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Système de politique positive

Le principal titre de ce traité coïncide avec le titre général que je choisis, en 1824, pour la seconde édition de l'opuscule fondamental qui, sous un titre spécial, avait, deux ans auparavant, caractérisé irrévocablement mon début philosophique. Cette conformité spontanée indique la pleine homogénéité d'une longue carrière systématique où, dès l'ouverture, le but était nettement signalé. Pour la mieux manifester, je terminerai le quatrième et dernier volume du traité actuel parla fidèle réimpression de tous mes travaux primitifs, depuis longtemps sous-r traits à la circulation, ou enfouis dans des recueils justement oubliés.

Mais, d'un autre côté, un tel intervalle entre la conception et la construction de ma philosophie politique, montre aussi que je n'eus pas d'abord un sentiment assez précis des conditions intellectuelles qu'exigeait cette grande rénovation. Je crois donc devoir ici compléter, envers cette marche générale, l'insuffisante explication ébauchée dans la préface du tome sixième et dernier de mon Système de philosophie positive.

J'y ai assez indiqué comment, en 1822, ma découverte fondamentale des lois sociologiques me procura, dès l'âge de vingt-

assez la prééminence morale de la vraie religion. Le nouveau sacerdoce occidental ne pouvait dignement terminer la fatale insurrection de l'intelligence contre le sentiment qu'en procurant d'abord à la raison moderne une pleine satisfaction normale. Mais, d'après ce préambule nécessaire, les besoins moraux devaient ensuite reprendre directement leur juste prépondérance, pour construire une synthèse vraiment complète, où l'amour constitue naturellement le seul principe universel.

La diversité normale de ces deux élaborations successives y affecte même le mode d'exposition. Pour tirer d'une science dispersive les bases élémentaires de la saine philosophie, mon ouvrage fondamental dut offrir surtout un caractère de recherche et de discussion. En systématisant ici la religion universelle d'après des principes déjà construits, mon exposition dogmatique se rapproche davantage du vrai régime rationnel, où la conviction résulte beaucoup plus d'une réflexion solitaire que d'aucune controverse. Au vif attrait qu'inspira d'abord une féconde originalité, succède maintenant l'imposante régularité d'une construction bien définie et assez préparée.

Toutes ces différences de forme se rattachent à la profonde diversité logique qui constitue le principal contraste intellectuel entre mes deux traités, conformément à leur nature et à leur destination respectives. Dans le premier, où il fallait prolonger l'initiation scientifique jusqu'à son dernier terme normal, j'ai dû scrupuleusement persister à préférer la méthode objective, qui convient seule à cet immense préambule, s'élevant toujours du monde à l'homme. Mais le succès même de cette marche préliminaire, qui m'a finalement conduit au vrai point de vue universel, doit faire ici prévaloir la méthode subjective, source exclusive de toute systématisation complète, où l'on descend constamment de l'homme au monde. Ainsi régénérée par le positivisme, la logique supérieure qui guida nos constructions

initiales convient encore davantage à nos synthèses finales. Sa prépondérance normale correspond naturellement à l'ascendant nécessaire du cœur sur l'esprit.

Quand ma grande élaboration objective me conduisit, en 1836, de la cosmologie à la biologie, je sentis aussitôt que l'exclusion scientifique de la méthode subjective ne pouvait être que provisoire, et mon premier chapitre biologique fit entrevoir déjà l'accord final des deux logiques. En constituant la présidence systématique du point de vue social, mon ouvrage fondamental prépara nécessairement leur concordance positive, directement établie dans le présent volume.

Ce résultat général de mon travail philosophique devient ici la source directe de ma construction religieuse, qui commence par régénérer ainsi les conceptions scientifiques d'où elle surgit d'abord. Tel est l'objet propre de ce volume préliminaire, après le discours fondamental qui caractérise l'ensemble du traité. L'unité encyclopédique étant alors organisée, le tome second, consacré à la statique sociale, accomplit directement la principale synthèse, en établissant la théorie abstraite de Tordre humain, résumé nécessaire de l'ordre universel. D'après cela, le volume suivant, relatif à la sociologie dynamique, détermine la marche totale de notre progrès, toujours réductible au développement graduel de cet ordre fondamental. Enfin, le tome quatrième, réservé aux applications décisives de la doctrine sociologique, institue spécialement la religion positive, ainsi résultée de notre nature dans l'ensemble du passé ; il en complète l'avènement normal par l'organisation générale de la transition extrême.

Quant aux trois autres ouvrages qui doivent suivre celui-ci, d'après l'annonce finale de mon premier traité, les dix années de pleine vigueur cérébrale qui me séparent encore d'une sage retraite suffiront, j'ose l'assurer, à leur entière exécution, si

ma situation matérielle devient assez calme. Mais l'infatigable persécution que la pédantocratie fait peser sur moi depuis sept ans, pouvant m'interdire cette terminaison, je me suis déterminé à développer ici les relations naturelles de ces trois compositions accessoires avec ma construction essentielle, sans altérer d'ailleurs leur propre accomplissement ultérieur. S'il me reste possible, j'écrirai d'abord les deux volumes de ma philosophie mathématique, ensuite le volume spécialement relatif à l'éducation universelle, et enfin celui qui systématisera l'action totale de l'homme sur le monde.

