SYSTEMATISATION FINALE DU RÉGIME POSITIF
Pour institner la religion positive, la principale difficulté consiste à concilier la sympathie et la synthèse, respectivement développées par le culte et le dogme. Leur combinaison normale constitue la destination essentielle du régime , également dépendant de ces deux conditions. Voilà comment les trois éléments de la vraie religion concourent à fonder Tunité positive, en systématisant simultanément l'amour, la foi, l'activité, triple base de la vertu réelle.
Sans les exigences résultées de notre situation matérielle , le culte suffirait pour régler notre existence, uniquement vouée dès lors à raffecUon qu'il développe. La spéculation s'y bornerait aux lois morales qu'U révèle , et Taction aux exercices esthétiques qu'il dirige. Nullement stimulé par la nécessité , l'égolsme se trouverait assez contenu d'après Tattrait universel de l'altruisme. On n'aurait même besoin d'aucune discipUne envers l'instinct de la domination, dont l'essor se subordonne aux impulsions de la cupidité, sinon parmi les chefs, du moins chez les sujets. Alors la sympathie instituerait directement l'unité ,
sans exiger d'autre synthèse que celle qui surgirait spontanément de la prépondérance continue du sentiment sur rintelligence et l'activité.
Mais nos besoins corporels demandent une religion plus compliquée, en suscitant une existence > d'abord pratique, puis théorique, difficilement eonciliable avec l'existence morale. L'obligation permanente de modifier un milieu défavorable développe une activité primitivement égoïste. Ainsi poussé vers l'étude du dehors, l'esprit tend à méconnaître sa subordination normale envers Iç cœur.
Néanmoins ^ le suffisant essor d'une telle existence peut reproduire l'unité relative , quand le dogme et le régime se prouvent assez développés pour concorder avec le culte. L'étude des lois physiques conduit à reconnaître les lois intellectuelles, qui les lient aux lois morales. Bornée d'abord h cella-ci, la notion de Tordre universel devient ainsi complète et systématique, de manière h subordonner l'intelligence ftu sentiment. Pareillement, l'existence pratique ne peut se développer que d'après un essor collectif, qui cultive spontanément l'altruisme. O'abord restreint à la vénération, comme base de la discipline, ce résultat moral de l'activité s'étend w% deux autres instincts sociaux, à mesure que les efforts individuels acquièrent uqe destination civique , et même universelle. C'est ainsi que le dogme et le régime finissent par converger vers le culte i de manière à reproduire une unité plus compliquée, mais plus développée, que celle qui reposerait sur le seul sçntimeut. Sa stabilité SQ trouve assurée d'après le légitime emploi qu'elle fournit aux forces di|ipo9é9s ^ 1^ troubler, m Ips consacr^ut ii la couso* llder.
Dau« l'âVéuameut et le maintieu de cet état normal, la partipil^tion du régime doit être jugée supérieure h celle du dogme, vu sa concerdapce plus naturelle et plus complète avec le culte.
AYEmR HUMim. -^ CHAPITRE QUATRIÈBIB. 251
Car, risolement qa*exige l'escor théorique tend h faire dédaigner, ouda moins négliger, l'existence morale. Une telle perturbation se produit même quand Tintelligence est vouée aux spéculations synthétiques , leur destination fût-elle directement sociale. Au contraire, Taclivité dispose spontanément à la sympathie, en faisant toujours sentir le besoin du concours humain^ L'existence pratique développe cette influence morale, même lorsque son essor devient essentiellement analytique, par la prépondérance finale de la vie industrielle.
Yu cette diversité de réaction sur le principe de Funité, le dogme doit se subordonner au régime comme au culte, quoique la systématisation de rintelligence doive précéder celle de l'activité pour la guider- l^a partie la plus décisive de la transition occidentale destina la contemplation à seconder Taction. Quoique la synthèse monothéique ait ensuite altéré cette subordination, Hnstincl pratiqua l'a piaiptenue, au nom môme du sentiment, devenu le commun douuuftteur de rintelligence et de Tactivité. &}algr0 les tendance^ rétrogrades de l'anarchie moderne, l'eiUstence universelle a telleipent développé ces dispositions que la religiqu po^tive peut aisément faire apprécier l'acUon comme le principal ministre de raffectiou. D^ms l'étî^t pormal, rintelligence ne prév^^ut sur l'activité que pqur l'essor esthétique, qui doit régulièrement suspendre le cours habituel de la vie pratique. Si , d'un côté , le dogme complète le culte ^nrattachqpt l'ordre bumaiu ^ ('ordre extérieur; d'une autre pstrt, il prépare le régime eu systémaUs^tut la soumission et l'Intervention de l'homine envers le monde, Cett^ destination fègleTessqr théorique en le préservant des divagations spontanées et le dirigeant vers les grands problèmes
l'activité devi^ût donc le meUleur garapt de l'unité, quand plie se trouve ass^ développée pour combiner l'umour et la foi. Malgré leur affinité naturelle, la sympathie et la synthèse ten-
dent à diverger^ si l'une dégénère en affections mystiques et Fautre en spéculations ascétiques. Ces déviations et cette discordance ne peuvent être habituellement prévenues ou réparées que d'après les réactions pratiques. Toutefois , l'activité ne peut ainsi régler et combiner l'amour et la foi que lorsqu'elle acquiert un caractère collectif ^ seul compatible avec la prépondérance du cœur el l'essor de l'esprit. Or, la régénération finale doit surtout consister à développer et consolider une telle transformation , d'après l'ensemble de la préparation graduellement accomplie pendant la première vie de l'Humanité. C'est ainsi que la solution du problème humain résulte du plein essor des conditions même qui le constituent. Une telle démonstration devient le principal objet du présent chapitre y mieux apte qu'aucun autre à caractériser le véritable ensemble de la religion positive.
Quoique la systématisation du régime doive surtout concerner la classe active et dépendre du sexe aimant, elle ne peut cependant être fondée et maintenue que par le pouvoir théorique. C'est pourquoi je dois , avant tout, expliquer ici la constitution spéciale du sacerdoce positif, et même exposer son office fondamental envers l'éducation universelle. D*après cette double détermination , on pourra directement apprécier la systématisation finale de la vie humaine, d'abord personnelle, puis domestique , enfin civique.
Entre la constitution sacerdotale et l'éducation universelle il existe une telle connexité que la première ne saurait être nettement définie tant que la seconde ne se trouve point assez déterminée. Mais, mon discours préliminaire sur l'ensemble du positivisme ayant déjà caractérisé celle-ci , je pois maintenant examiner celle-là , qui doit affecter toutes les parties du régime.
Avant de l'exposer, il faut indiquer deux avertissements, qui conviennent également aux autres sections de ce chapitre , et
même du suivant. Le premier concerne les nombres que j'ai cru devoir introduire afin de rendre les notions assez précises^ quoiqu'ils ne puissent encore être exactement déterminés. Quand les données nécessaires se trouveront obtenues, les prin* cipes que je vais ainsi formuler permettront aisément d'opérer , envers ces premiers aperçus, les rectifications qui deviendraient convenables. En second lieu, mon explication du régime doit/ comme celles du dogme et du culte ^ avoir surtout en vue la plénitude normale de Tétat positif , en le supposant réalisé sur toute la planète humaine. C*est au chapitre suivant qu'il appartient de déterminer la marche générale d'un tel avènement , dont je n'ai pas plus à m'occuper ici qu'en élaborant la statique sociale. Néanmoins, mon appréciation explicite doit, pour plus de clarté, se borner à Tensemble de l'Occident, y compris ses expansions coloniales ; ce qui constitue une population totale de cent quarante millions, à laquelle se restreindra d'abord la régénération. Il faudra septupler les nombres qui la concernent, quand on envisagera toute l'espèce ( dont l'extension est maintenant quintuple) , vu l'accroissement normal des nations inférieures au taux occidental (soixante habitants par kUomètre carré ).
Pour consolider la séparation des deux puissances, base générale du régime positif, il importe de restreindre la classe contemplative autant que le permet l'ensemble de ses attributions. On ne pourrait autrement réaliser le rare concours de qualités, intellectuelles et morales, qu'exige le sacerdoce de l'Humanité, dont l'extension doit être surtout réglée d'après rinstruction encyclopédique qui complète et systématise l'éducation positive. J'ai déjà représenté cet enseignement comme devant s'accomplir en sept années , pendant lesquelles chaque élève reste toujours sous le même professeur, d'ailleurs commun aux deux sexes, malgré la séparation des leçons.
25/l SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
Chacune des écoles positives exigera donc sept prêtres, auxquels il faut joindre trois vicaires , afin que le presbytère philosôptiique puisse aussi suffire aux besoins du culte > de la prédica* tion, et delà consultation, morale, intellectuelle, ou mêmephyâque. Le plan ci-dessus rappelé n'Oblige habituellement chaque professeur qu'à deux leçons hebdomadaires, pendant dix mois de Tannée positiviste, plus un mois d'examen. Toute école se trouve annexée au temple correspondant, ainsi que lé presbytère, oh résident, avec leurs familles, les dix membres du collège sacerdotal, sous la présidence du plus ancien , en séparant les vicaires des prêtres.
D'après ces données, les besoins spirituels de i'Ocddent me paraissent pouvoir toujours être convenablement satisfaits par une corporation totale de vingt mille philosophes, dont la France occuperait le quart. Ce taux équivaut à constituer un temple pour dix mille familles, composées chacune de sept membres , suivant la loi ci-dessous expliquée. La nature de la religion positive permet de réduite ainsi la classe contemplative, quoique son service doive s'étendre davantage que sous aucun théologisme. Toujours démontrables et jamais équivoques , Ses préceptes exigeront rarement des explications sacerdotales, tu l'universelle diffusion de Tinstruction systématique, qui rehdra les femmes et les vieillards capables de suppléer souvent aux conseils officiels. Pour se mieux vouer aux fonctions d'enseigne'ment et de culte, les philosophes se trouveront dégagés de toute sollicitude temporelle, en plaçant chattue temple sous la tutelle du banquier voisin, chargé des payements matériels et personnels*
Il faut partout recruter le clergé positif, en conférant, à vingthuit ans, le grade provisoire d'aspirant, à quiconque est jugé propre au sacerdoce, d'après le noviciat systématique et le libre essor qui le suit. La vocation se développe sans entraves, sous
la surveillance , inieUectuelle et morale , da doyen correspond dant^ à Taide d'one pension annuelle de trois mille francs. pro« longée au plus Jusqu'à trente-cinq ans, âge normal du vicariats Mais les fonctions et lés engagements du sacerdoée né oom* mentent que chez les vicaires, qui ne peuvent môme exercer^ outre renseignement, que les consultations purement privées. C'est là qu'on choisit, à quarante-deux ans, les prêtres de FHumanité, qui seuls possèdent la plénitude spirituelle , sous la discipline pontificale. Quoique chacun d'eux ait d'abord été vi-* caire, et même aspirant^ le chef suprême du clergé positif peut exceptionnellement conférer le vicariat, et même la prêtrise, à quiconque lui semble directement remplir les conditions essen-tielles. Outre les épreuves intelleetuelles et morales, tous sont obligés an mariage , du moins subjectif, afin de subir dignement les influences affectives, et renoncent à tout héritage, pour mieux assurer l'abnégation des grandeurs temporelles. Nantis d'un domicile officiel , les vicaires et les prêtres fondent leur subsistance sur une annuité de six ou douze mille francs , plus les indemnités de tournée et de déplacement.
Hors du sacerdoce, la classe contemplative doit offrir tine digne existence aux natures exceptionnelles où le cœur et le caractère ne se trouvent point au niveau de l'esprit. Ces pensionnaires, esthétiques ou scientifiques> en nombre ilUmité^ reçoivent, suivant les cas, des traitements annuels de trois , six^ et douze mille francs, comme les aspirants, vicaires» et prêtres. Le sacerdoce central pourvoit, en outre, à toutes les dépenses qu'exigent leurs travaux, afin qu'ils puissent librement dévc lopper leur aptitude incomplète, sans obtenir la considération 'due au pouvoir spirituel.
Toute la hiérarchie théorique subit immédiatement l'impulsion continue du Grand-Prêtre de l'Humanité , qui nomme , dé^ place, suspend, et même révoqve, sous sa seule responsabilité,
ses membres quelconques. La résidence normale du pontife doit rester annexée à la métropole parisienne , sans que jamais U participe au gouvernement de la sainte cité. Mais, afin de garantir la noble simplicité qu'exige une telle suprématie, son annuité personnelle est seulement quintuple de celle des prêtres ordinaires, sauf les frais nécessaires à Tadministration du budget central.
L'immensité d*un tel office oblige le pontife occidental à se faire habituellement assister par sept supérieurs nationaiu, dont le traitement individuel est la moitié du sien, outre leurs indemnités de service. Quatre sont respectivement affectés aux provinces italienne, espagnole, britannique, et germanique, qui resteront toujours caractérisées par la langue , ou du moins Thistoire, après la décomposition normale des nationalités actuelles. Il faut réserver les trois autres pour les expansions coloniales de l'Occident , sans instituer aucun assistant envers la France, où la sollicitude du pontife pourra directement suffire.
Mais leur nombre devra s'accroître à mesure que la religion positive approchera de l'universalité normale. Cet éminent sacerdoce offrira donc quarante-neuf membres quand la race humaine sera complètement régénérée. Outre leur office habituel, ils devront , après la mort ou la retraite du pontife, contrôler ou rectifier le choix qu'il aura librement fait de son successeur, envers lequel ils consulteront, au besoin, l'ensemble des doyens subordonnés à chacun d'eux.
Quant au costume sacerdotal, public ou privé, je dois imiter la sage réserve des fondateurs du catholicisme et de l'islamisme en ajournant une détermination dont l'efficacité résulte surtout de sa spontanéité complète. On peut cependant assurer que, le positivisme étant mieux caractérisé qu'aucun théologisme, cette institution y recevra plus promptement les modifications convenables. La forme des vêtements rappellera que le sacerdoce,
Al^ENlR HUMAIN. — CHAPITBB QUATRIÈME. 257
intermédiaire normal des deux sexes, tend davantage vers ia femme : leur couleur indiquera qu'il parle au nom du passé pour l'avenir. En désorganisant le costume , Tanarchie moderne a spontanément respecté la distinction des sexes, d*où résulte un germe de discipline envers les cas moins prononcés. Cette reconstruction doit naturellement commencer chez le clergé, dont le caractère social est plus homogène et plus prononcé que celui du patriciat ou du prolétariat.
Yu sa nature éminemment synthétique, le pouvoir spirituel comporte, et même exige, la pleine concentration que je viens de décrire. Puisque tous les prêtres exercent un office essentiellement identique, il pourrait, comme au début, émaner toujours d'une seule âme, pourvu qu'elle pût atteindre partout. La multiplicité des organes spirituels n'étant, au fond, destinée qu'à compenser l'insuifisance résultée de l'extension du service, ils doivent être assez subordonnés à leur chef pour que leur classe représente Tunité confiée à sa sollicitude. C'est en lui seul que consiste le sacerdoce, dont il pourrait, au besoin, changer tous les membres , sans que l'organisme spirituel se trouvât réellement altéré. Jamais la papauté , toujours entravée par le sacré collège, et souvent exposée aux conciles, ne put obtenir l'ascendant qu'une pleine opportunité dans la séparation des deux pouvoirs procurera spontanément au pontificat de l'Humanité.
Pour consolider la concentration naturelle du clergé sociocratique, Findividualité, quoique plus prononcée que chez le sacerdoce théocratique , doit s'y réduire à ce qu'exigent la dignité personnelle, l'émulation légitime, et surtout une Juste responsabilité» Renonçant à toute domination, et même à la richesse, les prêtres de l'Humanité se trouvent ainsi préservés des principales dissensions. Destinés à gouverner Topinion, ils fuient le commandement, afin de mieux développer la puissance de la conviction et de la persuasion. En se dévouant au suprême in-
terprète du Grand-Être, chacun d'eux se sent participer au plus vaste pouvoir, devant lequel s'efface toute grandeur temporelle, réservée à la classe qui surmonte les volontés sans les régler. La modeste annuité d'où dépend leur subsistance reste toujours subordonnée aux résolutions des chefs qu'ils doivent discipliner, et dont les capMces ne leiit laisseront quelquefois d'autres ressources que les libres subsides des vrais croyants. Mais rien ne peut altérer l'incomparable privilège du clergé j[)ositif , pour représenter les deux populations subjectives auprès delà population objective. Ce noble contraste entre la dépendance et l'ascendant est surtout prononcé chez le pontife universel, i^ui, simple citoyen de la métropole humaine, avec un traitement inférieur au revenu du moindre banquier, obtient partout une libre prépondérance.
Afin de compléter la purification résultée de la renonciation aux héritages quelconques, il importe que les prêtres de l'Humanité s'abstiennent de tous les profits {Personnels que pourraiebt procurer leurs travaux. Chaque service IhéoHque doit toujours être public et gratuit. Il appartient à la classe contemplative d'offirir aux autres l'exeibple continu d'une sage modération envers l'usage de la parole, de l'écriture, et surtout de l'imprimerie, dont l'anarchie modelne a tant abusé. La plupart des notions usuelles doivent se transmettre par Une tradition active et muette, en réservant les livres pour communiquer les perfectionnements réels des conceptions abstraites et générales. Toutefois , le sacerdoce sociocratique , malgré seà préoccupations habituelles , ne saurait autant s'abstenir d'écrire que le clergé théocratique. Mais le trésor pontifical poiirvoit à l'impression des livres ainsi produits, en laissant leur distribution aux auteurs toujours désignés ouvertement, et solennellebient obligés à ne jamais les vendre. Promise dans Tinauguratlon sacerdotale, et renouvelée à chaque publication, cette renonda-
tion importe tellement à la dignité du clergé que le pontife révoquera quiconque l'aurait méconnue trois fois, sauf à le nommer pensionnaire s'il olTre assez de valeur mentale.
Il faut étendre cette règle aux leçons quelconques^ soit afin d'empêclier la dégradation des théoriciens, soit pour préserver les enfants des riches de renseignement privé , par lequel un vain orgueil y tend à remplacer les études publiques. Celles-ci doivent toujours suffire^ sauf les éclaircissements exceptionnels que chaque prêtre exposera gratuitement aux élèves qu'il jugera dignes d'un soin spécial. Devenu l'apanage des théoriciens qui n'auraient pu s'agréger au sacerdoce, même comme pensionnaires, l'enseignement privé se trouvera tellement discrédité qu'il ne pourra jamais troubler l'instruction systématique.
Une telle réaction acquiert d'autant plds d'importance qu'elle constituera la seule protection des chaires officielles, dans un régime où la discipline spirituelle restera toujours exempte d'oppression temporelle. En fournissant au sacerdoce le^ moyens de développer l'hastniction universelle, les cités doivent s'abstenir d'entraver les tentatives, individuelles ou collectives, qui voudraient instituer, envers les écoles publiques, une légitime concurrence. Mais, malgré ce respect continu pour la 11* berté d'enseignement, elle ne se réalisera que si les études officielles subissent une dégénération radicale, que le chef de l'humanité pourra toujours prévenir ou réparer en renouvelant, au besoin, tout son clergé.
Telles sont les indications préalables que je devais ici présenter sur la constitution spéciale du sacerdoce positif. Elles se trouveront spontanément complétées à mesure que j'expliquerai son intervention normale dans toutes les parties du régime. Mais , sans ce commun préambule , ces diverses appréciations ne pourraient acquérir la précision et la clarté nécessaires.
Je dois mahitenant examhier le principal office du clergé
positif, en caractérisant TéducatioD uDiverselle, dont il accomplit la systématisation. Assez ébauchée dans mon discours préliminaire , une telle explication n*a plus besoin ici que d'être complétée, coordonnée, et surtout résumée, sauf les rectifications secondaires que dut graduellement suggérer l'exécution du traité que j'achève.
L'éducation positive institue l'unité réelle, en nous apprenant à vivre pour autrui. Destinée à nous adapter au service continu du Grand-Être, elle reste surtout morale, même en devenant intellectuelle. Fondée sur l'existence naturelle des penchants sympathiques, elle leur subordonne les instincts personnels, pendant l'âge où la prépondérance spontanée de ceux-ci se trouve assez contenue d'après l'intervention providentielle qui nous dispense d'activité.
Cette préparation, prolongée jusqu'à vingt et un ans, se décompose en deux parties , l'une privée , l'autre publique , séparées, à quatorze ans, par la puberté. Respectivement destinées à développer l'amour et la foi , sous la présidence maternelle ou sacerdotale , leur succession aboutit au libre essai de l'activité , pendant une période complémentaire de sept ans. Ainsi s'accomplit, en vingt-huit ans, notre préparation personnelle, dont le début, les deux principales phases, et la terminaison se caractérisent dans les quatre premiers sacrements, où l'enfant du Grand-Être en devient graduellement le serviteur.
Directement voué , par le mariage , à l'existence sociale , il commence alors une dernière période de quatorze ans, pendant laquelle l'essor civique peut seul compléter la vie préparatoire. Mais cette phase finale, et même la précédente, devant s'accomplir avec une entière liberté, je ne saurais les comprendre dans l'éducation proprement dite , qui toujours suppose un état de tutelle. Il faut d'autant plus les en exclure qu'elles sont par-
ticulières au sexe actifs tandis que la première moitié de la vie préparatoire convient également au sexe affectif. La combinaison de ces deux caractères, universalité^ minorité, doit ici fixer le sens d'un terme mal défini, dont la plus vaste acception peut embrasser l'ensemble de la vie objective , envisagée comme préparation graduelle à Texistence subjective. Ce dernier mode ne convient qu'au traité promis, où V éducation désignera toute préparation dirigée, d'abord par la Famille, puis par la Patrie, enfin par l'Humanité.
Restreignant ici ce terme à son acception la plus usuelle , je dois, premièrement, caractériser la préparation personnelle quanta sa phase privée. La dentition définitive la divise en deux parties égales, l'une essentiellement affective, l'autre où la culture intellectuelle commence, sous la direction maternelle, par des études esthétiques. De là résulte la subdivision totale de l'éducation proprement dite en trois phases septennales , dont toutes les langues occidentales indiquent nettement la distinction, prononcée surtout en espagnol, d'après les noms nino, muchachoy et mojso, suivis de leurs dérivés.
On doit regarder la première comme la plus décisive , puisque la discipline maternelle y fonde tellement la moralité que tout le reste de la vie peut rarement changer cette base. Alors s'accomplit, à l'abri de Tégolsme actif, l'irrévocable essor des trois instincts sympathiques, surtout de la vénération, et même de la bonté 9 qui, malgré la dépendance , y trouve un suffisant exercice. Dès la naissance , tout le culte s*y condense dans l'adoration de la mère, seule providence que cet âge puisse et doive reconnaître. Mais le Grand-Être se fait spontanément sentir aussitôt que surgit le langage, dont la transmission maternelle indique l'institution sociale, promptement confirmée d'après l'ensemble des contacts humains. Cette distinction n'altère point l'unité du culte ^ parce que la mère devient déjà la
personnification de r Humanité, dans laquelle alors se fond la Patrie.
