DU TOME QUATRIÈME
Ce voimne final vient d'être écrite comme le précédent , en six mois d'nn travail continu (du 29 janvier 185/i an 25 juillet).
Sa publication a suscité, chez Tun de mes meilleurs disciples^ une digne imitation du généreux patronage qui surmonta spontanément toute difficulté matérielle envers le tome initial. Les embarras industriels partout résultés de Fincident russe ^ sans altérer la noble confiance de mon loyal imprimeur, ont forcé sa prudence de n'avancer les frais typographiques du volume actuel qu'après avoir pleinement recouvré ceux du précédent. Or, la récente publication de celui-ci ne pouvant encore avoir produit une vente suffisante pour remplir la juste condition ainsi dérivée d'impérieuses circonstances, j'ai dû directement invoquer une assistance exceptionnelle. A peine M. AadiflTrent a-t-il connu ce besoin, qu'il s'est empressé d'y pourvoir complètement; en sorte que l'impression du présent volume a pu telletement procéder qu'il va paraître quelques semaines après avoir été terminé. Quoique la touchante modestie de mon jeune patron m'ait d'abord interdit de donner à sa conduite la publicité qu'elle mérite, j'ai finalement obtenu Tautorisation convenable en invoquant les principes positivistes. Voilà comment les deux
n SYSTÈME DE POLITIQUE POSmVE.
extrémités de mon principal ouvrage doivent noblement rap« peller les noms de MM. Lonchampt et AudiiTrent^ sans faire jamais oublier les généreux anonymes auxquels je dus / en 18/18, la publication isolée du discours préliminaire. Cet ensemble de sacrifices doit aussi perpétuer le souvenir des deux offres équivalentes qui me furent faites pendant les autres pbases de ma longue élaboration, quoique la confiance de M. Thunot les ait rendues inutiles.
Ainsi se réalisent, au delà de mes espérances, les conséquences normales de ma résolution systématique, arrêtée et proclamée en 1850, de consacrer désormais ia vente de mes écrits quelconques au payement des frais typographiques , sans y rieti puiser pour ma personne. Si cette anticipation dés mœurs finales n'a point déterminé les nobles avances que Je viens de rappeler, elle m'a seule permis de les accepter, en Joignant mes patrons au digne imprimeur dont la confiance constitue la printtpalë base de la libre émission de mes pensées. . Une telle règle est aussi devenue ia Source de la modification que j'ai finalement apportée à mon refus normal^ indiqué dans la circulaire ci-jointe, envers une proposition admirablement exceptionnelle. Cette circulaire a fait asseï connaître ma juste estime pour l'incomparable condensation de mon ouvrage fondamental par une femme éminente. Mon opinion est tellement fixée à cet égard que , dans ma récente révision de la Biblio* thèque Positiviste jointe à ce volume, j'ai définitivement substitué ce travail au livre original , dont la lecture ne convient désormais qu'aux théoriciens proprement dits. Sans insister ici sur une at)préciation irrévocable , où je me borne à sanctionner le jugement universel , je dois m'expliquer envers la proposition suscitée , l'an dernier, par cette publication. Nos tnoeurs littéraires augmentent le prix de la scrupuleuse inspiration qtfi décida ma noble collègue à m'attribuer le tiers du produit net
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de ce travail , dont un généreux patronage avait d'avance couvert les frais typograpliiques : elle accorda le second tiers à Téditeur, et se réserva le dernier.
Je dus d'abord refuser une proposition qui, dans sa teneur primitive, devenait contraire à ma renonciation normale aux profits personnels de mes livres. Toutefois, j'ai pu finalement concilier ce devoir avec la cordiale insistance de Miss Martineau , en consacrant son ofire à rendre plus rapide l'acquittement des frais typographiques du traité que je viens d'achever. Ma règle est ainsi devenue plus complète , en établissant une solidarité nécessaire entre tous mes livres, comme je l'avais spontanément pratiqué pour les divers tomes du présent ouvrage.