Après avoir assez indiqué la nature et la marche de ce nouveau traité, sa subordination nécessaire envers le précédent, et même ses liaisons générales avec les ouvrages suivants, il faut ici caractériser surtout l'heureuse exception personnelle qui m'a successivement procuré deux vies philosophiques aussi différentes. Elle résulte essentiellement de deux influences intellectuelles, Tune involontaire, l'autre volontaire, complétées, en temps opportun, par l'incomparable régénération morale que je dus à ma sainte passion.

Cette possibilité exceptionnelle d'accomplir successivement deux élaborations, dont chacune semble devoir absorber une carrière spéciale, dépendit d'abord de la précocité de mes travaux. Émancipé de toute théologie avant la fin de mon enfance, et promptement initié aux études positives, j'accomplis bientôt la transition métaphysique. Dès l'âge de vingt-deux ans, mon premier travail public sur la coordination historique annonça nettement l'ensemble de ma carrière philosophique, irrévocablement fixée, deux ans après, par ma découverte des lois sociologiques.

Mais cette précocité n'aurait pas suffi pour me procurer une seconde vie sans l'énergique résolution qui me fit sacrifier toute vanité littéraire au besoin majeur de terminer à temps mon im-

mense tâche objective. Son exécution , qui dura douze ans, en eût exigé au moins six de plus, si je m'étais assujetti , comme je l'avais fait auparavant, à récrire mon manuscrit, au lien de toujours livrer à la presse ma première rédaction, jamais suivie d'aucune correction importante. Cette seule précaution m'aurait préservé des principaux reproches littéraires adressés à mon ouvrage fondamental, par des juges trop peu attentifs aux explications spéciales de sa dernière préface. Mes premiers opuscules, réimprimés à la fin du présent traité, indiqueront si le talent d'écrire m'est réellement interdit quand je me conforme aux usages qu'exige toujours le perfectionnement du style. Si j'avais ainsi procédé, ma seconde carrière n'aurait pu commencer qu'à un âge trop avancé pour comporter un digne cours. En même temps, l'admirable impulsion morale que je vais indiquer eût alors manqué d'opportunité. Ma rénovation exceptionnelle, directement vouée à la grande réorganisation occidentale, exigeait donc ce dédain apparent des éloges littéraires. Toutefois, je sais assez combien les conceptions philosophiques peuvent gagner par le mérite de l'expression pour m'efforcer de procurer cette nouvelle efficacité à mon livre fondamental, si les loisirs de ma retraite me permettent un jour de le récrire paisiblement, mais en respectant son originalité. Sans adopter davantage une coutume inopportune, j'ai mieux soigné la rédaction du présent traité, où les conditions de rapidité sont naturellement devenues moins impérieuses.

Ainsi pourvu du temps nécessaire à ma seconde carrière, il me manquait surtout l'impulsion profonde et permanente qui pouvait seule utiliser dignement cette disponibilité cérébrale. Fatigué de son immense course objective, mon esprit ne suffisait pas pour régénérer subjectivement ma force systématique, dont la principale destination était alors redevenue, comme dans mon début, plus sociale qu'intellectuelle. Cette

indispensable renaissance, qui devait émaner du cœur, me fut procurée, il y a six ans, par l'ange incomparable que l'ensemble des destinées humaines chargea de me transmettre dignement le résultat général du perfectionnement graduel de notre nature morale.

Pour comprendre assez sa sainte influence, il faut d'abord considérer la fatalité exceptionnelle qui m'avait jusqu'alors privé d'une suffisante culture affective, malgré l'organisation sympathique que je reçus d'une excellente mère. Soustrait, dès l'enfance, au cours ordinaire des émotions domestiques, par une funeste claustration scolastique, je fus ensuite poussé artificiellement vers l'existence spéculative, où ma nature ne m'entraînait que trop. Au début de ma virilité, le principal obstacle à ma tardive évolution morale surgit bientôt de la situation même que je choisis alors pour réparer mes lacunes involontaires, dont je sentais déjà la gravité. Tant que persista cette situation déplorable, qui ne devait point cesser par moi, elle m'interdit nécessairement toute digne satisfaction de cœur. Quand elle finit irrévocablement, au moment même où j'achevais mon traité fondamental, je pus enfin, après avoir goûté deux ans un calme indispensable, tendre librement vers un bonheur moins négatif, devenu d'ailleurs nécessaire à maçon* struction principale.