Quoique Téducation de la première enfance soit essentiellement morale , l'intelligence s'y développe par l'observation des êtres, d'après une synthèse purement fétichique, dont il faut soigneusement respecter l'essor spontané. Sous sa prépondérance, non moins aiïective que mentale, on voit déjà surgir la vraie logique, par la combinaison des sentiments avec les images, bientôt assistée des signes. Ainsi s'établit le mode le plus simple de l'unité cérébrale , quand l'activité^ dispensée d^ sa destination matérielle, se subordonne à l'intelligencB pour manifester nos émotions.
Il persiste pendant la seconde enfance , mais en y tendant vers l'unité plus compliquée qu'exige la vie réelle, parce que les relations déjà s'étendent hors de la Famille, seul être collectif qui soit d'abord appréciable. Cette extension se développe surtout d'après les études esthétiques, alors fondées sur les images résultées du premier âge. Quoiqu'une telle élaboration doive rester essentiellement spontanée, (a sollicitude maternelle y prépare la discipline normale, en instituant des exercices habituels, poétiques, phoniques , et plastiques, même avant la lecture et l'écriture. Les communications étant devenues complètes, l'enfant s'initie directement à la connaissance du Grand- Être ei^ admirant ses principales productions , malgré la diversité d?s idiomes , anciens ou modernes. De leur contraste familier surgit la plus vaste appréciation de la Patrie, jusqu'alors confondue avec l'Humanité, mais désormais caractérisée par la laugqe, même quand cette distinction sera devenue purement historique, d'après l'universalité finale du langage positif. En effet, l'état normal ne doit jamais supprimer l'étude universelle des sept langues qui présidèrent aux trois phases essentielles de la transition occidentale. Outre les éternels monuments qui 1|98 coa-
AVENIR RUIIAIN. — CpAPITRE QUATRIÈME. 263
saçreDt » leur concours spontané restera toujours indispensable à la pleine institution du langage humain, directement issu de la fqsion de^ cinq dernières , sous la présidence de la plus mu- ^cale.
Pepdant ce second âge, yédvicdiiïon morale, résultée du premier, se développe d'après (a réactipn affective de la culture esthétique. (Helte relation dqit alors fournir la iqeilleure poesure du progrès intellectuel, spontanément dirigé vers le perfectionnemept du culte personi^el , doqt l'essor commepcç à devenir diftinct. Une prière, pn chant, un dessin, en l'honneur de la iffère I caractériseront , par leur amélioration croissante , Vap- Uti^de graduelle à formuler les émotions réelles, sous l'assistance emportée au trésof esthétique fl<3 rHumaqll^.
La prépondérance pprmal^ de Tart institqe alors la préparatfop de U science , en développait Fol^servation des événement? dQ touç genres, auparavapt ahsprbée par celle des êtres quelconques. Car l'art, tant esthétique que technique, ne concerne, comme la science, que les phénomèpes, quoiqu'il dfflère d'elle en les attribuant toujours à des corps au l}eu de les envisager abstraitement. Surgie vers la fin ^e la première enfi^ce^ l'institution spontapée des fniUeux subjectifs lie ces deux modes de contemplation , en formant les images indépendamipent de? êtres, du moins envers le moncf^ matériel, premier ()om^ipe de l'exploration théorique.
Mon (|iscoufs préliminaire assigna, au ?econ<| âge, une syntl)j^ie polythéiqu^» naturellement r^spUéedis l'observation abstraite ^t pleinement conforme à la culture esthétique. I) faut iç) irestreindre cette modificatipu aux trois premiers siècles d^ l'état noripal, dont la l|)iation historique do}( alors rester universellement sentie. Quand la fusion de la fétjcbité dans la positivité jdétermioera rentière élimination du théplogismii, la ph^p$o)))|ie ^ premier âge subsistera pjsodant le secpqd, ppur
s'iDCorporer^ sous le troisième, à l'état final de la raison humaine. La culture esthétique deviendra conciliable avec ce perfectionnement de Tinitiation individuelle, dès lors dispensée de reproduire servilement l'évolution collective. Sous l'ascendant de la langue universelle, l'es^r de la poésie fétichique, d'après une pleine institution des milieux subjectifs, fera surgir des chefs-d'œuvre mieux adaptés que les anciens à l'ensemble de l'état normal.
Envers l'éducation privée , il faut ici placer une indication , commune à ses deux âges^ mais surtout convenable au second^ quant à l'ébauche spontanée de l'existence pratique. Quoique l'activité doive alors rester plus esthétique que technique^ l'essor naturel de l'ii^tinct constructeur mérite d'être secondé ^ ne fût-ce que pour contre-balancer l'impulsion destructive. La sollicitude maternelle y dirigera sans peine ^ soit l'aptitude mentale à manifester les conditions et lesdifiiculiés de l'accomplissement quelconque 5 soit la tendance morale à faire directement apprécier le libre concours des efforts humains^ et même animaux.
Cette double enfance permet aussi d'instituer l'habitude fondamentale qui doit toujours représenter les sentiments comme plus importants que les actes^ en disposant à juger ceux-ci d'après leur réaction sur ceux-là , par exercice ou résultat. Un tel enseignement ne peut efficacement surgir que dans l'âge où les actions, dépourvues de gravité , laissent apprécier les inspirations ^ que leur naïveté rend mieux saisissables. La mère pose alors la base synthétique de la morale positive ^ en faisant sentir que le bonheur consiste surtout à développer les affections bienveillantes, pour lesquelles les actes deviennent des moyens de satisfaction et même d'excitation.
Ayant assez caractérisé l'éducation privée^ il faut maintenant apprécier le complément systématique que peut seule lui four-
nir rinstruction publique, dont j'ai déjà déterminé la nature et la marche.
Sa principale difficulté consiste à développer Fesprit sans altérer la prépondérance du cœur^ qu'elle doit même consolider. Une telle conciliation constitue le meilleur privilège du positivisme^ succédant au théologisme dans le gouvernement spirituel du genre humain, pour réparer les déviations^ intellectuelles et morales ; propres à la seconde causalité. Car la première consacrait autant la suprématie du sentiment qu'elle comportait la recherche des lois; en sorle^ue la synthèse fétichique n'offrait essentiellement d'autre vice que son caractère absolu, primitivement nécessaire. En restreignant sa destination théorique aux cas où la loi reste inconnue^ la féiichité, devenue relative j doit esthétiquement conserver, et même étendre, son domaine initial, afin d'assister la positivité, tant intellectuelle que morale. Au contraire, le théologisme^ dont l'efficacité fut essentiellement politique, développa les principaux inconvénients de la phiiosophie absolue, en faisant consister le bonheur et la perfection dans l'existence contemplative. Quoique rinsurrection de l'esprit contre le cœur n'ait pleinement surgi que sous l'impulsion métaphysique, surtout pendant l'anarchie moderne, sa source remonte jusqu'à la synthèse théologique, quand le sacerdoce ne dominait pas sa doctrine. Mais, en faisant succéder sans transition le positivisme au fétichisme, l'état normal permet d'éviter, dans l'initiation individuelle, les dangers propres à l'évolution collective , en surmontant les perturbations résultées de Tessor abstrait.
Il suffit, pour cela, que Fétude analytique du dogme se trouve synthétiquement instituée par le culte, comme Tindique la fusion continue de l'office théorique dans le service sacerdotal, auquel l'élaboration scientifique sera toujours subordonnée. Fondée sur l'essor affectif, et préparée par la culture estbéti-
266 SYSTÈME DE I^OLITIQUE POSITIY&
que, Tétude abstraite termine Fédacation en instituant Tunité systématique qui peut seule diriger la vie active. L'élaboration analytique qu'exige cette construction doit toujours être conçue comme propre à Tadolescence, et destinée à conduire au régime synthéthique , seu) pleinement rationnel , où toutes les conceptions se combinent pour servir THumanité. Soiennelleflaent proclamée dans le sacren^jso^ qui convient à Tinauguration de l'éducation publiqup » cettq appréciation se trouve convenablement développée pendant tout le cours des études théoriques. Elle s'y cqnsoU4e d'après la continuité de la sollicitude maternelle, )e prolongement de la culture esthétique, et le début d(e U prépaf atiqi) pratique.
Obligé d'eqseigner socqessivemeQt les sept science^ foodaipentales , chaque professeur se préserve de toute préoccupation vicieuse envers l'une d'elle?, p^r la considération habituelle €|e leur destination synth^Mque , conforme au caractère sacerdotal. Alterpativement adressées aux deux sexes dans la même semaine, seçleçpns font spontanément apprécier, à lui comme à r^Ufiitoire, la subordination continue de Tintelligence au seatinient.
Malgré toutes les garanties propres au régime encyclop^- 41qBe> risolement théorique détermine un tel entraînement que la sollicitude pontificale, secondée par l'opinion publique, peut seule prévenir ou réparer ses dangers envers le cœur et l'esprit.
Pour bien instituer le noviciat systématique, il faut toujours repfésepter sa destination comme étant plus morale qu'intellectuelle. La foi doit y compléter Tamour, afin de régler l'activité, d*apr$s rétude relative de Tordre universel. Dans l'édac^tjon privée , Tessor aflTectif et la culture esthétique ont fait n^^urellefuept septir les lois morales, et même apprécier la soumission volont^e , surtout par l'adoration intime. Hais ce résultat spontané demeure insuffisant et précaire tant que l'ordre
AVENIR BUIfAIN. — CHAPITRE QUATRIÈME. 361
iDtérieor reste isolé (fe Tordra extérieur qui le domine. On ne peut consolider Tâme qu'en la rattachant au ipilieu par Tentrem\se du corps. Ainsi surgit la nécessité de Tessor abstrait, pour instituer des doctrines générales, seules capables de produire des convictions fixes et communes. Il doit donc commencer envers les plus simples phénomènes, sur lesquels reposent tous Içs autres, et tendre graduellement vers Tordre moral , où la cessation de Fabstrac^ion termine l'épisode analytiqiie ep systématisant l'état synthétique , d'abord purement sppntané.
La religion positive surmonte les dispositions critiques que développa son préambule scientifique et que reproduirait l'initiation théorique sans une constante surveillance. Elle cultive la démonstration afin d'instituer^ non la discussion stérile ou dispersive, mais la soumission active e^ volontaire, qui doit ennoblir jusqu'aux fat^^lités les plus grpssières , en y rattachant (e perfectionnement inoral. Ce n'e$t point une foi démontrée, mais une fpi toqjoqrs démontrable^ qui convient k la maturitjâ de la raison humaine , destinée h développer les pppséquence^ sans délibérer suf les principes.
En acbey^t son noviciat encyplopédiquoi chaque po^itiyi^te sentir^, mieux qu'auparavant, le l^esoin de subordopner l'esprit individuel à l'intelligence colfeplive, et de réi^erver l'état spéculatif pour les ipcidepts nécessités par le cours naturel de |^ VMI active. Gepi qu'upe vocation exceptionnelle destinerait au sacer4oce participeront davantage à pette double disposition, s^p$ laquelle ils ne pourraient jamais devenir les interprètes du Qrand-Être et le^ régulateurs de l'existence humaine.
Jél est reprit général qui doit toujours diriger l'Initiation tl)éorique afin de l;i préseryer des tendances inçompatU)les avec sa destinatipn religieuse. {1 se trouvera profondément ipdlqné^ par le pr0ambple synthétique du noviciat eneyclopi^dique, dont les ^oi^ premières semaines seropt cpus^iprées an^ dii^-hult
leçons de philosophie première ^ caractérisées au chapitre précédent. Cette condensation exceptionnelle s'adaptera mieux à son but essentiel, en la rendant commune aux deux sexes, alors réunis dans le temple , devant tout le presbytère , assisté des principaux magistrats et des familles catéchumènes. Après une digne ouverture par le doyen sacerdotal, une leçon instituera Tabstraction théorique, les quinze suivantes seront respectivement consacrées aux quinze lois universelles , et les deux dernières organiseront la hiérarchie encyclopédique. L'ensemble de ces dix-neuf séances initiales devra produire sur les élèves^ les professeurs, et le public, une impression durable, propre à faire toujours prévaloir la tendance synthétique au milieu des études analytiques.
Ainsi préparée, la philosophie seconde développera systématiquement la foi positive pendant sept années , dont chacune consacrera , pour chaque sexe , quarante leçons à Tune des sciences fondamentales. Mais ce nombre ne suffirait point envers la mathématique, qui demande un développement triple, en destinant seize séances à chacun des cinq premiers chapitres du traité que j'ai déciit, et vingt à chacun des deux derniers. Pour cette répartition, le nombre ordinaire des leçons sera doublé pendant chacune des deux premières années 5 mais en bornant cette exception au sexe actif; sans que renseignement féminin, quoique plus condensé, se trouve plus restreint.
Yu les explications par lesquelles le chapitre précédent a complété les indications de mon volume initial, le noviciat théorique n'exige maintenant aucun éclaircissement spécial. Son accomplissement coïncide avec l'apprentissage pratique, dont la réaction y tend à faire prévaloir le caractère synthétique et la destination sociale. Ce concours se fortifie en consacrant les trois dernières années aux judicieux voyages institués par le prolétariat occidental, et qui comportent une universelle effica-
cité. De longues résidences permettent de les concilier avec la continuité des études encyclopédiques ^ vu Thomogénéité de renseignement sacerdotal et la régularité de son développement, qui fera simultanément accomplir la même leçon dans toutes les écoles du globe. Il faut pourtant reconnaître que la vraie préparation de Factivité doit suivre , au lieu d'accompagner^ celle de l'intelligence. Mais elle résulte des libices essais qui succèdent à Tiniliation théorique, pendant les sept années comprises entre le sacrement de l'admission et celui de la destination. Envers cette période , seule pleinement pratique , la précédente constitue un simple préambule, qui, malgré sa nécessité, concerne davantage la vie intellectuelle et morale que Texistence active.
C'est ainsi que l'éducation publique complétera l'amour par la foi pour systématiser l'activité , dont la prépondérance deviendra le meilleur garant de l'unité positive, en préservant ralTeclion et la spéculation des déviations qui leur sont propres. Loin d*exciler un vain orgueil, Vinitiation encyclopédique doit développer une profonde humilité, d'après le contraste permanent, entre la difficulté des vrais problèmes et la faiblesse des moyens humains, en écartant les questions oiseuses, qui dissimulent l'insuffisance. Bornant l'élaboration analytique à préparer la construction synthétique , elle subordonne la spéculation à l'action en vue de l'afTection, dont elle consolide l'empire en systématisant la soumission d'abord forcée , puis volontaire.
Un tel régime, loin de développer l'habitude de lire, fait partout sentir combien elle entrave la méditation, qui ne peut être vraiment aidée que par l'inépuisable étude des cheiisd'œuvre poétiques, toujours relatifs au problème humain.
D'après les aperçus que j'ai présentés, le véritable positiviste pourra, même dans le clergé, réduire sa bibliothèque à cent volumes. Aux dix tomes qui condensent tonte la philosophie, on en
joindf'& vingt de poésie, plus autant pour l'ensembie des notions concrètes 9 envers les données pratiques , la descriptioù des êtres, et la connaissance du passé. La seconde moitié du recueil positif sera consacrée aux monuments dignes, par leur valeur originale, de survivre à la destruction systématique dés immenses ainas qui maintenant compriment ou pervertissent la pensée.
Pour achever d'apprécier Téducation universelle, il faiit considérer Tharmonie de ses deux éléments, public et privé, dont la succession tend à dissimuler le concours , et même à Taltérer. Dans Tétai normal , Tun t)répare et l'autre complète l'irrévocable consécration de chaque enfant du Grand -Être an service conlinu de l'Humanité , d'après l'institution , d'abord spontanée, puis systématique, de la véritable unité. Le premier dispose à la f^ol par l'amour, et le second consolide l'amour d'après la foi. Quand l'un a développé la soumission volontaire, l'autre institue la soumission forcée, en sorte que leur combinaison produit une discipline aussi noble que stable, oti la vénération et la nécessité s'assistent mutuellement. Uespecllvement fondées sur le sentiment des lois morales eitla connaissance des lois physiques, les deux phases concourent envers les lois intellectuelles, également liées aux deux ordres. Tandis que l'une institue synthétiquement l'analyse, l'autre consolide analytiquement la synthèse. Mais cette diversité de nature et dé tnarchb se manifeste d'après les résultats, toujours certains pour la phase privée, conforme à l'état normal, et souvent avortés dans la phase publique, qui ne mérite pas le nom d'éducation quand elle reste inachevée.
Il faut dohc concevoir le noviciat encyclopédique cômhié consistant surtout dans sa dernière année, envers laquelle toutes les autres constituent seulement une préparation graduelle. On dédaignera Tinittation théorique qui n'aurait pas été poussée jusqu'au terme moral , parce qu'elle tendrait à développer là
discussion sans systématiser la soumission , en méconnaissant la destination syntliélique de l'analyse. C'est donc de Tannée finale ({ue doit directement dépendre le sacrement de Fadmission^ qui suit et résume Téducation publique. Mais la nécessité des notions préparatoires interdit d'admettre à l'étude sacrée quiconque serait jugé^ d'après les examens annuels, tro0 étranger à la science profane. Toutefois la libéralité du caractère sacerdotal doit se manifester jusque dans ces exclusions , plutôt logiques que scientifiques, qui resteront toujours indépendantes des sources quelconques de l'instruction acquise, même quand elle résulterait d'études solitaires.
Socialement comparées, l'éducation privée et l'éducation publique font respectivement apprécier la Famille et THunlanité. Mais ces deux termes extrêmes de la progression sympathique ne peuvent être pleinement combinés que d'après le terme moyen. Or, la Patrie ne devient suffisamment appréciable que dans la phase active qui succède aux phases affective et spéculative, oh le lien civique est seulement ébauché, faute d'un but pratique. C'est aussi d'après ce libre complément que se concentrent et se combinent les notions et les sentinients d'ordre et de progrès propres aux deux modes successifs de la préparation dirigée. En faisant apprécier l'ordre volontaire, l'éducation privée institue le perfectionnement moral; d'après la connaissance de Tordre nécessaire, Téducation publique systématise l'amélioration matérielle. L'initiation individuelle reproduit ainsi révolution collective , qui faisant surgir, au moyen âge , le progrès moral, développa le perfectionnement physique pendant la révolution occidentale. Il appartient à la période complémentaire de concilier ces deux résultats, comme le fit historiquement le siècle exceptionnel qui dut précéder Tétat normal.
Quand Téducation positive n'a point avorté, nous y devenons aptes h vivre pour autrui , d'après Tlrrévocabie avènement de
la véritable uDité. Nous avons appris à respecter Tordre extérieur comme la base de Tordre bumain, mais en y voyant le domaine continu de Tactivité collective. Son appréciation toujours empirique nous dispose davantage à le modifler ; et sa régularité, due seulement à sa simplicité, nous pousse à rendre les institutions de la volonté plus parfaites que les lois de la fatalité. Convaincus que notre union peut seule adoucir ce joug, nous attachons plus de prix aux sentiments qui la fondent qu'aux résultats qu'elle produit, vu Tinsufl&sante sécurité de notre existence, individuelle et même collective. Toujours prête à succomber sous le poids du corps ou du milieu , Tâme développe jusqu'au bout une activité qui la pousse au perfectionnement moral , source inaltérable du bonheur et de la dignité.
Voilà quelles dispositions fera partout prévaloir une éducation où la raison consolide le sentiment, dans Tâge le mieux apte à traiter Tégolsme comme notre principale infirmité. Loin de développer la discussion, Tinstruction positive systématise la soumission, base continue de Taction à laquelle nous sommes essentiellement destinés, pour améliorer notre situation et surtout notre nature. Â l*issue du noviciat encyclopédique, nous sentons le besoin de retenir uniquement les principes qu'il nous a fournis, en oubliant leurs démonstrations théoriques, afin de mieux vouer notre intelligence à leurs applications pratiques.
Ce résultat général est directement propre à Tensemble de Téducation positive, môme quand elle n'émanerait pas du clergé qui peut seul la rendre universelle. Ainsi se trouvent partout établies les dispositions qui permettent au sacerdoce de THumanité de systématiser Texistence active afin de la consacrer au service continu du Grand-Être, en développant Tunitéfondée par Tâge préparatoire. Je dois maintenant examUier la nature et la marche de cette systématisation, d'abord personnelle, puis domestique , enfin civique.
AYElilR HUMAIN. — CHAPITRE QUATRIÈME. 373
Afin d^y mieux procéder^ il faut d'abord expliquer une institution religieuse 5 spécialement destinée à résumer l'ensemble de notre perfectionnement^ physique^ intellectuel, et moraU en le concentrant sur un progrès décisif. Il consiste à systématiser la procréation humaine^ en la rendant exclusivement féminine. Mais^ avant d'examiner cette utopie, indiquée dans les chapitres précédents, Je dois caractériser sa destination, d'après le besoin de condensation propre à toute synthèse, même partielle, et surtoutgénérale.
Une telle concentration devient la suite naturelle et le complément nécessaire de la division des deux pouvoirs, qui seule la permet en suscitant la systématisation, et l'exige en séparant la théorie de la pratique. On ne peut dès lors éviter ou réparer la dispersion des sentiments et des pensées qu'eu résumant la synthèse par une institution spéciale , où convergent les principales émotions et conceptions. Mais ce besoin comporte deux modes distincts de satisfaction, les mystères ou les utopies, suivant quel a religion est théologique ou positive.
Le seul exemple décisif d'un tel complément dut donc émaner du catholicisme , instituant, dès son début, l'Incomparable sacrement de l'Eucharistie , pour résumer à la fois son culte , son dogme, et même son régime. Cette admirable condensation caractérisait tellement le monothéisme occidental qu'il perdit toute consistance aussitôt qu'elle fut altérée. Mais, quoiqu'elle mérite une étemelle vénération, comme premier type des conclusions synthétiques, le même besoin doit être autrement satisfait dans la religion positive. En effet, la systémaUsation catholique restait essentiellement bornée au sentiment, sans pouvoir assez embrasser l'intelligence ni l'activité, dont elle sut éluder les exigences tant que dura la transition affective. Au contraire, la plénitude nécessaire de la synthèse positive oblige l'institution qui doit la résumer à représenter simultanément
les trots éléments de la nature humaine^ suivant leur vraie subordination. Il faut, en un mot, que sa conclusion synthétique concilie Tordre et le progrès, en Instituant un progrès qui développe l'ensemble de Tordre. Or, telle estTaptitude des utopies convenablement construites, dont Tessor croissant indiqua^ sans le satisfaire, le besoin d'unité surgi de Tannrchie moderne.
Nécessairement conformes à la marche de la positivité, ces constructions synthétiques furent jusqu'ici bornées à Tordre extérieur, surtout matériel, mais aussi vital. La mieux élaborée et la plus efficace surgit, au moyen âge^ avec la chimie. Pendant la majeure partie de la révolution occidentale, la transmutation des métaux fournit un admirable ralliement à tous les efforts, théoriques et pratiques, destinés à perfectionner nôtre milieu. Son empire se prolongea jusqu'à Tapproche de la crise finale, qui vint ennoblir Tessor utopique en lui procurant surtout une destination sociale, annoncée, depuis trois siècles, par des tentatives avortées. Mais ce domaine final de la positivllé, tant idéale que réelle , exigeait une doctrine universelle , sans laquelle Tulopie, qui doit constituer un résumé, pourrait seulement devenir un aperçu, plus perturbateur que fécond. Or, cette condition fondamentale se trouve suffisamment remplie depuis Tavénement décisif de la sociologie, d'où résulte l'irrévocable convergence de la révolution occidentale vers Tétablissement de la religion positive. Celle issue normale vient à la fois éliminer les utopies perturbatrices et les remplacer par le ralMemeut synthétique de toutes les dignes aspirations autour d'un progrès caractéristique qui représente Tuniverselle prépondédérance de la morale.