Outre sa propre destination, cette explication tend, comme les précédentes, à caractériser la doctrine universelle qui vient aiyourd'hui prendre la direction générale des affaires terrestres. La conduite des vrais positivistes y contraste autant que leur croyance avec le milieu déréglé dont l'ensemble des destinées humaines leur confère le gouvernement, d'abord spirituel, puis temporel. Pour compléter un tel indice, ily faut joindre le patronage posthume de Wallace et Lombe , que mes lecteurs et ceux de Miss Martineau doivent assez connaître , et la vivante protection honorablement émanée de M. Vieillard, envers la seule doctrine qu'il juge apte à sauver l'Occident
Le dérèglement des esprits actuels ne me permet pas d'espérer que ce volume soit toujours lu méthodiquement, d'après une étude suffisante des précédents. Sa nature plus attrayante et sa destination plus pratique m'y procureront de nouveaux lecteurs , dont plusieurs même vont peut-être commencer par le chapitre final, où la religion se confond avec la politique. Mais, ce volume étant aussi le plus systématique, sa lec-
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tare fera bientôt sentir^ cotre la solidarité nécessaire de ses cinq parties, leur connexlté normale avec l'ensemble des théories statiques et dynamiques , de manière à ranimer, au lieu d'entraver, l'étude des trois autres tomes. Je crois même que de bons esprits, avertis, dès 1868, par la publication isolée du discours préliminaire, attendent ^ comme je le ferais à leur place, l'entière terminaison d'une construction indivisible, pour se livrer au digne examen de tous ses modes. Quoi qu'il en soit , je ne regrette point d'avoir été matériellement forcé de publier séparément chaque volume, et je compte sur la prochaîne rectification des jugements, incomplets ou précipités^ qu'a dû souvent susciter une ardeur indisciplinée.
Il faut ici compléter les explications spéciales de ma première préface envers l'exécution littéraire de ce traité. Sans attendre les reproches suscités, à cet égard, par mon ouvrage fondamental, j'avais spontanément senti son imperfection, quoique je me sols toujours félicité d'avoir surmonté ces scrupules, suivant des motifs dont la gravité n'est plus contestable. Mais , le besoin d'accélération ayant cessé , je m'efforçai, dès le début du présent traité, d'en mieux soigner la rédaction, tout en persistant à me dispenser de rien récrire. Les juges les plus difficiles ont été jusqu'ici satisfaits de l'efficacité croissante d'une telle sollicitude, et j'espère que le volume final confirmera cette appréciation. En se bornant à développer les pensées d'autrui, les littérateurs peuvent concentrer leurs facultés sur le perfectionnement de la diction. Cet exercice les dispose à juger trop sévèrement ceux qui , forcés d'élaborer des conceptions nouvelles avec un langage ancien , ne sauraient guère éviter une rédaction peu satisfaisante, où l'on flotte entre la diffusion et la confusion. Quand une méditation plus profonde, qui ne peut s'accomplir que d'après la manifestation primitive , a lié les créations spéciales aux germes universels
PRÉfÂCE DU TOME QUATRIÈME. IX
représentés dans la langue , cette imperfection cesse spontanément y outre que le public est mieux initié.
Pour utiliser autant que possible ma sollicitude littéraire^ je dois ici caractériser les diverses prescriptions que je me suis graduellement imposées^ principalement envers la seconde moitié de ma construction religieuse , et surtout quant au tome final. Afin d'éviter les phrases trop longues ^ je n'ai jamais permis qu'aucune excédât deux lignes manuscrites , ou cinq imprimées. L'œil et l'esprit ont obtenu les haltes convenables, en restreignant à sept phrases la plus grande extension de mes alinéas , qui ne sont pas seulement typographiques. Sans que la prose doive aspirer à la perfection musicale de la poésie , je me suis efibrcé de l'en rapprocher en m'interdisant tout hiatus, même entre deux phrases ou deux alinéas. J'ai d'ailleurs évité de reproduire un root quelconque , non-seulement envers chaque phrase , mais pour deux phrases consécutives, même en changeant d'alinéa; sauf quant aux monosyllabes auxiliaires.
En pratiquant ces obligations volontaires, j'ai toujours senti combien il importe d'appliquer partout la règle de Descartes sur la scrupuleuse observance des institutions artificielles, qu'il assimile justement aux lois naturelles, quelque indifférentes qu'elles semblent d'abord. Cette discipline, non moins salutaire à l'esprit qu'au cœur, repose sur une vraie connaissance de la constitution humaine , où le perfectionnement dépend surtout de la soumission. Son efficacité littéraire se trouve plehiement vérifiée d'après la supériorité du style poétique , plus entravé que la diction vulgaire. Quand l'habitude m'a sufltsamment facilité ce nouveau joug , il est devenu la source continue d'améliorations imprévues, non-seulement envers le discours, mais même pour la pensée. Les imperfections littéraires étant les mieux appréciables et les plus modifiables ,
leur rectification surmonte davantage l'inertie spontanée de notre intelligence ; nous sommes ainsi poussés à perfectionner la conception en revenant sur l'expression.
