‹ Système de politique positive (volume 3)Chapitre 15 sur 43 · TABLEAU GÉHÉRAL DE LA TRANSITION EXTRÊME · texte numérisé non relu

TABLEAU GÉHÉRAL DE LA TRANSITION EXTRÊME

On peut regarder ce vchiine final comiDe le développement systématique de la formule fondamentale qui caractérise la religion positive. Le premier chapitre en a directement établi Tensemble , et les trois suivants en ont respeclivement Instilué les trois éléments nécessaires. Son avènement décisif devient l'objet spécial de ce dernier chapitre , où la religion se lie Immédiatement à la politique.

La révolution occidentale étant plus Intellectuelle que sociale^ elle doil spoutanément commencer à se terminer aussitôt que la doctrine régénératrice a suffisamment constaté son aptitude universelle ^ en embrassant, pour la première fols, l'ensemble des affaires humaines. Or, cette condition se trouve maintenant remplie d'après la systématisation que je viens d'achever, et spécialement par le chapitre précédent , qui condense l'amour et la foi dans l'activité. Mats, pour manlfester«a compétence et compléter son office 9 la religion qui déduit l'avenir du passé doit

régler le présent, afln de le mettre en barmonie avec sa source et sa destination , également méconnues partout.

C'est en surmontant ainsi Tanarchie moderne que le positivisme peut à la fois subir une épreuve décisive et conquérir un irrévocable assentiment. Il doit prévaloir en faisant surgir la discipline universelle au milieu de la situation la plus discordante» qui menace rassociatipi) humaine d'une eptière dissolution. ]La religion susceptible d'une telle eflScacilé se trouvera f)0s lors appelée à régler un avjsnir où )a systématisation ne pourra Jamais o^rir autant de (Ji^cuUé. Pleinement réelle et directement sociale, la foi positive doit in^médiatemcnt s'appliquer au gouvernement; tandis quç la doctrine catholique, en ^nt qu'égoïste et chimérique, n'y put convenir qu'après avoir individuellement prévalu. Succédant à cinq siècles d'une décomposition croissante, la religion de l'Humanité se trouvera partout invoquée au secours de Tordre et du progrès aussitôt qu'elle sera suffisamment connue. Quoique destinée à régénérer Tensemble de notre existence, elle doit d'abord s'appliquer à la vie publique , siège du principal désordre. Elle inaugurera la morale universelle en réglant la conduite des peuples avant celle ^es familles et des individus, miis en faisant toujours ressortir la connexité fondamentale des trois parties du régime positif.

Pour Instituer la transition finale, il faut d'abord apprécier la situation correspondante y en combinant la connaissance de l'évolution préparatoire avec la détermination , désorfnais sursaute, de Tétat normal. Quoique ce préambule concerne l'ensemble de la population humaine, il doit surtout se rapporter à roccident, oii s'élabore graduellement, depuis trente siècles, la régénération universelle.

Toutes les phases successives de notre initiation co-existent dans léiat présent de notre espèce, mais en y manifestant une commune tendance vers l'issue qui peut Immédiatement s'adap-

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ter à chacune d'elles, comiDe réalisant des aspirations unanimes et continues. Après avoir institué la famille , le fétichisme , quand il aboutit à Vastrolâtrie, entreprit de fonder l'association universelle sur une existence homojj^ène réglée par une foi concordante. La théocratie développa cette tentative en utilisant les seules croyances qui pussent d'abord établir une suflSsante subordination. Quoique le polythéisme militaire semblât détourner de ce but , il y tendit en poursuivant la conquête générale^ où le peuple prépondérant devint le noyau définitif de Tunion totale. Cette convergence fut directement manifestée dans le monothéisme , surtout défensif , aspirant ouvertement à constituer l'universalité. Malgré l'avortement d'un tel effort , toutes les populations ont continué de souhaiter et d'espérer l'association universelle. Son avènement intellectuel et social est devenu le résultat général de la révolution qui , d'après l'épuisement du régime préliminaire « fait simultanément prévaloir la foi démontrable et l'activité pacifique.

Envers cette commune issue des aspirations partout surgies pendant l'initiation humaine , il faut distinguer, dans notre espèce , deux parties inégales , suivant que Tassociation universelle s'y trouve attendue ou poursuivie. D'après l'ensemble du passé, la plupart des populations , sans cesser de tendre, par le cœur et l'esprit , vers la formation de la grande famille , ont successivement abandonné l'espoir d'en devenir le centre. Toutes les dispositions fondées sur les divers modes propres à la synthèse absolue se sont mutuellement neutralisées , de manière à concentrer l'élaboration directe de la commune solution dans le berceau de la religion relative.

Depuis l'essor général du théologisme, le fétichisme a renoncé partout aux espérances d'universalité qui caractérisèrent sa terminaison astrolâtrique. Mais les grandes théocraties, qui reprirent systématiquement le même dessein, ont, à leur tour.

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perda rinitiatiTe^ d'après le développement de ractivlté militaire. Ainsi , les deux modes principaux de la religion provisoire sont devenus essentiellement passifs , et depuis longtemps attendent la régénération universelle sans espoir de la diriger. La présidence bumaine fut irrévocablement conférée à roccldent 9 sous Timpulsion successive de la conquête romaine et du monothéisme défensif. Or, le catholicisme et l'islamisme ayant réciproquement annulé leurs équivalentes prétentions à l'universalité 5 ce foyer spécial ne put élaborer la solution générale qu'en préparant la religion relative , destinée à remplacer simultanément toutes les synthèses absolues. Pendant qu'il accomplissait le préambule y théorique et pratique , d'une telle construction, il en facilitait l'ascendant par son affranchissement nécessaire des croyances qui devaient détourner les diverses populations de se rallier au centre occidental. Un tacite assentiment, oà l'islamisme participe autant que la théocratie et le fétichisme, réserve à l'Occident émancipé l'élaboration directe d'une régénération également attendue partout

Ni les conflits mutuels des occidentaux depuis la fin du moyen âge, ni le commun abus de leur prépondérance extérieure, n'ont pu détruire cette convergence spontanée, où commence l'union finale. Ce concours sans exemple résulte partout d'un irrévocable épuisement du régime préliminaire, conjointement avec un insuffisant essor des germes de rénovation. L'Occident ne doit un tel privilège qu'à sa triple transition , d'abord spéculative, puis active, enfin affective, qui, développée depuis trente siècles, aboutit, pendant les cinq derniers, à l'élaboration, positive et négative, de la solution universelle , impossible partout ailleurs.

Quand cette mission sera sentie aussi dignement au dedans qu'au dehors , elle disposera les occidentaux à faire graduellement prévaloir les mœurs et les opinions qu'exige la présidence

S66 SYSTÈaIe Ùk i>OtlTIQUE 1»oi^it1tI.

bumaine. Mais une telle conviction ne peut i*ésiJlter que ilé Tessor décisif de la doctrine régénératrice , qui trouvera ses principaux obstacles dans le milieu rénovateur, oii les habitudes révolutionnaires allèrent maintenant une destination qu'elles secondèrent longtemps t^ar une fatalité que mon troisième volume a suffisamment expliquée^ la transition occidentale fut de plus en plus anarcbique, même avant d'avoir entièrement perdu le caractère organique. L'ordre ne put être jusqu ici complet que sous le i-égime tlîëocràtique , oii bietittft il deviiit hostile au progrès, b'âprès cette oppositidii , lé péK fectionnement n'a prévalu qii'eii développant , avec linè construction partielle, une insurrection géhérale contre le syilëhle initial que l'état positif doit seul remplacer. Ce caractère anal*chique s'es* aggravé de plus en plus, à mesure que l'essor des forces humaines a manifesté Tincompétence de la synthèse absolue pour les régler sans les bp|[)rtmer. Bornée longtemps à Taltération croissante de la continuité, la disposition i*évolutlonnaire des occidentaux s'est étendue jusqu'à là ^lidatlté , depuis la rupture du lleii catholique et de la hiérarchie féodale.

Une telle tendance dut seconde^ la transition nécessaire entré la théocratie et la sociocratie , tant que l'élaboration régénératrice se réduisit à préparer les matériaux , parce qu'on ne pouvait alors construire sans détruire. Mais , quand la réorganisation directe est devenue urgente d'après l'accomplissement de la démolition , les habitudes révolutionnaires se sont tournées contre leur destination, en s'opposant à toute synthèse. Voilà comment les dispositions des peuples actifs ne se trouvent point au niveau de celles des populations passives , qui psiKoui attendent, avec confiance et résignation, la constructioti universelle, tandis que les auU*6s'répugiiënt aux conditions qu'elle exige.

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Ainsi 5 le principal effort de la religion positive consiste à régénérer le noyau qui l'a préparée , et d'après lequel son extension totale s'accomplira sans obstacles. Longtemps destinée à fournir partout des chefs avant d'avoir assez transformé le$ masses , elle doit d'aliord remplir cet office envers le milieu qui la fit surgir, et dont Tanarclite croissante ne Comporte plus d'autre discipline. Faute d'un tel guide, les sollicitudes Justement éveillées par l'essor continu des tendances subversives, se trouvent provisoirement forcées de se ralliet- à des doctrines rétrogrades qui compromettent radicalement leur efficacité morale et même politique. Mais l'avéïiement du positivisme , accompli dans ce traité, permet aux conservateurs de l'ordre de devenir les directeurs du progrès, i]Ui désormais consiste surtout à discipliner l'ensemble des fotces humaines. Toutes les médiocrités que Tanarchie fait fleurir vont ainsi retomber daiis leur subalternilé normale , et le gouvernement de l'Occident se trouvera bientôt concentré chez ceux qui sauront toujours codcilier le perfectionnement avec la conservation.