Dès 1838, le troisième volume de mon ouvrage fondamental annonça spontanément une telle tendance, en proposant Tintroduction systématique des organismes fictif^ pour perfectionner 1 ensemble de la biologie. Mais, cette première Inspi-
AVENIB HUMAIN. — CHAPITRE QUATRIÈME. î75
ration n'ayant qu'une destination intellectuelle , on ne pouvait point 7 trouver un type des utopies positives, qui doivent être autant pi*aUques que théoriques. Toutefois^ comparée à la transmutation des métaux, elle améliorait Tessor utopique en l'étendant de Tordre matériel à Tordre vital. Ce progrès fut miëut accompli dans Tindlcation initiale du présent traité sur la transformation des herbivores en carnassiers , envisagée comme la ' limite du perfectionnement animal. En ouvrant un vaste champ à la science, une telle utopie intéresse également Tart, non envers les laboratoires de notre nourriture, où Texcès d'animal!sation serait nuisible , mais pour nos compagnons de travail^ ainsi devenus plus actifs et plus intelligents. Néanmoins, ce pas reste insuffisant , puisqu'il se borne au domaine profane , sané pousser Tidéalisation positive Jusqu'à Tordre humain, qiii constitue sa principale destination, comme étant à la fois plus important et plus modifiable. Pour in^tuer Tessor utopique , qui doit résumer la synthèse finale , il faut donc Tétendre au domaine sacré, seul capable de condenser le progrès d'après Ttii*dre, en combinant les trois modes ou degrés du perfectionnement , physique , intellectuel , et moral.
Telle est la théorie, à la fois historique et dogmatique, dés utopies positives, où la poésie et la philosophie doivent mieux concourir qhe dans les utopies théologiques et métaphysiques, puisque le relatif y succède à l'absolu. Cette théorie devient Ici le complément de celle de la religion^ en résumant l'unité réelle par une limite idéale, où viennent spécialement converger les vœux, les projets, et les tentatives propres au perfectionnement continu de notre triple nature. Pour mieux instituer ce ralliement, il faut lui spécifier un seul but, sauf à le renouvelei^ quand il se trouverait atteint ; ce qui sera toujours (Kissible^ tu Tlmmensé domaine de la providence humaine, à peine ébauchée Jusqu'ici, môme envers le milieu.
Voilà comment je suis conduil à représenter Tntopie de la Vierge-Mère comme le résumé synthétique de la religion positive ^ dont elle combine tous les aspects. Son appréciation spéciale appartient au traité que j'ai promis, pour 1859, sur la morale théorique et pratique. Je ne puis ici qae coordonner^ à cet égard , les principales indications.
En surmontant les préjugés scientifiques ^ on doit d'abord reconnaître rharmonie continue d'une telle institution avec l'ensemble des lois réelles. Restreinte à l'espèce la plus modifiable, et propre au sexe le mieux perfectible, elle y concerne la plus éminente des fonctions végétatives, celle où le cerveau peut davantage modifier le corps. La rationalité du problème est fondée sur la détermination du véritable office de l'appareil masculin, destiné surtout à fournir au sang un fluide excitateur, capable de fortifier toutes les opérations vitales, tant animales qu'organiques. Comparativement à ce service général, la stimulation fécondante devient un cas particulier, de plus en plus secondaire à mesure que l'organisme s'élève. On conçoit ainsi que , chez la plus noble espèce , ce liquide cesse d'être indispensable à l'éveil du germe, qui pourrait artificiellement résulter de plusieurs autres sources, même matérielles, et surtout d'une meilleure réaction du système nerveux sur le système vasculaire. Un tel perfectionnement se trouve annoncé par l'essor croissant de la chasteté, qui, propre à la race humaine, du moins parmi les mâles, y montre l'efficacité, physique, intellectuelle, et morale, d'un bon emploi du fluide vivifiant. Mais cette indication se développe surtout chez la femme, va le concours continu de trois symptômes spéciaux : la minime participation de ce liquide à la fécondation; l'établissement du flux mensuel; et l'influence de la mère sur le fcetus.
Cette induction objective peut être subjectivement fortifiée d'après le cours générai des opinions relatives à la procréation
humaine. En effet, suivant la comparaison indiquée au premier chapitre de ce volame , ce résultat se trouve ainsi rapporté de plus en plus à Tascendant féminin. Or, une telle progression ne tend pas seulement à faciliter et manifester Tavénemeut de Tutopie qui la compléterait. Pour quiconque a bien apprécié l'harmonie générale entre le subjectif et Fobjectif , cette marche des conceptions peut aussi représenter le cours des phénomènes, dans un ordre très-modifiable, dont les pas antérieurs nous sont inconnus, faute d'une théorie de 'l'hérédité. Dès lors on conçoit que la civilisation, non-seulement dispose l'homme à mieux apprécier la femme , mais augmente la participation de ce sexe à la reproduction humaine, qui doit, à la limite, émaner uniquement de lui.
Suivant une telle conclusion , les dignes âmes ne peuvent conserver aucune répugnance envers l'examen général des conséquences normales d'un perfectionnement qui ne saurait devenir réalisable que d'après l'ensemble de nos améliorations physiques et morales, héréditairement fixées. La destination synthétique de cette institution me prescrit ici de signaler sommairemenl ses diverses réactions, personnelles, domestiques, et civiques, qui d'ailleurs indiqueront ses principales conditions.
Personnellement envisagée, une telle modification doit améliorer la constitution, cérébrale et corporelle, des .deux sexes, en y développant la chasteté continue, dont l'importance fut de plus en plus pressentie par l'instinct universel, même pendant les dérèglements. Cette conséquence résultera, chez la femme, de la faible énergie des appétits charnels, dont lexcitation y repose ordinairement sur le besoin de devenir mère. Quant à l'homme , où les dispositions sont inverses, tout prétexte d'abus sexuel ayant ainsi disparu , l'éducation et l'opinion feront aisément prévaloir le besoin de conserver le fluide vivi-
278 STSTÈME DE POLITIQUE POSIXIYB.
iant pour sa destination normale, alors plos développée et mieux appréciée.
Domestiquement considérée^ cette transformation rendrait la constitution de la famille humaine plus conforme à Tesprit général de la sociocratie , en complétant la juste émancipation de la femme ^ ainsi devenue indépendante de Thomme, même pbysiquemenL L'ascendant normal du sexe affectif ne serait plus contestable envers des enfants exclusivement émanés de lui. Mais le principal résultat consisterait à perfectionner Tinstitution fondamentale du mariage, dont la théorie positive deviendrait alors irrécusable. Ainsi purifié , le lien conjugal éprouverait une amélioration aussi prononcée que quand la monogamie y remplaça la polygamie; car on y réaliserait Tutopie du moyen âge, où la maternité se concilie avec la virginité. Ce plein essor du principal mérite de la femme resterai^ d'ailleurs conciliable avec la réaction sympathique de l'instinct sexuel, d'autant mieux assurée que la satisfaction est plus restreinte, sans interdire une volupté dont la dignité cesse après la concession initiale.
Appréciée civiquement, cette institution permet seule de régler la plus importante des productions, qui ne saurait devenir assez systématisable tant qu'elle s'accomplira dans le délire et sans responsabilité. Réservée à ses meilleurs organes, cette fonction peffectionnerait la race humaine en déterminant mieux la transmission héréditaire des améliorations dues à l'ensemble des influences continues, tant sociales que personnelles. Les principales lois de ce grand phénomène resteront probablement inconnues jusqu'à ce que son accomplissement se trouve ainsi simplifié. Mais, la procréation systématique devant toujours demeurer plus ou moins concentrée chez les meilleurs types, la comparaison des deux cas susciterait , outre de précieuses lumières, une importante institution, qui procurerait à
Usociocratie le priocipal avantage de la théocratie. Car, le développement du nouveau mode ferait bientôt surgir une caste sans hérédité, mieux adaptée que la population vulgaire au recrutement des chefs spirituels, et même temporels, dont raui^rité reposerait alors sur upe origine vraiment supérieure, qui ne fuirait pas Texamen.
L'ensemblp de ces indications suffît pour faire apprécier Tutopie de la Yiprge-Mère, destinée à procurer au positivisme |J0 résumé synthétique équivalent à celui que l'institution dç rjSucharistie fournit au catholicisme. Si le problème n'est jamajis résolu, son efficacité, morale et mentale, sera toujqurs aussi j:omplète que }e fut, envers le progrès matériel, le rêve de la transmutation des métaux. Mais, en supposant sa solution obtenue, Timperfection de l'ordre humain conduira bientôt h lui substituer une autre recherche, non moins apte à concentrer notre perfectionnement Quoique je doive ici m'abstenir de tpnte ouverture à cet égard, afin de ne pas diviser Tattention, J^ recommande ^ mes successeurs de rattacher cette institution à Texist^nce corporelle, puisque le progrès matériel et le perfectionnement moral qu'elle lie se trouvent déjà consacrés. Pans tous les cas, j'ai maintenant fondé la systématisation des utopie^ , sans laquelle la religion de l'Huipanité ne pourrait assej; représenter l'ensemble des meilleures aspirations , poétiques, philosophiques, et politiques.
IJn tel préambule permet d'aborder convenablement l'examen direct du régime positif, mais en y faisant abstraction de la limite idéale que je viens de construire, sauf son usage , le plus souvent iniplicite , pour mieux caractériser la tendance générale du perfectionnement humain.
Quoique notre existence ne puisse êtr^ réglée sans le coucoiirs continu des deux pouvoirs sociaux, cette attribution ap« partient surtout au sacerdoce. Développant , au nom dç l'Hu-
manité, la puissance, répressive et directrice^ résultée de l'éducation, il discipline les volontés ^ individuelles ou collectives, en invoquant d'abord le sentiment, puis la raison, enfin Topinion. N'ayant d'empire que sur les actes, le gouvernement peut seulement compléter la discipline spirituelle, en instituant, pour les cas les plus grossiers et les plus urgents, une force préventive ou corrective. Mais le complément matériel, sans pouvoir Jamais disparaître , doit toujours diminuer à mesure que la civilisation développe la puissance morale. Il devient d'autant plus étendu qu'il s'applique à des relations moins intimes et plus vastes. Je ne dois ici le considérer qu'accessoirement, envers chaque partie de la discipline directe. La principale attribution du gouvernement consiste à diriger l'activité, dont la .systématisation appartient au traité final que J'ai spécialement promis, pour 1861 , en terminant le chapitre précédent.
Toigours sociale , la morale positive ne distingue les trois modes , personnel , domestique, et civique ^propres à l'existence humahne que comme les degrés naturels d'une même discipline, oii chacun prépare le suivant et subit sa réaction. Rangées selon l'extension croissante et l'intimité décroissante des relations, d'où résulte leur dépendance mutuelle, les règles s'y trouvent constamment rapportées au service du Grand-Être, seule source de la véritable unité, qu'elles consolident et développent C'est dans une telle homogénéité que doit surtout consister la supériorité morale du positivisme sur le catholicisme, qui, d'après le caractère égoïste de la synthèse absolue, ne pouvait directement régler que l'existence personnelle.
Désormais envisagée comme la base de la vie sociale, son importance ne diminuera pohdt et sa dignité croîtra. Mais ce mode fondamental doit , encore plus que les deux antres , être toujours considéré d'après l'indivisible ensemble de notre na-
AV£Mia HUMAIN. — CHAPITRE QUAIKIÈIIE. 281
tare , en voyant , dans rintelligence et racUvilé , les ministres nécessaires da sentiment , dont Us sont normalement Inséparables. C'est ainsi que le perfectionnement , même physique , et surtout mental ou moral ^ se trouvera synthétiquement institué ^ sous l'invocation continue de l'Humanité^ qui peut seule dissiper l'incertitude des convictions et l'hésitation de la conduite. Outre les cas généraux qui comportent des règles formulées^ la disciplhie positive doit également embrasser les incidents secondaires , en les rapportant au Grand-Être par le sentiment d'où procède Tunité. Nos moindres décisions peuvent alors acquérir un degré de noblesse , et même de consistance^ que ne saurait Jamais procurer l'individualisme meta physique ou théologique.
C'est surtout envers les prescriptions physiques que le positivisme développera son aptitude à régler dignement l'existence personnelle, quand la médecine se trouvera mieux Incorporée à la religion que sous le régime théocratique. La santé consiste, autant que le bonheur, dans l'unité, considérée corporellement ou cérébralement Vu l'intime connexité de nos deux existences physique et morale , les perturbations de l'une ne doivent Jamais être traitées indépendamment de l'autre, même parmi les animaux supérieurs, et surtout chez l'homme. En augmentant ce consensus, la civilisation exige donc que l'office médical soit de plus en plus fondu dans le service sacerdotal, au lieu de consacrer leur séparation croissante , qui convint seulement à la transition occidentale. Mais la sociocratie doit irrévocablement instituer cette fusion, d'après le caractère encyclopédique de Téducation universelle, où chacun deviendra propre à seconder le sacerdoce pour ces fonctions accessoires , toujours subordonnées à sa principale destination. Une telle assistance appartient surtout aux femmes, qui feront dignement rentrer au sanctuaire domestique la plupart des attributions graduelle-
282 SYSTÈME DE POilTIQUE POSHIYË.
meDt usurpées par les médecins occidentaux, en ne laissant au clergé que les principales consultations. Outre que la systématisation de la médecine facilitera sa concentration sacerdotale, on voit que, malgré la rareté des prêtres et leurs préoccupations , les malades trouveront les avis et les soins convenables, sans exiger une séparation autant immorale qu'irrationnelle.
Pour régler Texistence personnelle, il faut toujours la considérer sous deux aspects distincts, mais simultanés et même connexes, l'un négatif, l'autre positif. La solution du problème bumain , qui là commence à devenir directe , consiste , en effet, à comprimer l'égoîsme et développer Taltruisme. Quoique le catholicisme ait dû faire prévaloir la première discipline, la seconde est, au fond, la plus efficace, même négativement; puisque la principal^ restriction d'un penchant quelconque résulte de l'essor continu de ses antagonistes. Au lieu de tout sacrifier à la purelé, le positivisme, sanctionnant les résistances chevaleresques , la subordonne à la tendresse chez le sexe affectif, et, de plus, à l'énergie chez le sexe actif. Néanmoins il la consacre, et mêm^ la développe, en la systématisant, puisqu'il y condense la compression normale des sept instincts personnels, sans la borner au plus perturbateur. Toutefois, la répression de celui-ci continuera d'exiger, envers l'homme, une sollicitude spéciale, parce que les impuisions sexuelles sont les moins disciplinables comme se rapportant aux besoins les plus équivoques. Mais le positivisme les surmontera mieux que le catholicisme, et transportera ses principaux efforts au plus noble couple des penchants égoïstes, pour compléter la progression épuralive qu'institua la théocratie eq réglant l'instinct nutritif.
Afin de mieux systématiser cette purification graduelle , \i faut.grouper deux à deux les inclinations personnelles, en suivant Tordre du tableau cérébral , après avoir écarté la mater-
Dite, comme trop pen prononcée chez le sexe actif, principal objet dune telle discipline. De là résultent trois couples, inférieur, moyen , et supérieur, ainsi qualifiés autant d'après leur dignité que par leur situation. Le premier détermine les impulsions prépondérantes , tandis que les deux autres sont surtout destinés à les satisfaire en agissant respectivement sur les choses et les personnes , pour convertir le dehors en instrument du dedans.
Une telle harmonie semble d'abord indiquer la possibilité d'une synthèse égoïste si Ton fait abstraction de Faltruisme. En effet, d'un côté l'instinct destructeur ou l'instinct constructeur, et d'une autre part Torgueil ou la vanité , subissent aisément cette domination , malgré leur énergie propre , qu'elle peut assez développer, quoique Tunité sympathique y convienne mftux. La même constitution pourrait s'adapter au sexe affectif, pourvu que, en formant le couple principal, on y remplaçât la sexualité par la maternité, la pren^ière étapt aussi peu prononcée chez la fipmme que la seconde chez rhommç.
Mais un examen plus approfondi de cette coordination confirme l'impossibilité d'instituer l'harmonie directe de la personoalité. Car, dans un tel r^giine , l'ascendant se partagerait entre deux penchants souvent incompatibles, surtout chez l'homme. Presque également énergiques, le plus fixe ne prévaut spontanément que d'après les exigences corporelles dont il dirige la satisfaction continue. Qus^nd la providence humaine les a suffisamment réglées, comme on le voit chez les riches, la sexualité tendrait à dominer toute l'existence si l'antagonisme altruiste et Vintervention sociale ne surmontaient pas ses impulsions. Elle ne pourrait jamais obtenir une prépondérance durable , qui bientôt compromettrait la vie, en suscitant des appétits indéfinis. Néanmoins, ses capricieuses aspirations empêcheraient toujours l'instinct conservateur d'obtenbr un ascendapt décisiL
Ainsi ^ notre personnalité ne devient systématisable qu'en se subordonnant à notre sociabilité^ qui peut seule discipliner le dedans comme le lier au dehors, parce qu'elle seule peut consacrer tous nos penchants en réglant chacun d'eux suivant sa nature.
La synthèse altruiste sanctifie l'instinct fondamental, en lui confiant l'administration générale de l'existence corporelle, sur laquelle repose la vie cérébrale. Il est plehiement disciplinable, en vertu d'une destination aussi déterminée que légitime, qull compromet quand il abuse. Voilà comment l'échelle affective commence et finit par un penchant qu'on peut régler en l'invoquant. Centres respectif de Tâme et du corps , l'amour universel et l'instinct conservateur instituent le bonheur et la santé d'après l'unité résultée de leur harmonie. Mais, quoique chacun d'eux tende à consacrer l'autre au nom de sa propre destination ', la présidence ne saurait flotter entre eux, et la synthèse générale ne devient possible qu'en subordonnant le second au premier, seul apte à régler le dedans en le liant au dehors.
D'après une telle subordination , la discipline de Tinstinct nutritif comporte autant d'énergie que de dignité , sans laisser jamais d'incertitude grave, tandis que les motifs personnels restent toujours équivoques quand la prudence combat TappétiL Nos médecins triomphent rarement, même de leurs propres inclinations, lorsqu'ils prescrivent la sobriété pour la santé. C'est seulement en invoquant une autorité supérieure à l'arbitrage individuel que la théocratie et le catholicisme obtinrent, à cet égard, des succès décisiCs, quoique leur instabilité prouve l'insuffisance des motifs surnaturels. Il faut se dégager de toute personnalité, même imaginaire, pour instituer une disclplhie puissante et dnrable, au nom de l'Humanité. Faute de pouvoir opposer l'égolsme à l'altruisme, le régime ancien tendait toujours à devenir illusoire , parce qu'il était contradictoire ; ne
refrénant Fintérêt qn'en Texcitant^ il laissait chacun joge des sacrifices. La nouvelle synthèse vient systématiser autour du Grand-Être les motife sociaux qui, quoique empiriques, constituent, depuis la fin du moyen âge, les vraies sources d'une telle discipline, toujours croissante à travers Fanarchie occidentale. Sans développer ici des explications réservées à mon traité de morale, je dois pourtant indiquer Taptitude du positivisme envers la discipline nutritive , qui fut seulement ébauchée par le théologisme, faute d'une suffisante connaissance de notre nature. Toute règle aUmentaire repose sur le concours naturel de deux motUis sociaux : l'obligation de ménager les provisions accumulées par le Grand-Être pour l'ensemble de ses serviteurs; le devoir de subordonner l'entretien du corps à la destination de l'âme. Ceux qui se regarderaient comme les maîtres des richesses dont ils sont seulement les administrateurs, ne sauraient oublier que leurs brutales.satisfactions imposent à d'autres d'hdjustes privations. Quand l'hitempérance se trouve exempte d'hdconvénients corporels, elle ne cesse pas de troubler les fonctions cérébrales, surtout affectives, et même actives ou spéculatives. Sous ce double aspect, nos habitudes anarchiques peuvent seules expliquer, sinon excuser, la disposition universelle à développer la nutrition personnelle au delà de ce qu'exige ou permet sa destination sociale. Mais l'état normal doit surtout commencer chez les deux classes destinées à régénérer les autres; car elles doivent, À la fois, mieux apprécier la dégradation résultée d'un tel abus et respecter davantage un trésor qui les dispense de produire. Les femmes et les prêtres institueront partout la sobriété positive en réalisant et complétant l'admirable tentative de l'islamisme sur l'entière élimination du vin et des autres stimulants physiques, quand l'alimentation sera devenue assez fortifiante. Non moins propre à consolider la santé qu'à développer la dignité, cette initiative sera bientôt imitée
par une population disposée à placer le bonhear dans Texerciee contina des affections sympathiques, dont un tel régime doit doublement seconder la prépondérance.
Je n*ai pas besoin d'expliquer Textension normale de cette appréciation à toutes les autres attributions de Finstlnct conservateur, auquel se rapporte^ même directement^ la majeure partie des dépenses humaines. En satisfaisant à ses Justes ètlgences, on peut d'autant mieux le contenir qu'une telle modération permet davantage de juger ses impulsions quëlcbnqaeil en développant la sensibilité physique et morale. Hais, en instituant la sage r^^pression de cet instinct, la morale positivé interdit toute compression vicieuse ^ qui tendrait à diminuer raptitnde normale au service Continu de rHumanité.
Quant an second élément du principal couple dé la personnalité, les Indications précédentes suffisent Ici pont foire sentir qu'il exige une discipline plus sévère ; surtout Chez Thomme. Inutile à la conservation individuelle^ rinstlnet sextiel né bbûcourt que d'une manière accessoire^ et mêthe é^tUvdqne, à ht propagation de Fespèce. Les philosophes Vraiment dégagés éé tonte superstition doivent de plus en pins le regarder cèmifiè tendant surtout à troubler la destlnatlotl principale dn fluide vivifiant Mais , sans attendre que Tntopie féminine se trotiVè réalisée, on peut déterminer, sinon FatrôpHie, dn moins l'Inertie, de cette snperfétation cérébrale, avec ploâ de ^lUté que ne Tindiquent les efforts insuffisants du théologlsnofe. Outre que l'éducation positive fera partout sentir les vides d'an tel instinct et suscitera l'espoir continu de sa désuétude, l'ensemble du régime final doit naturellement Instituer, à son égard, ttn traitement révulsif plus efficace que les austérités Cntholl^déd. Car l'essor universel de l'existence domestique et de la vie pilblique développera tellement les affections sympathiques, qne le sentiment, Fintelligence, et l'activité concourront toiijomrs à
flétrir et réprimer le plas perturbateur des pencliants égoïstes. Bn contemplant les milliers d'exemples de chasteté fournis par le bouddhisme et lé catholicisme , malgré les dangers du célibat et d*une discipline plus irritante qu'oppressive, on reconnaît la possibilité de dompter un instinct équivoque, en invoquant le grand but qu'il entrave.