Mais cette intime tendance, dont l'énergie dut être proportionnée à sa compression exceptionnelle, ne m'aurait point assez régénéré si elle eût abouti à un type trop peu éminent. Victime, plus malheureuse, et surtout plus irréprochable, d'une équivalente fatalité, d'où résultait, encore plus dignement, une pareille liberté morale, Madame Clotilde de Yaux dirigea spontanément ma tardive initiation aux meilleurs sentiments humains. Une inaltérable pureté consolida notre tendresse, et devint la principale source de ma résurrection

morale, pendant une incomparable année d'union objective. Mon adoration subjective ne diffère ainsi du premier culte que par un exercice plus assidu et plus touchant, quoique moins vif. Ce mode final d'identification me fait journellement sentir la réalité de cette profonde sentence, familièrement échappée à la plume de ma sainte compagne : a II n'y a, dans la vie, d'irrévocable que la mort. »

Le temps n'est point encore venu de rendre directement appréciable la supériorité complète de ce type féminin sur tous ceux que m'offrent l'étude du passé, l'observation du présent, et même la conception de l'avenir. Cinq ans de séparation objective ne suffisent pas pour garantir au public l'impartialité d'un jugement dont les vrais éléments lui sont inconnus. Le touchant début que je vais reproduire devra cependant faire entrevoir combien ce vertueux talent aurait servi et honoré l'humanité. Je regrette de ne pouvoir publier aussi un manuscrit plus étendu, unique legs de ma mourante collègue, qui me fut ravi par sa famille, malgré les ordres formels d'un père consciencieux. L'excellence, intellectuelle et morale, de cette admirable nature ne peut donc être assez sentie qu'en appréciant son éternelle réaction sur ma grande mission. Tous ceux qui ont sainement jugé les progrès récents du positivisme comprennent déjà, par une comparaison décisive, combien cette impulsion spontanée facilita le plein essor de mon vrai caractère philosophique, l'entière systématisation de l'existence humaine d'après la prépondérance du cœur sur l'esprit. Mes nouveaux services peuvent seuls obtenir que ce nom chéri devienne inséparable du mien dans les plus lointains souvenirs de l'humanité reconnaissante. Le doux devoir que Dante remplit admirablement envers sa Béatrice résulte encore mieux pour moi d'obligations très -supérieures.

Quand je l'aurai assez accompli, par une digne exécution de

mes nobles travaux, il sera peut-être permis à ma paisible vieillesse de faire personnellement apprécier l'ange inspirateur de mon active maturité. Pour compléter alors une explication ainsi préparée, il suffira, j'espère, de publier fidèlement notre correspondance caractéristique. Cette longue suite d'intimes effusions offre partout la prépondérance spontanée d'un même sentiment : d'un côté la gratitude toujours nouvelle due à ma régénération graduelle; de l'autre, la préoccupation naïve du trouble qu'une telle affection semblait apporter dans nies travaux. Malgré toutes mes explications, sa dernière lettre indiquait encore ce touchant scrupule : « Je me demande si quelque i) jour vous ne me demanderez pas compte de ces distractions )> violentes jetées au milieu de votre vie publique.» Aussi mon principal regret résultera- 1- il toujours de l'impossibilité où elle fut d'assister au développement décisif des immenses progrès que le positivisme dut à son immortel ascendant. Ils surgirent pourtant au milieu même de ma juste exaltation initiale, comme le témoigne déjà ma lettre philosophique du 2 juin 1845, dont la publication va montrer la première source privée des nouvelles inspirations positivistes.

Depuis ce début caractéristique, mes conceptions et mes formules les mieux accueillies émanèrent toujours de mon culte intime. Cette sainte harmonie entre la vie privée et la vie publique, qui deviendra le privilège pratique du positivisme, devait d'abord se développer chez moi. Avant la fin de mon deuil, elle domina mon cours décisif de 1847, où la nouvelle philosophie acquit la dignité finale d'une religion réelle et complète. Le volume systématique qui en résulta, l'année suivante, a déterminé tous les autres progrès du positivisme religieux. Sa principale théorie émana de la séance caractéristique où j'avais osé solenniser le premier anniversaire de mon éternel veuvage, en produisant la vraie doctrine féminine.

Ces faibles indications suffisent ici pour faire sentir combien est méritée la dédicace exceptionnelle qui va suivre cette préface. Quoique ma reconnaissance puisse encore y sembler trop exaltée à des cœurs mal disposés, je dois craindre qu'elle ne reste, au contraire, trop inférieure à l'immensité du bienfait. Car ce juste hommage public, seule issue que laissât ma douleur au digne cours de mes nouveaux travaux, précéda les principaux résultats philosophiques de ma régénération morale. Or, ces fruits ayant heureusement dépassé toutes les espérances que m'inspiraient alors leurs saints germes, peut-être ma gratitude demeura -t- elle, il y a cinq ans, au-dessous de celle que j'exprimerais aujourd'hui. Néanmoins, j'ai dû scrupuleusement respecter la spontanéité d'un tel monument, où le lecteur bien préparé trouvera le premier état des meilleures inspirations positivistes. Ce qu'une telle expansion laisserait encore à désirer sur la juste appréciation de l'influence religieuse émanée de ma sainte Glotilde, sera facilement suppléé chez quiconque comparera dignement l'ensemble de ma seconde carrière à celui de la première. Leur parallèle se trouve exactement résumé par le contraste des dédicaces. Ma fondation philosophique fut jadis dédiée aux deux savants qui dominaient alors en cosmologie et en biologie ; tandis que ma construction religieuse s'accomplit aujourd'hui sous les seuls auspices d'une jeune dame inconnue, morte, cinq ans auparavant, dans une oppressive pauvreté.