Tu la naiure de la maladie occidentale, il fallait instituer son traitement en concevant d'abdtd l'ensemble des affaires hdmaiiies, afin dé fonder la seule autorité capable de conduire le présent au nom du passé pour l'avenir. Quelque déréglées que soient aujourd'hui les âmes, elles rentreront avec joie sous le joug des antécédents aussitôt qu'il leur ouvrira la perspective des conséquents. Rassurées sûr le j[)rogrès, elles seconderont la construction de l'ordre, en repoussant autant l'anarchie que la rétrogradation. Les révolutionnaires vraiment incurables s'éteindront obscurément^ cooune plus arriérés que perturbateurs, quand la t)uissance conservatrice se trouvera munie d'une digne doctrine. Malgré le crédit , moins réel qu'apparent, que l'empirisme populaire continue de leur accorder, l'impossibilité de se rallier entre eux, sauf pour des épisodes négatifs de plus en

plos rares , les rend incapables de résister aux impulsions organiques, quelque concentrées qu'elles soient.

Résultées de l'épuisement radical dunégativisme^ et résumées par rirrévocable avènement de la dictature chez le peuple central, ces dispositions permettent à la religion positive d'instituer la transition qui doit directement terminer la révolution occidentale. La tranquillité matérielle fait mieux ressortir le désordre spirituel, parce qu'elle reste partout dépourvue de sécurité. Quoique la rétrogradation et Tanarcbie soient également discréditées, leur incohérent mélange continue, faute d'une doctrine organique, à fournir la base de l'opinion publique, et même les formules officielles.

Pour apprécier convenablement la nature et l'étendue de la maladie occidentale, il faut directement considérer le principe révolutionnaire, consistant à ne reconnaître d'autre autorité spirituelle que la raison individuelle, surtout envers les questions essentielles. Cette anarchique disposition est devenue tellement commune à tous les occidentaux, qu'elle domine même chez ceux qui tentent de rétablir la discipline dont Tépuisement l'a suscitée. On proclame les conditions de compétence qu'exigent les moindres décisions de philosophie naturelle, sans reconnaître aucune obligation envers le domaine moral et social.

Cette insurrection mentale de Tlndividu contre Tespèce offre d'autant plus de gravité, que, résultat inévitable de l'impuissance des anciens dogmes, elle fut d'abord indispensable à Télaboration des nouveaux. Si Descartes et les penseurs dignes de l'Imiter n'avaient pas systématiquement écarté l'ensemble des autorités antérieures, la régénération finale serait restée impossible. Mais un tel affranchissement, nécessaire pour instituer des convictions nouvelles, est devenu purement anUrchique chez les esprits incapables de sortir spontanément du doute. Hs ne peuvent dès lors éviter les aberrations que d'après une in-

différence moralement funeste envers des opinions liées à toute l'existence humaine. Quand le besoin d'agir les pousse à déléguer leurs décisions, le défaut de principes les conduit ordinairement à mal placer leur confiance, qui n'aboutit qu'à rendre leurs égarements plus graves.

D'abord restreinte au domaine supérieur, où l'ancienne discipline était plus oppressive, une telle anarcliie ne saurait persister sans s'étendre aux notions inférieures, de manière à compromettre l'ensemble de nos acquisitions théoriques. Il serait étrange que des esprits disposés à prendre leurs inspirations pour Tunique base de leurs convictions morales et politiques restassent indéfiniment soumis à l'autorité scientifique envers des questions moins Importantes et moins difficiles. Une saine appréciation de l'avènement occidental des découvertes modernes Indique leur adoption universelle comme due surtout aux habitudes résultées de l'ancienne discipline, malgré la décadence de ses fondements intellectuels. Si> par une hypothèse d'ailleurs contradictoire, on supposait la proclamatiOE du mouvement de la terre retardée jusqu'au plein essor des mœurs f évolulionnaires, elles lui présenteraient des obstacles insurmontables, en y dispersant l'opinion sur une foule d'amendements incompatibles. Le facile succès qu'obtiennent souvent les illusions ou les jongleries les plus grossières, et la révolte qui déjà menace jusqu'au domaine mathématique , constituent partout deux témoignages opposés, mais convergents, de l'urgence et de la difficulté d'une vraie discipline. Même dans le milieu scientifique, où la compétence et l'autorité ne sont pas entièrement méconnues, l'impuissance des jugements, d'après la dispersion des pensées, développe une équivalente anarchie, qui s'y manifeste surtout par le triomphe habituel des médiocrités. Cette absence de direction et de discipline s'étend jusqu'à la culture esthétique, qui, malgré son caractère spontanément syn-

thétique^ laisse partout prévaloir une spécialisatloii dégrada&te^ en sacrifiant le fond à la forme.

Une doctrine univerAlle peut seule dégager la raison occidentale d'une siluation aussi contradictoire, où la démolition générale devient de plus en plus incompatible avec les constructions partielles. Il faut que Tautorité reconnue envers les théories inférieures soit convenablement étendue jusqu'au domaine supérieur, sans quoi le désordre qui décompose celui-ci se répandra sur les moindres notions. Mais, en examinant une telle régénération, on sent qu'elle doit être, sous peine d'avortement, autant morale qu'intellectuelle.

Quand la foi démontrable aura partout remplacé des croyances invérifiables, le sentiment ne cessera point de compléter la raison envers la plupart des opinions admissibles, dont les preuves spéciales resteraient souvent insuffisantes, si la confiance n'y suppléait. J'ai représenté l'institution d'une telle discipline comme le principal résultat de l'éducation encyclopédique, qui dispose à développer les conséquences au lieu de discuter les principes. Convenables envers l'élat normal, même chez les théoriciens, ces habitudes ont plas de prix pour la transition destinée à le préparer. On doit juger entièrement chimérique l'espoir que suscite une rationnante vicieuse, aspirant à la convergence sous la seule impulsion de l'esprit, sans aucune participation du cœur. Même chez ceux qui peuvent vraiment apprécier les démonstrations, les moindres dissidences suffisent pour neutraliser les principales concordances, quand la vénération ne vient pas surmonter l'insubordination. Il faut donc regarder toute synthèse partielle comme tellement impossible, que le positivisme aurait fourni seulement un vain aliment à l'exercice mental, s'il était resté toujours à l'état philosophique sans atteindre la plénitude religieuse. La principale gravité de l'anarchie moderne consiste en ce que, malgré son caractère essen-

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ttellenent intellectuel^ elle A flni par altérer les setitlment!^.

Seals soutiens de Tordre actuel, leur insuffisance est surtout sensible envers la vénération, même dans la vie privée, où Tat-* tacliement laisse souvent apercevoir le défaut de subordination. La concorde domestique se trouve d'aillteurs compromise par les dissentiments intellectuels et rirruption de l'individualisme. Mais la principale altération concerne la morale publique, oti lA solidarité n*est sentie qu'envers les rapports les plus grossiers, tandis que la continuité reste partout méconnue. Rétrogrades ou révolutionnaires, tous les occidentaut s'accordent autant à dédaigner le passé qu'à négliger l'avenir, pour fonder la discipline pratique sur le seul antagonisfeue des intérêts matériels. Envers le principal lien de l'Humanité, le catholicisme est aussi blâmable que le protestantisme ou le déisme, puisqu'il rompit le premier la chaîne des temps en maudissant ses trais ancê^ très. Ayant surgi par une renonciation nécessaire, la foimôM^ thélque n'a pu sans inconséquence tenter> àson toun d'àtrêtct l'émancipation au nom de rantériorité. C'est seulement au positivisme qu'il appartient d'Invoquer Teuêemble des antécédenift humains, parce que sa synthèse relative lui permet de les con*^ sacrer tous, comme autant d'affluents spontanés vers Tunité qu'il systématise.

Faire partout prévaloir les conceptions générales sur les notions spéciales et subordonner les instincts personnels aui sentiments sociaux, tels sont les deux offices, profondément connexes, que doit aujourd'hui remplir la vraie religion. Sa destination est déjà la même que dans l'état normal et demande des moyens semblables, en offrant seulement une difficulté supérieure, pour instituer l'ordre qu'elle n'aura plus ensuite qu'à maintenir et développer. Hors de son sein, tout est à la fols anarchique et rétrograde, tant moralement qu'intellectuellement, et rien ne peut se régénérer que d'après son unité, né-

cessairement concentrée d'abord chez son fondateur, seal interprète de rHumanité.

La nature et la difûculté de la transition finale étant ainsi caractérisées, il faut directement l'instituer envers l'Occident, d'où procédera son extension universelle. Mais l'opération occidentale exige une distinction essentielle, suivant qu'elle concerne le peuple central ou les autres nationalités, dont je dois d'abord déterminer l'ordre définitif de régénération, en complétant et rectifiant mes indications primitives.

Cette détermination reste, malgré la révolution moderne, essentiellement conforme à la marche de l'incorporation romaine, sauf la modification résultée du monothéisme défensif. Quand la république occidentale remplaça l'empire d'Occident, le centre politique, placé d'abord à l'extrémité, fut transporté définitivement au milieu, par la substitution graduelle de Paris à Rome, accomplie avant la fin du moyen âge. Un tel changement dut caractériser la transformation nécessaire de l'agrégation forcée en association volontaire. Mais, à cela près, les éléments du groupe conservèrent leur subordination primitive, développée par l'initiation catholico féodale. Autour de la nationalité française, se rangèrent d'abord les deux populations méridionales, en vertu d'une civilisation plus avancée, puis les deux populations septentrionales, dont l'essor était plus tardif. Le foyer de Toccidentalité sembla se transporter successivement chez chacune de celles-ci, pendant les deux siècles qui suivirent la rupture de l'unité catholique. Néanmoins, la dernière phase de la révolution occidentale rendit spontanément au peuple central la présidence du mouvement moderne.