Il serait inutile ici d'insister sur la discipline spéciale du couple moyen de la personnalité ^ vu l'aptitude naturelle de l'état positif à développer rinstlnct constructeur et contenir rinstidcl destructeur. Malgré son énergie spontanée et sa liaison normale à la vie guerrière , celui-ci fut assez Béglé par l'initiation humaine pour ne plus susciter niaintenaht aucune sollicitude, sauf la réparation des ravages dus à l'anarchie moderne. Le duel, et môme le suicide, sont déjà devenus tellement contraires aux mœurs occidentales, que cette double aberration de rinstlnct destructeur se trouvera suffisamment rectifiée*, dans l'état positif, en traitant les corps des coupables comme ceux des antres meurtriers. Une religion qui voue l'ensemble de nos forces au service continu de l'Humanité nous interdit, mieux qu'aucune autre, de Jamais disposer d'une existence ainsi consacrée, que les ministres du Grand-Être doivent seuls détruire dans les cas exceptionnels de déviation incurable. Néanmoins, cet instinct exigera toujours une surveillance spéciale , parce qu'il ne cessera point de participer à nos opérations quelconques, môme mentales, qui supposent la destruction continue des obstacles qu'éprouve la construction graduelle des moyens.
Depuis que les exigences carnivores se trouvent concentrées par l'institution d'un office public, le penchant à détruire, môme quand il dégénère en médisance, peut Ôtre spontanément contenu, d'après l'ensemble des habitudes résultées de l'éducation positive.
C'est envers le temple supérieur de la personnalité que lapu-
rifîcatlon humaine doit réellement offrir sa principale difficulté» puisque le régime final tend spécialement à développer partout l'orgueil et la vanité. Leur antagonisme continu d'après la séparation normale des deux puissances devient davantage une source d'irritation qu'une base de discipline y envers des penchants toujours nécessaires à l'existence du paUiciat et du sacerdoce. En même temps , la participation , accessoire mais permanente^ de la masse au gouvernement politique et moral, indirecte chez un sexe et directe chez l'autre, doit autant aggraver qu'étendre les dangers propres à la surexcitation de ces deux Uistincts. Mais une surveillance universelle et conthiue pourra les restreindre au degré qu'exige leur office, exclusivement attribué, d'après l'éducation positive, aux chefis temporels ou spirituels, dont il altère le bonheur quoiqu'il facilite leurs fonctions. Une telle préparation , outre qu'elle développe l'humilitéi même collective, fait assez ressortir les conditions de la compétence et les principes du jugement pour que ces penchants se trouvent spontanément repoussés dans le milieu qu'ils troubleraient.
Voilà comment le régime altruiste complète et systématise la purification humaine, ébauchée sous la discipline égoïste. Quoique préparatoire ou secondaire , le perfectionnement négatif conservera toujours une importance supérieure à son efficacité directe, parce qu'il institue Tessor décisif de la puissance morale, qui resterait insuffisante, et même douteuse, sans une telle épreuve. Ses diverses parties se fortifient mutuellement, soit d'après la contiguïté des organes, soit en vertu de la liaison des fonctions. Leur solidarité devient surtout sensible envers le couple principal, où l'on a déjà reconnu combien la sobriété facilite la chasteté, quoiqu'on n'ait pas autant apprécié la réaction inverse, non moins réelle cependant, puisque le besoin de nourrir se proportionne à celui de réparer. Mais, outre les dif-
férents moyens de réprimer la personnalité , notre purificalion exige essentiellement Texercice sympathique , qui règle Texistence personnelle d'après les liens domestiques^ comme ceux-ci par les relations civiques.
La systématisation finale du régime humain doit donc, à tous égards^ consister surtout dans le développement de Taltruisme. Toutefois , cette partie prépondérante de la vraie morale n'a plus besoin d'explications spéciales , puisque le culte intime institue Tessor sympathique , dont le complément doit directement résulter des liens sociaux ^ auxquels je vais consacrer le reste de ce chapitre. Il faut ici recommander seulement la spontanéité des adorations journalières; comme toujours indispensable à leur principale destination , qui se trouverait compromise par des efforts factices ou prématurés, tendant à dissimuler le mal sans le guérir.
Envers l'existence personnelle, où les actes sont, d'ordin*aire, moins importants et plus modifiables que dans la vie domestique ou civique, je dois aussi noter son aptitude à développer les dispositions altruistes en les appliquant à régler tous les cas habituels. Souvent ils olQRrent assez peu de gravité pour que l'intelligence et l'activité laissent indécise une conduite que le sentiment peut seul fixer, afin que notre régime soit toujours préservé d'un arbitraire naturellement favorable aux inspirations vicieuses. Dans ces secrets efforts , que leur destination relève^ l'homme peut librement aspirer à devenir plus régulier que le ciel, en complétant l'ordre artificiel d'après l'institution des nombres, qui, quoique plus ancienne et plus universelle qu'aucune autre, n'a pu jusqu'ici produire ses meilleurs fruits.
Outre le sentiment, la discipline de l'existence personnelle comprend aussi l'intelligence, mais sans embrasser l'activité, qui concerne essentiellement la vie sociale, domestique, ou civique, sauf la part, déjà réglée , qu'elle prend à l'expression
affective ou spéculative. Mais le régime mental^ qui doit com-> pléter la préparation individuelle^ se trouve sufl&samwent apprécié , d'après Fensembie du chapitre précédent. Il condense tout le trésor intellectuel^ esthétique^ théorique, et pratique, en cept volumes , dont la moitié , plus historique que dogmatique , a peu besoin d'être relue. Après l'éducation ^ la lecture habituelle^ chez toutes les classes, sans excepter le sacerdoce, se bornera donc aux chefs-d'oeuvre poétiques, qui tendent toujours à nous ramener au principal domaine de notre entendement. Les traités fondamentaux^ seront seulement relus quelquefois afin de ranimer Tensemble des impressions résultées du noviciat systématique^ et Von consultera les livres techniques à mesure que les besoins Texigeront. Quand une importante nécessité suscitera des méditations vraiment nouvelles, on les rattachera toujours^ leur destination spéciale, sans développer le trésor abstrait, qui doit rester assez dease pour être universellement usité. J'ai donné ci-dessus un exemple décisif de cette discipline, en rattachant au régime une question fondamentale^ oii tous les aspects intellectuels, poétique, scientifique, et politique, se trouvent tellement combinés qu'elle eût été déplacée dans Tétude du dogme.
Pour expliquer maintenant la systématisatinn directe de Texistence domestique d'après la préparation ainsi résultée de la vie personnelle, je dois d'abord insister sur la nécessité de la subordonner à l'existence civique , seule susceptible d'une complète unité.
Quoique la synthèse altruiste ne soit pleinement développable que sons un mode unique , elle en comporte réellement deux, suivant la manière dont s'établit la subordination mutuelle entre les deux ministres nécessaires du sentiment. L'acti<lté domine ou seconde l'intelligence, selon qu'il faut modifier le dehors ou manifester le dedans. Mais le premier mode convient seul à
AVENIB HUMAIN. — GHAPITBE QUATRIÈME. 291
Teiistence réelle, en réservant Tantre pour Tâge préparatoire, individuel ou collectif. Or, révolution occidentale oi!dt, à cet égard, une grave anomalie^ qui tend à le perpétuer dans l'état domestique, quand il est mal apprécié. Car le mode normal ne fut dignement caractérisé que par la civilisation romaine, où la subordination de la spéculation à Faction resta toujours connexe avec celle de la vie privée envers la vie publique. Une telle connexité s'était trouvée profondément méconnue dans la constitution contradictoire de révolution grecque, qui, même en instituant ses utopies, y proclamait la prépondérance simultanée de Teiistence civique et de Tétat contemplatif En succédant à Torganisation romaine , la systématisation catholique ne sut éviter cette contradiction qu'en dédaignant à la fois rintelligence et Tactivité pour exagérer l'empire du sentiment, tout en définissant la béatitude par la spéculation.
Depuis la fin du moyen âge , la raison occidentale , sous le poids combiné de ces antécédents opposés, offrit, à cet égard, comme à tant d'autres, une profonde discordance entre l'influence théorique et l'impulsion pratique. La première, plus conforme à l'esprit grec qu'au génie romain, prolongea metaphysiquement la rétrogradation catholique , en méconnaissant le pas capital accompli par nos ancêtres sociaux quand ils élevèrent l'action au-dessus de la spéculation. Cette déviation s'aggrava d'autant plus qu'eUe se trouvait en harmonie partielle avec la nature, moins sociale qu'bitellectuelle, de la révolution moderne. Néanmoins, les penseurs, surtout parmi les utopistes, reconnaissaient, et même exagéraient, suivant le type grec, la prépondérance de la vie publique sur la vie privée. Mais cet ascendant fut principalement maintenu d'après l'impulsion in* directement résultée de l'existence pratique, à mesure que l'industrie faisait partout prévaloir une activité toujours contraire aux aspirations pédantocratiques. Tous les occidentaux^ sauf
les lettrés^ ayant subi cette inflaence continae, Tétat normal , ébaaché par la spontanéité romaine , se trouvera sufiBsamment institué quand on aura senti la connexité naturelle entre la prépondérance de l'action et ceUe du civisme. Quoique les habitudes catholiques s'opposent partout à cette appréciation^ Tinstinct prolétaire les a déjà surmontées en aspirant à la vie coUective, et Tempirisme patricien manifestera la même disposition aussitôt que le positivisme le rassurera contre le communisme.
Rien ne peut donc empêcher désormais de subordonner dignement la vie privée à la vie publique, suivant le vœu de toute l'antiquité, maUitenu par la chevalerie à travers le catholicisme. Néanmoins, la théorie de l'unité reste tellement méconnue que je devais spécialement indiquer cette explication, historique et dogmatique , avant de caractériser le régime domestique. Car la vie de famille inspire un attrait toujours capable de reproduire le dédain catholique envers le civisme , si l'état positif ne réfrénait pas cette déviation, sons une meilleure invocation du sentiment qui la suscite. Mais, la prépondérance de la spéculation étant Irrévocablement repoussée partout, chacun doit re-. connaître l'ascendant de la vie civique , qui seule développe l'activité, sur laquelle repose toute l'existence du Grand-Être. Le second mode propre à l'unité positive subsistera pourtant envers l'âge préparatoire où la providence dispense d'agir, sans que cet état préliminah*e doive se prolonger, même chez les riches, quand Téducation aboutit à sa destination toujours pratique.
Ce préambule permet d'expliquer directement la systématisation de la Famille par la Patrie au nom de l'Humanité. Je dois commencer cette exposition en complétant et rectifiant mes indications statiques sur le nombre normal des éléments domestiques.
AVENIR HUMAIN. — CHAPITBE QUATRIlîME. 293
Ma théorie de la famille les réduit à deux groupes^ run formé dn couple fondamental^ l'autre du produit^ ordinairement triple, de l'union conjugale. Or, cette constitution^ suffisante envers la solidarité , reste incomplète quant à la continuité , qui s'y borne à lier l'avenir au présent , mais sans embrasser le passé. Pour qu'il s'y trouve aussi compris, la famille positive doit admettre un autre couple, composé des parents du mari. Sans un tel complément , l'état normal serait, à cet égards au-dessous du mode ou l'institution des vieillards plaça l'existence préparatoire. La famille n'offrirait point une suffisante harmonie avec la cité, puisque l'élément fémhiin n'y manifeste que le caractère moral du pouvoir spirituel, dont la nature intellectuelle n'y peut être représentée que par la vieiUesse. Ces deux sources de l'ascendant religieux se trouvant combinées chez la mère de l'époux, elle deviendra la déesse de la famiUe positive^ quand l'ensemble du régime final aura partout dissipé des conffits fondés sur des prétentions illégitimes. Autant subjective qu'objective , l'unité domestique ainsi constituée ne consolidera pas moins les devoirs matériels que les conditions morales, en assurant assez la subsistance des vieillards pour qu'ils renoncent librement aux capitaux qu'ils cessent d'administrer.
Un tel complément doit partout assigner sept membres à la composition moyenne de la famille positive , ainsi formée de trois éléments qui représentent respectivement le passé, le présent , et l'avenir, en développant autant la continuité que la solidarité. Mais cette constitution domestique, quisuffit à la masse populaire , exige un nouveau supplément chez les classes dirigeantes, surtout pratiques, par l'incorporation des auxiliaires complets et permanents, instituée dans le culte universel. Quelques restrictions que demande le luxe des riches 5 le service public se trouverait gravement compromis si les patriciens^ et même les prêtres^ étaient autant obligés que les prolétaires de
29* SYSTÈME DE POLITIQUE POSmTB,
suflire, par leurs propres famiUes» aux soins matériels de leurs maisons*
La source envieuse des répugnances démocratiques se manifeste ) à cet égard , d'après leur inconséquence ordinaire , qui refuse aux riches ce qu'elle permet aux paurres^ puisque les habitudes catholiques ont consacré les serviteurs du clergé. Ces dispositions anarchiques seront aisément surmontées par le positivisme, qui^ systématisant les mœurs occidentales , développées chez les peuples préservés du protestantisme et du déisme i sanctifie la domesticité, désormais incorporée au culte de THumanité.
Vu ce supplément, les familles se trouveront ordinairement composées chacune de dix membres, dans la double aristocratie qui doit diriger Texistence normale. Car l'adjonction de l'élément domestique n'y saurait être digne et stable si le service obligeait à renoncer aux liens principaux. Quand l'existence des travailleurs sera partout assurée, aucun riche ne pourra plus trouver, sauf de rares exceptions, un auxiliaire librement séparé de sa femme et de son enfant, aussi propres d'ailleurs à l'assister envers les autres que pour lui-même.
Parmi les familles patriciennes, il faut doubler cette adjonction de trois membres, qui suffit dans le clergé< Car, outre les exigences d'une ostentation trop liée au commandement pour que les moeurs normales doivent et puissent l'éteindre, un service plus vaste et plus complexe exige un tel accroissement; qui d'ailleurs unira davantage le patriciat au prolétariat Ainsi, la famille positive > ordinairement composée de sept membres, en comprend dix ou treize chez les chefs théoriques ou pra* tiques , sans que les mœurs et les situations comportent habituellement une extension supérieure.
Il faut compléter cette détermination en indiquant^ mais seulement envers le cas principal, la composition correspondante
AVENIR HUMAIN. -* CHAPITRE QUATfiltME. 295
m dofdleile doméstl^e. Ed «ioiifoUidatit les mon fârnUk et maison dans le mot ménage, le langage Indique une appréciiitiôii tiniverselle de la communatité d'habitation comme résultat et condition d'une suffisante Intimité. C'est surtout ainsi qu'on peut nettement circonscHre l'association élémentaire^ eu écartant les liens trop falblei^ pour comporter une même résidence.
D'après lés indications précédentes, châcttu déS trois éléments de la famille prolétaire exigé tme partie distincte de l'appartement commun, outre la salle de réunion et de réception ^ ordinairement Indépendante dé celle où les aUjpents sont préparés et consommés. Malgré la profondeur des sympathies et l'identité d'éducation, la diversité des âges et dés situations empêcherait une suffisante harmonie, si le couple actif et le couple passif ne pouvaient, à leur gré, se séparer et se rassembler, ulusi qu'écarter les enfants. La partie réservée à ceux-d doit toujours être subdivisée, afin d'isoler chaque sexe, mais sans distinctiou de nombre. Enfin, toute famille a besoin d'un oratoire ^ où cl^cun puisse dignement développer le culte personnel 5 et qui serve de sanctuaire potir la commune célébration du culte domestique. Ainsi composé de sept pièces inégales, sans contenir rien d'inutile, l'appartement normal du travailleur tte peut sembler exagéré que d'après l'anarchie qui dispose les patriciens à négliger leurs devoirs et les plébéiens à méconttaitre léur dignité.
Quand la religion positive aura fait assez sentir l'importance universelle de la vie de famille comme la meilleure garantie de l'ordre public et la principale source du bonheur privé, tous les chéfii reconnaîtront l'obligation continue de la consolider partout Alors la détermination précédente, fondée sur des moUfii irrécusables, sera généralement regardée comme fournissant une Juste mesure des devoirs des riches et des réclama^-
tions des pauvres^ au nom du Grand-Être dont ils constituent les ministres et les agents.
Si Ton observe qu'une telle règle assigne au domicile domestique un nombre de pièces égal à celui des membres de la famille^ on pourra facilement l'étendre du cas principal à chacun des deux autres. Je laisse au lecteur le soin de reconnaître ainsi que Tappartement normal doit comprendre dix on treize pièces, selon que le ménage est sacerdotal ou patricien. Cette loi permet d'apprécier nettement le véritable luxe , afin que les moeurs puissent, en flétrissant l'abus ^ tolérer^ surtout envers le patricîat, le degré qui convient à l'imperfection ordinaire de la nature humaine.
Toutes les notions essentielles sur la constitution positive de la famille ayant été suflGisamment expliquées dans les volumes précédents, et se trouvant assez complétées d'après les divers aperçus que Je viens d'indiquer, il me reste seulement à les coordonner.
Cette conclusion doit surtout résulter de la fusion normale des deux modes statiques que j'avais provisoirement séparés envers la théorie domestique , et dont les études dynamiques ont graduellement préparé la combinaison définitive. Ils consistent respectivement à concevoir la Famille comme base d'action ou source d'éducation, en la rapportant à la Patrie ou bien à l'Humanité. Les deux appréciations doivent finalement concourir, quand la Cité se trouve systématisée par l'Église. Or, cette concordance repose sur l'introduction du couple d'après lequel J'ai ci-dessus complété la composition de la famille. En effets un tel complément concilie spontanément les deux formes , morale et politique, de la constitution domestique; puisqu'elles ne dijSèrent qu'envers la nature de l'influence féndnine, essentiellement maternelle dans l'une et principalement conjugale dans l'autre. Réunissant irrévocablement ces deux modes, la
théorie religieuse de la famille consiste à rendre le régime pleinement conforme an coite ^ où cette concordance se troavait déjà constitnée. Mais l'importance de cette solution exige maintenant une appréciation distincte quoique sommaire.
La théorie ainsi perfectionnée laissait une double lacune ; eUe ne prolongeait pas assez Tinfluence maternelle; elle utilisait trop peu l'éducation féminine. Ces défauts statiques ont dû naturellement ressortir à mesure que l'appréciation dynamique a manifesté le développement continu de l'ascendant et de l'aptitude propres à la femme ^ d'après la réaction croissante de la vie civique sur l'existence domestique.
On peut concevoir k la fois ces deux rectifications en les ramenant à mieux déterminer^ pour chaque sexe^ l'ensemble de l'éducation ; convenablement distinguée de l'instruction. Tandis que ceUe-ci finit avec l'âge préparatoire ^ y compris son complément pratique ^ l'autre se prolonge nécessairement pendant toute la durée de la vie objective , qui constitue une préparation continue à l'existence subjective ^ seule vraiment fixe. Quand nos acquisitions théoriques et pratiques ont cessé d'offrir rien d'essentiel , nos sentiments exigent et comportent un notable perfectionnement ^ qui normalement persiste jusqu'à la mort, surtout envers notre empire sur nous-mêmes. Mais ce progrès spontané peut et doit être secondé par toutes les influences continues qui concoururent à notre éducation morale, n ne cesse jamais de dépendre surtout de l'action féminine , qui devient^ en même temps, de plus en plus propre à nous améliorer.
En regardant le développement et la consolidation de la vénération comme caractérisant le principal objet de notre perfectionnement ^ on doit sentir combien l'homme a besoin d'être, à cet égards assisté par la femme. Si notre mère put seule nous discipliner pendant que nous étions préservés des émotions
198 STBTÈME DE POUTIQUE POSltlVË.
propres ft ractiflté> sa sollicitude doit nous derenir pltlS préeiense quand nous sommes babituellement soumis atlx impulsions pratiques. L'influence conjugale ne peut, sous ce rapport, remplacer aucunement l'ascendant maternel^ que la civilisation a rendu plus efficace à mesure qu*elle a mieux lié la vie privée à la vie publique.
D'une autre part> le sentiment et la notion de la Patrie tie peurent pleinement surgir, même chez Thomme, que petidant Tessor pratique qui suit rappréciation , d'abord spontanée^ puis systématique, de THumanité* Cette marche doit êtfé plus prononcée pour le sexe affectif, puisqu'il se trouve dhrectement soustrait aux influences émanées de la vie active. Le mariage peut seul initier la femme & l'existence civique, que son époux lui fait graduellement apprécier, même à leur insu« Mais ce n'est pas lui qui doit essentiellement subir la réaction de cette lente hiitiation, naturellement destinée surtout au fils* La principale efficacité se trouverait donc perdue si le mariage de celui-ci devait le soustraire aux conseils maternels^ dans la situation qui les rend plus indispensables.
n faut peu s'étonner que ce dernier élément du ménage normal ait été plus tardivement apprécié que les deux autres, vu la brutale impulsion sous laquelle l'homme Jugea la femme pendant toute la durée de notre initiation. Ce complément fournira l'un des meilleurs caractères du positivisme, instituant enfin^la saine théorie du sexe aifectif ^ d'après la vraie connais* sanoe de la nature humaine.
Une comparaison générale des deux volumes extrêmes de ma construction reUgieuse fait surgir^ à cet égards un contraste décisif: mon discours préUminaire établit suffisamment la théorie conjugale; la théorie maternelle ne devient complète que dans le présent chapitra Quoique une image angélique ait afliecté cet ordre, il représente surtout la marche spontanée de fhii-*
AYENIR HUMAI£I« — OUPITRl QUATBIÈBIE. 299
tiatlon humaine 5 puisque mes intimes sonrenirs me fbmmissaient aussi le Ténérable type de Tautre élément.
Pour mieux apprécier la constitution définitive de la famille, toujours destinée essentiellement à développer la digne influence de la femme sur Tbomme, il faut se représenter, en comparant les âges, la situation normale qu'elle assigne habituellement h chaque chef de ménage. Devant communément avoir vingt-trois ans de moins que sa mère, sept ans de plus que son épouse, et trente ans de plus que sa fille, il subit, vers cinquante ans, Faction continua de cette triple assistance, qui le pousse au bien et le détourne du mal. Sous le poids combhié du passé , du présent, et de l'avenir, il développe sa vie civique en recevant spontanément une digne excitation de la vénération , de rattachement, et de la bonté, dès lors aussi combinées par le régime que dans le culte.