Pour caractériser assez cette rénovation morale, il faut maintenant prévenir ou rectifier la supposition, très-naturelle aujourd'hui, d'une direction trop exclusive ainsi donnée à ma culture affective. Tous ceux qui connaissent la connexité spontanée des divers sentiments généreux apprendront sans surprise que cette éminente adoration, loin d'affaiblir mes autres tendresses, les a ranimées et consolidées, en les ralliant à un digne centre.

H suffit kâ de spécifier les deux cas principaux, Fun antérieur, l'autre postérieur, à ma régénération.

Ma noble et tendre mère, que j'ai perdue depuis quatorze ans, fut réellement la première source de toutes mes qualités essentielles, non-seulement de cœur, mais aussi de caractère, et même d'esprit. Néanmoins, j'avoue humblement ici que je ne l'ai jamais autant aimée que l'exigeaient ses vertus et ses malheurs. Cette insuffisante tendresse ne lui fut pas même assez témoignée, d'après la mauvaise honte de paraître trop sensible qu'inspire l'éducation actuelle. Or, le culte de ma sainte compagne a seul ranimé celui de ma digne mère. La vénérable image de Rosalie Boyer s'est de plus en plus combinée avec l'aimable présence de Clotilde de Vaux, d'abord dans ma visite hebdomadaire à la tombe chérie, et ensuite pendant mes prières quotidiennes. Ces deux anges si concordants, qui présidèrent aux deux phases extrêmes de mon initiation morale, seront, j'espère, à jamais réunis par la reconnaissance de l'humanité envers l'ensemble de mes services. Leur commune adoration indique l'heureuse tendance de mon culte principal à se répandre naturellement sur tous les êtres dignes d'une telle adjonction. Je ne pouvais puiser ailleurs cette tardive compensation de mes torts filiaux, ni la force de les avouer publiquement.

Cette double garde subjective se trouve complétée par la sainte influence objective que mon cœur reçoit journellement de l'éminente prolétaire qui daigna se vouera mon service matériel sans soupçonner qu'elle m'offrirait aussi un admirable type moral. Son heureuse impuissance de lire fait mieux ressortir, non-seulement sa supériorité affective, mais encore la rectitude et la pénétration de son esprit, qui a spontanément utilisé toutes les leçons d'une sage expérience féminine. Une telle providence ranime, à son insu, l'impulsion morale de mes deux autres anges, par le doux spectacle permanent de notre état

normal, l'activité et l'intelligence librement subordonnées au sentiment. Si l'adoption légale était moins entravée, dix années d'une appréciation décisive me permettraient aujourd'hui de proclamer Sophie Bliot comme la fille de mon choix. Quoique cette satisfaction me soit interdite, tous les bons esprits unis à des cœurs honnêtes m'en accorderont l'équivalent moral, et la postérité sanctionnera ma juste reconnaissance. Celle que ma sainte compagne chérissait comme une excellente sœur aurait aussi gagné le cœur de ma pieuse mère. Le vertueux ensemble de ces trois admirables types féminins m'excite spécialement à cultiver chacun des trois instincts sympathiques, l'attachement entre les égaux, la vénération pour les supérieurs, et la bonté envers les inférieurs . Mes affections j ournalières confirment ainsi l'intime réalité de ma conception générale du véritable état so cial, où Tordre normal résultera surtout d'une double combinaison des philosophes avec les femmes et avec les prolétaires. Si j'exposais ici mon histoire, j'y devrais apprécier aussi les influences, moins directes ou plus abstraites, qui, sous cette triple impulsion morale, disposent davantage mon âme au régime synthétique qu'exige ma seconde carrière. Il faudrait alors faire la part des goûts esthétiques qui, engourdis après mon cœur, se réveillèrent avant lui, quand ma première élaboration atteignit le domaine sociologique, où je sentis d'abord l'influence réelle des divers beaux-arts, puis celle des émotions qu'ils expriment. Mais mon explication actuelle doit se borner à indiquer la source du nouveau caractère propre à ma vie publique, afin de rassurer sur sa conservation, et surtout pour motiver la douce reconnaissance que m'impose cette précieuse transformation. En un temps où Ton exagère beaucoup l'efficacité de l'intelligence, je devais loyalement empêcher qu'on attribuât a mon esprit une régénération due principalement à mon cœur. Il me reste donc à honorer aussi les influences de

caractère, qui concourent au résultat général, en augmentant spécialement mon énergie, ma persévérance, et même ma prudence. Elles émanent surtout du noble appui que m'accorde enfin la partie avancée du public occidental, et de la pleine confiance que m'inspire la phase actuelle de notre grande révolution.