Momentanément altérée par suite de l'orgie militaire qui souilla la crise finale, cette subordination s'est bientôt rétablie d'après Tavénement d'une paix irrévocable, sous le commun ascendant des aspirations sociales développées depuis le moyen

âge. Nécessairement surgi ctiez le peuple cbargé d'élaborer la solulion universelle, le positivisme vient consolider son initia* tive, en lui permettant de remplir dignement la mission que l'ensemble du passé lui confère pour inaugurer l'avenir. C'est en systématisant sur de meilleures bases Toccidentalité spontanée du moyen âge que la nationalité française , avant de se décomposer librement, convertira son centre politique en mé-* tropole religieuse de l'humanité régénérée. La seule capitale dont la plupart des habitants soient nés ailleurs méritera la présidence universelle en dirigeant la transition finale avec la générosité de sentiments et la généralité de pensées qu'exige une telle destination. Dégagée de l'anarchie parlementaire, elle saura graduellement transformer sa prépondérance temporelle en suprématie spirituelle, à mesure que s'y développera l'ascendant décisif de la religion positive.

Tel est donc l'ordre définitif que l'ensemble du passé fixe aux cinq éléments de l'occidentalité pour l'inauguration successive de l'état normal, d'après l'élaboration française, complétée par les modifications italienne , espagnole , britannique et germanique. Envers les trois derniers cas, cet arrangement diflère de celui qu'exposa mon ouvrage fondamental, et même du changement que lui fit subir le discours préliminaire du traité que j'achève. Après avoir expliqué la principale élaboration, je ferai naturellement sentir, au moins implicitement, les motifs spéciaux de chaque rang, en appréciant les modifications correspondantes. Le lecteur qui voudrait mieux approfondir cette détermination, en y comparant mes essais successifs, doit être averti que je n'avais pas d'abord fait assez prévaloir la marche historique, fixée par le volume précédent. J'avais, d'ailleurs, attaché trop d'importance à l'essor industriel et scientifique, sans apprécier suffisamment les avantages moraux et sociaux des peuples préservés du protestantisme.

Il faut maintenant expliquer l'institution directe de la transition 0uale au centre de TOccIdent. Je dois préalablement indiquer le mode général d'avéneroent des diverses modiOcations que la combinaison de ravenir avec le passé va me conduire à conseiller au présent*

Qn peut condenser toute la théorie de la transition organique en concevant rélabqration directe de l'ordre final comme exigeant les mêmes inOuences que son essor normal , mais avec upe intensité supérieure et moins de régularité. C'est seulement ainsi que la loi fondamentale de la continuité se trouvera convenablement observée, de manière à convertir l'obligation (l'instituer le présent en une vérification décisive de la doctrine q^\ déduisit l'avenir du passé. L'application de ce principe incontestat^le suffit déjà pour déterminer comment doivent s'introduire les mesures quelconques que cette théorie suggérera.

Quand on élabore un régime caractérisé par la combinaison cpntinue d'une activité pacifique avec une foi démontrable, on doit d'abord renoncer à le faire jamais prévaloir autrement que d'après le libre assentiment du public et de ses chefs. Tout recours à la violence deviendrait contradictoire envers l'établissement d'une discipline où son entière élimination se trouve par* tout érigée en devoir fondamental. Loin de regretter que leur doctrine ne puisse point acquérir assez de popularité pour procurer une telle ressource à la transition qu'ils dirigeront, les vrais positivistes béniront une situation qui les préservera toujours de dégénérer en révolutionnaires. Sans qu'ils puissent espérer de voir déjà cesser une vaine agitation, même chez le peuple central, et surtout parmi les nations adjacentes, ils s'abstiendront scrupuleusement d'y participer, sauf par les conseils qui pourraient la prévenir, la modérer, ou l'utiliser. Outre que Tenscmble des lois statiques et dynamiques de la société ne permet de succès qu'aux innovations paisiblement intro-

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dnites, la religion de rHumanité prescrit à tous ses serviteurs de respecter et seconder ses ministres quelconques, même involontaires.

Une teile obligation convient surtout au sacerdoce positif^ qui, cliargé par le Grand-Être de systématiser la transition organique* doit déjà prouver son aptitude normale en consacrant des pouvoirs qu'il conseille, sans renoncer aux flétrissures exceptionnelles Nos descendants feront habituellement remonter l'avènement de Tordre final jusqu'à l'époque où la doctrine régénératrice acquit assez de plénitude pour comporter une application continue à la conduite publique et privée. Les prêtres de rHumanité doivent donc se regarder comme déjà placés dans l'avenir qu'ils annoncent et préparent, en développant, envers les peuples et leurs cbefs quelconques, des mœurs autant éloignées de la sédition que de la servilité.

Puisque Tinterrègne religieux interdit à tous les pouvoirs un caractère vraiment normal, le positivisme doit utiliser les autorités existantes en les consacrant tant qu'elles offrent quelque aptitude sociale, malgré leur source anarcbique ou rétrograde. Aucune force ne devenant efficace sans concentration et sécurité, la religion relative prouvera sa supériorité naturelle en consolidant des puissances mal établies, toujours détournées de leur mission par les soins qu'exige leur conservation. £n renonçant à l'absolu, les occidentaux apprendront à respecter toutes les acquisitions, de pouvoir ou de richesse, qui restent conformes aux conditions actuelles de la sagesse humaine, quel que soit son état, exceptionnel ou régulier, dont les individus ne sont jamais responsables. Même quand cette règle se trouve violée , la religion qui partout subslilue le devoir au droit s'occupe davantage d'utiliser une force quelconque que d'en réformer l'origine, afin d'éviter des débats stériles ou perturbateurs. Il faut toujours sentir que si, d'une part, aucun pouvoir

ue fructifie qu'en durant; d'un autre côté, sa perpétuité tend à Tennoblir, eu faisant prévaloir les inclinations sociales sur les impulsions personnelles sans lesquelles il n'aurait pas surgi.

Je dois spécialement appliquer ces dispositions générales au début actuel de la transition organique , réservée à la troisième génération du siècle exceptionnel, quisera^ pour le positivisme, l'équivalent de celui de Constantin et Théodose envers le catholicisme. Les deux générations précédentes furent nécessairement, Tune d'abord révolutionnaire puis rétrograde, Tautre à la fois révolutionnaire et rétrograde , c'est-à-dire parlementaire. Bien que ce dernier caractère semble encore persister, faute d'une théorie assez conforme à la pratique, il est radicalement transformé depuis rirrévocable avènement de la dictature chez le peuple central. Sans attendre la terminaison du présent traité , j'avais publiquement conseillé cette concentration plusieurs années avant qu'elle s'accomplit. Quoique celte conception, indiquée dans mon discours préliminaire, n'ait pu nullement influer sur un tel événement, je dois la rappeler afin de constater Taptitude naissante de la vraie philosophie à systématiser la saine politique. Cette concordance, qui n'est aucunement fortuite, sera probablement regardée, par la postérité, comme le début spontané de la transition organique, où la spiritualité dut, suivant sa nature et sa destination , devancer la temporalité. Toutes deux doivent maintenant, en vertu de cette conformité décisive, se combiner assez pour instituer directement la transition destinée à terminer la révolution commencée à la fin du moyen âge.

Dars un tel concours , il faut distinguer deux modes ou degrés successifs, l'un spontané, l'autre systématique, suivant que le sacerdoce régénérateur y conseille une dictature encore étrangère à la foi positive, ou des chefs qui l'ont adoptée. Quoique le second cas comporte mic influence plus spéciale et plus

complète , c'est du premier que procéderont les mesures les plus décisives, inspirées à la pratique par la théorie sous TimpulsiOD croissante de la situation occidentale. Si l'intervention du pouvoir spirituel éprouve alors plus d'obstacles, elle reste à la fois plus pure , en tant que mieux dégagée des appuis temporels, et plus décisive, puisque ses conseils ne peuvent être accueillis qu'en vertu de leur pleine opportunité.

La nature absolue du catholicisme l'empêcha d'agir sur les chefs politiques avant de les avoir convertis. Mais , d'après son caractère toujours relatif, le positivisme se trouve dispensé d'un tel préambule. Concevant toutes les doctrines antérieures comme ayant convergé vers la sienne, il doit davantage développer la même disposition envers les opinions contemporaines. Aux yeux du sacerdoce de l'Humanité, tous les hommes sont , surtout aujourd'hui, des positivistes spontanés, à divers degrés d'évolution, qui n'ont jamais besoin que d'être complétés. Pour modifier la vie publique, il lui suffit que la situation ait fait surgir une volonté prépondérante et responsable.

Celte condition se trouve assez remplie, en France, depuis l'avènement de la dictature, qui dispense la doctrine organique de se soumettre à des assemblées toujours disposées à perpétuer Tétat révolutionnaire, même quand elles sont rétrogrades. Les dogmes théologiques ou métaphysiques étant aujourd'hui discrédités, la suprématie temporelle ne comporte d'autre guide qu'un empirisme sceptique. Quoique le défaut de principes tende à laisser prévaloir Tégolsme , il ne saurait neutraliser les réactions altruistes bientôt résultées de la possession d'un grand pouvoir. Une telle lacune doit même devenir pénible à ceux qui se trouvent ainsi forcés d'invoquer souvent des opinions qu'ils méprisent, et dont ils connaissent d'ailleurs la déchéance universelle. Il faut donc être peu surpris que la dictature naissante nait point acquis jasqu*ici le caractère cou-

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venable, faute d'une théorie capable de Téclairer en la oousacrant. Mais ses vices actuels ne sauraient indiquer aucune répugnance envers la doctrine qui, pure de toute ambition temporelle , vient consolider et développer un ascendant nécessaire,-en quelques mains qu*ii réside. Sans aucune conversion, les cQpseils positivistes peuvent éclairer le chef qui surmonta l'anarchie parlementaire ; surtout si , suivant ma respectueuse invitation, il conforme Tallitude officielle à la situation républicaine où la France est irrévocablement placée depuis deux générations.