C'est seulement ainsi que, suivant lé vrai programme de la révolution moderne, la régénération finale peut assez concilier les conditions de la sociabilité romaine et les tendances de la civilisation chevaleresque. Après avoir offert à notre double enfance une tendre personnification de l'Humanité, la Mère fournit à notre maturité la vénérable image de la Patrie, qui ne saurait ordinairement comporter, envers chacun de nous, une meilleure représentation. Quand les sentiments civiques auront réparé les atteintes qu'ils reçurent du catholicisme, il suflQra de changer une lettre pour rectifier l'usurpation mascu^ Une. L'influence de la mère nous ramène à la vie publique, lorsque celle de l'épouse tend à nous renfermer dans la vie privée, dont elle ne peut assez apprécier la liaison normale avec l'existence politique. Un tel antagonisme doit ordinairement se prolonger jusqu'au temps oii, la mère étant éternellement devenue l'image subjective de l'Humanité, l'épouse en devient la personnification objective > et doit aussi nous repré-
senter la Patrie, qu'elle peut alors assez sentir. Sans adopter l'utopie de longévité proposée par mon père spirituel^ il faut admettre que> dans Fétat final ^ ramélioration continue du régime physique et moral prolongera la durée normale de la vie humaine jusqu'à treize périodes septennales. Or^ cet accroissement doit suffire pour que la triple influence de la femme sur l'homme s'exerce pendant tout le cours de notre pleine maturité.
Quant aux dangers trop redoutés de la cohabitation entre la mère et l'épouse^ ils sont surtout dus aux vices actuels de l'éducation universeUe et de la constitution domestique, qui font souvent surghr des conflits dissipés par l'état normal. Également dépourvues d'une puissance , et même d'une richesse , librement condensées chez le chef actif, elles ne peuvent rivaliser que de conseils envers lui, pendant que la seconde administre et la première surveille le commun ménage , qu'il gouverne toujours. Ce partage normal de l'influence consultative tend à préserver le mari des obsessions exclusives, sans l'obliger à les réprimer. Mais le meilleur résultat d'une telle répartition consiste à purifier les deux éléments, intellectuel et moral, du pouvoir modérateur qu'exige toujours le gouvernement domestique; dès lors ils deviennent plehiement conciliables. La vénération journalière du mari pour sa mère le dispose à mieux apprécier son épouse , ainsi garantie contre les brutalités trop souvent liées à la tendresse masculine. D'un autre côté, l'ascendant maternel se trouve fortifié d'après une profonde connaissance de la nature féminine, qui ne peut assez se développer sans l'intimité conjugale. Si, jusqu'à l'avènement du positivisme, l'homme mûr ne subit qu'à regret l'Intervention de la mère, c'est surtout faute d'apprécier la dignité de l'épouse.
Voilà comment l'ensemble de la constitution domestique se trouve résumé par le complément normal qui doit y rendre le régime suffisamment conforme au culte. On peut y rattacher
tous les caractères que J'ai déjà présentés comme propres à la théorie positive de la famille : veuvage étemel , surintendance maternelle de l'éducation ^ alimentation de la femme par l'homme, libre suppression des dots et successions féminines, faculté de tester et d^adopter. Chacune de ces conditions devient indispensable pour que l'homme puisse dignement subir l'influence continue de la femme ^ sous l'impulsion simultanée de la mère, de l'épouse, et de la fille, également assistées ou diversement suppléées parla sœur. Sans cette septuple garantie, l'existence domestique ne pourrait assez préparer et seconder l'activité civique ni le dévouement religieux. Mais la nature et la destination de ces institutions connexes , où la synthèse positive systématise les tendances spontanées des mœurs occidentales, exigent que leur accomplissement demeure pleinement volontahre.
Loin de céder au zèle indiscret de l'opinion publique, le sacerdoce devra toujours détourner le patriciat de toute mesure légale envers ces sept prescriptions, dont chacune deviendrait tyrannique, et bientôt illusoire, si jamais elle cessait de rester purement religieuse. C'est pour garantir cette liberté conthiue que le positivisme consacre et développe l'institution du mariage civil , quoique la source, et même le caractère, en soient révolutionnaires; ce qui ne permtettrait point de la rendre universelle sans une telle sanction.
Je dois^ à cet égard, dissiper ou prévenir l'apparente contradiction que présente cette incorporation , où les habitudes catholiques disposent à voir une concession vicieuse de la sphitualité nouvelle aux usurpations graduelles de l'ancienne temporalité. Ce reproche, qu'on n'a point encore formulé, me semblerait grave si je ne pouvais le repousser pleinement; puisque la loi sacrée de la continuité m'oblige à maintenir ou rétablir les justes attributions de tous les sacerdoces antérieurs,
sans me lier à leurs abus quelconques. Mais j'ai tellement motivé la consécration positiviste du mariage civil , devenu le préambule normal de Funion religieuse^ que personne^ j'espère, parmi mes adversaires catholiques ou théocratiques, ne m'accusera d'y méconnaître les vrais privilèges du clergé.
Sans insister à cet égard, il faut utiliser ce cas pour y mieux apprécier les relations générales des deux pouvoirs sociaux^ oar, leur séparation normale, toujours impossible jusqu'ici, n'a pu susciter encore , d'aucun côté, les dispositions qu'exige leur harmonie habituelle. D'après la théorie statique de la force politique , l'un repose autant que l'autre sur l'opinion , dont le dissentiment le priverait bientôt de toute autorité réelle. Mais chacun d'eux y prend racine suivant un mode propre, toujours actif pour le sacerdoce et purement passif envers le gouvernement. Celui-ci ne peut invoquer que des opinions anciennement établies, tandis que celui-là développe leurs nouvelles conséquences, comme il institua leurs premières sources. Le cas actuel permet aisément d'apprécier cette diversité, puisque rinstitution révolutionnaire du mariage civil n'admet, au fond, d'autre justification que le caractère théocratique qui persistera confusément dans le pouvoir politique jusqu'à la régénération positive de l'Occident. On ne pourrait autrement concevoir comment un magistrat subalterne, et purement local, devient capable de former un nœud qui sera partout respecté. Toutefois, la base religieuse d'un tel crédit se trouvant déjà putréfiée, cette institution ne pourrait s'étendre, ni même persister, si le culte positif ne se l'incorporait accessoirement, en consacrant ce fonctionnaire comme un assistant spécial du sacerdoce universel.
Respectant la spontanéité que doit toujours offrir l'accomplissement des sept conditions qu'exige la théorie religieuse de la fooiUle> le sacerdoce sera pourtant forcé de solliciter, à
leur égards quelques mesures légales^ surtout envers Tâge du mariage civil. Tous les codes occidentaux y permettent trop de précocité^ principalement pour les femmes 3 qui , d'après la loi française, se trouvent souvent sacrifiées aux brutalités maaculipes avant que leur constitution, même physique, puisse être assez formée. Le pontificat de THumanité doit donc obtenir des diverses dictatures que la femme ne soit jamais épousée avant d'avoir accompli sa dix-neuvièn)e année; mais sans exiger la vingt-unième , qui restera propre h l'union religieuse. Quant à rhomme, il convient de prolonger jusqu'à vingt-huit ans, âge normal du sacrement de la destination, le veto paternel envers le mariage. D'après cette double disposition , la plupart des unions positivistes s'accompliront entre des femmes de vingtdeux ans et des hommes de vingt-neuf; de façon h maintenir rinégalité de sept ans, qui parait la mieux assortie.
Envers la double faculté de tester et d'adopter, la législatiop occidentale exige, surtout en France, des modifications plus profondes, pour devenir assez conforme à la constitution religieuse de la famille. Mais leur importance même doit me dé-* terminer à renvoyer leur indication spéciale au chapitre suivant, où j'instituerai la transition finale , à laquelle de telles mesures sont essentiellement destinées. Envers l'état normal, il sufiHt ici de noter, en général, que l'adoption, une fois dégagée de ses entraves actuelles^ restera soumise aux garanties contre l'eiitralnemept, et que la faculté de tester suppose d'abord une juste sollicitude pour les héritiers naturels.
D'après l'ensemble des indications précédentes, la systématisation finale du régime domestique se trouve tellement caractérisée que je puis maintenant procéder à Texamen de la constitution civique, principal domaine de la positivité. Mais» avant de l'aborder, je dois indiquer conunent |a théorie de la famille ae résume spontanément par rapprédation générale de
ses variations normaies , spécialement étudiées dans mon troisième volume.
Toujours considérée comme destinée surtout à développer l'influence de la femme sur Thomme, la constitution domestique offre un perfectionnement continu depuis les brutales provocations qui la firent surgir jusqu'à sa limite idéale d'après l'utopie féminine. Nos plus lointains ancêtres restaient même insensibles aux impulsions sexuelles^ hors le temps du rut ^ à peu près comme les animaux. Les océaniennes ont encore besoin d'exercer de longues excitations pour éveiller sufl^mment un ignoble appétit. Ainsi débute l'influence féminine , qui, malgré ses admirables perfectionnements, n'est point encore régénérée. Seule la religion positive peut faire irrévocablement prévaloir la digne appréciation de la femme, comme intermédiaire normal entre Thomme et l'Humanité. Mon utopie de la Vierge-Mère caractérise spontanément une telle régénération , en dégageant le sexe aimant de toute brutale dépendance, pour lui réserver à la fois le principal office physique et la meilleure destination morale. Quand même cette institution religieuse devrait toujours rester idéale, sa comparaison avec le début féminin résumerait l'ensemble de notre initiation, à laquelle se borne la domination d'un instinct que notre maturité doit éteindre.
Mais toute utopie bien construite ne peut réellement constituer qu'une anticipation quelconque envers la réalité ; tandis que celles qui sont vicieuses consacrent toujours des rétrogradations impossibles. Ainsi les rêveries anarchiques de Platon , et de ses modernes imitateurs, sur la communauté des biens et des femmes, loin d'indiquer un vrai progrès, ne tendirent jamais qu'à rétablir la propriété collective et la promiscuité qui distinguent les âges primitifs. L'admirable utopie de Henri IV, des quakers, et de Leibnitz envers la perpétuité de la paix occidentale ne fit-,
AVBNIK HUMAIN. -- CËAPItBK QUATWÈME. 305
au contraire, que précéder > d'environ deux siècles , l'évolution spontanée des populations d'élite. On peut donc espérer une pareille issue pour l'utopie féminine, qni, pleinement conforme à l'ensemble du- passé, doit maintenant idéaliser l'avenir. Tout annonce d'ailleurs que Tinitiation individuelle, désormais systématisée, ne sera pas servilement assujettie à reproduire-, envers l'instinct sexuel , l'évolution collective , puisque déjà les occidentaux deviennent monogames sans avoir jamais été polygames.
ÂÛn de mieux expliquer le régime civique, je dois d'abord déterminer la constitution matérielle du milieu social. Ce préambule consiste en deux opérations successives : circonscrire les nationalités qui deviendront les éléments politiques de rhumanité régénérée; décomposer chaque peuple en classes industrielles. Quant à la répartition spéciale des professions, elle appartient au traité que j'ai promis sur la systématisation positive de l'industrie humaine.
Le volume précédent a suffisamment représenté la formation des grands états de l'Occident comme un résultat nécessaire de la révolution moderne, destiné naturellement à cesser avec elle, d'après les principes que j'ai posés en statique sociale. Dans le chapitre suivant, j'expliquerai, surtout envers la France, le mode normal suivant lequel ces agrégations factices , déjà dépourvues de motiCs suffisants, se trouveront paisiblement décomposées en nationalités libres et durables. Chacune de ces républiques positives doit offrir une population de un à trois millions, sur un territoire équivalent à celui de la Belgique, de la Toscane, de la Hollande, de la Sicile, de la Sardaigne, etc.
Sans une telle décomposition, ébauchée au moyen âge avec la division des deux pouvoirs, l'éducation morale avorterait nécessairement, faute d'un suffisant intermédiaire entre la FamHle et FHumanité. Destinée à lier la plus intime et la plus
vaste des associations , la Patrie ne peut accomplir cet office fondamental que d'après une extension assez restreinte pour faire vraiment sentir les relations habituelles. Le langage indique Tuniverselle appréciation d'un tel principe, en représentant les sentiments patriotiques comme bornés à la réunion spontanée des populations rurales autour d'une cité prépondé* rante.
Ces premières limites ne furent dépassées que d'après l'in* corporation forcée qui résulta du développement graduel de U conquête romaine. Le moyen âge y substitua l'agrégation libre de nations temporellement indépendantes mais spirituellement liées, de manière à tendre vers l'association universelle^ si la foi commune avait pu prévaloir partout. Tel est l'ordre normal que la religion de l'Humanité doit irrévocablement systématiser, après avoir surmonté l'anarchie qui rendit autant indispensable qu'inévitable, en Occident, la formation passagère des grands états.
On ne saurait exactement fixer l'extension réelle des nationalités positives, quoiqu'on puisse assurer qu'elles seront moins restreintes qu'au moyen âge , où les rapports sociaux étaient moins développés et même moins sentis. Mais le degré ci-dessus indiqué me semble devoir longtemps convenhr aux rapprochements assez appréciables pour concilier le concours et l'indépendance. La religion positive ayant fait partout prévaloir le principe de libre agrégation, de nouvelles décompositions oo combinaisons pourront toujours s'opérer sans conflit à mesure que l'essor social les motivera suffisamment. (Quoique la civilisation finale doive graduellement aggrandir les corporations politiques^ je doute qu'elles puissent jamais dépasser beaucoup l'extension que je viens de leur assigner. Au reste , celte question a déjà perdu sa principale importance ; puisque le régime positif rendra le gouvernement de plus en plë^
Digiti
spirituel et de moins en moins temporel , en systématisant la marche naturelle de l'association humaine.
Politiquement envisagée, la décomposition normale des grands états devient aussi précieuse que sous l'aspect morale comme antant favorable à Tordre qu'au progrès. Chacun des trois éléments généraux de la constitution sociocratique doit toujours y trouver des avantages essentiels. Le sacerdoce uni* versel y pourra mieux modifier le gouvernement national^ ainsi détourné davantage d'usurper les attributions spirituelles. I^lais^ en même temps, les patriciens obtiendront plus de respect pour une autorité dont la source et Tusage seront généralement ap« préciables. Enfin» les prolétaires pourront mieux surmonter une oppression moins intense^ et développer davantage un contrôle régulier.
n faut donc regarder le régime positif comme socialement fondé sur la répartition du territoire occidental entre septante républiques , dont chacune sera moyennement composée de trois cents mille familles, au taux normal ci*dessus établi. Cette base, qui correspond à cinq cents états pour l'ensemble de la planète humaine, facUite leur décomposition intérieure en classes industrielles.
Je me félicite d'avoir, sous ce second aspect, osé proposer une détermination précise ^ dans le Cd^écMème posUivirte^ pu** bliô vers le milieu d'octobre 1853. Car, les nombres ainsi proclamés ont spontanément reçu la sanction, explicite ou tacite, des juges les plus compétents, envers une question ou les données spéciales sont encore hisufflsantes. D'après cette confirmation, je n'hésite point ii représenter le patriciat occidental comne normalement composé de deux mille banquiers, cent mille commerçants, deux cent mille manufacturiers, et quatre coït mille agriculteurs.
lu remrqi^tnt que le premier nombre est égû à eehU de*
â08 SYSTÈME De t>OLlTIQUE POSITIVE.
temples de T Humanité, la hiérarchie temporelle se lie directe-^ ment à la constitution spirituelle, vu les rapports habituels du doyen de chaque presbytère avec le patricien investi de sa tutelle financière. Cette détermination, où tout banquier doit moyennement suffire à dix mille familles, me semble conforme au principe qui prescrit d'étendre chaque office autant que le comporte la responsabilité directe du fonctionnaire. Envers le nombre extrême, la même règle n'est pas moins observée, puisqu'il assigne, moyeipnement , à chaque chef agricole un domaine de cinq cents hectares, dont l'exploitation peut se trouver habituellement concentrée sans efforts. Quant aux déterminations intermédiaires, elles me paraissent assez conformes à la loi de la condensation croissante des offices industriels à mesure que leur destination devient plus générale et plus abstraite. J'invite le lecteur à se familiariser avec l'ensemble de cette répartition en l'appliquant à la France actuelle, où chacun des nombres précédents se réduit au quart.
D'après la double opération que je viens d'instituer, on peut nettement concevoir le milieu social dans lequel la religion positive doit systématiser la vie civique. Mais, les nombres précédents-se trouvant bornés à la hiérarchie patricienne, ce tableau ne saurait devenir assez précis qu'en fixant aussi la répartition des prolétaires entre leurs chefs pratiques.
Quoique les données spéciales manquent davantage envers un tel complément que pour la détermination principale, je crois pouvoir d'abord assigner à l'industrie rurale une population double de celle qu'exige l'ensemble des industries urbaines. La répartition de celles-ci se trouvera mieux caractérisée en la spécifiant pour une capitale , où le nombre des familles serait trente fois moindre que dans la république correspondante, suivant le taux moyen de la France actuelle. Envers les nationalités normales ci-dessus définies, ce chef-lieu se
trouverait donc formé de dix mille ménages , outre les cheb pratiques et tliéoriques. J'en assigne sept mille à l'industrie manufacturière, et trois mille à l'industrie commerciale, y compris, de part et d'autre, les divers intermédiaires entre les entrepreneurs et les travailleurs. Il suffit de décupler ces nombres pour l'ensemble de la nation correspondante, où le gouvernement centra] me semble exiger cinq mille fonctionnaires spéciaux, dont les trois cinquièmes seraient militaires et les autres civils.
La capitale qui vient de servir abstraitement d'exemple se trouve peuplée comme la plupart des cbefs-lieux propres aux dix-sept républiques entre lesquelles le territoire français se répartira paisiblement vers la fin du siècle actuel. Mais, outre ce cas ordinaire, plusieurs états comporteront des populations doubles, triples, quintuples, ou même septuples pour leurs centres respectifs. Il faudra rendre le nombre élémentaire onze fois plus grand, envers les anciens chefs-lieux des groupes politiques qui, dans quelques parties du globe, reproduisent suffisamment le type de l'occidentalité moderne. Car ces libres agrégations conserveront toujours assez d'importance pour procurer à leurs centres une population exceptionnelle. Enfin, le nombre qui me sert de base deviendra treize fois plus grand dans la métropole générale de l'humanité, conformément à son état présent, dont Textension n'est aucunement désirable.
Tels sont les taux que j'ose risquer afin de mieux fixer l'attention sur une question importante, quoiqu'elle ne puisse être ici qu'accessoire. Le nombre que J'ai choisi pour le type des capitales correspond au degré d'accumulation que je crois ordinairement convenable, et qu'on ne saurait dépasser beaucoup sans susciter des dangers moraux , ou même politiques, quand les mœurs normales auront prévalu. Ces mêmes rapports conviennent, en sens inverse , aux divers cas de cités secondaires,
dont le dernier concentre la commune rurale^ afin d'éviter autant la dispersion excessive que la condensation exagérée.
Pour résumer ces aperçus, il faut combiner les deux parties du préambule staUstique que je viens d'ébaucher, en appréciant la proportion normale entre les plébéiens et les patriciens. Dans l'ensemble de chacune des cinq cents républiques terrestres, les familles aristocratiques formeront le trentième du nombre total des ménages.
Mais, en ayant égard aux lois numériques de la conslltution domestique , les travailleurs sont seulement seize fois plus nombreux que les entrepreneurs. Chaque patricien dirige trente-cinq, septante, ou soixante prolétaires, suivant qu'il est agricole, manufacturier, ou commerdaL
Sans insister davantage sur des déterminations prématurées, dont la destination doit ici rester plus logique que scientifique, il faut maintenant caractériser le régime public , en appréciant d'abord l'assistance permanente qu'il reçoit du régime privé» tant personnel que domestique. Mais la préparation fondamen* taie instituée par réducaUon et développée dans le culte n'a plus besoin d'aucune explication. Je dois donc me borner à signaler l'influence directe que la systématisation de l'existence privée exerce continuellement sur celle de la vie publique.
On a toqjours regardé la pratique des vertus individuelles comme la première garantie du vrai civisme, quoiqu'elle émanât d'une prudence essentiellement égoïste. Pendant que les règles deviennent mieux appréciables dans un domaine plus restreint , les actes s'y trouvent à la fois moins importants et plus modifiables, de manière à nous fournir la meilleure épreuve de nos forces morales, qui doivent sans cesse s'y retremper. Mais cette universelle appréciation convient surtout à l'état final, où la systématisation de l'existence personnelle, constamment rapportée à rHumanité, résulte d'une culture assidue^ iaïkt ob-
AVENIR HUMAIN. — GHAPITBB QUATRIi'.Mi:. 8ii
idcttre que aobjeetiTe, de» instincts syvipâtliiqHes. Cbaeai 7 seft toujours que la famille dont il est membre , ou m6me la classe à laquelle elle appartient^ sans constituer un organe di* rect du Grand-Être^ forme un élément nécessaire de l'action dvique, seule immédiatement eflicace envers l'éternel ensemble* Toute la conduite individuelle prend donc tme destination collective , principale source de sa noblesse et de sa consistance^ dès lors appréciables dans les moindres actes f qui ne sont Ja* mais indilTérents quant aux sentiments qu'ils témoignent ou suscitent.
Résumée par le culte intime » la morale personnelle doit directement fortifier la morale civique, outre son influence indi* recte d'après la morale domestique. Notre triple patronne ne borne pas sa puissance à perfectionner la vie de famille qui li fit surgir* Elle est surtout destinée à nous guider ou nous soutenir dans les efforts et les dangers propres à l'existence civique, comme l'avait admirablement pressenti la chevalerie à travers le catholicisme* Ainsi se réalise la fiction théologique où l'homme se trouve toujouiB accompagné d'un être supérieur qui l'assiste avec bienveillance et le juge sans illu^on* Tous les actes pu-blics comportent une telle intervention, et peuvent devenir des prolongements spéciaux de l'intime adoration, dans un régime où la FamUle se rapporte constamment à l'Humanité par Vesh tremise de la Patrie.
Applicable à toutes les classes, cette réaction convient sor-^ tout au sacerdoce, qui, devant mieux l'apprécier, 7 rattachera le perfectionnement continu des qualités morales qu'exige son principal office. L'interprète dû Grand-Être devient plus foli et plus digne en se sentant toujours assisté par sa meilleure per-* sonnification. Réglant le présent pour l'avenir au nom du passé, son dévouement et scm énergie doivent constamment se ranimer d'après l'invocation spéciale du tTpe angéitque qui lui fournit le
312 SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIYfi.
résumé spontané de l'ensemble des rapports humains. C'est dans ce secret commerce que chaque prêtre peut le mieux surmonter une vanité qui lui dissimule son insuffisance » dont une telle comparaison développe le juste sentiment. Pendant les luttes de la vie publique, la sainte influence l'exalte ou le calme^ en lui représentant le passé qu'il explique et l'avenir qui le Jugera.
Quelle que soit la réaction continue de la morale individuelle sur la morale publique , la morale domestique comporte une efficacité plus directe et plus décisive, ei^ vertu d'une meilleure similitude y surtout quand elle se trouve socialement instituée. C'est là que la maxime fondamentale : Fxvre pour atitrui commence à recevoir son complément pratique : Poivre au grand jour, sans lequel elle deviendrait bientôt insuffisante, et même souvent illusoire. Malgré les précautions intéressées des législateurs métaphysiques , l'instinct occidental ne tardera point à regarder la publicité normale des actes privés comme la garantie nécessaire du vrai civisme. École spontanée du commandement et de l'obéissance, l'existence domestique ne peut assez développer sa principale deslination quand elle reste soustraite à la saine appréciation du sacerdoce, et même du public. Tous ceux qui refuseront de vivre au grand jour deviendront justement suspects de ne pas vouloir réellement vivre pour autrui. Les sentiments ne pouvant être jugés sans les actes, les deux qualités essentielles à la vie civique, dévouement et vénération, ne deviennent habituellement appréciables que d'après leur essor privé , plus facile et plus universel que leur exercice public. Néanmoins, l'obligation de vivre au grand jour ne résume la morale sociale qu'en la subordonnant à la prescription de vivre pour autrui, quoique les temps anarchiques puissent seuls permettre l'étalage habituel dune conduite vicieuse.
