PRÉFACE DU TOME QUATRIÈME. XXI
de l'invasion musulmane ^ leurs dispositions normales envers les Turcs et les Grecs purent librement se développer d'après l'ensemble des antécédents sociaux , supérieurs aux influences ihéologiques. Ces expéditions avaient achevé de convaincre len latins de Tiropuissance des byzantins h se conduire; elles manifestèrent la destination des Musulmans à succéder aux Romains dans le gouvernement d*une population toujours indisciplinable. Malgré les instances des Grecs pendant un demi-siècle , TOccident respecta la mission politique de Tislamisme; les déclamationis contbsues des poëtes n'empêchèrent Jamais des alliances décisives entre deux régimes également adaptés aux situations correspondantes.
Il suffit d'Indiquer cette appréciation pour sentir aujourd'hui combien l'incident russe devient perturbateur en attaquant, au nom d*nne foi partout éteinte , la transaction qui sert de base à Tensemble de la politique occidentale depuis la (in du moyen âge. Si l'Autriche ou la Prusse voulaient mutuellement s'imposer le catholicisme ou le protestantisme , en Invoquant Tharmonie germanique, le tzar aiderait, au besoin, la France et TAnglelerre à faire partout respecter le statu quo religieux. Peut-il espérer qu'on le laissera consommer une violation plus grave , qui conteste ce que quatre siècles ont irrévocablement établi? Les impulsions classiques, plus que les affinités (héologiqaes , déterminèrent les puissances occidentales à détruire la marine turque afin de seconder Tinsurrection grecque. Elles réparent aujourd'hui cette faute, en respectant Tensemble des traditions modernes, sauf à solliciter cordialement l'équité fondamentale du monothéisme dominateur.
Je puis donc espérer qu'une tentative incapable d'aucun succès va bientôt cesser dignement, sans perdre davantage des forces partout précieuses, que l'Humanité prescrit à tous de diriger vers ramélloration universelle de notre situation et de
notre nature. L'incident rosse aura dès lors fait spontanément ressortir l'irrévocable prépondérance des mœurs pacifiques, et la disposition unanime des occidentaux à préserver de toute altération l'incomparable concorde surgie depuis quarante ans. Malgré des aspirations irréfléchies, le sacerdoce de rOumanîté compte sur la sagesse diplomatique pour qu'une guerre saintement entreprise contre la guerre ne dégénère nulle part en altération violente du statu quo politique ou religieux. 11 espère que les gouvernements occidentaux sentiront Timportance de ne point Intervenir dans la dislocation spontanée d'une agglomération factice. Nul d'entre eux n'est assez pur au dehors pour prendre dignement riniliative des rectifications bientôt destinées à s'accomplir d'après la loi sociologique qui décompose graduellement les grands États. Dans un tel degré, cet épisode aura caractérisé la fraternité fondamentale des occidentaux ^ en montrant l'héritier de celui qui voulut détruire, à tout prix, l'élément britannique, dirigeant noblement Talliance de la France avec l'Angleterre pour assurer la paix du monde. On est ainsi conduit à sentir la réalité des prévisions positivistes sur la transformation des armées en gendarmeries, puisque les militaires s'honorent d*une mission purement relative à la police européenne.
En supposant qu'une folle obstination aggravât et prolongeât ce conflit, il susciterait partout des réactions finalement favorables à la régénération intellectuelle et sociale. Si , les forces régulières devenant insuffisantes, les occidentaux devaient activement intervenir, la religion de l'Humanilé pourrait seule les rallier contre des barbares invoquant Dieu. Déjà la coalition des catholiques et des protestants pour préserver les musulmans de l'invasion byzantine montre clairement que , malgré d'ignobles momeries, l'Occident obéit à des impulsions purement terrestres, en laissant les motifs célestes aux peuples arriérés. Le