Il faut regarder l'aptitude à modifier la politique avant d'avoir terminé l'interrègne religieux comme l'un des meilleurs privilèges que la foi régénératrice doive retirer de sa relativité caractéristique. C'est surtout ainsi qu'elle surmontera l'empirisme d'un milieu sceptique , qui , malgré son indifférence envers l'avenir, ne saurait dédaigner les solutions que le positivisme fournit aux difficultés du présent Plus les situations personnelles sont éminentes ^ plus une telle sollicitude doit y faire apprécier la seule théorie maintenant capable de guider la pratique. Sans convertir ni le public i)i ses chefs, le positivisme peut donc , en vertu de sa réalité fondamentale et de sa pleine opportunité, conquérir assez d'ascendant partiel pour instituer la transition finale, à Tinsu même des principaux coopérateurs d'un tel mouvement. Faute de cette aptitude, une transformation aussi complexe exigerait au delà de la génération que je persiste h croire suffisante envers son accomplissement occidental, d'après lequel son extension universelle ne demandera qu'un temps égal , comme je l'expliquerai cidessous.

Afin d'instituer une telle transition , il suffit de concilier irrévocablement la dictature et la liberté, suivant le vcea systématique de Hobbes, spontanément réalisé par Frédéric. Le

positivisme y parvient en développant à la fois ces deax conditions , dont il fait partout sentir la connexité nécessaire. Si la dictature daotonienne avait pu durer jusqu'à la paix qu'elle s'était assignée pour terme, son caractère progressif l'aurait conduite à faire dignement cesser une compression que la défense républicaine avait seule motivée. Quand la fin de l'orgie militaire termina la vraie rétrogradation y Tinsuffisance de liberté fut surtout due à la faiblesse du pouvoir central sous le régime parlementaire, incoropatilile avec la régénération intellectuelle et morale. Mais l'avènement définitif du principe dictatorial , an milieu d'une situation où les besoins sociaux ont irrévocablement prévalu , doit bientôt déterminer l'essor inaltérable d'une indépendance spirituelle sans laquelle toute reconstruction deviendrait impossible.

Une pleine liberté d'exposition, et même de discussion, est indispensable comme garantie permanente contre la dégénération , toujours imminente , d'une dictature empirique en une tyrannie rétrograde. Cependant , une situation , où l'ordre se trouve plus compromis que le progrès , pourrait assez dissiper une telle inquiétude, en faisant sentir l'impossibilité d'une vraie rétrogradation , dans un milieu qui ne l'invoque que pour l'opposer à l'anarchie. Mais, quoique l'esprit révolutionnaire soit radicalement discrédité, l'inévitable prolongation de l'étal négatif tant que dure l'interrègne religieux doit faire prévaloir la liberté spirituelle, afin de surmonter un scepticisme dissolvant. Fondement nécessaire de Tétat normal , pour y consolider la division des deux pouvoirs , elle sera maintenant invoquée surtout au nom de l'ordre, tant public que privé , que la compression matérielle ne saurait préserver des tendances subversives d'un milieu sans foi. Plus la dictature afTerroit la tranquillité, mieux elle fait ressortir les questions insurmontables qui , sans affecter directement la politique , concernent les princi-

pales bases de rassociation humaine. En même temps, ce calme , sous lequel le peuple central a déjà médité davantage que depuis le début de la grande crise ^ manifeste spontanément rimpuibsance radicale du théologisme envers ces redoutables débats^ où le positivisme peut seul surmonter le communisme. Quelque abusive que doive devenir la libre discussion dans un milieu dépourvu de convictions quelconques , il faut toujours la respecter comme nécessaire à Tavénement de la dbcipline intellectuelle et morale qui réglera son cours ultérieur.

On peut excuser une dictature empirique de n'avoir pas senti l'importance d'une telle condition, tant que Tabsence d*une doctrine organique faisait juger impossible l'extirpation radicale des sophismes anarchiques. Des théoriciens sans responsabilité peuvent pousser Tamour abstrait de la liberté d'exposition et de discussion jusqu'à demander qu'elle prévale, quelques dangers que son essor actuel doive susciter aux institutions fondamentales de la société. Mais les praticiens qui répondent du maintien de llordre matériel pendant le désordre spirituel ne sauraient ainsi sacrifier le présent à l'avenir. Ils ne peuvent laisser discuter la famille et la propriété sans être assez assurés qu'elles surmonteront les attaques métaphysiques. Cette sécurité n'est possible que depuis l'avènement décisif du positivisme, qui, surgi du milieu révolutionnaire, a déjà prouvé son aptitude organique, en disciplinant des âmes profondément anarchiques, que le théologisme jugeait incurables.

En vertu d'une telle garantie , la dictature temporelle peut et doit inaugurer la transition organique en établissant irrévocablement la liberté spirituelle , que les tendances anarchiques l'avaient poussée à comprimer provisoirement. Reconnaissant ainsi que la maladie occidentale est essentiellement intellectuelle et morale , le chef du peuple central eu confie le traitement radical à la seule religion qui se montre capable de l'accomplir.

Cette confiance institue ^ entre les deux pouvoirs, une alliance décisive « qui fait déj^ pressentir Télat normal en le préparant.

Pour confirmer l'opportunité d'une telle mesure, il suffit df remarquer que la liberté spirituelle inspire maintenant aux révolutionnaires autant d'aversion qu'aux rétrogrades. Sous l'anarcbie parlementaire, ou a vu légalement interdire la discussion des dogmes métaphysiques , devenus plus incapables que les doctrines théologiques de soutenir un véritable examen. Ceux qui méconnurent assez la situation républicaine pour la juger favorable aux usurpations démagogiques, voulaient pareillement imposer une éducation protestante ou déiste, dont ils sentaient confusément rincompatibilité radicale avec les mœurs françaises.

Tout annonce donc la direction salutaire que suivra l'essor d'une liberté qui n'est réellement invoquée que par la doctrine destinée à réorganiser l'Occident. La compression actuelle nuit davantage à l'ordre qu'au progrès, en disposant l'instinct populaire à regarder les bases de la société comme ne comportant point une légitime défense, puisque leur examen reste interdit malgré le calme matériel. Cependant, la situation repousse tellement les sophismes métaphysiques, que ce silence ne leur est aucunement favorable , parce qu'il suscite des méditations qui font partout sentir le besoin d'une reconstruction intellectuelle et morale. Mais ce travail solitaire, qui devait suivre la bruyante explosion de la maladie sociale, ne saurait suffire pour la guérir, sans l'intervention publique et continue de la doctrine régénératrice. Il faut que les utopies anarchiques puissent librement surgir, pour permettre aux positivistes de les faire pleinement apprécier, en empêchant les jongleurs ou rêveurs de dissimuler leur inanité radicale sous un silence forcé, principale source du crédit qui leur reste.

Je dois maintenant achever d'expliquer la double base de la

3SS eTSltMB DE POLITIQUE POBinVE.

traosition orgaeigae» en spécifiant les conditioiis eeseott^tesde rindépeBdaoce spirituelle > d'après laquelle le positivisme réorganisera les opinions et les mœurs pendant que la dictature garantira Tordre matériel.

Il faut d'abord supprimer toute entrave aux communicatioitt écrites, en réduisant la police de la presse» même afiQchée^ à l'obligation de tout signer, complétée par l'exacte indication du domicile de chaque auteur, avec la date et le lieu de sa naissance. Une telle condition étant pleinement conforme aux mœurs, les lois peuvent sévèrement punir son infraction quelconque, en imposant de fortes amendes, suivies, après trob condamnations, d'une interdiction, provisoire ou définitive, et la publicité. Cette garantie suflBrail aussi pour remplacer ceUes d'une honteuse législation envers les abus que comporte Texamen nécessaire de la vie privée des hommes publies, et surtout de ceux qui, prétendant au pouvoir spirituel, doivent mieux prouver leur moralité.

Loin de favoriser le journalisme, une telle discipline doit rapidement éteindre, diaprés le plein essor de la liberté spiri-' tuelle, cette institution anarcbiqùe, née de l'impuissance un* théologisme, et vainement hostile au positivisme D^à l'avénement de la dictature a spontanément détruit son principal aliment , par l'abolition du régime parlementaire , sans lequel la presse périodique ne saurait fleurir dans un milieu désabusé de toute métaphysique. Mais la France sera surtout délivrée d'un tel fléau quand le libre développement des afiiches permettra de parler au public chaque fois qu'on le juge opportun, sans s'affilier à des coteries non moins oppressives qu'incompétentes. Outre l'indignité de la plupart de ses docteurs actuels, l'opinion n'a besoin, d'après l'expérience catholique, que d'une instruction hebdomadaire, pour lier au culte Tapplication des principes résultés de l'éducation. Ce degré de périodicité suOisant

AVENIR BUMAIIf. — GffAPITHB CIKOmÈME. ftSI

envers Tétat normal^ il convient davantage à la transition organique^ où les convictions doivent surtout renaître d^une méditation solitaire, liabituellement troublée par ceux qui s'engagent à parier sans motif. £n remarquant Fanlipatliie que la presse des rues inspire aut lettrés, on sent combien les journaux sont incapables de soutenir la concurrence des afflches, toujours gratuites, ordinairement opportunes, et souvent dignes, annonçant la spiritualité nouvelle et rappelant Fancienne. A travers le jargon libéral des journalistes, on peut aisément démêler leur sympathie habituelle en vers une compression devenue la base de leur carrière personnelle et de leur empire collectif.