Indépendamment d'une telle aptitude, l'existence domestique
assiste directement la vie clWqae, en fournissant au sacerdoce une influence continue sur cliaque serviteur du Grand-Être. Naturellement Introduits dans les familles par l'éducation et le culte 9 les prêtres s'y trouvent souvent invoqués pour calmer ou réparer les conflits que l'imperfection humaine rend inséparables des meilleurs liens. Leur intervention y devient d'autant plus efficace que tous les membres de Tassociation domestique leur sont personnellement connus^ d'après la règle , non moins précieuse socialement qu'intellectuellement > qui rattache au même professeur les sept années du noviciat encyclopédique. C'est afin de compléter cette relation individuelle, en la rendant commune aux deux éléments de chaque couple , que j'ai fixé ci-dessus à sept ans l'inégalité d'âge qui convient au mariage. Dès lors, les deux prêtres auxquels les deux couples durent leurs initiations, et qui furent les çonsécrateurs de leurs liens peuvent y mieux rétablir l'harmonie intérieure et la concordance mutuelle, ainsi que les dignes relations avec les enfants, en invoquant la foi commune.
Cette liaison, à la fois spéciale et générale, doit, réciproquement, assister le sacerdoce^ en lui procurant, au sein de chaque famille , l'appui des femmes et des vieillards envers les ' chefs actifs auxquels s'applique ordinairement sa mission sociale. Mais cette assistance ne saurait devenir pleinement efficace dans les cas exceptionnels qu'autant qu'elle se trouve assez cultivée d'après les relations habituelles. Or, cette condition exige que le sexe affectif développe convenablement le vrai civisme , suivant une digne imitation du type romain , que les mœurs finales doivent même surpasser, en y combinant l'instinct chevaleresque. La tendance naturelle de l'épouse vers l'isolement privé peut, outre l'influence de la mère, être ordmairement surmontée par la solidarité, de plus en plus sentie, du dévouement domestique avec l'abnégation civique. Quand même
Zik SYSTEMS DE POLITIQUE POSITIYB.
la préférence accordée à la famille sur la patrie ne senriralt pas à voiler la personnalité , l'éducation positive disposera la femme à reconnaître Tinstabilité d'une telie conduite, où Tégolsme collectif compromet la tendresse individuelle.
D'après cette disposition, l'essor normal de l'existence domestique se rattachera directement à la vie civique > d'abord dans les relations intérieures de chaque famille , puis en vertu de ses rapports habitueb avec les autres, alliées ou môme étrangères. C'est alors qu'on pourra pleinement apprécier le lien fraternel, principale source des dignes rapprochements. Leur réaction sociale doit faire sentir combien il importe au positivisme de rétablir, et même de développer, les sages prohibitions où le catholidsme compléta l'admirable discipline fondée par la théocratie envers l'inceste. Quoique, dans le cas principal, la loi du veuvage y supplée spontanément, une prescription purement religieuse ne doit jamais dispenser la législation civile d*étendre à toute fraternité d'alliance la double interdiction propre à la fraternité de naissance. Mab le plus vaste essor des relations mutuelles entre les familles positives résultera de l'adoption et de la domesticité , qui n'incorporeront jamais les individus isolément des ménages, l'identité d'éducation compensant la diversité des situations.
L'ensemble des rapports domestiques doit directement fournir une puissante assistance au régime civique, en instituant réla«boration continue de l'opinion publique. Malgré l'anarchie métaphysique, la foi positive aura bientôt régénéré les salons occidentaux, dont la présidence , toujours féminine, appartient à la mère plutôt qu'à l'épouse. Étendues à tous les rangs , et propagées chez tous les peuples, surtout quand la langue sacrée sera devenue commune, les réunions instituées par la féodalité développeront partout leur aptitude à lier habituellement la vie privée et la vie publique. Sous la double autorité du sexe et de
AVENIR HUMAIN. — CHAPITIB QVAXUÈME. 315
Fâge^ elles prendront une direction plutôt morale qoe politique , en fortifiant les principes religieux d'après une application spéciale, qui, toujours spontanée ^ ne deviendra jamais académique. Quoique ces contacts privés, essentiellement féminins^ ne puissent pas dispenser des réunions publiques, exclusivement masculines, ils en restreindront l'usage aux questions, générales et surtout locales, qui concernent directement la vie active.
Telles sont les sources normales de l'opinion universelle dans un milieu délivré du journalisme propre à la dernière phase de la révolution occidentale. La prédication hebdomadaire y four* nit au sacerdoce le meilleur mode pour développer avec opportunité les applications secondaires de la doctrine fondamentale. Quant aux cas qui demandent une explication écrite , il 7 pourvoira^ comme le catholicisme, mais sans aucune périodicité, par des affiches spéciales. Concentrés dans leur office continu, les théoriciens donneront spontanément Texemple universel du respect que méritent les institutions de l'écriture et de l'imprimerie, en ne les appliquant qu'à des communicatious importantes, essentiellement destinées à la postérité. Préservé des littérateurs, soit d'après l'éducation positive, soit par Fincorporation des penseurs au sacerdoce, le public imitera la réserve de ses dhrecteurs, et dédaignera les écrits superflus, sans porter aucune atteinte à la liberté continue d'exposition et de discussion. Sous un tel régime , les salons développeront leur aptitude h préparer Topinion, alors devenue mieux appréciable que quand sa manifestation dépendait surtout d'une presse fallacieuse. Voilà comment les femmes doivent indirectement participer au jugement habituel des actes et des personnes, sans altérer jamais leur mission morale, dont l'essor journalier peut seul empêcher les hommes de se laisser entraîner par lei émotions poUtiquw
Naturellement commune à toutes les classes, cette réaction -civique de la vie domestique doit, comme celle de Fexistence personnelle, se développer surtout dans le clergé. La libre suprématie du salon presbytéral fera partout sentir, principalement aux femmes, la préséance sociale du sacerdoce sur le patriciat. Malgré leur prépondérance pratique , les chefs temporels s'honoreront d'être admis à ces éminentes réunions, dont la vénérable présidente combinera spontanément la dignité de l'âge et du sexe avec la considération due à l'office de son fils. Au sein de la métropole humaine, le salon pontifical pourra faire ainsi surgir partout des inspirations propres à seconder l'impulsion synthétique, et souvent capables de dispenser des communications solennelles. Propagées par chaque presbytère , leur irradiation spontanée systématisera l'élaboration domestique de l'ophiion publique, en imprimant à tous les salons du globe une libre uniformité, facilitée par l'accélération continue des transports quelconques.
Envers les patriciens , une telle institution doit surtout consolider les liens hiérarchiques et tempérer les rivalités pratiques. Cette double aptitude sera principalement développée dans les salons de la banque , centres naturels des libres réunions de toutes les classes industrielles. Là, chaque membre du suprême patriciat fera mieux apprécier le régulateur universel de l'activité matérielle , en fraternisant dignement avec l'ensemble de ses clients, agricoles, manufacturiers, et commerciaux, toujours admis à ses soirées hebdomadaires. Quoique propres à préparer et seconder les opérations spéciales , ces réunions se trouveront préservées des dégénérations techniques , soit d'après la diversité des éléments, soit surtout par l'accès habituel des meilleurs prolétaires , qui leur imprimeront un caractère plus général. Directement privés des contacts populaires, puisque l'industrie la plus abstraite se trouve presque dispensée d'où-
AVEMItl mJMAra. — GHAPITHB QUATRIÈME. 317
vriers^ les dignes banquiers sentiront le prix de ces relations personnelles avec la classe dont ils doivent normalement devenir les tuteurs temporels.
Mais^ quelle que soit Tefficacité sociale des salons positifs parmi les chefs théoriques ou pratiques^ c'est chez les prolétaires qu'une telle institution doit habituellement produire ses meilleurs fruits. Elle fournit aux plébéiens le mode le plus convenable pour préparer^ et même développer^ leur digne contrôle envers tous les rapports civiques^ sous la présidence féminine 9 qui les ramène spontanément aux principes essentiels à travers les émotions accessoires. Complément nécessaire de la constitution sociocratique^ un tel office suffirait pour motiver le salon que J'ai spécifié ci-dessus en instituant Tappartemeot du travailleur. Ainsi régularisées^ les réunions privées du prolétariat offriront plus de dignité morale^ et même d'efficacité politique^ que ses assemblées publiques ^ dès lors devenues secondaires ^ quoique leur importance actuelle ait dû préoccuper mon discours préliminaire. Si les patriciens doivent toujours redouter la dégénération anarcbique de' ces bruyants débats 5 où Torgueil et la vanité prévalent bientôt chez les meilleurs types, ils ne peuvent les éviter qu'en développant Tinstitution qui les repousse et les remplace.
Pour compléter Texamen général des réactions directes et continues de Fexistence domestique sur la vie civique, il me reste à signaler une appréciation à la fois plus spéciale et plus importante que les précédentes , en considérant la procréation humaine.
Siège nécessaire de la principale production , la famille s'y lie profondément à l'ensemble d'une activité dont elle fournit tous les coopérateurs. Mais la prépondérance d'une telle attribution reste encore dissimulée par la difficulté de la régler, faute des notions et des institutions convenables. Le vrai début
de léducation humaine s'accooipUt dans une brutale ivresse et sans aucune responsabilité. Dès lors, on doit craindre que notre sagesse ne parvienne jamais à systématiser assez une existence qui commence ainsi. Néanmoins , les succès obtenus envers des êtres moins modifiables permettent d'espérer que la fonction initiale comporte autant de régularité que Tensemble de ses conséquences.
Il faut peu s'étonner d'un tel contraste entre Fimportance attachée aux propagations inférieures et la négligence apportée envers la procréation principale. Car les moyens grossiers et violents qu'on applique aux unes ne peuvent être aucunement étendus à Tautre. Un tel domaine resta doublement réservé jusqu'à Tavénement du positivisme^ seul capable d'y fournir à la fois les théories et les institutions convenables ^ en complétant et systématisant la science et la morale. Sans la division normale des deux pouvoirs , attribut général de la religion de l'Humanité, la procréation ne peut être réglée^ dans notre race, que par des prescriptions politiques, autant dépourvues d'efficacité que de dignité. Malgré la précocité, théorique et morale, qu'offre encore un tel domaine, deux symptômes généraux annoncent sa prochaine élaboration, d'après le concours spontané des sollicitudes partout surgies envers le nombre et la qualité des produits.
Une argumentation sophistique, et peut-être coupable, attira d'abord l'attention occidentale, même par l'Indignation qu'elle excita chez les nations préservées du protestantisme. Dissimulant l'empirisme métaphysique sous un vernis scientiûque, elle méconnut, théoriquement, la loi générale qui , dans l'ensemble des êtres vivants, rend la fécondité d'auUnt moindre que l'es^ e est plus élevée. Pratiquement envisagée , elle se trouvait îctement contraire à l'accroissement continu de la populai occidentale pendant les trente siècles de la grande transi-
AYENIB HUUAJIN. ~ CHAPITRB QUÂTBIÈME. 510
11011^9 quoique l'aisance universelle ait pareillement augmenté.
D'une autre part^ la transmission des principales maladies^ par une hérédité qui souvent les aggrave , a fait partout sentir le besoin de régler, non-seulement la quantité , mais surtout la nature 5 des produits humains. L'Occident moderne ayant de plus en plus repoussé les barbares institutions destinées à cornpenser cette fatalité , ses dangers se sont assez développés pour attirer l'attention universelle , à mesure que le déclin du théO"* logisme a permis l'examen d'un tel domaine. Mais le matériallsme médical n'a laissé concevoir qu'un remède ^ non moini illusoire que tyrannique, consistant dans l'interdiction du ma^ riage aux individus mal conformés.
Néanmoins, le concours prolongé des économistes et des médecins, malgré la discordance et l'irrationalité de leurs vues, constitue un indice historique de l'opportunité d'une telle élaboration , surtout depuis l'avènement de la religion qui doit l'histituer. La difficulté consiste à concilier deux besoins égale^ ment impérieux : l'obligation de régler la procréation humaine; le devoir de respecter l'union qui partout constitue la base domestique de l'existence civique. Or, cette conciliation ne peut s'obtenir qu'en réglant moralement les mariages, sans les entraver politiquement; de manière à placer une telle production sous une libre responsabilité.
La religion positive mstitue, à cet égard, deux solutions générales, Ijine radicale quoique hypothétique, l'autre réelle mais insuifisaute, qui pourront toujours concourir. Mes explications antérieures les ayant assez caractérisées, il me suffit ici d'indiquer leur commune application à ce grand problème. Elles consistent respectivement dans l'utopie féminine et le mariage chaste, dont j'ai déjà déterminé la principale destination.
On doit regarder la première comme fournissant la seule base que comporte une systématisation vraiment décisive de la
procréation humaine > ainsi devenue libre et responsable. Jusqu'à ce qu'un tel perfectionnement se réalise ^ le mal ne sera jamaiç atteint dans sa source universelle , et tous les remèdes resteront palliatifs. Mais, quand la plus noble des fonctions végétatives de Thumanité se trouvera dignement concentrée cbez son meilleur organe ^ un rapide essor de la théorie positive de l'hérédité permettra de la régler graduellement ^ sous le double aspect du nombre et de la qualité. Les lois naturelles de ces deux conditions seront ^ en même temps, devenues pleinement appréciables, d'après une suffisante évolution de la sociocratie universelle. Néanmoins ^ une telle solution restera toujours restreinte aux meilleurs types, puisque sa nature essentiellement morale exige le concours continu d'une sensibilité supérieure avec une extrême pureté.
Même réalisée 5 elle ne pourra donc dispenser jamais de rinstitution secondaire , seule possible aujourd'hui « qui résulte du développement systématique de la chasteté conjugale. Quand la foi positive aura partout surmonté la brutale appréciation que le théologisme consacre envers la nature et la destination de la femme, on verra bientôt se multiplier une telle union, annoncée déjà par des exemples spontanés mais décisifs. Un digne usage de l'adoption permettra de compléter ce lien exceptionnel, en procurant la maternité la plus pure aux âmes les mieux identifiées, de manière à soulager aussi les couples les plus aptes à la procréation. ^
Quoique cette solution soit insuffisante, puisqu'elle reste purement négative , elle peut , outre son efficacité morale , déjà produire des résultats physiques , en préservant de la vie les êtres chez lesquels sa courte durée ne serait qu'un fardeau, personnel et social. Un tel palliatif doit d'ailleurs annoncer, et même préparer, le principal remède, en fixant sur ce problème une sollicitude générale et des efforts spéciaux.
Envers les deux solutions , rintervenlion conlinue da sacerdoce positif deviendra naturellement indispensable, aGn d'indiquer le but et d'apprécier Tusage. Mais, outre son accès général au sein des familles sociocratiques, il s'y trouvera spécialement introduit pour un tel office, d'après l'ensemble des opinions instituées par l'éducation et développées dans le culte. Dignement ébauché sous le catholicisme, le caractère social des fonctions maternelles obtient du positivisme une sanction décisive, que chaque ménage accepte librement en sollicitant et recevant le sacrement initial.
Ayant assez caractérisé les réactions normales de l'existence privée sur la vie publique, il faut directement instituer le régime civique , en y systématisant d'abord le but fondamental, puis les conditions générales, enfin les fonctions spéciales.
Sous le premier aspect, la difficulté consiste à déterminer la destination continue de l'activité collective dans l'état industriel, dont le caractère primitif est nécessairement individuel. Malgré les constants efforts de la théocratie , qui seule tenta Jusqu'ici de systématiser le travail^ il ne put jamais se dégager assez d'une telle origine. Quoique étrangère à Tanarchique division des fonctions sociales en privées et publiques, l'institution des castes dut laisser à l'industrie un caractère essentiellement domestique, sans pouvoir la rendre vraiment civique. En effet, cette transformation exige deux conditions préliminaires: la division entre les entrepreneurs et les travailleurs ; la formation de la hiérarchie pratique. La première est seule décisive, et la seconde, quoique nécessaire, n'a d'efficacité sociale qu'autant qu'elle en devient le complément spontané. Mais, au contraire, le régime théocratique n'avait égard qu'à celle-ci, sans pouvoir même instituer l'autre, faute d'un libre essor du travail, vu l'hérédité des professions. Cette inversion forcée de Tordre naturel ne permettait entre les différentes castes que les rap-
ports émanés des opérations correspondantes; l'organisation industrielle restait impossible ^ chaque producteur étant h la fois entrepreneur et travailleur.
Parmi les peuples que VacUvité guerrière affranchit du régime théocratique^ la coordination du travail se trouva radicalement empêchée par le besoin de subordonner personnellement les Industriels aux militaires ^ afin de développer le système de conquêtes. Mais un tel joug devait finalement devenir la source de la régénération pratique, en préservant l'industrie occidentale de rinslitution des castes. La solution surgit, au moyen âge , quand la transformation de la conquête en défense eut graduellement produit la libération personnelle des travailleurs, d'abord urbains, enfin ruraux. Depuis ce début, les directeurs sont devenus de plus en plus distincts des opérateurs , en tendant à foQder un nouveau patriciat, d'après l'accumulation continue des capitaux productifs. En même temps, leurs relations normales ont toujours développé la hiérarchie Industrielle, complétée par l'avènement graduel de la classe spécialement destinée à systématiser l'activité pacifique.
Ce suprême patriciat ne peut instituer et développer sa mission sociale que sous l'impulsion universelle de la religion positive. Pour bien juger un tel besoin , il ne suffit pas de sentir* en général, que toute synthèse purement partielle reste nécessairement impossible, jusqu'à ce que la synthèse totale soit irrévocablement établie. Il faut, en outre, apprécier, sous cet aspect, une différence radicale entre les deux modes successifs de l'existence pratique. L'activilé guerrière est spontanément synthétique , et ractivilé pacifique naturellement analytique; parce que la première se rapporte à l'ordre humain, où prévaut l'unité, tandis que la seconde se borne à Tordre extérieur, ca« ractérisé par la dispersion. De là résultent la tendance dhrecte
des gaerriers vers l'essor collectif, et la longue persistance des travailleurs dans Tisolemeot domestique.
Mais, si cette différeuce nalurelle produisit la supériorité sociale de Factivité militaire pendant tout le cours de rinitiatioii humaine, elle fera Onalement surgir, de Texistence industrielle^ une meiileure sociabilité. Car, la guerre ne pouvait s'organiser que pour la Patrie , tandis que le travail ne devient syslématlsabie qu'en se ^rapportant à l'Humanité. Toutes les cités se trouvaient naturellemenf rivales dans Fâge militaire, soit en tendant à la fois vers une domination nécessairement unique, soit en résistant séparément à Fincorporation forcée qui pouvait seule les unir. Au contraire , Tétat industriel les fait spontanément converger, en assignant à chacune un but qui peut devenir universel, parce qu'il reste toujours extérieur. La commuqe exploitation du domaine terrestre comporte , entre les diverses républiques, une répartition d'offices équivalente à celle qui coordonne les différentes classes dont se compose chaque peuple.
On reconnaît ainsi que l'activité pacifique conduit spontanément à l'association universelle, seule source de sa systématisation , tandis que l'essor guerrier ne comportait que la société civique. Cette distinction explique à la fois la supériorité finale de l'état industriel et la lenteur nécessaire de son avènement décisif. Il n'a pu surgir qu'en Occident, après l'épuisement irrévocable, non-seulement de la guerre, conquérante ou défensive, mais aussi de la synthèse absolue , théologique ou métaphysique. La systématisation du travail exigeait à la fois l'ascendant des mœurs pacifiques, seules susceptibles de l'universalité qu'elle suppose, et la prépondérance de l'esprit positif, unique base de la coordination industrielle. Telle est la compétence doublement exclusive du positivisme envers une transformation nécessairement réservée à la sociocratie , quoique dignement ébauchée par la théocratie.
Elle ne peut s'accomplir que d'après la religion uniferselle, qui doit faire systématiquement prévaloir le sentiment à la fois sur rintelligence et l'activité. Si j'ai précédemment établi que les théoriciens se trompent en cherchant une synthèse purement scientifique , le lecteur doit maintenant reconnaître que les praticiens ont également tort de vouloir une discipline exclusivement industrielle. Ni Tactivité ni la fol pe peuvent être systématisées sans Tamour^ quoique la coordination active et spéculative constitue le complément nécessaire de Tunité sympathique.
Devenue à la fois universelle et perpétuelle, la vie pratique doit donc , comme Texistence théorique, attendre du senthonent son institution définitive 9 principal résultat de la religion de l'Humanité. L'une dégénérerait en une vaine accumulation de produits et l'autre en un stérile recueil de vérités , si toutes deux 9 outre leurs relations mutuelles ^ ne se subordonnaient point à la seule domination susceptible de les régler et de les ennoblir. Confondant le bonheur et le devoir^ la religion positive les fait irrévocablement consister dans le perfectionnement morale source exclusive de la véritable unité. Sous son impulsion continue y tous les aspects de l'existence humaine doivent maintenant acquérir autant de consistance que de pureté^ d'après la substitution décisive du relatif à l'absolu Par le chapitre précédent, cette transformation est réalisée eqvers l'Intelligence, qui désormais assistera le sentiment en instituant la foi pour consolider l'amour. Il faut maintenant étendre une telle régénération jusqu'à l'activité , qui s'y trouve mieux disposée , d'après sa nature plus sociale. Accomplie déjà quant à l'existence privée , cette extension n'a plus besoin d'être instituée qu'envers la vie publique, seul garant de la discipline totale.
Il ne suffit pas, pour cela, de concevoir l'activité comme aussi capable que la foi de consolider l'amour, en complétant
le sentiment de Tordre par celui du progrès. Cette réaction nécessaire^ commune à tous les modes que comporte Teiisteoce pratique ^ ne peut assez instituer la systématisation du travail, qui doit surpasser celle de la guerre en substituant Tassociation universelle à la société civique. Pour que l'humanité dépouille le caractère égoïste en écartant la synthèse absolue, il faut que l'activité paciOque devienne, non-seulement collective, mais directement altruiste.
Jusqu'à présent, les seuls occidentaux qui se soient sérieusement efforcés de systématiser le travail se sont bornés à tenter de rétablir, sous un autre mode , le caractère civique de l'antiquité. Leur patriotisme n'était pas moins hostile aux autres nationalités que celui des peuples anciens, puisqu'il voulait seulement substituer la domination industrielle à l'ascendant militaire. Quoique ces tentatives fussent trop contradictoires pour comporter un essor suffisant , elles se sont bientôt montrées plus oppressives que les conquêtes antérieures; puisque celles-ci suscitèrent partout l'incorporation, d'abord forcée, puis libre, tandis que celles-là tendirent à détruire. Aspirant à résoudre le problème de l'activité collective en éludant sa destination morale, elles aboutirent à rétrograder en conservant la guerre pour l'industrie , ce qui les a radicalement discréditées après deux siècles de pénibles essais. Chez la nation où l'isolement territorial , le protestantisme officiel , et l'ascendant aristocratique se sont spontanément combinés pour procurer une apparente consistance à cette vicieuse systématisation du travail, la paix et la liberté l'ont déjà fait avorter.