Dans Tensemble de ce volume , la constitution générale de la religion est devenue plus systématique^ en môme temps que plus morale et plus pratique y en plaçant irrévocablement le culte avant le dogme. Je regrette que cette rectification soit postérieure à l'élaboration du Ca(éc/it^mej)05t7tt;t«/e, dont elle eût facilité la destination. Mais , sans attendre une seconde édition de cet opuscule, on y peut assez accomplir une telle amélioration , en séparaut les deux moitiés du long entretien sur Fensemble du dogme. La première , directement relative à la théorie du Grand-Être , doit désormais former un chapitre distinct, succédant à Tintroduction. Oo peut alors immédiatement passer à Fétude du culte , suivie de celle du dogme, où l'entretien général se réduira maintenant à sa seconde moitié, seule relative à la constitution encyclopédique.
Ce partage d'un long chapitre permet d'introduire Tordre final, d'après une facile transposition, sans rien changer dans l'exposition actuelle. Je saisis cette occasion d'inviter les lecteurs de mon catéchisme à scinder aussi l'entretien final, en étudiant d'abord le passé fétichique et théocratique commun à tous les peuples, puis la tijple transition propre à l'Occident D'après cette double modification , l'opuscule propagateur doit désormais être regardé comme composé de treize chapitres, au lieu de onze.
Toutes les explications propres au tome final se trouvant assez indiquées, je dois passer à celles que laissent désirer les préfaces antérieures. Sans m'astreindre à l'ordre chronologique , je dois d'abord considérer ce qui concerne le second volume. L'explication qu'il va susciter doit , outre sa propre importance, régulariser et compléter la liberté générale que
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i*ai spoDlanément déreloppée dans mes préfaces quelconques.
Je dois d*abord annoncer Tavortement total de ma troisième tentative envers la fondation de \^ Revue oceidentah. En rendant ce recueil purement trimestriel, et renonçant à toute rétribution comme directeur ou collaborateur, j'avais, en 1852 , diminué les frais autant que pos^le. Néanmoins , les garanties matérielles ont encore manqué , tant d'après le mode collectif que sous le patronage individuel. Ce nouvel échec envers une entreprise dont personne ne contestait Futilité philosophique et politique m'a finalemeul conduit & l'abandonner pour totijoun^ même quand un digne protecteur écarterait tous les obstacles financiers. Le public d'élite auquel Je m'adresse a mieux senti que moi l'incompatibilllé spéciale d'uae telle tentative avec la lendance féttëraie d'une doctrine qui vient spontanément éteindre le Journalisme.
Quoique l'engagement de parler à jour et degré fixes devienne moins vicieux à mesure que les intervalles augmentent , due appréciation périodique ne saurait jamais convenir envers un spectacle intermittent. En termhiant l'interrègne spirituel, la religion positive fera naturellement cesser l'usurpation qu'il suscita chez les lettrés occidentaux. Le sacerdoce de l'Humanité doit donc s'interdire toute participation à l'institution qu'il devra bientôt flétrir comme radicalement anarchique. D'après le culte et l'enseignement , il peut déjà placer, autant que dans Tétat normal, ses instructions orales envers les circonstances. Outre les traités généraux , soit originaux, soit didactiques, la propagande et l'application écrites n'exigent que des opuscules spéciaux, dont la périodicité deviendrait aussi gênante qu'inopportune. Voilà comment j'ai reconnu que le triple avortement d'un projet empirique, au lieu d'indiquer une vicieuse iodifférence, provenait surtout d'un secret instinct de son incompatibilité naturelle avec l'esprit et le but du positivisme. J'ai donc
résola de ramener tous les efforts oa sacrifices qui s'y rapportaient vers l'extension continue du subside sacerdotal, où doi* vent désormais se concentrer les dépenses quelconques envers l'avènement de la religion universelle.