11 y a dix ans, le cinquième volume de mon ouvrage fondamental contenait incidemment une déclaration naïve où je représentais l'école positive comme étant encore essentiellement réduite à moi seul. Depuis cette époque, la situation du positivisme a radicalement changé, dans tout l'Occident, où il préoccupe de plus en plus les esprits et les cœurs, malgré les puissantes entraves qu'une indigne presse oppose journellement à nos divers contacts populaires. Ceux qui, dépourvus de toute conception propre, ne pourraient se rendre utiles qu'en facilitant la communication nécessaire des vrais philosophes avec les prolétaires, s'efforcent, au contraire, de l'intercepter, pour prolonger lanarchique prépondérance des parleurs sur les penseurs. Mais cette oppression, à la fois spontanée et concertée, se trouve irrévocablement brisée, depuis six ans, par l'adhésion décisive d'un éminent écrivain (M. Littré), dont le noble caractère est encore mieux apprécié que son admirable talent (1). Devenu mon principal collègue, sa vie fut autant vouée que la mienne au digne triomphe, philosophique et politique, du positivisme, où nous voyons tous deux la seule issue possible de l'anarchie moderne. Une telle confraternité m'interdit ici d'insister davantage sur cette inappréciable sanction, qu'il fallait

(1) Un juge très-compétent de la vraie valeur morale, réminent Carrel. dont nous sentons de plus en plus la privation anticipée, me confia qu'il admirait surtout, chex M. LiUré, alors inconnu pour moi, sa telle âme. D'heureuses relations personnelles m'ont ensuite permis de reconnaître la profonde justesse d'une telle appréciation, d'après des épreuves pleinement décisives, à la fois privées et publiques.

pourtant signaler comme la source essentielle de la justice que ma constance a fini par obtenir après vingt-quatre ans d'isolement, ainsi terminés au même instant que mon cœur renaissait.

Cette impulsion dominante ne me fera jamais oublier les sympathies spontanées qui la précédèrent chez les meilleurs esprits de l'Angleterre. Elles suscitèrent même, dans trois nobles âmes, le glorieux patronage qui retarda d'un an l'oppression matérielle résultée de ma spoliation polytechnique. Mais, quoique la nouvelle philosophie soit plus répandue et mieux appréciée en Angleterre que partout ailleurs, les positivistes anglais sont jusqu'ici très-rares, parce que ces adhésions demeurent presque toujours intellectuelles, sans s'étendre assez aux conséquences morales et sociales.

Il en est tout autrement chez la nation, aussi modeste qu'honorable, qui, depuis le moyen âge, forma toujours l'avant-garde des populations germaniques. L'éminent foyer qui surgit depuis cinq ans, en Hollande, ne sépara jamais la sociabilité de l'intelligence dans son appréciation du positivisme. Il sentit aussitôt que la principale destination de la nouvelle philosophie consiste à fournir la base d'une synthèse universelle, seule capable de diriger la terminaison organique de la révolution occidentale. Ce noble noyau positiviste a malheureuseihent perdu l'un de ses meilleurs organes, qui, également distingué de cœur et d'esprit, vient de nous être ravi à l'âge de Vauvenargues et de Bichat.

Malgré ces diverses adhésions d'élite, le positivisme ne saurait immédiatement obtenir au Nord de vraies sympathies collectives. Son principal appui doit reposer sur les populations qui, préservées du protestantisme, sont mieux disposées à une véritable réorganisation. Quoique la religion de l'Humanité ait encore peu pénétré en Italie et en Espagne, quelques cas décisifs annoncent déjà l'accueil réservé à la doctrine des femmes

et des prolétaires là où ces deux bases sociales ont le mieux développé leur vrai caractère.

Toute cette propagation du positivisme a pris une importance capitale et une extension inespérée depuis que la situation républicaine, écartant à jamais les mensonges constitutionnels, met en pleine évidence l'impossibilité de terminer la révolution autrement que par une conciliation fondamentale entre Tordre et le progrès. Ce programme irrécusable appelle directement la seule doctrine qui puisse aujourd'hui déterminer des convictions fixes et communes. L'impuissance des diverses opinions antérieures devient ainsi de plus en plus sensible, et chacune a même perdu déjà son principal caractère. Pour prolonger son privilège transitoire de maintenir Tordre matériel au milieu du désordre spirituel, Técole rétrograde achève de se dégrader en acceptant officiellement la souveraineté populaire. De même, la métaphysique négative, voulant conserver la direction du progrès en un temps où il consiste surtout à construire, rejette le programme du dix-huitième siècle, et prétend régénérer la société d'après le principe théologique, en la privant de toutes les institutions indispensables à sa consistance.

La situation qui discrédite et décompose toutes les autres écoles, désormais également anarchiques et rétrogrades, accroît rapidement l'activité et l'autorité de Técole positive, qui seule offre maintenant des garanties systématiques à Tordre comme au progrès. Dès l'irrévocable proclamation de la république française, je fondai, sous le nom de Société Positiviste, une fraternelle association de praticiens et de théoriciens, dont les paisibles soirées hebdomadaires ont toujours été respectées. Aspirant ouvertement à diriger la terminaison organique de la tivolution occidentale, elle a pris pour base directe mon Bissur f ensemble du positivisme, publié en juillet 1848,

comme résumé de mon cours de 1847 et prélude systématique du présent traité.