Un sage emploi des affiches, complété par de rares opuscules, suffit au positivisme pour régénérer ropinion publique, en assistant, par des publications spéciales, les méditations fondées sur les traités généraux. La doctrine qui repousse les conciles et les parlements n'a réellement aucun besoin des clubs, en préparant un régime où Texposition dispensera de la discussféti sans la susciter. Cependant, le positivisme doit prouver qa'H tHe craint point les réunions quelconques , en obtenant pour les communications verbales, tant publiques que privées, autant de liberté qu'envers les écrits, sous des garanties équivalentes, complétées par une digne surveillance.

Quoique les clubs ne soient pas, dans l'état normal, aussi salutaires que les salons, où la présidence féminine modère Tôrgueil masculin, ils sont, même aujourd'hui, moins dangereux que les journaux. Ils pourront seconder la régénération occidentaie quand la pensée y prévaudra sur la parole , sous l'impulsion d'une doctrine capable de surmonter les tendances métaphysiques. Âu lieu d'être, comme les journaux, liés au régime parlementaire, ils lui sont spontanément hostiles. D'après la seule épreuve résultée du passé français, leur nature les dispose à seconder une digne dictature, même quand une doctHne pu-

rement négative constitaait ud lien passager. Les hommes d'État qui, sans estimer le suffrage universel, savent Taccepter et le régler, doivent davantage accueillir une tendance directement sociale, malgré sa dégénération anarchique dans un milieu privé de convictions. En abolissant le régime parlementaire, on a dissipé les principaux dangers d'une institution destinée d'abord à lui constituer un antagonisme populaire. Tonte inquiétude à cet égard rappellerait maintenant les puériles alarmes du plus imparfait des cinq dictateurs qui Jusqu'ici succédèrent à Danton.

Après avoir ainsi constitué la pleine liberté d'exposition et de discussion, non en vertu d'un droit anarchique, mais comme garantie d'ordre et moyen de régénération, il faut la compléter par l'entière abolition du budget théorique, tliéologique, métaphysique, et scientifique. La dictature temporelle ayant irrévocablement abandonné toute prétention à la suprématie spirituelle, afin de mieux développer son office matériel, elle doit toujours livrer la réorganisation des opinions et des mœurs à la libre concurrence des doctrines capables de l'accomplir. Quand une telle épreuve aura suffisamment démontré la supériorité morale et mentale de la religion positive, on lui confiera régulièrement l'éducation universelle, sans pourtant rétablir jamais un monopole oppressif, comme je Tai spécialement expliqué. Jusqu'alors, son clergé doit uniquement subsister, suivant l'exemple de son fondateur, d*après les libres cotisations de ses adhérents privés. Il importe même que cette initiation se prolonge pendant toute la durée de la transition organique, d'abord occidentale, puis universelle, afin de mieux assurer l'indépendance et la dignité du sacerdoce régénérateur, ainsi respecté des riches et chéri des pauvres. Mais, en appliquant cette règle à la^octrine qui doit terminer la révolution moderne, il faut l'étendre à celles dont l'impuissance et le vice suscitèrent et

dénatarèrent la crise finale. Sans une telle équité, la dictature conserverait le caractère, à la fois anarchique et rétrograde, iniiérent à sa constitution empirique, que le positivisme peut seul transformer.

Ébauchée par les dantoniens, l'abolition générale du budget théorique doit être maintenant accomplie , non à titre d'économie, mais comme résultat et condition, avec tous les égards convenables envers les personnes quelconques. Les prêtres ou professeurs qui, parvenus à la pleine maturité, ne peuvent plus changer de carrière, conserveront un traitement public que les subsides privés remplaceraient rarement. Il faut faciliter aux autres l'accès d'une meilleure situation , en prolongeant, pendant sept ans, leurs salaires actuels, sauf les cas exceptionnels d*indignit6 personnelle ou d*office abusif. Dans une telle mesure, la dictature doit seulement avoir en vue d'écarter toute consécration nationale envers un enseignement anarchique ou rétrograde, auquel l'ensemble du passé ne permet pas de livrer l'avenir. Cette condition exige que les corporations correspondantes, théologiques, métaphysiques, et même scientifiques, perdent tout caractère officiel, mais sans être aucunement troublées dans leur participation spéciale à Tautorisation universelle des réunions quelconques.

Si le catholicisme avait réellement conservé Fascendant qu'il s'attribue, une telle situation lui permettrait de le développer, en prouvant que son influence apparente n'est point due à la protection légale qu'il a, depuis longtemps, coutume dinvoquer contre toute difficulté. Quelques-uns de ses défenseurs, même ecclésiastiques, ont, en effet, proposé son émancipation temporelle comme un moyen de régénération spirituelle, suivant la confiance qu'inspire toute doctrine jugée capable de dominer les esprits et les cœurs. Mais le clergé chrétien a mal accueilli ces illusions personnelles et passagères, parce qu'il sent profondé-

38a 3YSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

mept sa jdécatjepce |p(e)|ectuelle ^t sociale. I4 re)igioQ qui laissa surgir la révolution ocçidenlale ue saurait, êtr^ invoquée pour la terminer, sauf comme moyen provisoire de protester contre Tanarchie, jusqu'à Tavénement d*une dpcfrlR^, yra|raeot organiqi^e. Depuis sa festauratipn orficielie» |e c«(U)oliclsme triomplf^int a, mtjilgr^ ses immef^s/ss ressources, discipliné moins d'anarchiste^ que le positivisme naissant. ^ujLant \^ suprématie spirituelle ^chappe aux interdictions temporelles » autant il est Impossible de jamais rétablir l'aulorité qui ^oit instituer toutes les autres. Voilà pourquoi les prêtres clairvoyants regardent la suppression du budget tbéologjque comme devant bientôt réduire au quart leur corporation actuelle^ outre que cette mesure détruira la discipline ecclésiastique, devenue e^septiellement matérielle.

ft^ais, en acceptant dignement une telle fatalité, les derniers 4|êl^ris di| sacerdoce propre ai} ipoyen âge peuvent encore çcokserver ^pe noble attitude, et même une utilité réelle. Sa suppression nécessaire sera toujours préservée des rancunes, athées ou déistes, qui rinspirèrent à nos précurseurs révolutionnaires. Le positivisme dpit développer, envers le catholicisme expirant^ les dispositions, non d'un envieux rival, mais d'pn digne héritier, qui, pour maintenir la loi de continuité sur laquella il fonde Tensemble de ses titres , a besoid d'être sanctionné par son prédécesseur. Je n'hésite poiiit à confirmer ici l'engagen^ent personnel que je proclamai devant mon auditoire publiic de foi^rnir au subside catholique une cotisation annuelle de cent francs, quand j'aurai déterminé la dictature à supprimer le budget correspondant. En imitant cet exemple, les vrais positivistes m'aideront- à protéger les représentants de la spiritualité provisoire contre l'oppression révolutionnaire suscitée par l'envie métapljysfque. C'est peut-être ainsi que je serai d'abord iolroduil dans le lemplo de. la Vierge-Mère pour pbte^ir, au

nom de rHumanité^ la respectueuse tolérance que Dieu ne peut plus imposer aux sceptiques envers ses digpes interprètes. Il importe au positivisme d'encourager partout une culture morale 4ont le mode \e plus arriéré reste aujourd'hui préférable à rentière désuétude, même chez les Occidentaux les mieux épaancipés.

Dès la première phase de la transition organique, un ignoble système d'hypocrisie sera transformé, sous Timpulsion relative, en un digne système de ménagement envers les débris quelconques de la religion propre au moyen âge. La dictature française, tQujours'essentiellement sceptique , doit maintenant inaugurer une telle transformation, dont l'incomparable Frédéric foymit l'exemple décisif au milieu du mouvement irréligieux. Sous l'impulsion croissante de notre situation sociale, nos hommes d'État se trouvèrent constamment préservés de devenir à la fois anarchiques et rétrogrades; sauf ceux qu'un mélange de germanisme et d'anglomanie rendit éclectiques ou parlementaires. Mais leiir empirisme les force aujourd'hui d'invoquer alternativement l'anarchiç pu la rétrogradation, afin de les opposer l'une h l'autre , suivant qu'ils aspirent ou gouvernent. Néanmoins, avant quils deviennent positivistes, la religion relative peut leur faire assez apprécier les besoins actuels pour IjBur inspirer des mœurs aussi purifiées du mensonge que du dénigrement.

Goifvenablement étendue i tous les débris du monothéisme occidental, cette disposition, spontanée ou systématique, ne saurait pourtant leur accorder indistinctement des égards équivalents. 11 faut proportionner le ménagement à la grandeur comme à la durée des églises correspondantes , dont ce double indice mesure Ijb mérite intellectuel et surtout social. Le calhplicisme, même à l'état jé^uitiquç, doit doue prévaJU^ix dans toute sage comparaison des cultes cxplri^nts, puisquç, rappe-

laot toujoars la division foodamentale des deux pouvoirs, il représente le dernier' mode vraiment organique du tbéologisme. En brisant son unité, les occidentaux du Nord, sentant confusément qu'ils tendaient vers Tanarchie, se sont efforcés d'arrêter l'émancipation générale au degré spécial qu'ils avaient atteint. De là résultent aujourd'hui divers états de décomposition religieuse envers lesquels les ménagements philosophiques et politiques doivent varier suivant ce que chaque phase a conservé de l'ancienne discipline mentale et morale. Mais il serait habituellement superflu de distinguer au delà de deujc cas généraux, selon que le protestantisme reste épiscopal ou devient presbytérien. On doit désormais reléguer au dernier rang des théologistes, les déistes, les panthéistes , et les athées, qui, non moins incapables de rallier que de régler, ne purent jamais former d'église 9 et perdirent tout office après le siècle de la démolition.