La crise finale fit surgir, en Occident , une tentative plus vague, mais moins passagère, qui semble remplir la condition d'universalité, quoiqu'elle se borne réellement à transformer les préférences. Elle a dû surtout s'accréditer chez le peuple central, sous l'impulsion de la métaphysique négative qu'il a seule
appliquée Jusqu'à présent à la régénération dont Fensemble du passé lui confère l'initiative continue. Mais des aspirations analogues se sont déjà développées parmi tous les occidentaux, sans excepter la nation qui paraissait vouée à la domination industrielle. Il faut regarder ces aberrations comme étant à la fois plus respectables et plus dangereuses que les précédentes, puisque la systématisation du travail s'y trouve combinée avec la réorganisation sociale. C'est pourquoi le positivisme doit s'attacher davantage à les apprécier pour les rectifier qu'à compléter et coordonner l'examen ébauché par les économistes envers le nationalisme industriel.
On peut réduire la différence des deux déviations à ce que Tune transporte au prolétariat universel la domination oppressive que l'autre instituait pour l'ensemble d'un peuple exceptionnel. Tel est le seul aspect sous lequel le dogme métaphysique de la souveraineté populaire puisse encore conserver une dangereuse consistance, tant que la religion positive n'aura pas régénéré les anarchiques aspirations qui se formulent ainsi. Radicalement insurgés contre les riches, les pauvres veulent, à leur tour, dominer, en devenant, vu leur nombre, non la base, mais le but de l'activité collective. Quoique cette aberration semble plus sociale que la précédente , elle n'est pas, au fond, moins oppressive, puisqu'elle comprime le dedans au lieu du dehors, en substituant Tégolsme d'une classe à celui d'une nation. Ainsi devenu subversif, le moderne civisme resterait contradictoire , puisqu'il consacrerait l'exploitation mutuelle dont il aspire à s'affranchir. Outre l'inanité morale du titre qumérique sur lequel repose cette transformation de l'égolsme collectif, ce principe ne pourrait susciter que des luttes indéfinies entre les divers éléments du prolétariat , après avoir surmonté le commun ascendant du patriciat. Si donc sa nature anarcbique ne le rendait point impraticable, ce qui lui permet
théoriquement une plus longue durée ^ on peut assurer que le démagogisme industriel serait plus éphémère que Tindustrialisme national.
C'est en dehors de ces deux voies, diversement mais également vicieuses^ qu'il faut instituer la systématisation universelle et continue du travail humain, en le rapportant toujours à l'ensemble de notre espèce sans aucune prédilection exclusive. Pour remplir convenablement une telle condition^ la continuité ne doit Jamais cesser de prévaloir sur la solidarité, comme dans le vrai civisme de l'antiquité , que l'état final purifie en agrandissant sa sphère d'après une meilleure activité. Le travail^ comme la conquête, ne peut être dignement systématisé qu'en se rapportant à la postérité ; sans que les deux cas admettent d'autre différence que le remplacement de la Patrie par l'Humanité, seul terme de notre sociabilité.
Voilà comment la religion positive institue la vie pratique en la subordonnant à la synthèse sympathique , dont Tuniverselle prépondérance a déjà coordonné l'existence théorique. Respectivement destinées à dévoiler l'ordre et développer le progrès, toutes deux peuvent réellement consister à vivre pour, autrui Mais cette consécration exige qu'une telle destination concerne toujours l'avenir au lieu du présent , afin d'éviter toute dégénération égoïste de l'existence collective. L'intelligence remplit spontanément cette condition , d'après la portée lointaine de l'essor spéculatif, esthétique ou théorique, qui ne peut ordinairement fructifier qu'envers nos descendants. Il faut que l'activité devienne aussi libérale, en se dépouillant mieux de tout égoisme dans son mode final que pendant son essor préparatoire. Spon* tanément instituée par le fétichisme envers la postérité domestique, et systématiquement développée, sous le régime guerrier, quant à la postérité civique, cette transformation de la vie pratique doit maintenant s'étendre à la postérité générale. Aucun
être De peut dIgDement travailler pour lui-même sauf THumanité^ doDt les serviteurs objectifs rapportent à la partie future de son existence subjective les produits qu'ils tirent des matériaux dus à la partie passée.
Une telle systématisation du travail Immain n'exige point 5 dans le milieu pratique ^ un enthousiasme exceptionnel, ni même un changement radical dés habitudes universelles. La régénération finale se réduit là^ comme en tout autre cas, à faire sciemment et volontairement ce qui jusqu'ici se fit aveuglément. Ébauchée parmi les animaux supérieurs ^ la disposition à travailler pour une postérité , de plus en plus vaste et lointaine, constitua toujours le meilleur attribut de notre espèce. C'est surtout ainsi que l'existence domestique et la vie civique s'assistent mutuellement , l'une préparant et ranimant les impulsions que l'autre complète et consolide. Si nos prédécesseurs nous avaient traités comme l'égolsme démagogique voudrait traiter nos successeurs , l'humanité n'aurait jamais amélioré sa situation et sa nature. Mais la solidarité s'est de plus en plus subordonnée à la continuité , d'après la prépondérance croissante des accumulations sur les acquisitions. Notre maturité devant s'attacher davantage à régler nos forces qu'à les développer, il faut surtout rapporter nos efforts à l'avenir, afin de surmonter un égolsme qui ne peut rester collectif sans devenir individuel.
Ainsi conçue , l'existence industrielle est à la fois sociale et synthétique , d'après la concentration de toute activité vers ce but universel : développer nos instincts sympathiques en préparant à nos successeurs les moyens de les faire mieux prévaloir. Chaque famille se sent toujours ennoblie et consolidée d'après sa coopération nécessaire avec l'ensemble de notre espèce pour perfectionner l'ordre fondamental. Nos compatriotes et nos contemporains nous paraissent seulement des collaborateurs
mieux appréciables^ dont nous pouvous davantage seconder les services quelconques y sans négliger nos attributions spéciales^ principale source de notre liaison au Grand-Être. L'incessante reproduction du trésor matériel devient partout la source normale d'un essor sympatbique que les inépuisables richesses de rintelligence ne sauraient jamais exciter, sauf chez la classe exceptionnelle qui dirige leur communication universelle. Un tel privilège de la vie pratique ne resta jusqu'ici méconnu que d'après l'impuissance delà synthèse absolue envers les contemplations sociales^ où la complication des phénomènes habituels empêche , plus qu'ailleurs ^ de les apercevoir sans une théorie capable de les représenter.
D'après ce but fondamental de l'industrie régénérée , je dois maintenant instituer les conditions générales^ d'abord morales^ puis politiques 5 qu'exige le service collectif du Grand-Être. L'activité paciûque n'ayant plus pour objet aucune famille, aucune classe, ni même aucune nation, mais se rapportant toujours à l'ensemble de l'Humanité, tous les conflits essentiels disparaissent spontanément , en ne laissant subsister que les perturbations nécessaires. Rien n'empêche alors le sacerdoce , assisté des femmes et des vieillards, de faire ordinairement prévaloir, chez les ministres et les agents du Grand-Être, les sentiments et les habitudes les plus propres à consolider et développer la sociocratie.
Le service collectif de l'Humanité repose continuellement sur deux dispositions connexes : le dévouement des forts aux faibles; la vénération des faibles pour les forts. Tant que dura l'âge préparatoire, la seconde condition dut prévaloir, afin de concentrer des forces qui ne pouvaient autrement surgir. Mais .notre maturité développe la prépondérance normale que je dus attribuer à la première en construisant la statique sociale. Ceux auxquels le Grand-Être confie la direction continue de sa pro-
vidence matérielle doivent habitaellement donner Téxemple des dispositions qu'exige lenr office et qui légitiment leur puissance. Une foi toujours démontrable ne les autorise à réclamer de leurs agents l'obéissance convenable qu'autant qu'eui-mêmes fondent le commandement sur l'abnégation. Néanmoins^ ces dispositions mutuelles ne pourraient instituer qu'une insuffisante harmonie, si, des deux parts^ on ne faisait toujours prévaloir le but commun, également extérieur aux collaborateurs quelconques^ dont chacun 9 en développant son office, doit seconder tous les autres. Alors on peut sincèrement respecter la subordination des fonctions quels que soient les sentiments des fonctionnaires^ dont l'appréciation personnelle s'accomplit, hors du service, en faisant dignement contraster le classement abstrait et la hiérarchie concrète, sans susciter aucune indiscipline.
Tout le régime positif doit universellement développer à la fois le dévouement et la vénération, d'après les sentiments qu'inspirent respectivement l'avenir et le passé. Résultées de l'éducation et consacrées par le culte, ces dispositions subjec-* tives trouvent , dans la vie active , un exercice objectif, envers les femmes et les prêtres, que le patriciat et le prolétariat s'accordent A protéger et respecter. D'après cette double préparation , le sacerdoce peut aisément ramener les ministres et les agents du Grand-Être aux sentiments mutuels qu'exige leur commune destination. Car, en comparant les deux éléments gé* néraux de l'activité collective, le prolétariat et le patriciat représentent respectivement l'avenir et le passé, comme les femmes et les prêtres. Le sacerdoce doit, de part et d'autre, inspirer, par son propre exemple , ces dispositions mutuelles , que son office l'oblige à développer simultanément en respectant les riches et se vouant aux pauvres.
Envers l'état normal, il serait superflu d'expliquer l'aptitude continue de la religion positive à consacrer et régler la force
concentrée. C'est seulement pendant la transition finale, objet spécial du chapitre suivant ^ que le sacerdoce régénérateur éprouvera, chez les pauvres et parmi les riches, de graves difficultés pour inspirer, au nom de THumanité, le respect et le devoir que Dieu ne peut plus imposer. Notre maturité condense ce double office en attribuant au patrlciat la fonction de vouloir, qui, résumant la vie objective, complète Texistence subjective. Suivant cette appréciation^ Torganisatlon de la vraie providence doit surtout dépendre des ministres du Grand Être; car ses représentants, ses interprètes, et même ses agents, sont incapables d imprimer une direction assez déterminée , sans laquelle tout avorterait. La fatalité, tant humaine qu'extérieure, serait insuffisante pour régler notre conduite si la volonté ne venait compléter Tordre naturel, en combinant le commandement avec l'arrangement. Or, ce complément nécessaire exige un concours permanent entre l'énergie et la puissance, qui ne peut assez surgir que chez une classe exceptionnelle. Partout ailleurs déplacée, la volonté devient là le supplément normal de la constitution composée et subjective qui ne permet point au Grand-Être'de produire spontanément des impulsions vraiment décisives. Associée à sa suprématie , la classe dirigeante assume autant de responsabilité qu'elle acquiert de dignité. Dépositaire d'un pouvoir sans lequel toutes les autres volontés ne sauraient être assez disciplinées, elle-même éprouve le besoin de régler la sienne , dont les perturbations plus imminentes sont aussi plus funestes quoique plus excusables. C'est pourquoi le patrlciat ne peut dignemelit remplir son office, comme l'exigent h la fois son bonheur et son devoir, qu'en subordonnant tous ses commandements aux lois de l'Humanité, qu'il doit seulement compléter, et d'où résulte son principal titre au respect universel. Pour, régler une telle puissance, le sacerdoce n'a donc besoin
qae d'invoquer convenablement la destination sur laquelle elle repose. Les divers vices que suscite la possession des richesses doivent être appréciés d'après cet office ^ qui consiste surtout dans l'active conservation du trésor matériel de THumanité. Ce principe conduit à compléter et systématiser le perfectionnement que Dante introduisit spontanément en assignant aux prodigues les mêmes punitions et purgations qu'aux avares, seuls condamnés par le catholicisme. Sans se borner à cette égalité, la morale positive doit irrévocablement placer les seconds audessus des premiers, dont Fégolsme n'est pas moindre, sauf aux yeux de leurs parasites , et qui , plus nuisibles , sont d'ailleurs moins estimables, faute de qualités pratiques, ou d'empire sur eux-mêmes. Dans l'existence militaire, la facilité d'acquérir conduisit à confondre la profusion avec une vraie libéralité. Mais, sous le régime industriel, où les accumulations sont laborieusement formées , les motifs intéressés ne détruisent point le mérite , moral et social , des habitudes d'économie et de prévoyance. Il suffit d'imprimer une meilleure direction à la discipline inspirée par l'avarice , tandis que le dérèglement émané de la prodigalité ne comporte aucune transformation.
Une équivalente appréciation convient davantage envers les deux instincts ambitieux , et surtout quant à l'orgueil, plus excusable et plus utile chez les patriciens que la vanité parmi les théoriciens. Vu l'insuffisante énergie des impulsions altruistes, le besoin de domination devient ordinairement nécessaire pour instituer des volontés assez intenses. Mais, une fois établie, l'autorité peut et doit se maintenir d'après les généreuses inspirations qui, d'abord incapables de la fonder, sont seules susceptibles de l'ennoblir et de la consolider.
C'est surtout chez les prolétaires que le sacerdoce comprimera l'ambition, aussi funeste à leur bonheur qu'à leur devoir, sauf les cas exceptionnels de vocation patricienne. Une sou-
mission liabituelle^ toujours ennoblie par le respect et souvent émanée de Fatlachement, constitue la condition fondamentale de leur office social et de leur dignité personnelle. Pourvu que le patriciat leur procure une juste sécurité, leur félicité doit surpasser celle de leurs cheCs ; car en concourant autant au but commun, ils participent mieux à Fexistence domestique, convenablement liée à la vie civique. Toujours préservés du déclassement par la distance qui les sépare des patriciens, ils repoussent spontanément les instigations de Tenvie et de la défiance contre une condensation nécessaire à Tamélioration continue de leur situation et de leur nature. Si le catholicisme transforma quelquefois les riches en pauvres d*esprit,le positivisme érigera souvent les pauvres en riches de cœur, volontairement associés à la conservation spéciale du trésor humain.
Mais les dispositions morales respectivement propres aux deux éléments de la providence matérielle doivent être complétées , des deux parts , d'après les conditions politiques de l'activité collective. Pour commander avec efficacité, les patriciens ont besoin de concentrer, autant que possible, la richesse et l'autorité, sans autres limites que celles d'une gestion réelle et d*une responsabilité directe Si Ton n'admet pas les nombres ci-dessus assignés envers les quatre degrés du patriciat, on ne devra les changer que d'après le même principe , assisté de meilleures informations, dont le résultat ne saurait beaucoup modifier une telle condensation.
Quant à l'hérédité sociocratique des offices et des capitaux, il suffît ici de compléter la loi fondamentale , établie dans mon volume statique, sur le libre choix du successeur, sous la sanction du supérieur. Chaque fonctionnaire doit accomplir cette désignation sept ans avant sa retraite , religieusement fixée à soixante-trois ans , afin de subir dignement le contrôle universel, qui devra toujours respecter sa décision quelconque. Il se-
rail d'ailleurs superflu de rappeler ici la liaison normale d'une telle attribution avec la double faculté de tester et d'adopter,
L'ensemble de l'éducation et du régime sociocra^ques inspirera spontanément aux prolétaires le respect que mérite une concentration de pouvoir et de richesse qui doit améliorer les vues et les sentiments des chefs pratiques en développant leurs moyens et leur responsabilité. Suivant le pressentiment indiqué par le langage ^ les offices deviennent des charges, plus dignes de pitié que d'envie , et dont la vraie compensation consiste à permettre de mieux servir THumanité. Mais la constitution sociocratique exige que le prolétariat s'interdise toujours la violence, comme autant rétrograde qu'anarchique. Tous les antagonismes qui ne pourront pas être évités doivent partout se réduire au refus de concours, où le nombre peut surmonter la richesse, si ses réclamations méritent la sanction spirituelle, seule source d'extension et de consistance pour les ligues plébéiennes. Quelque soit rentraloement populaire, un sacerdoce impartial et respecté doit ordinairement obtenir une telle renonciation, au nom d'une indépendance mieux appréciée des inférieurs que des supérieurs.
Avant que les conflits s'aggravent , la discipline spirituelle pourra souvent les prévenir en stimulant avec sagesse, d'abord la conscience, puis l'opinion. La plus noble et la mieux efficace des forces morales résulte d'un concours normal entre l'amour et la foi. Jusqu'à l'avènement de la vraie religion, la conscience ne pouvait être nettement appréciée , faute de concevoir l'impulsion sympathique qui , suffisamment assistée par l'intelligence, y contrôle les inspirations vicieuses. iMais sa théorie positive permettra de mieux l'appliquer en invoquant convenablement chacun de ses deux éléments, également cultivés d'après l'éducation universelle. Néanmoins, en développant la conscience, le sacerdoce ne saurait être dispensé de recourir quel-
AYENIB HUMAIN. — CHAPITEE QUATRIÈME. 335
quefols à TopimoD, d'abord domestique, puis civique. Quand 11 y sera contraint, il invoquera successivement , au seip des familles^ les femmes, les vieillards, même les enfants et les serviteurs; tandis que les prolétaires formeront son appui naturel dans la cité. S'il est obligé de pousser la censure sociale jusqu'à l'excommunication, l'ensemble de ces auxiliaires lui procurera, pour les cas légitimes, une telle efficacité que le coupable se trouvera forcé, sans aucune atteinte à ses richesses, de pourvoir personnellement à sa subsistance.
Bornée à la vie objective, l'intervention , civique ou domestique , du sacerdoce , par la conscience et l'opinion , resterait insufi^ante, et tendrait k devenir oppressive. Mais l'existence subjective, qui constitue son principal domaine, où sa compétence n'est jamais contestable, lui fpumit naturellement un supplément général pour faire indirectement prévaloir la safne appréciation des personnes, en développant avec sagesse le sacrement de l'incorporation. Toqtefois, cette consécratioo finalfs exige , plus qu'aucune autre , une liberté complète , afip d'ob^ tenir une pleine efficacité. Nul ne doit être soumis au jugement sacerdotal sans l'avoir spécialement demandé quand il reçut le sacrement de la transformation. Cet assentiment personnel ne saurait même suffire, s'il n'est point, après la mort, ratifié par la famille. On évite ainsi la plupart des cas de réprobation, et Ton obtient une autorité plus décisive envers ceux qui s'accomplissent. Le principal avantage d'une telle sagesse doit pourtant concerner le jugement favorable, en annulant d'avance les protestations que la vanité des familles élèvera souvent contre le degré de glorification obtenu.
J'ai suffisamment Indiqué , dans mon second volume , le complément général que la législation doit fournir à la religion envers les plus graves perturbations. Quoique toujours décroissante, vu l'essor continu de la discipline morale, l'intervention
matérielle ne cessera jamais d'être indispensable , même quant aux personnes. Mais je dois ici rappeler Taptitude du régime positif à développer davantage le contraste que la répression , en récompensant les uns au lieu de punir les autres. Envers le mauvais emploi des capitaux , il fera plutôt des riches que des pauvres^ en étendant Tinstitution des dons, sans renoncer à la confiscation 9 même définitive. Ce mode deviendra tellement conforme aux mœurs universelles 5 que, faute de donations officielles, on pourrait, au besoin, l'appliquer d'après la seule ressource des souscriptions volontaires. Néanmoins, un tel supplément, qui toujours annonce Timperfection de la constitution sociale , exige autant de ménagements que la confiscation. On verra ci-dessous comment Fessor normal de la sociocratie dispensera spontanément d'un fréquent recours à ces moyens exceptionnels , destinés surtout à la transition finale.
Il faut attacher plus d'importance au supplément universel , à la fois moral et politique, résulté du développement systématique de la chevalerie , dont le germe féodal doit être dignement cultivé dans l'état industriel, sauf les modifications pratiques. Le protectorat volontaire devant, comme les offenses qu'il répare ou prévient, s'y rapporter davantage aux biens qu'aux personnes, son organisation deviendra plus facile et plus vaste. Sa principale consistance reposera sur un noyau central, formé de patriciens veufs, solennellement voués à ce libre office, mais sans cesser de participer à la vie pratique, sauf des retraites périodiques dans des édifices spéciaux, pour retremper leur vocation auprès du sacerdoce. Autour d'eux se rallieront, avant l'âge de la maturité, ceux qui, pourvus d'une suffisante fortune , aspireront à faire un jour partie de la corporation protectrice. Une telle consécration fera mieux comprendre combien il importe de respecter le libre emploi des capitaux, même chez ceux qui, dépourvus d'un office déter-
miné, peuvent exceptionnellement devenir les plus utiles des riches 9 en dirigeant bien leur disponibilité spéciale. La chevalerie centrale doil habituellement trouver un second appui parmi les vieillards du palriciat, qui conserveront souvent une grande autorité'5 même après avoir transrois leur principale richesse. Enfin y elle se complétera par Taifiliallon universelle des meilleurs prolétaires , dont le dévouement et l'énergie compenseront la pauvreté , pour procurer à la libre tutelle une alliance décisive. .
Un tel ensemble de garanties doit ordinairement suffire envers les abus propres au patriciat. Quant à ceux du sacerdoce, leur répression n'exige et ne comporte aucune institution, puisque le pouvoir qui consacre tous les autres ne saurait être normalement soumis à des contrôles extérieurs. Si la dégénération, même très-étendue, n'atteint pas le pontife universel, il pourra régulièrement y pourvoir, en renouvelant, au besoin, tout le clergé. Mais la déviation du chef, appuyée de tout le corps^ ne laisserait d'autre remède que le refus de concours , toujours efficace envers un sacerdoce qui , ne pouvant invoquer que la conscience et l'opinion , succombe quand elles se dirigent contre lui. Le patriciat le refrénerait assez en suspendant son subside, qui , dans les cas graves , ne serait point remplacé par les souscriptions populaires, à moins d'un fanatisme peu com» patible avec la foi positive, où l'enthousiasme est plus abstrait que concret.
Puisque j'ai maintenant caractérisé le but et les conditions de ^l'activité collective , je dois compléter la systématisation du travail en déterminant les fonctions propres, d'abord aux directeurs, puis aux agents, de Thidustrie régénérée.
Quoique le patriciat centralise à la fois l'action et la nutrition , ce second office constituera toujours, et même de plus en plus, sa principale attribution. Car, la reproduction continue des ma-
338 STSTËME DE POUTIQUE POSITIYB.
tériaax doU surtoat ooncerner les provistons^ malgré raccreiasement proportionnel des instrumentai qui ^ peu périssables, forment une notable partie du capital humain sans influer beaucoup sur les dépenses habituelles. Il faut , envers celles^! > dis^ tinguer deux cas , suivant que le mode d'entretien est public eu privé 5 d'après la nature^ générale ou spéciale, des services correspondants. Le premier se bornant au gouvernement» tant spirituel que temporel, je dois surtout apprécier le second, qui , convenant aux familles populaires, constitue la principale sollicitude des patriciens. Après l'avoir assez indiqué , je compléterai cette détermination en considérant les dépenses collectives, qui formeront toiyours une faible partie des frais de reproduction.
