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COMPLEMENT DE LA DEDICACE. XXXVII

santé à protéger les notions sociales qui s'y trouvaient confusément formulées, et ensuite de leur propre tendance à susciter des divagations presque indéfinies, désormais incompatibles «avec aucun système fixe de convictions actives.

Ne doutez donc pas, Madame, que, lorsque les conceptions réelles seront enfin devenues assez générales, ce qui s'accomplit aujourd'hui sous vos yeux, elles ne conviennent mieux que des chimères quelconques à toutes les nobles destinations humaines. Pour l'important sujet ébauché dans cette lettre, on reconnaît surtout la tendance spontanée du positivisme à consacrer dignement les diverses gloires, en appréciant sainement leurs participations respectives à l'évolution fondamentale de l'humanité. Quand les mœurs modernes auront pu acquérir à cet égard leur développement propre d'après les principes convenables, le système de commémoration recevra un perfectionnement général au moins équivalent à celui qui résulta de la substitution du catholicisme au polythéisme. Car le régime catholique était à la fois trop absolu et trop étroit pour avoir jamais pu remplir suffisamment ce grand office social. Tout ce qui avait existé avant lui, et tout ce qui vivait hors de son sein, lui inspirait naturellement une aveugle réprobation. Sans sortir même de sa propre enceinte, il n'a pu envelopper les gloires que ne prévoyaient pas ses formules immobiles. N'avez- vous point, par exemple, remarqué avec surprise et indignation l'étrange lacune de nos calendriers théologiques envers l'héroïque vierge qui sauva la France au quinzi ème siècle ?

Mieux vous scruterez ce grand sujet, plus vous reconnaîtrez, Madame, que le nouveau régime philosophique peut seul glorifier à la fois tous les temps, tous les lieux, toutes les conditions sociales, et tous les genres de coopération, soit publics, soit même privés. En consolidant l'actif sentiment de la continuité humaine, il en agrandira la portée et en ennoblira le caractère ; car il y comprendra la considération familière de l'avenir, que le régime antérieur ne pouvait embrasser, faute de connaître la loi générale du progrès .social. Il popularisera le culte des souvenirs encore davantage que sous le catholicisme, en étendant aux plus humbles coopérateurs le sentiment habituel de la convergence universelle, sans aucune vaine distinction entre l'ordre public et l'ordre privé. Toute existence vraiment honorable pourra légitimement aspirer à quelque consécration solennelle, soit au sein même de la famille, soit dans la cité, la province, la nation, et enfin la race entière.

A tous égards, Madame, quel esprit pourrait être aussi social que celui du vrai positivisme, qui seul embrasse réellement l'ensemble de la vie humaine, individuelle et collective? Les trois modes simultanés de notre existence, penser, aimer, agir, y sont directement combinés, dan9 toute leur extension possible, par un principe également applicable a l'individu et à l'espèce. Ils y deviennent les sujets respectifs de nos trois grandes créations continues, la philosophie, la poésie et la politique. La première systématise directement la vie humaine, en établissant, entre toutes nos pensées quelconques, une connexité fondamentale, première base de l'ordre social. Le génie esthétique embellit et ennoblit toute notre existence en idéalisant di-

gnement nos divers sentiments. Enfin, l'art social, dont la morale constitue la principale branche, régit immédiatement tous nos actes, publics ou privés. Telle est l'intime solidarité que représente le positivisme entre les trois grands aspects, spéculatif, sentimental et actif, propres à la vie humaine. Notre existence y est envisagée, soit dans l'individu, soit dans l'espèce, comme ayant pour but continu le perfectionnement universel, d'abord relatif à notre condition extérieure, et ensuite à notre nature intérieure, physique, intellectueUle, et surtout morale.

Quoique cette épltre soit déjà bien longue, je voudrais, Madame, ne pas la terminer sans vous y signaler l'attrait spécial que la nouvelle philosophie doit offrir à votre sexe, quaud elle en sera mieux connue.

Écartant une stérile agitation politique, l'école positive vient aujourd'hui placer au principal ordre du jour la réorganisation spirituelle. Désormais elle fera prévaloir la régénération directe des opinions et des mœurs sur celle des institutions proprement dites, qui ne peuvent être convenablement élaborées qu'en dernier lieu. Or cette transformation radicale des vains débats actuels serait assurément très-favorable à l'influence sociale des femmes, suivant les vraies lois de leur nature propre et de Tordre universel. L'intervention féminine, si noblement surgie au moyen âge, sous le spiritualisme catholique, semble presque s'être éteinte avec lui. Or les insurrections personnelles que notre temps suscite contre une économie vraiment fondamentale sont peu propres à ranimer cette indispensable influence, que maintenant le spiritualisme positif peut seul développer convenablement. Loin que les prédilections spéciales de votre sexe dussent vainement se rattacher au passé, elles ne devraient y voir qu'une sorte d'indice historique de la participation supérieure que lui réserve nécessairement le véritable avenir social. Car, suivant la marche invariable du progrès humain, les influences morales tendent de plus en plus à prévaloir sur les puissances matérielles. Une telle connexité excita toujours les sympathies féminines pour les diverses rénovations mentales de l'humanité. Elle s'est, a vrai dire, manifestée déjà lors de la première apparition systématique de la philosophie positive, sous la grande impulsion de Descartes, qui trouva tant d'accueil chez votre sexe. Les dames du xix° siècle ne sauraient, à cet égard, rester au-dessous de leurs devancières, quand cette philosophie, qui ne pouvait alors être aucunement sociale, parvient enfin à sa pleine maturité. Son principal domaine consiste désormais dans les sujets qui, par leur nature, fourniront toujours l'aliment essentiel des sentiments de votre sexe et des pensées du notre.

Une organisation éminemment affective dispose habituellement les femmes à seconder l'influence morale de la force spéculative sur la puissance active dans l'antagonisme journalier qui dirige les affaires humaines. Leur propre position sociale, extérieure sans être indifférente, au milieu du mouvement pratique, les érige spontanément en intimes auxiliaires de tout pouvoir spirituel contre le pouvoir temporel correspondant. Or le nouveau régime

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