La restauration officielle de l'université fut la principale faute du dictateur militaire , parce que les corporations métaphysiques, quoique moins onéreuses , sont plus nuisibles et moins discréditées qu'aucun clergé. Malgré leur bruyante influence, une dictature énergique peut aujourd'hui supprimer leur budget, sans susciter aucune résistance en faveur d'une institution abrutissante et corruptrice. D'après l'ensemble du passé moderne, cette abolition devient la suite et le complément de ceUe du régime parlementaire, qui se recrutait, comme le journalisme, au sein des collèges, berceau continu des agitateurs philosophiques et politiques.

Ne satisfaisant aucun besoin profond, Vuniversité française peut moins se passer qu'aucun clergé de la protection légale, que les libres sympathies ne sauraient aujourd'hui remplacer. Elle perdra toute existence collective avec son budget et son monopole, malgré l'attrait que semble encore inspirer l'étude des mots et des entités. Quant aux écoles spéciales, elles pour-

raient tontes disparaître aajourd'bui, sauf les écoles vétérinaires , sans compromettre réellement aucun service public ou privé. J'indiquerai ci-dessous comment la seconde pbase de la transition organique doit les remplacer pour consolider et développer les germes de rénovation qu'elles contiennent envers l'éducation générale, et d'où résulta toujours leur principale utilité. Mais il importe que la liberté d'enseignement se manifeste par l'essor des entreprises privées^ où la dictature n'exercera Jamais qu'une surveillance morale, confiée à la police, plus éclairée et moins oppressive que la justice. Les cloîtres scolasUqueSy toujours funestes sous leurs divers modes, ne sauraient s'éteindre avant la fin de la transition occidentale , qui seule fera partout prévaloir Téducation domestique sur l'instruction publique. Cependant, sans entraver aucunement les instituts pédagogiques, le gouvernement ne doit jamais encourager un usage qui manifeste et développe l'incurie des familles modernes envers le premier de leurs devoirs.

Outre la substitution, ci-dessous expliquée, de l'école positive à l'ensemble des écoles spéciales, la dictature française préparera la régénération sacerdotale de l'éducation universelle en étendant et perfectionnant l'instruction primaire. Autant délivrée des puérilités littéraires et métaphysiques que de tout alliage tbéologique, cette préparation deviendra purement théorique, esthétique, et surtout morale, d'après un essor simultané du calcul, du chant, et du dessin, avec la lecture et l'écriture. Mais l'universelle propagation d'un tel préambule ne doit aucunement préserver la corporation correspondante de la suppression générale des compagnies pédagogiques, dont elle offre le pire degré, mental et social, en se vouant au plus vain des trois éléments classiques. C'est là surtout qu'il importe de développer la liberté d'enseignement, en instituant, pour les maîtres publiquement salariés, de dignes concours, principale-

ment alimentés par les prolétaires déclassés. En procurant à cet office toute Textension et la sécurité convenables, on avertira qu'il reste provisoire , comme usurpant une fonction normalement destinée aux mères, ^ui pourront la remplir à la fin de la transition occidentale.

Je dois maintenant caractériser le complément de la suppression du budget théorique, en appréciant Tabolition nécessaire des subsides et compagnies scienlifiques, dont la dictature dantonienne nous avait dignement délivrés. Quoique cette partie de la triple rétrogradation soit moins onéreuse que les précédentes, elle a réellement entravé davantage la régéhération occidentale , en corrompant directement sa source intellectuelle. Ni le clergé , ni même TUniversité , ne font , autant que rinstitut, et surtout l'Académie des sciences, dévier la jeunesse française des dispositions synthétiques et sympathiques qu'exige sa mission actuelle.

Il suffit de considérer l'ensemble du mouvement théorique pendant la première moitié du dix-neuvième siècle pour reconnaître combien il fut altéré par une corporation aussi rétrograde qu'anarchique , envers laquelle je renvoie à mon traité fondamental. Quand banton Tabolit, elle venait de perdre, d'après l'avéncment de la chimie , son utilité passagère, nécessairement bornée à Tessor décisif de la cosmologie , et Surtout au développement de la mécanique céleste. Depuis sa restauration, son caractère, empiriquement analytique, a profondément vicié le génie, normalement synthétique, de la biologie, forcée de surgir hors du sanctuaire officiel , où Bichat , Èroussais, et Gall ne furent jamais admis. La dégénération académique serait assez manifestée par le schisme qu'exigea l'organe d'où procédait le principal crédit d'une compagnie obligée d'instituer deux demi-Fontenelles , faute de comporter un Condorcet Si la dictature eût été plus clairvoyante , elle aurait atténué les ravages

AVENIR Érii^ÂtN. — (.'rtAPI+RE CINQUIÈME. 39l

intelleôitieis et lûcfràux de ceite eofp jiation en protégeant l.t rivale que les médeclûs lui firent ériger, quoique la suppression de toutes deux offrit moins d'embat'ras et plus d'avantages. Une etfjérlence déclsltré ne permet pas d'hésiter aujoiurd'hul su^ rirrévocable extinction de ces émeutes permanentes des médlocMtés contre toute supériorité, t)ourVû qde la dldtcltuil'e , en cessant de salarier les clubs théoriques , leur laisse utie pleine llbeHé. Mais leur abolition nécessaire exige une import^tnte cohipenàatlon , envers l'assistance matérielle qu'uùe telle Instlttitloti (i^tfcuré Indirectement à dès est^rlts vraiment tecommàndables, qol mdnteclant s'y perdent parmi les ntiUités Qu'Ile dissimulent.

Sans assujettir les artistes, le^ savatit», fil les érddlts , à dëà (rtAôes inutiles an vicieux. Introduits surtout pour nourrir lëtits pfrettileM titulaires, la tran&ltlOrt dt-gîtttiqae ébadchei-a ririStl^ totiôri âeéi pensionnaires , en j sdbMitdant protisottf eittent la dictature au pontjflcat Fond« t)ar lé grand Coibert, sotid la MUe ëisl^anéè des frères Pefrault^ ce Adde ieo^ynda lôiv-^ temps, à peu de frais, le digne essor des vrais taientâi, et dégétÈétA ntemehi en protection des médiocrités intrigantes ou ^fvUeâ. Pour lui procurer tout le dévèloppemeiïl convenable^ }e propose d'instltner vingt anutiUés de douze mille francs^ qtiin*ante dé ^x mille, et huilante de trois mille. Les dernières ëihAeùi d abord acedrdées pendant sept ans y srfnf h per^ster jtiiNiu'à la prdchftlfle vacance dii ftecond degrés M l'essai n'avait potftt avorté; Mais les deux antres deviendraient tMj(mr9 vln^ gères , à moins d'indignité pr&knigèe^ et l'eivanceffient ne ré^- Mlteralt que de l'anciemietd i quoique le goirvernertient pèt élrectement notnmer aux premiers rctngs, tant qu'ifs re^tèralèM tiicdffîplets. En pourvoyant d'ailleurs aux frai» m<itérie^ des m^mx estUMque^nn ttiéèv iques^ m insiltueraiime proteottdn pm Maotalre et non» (mpendiMse que emë tpâ résidle m-

jourd*hui du régime académique. Quoique les illustrations occidentales doivent y participer avec les vraies célébrités françaises, j*oserais à peine indiquer maintenant vingt noms dignes de la pension principale^ même en y comprenant ceux qui n'ont besoin d'aucun secours.

Pour avoir assez indiqué le système de mesures qui complétera la liberté spirituelle^ dont le concours avec la dictature temporelle fonde la transition organique 5 il me reste à caractériser Tabolition nécessaire de la prétendue propriété littéraire.

Quoiqu'on ne puisse maintenant demander aux théoriciens la dignité qu'exige leur office social, il faut pourtant faciliter son essor naturel^ en privant la vénalité d'une protection factice^ qui ne proflte qu'aux médiocrités. Seule inconséquence de la dictature dantonienne, cette institution est tellement discréditée que sa suppression ne saurait susciter aucune résistance vraiment respectable , pourvu qu'elle soit annoncée. Le décret qui proclamera ce retour à l'état normal doit réduire à sept ans la durée actuelle du privilège des auteurs , en avertissant qu'il serait alors aboli.

Cette déclaration serait dignement complétée^ en annonçant que le gouvernement s'engage à fournir les frais d'impression des bons ouvrages envers lesquels on renoncerait publiquement à toute vente. Il achèverait de témoigner aux auteurs une confiance tendant à les ennoblir en leur laissant, comme dans l'état normal, la libre distribution des exemplaires^ sauf ceux qu'on réserverait aux bibliothèques civiques. Mais la fraude^ indirecte ou directe^ doit être sévèrement réprimée^ en faisant perdre tout recours à la munificence nationale, dès la troisième infraction. Ainsi revêtu d'un caractère social , le digne écrivain conserverait^ et même développerait , la police de ses publications , entravée aujourd'hui par l'intervention que la vénalité procure aux libraires dans on office qui ne leur appartient

point L'auteur doit toujours régler^ sous sa responsabilité morale^ une propagation dont il peut seul juger l'opportunité, qu'il est ordinairement plus tenté d'exagérer que d'amoindrir.