Afin de mieux caractériser ma renonciation à toute publication périodique, je dois la faire contraster avec la prévision d'une lutte grave et prochaine y où le sacerdoce régénérateur semble avoir besoin d'un tel instrument.
Le positivisme fut longtemps entravé, surtout en France, par un silence concerté, qui dure encore en Allemagne. Depuis que cette oppression est surmontée , le développement de la doctrine universelle a transformé l'opposition des métaphysiciens et des littérateurs. Incapables , faute de convictions propres , de résister à l'impulsion régénératrice^ ils tentent de la neutraliser en attaquant ma construction religieuse au nom de ma fondation philosophique ; ne pouvant sentir ou ne voulant pas avouer l'indivisibilité de ma synthèse. Ceux qui longtemps contestèrent que la philosophie pût jamais devenir positive s'efforcent, depuis que cette conciliation est réalisée, de la représenter comme ne devant pas s*é tendre à la religion. Un tel antagonisme semble d'autant plus grave qu'il émane surtout du milieu britannique , où mes travaux ont été mieux accueillis jusqu'ici que partout ailleurs.
Mais le positivisme surmontera l'opposition active plus aisément que la résistance passive , sans avoir davantage besohoi d'aucune tribune périodique. Toute dissertation serait superflue pour prouver que la religion peut, comme la philosophie, et d'après elle, devenir positive; puisqu'une telle régénération se trouve maintenant accomplie dans les deux cas. 11 faut seulement que le positivisme renonce à convertir, surtout en Angleterre, le milieu qui soutient la presse périodique par la rédaction ou la lecture. Hors de la classe transitoire , radicalement
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hostile à la séparation des deux pouvoirs, la religiOD de FHamanité ralliera les âmes d'élite qui, toujours préoccupées du but social, ne sont jusqu'ici restées passives que faute d'une doctrine convenable. Loin d'interdire à la positivité de se compléter, de se résumer, et de conclure, le mUieu pratique attend qu'eUe soit ainsi devenue propre à diriger la terminaison nécessaire d'une révolution que les lettrés tendent partout à perpétuer. C'est là que surgit la qualification de religion positive , que je n'ai rendue usueUe qu'après l'avoir vu spontanément employée par d'éminents prolétaires. En s'adressant directement à ses vrais auxiliaires, le positivisme laissera les partisans du régime parlementadre et du système d'hypocrisie poursuivre de vaines attaques, qui ne doivent jamais altérer sa marche normale.
D'après mon irrévocable renonciation aux recueils périodiques , Je me trouve conduit à systématiser la liberté que j'ai spontanément introduite dans mes préfaces , envers les communications quelconques qui ne sauraient convenir ailleurs. Non moins exempts que les Journaux ou revues de toute obligation méthodique , ces préambules me permettent de mieux exposer à mon public les diverses explications qui, concernant l'ensemble de ma mission, ne peuvent s'hicorporer àr mes traités. Ainsi se trouvent désormais instituées mes communications éplsodiques, en combinant les ressources propres à mes préfaces avec ceUes que comportent mes circulaires et mes cours ; ce qui me dispensera suffisamment des organes périodiques.
En vertu de cette liberté, je dois ici proclamer un avis essentiel, avant de compléter les explications suscitées par les préfaces antérieures. Les trois traités que ce volume annonce seront toujours séparés l'un de l'autre par une année de repos, moins destinée à réparer mes forces qu'à renouveler mes conceptions. Pendant chacune de ces suspensions, la publica-
XIY SYSTfen DE POLITIQUE POêmYE.
tion d'un volume 8e trouvera remplacée par rexpositton d*Qii coars, qui ne sera Jamais reproduit.
Solvant cette règle , je consacrerai mon chômage de i855 à rinstitutloB concrète de la philosophie de l'histoire , en développant la partie dynamique du tableau sodolâtrique Inséré dans ce volume (page 159). Mais cette exposition du principal élément de la philosophie seconde sera précédée d'un résumé de la philosophie première et suivie d'un aperçu de la philosophie troisième^ de manière à constituer un Cùurs e»thétique de philosophie positive. 11 se composera de quarantetrois leçons 9 de deux ou trois heures , ayant lieu trois fois par semaine (les mardis^ vendredis, et dimanches) , à midi précis, depuis le dimanche 15 avril prochain Jusqu'au dimanche 22 juiUet.