Pendant cette année décisive, une telle anticipation générale de ma construction actuelle a été complétée par trois publications partielles, destinées à organiser déjà la transition normale, à la fois temporelle et spirituelle, vers le régime final ainsi caractérisé. Ces opuscules décisifs ont successivement institué le nouveau gouvernement révolutionnaire, l'école propre à fournit de vrais philosophes en régénérant les médecins , et enfin le calendrier historique convenable à la commémoration occidentale. Ayant ainsi régularisé le présent, préparé l'avenir, et glorifié le passé, nous avons assez fondé notre politique de transition, qui n'avait pu se développer sous les fictions monarchiques. C'était la seule condition qui manquât au positivisme pour organiser un parti occidental capable d'écarter enfin tous les partis existants, en se ralliant, au nom de l'ordre et du progrès , les classes correspondantes. Je me félicite donc d'avoir alors anticipé sur les conclusions normales du présent traité en exposant, au sein de la Société Positiviste, ces trois séries de mesures transitoires. Quand elles se présenteront à leur place naturelle, dans mon quatrième volume, leur avènement dogmatique se trouvera ainsi consolidé par les actives sympathies qu'excitent déjà ces aperçus partiels, dont la liaison ne peut encore être assez sentie. L'urgence qui m'a prescrit ces anticipations en a tellement confirmé l'opportunité que, sous leur influence, d'autres foyers positivistes ont bientôt surgi à Madrid, à Aberdeen, à Gènes, et à Bruxelles.

Une plus haute efficacité commença, l'année suivante, pour le nouveau pouvoir spirituel, d'après la réaction involontaire que le gouvernement français a reçue de la même situation générale qui désormais pousse, en tous sens, vers le positivisme. Le précédent régime ne m'avait jamais permis qu'une indication indi-

recte et limitée, finalement insuffisante quoique provisoirement utile, de la nouvelle philosophie, comme simple préambule du cours public d'astronomie que je professai gratuitement pendant dix-sept ans. Au contraire, dès 1849, j'ai pu exécuter ouvertement, chaque année, dans un local officiel du Palais-Cardinal, une exposition libre et complète du positivisme, sous le titre deGours philosophique sur l'histoire générale de l'humanité. Ce nouveau pas est dû surtout au noble patronage de M. Vieillard, qui, depuis ving-cinq ans, a toujours suivi, avec une sollicitude vraiment civique, l'évolution continue d'une philosophie qu'il regarda, dès mon début, comme seule capable de surmonter l'anarchie moderne (1). Les prolétaires, encore trop préoccupés d'utopies, n'ont point assez profité de cette libérale autorisation pour s'élever enfin au point de vue historique, sans lequel leur socialisme restera insuffisant, et même perturbateur, faute de sentir convenablement la continuité humaine. Néanmoins, un digne auditoire des deux sexes, soutenu par l'importance et l'opportunité du sujet, suivit scrupuleusement cette longue série de séances de quatre ou cinq heures, qui ont naturellement anticipé sur toutes les parties du traité actuel. De telles sympathies me poussèrent, en 1849, à développer spécialement, et même à perfectionner essentiellement, la Religion de l'Humanité, directement fondée, l'année précédente, dans mon discours ci-dessus mentionné. J'y systématisai le culte intime d'après ma théorie des véritables anges-gardiens, émanée de mes propres effusions journalières, et je le liai solennellement au culte public en instituant ma série normale des neuf sacrements sociaux.

Ces deux institutions étaient tellement opportunes que, dès

( 1 ) Je dois témoigner ici notre juste reconnaissance pour le zèle et la fermeté de M. Bineau, qui, comme ministre des travaux publics, autorisa dignement mon cours, accompli dans un local placé sous sa dépendance officielle.

Tannée suivante, elles ont suscité plusieurs pratiques décisives. Tous les esprits émancipés sentiront bientôt le besoin de revenir à la culture du cœur, ainsi purifiée des chimères intéressées qui l'altéraient profondément chez les meilleurs types catholiques. Le développement direct et normal de la vie subjective était nécessairement réservé au positivisme, qui déjà l'érigé en source habituelle de perfectionnement moral, de progrès intellectuel, et même d'amélioration physique, comme garant de la santé cérébrale , tant liée à toute l'harmonie vitale. Par un tel ensemble d'institutions, la religion démontrée devient maintenant capable de remplacer, à tous égards, la religion révélée, désormais aussi dépourvue de puissance affective que d'efficacité politique. Outre les saintes pratiques quotidiennes secrètement adoptées par plusieurs positivistes, j'ai solennellement conféré, en 1850, comme Prêtre de l'Humanité, les trois principaux sacrements sociaux, en systématisant dignement la naissance, le mariage, et la mort. Go dernier acte, accompli sur un illustre cercueil , a seul donné lieu à une publication décisive , reproduite à la fin de ce volume. Ainsi , la nouvelle religion s'exerce déjà d'après des théories encore inédites, dont l'exposition, purement orale jusqu'ici, appartient au tome final du traité actuel. Môme, afin de compléter cette indication anticipée, je dois annoncer ici l'heureux essai d'un jeune positiviste, dont l'esprit sera bientôt au niveau du cœur. M. Lonchampt a dignement composé, pour tous les jours de la semaine positiviste, déjà conçue par M. Leblais, un précieux système de touchantes prières, qui achèvera de rattacher le culte intime au culte public, en dirigeant le culte domestique proprement dit. Ainsi, la quatrième année républicaine trouve le parti positiviste assez pourvu des divers germes essentiels (1) qu'exigeait

