organes non airectcs au début s'affectent ensuite dans un ordre de succession bien déterminé, on aura par là quelque donnée sur l'action qu'un organe exerce sur un autre ; et l'on obtiendîM parfois une série d'elîets qui pourront avec assez de sûreté être rattachés à la lésion locale primitive. Mais pour cela il est nécessaire de savoir que l'afTection primitive était locale; car si elle était, comme on dit, constitutionnelle, c'est-à-dire, si l'on ignore dans quelle partie de l'économie animale elle a pris naissance ou quelle est précisément la nature du désordre survenu dans cette partie, on n'est [)as en mesure de dire lequel de ces dérangements était la cause, lequel l'effet, lequel a été produit par un autre, et lequel par l'action directe, quoique tardive peut-être, de la cause originelle.

Indépendamment des fails pathologiques naturels, nous pouvons en créer d'artificiels; nous pouvons expérimenter, même au sens populaire du terme, en soumellant l'être vivant à quelque agent extérieur, comme le mercure de notre premier exemple ou la section d'un nerf pour découvrir les fonctions des diverses parties du système nerveux.

5ia

DE L'INDICTION

Comme cette expérience n'a pas pour butla sululion directe d'une question pratique; mais de découvrir les lois générales desquelles, subsidiairement, les conditions d'un edel particulier donné pourront être dérivées par déduction, les meilleurs cas à choisir sont ceux dont les circonstances peuvent être le mieux déterminées; et tels ne sont pas généralement ceux dans lesquels une question de pratique est engagée. Le mieux est d'expérimenter, non dans l'état de maladie qui est essentiellement variable, mais dans l'état de santé qui est comparativement stable. Dans l'un entrent en jeu des influences insolites dont on n'a aucun moyen de prévoir les résultats; dans l'autre, le cours des phénomènes physiologiques habituels n'éprouverait, comme on peut le présumer en général, aucun trouble, si Ton n'y introduisait pas une cause perturbatrice.

Telles sont, avec l'aide accidentel de la Méthode des Variations Concomitantes (laquelle n'est pas moins encom- J)rée des difficultés particulières du sujet que les méthodes plus élémentaires), nos ressources inductives pour déterminer les lois des causes considérées séparément, lorsque nous ne pouvons pas les expérimenter à l'état actuel d'isolement. L'insuffisance de ces ressources est si manifeste, qu'on ne peut être étonné de l'état arriéré de la physiologie, science dans laquelle notre connaissance des causes est si imparfaite que nous ne pouvons ni expliquer, ni sans le secours de l'expérience spécifique, prévoir nombre de faits constatés par l'observation la plus ordinaire. Heureusement nous sommes beaucoup mieux informés sur les lois empiriques des phénomènes, c'est-à-dire sur les uniformités au sujet desquelles nous ne pouvons pas encore décider si elles sont des cas de causation ou simplement ses résultats. Non-seulement l'ordre de succession des faits organiques et vitaux, depuis le premier germe de l'existence jusqu'à la mort a été trouvé uniforme et très-exactement constatable; mais par une large apphcation de la Méthode des Variations Concomitantes à tous les faits d'anatomie comparée et de physiologie, on a pu, en outre, déterminer avec une

Page 1