Je dois maintenant poursuivre les explications qu'exigent les préfaces des trois volumes précédents , afin de rectifier ou de compléter les Indications qui s'y rapportent.
Celles des deux premiers tomes concernent surtout deux appréciations devenues de plus en plus connexes, quoique restées distinctes, envers Tessor du positivisme etVextenslon du subside sacerdotal. En les considérant simultanément, je dois ici dissiper les illusions que des rapports inexacts me firent involontairement propager quant aux foyers positivistes. On sent qu'elles n'ont jamais concerné le centre parisien, où je pouvais directement apprécier la plénitude et la consistance des convictions. Là seulement a déjà surgi l'ébauche décisive de la vraie régénération, non moins sociale qu'intellectuelle, sous un digne concours des deux sexes. Diderot et Gondorcet ne pouvaient espérer que ^ un siècle après l'Encyclopédie , leur successeur unirait de nobles couples par l'engagement du veuvage étemel, et vouerait à l'Humanité des enfants pleinement dispensés de Dieu. Quelque obscurs et restreints que doivent encore rester
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de teto soocès , leur portée est irrécusable; car ils se trouvât complétés par la moralité sopérieure des familles régénérées. Ils annoncent qae la métropole humaine appartiendra bientôt aux positivistes, quand la liberté spirituelle leur permettra de développer le culte public autant que l'adoration intime et les consécrations domestiques.
Hors de ce centre incomparable , la religion universelle ne possède aujourd'hui que deux noyaux vraiment décisitii : l'un, essentiellement pratique, en Hollande; l'autre, principalement théorique, en Irlande. Quoique le second soit récent, il se montre déjà digne du premier par la plénitude et la consis^ tance des convictions , où la philosophie aboutit à la religion. Partout ailleurs , le poslUvisme n'a Jusqu'ici trouvé que des adhérents isoléSy même dans le milieu britannique, soit anglais, soit américain, le mieux disposé pour les associations quelconques, et le plus accessible à notre propagande. Sauf des conversions personnelles, aussi rares que précieuses, la religion de rHunanité n'a pas encore pénétré chei les occidentaux du midi, qui doivent pourtant développer sa principale popularité. Dans Fintérieur de la France, eUe ne possède que trois foyers secondaires , qui , malgré mes espérances, restent à l'état naissant, et n'offrent aujourd'hui d'importance que d'après leurs chefs respectifs.
L'extension du subside sacerdotal, caractérisée par la circulaire ci-jointe, mesure l'appréciation précédente. Sauf le centre et les deux noyaux, ce patronage émane surtout de sources individuelles , peu multipliées jusqu'ici dans le mUieu britannique , malgré le retentissement du positivisme. Des adhérents trop abstraits y propagent la nouvelle philosophie sans aider son fondateur à surmonter la misère suscitée par une Infâme spoliation. Cette indifférence ressort d'autant mieux que de nobles adversaires sentent , au sein de la population la plus
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anarchique, le devoir social d* assister quiconque se voue dignement à la réorganisation spirituelle. Malgré cette honorable exception, la sécurité résultée de Taccroissement continn du subside sacerdotal repose sur ce qu'il émane principalement des positivistes complets, depuis que les révolutionnaires m'ont heureusement abandonné.
D'après une telle indication, je me trouve conduit à confirmer, par deux faits caractéristiques , les prévisions propres à la préface du tome troisième envers Tantipathie croissante que ce parti m'a vouée. L'aversion que le positivisme inspire aux métaphysiciens germaniques ou britanniques pourra s'exhaler en dissertations, parce qu'ils se regardent comme capables de discuter la nouvelle synthèse. Mais les révolutionnaires français se sentent trop au-dessous d'un tel effort pour que leur haine puisse se satisfaire autrement que d'après des calomnies , destinées à détourner le peuple de moi sans aucun examen. Ils ont représenté mon manifeste au tzar comme une dédicace du tome troisième ; oubliant que l'ensemble de mon traité se trouvait, dès son début, placé sous un patronage incompatible avec tout autre hommage. Je dois aussi leur attribuer l'inqualifiable hypothèse où ma persécution polytechnique se trouve expliquée d'après mes propres malversations : malgré sa dépravation spéciale, le milieu qui m'a dépouillé n'oserait risquer une calomnie dont il craindrait la facile réfutation.