(l) Une seule fondation importante nous manque encore, celle de l'organe

sa grande et difficile mission, systématiser la marche spontanée de TOccident vers la régénération finale sans craindre désormais aucune halte rétrograde ou anarchique. Les deux forces générales qui peuvent seules consolider un tel plan sont déjà profondément atteintes, quoique nos contacts y restent encore insuffisants. Malgré la déplorable routine révolutionnaire qui continue à ranger les prolétaires sous des chefs indignes ou incapables, de nobles types populaires se trouvent profondément incorporés au parti constructeur. La première publication de notre Société Positiviste émana, en juin 1848, d'un éminent ouvrier-menuisier, M. Magnin, que je n'hésite point à signaler au prolétariat occidental comme offrant aujourd'hui, par le cœur et l'esprit, comme par le caractère, le meilleur modèle du véritable homme d'état. On sent de plus en plus que le but pratique de la grande révolution consiste surtout à incorporer dignement le peuple à la société moderne, suivant l'irrésistible programme que nous légua le moyen Age. Mais les procédés empiriques et subversifs qu'on tente d'appliquer à cette immense question montreront bientôt que sa seule solution réelle appartient au positivisme, qui la fait essentiellement résulter d'une réorganisation systématique des opinions et des mœurs. Ainsi conçue, une telle construction se lio directement

hebdomadaire que je proposais, en octobre 1848, sous le nom de Revue Occidentale, pour développer régulièrement l'application continue de la philosophie positive au cours naturel des événements, intellectuels et sociaux. Toutefois, cet indispensable enseignement, qui peut seul délivrer l'Occident d'une presse désastreuse, est déjà réalisable quant à sa condition principale. Car, je suis maintenant assuré d'un nombre suffisant de dignes collaborateurs, nonseulement dan s le centre français, mais aussi parmi les quatre autres populations occidentales. Nous n'attendons, pour commencer cette fonction complémentaire, que d'avoir obtenu l'appui matériel sans lequel son indépendance et sa dignité ne seraient point assez garanties. Trop peu nombreux et trop peu richesses positivistes n'ont pu jusqu'ici remplir suffisamment cette condition finale, envers laquelle ils ne doivent jamais compter que sur eux-mêmes, comme dans tous leurs autres besoins.

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à la destination féminine qui fournira finalement le principal caractère social du positivisme. Car les prolétaires ne sauraient assez goûter la vie domestique, d'où doit émaner leur meilleure satisfaction , si les femmes ne peuvent se consacrer dignement à leurs offices naturels, en étant partout préservées du travail extérieur. Les immenses améliorations que le positivisme vient spontanément apporter dans la condition féminine, notre haute appréciation du sexe aimant comme principale personnification du vrai Grand-Être, et notre développement systématique de la culture affective, excitent déjà des sympathies décisives. Un mois après la publication de mon Discours sur r ensemble du positivisme, une dame anglaise, dont les vertus domestiques sont aussi connues à Londres que les talents littéraires , sanctionnait pleinement ma théorie de la femme. « Je n'ai pas eu » le temps, m'écrivait-elle en français, de lire votre livre » comme je le lirai, mais j'ai été enchaînée par quelques pages » sur mon sexe. Sur ce sujet, il n'y a que vous. Les autres, ou » donnent à la femme une position subalterne , subordonnée » aux besoins matériels de l'homme , ou lui en assignent une » en dehors de sa nature et de ses instincts. Vous seul , Mon- » sieur, vous savez combiner sa dignité morale et intellectuelle » comme compagne avec sa nature physiquement et morale- » ment dépendante. Enfin, vous concevez le lien conjugal, qui » renferme soumission et ascendant, pureté et tendresse. »

En considérant l'ensemble de ces résultats, je suis heureux de revenir sur la modicité de mes espérances primitives. Après avoir publié le premier volume de mon ouvrage fondamental, je confiais à mes amis, il y a vingt ans, que tous mes vœux se bornaient à obtenir un jour cinquante adhésions profondes dans le monde entier, et alors je n'en avais pas une seule. Toutefois, pendant la majeure partie de mon isolement, ma constance fut ensuite soutenue par l'admirable conversion d'un énergique

révolutionnaire, digne ami du grand Garnot. Charles Bonnin, qui aurait pu être mon père, s'honora, pendant sa noble vieillesse, de devenir mon premier disciple, en dédaignant trop ses propres écrits. Garnot lui-même , quelques mois avant de mourir en exil , m'avait déjà fait parvenir, de la manière la plus touchante, les augustes encouragements que lui inspirait ma découverte toute récente des lois sociologiques. Par ce digne testament civique, le plus pur représentant de la révolution négative transmit au fondateur de la révolution positive la continuation systématique de l'immense régénération que commença la sagesse empirique de notre glorieuse assemblée. C'est aux yrais républicains à juger maintenant si l'ensemble de ma carrière réalise assez l'espoir initial que le vertueux instinct de ce grand citoyen sut ainsi tirer d'un opuscule alors ignoré.

