‹ Système de politique positive (volume 2)Chapitre 8 sur 36 · DÉDICACE. XIX · texte numérisé non relu

DÉDICACE. XIX

ment par notre irrévocable identification. Je dois désormais me livrer exclusivement à la noble passion publique qui, dès ma première jeunesse, voua l'ensemble de ma vie à la grande régénération. C'est là surtout que les précieux germes développés sous ton ascendant trouveront, malgré la mort, une haute destination. Quoique privé de ton active coopération, rien ne me ravira du moins ton assistance passive. Pendant notre sainte année, ta douce impulsion a concouru, beaucoup plus que tu n'as pu le croire, à mes meilleures inspirations philosophiques. Depuis six mois, ta précieuse influence n'a pas cessé de faciliter les nouveaux progrès accomplis au milieu des larmes. Sagement cultivée, elle continuera, je le sens, d'épurer et d'animer mes principales conceptions. Elle consolide et ennoblit, d'ailleurs, tous les goûts esthétiques qui nous étaient communs, et dont l'essor familier, outre son importance propre, peut seul neutraliser aujourd'hui l'oppressive sécheresse des habitudes scientifiques.

Directement consacré désormais à la reconstruction sociale fondée sur ma rénovation philosophique, j'y retirerai une utilité plus étendue et plus immédiate du tardif complément d'éducation morale que je dois à toi seule. En tout ce qui concerne la vraie condition des femmes et leur participation croissante au mouvement universel, j'éprouverai déplus en plus le besoin de confirmer et d'améliorer mon appréciation systématique par un vif souvenir de notre parfaite concordance sur le sujet où les conceptions d'un sexe peuvent le moins se passer de la libre sanction de l'autre. Ton éminente pénétration avait déjà saisi la tendance naturelle du positivisme à développer, par une systématisation à la fois privée et publique, le culte habituel de la femme, que le moyen âge put seulement ébaucher. Laissant désormais un libre cours à ce bel ordre de pensées et de sentiments, j'y serai sans cesse encouragé par l'intime attrait

d'une digne application individuelle, dont la sincérité et la maturité ne seront pas contestables.

En achevant une dédicace aussi méritée, je sens déjà la haute efficacité toujours propre à notre éternelle union. Le doux accomplissement d'un tel devoir me ramène sans effort à la grande composition interrompue par notre catastrophe ; en même temps, l'heureuse réaction morale ainsi obtenue va, j'espère, me rendre toutes mes forces antérieures. L'exposition, surtout solennolle, procure aux sentiments, au moins autant qu'aux pensées, à la fois plus de précision et de consistance. Cette considération excusera peut-être, auprès des juges compétents, la nature et l'extension inusitées de cet hommage exceptionnel. Tous les penseurs qui savent apprécier la réaction mentale des affections sympathiques respecteront le temps employé à retracer et à ranimer des émotions pures. Mais j'adresse surtout cette naïve expansion aux esprits les mieux disposes à subir l'impulsion du cœur, soit parmi les femmes, le peuple, ou la jeunesse.

Adieu, mon immuable compagne Adieu, ma sainte Clotilde, toi qui me tenais lieu à la fois d'épouse, de sœur, et de fille! Adieu mon élève chérie, et ma digne collègue 1 Ton angélique inspiration dominera tout Le reste de ma vie, tant publique que privée, pour présider encore à mon inépuisable perfectionnement, en épurant mes sentiments, agrandissant mes pensées, et ennoblissant ma conduite. Puisse cette solennelle assimilation à l'ensemble de mon existence révéler dignement ta supériorité méconnue! Ton salutaire ascendant ne peut plus être apprécié qu'en me disposant toujours à mieux remplir ma grande mission. Gomme principale récompense personnelle des nobles travaux qui me restent à accomplir sous ta puissante invocation, j'obtiendrai peut-être que ton nom devienne

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