Telles sont les seules armes que puisse opposer à la reUgion de Tordre et du progrès le plus nuisible et le plus arriéré de tous les partis actuels. Seul il nie le besoin d'une reconstruction spirituelle à laquelle il se sent incapable de pourvoir, et s'efforce de concentrer les aspirations populaires vers l'élaboration immédiate des réformes matérielles, consistant surtout à détruire. Étranger aux principaux progrès du dix-neuvième siècle, il construit la solution occidentale avec la religion de Voltaire, la
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philosophie de Condillac, la morale d'Helvélius, et la politique de Rousseau, en repoussant, Hume, Diderot et Condorcet.
On doit être peu surpris que, sauf de jeunes âmes, estimables quoique ég.irées, tous les hommes de quelque valeur abandonnent de plus en plus un parti qui méconnaît radicalement le programme moderne. Je suis heureux d annoncer ici que, après Toscillation indiquée dans ma précédente préface, M. Etex parait irrévocablement^ dominé par les dispositions synthétiques et sympathiques qui d'abord le poussèrent au positivisme. En un temps où chacun flotte et s'insurge, ce double, désordre doit être spécialement excusé chez les artistes, plus entraînés et moins retenus que les théoriciens et les praticiens.
Ayant assez indiqué tous les éclaircissements propres à cette préface, il y faut accomplir le devoir exceptionnel que m'impose aujourd'hui le manifeste joint à la précédente. L*envoi projeté n'a jamais eu lieu, faute d'une réponse quelconque au billet que j'ai rapporté pour demander Taulorisalion convenable. Mais, malgré cette incivilité d'un chef préoccupé du Bas-Empire^ la communication doit être regardée comme accomplie, depuis la publication de mon troisième volume.
Je ne regrette point d'avoir érigé le tzar actuel en type des conservateurs empiriques qui peuvent devenir systématiques, S*il ne mérite pas cette appréciation, elle pourra convenir à son successeur, parce qu'elle est propre à la situation correspondante. En choisissant une telle forme pour exposer, à tous les dignes praticiens, un résumé complet du positivisme, j'ai prouvé combien je suis affranchi des préjugés et des habitudes révolutionnaires. L'incident russe a seulement permis aux anarchistes de développer Taversion que leur inspire un manifeste propre à faciliter l'universelle propagation de la doctrine régénératrice. Quoiqu'il en soit, cet opuscule se trouve ainsi constituer un véritable événement, dont je devrai toujours respecter
Xnn SYSTÈME DB POLITIQUE POSITltË.
le caractère historique , si je suis enfin obligé de changer radicalement le jugement que j'y porte sur raulocrate actuel.
Mais, quelque blâmable que soit aujourd'hui sa conduite ex« térieure, elle ne saurait encore annuler un quart de siècle d'honorables elTorlspour améliorer la situation intérieure d'un immense empire. L'opinion favorable que j'ai d'abord proclamée me permet malntenanl d'avertir le tzar que, en persistant dans son aberration, il perdrait, auprès de la postérité, tous les titres résultés d'une longue carrière. C'est un danger commun aux praticiens quelconques, parce que leurs services, trop passagers et trop restreints , ont rarement assez de portée pour ne pas s'effacer entièrement sous des torts sufiBsamment graves. Plus vastes et plus durables, les résultats théoriques peuvent seuls mériter une illustration indépendante de la dégénération ultérieure de leurs auteurs. Voilà pourquoi les praticiens sont rarement jugcables pendant leur vie, tandis que les théoriciens n'ont pas besoin de la mort pour obtenir une gloire irrévocable, quand leurs travaux comportent une suflisante appréciation.
Si l'aberration russe était vraiment nationale , je ne devrais point tenter ici de la rectifier. Mais , malgré les apparences, je persiste à croire que, comme l'indique ma précédente préface, le tort est surtout personnel, et consiste à ne pas résister assez aux impulsions, aussi folles que coupables, d'un vicieux entourage. D'après la désastreuse politique instituée par une énergie mal dirigée, les tzars vivent au milieu d'aventuriers germaniques, qui seuls poussent la nation russe vers une conquête destinée surtout à leur procurer au Sud des dotations plus avantageuses que leurs domaines du Nord. Ces impulsions, dépourvues de racines populaires, pourraient toujours s'éteindre sous un digne chef, avant d avoir suscité les conflits extérieurs qui les ont jusqu'ici surmontées. Ou doit donc espérer que de sages remontrances détermineront le tzar actuel à cesser une usurpation
l^BàPACB M TOMF. QVATItltMI. X\t
contraire à ses propres tendaDces , et qoi jamais né flit aussi ticiease.