La consistance morale du parti positiviste a bientôt subi spontanément une épreuve irrécusable , par suite de l'ignoble persécution polytechnique qui acheva de détruire, en 1848, mes principales ressources matérielles. Des deux sortes de sympathies que j'invoquai alors, celles dont je devais attendre le plus d'efficacité n'ont aucunement répondu à l'appel final de mon Discours sur V ensemble du positivisme. Mon éminent collègue, M. Littré, spontanément assisté de nos dignes confrères, a noblement institué une souscription annuelle, ouvertement destinée à neutraliser ma spoliation , sans m'assujettir à des occupations subalternes qui entraveraient mes travaux essentiels. Or aucun des nombreux élèves et camarades que je compte dans le public polytechnique , tous spécialement renseignés sur l'attentat commis envers moi, n'a participé jusqu'ici au subside réparateur. Il n'est encore alimenté que par de vrais positivistes , dont la rareté et la pauvreté expliquent naturellement son insuffisance actuelle. En fournissant un trait de plus

au tableau général d'un égoïsrae trop conforme à notre anarchie , cette épreuve permanente montre heureusement la sincérité des nouvelles convictions morales qui déjà modifient sérieusement la conduite habituelle. Je devais ici témoigner directement ma juste reconnaissance envers cette honorable sauvegarde, qui, sans suffire encore, m'inspire déjà une pleine confiance dans la paisible activité du peu d'années qui me reste pour le service fondamental de l'Humanité (1).

Un nouveau constrate décisif vient de faire mieux ressortir la force naissante des vraies convictions positivistes, au sujet des difficutés exceptionnelles qu'éprouva, pendant plus d'un an, la publication du présent volume. L'ayant achevé le 24 février 1850, je me décidai bientôt, contre ma résolution primitive, à le publier séparément des trois autres. Pour faciliter l'édition totale, je proclamai immédiatement la décision systématique, à laquelle venaient de me conduire les principes positivistes, sur mon entière renonciation aux profits matériels résultés de mes livres quelconques. Mais cette résolution, qui me semble indispensable à la dignité morale du nouveau sacerdoce occidental , ne détermina cependant aucun éditeur à garantir l'impression de ces quatre volumes. Alors je me suis décidé à décomposer la vente ; en sorte que , sans altérer la parfaite unité d'un tel traité, chaque tome puisse être acquis isolément. Cette dernière concession aux difficultés de la situation

(1) La préface finale de mon Système de philosophie positive doit naturellement faire désirer ici des explications spéciales sur la persécution qui s'y trouva prévue et caractérisée. Mais, en 4 848, je les ai promises pour le dernier volume du traité actuel. Quand je les y accomplirai, ma réconciliation solennelle avec mon principal ennemi m'a heureusement interdit d'avance de beaucoup développer cette pénible histoire. Je devrai concentrer alors la flétrissure publique sur le vil traître qui, abusant de sa position officielle, fit seul avorter, en 1848, une réparation généralement attendue, pour satisfaire à la fois sa vieille envie et l'égoïsme précoce de son digne neveu.

n'aurait pas même assuré la publication de ce volume , si le jaune positiviste signalé ci -dessus (M. Lonchampt) n'avait spontanément offert à l'imprimeur sa garantie personnelle des frais typographiques. La modique fortune territoriale de ce noble disciple augmente le prix d'un tel dévouement , qui , néanmoins» j'espère, ne lui deviendra point onéreux. Cette digne conduite doit rappeler la générosité spontanée qui détermina, en 1848, la publication partielle du discours prélimrnaire de ce traité. Les deux cas sont d'ailleurs assez recommandâmes pour se passer du contraste naturel qu'offrirait encore ici une comparaison spéciale entre les pauvres et les riches. D après une telle suite d'actes, le parti positiviste se présente aujourd'hui comme déjà capable, sur une modeste échelle, de suffire à tous ses besoins moraux, intellectuels, et même matériels, par ses seules ressources propres. Pendant ma longue évolution » je n'ai jamais obtenu la moindre assistance réelle d aucun* personne indifférente à mes principes. Ce phénomène, sans exemple dans toute l'histoire humaine, me semble propre à mieux caractériser la parfaite cohérence qui distingue le posftmsme des diverses synthèses antérieures. àtw plus de souplesse, il eût excité bientôt des sympathies hétérogènes, dupris son aptitude nécessaire à combiner suis iuamséquence les affotaat»** les plus opposées. Mais «s facilités amusant çtawEueat ahéiè la plénitude nocnale de sou <à*ttt final* auquel ritu ne saurait échapper, parte que tout s'y tmt ttrvtttt&euU Ls relipou qui appelie notre espèce à se fe* wu|& sentent pur u*fe* {**•«* pttfùlcuxe, inuît

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