En considérant l'ensemble des mesures que je viens d'assigner à la pbase initiale de la transition organique, on reconnaît qu'elles sont surtout destinées à compléter et consolider la dictature en y développant un caractère conforme à sa destination. Par Tavénement de la paix occidentale, la rétrogradation qui dut suivre l'explosion finale perdit sa principale intensité. Les tendances révolutionnaires ayant motivé son prolongement, il se borna dès lors à comprimer la liberté spirituelle, en combinant des entraves directes avec la restauration officielle de toutes les corporations arriérées que la dictature dantonienne avait abolies. Depuis que le positivisme permet de surmonter normalement les dispositions subversives. Tordre ne doit pas rester rétrograde, quand le progrès cesse d'être anarchique. Une doctrine pleinement organique institue la conciliation fondamentale que les conservateurs ont toujours cherchée, et flétrit comme arriérés ceux que le gouvernement réprime comme perturbateurs. Alors la dictature peut obtenir la consistance et l'extension convenables en prenant un caractère irrévocablement progressif, qui doit d'abord consister à renoncer entièrement aux attributions spirituelles pour se concentrer dans son office temporel. Telle est la principale destination de l'ensemble des mesures que je viens d'expliquer, et d'après lesquelles la royauté se trouvera vraiment remplacée , conformément aux besoins essentiels de la situation républicaine.

Ainsi dégagée de l'empirisme rétrograde , la dictature temporelle peut et doit compléter son juste ascendant , en s'affiranchissant des formes parlementaires qu'elle a jusqu'ici laissé survivre au fond. Inconséquente ou mensongère , cette concession^ matériellement onéreuse , que je n'hésitai point à blâmer

i94 SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

dès le début , comporte des dangers moraux en susèltatit l'espoir de ranimer une politique qui, malgré soh impopularilé radicale 9 inspiré des sympathies arriérées.

Là subtilité métaphysique qui distingue les lois et lè^ décrets fut introduite^ par lès légistes dantonlens^ pottf éluder les tendances anarchiques dé la consfitutioh démagogique à travers laquelle surgit le gouvernement révolutionnaire, të motif ayant à jamais cessé , la dictature , devenue progressive , ddlt suivre iine marche plus hoble et plus libre ^ en s'attrlbiiant directetheniy sous sa seule responsabilité^ la plénitude du pouvoir temporel, sans l'altérer par des formalités pdéfiléâ ou vicieuses. Il ne faut maintenant conserver d'autre asSettïblée polltiqtie que celle qui , dispensée de tout office législatif, cohèacfei-â lé preiriler mois de sa Session triennale k voter l'ensetable du budget, et les dedx autres à cohtrôler les (îomptes antérieurs. A cette clïambre purement Ônanclère, chaque département envelrrst tf ois dél^utés, respectivement choisis pat les trois parties, agricole, ihàfiùfacttirièrè, et commerciale, de sa population active. Oaolque létirs lbri(;t(ohs soient toujours gratuites , des sub^dès Volohtall'es perïnettetit de ôonflef exceptionnellement atix |iaiivrès uhe ihission tiàturellement réservée aux riches.

tians Téléètion (riènhale, il faut tfaitef là maladie occidentale sous sa derniét-e forme , en Ihodifiailt dotibletneiK le Suffrage ilûlversel, après avoir fait cesser une Inconséquetice ànàrchique en til*ànsportant à vingt-huit àn$ le début civique. Ôh doit d*àl)ord établir Tenllère publicité de chatjue Vote , àfln qu'une digne responsabilité s'attache à Topératioa févôltitloitlnâire où les inférieurs instituent les supérieurs. Ëû sécodd lieu, là délégation personnelle , toujours facultative Jdàqtf ati moment de rélection , permettra de coticentrer les suffrages sans èhoquer aticuhé susceptibilité. Cette Institution, qui Et botùé à dé(^el0[^pér et régulariser un usage St)ôntané, fëti blMttôt stlT-

AVENIR HUBIAIN. — CHAPITRE ClNQÛIÈaiE. 395

gir, au sein dti peuple , des chefs vraiment Investis de sa èonfianèe politique , et veré lesquels pourra se diriger ràtlentlôû de là dictature. Sdùs le concdîlfs de ces deux modifications , la maladie révolutionnaire se dt^sipei-a paisiblement, à mesure que la réorgalilsatloil spirittièlle fera Comprendre les conditldùs de compétence et sentir le besoin de codceùtrer le coïnihandeinent.

Voilà (comment on réduit , autant que possible, là ^ètile inâuébcé vraiment anormale que Tanarchie attuelle fbrcë d'iil* tôrporër au gouvernement préparatoire. La doctrine dirigeante faisant graduellement ressortir les caractères e^ëntiels de Tétai normal , ce contraste atténuera leâ dangers du régltné de transition avant que l'ordre final soit devenu réalisable. En subissant la nécessité de restreindre la dictature téinpordle {lar lé tote triennal de l'impôt, on sentira que la défiance (tûi con^ vient eu un temps dé déréglëtùént doit cesser dans lés ùiétirs défliiltives^ oti Topinion suffit pour tout surveiller.

Il faut maintenant achever d'apprécier la t>rétnièfre i)Hasè de la transition Organique en indiquant la formulé qtll doit là caractériser et là manifestation destinée & l'inaugurer.

I^àrmi les cinq dictateurs qui jusqu'Ici succédèrent h Dafltod , le chef actuel a seul l)toduit tine sentence vraiment adaptée à la Situation correspondahte : On ne détruit que te qii'ôn remplace. Ihspifée par là résurrectioh apparente de ce qdl ^èteblait dbôll, cette admirable maxime ludique là condition organique de toute révolution décisive. Mais iiné sagesse sj'âtémntiqde peut sëiilë consolider et féconder l'empirisme , dtliit tes meitléurs aperçus ne préservent point dé l'inconséquence. Restée préscjne stérile chez son auteur, cette sehtënëe n'est devenue vraiment ëAcacè que quand le positivisme se l'est dignement incorporée. Deut années se sont écoulées depuis que ce chef supprima cdtiVenablemént iine detisè anàrchique , et cependant 11 iië fa t^ëiiit

remplacée. Cette inconséqaence inattendue , cinq ans après la ' publication de la formule normale , fournit une nouvelle appli^ cation de la maxime citée. Une telle conduite expose la France au retour de la devise subversive ^ qu'un demi-siècle d'interruption ne fit point oublier, faute de l'avoir remplacée.

Cette lacune indique à la dictature combien il importe d'adopter la formule Ordre et Progrès y qui seule systématise les vœux continus de tous les conservateurs depuis le début de la grande crise. L'avènement d'une devise générale caractérise le temps oii la sagesse universelle , irrévocablement placée au point de vue social, s'efforce d'apprécier l'ensemble des besoins humains, afin d'y pourvoir dignement Nos précurseurs révolutionnaires purent seuls remplir, à leur manière, une telle condition, parce que les réactions ultérieures, toujours impuissantes à traiter la question fondamentale , se bornèrent à protester contre les tendances anarchiques de l'explosion française. Faute de pouvoir rien construire , les diverses phases de la rétrogradation restèrent dépourvues de formule, comme de chant et d'emblème. Au milieu de la génération parlementaire, un grave danger fit spontanément surgir la devise empirique qui servit à la bourgeoisie pour protester contre une anarchie toujours imminente. Mais cette formule , où les conditions et les lacunes se trouvaient histinctivement indiquées , ne fut jamais consacrée officiellement, et la classe qui l'avait librement adoptée ne sut pas la maintenir, tant l'état rétrograde paralyse toute initiative. Quelque contradictoire que soit la devise révolutionnaire, elle reparut sans obstacles, comme seule apte jusqu'à présent à caractériser une crise qu'il faut terminer en la dirigeant vers sa destination , au lieu de protester contre son cours.

Toujours relative à l'avènement d'un système , une formule générale ne comporte une pleine efficacité qu'en ofirant à la

ATEmR HUMAIN. — CHAPITRE ONQUIÈME. S97

fois Taperçu décisif et le résumé caractéristique de la synthèse correspondante. La devise politique du positivisme remplit cette double condition, quand je la proclamai dans mon cours de 1847^ cinq ans après rentière publication du traité philosophique dont elle représente la destination sociale. Assez éprouvée maintenant , elle aura bientôt surmonté les préjugés anarchiques et rétrogrades , quand la politique ofQcielle sera devenue digne d'un tel symbole.

On doit compléter cette garantie par une manifestation décisive , où la dictature régénérée achèvera d'inaugurer la transition organique en repoussant une solidarité vicieuse. £n dirigeant dignement la répression occidentale d'une perturbation militaire , le chef actuel fait mieux ressortir la contradiction résultée de la consécration française d'une aberration analogue. Ce noble gage d'une politique irrévocablement pacifique doit donc être complété par une libre exécution de l'arrêt solennel de l'Europe envers une tombe caractéristique , dont la violation émana d'une double faiblesse. Un tel monument convient davantage au dictateur militaire qu'une sépulture de parvenu dans la foule des rois français. Annonce irrécusable d'une saine politique , tant au dedans qu'au dehors , cette réintégration deviendrait à la fois plus digne et plus efficace si le chef actuel en dirigeait l'accomplissement.

