COMPLEMENT DE LA DÉDICACE. XXXIX
moral vers lequel tendent les sociétés modernes développera davantage que l'ancien cette affinité naturelle. Gomment votre sexe ne finirait-il point par préférer une doctrine qui fera nécessairement prévaloir l'adoration des femmes? L'admirable chevalerie du moyen Age, comprimée sous les croyances théologiques, n'avait jamais pu élever oe culte qu'au second rang. Quand la sociabilité moderne aura pris son vrai caractère, le genou de l'homme ne fléchira plus que devant la femme.
Votre esprit et votre cœur excuseront, j'espère, l'extension de ces diverses indications générales en faveur de leur importance. Elles atteindront du moins leur but principal en vous dispensant, Madame, de recourir à d'immenses traités pour mieux apprécier désormais la nouvelle école, a la fois philosophique et sociale. Quoique réellement émanée de la révolution française, vous voyez qu'elle diffère profondément de toutes les écoles purement révolutionnaires. Celles-ci tendent encore à détruire sans construire, quand le déblai préalable est depuis longtemps assez accompli. Mieux qu'aucune influence métaphysique, la doctrine positive s'oppose radicalement à toute rétrogradation théologique. Or elle ne poursuit jamais cette lutte accessoire qu'en satisfaisant davantage que le régime primitif à tous les besoins, intellectuels et sociaux, qui motivèrent son ascendant, dont elle explique également l'origine et le déclin.
Le souvenir de votre douce patronne me deviendra désormais plus cher. 11 m'aura ainsi fourni une précieuse occasion de vous faire sentir l'aptitude morale du positivisme. Vous voyez que, sans aucun vain éclectisme, ce nouveau régime universel s'approprie naturellement tout ce que les autres états de l'humanité offrirent jamais do noble ou de salutaire. Mais il en écarte sagement des formes passagères qui, d'abord indispensables aux fondations correspondantes, altérèrent ensuite leur efficacité sociale, que l'école nouvelle tend toujours à consolider et à perfectionner.
Daignez, Madame, agréer avec bonté les vœux sincères que ce jour rappelle plus vivement à
votre respectueux ami,
Auguste COMTE.
3°. Les pensées d'une fleur.
Jo nais pour être aimée: oh! merci, bon destin! Que les puissants mortels contre toi se déchaînent! Aux pieds de tes autels que les vents les entraînent, J'ai mes parfums et mon matin.
J'ai le premier regard du roi de la nature, J'ai son baiser de feu, sa splendeur pour parure : J 'ai de la jeune Aurore un sourire de soeur ; J'ai la brise naissante et la douce saveur De la goutte penchée au bord de mon calice. J'ai le rayon qui joue au seuil du précipice; J'ai le tableau magique, en grandeur sans pareil, De l'univers s'ouvrant les portes du réveil.
Jamais le froid mortel ne doit tarir ma vie ; Au sein des voluptés doucement je m'endors : La nature me garde et me rend ses trésors ; A son banquet d'amour je m'éveille ravie.
J'ai bien souvent embelli la beauté ;
Sur un cœur pur mon pur éclat rayonne :
Le plaisir me tresse en couronne, Et le bonheur m'attache à son côté.
Quand le rossignol s'inspire Sur ma tige en se jouant, Pour laisser résonner son chant La nature entière expire.
L'amour me dit tous ses secrets; J'abrite ses douces prières, J'aide au bonheur de ses mystères ; Je suis la clef des coeurs discrets.
0 doux destin, si les soupirs profanes De tes décrets pouvaient changer le cours, Seule ici-bas, dans mes langes diaphanes, Je renaîtrais au souffle des amours.
Des sombres tempêtes Sauve-moi l'horreur; Que toujours la fleur Sourie à tes fêtes!
Clotilde DE VAUX.