Un contraste décisif devrait solBre ponr éclairer ee chef sni* les dangers d'une attitude directement opposée à TeDsemble des dispositions qui prévalent partout dans notre siècle. L'héritier du dictateur qui bouleversa l'Europe afin de satisfaire une vicieuse ambition reconnaît solennellement que l'âge des con-» quêtes est irrévocablement terminé. Mais le Suceesiseur de Tauiocrate qui brisa noblement un joug Intolérable souille sa maturité d'une usurpation analogue à celle que combattit sa jeunesse. Rétrograde au dehors, le second tend W le devenir au dedans; tandis que le premier, en régénérant la politique extérieure 9 se trouvera bientôt conduit à transformer lattlludé intérieura Coalisé, quarante ans avant, eontre l'oppression émanée du peuple central, l'Occident se rallie aujourd'hui sous lui pour arrêter les usurpations d'une puissance qui dirigeait alors la sainte ligue destinée à fonder la paft universelle.
L'ensemble du passé russe doit à la fols manifester au t2ar le vice radical d'une telle aberration et rassurer les occidentaui sur ses vrais dangers. Avant de devenir chrétiens, les Scandinaves orientaux tentèrent de conquérir le Bas-£n)pire, qui suffit seul pour les repousser. £n embrassant le bytantisn^ , Us ont autant ratifié la loi des résidences que leUt^ frères occidentaux par l'adoption du catholicisme. Ils se sont ainsi voués essentiellement à ractivilé pacifique, en éteignant à la fois l'enthousiasme et la discipline, d'après un monothéisme avorté. Tandis que le catholicisme et l'islamisme consacrèrent respectivement la séparation et la confusion des deux puissances, te byzantisme ne comporta jamais aucun résultat social , vu la contradiction radicale entre son dogme et son régime.
Ponr caractériser la perturbation russe, 11 faut apprécier son iBCompatibilité dhrecte avec l'ensemble de la poUtique interna-
tionale qal , depuis la ûo du moyen âge , fait de plus en plus prévaloir le sfalu quo. Les heureux efforts de la diplomatie moderne ont autant réglé les relations des peuples que le permettait la décadence du sacerdoce occidental. A travers les principales luttes, cette influence a toujours* consolidé les mœurs pacifiques en imposant le respect mutuel des situations quelconques. Elle a judicieusement érigé la paix de Westphalie en ère décisive de la salutaire prépondérance qu'elle doit exercer jusqu'à ce que la spiritualité positive ait irrévocablement reconstruit Toccidentalité. Ce fut , en effet , un noble triomphe que de répartir TOccident entre le catholicisme et le protestantisme, en prévenant ou réprimant toutes les tentatives destinées à faire militairement prévaloir aucune des croyances résultées de la décomposition spontanée du monothéisme défensif.
Quoique ces diverses fols aient toujours divisé , non-seulement les nations, mais les villes et même les familles , les diplomates ont partout obtenu que la politique extérieure renoncerait à rétablir Tunité, dont la reconstruction serait seulement attendue des efforts religieux. Fondée sur le développement spontané du scepticisme, cette conduite a fait partout sentir le besoin de chercher Tharmonie spirituelle dans une doctrine supérieure à toutes les croyances discordantes. Aucun gouvernement, catholique ou protestant , n'a depuis tenté de conquerir pour convertir, sans qu'une ligue universelle n'ait aussitôt comprimé de telles aberrations.
Deux siècles avant cette transaction solennelle , un accord tacite avait spontanément consacré des dispositions analogues envers une répartition plus décisive. La philosophie de Thistoirc, éclairant Tâge antérieur à la diplomatie, assimile le partage du monde romain entre le catholicisme et l'islamisme à celui de l'Occident entre le papisme et le protestantisme. Quand les croisades eurent irrévocablement préservé les occidentaux