Une telle manifestation exige que la métropole humaine se purifie d'un monument oppressif, incompatible avec un voisinage qui rappelle l'avènement d'une paix inaltérable. Cette parodie du trophée romain doit être remplacée par la digne effigie de l'incomparable fondateur de la république occidentale. Le meilleur type du moyen âge étant partout resté dépourvu d'une représentation matérielle , son culte inaugurera la transition destinée à préparer l'avenir en glorifiant le passé. Si les débris de l'injurieuse colonne ne suffisent point au monu-

399 Sy^TfMB DB POLITIQUE POSmV^

P))sp^ d'upioQ, le complément, émané de sources analogues, résultera bientôt du libre copcours de toute roccidentalité. Quand nos divers frères viendront, par les rues Cfiarlemagne et de la Paix^ honorer^ sur la place Occidentale^ le principal précurseur de la civilisaiion universelle, ils se sentiront disposés if développer partout l'expiation que nous devions commencer envers la commune anarchie.

D'après ces indications^ je suis conduit à terminer l'apprédatioQ initiale de la transition qrgapique pn caractérisant les efforts directs du sacerdoce régénérateur pour préparer l'état pormal et reconstruire roccidentalité par une (ligne glorification du passé.

I.e principe révolutionnaire consistant surtout dans la ruptpre de la continuité, le positivisme doit aujourd'hui commencer son office social en systématisant la commémoration publique , légalement méconnue de toutes les écoles actuelles. C'est pourquoi 5 sans attendre la terminaisoo du présent traité^ je m'ef- (prçai d'inaugurer la transition organique en construisant le Cfilendrier positiviste; son sifccès décisif atteste l'opportunité d*nne telle initiative. Dès la première de ses quatre édit^ons^ pmbllée en 18il9^ j'expliquai sa destination provisoire^ bqrnée 91^ siècle exceptionnel, pour préparer le culte abstrait <)e l'Humanité, dont j'indiquai déjà la nature et le plan^ conformes au développement accompli dans ce voluipe.

J'institue la glorification concrète du Grand -Être en combinant trois degrés de célébration, envers les meilleurs types personnels, mensuels, hebdomadaires, et quotidiens, de la préparation humaine, depuis la théocratie initiale jusqu'au début de la crise finale Le félichisme y reste seul dépourvu de commémoration spéciale , parce qu'il n'a jamais pu fournir des ])oms. Mais son incorporation définitive au positivisme se trouvera tellement indiquée dans les fêtes de la transition orga-

ni(|ue c[ue cette lacune forcée ne saurait susciter aucune injustice envers la source nécessaire de toute l'évolulion humaine.

Pour chaque degré de l'idéalisation du passé ^ la succession chronologique fixe sans incertitude la position d*un type quelconque; ainsi ^ les fêtes pourraient partout désigner les dates. Mais j'ai laissé toujours facultative une telle indication, sauf envers le cas principal , où les meilleurs serviteurs du Grand- Être se trouvent surtout glorifiés en fournissant les noms des treize mois de Tannée positiviste. Dès la seconde édition , publiée en 1850^ j'introduisis, dans Fopuscule spécial, cette nomenclature nécessaire, maintenant consacrée par un usage décisif. Ce succès me conduit à résoudre ici la question posée , dans le second chapitre du volume que j'achève, envers les noms définitifs des mois normaux, auxquels je crois devoir étendre rinstitution fondée pour la transition. Quoique concrète , cette nomenclature oITre une telle généralité (qu'elle convient au cuite abstrait, où je l'ai même appliquée aux différents jours de la semaine, afin de ranimer le sentiment familier de la continuité principale.

Il ne peut en être ainsi pour Tère positive , qui , jusqu'à la fin de la transition organique ^ doit rester placée au début de la crise finale , dont 11 importe que tous les occidentaux puissent mesurer habituellement le cours L'incomparable assemblée qui dirigea Texplosion républicaine commit, à cet égard, une grave méprise, faute d'avoir reconnu, comme la postérité, que la république française commença réellement par la prise populaire de la forteresse parisienne. J'ai donc rétabli l'usage adopté par sa devancière, qu'une irrésistible impulsion rendit spontanément supérieure sous ce seul aspect, et qui respecta l'origine de Tannée occidentale, en pressentant les motifs indiqués au second chapitre de ce volume.

Mais 1 état normal ne peut conserver une ère qui rappelle

une explosion anarchique bientôt suivie d'une longue rétrogradation. On ne saurait pourtant lier assez l'avenir au passé sans puiser dans le siècle exceptionnel le point de départ de la chronologie finale. Pour concilier ces deux conditions^ il suffit de placer Tère positive au début de la transition organique , réservée à la dernière des trois générations comprises entre Textinetion du théologisme et rétablissement du positivisme. Fixé chronologiquement à Tannée 1855^ ce point de départ s'y trouve sociologiquement caractérisé par la coïncidence décisive d'une irrévocable dictature avec rentière construction de la Religion de l'Humanité. Les deux ères^ provisoire et définitive, du calendrier positiviste doivent donc diflérer de deux tiers de siècle ; ce qui facilite la comparaison habituelle entre le présent et l'avenir ou le passé.

Si le système de commémoration n'avait qu'une destination ntellectuelle, on pourrait le borner aux deux premiers degrés, dont la combinaison représente suffisamment la philosophie de l'histoire , du moins envers l'ensemble de la transition occidentale. Après que le mois initial a glorifié tous les liens théocratiques de la famille universelle , chaque type mensuel caractérise une phase de la préparation humaine ou l'un de ses aspects essentiels. Les quatre chefs hebdomadaires qui s'y subordonnent sont surtout destinés à personnifier les pnncipaux modes ou degrés de révolution correspondante y dès lors assez appréciable. D'après un tel complément, la succession des treize types mensuels institue une suffisante idéalisation de l'ensemble du passé. Cette double base du système de commémoration restera toujours incorporée au trimestre historique du culte normal, où ces soixante-cinq noms concourent presque tous au développement concret des célébrations abstraites, comme l'indique le tableau sociolâtrique.

Quelque importance qu'on doive attacher à faire esthétique-

AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE CINQUIÈME, AOi

ment pénétrer, dans le public occidental, la conception générale da passé, le calendrier historique a surtout une destination morale , pour ranimer le sentiment de la continuité ^ profondément altéré partout. A ces âmes anarchiques , qui cherciient Favenlr en dédaignant le passé, le sacerdoce de l'Humanité vient annoncer le Grand-Être en glorifiant ses meilleurs serviteurs. Il faut donc développer assez le culle concret pour que la vénération due aux ancêtres détermine à se dévouer aux descendants. Le poids méconnu du passé doit aujourd'hui se faire sentir en multipliant les liens personnels^ qu'on devra condenser quand la continuité sera suffisamment instituée. Une telle expansion est également prescrite par le besoin de surmoater Tégolsme théologique et l'individualisme métaphysique en suscitant partout le noble désir d*une digne incorporation à la suprême existence. Voilà pourquoi la commémoration occidentale doit aujourd'hui s'étendre jusqu'aux types quotidiens, toujours disposés chronologiquement^ mais Indifiéremment choisis parmi les précurseurs, émules, et successeurs de chaque chef hebdomadaire. Je me suis ainsi trouvé conduit, dès l'origine , à compléter le culte concret en instituant ,- pour certains jours, une célébration secondaire, qui remplace la principale dans les années bissextiles.

C'est seulement envers ces adjoints, toujours inscrits en italique au tableau ci-joint, que j'ai quelquefois utilisé les dignes réclamations qui me furent souvent adressées, depuis cinq ans, afin d'améliorer le calendrier occidental par addition ou substitution. D'après ce perfectionnement graduel, cette construction ne m'inspire aucun regiet d'omission, quoique je doive toujours examiner soigneusement les nouvelles propositions, pourvu qu'elles ne soient pas purement négatives. Seul placé mahitenant au point de vue occidental , je suis assez dégagé des partialités françaises pour juger

602 SYBTfeME DE POLITIQUE POSITIVE..

des illustrations quelconques à travers les illusions nationales. £n comparant le tableau ci-joint à Fensemble du volume précédent , on peut nettement apprécier l'imperfection nécessaire du culte concret , incapable d'embrasser la majeure partie de la préparation humaine. Outre son impuissance^ d^à motivée y envers le fétichisme ^ la théocratie n'y peut être assez glorifiée^ parce qu'une admirable abnégation nous cache ses meilleurs types; ce qui m'a forcé d'incorporer au mois initiai quelques célébrations collectives , et même des illustrations fabuleuses. Dans tout le reste du calendrier, Textensh)u des fêtes se trouve rarement proportionnée h l'Importance des évolutions : en sorte qu'un tableau destiné surtout à représenter l'cnscnible de la transition occidentale en compare mal les principales phases. Il consacre trois mois à l'élaboration grecque ; tandis que la civilisation romaine s'y condense dans un seul y dont la moitié ne concerne même qu'une préparation indirecte. Si deux mois suffisent réellement à l'idéalisation des neuf siècles du moyen âge , l'évolution moderne ne semble pas mériter un semestre. Parmi les cinq éléments de l'pccidentalité, le type espagnol n'est point assez honoré , parce que son admirable supériorité^ surtout relative au sentiment, ne saurait être dignement appréciée en célébrant l'essor de Tintelligence et de l'activité. Quoique les divers inconvénients d'un tel système puissent se trouver beaucoup atténués par la sagesse de sesinterprètes, ils resteront toujours inhérents au culte concret, qui doit seulement préparer les âmes actuelles à la gloriûcation abstraite du passé.

Pour compléter cette indication des imperfections nécessaires du calendrier historique , il faut noter que les services théoriques ou pratiques doivent y prévaloir sur le mérite moral 9 afin d'apprécier l'essor des forces humaines pendant un âge incapable (Iti les disci;jliner. Celle institution n'est point destinée à

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