L'existence matérielle des plébéiens doit autant reposer que celle des patriciens sur une liaison spéciale au siège planétaire de rHumanité. Sans une telle base, les opérations quelconques manquent de consistance, la contuiuité se trouve compromise, et même la solidarité reste incomplète. Faute de cette connexité, la plus ancienne et la plus importante des révolutions temporelles, le passage de l'existence nomade à la vie sédentaire, n'est encore terminée nulle part. Car l'industrie occidentale offre souvent le scandale de riches entreprçneurs qui ne possèdent point les édifices où s'accomplissent leurs fonctions habituelles. Mais la principale imperfection de ce lien concerne les prolétaires, qui satisfont rarement à la loi sociale établie dans mon second volume. Pour instituer l'état normal , 11 faut que chaque famille devienne propriétaire de tout ce qui lui sert^ exclusivement et continuellement £nvers les prolétaires, on peut condenser ce principe dans la possession du domicile , au delà de laquelle leur tendance à la propriété deviendrait aussi contraire à leur bonheur qu'à leur devoir.
dette appréciation comporte deux modes, suivant qu'elle se
borne à l'apparteiueDt ou qu'elle s'étend à la maison entière ; comme l'exigent respectivement la concentration urbi^ne et l'isolement rural. Le premier, d'ailleurs plus praticable, offrira plusieurs avantages sociaux, quand les mœurs normales auront dissipé les sources des conflits qu'il pourrait maintenant susciter. Il consolide l'homogénéité du prolétariat en y développant les relations personnelles , et cimente les liens mutuels entre les plébéiens et les patriciens, toujours propriétaires, et quelquefois habitants, des maisons ainsi décomposées en appartements vendus isolément. Dans chacune d'elles, la disposition la plus fréquente consisterait en trois étages , dont les deux supérieurs logeraient chacun trois ménages prolétaires, en réservant le reste pour les locaux industriels et l'habitation principale. Un septième domicile plébéien appartiendrait à la famille chargée de soigner l'ensemble de l'édiflce, d'y maintenir l'ordre commun , et d'y faciliter les rapports mutuels , en représentant la magistrature locale du possesseur.
Outre son efficacité directe et spéciale, l'appropriation du domicile comporte indirectement une réaclion générale sur le cœur et l'esprit , en augmentant la fixité des sentiments et des pensées d'après celle des habitudes. Elle consolide et développe le devoir, trop négligé partout, de ne jamais changer arbitrairement les rapports pratiques , même avec les moindres fournisseurs, afin de faciliter les prévisions industrielles^ Quoique imposée par la morale positive s cette obligation sociale se trouverait souvent éludée 5 surtout parmi les prolétaires, auxquels convient son principal exercice , si la fixité d'habitation ne venait réfréner les caprices spontanés.
Mais l'institution urbaine du domicile populaire comporte une réaction religieuse, que l'état normal doit beaucoup développer chez les enfants du Grand-Êlre. Outre que chacun d'eux rattache ainsi tout le passé de sa famille îi Tapparlemont dans lequel il
naquit , Tadhérence de cette ha))itatioD avec Tensemble de Tédifice lui représente la solidarité civique , et même le lien universel. Car la répartition du domaine planétaire entre les possesseurs du sol est analogue à celle de l'habitation sociale entre les clients du commun propriétaire, qui leur offre, à moins d'indignité , l'image locale de l'être auquel tout appartient.
Je dois maintenant compléter la systématisation de Fexistence matérielle des prolétaires en déterminant l'ensemble ordinaire des dépenses annuelles de chaque famille , d'où résulte le salaire moyen du travailleur qui la dirige. Mais, d'après Texplication précédente, il faut d'abord écarter celles du domicile, puisqu'il est habituellement possédé. Son acquisition doit être normalement accomplie quand le jeune agent reçoit le sacrement de la destination 5 ou du moins avant celui du mariage ^ afin de pourvoir à la sécurité du nouveau ménage. Le meilleur mode consiste en une annuité septennale y prélevée sur les salaires, avant que les dépenses atteignent le taux normal. Toutefois, le nouveau travailleur ne pourrait ordinairement remplir une telle condition sans l'assistance paternelle , dont elle doit habituellement susciter le dernier acte.
Il serait ici si4)erflu de revenir sur le principe de ma statique sociale qui prescrit la décomposition du salaire normal en deux parties inégales : l'une fixe pour chaque opérateur, quel que soit l'ouvrage; l'autre proportionnelle au produit de l'activité. Cette loi n'est pas plus contestable que la gratuité nécessaire du travail humaha sur laquelle elle repose , dans un régime où tout appartient au Grand-Être , qui confie ses trésors à ses ministres afin de nourrir ses agents. Mais je dois maintenant la compléter en osant fixer le rapport normal , dont mon second volume réservait aux cheCs pratiques la détermination ultérieure. J'ai depuis reconnu que ce principe ne pourrait être assez apprécié si l'initiative religieuse ne lui procurait pas une précision
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE QUATRIÈME. Zixi
immédiate 9 sauf rectificatiOD finale, comme envers tons les autres aperçus numériques du présent chapitre. Voilà pourquoi je n*liésite point à proposer, pour chacun des treize mois de Tannée positiviste, envers cliaque travailleur, un traitement de cent francs, toujours émané de ^entrepreneur correspondant, urbain ou rural , tant que dure le libre engagement mutuel.
Dans les villes , qu'il faut d'abord instituer, ce taux me semble devoir ordinairement former le tiers du salaire total , dont je règle la partie mobile à sept francs par journée moyenne de travail effectif. £n laissant toujours aux mœurs les prescriptions relatives aux fêtes quelconques , et même au chômage hebdomadaire , on peut présumer que le culte sera scrupuleusement pratiqué, surtout chez les prolétaires, auxquels il est principalemenl destiné. Les taux précédents assignent dès lors neuf francs à l'entretien quotidien d'un ménage ouvrier, que mes explications ant()rieures composent normalement de sept membres.
Quoique destinée à servir de type , cette détermination diffère peu des résultats souvent obtenus à travers l'anarchie occidentale. Je ne crois pas devoir distinguer, à cet égard, entre les industries urbaines, dont la diversité financière se bornera normalement aux entrepreneurs, comme la hiérarchie pratique. L'homogénéité naturelle du prolétariat se trouvera toujours développée et consolidée d'après le concours spontané de deux influences universelles , l'une intellectuelle , l'autre morale. D'abord la plénitude et l'uniformité de l'éducation positive procureront aux ouvriers une telle aptitude à changer d'oifice qu'aucune grave inégalité de salaire ne saurait durer entre les divers travailleurs de chaque ville , ou même de chaque république. £n combinant cette influence universelle avec le perfectionnement des transports et l'essor des relations, on peut finalement étendre cette égalité jusqu'à l'ensemble du tergtoire positiviste, qui n'a d'autres limites nécessaires que celles du
globe habitable. Un tel résultat de l'identité d'éducation et de culte ^ complétée par la similitude des mœurs et Tuniversalité du langage sacré , doit d'ailleurs se trouver consolidé d'après l'Intervention directe et continue du suprême patriciat. Sous l'active providence de ses quatorze mille banquiers ^ la planète humaine y produira partout une harmonie de prix qui complétera les justes garanties des travailleurs contre les inégalités et les variations suscitées par l'insuffisance ou l'incurie des entrepreneurs.
En second lieu , quand la religion positive aura fait asseï reconnaître la gratuité du travail, les mœurs normales dirigeront partout le salaire vers sa destination essentielle ; l'entretien des agents du Grand-Être , dont chacun doit ordinairement nourrir un ménage de sept membres* Ce dogme , qui combine une obligation morale avec une appréciation intellectuelle, ne fut jusqu'ici méconnu que d'après l'impuissance de la synthèse absolue envers le spectacle social , même domestique , conformément au besoin initial de développer les forces sans les régler. La morale théologique ne pouvait prescrire que la vénération chez les inférieurs , en laissant le dévouement toujours facultatif parmi les supérieurs, issus ou représentants des dieux, suivant la maxime qui dut prévaloir dans toute l'antiquité : paucis fMscitur humanum genus. Il n'appartenait qu'à la religion relative d'éteindre les droits quelconques en instituant partout des devoirs, au nom de l'Humanité^ quand notre matuiité nous conduit à discipliner les forces surgies pendant notre préparation. Alors la morale positive prescrit à la fois le dévouement et la vénération chez tous les serviteurs du Grand- Être, soit dans leurs relations mutuelles, soit pour leurs communes obligations envers la postérité.
La gratuité du travail devient ainsi la conséquence et le résumé de l'institution sociale des propriétés quelconques, tou-
AVENIR HUMAIN. — GHAPITRB QUATBIÈMB. 343
jQors tran$a|i8^s au présent par le passé, mais destinées surtout à l'avenir. Tout payement consistant en un édiange, où cliacun doit recevoir plus qu'il ne donne, son application est exclnsivement matérielle » sans pouvoir Jamais s'étendre à l'action humaine, qui ne comporte d'autre équivalent qu'une Juste réciprocité. Dans l'état normal, les agents du Grand-Être possèdent leurs salaires au même titre que ses interprètes leurs traitements et ses ministres leurs revenus; c'est-à-dire, comme condition d'existence et moyen d'agir, mais non cSmme prix du travail. Quant à l'obligation de servir, elle est copimune à tous, sans comporter d'autre diversité que celle du mode plus ou moins général et direct, dont la valeur ne saurait, en aucun cas, s'estimer en argent Une telle appréciation, aussi conforme à la réalité sociale qu'à la dignité personnelle , également mé« connues par l'institution théocratique des propriétés, pousse à Ifidentité de rétribution entre les ménages qui, pour le bien public, réduisent leurs besoins autant que possible.
On ne peut normalement admettre, à cet égard , d'autre différence durable que celle qui résulte de la diversité des dépenses habituelles. Elle se réduira bientôt à distinguer entre la condensation urbaine et l'isolement rural , qui , même après la meilleure institution des rapports mutuels, doivent toujours influer sur le prix des objets correspondants. Mais cette inégalité se prouvera de plus en plus diminuée par la compensation croissante entre la cherté des matériaux et celle des produits.
Cet ensemble d'indications doit faire sentir que les utopies modernes sur l'identité du salaire contiennent, malgré leur caractère anarchique, une confuse appréciation de l'avenir social. Elles n'offrent d'autre vice radical que leur dangereuse tendance à régler par la législation ce qui ne comporte qu'une discipline morale. Mais ce tort étant aujourd'hui commun à toutes les écoles politiques, également hostiles à ladivi^n des
deux pouvoirs , les vrais philosophes doivent le juger avec indulgence dans le milieu populaire , siège essentiel des vagues aspirations à Tordre normal.
Pour compléter cet examen de la principale fonction des patriciens , il faut spécialement caractériser la possibilité d'étendre à tous les travailleurs Tentrelien ci-dessus fixé, que beaucoup d'entre eux dépassent maintenant Une telle uniformité de répartition matérielle n'est pas plus impossible que l'universalité He Téducation encyclopédique. Ces deux devoirs connexes des. supérieurs envers les inférieurs peuvent seuls constituer un ordre vraiment stable, en remplaçant les deux garanties que fournissaient , au moyen âge , la protection féodale et la discipline catholique.
11 suffit de ne jamais séparer les deux bases, temporelle et spirituelle , du régime sociocratique , pour éviter les dangers et surmonter les obstacles que présenterait l'institution isolée de chacune d'elles. En subordonnant toujours la réorganisation matérielle à la régénération morale, on peut aisément reconnaître combien deviendra praticable la rénovation ci-dessus prescrite quand les mœurs seront partout transformées avec les opinions. Car la synthèse altruiste est éminemment économique 9 puisqu'elle place le bonheur dans Tessor universel et continu des penchants les moins dispendieux. L'analyse cérébrale des dépenses humaines fait bientôt sentir que la plupart sont destinées à satisfahre les instincts dont la religion positive doit partout instituer la compression permanente. Prescrivant à tous^ au^nom du bonheur et du devoir, de restreindre l'instinct nutritif et d'éteindre l'instinct sexi^el , érigeant en infirmités l'orgueil et la vanité , la morale altruiste établira facilement les habitudes qu'exige le régime sociocratique.
Je dois maintenant compléter l'appréciation des frais généraux de la nutrition liumainc , en considérant ceux qui, con-
cernant le gouvernement, d'abord temporel, puis spirituel, émanent du trésor public au lieu des sources privées. . Tout patricien exerce directement un pouvoir local, dont l'extension est mesurée par ses capitaux et son crédit Mais , les opérations industrielles étant essentiellement analytiques, même chez les banquiers, cette discipline spéciale ne saurait assez régler l'existence pratique sans l'intervention générale et continue d'une puissance centrale , à la fois directrice et répressive. Quoique le régime humain devienne de plus en plus spirituel et de moins en moins temporel , le conseil ne saurait jamais dispenser.du commandement Chacune des républiques sociocratiques, sans excéder l'étendue et la population de la Normandie ou de la Bourgogne, exige un gouvernement proprement dit , c'est-à-dire un pouvoir central , qui , partout ramifié, consolide et développe la vie civique. Faute d'une telle influence , on ne pourrait concevoir la généralité de vues et l'élévation de sentiments capables d'instituer une suffisante convergence entre les activités sociales. Pour apprécier ce besoin, il suffit d'observer que les plus puissants banquiers ne sauraient, même ligués, suffire aux affaires d'un pareil territoire; comme le confirme aujourd'hui la décomposition spontanée de la banque, de France ou d'AngleteiTe. Néanmoins , cette force plus générale, qui peut seule faire librement con« verger trois cent mille activités, se trouve beaucoup assistée par les magistratures locales directement émanées du pouvoir industriel, e4 chez lesquelles s'accomplissent la plupart des fonctions dt justice ou de police.
D'après une telle simplification , la partie politique de chaque gouvernement devient essentiellement réductible au suprême triumvirat , émané des trente banquiers qui doivent ordinairement correspondre à la république précédemment circonscrite. Parmi les patriciens les plus généraux et les plus généreux , le
poavoir central appartient aux trois qui possèdent le mienx ce double attribut. Mais ils ne sauraient ainsi prévaloir qu'après avoir recule sacrement de la maturité, fixé normalement ^ quarante-deux ans, afin d'avoir assez constaté leur aptitude et développé leur crédit. £n les sacrant , le pontife universel , représenté par le supérieur correspondant ^ leur fera dignement sentir combien leur office antérieur, quelque vaste qu'il ait été, reste au-dessous de l'élévation mentale et morale que le Grand- Être va maintenant exiger d'eux. Une telle extension de vues et de sentiments se trouve naturellement bornée au sacerdoce ^ qui doit pourtant s'abstenir, à tout prix, de partldper au commandement, afin de maintenir la pureté de cosur et d'esprit que suppose le conseil.
Quant au nombre des dictateurs, il est normalement prescrit par le besoin de faire également concourir les trois industries spéciales au gouvernement émané de l'industrie générale. Entre les limites territoriales ci-dessus définies, un digne banquier peut finalement saisir l'ensemble des opérations commerci^lesy ou celui des entreprises manufacturières, ou même celui des exploitations agricoles. Mais aucun ne serait capable d'embrasser le concours de ces trois systèmes avec la netteté continue qu'exige le gouvernement central. La dictature normale doit donc résider chez les troii) principaux banquiers, respectivement liés, de préférence , à l'agriculture , à U fabrication, au commerce, quoique chacun ait habituellement des relations avec les trois branches, d'après son office pratique. Ils ne comportent d'autre lien mutuel que la connexité résultée de leur destination sociale et réglée par leur commune religion. Cette double garantie rendrait ine^iLcusable entre eux un antagonisme qui , spontanément prévenu d'après la diversité des attributions, ne pourrait naître que d'une personnalité vicieuse, bientôt exposée à la censure du public ou du sacerdoce. Un
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE QUATRIÈME. ^Ul
tel partage achèverait de rassurer contre Tusarpatiou pratique des fonctions théoriques , si ce motif supplémentaire , très-grave pour la transition finale ^ ne devenait presque superflu dans Tétat normal, où la séparation des deux puissances est^ à tous égards, inébranlable.
Outre ses racines patriciennes , le triumvirat sociocratiqne se trouve naturellement investi de la confiance populaire, d'après les relations continues, à la fois privées et publiques, de la banque avec le prolétariat. Ce lien semble d'abord contraire au caractère abstrait de la suprême industrie , essentiellement dispensée d'ouvriers. Mais, indépendamment des liaisons personnelles qui résulteront des soirées hebdomadaires, la constitution sociocratiqne du salaire plébéien fera toujours surgir des contacts publics entre chaque banquier et l'ensemble des travailleurs de son ressort En effet, les entrepreneurs seront spontanément conduits à charger leurs banquiers de payer le traitement mensuel de leurs ouvriers, afin de simplifier les comptes hebdomadaires. Ainsi naîtra le lien périodique d'un banquier quelconque avec dix mille prolétaires; en sorte que l'industrie la moins plébéienne aura le plus de relations populaires, qui, quoique peu prononcées, pourront beaucoup seconder la dictature issue d'une telle classe.
Le gouvernement patricien, tant local que central, sera toujours gratuit, sans comporter d'autre récompense extérieure que l'estime publique. Si quelqu'un de ses membres abusait de son oflice afin d'augmenter ses propres richesses, l'opinion suffirait, à défaut d'une autorité légale, pour le forcer d'abandonner le pouvoir. Mais, sous la puissance politique, le régime exige, avec une gendarmerie spéciale, un service administratif, dont les agents continus doivent s'y vouer exclusivement. De là résultent les deux principales sources des dépenses publiques. Leur ensemble annuel me paraît, d'après mes hidica-
lions namériques, devoir habituellement s'élever à vingt millions de francs pour chacune des sociocraties que j'ai caractérisées. Cette somme augmentera communément de moitié d'après l'établissement normal d'un système de travaux publics capable-, en compensant los chômages privés , de prévenir ou réparer la tendance des ligues plébéiennes à compromettre le service industriel. Ainsi fixée à trente millions de francs, la dépense annuelle de chaque république sera directement payée par le patriciat, sauf la compensation qu'il devra se procurer en comprenant ce minime élément dans les comptes (|ui détermineront les prix habituels.
Pour avoir pleinement institué le budget sociocratique, il me reste seulement à caractériser le subside sacerdotal , qui , longtemps issu de souscriptions volontaires , comme je l'expliquerai quant à la transition , exige finalement un service officiH^ D'après les nombres indiqués au début de ce chapitre , je fixe celte dépense annuelle à trois cenls millions de francs envers l'ensemble de l'Occident , ou quinze francs par ménage ; y compris les frais quelconques des deux mille temples, dont chacun contient normalement septante mille audileurs. Il en résulte un accroissement d'un sixième dans chaque budget nalional, mais en comptant la portion qu'il envoie au trésor central du sacerdoce universel pour les services qui n'ont point une destination locale.
Chacun peut maintenant résumer l'ensemble des frais de nutrition auxquels doit habituellement pourvoir le patriciat normal, d'après des prélèvements convenables sur les produits du travail systématisé. Tout temple sufiit à dix mille familles par dix philosophes; il représente un banquier, cinquante commerçants, cent fabricants, et deux cents agriculteurs. Ainsi, les interprètes du Grand-Être forment le millième, et ses ministres le trentième, du nombre de ses agents. Les frais, hebdomadaires
AVENIR HUMAIN. — CHAPItRE QUATRikME 3^9
et mensuels, qu'exige Tentretien de ceux-ci, composent la presque totalité des dépenses que le patriciat doit régler, suivant une intervention continue , à la fois partielle et collective. Il peut donc mesurer l'extension que doit acquérir la production annuelle pour que la génération qu'il dirige transmette dignement à la suivante l'ensemble du trésor qu'elle reçut de la précédente, en y réalisant l'augmentation projetée. De là résultera l'essor normal d'une statistique , maintenant empirique et fallacieuse , qui permettra d'apprécier la providence matérielle, d'après les comptes annuellement publiés par chacune des cinq cents dictatures terrestres. On pourra dès lors constater si les dépenses personnelles des patriciens ne compromettent point leur office social envers le présent et l'avenir ; ce qui constitue l'unique contrôle financier que le sacerdoce et le public doivent exercer envers les dignes ministres du Grand-Être. Voilà comment l'action se subordonne mieux à la nutrition dans l'organisme collectif que dans la constitution individuelle; le but devenant extérieur, l'altruisme y préside au lieu de l'égolsme , en constituant une unité plus complète et plus stable. Une telle appréciation caractérise la dignité normale du suprême patriciat, seul capable de concevoir l'ensemble de l'industrie humaine , d'après la théorie émanée de la religion , et 'sous l'impulsion synthétique du sacerdoce. La fonction principale de chaque banquier consiste alors à commanditer avec sagesse les entreprises qui méritent assistance , en secondant l'extinction des branches vicieuses. Outre les fonds résultés de son commerce des valeurs, il disposera des capitaux que les patriciens retirés, et peut-être les épargnes plébéiennes, associeront spontanément à ses opérations financières, afin d éviter une sollicitude insuffisante et perturbatrice. Je regarde comme un heureux augure pour le prochain avènement du positivisme que mes premiers aperçus sur un tel office en aient
Digiti
déjà fait dignement concevoir l'ensemble par un jeune banquier, dont Vadhésion à la vraie religion est aussi sage que dévouée.
Il faut maintenant achever de caractériser Texistenee civique en systématisant le complément nécessaire, à la fois moral et politique, qu'elle doit continuellement recevoir du prolétariat, seul garant décisif de sa consistance et de sa dignité.
Tant que la constitution sociocratique du salaire reste pleinement respectée, les travailleurs, abrités contre leurs dangers matériels , se trouvent mieux appelés que leurs chefs temporels, et même spirituels, à développer la principale destination de l'éducation universelle. C'est dans un tel milieu que l'homme peut le plus s'occuper de son perfectionnement et de son bonheur, d'après un sage exercice de toutes les facultés qui méritent d'être cultivées, en liant l'existence domestique à la vie civique , par l'activité la plus conforme à notre nature. La subordination de Tégolsme à l'altruisme s'y trouvera mieux instituée que partout ailleurs, puisque la situation y seconde davantage la compression de l'un et Tessor de l'autre. Une heureuse médiocrité doit y rendre facile la discipline de l'insUnct nutritif 9 et la plénitude du bonheur domestique y surmonte aisément l'instinct sexuel. Mais la sagesse populaire a surtout besoin de contenir l'orgueil et la vanité , qui , ne pouvant là trouver exceptionnellement une destination sociale , y tendent ordinairement à troubler l'existence privée et publique. En les traitant comme des infirmités universelles, le prolétaire s'efforcera toujours de les réduire au mode et degré propres à susciter une émulation salutaire envers Taccomplissement habituel de ses fonctions spéciales et générales. Quand une vocation réelle le fait aspirer au gouvernement théorique ou pratique, il sent que la condensation nécessaire d'un tel office en écarte la plupart de ceux qui pourraient y prétendre ;
il s^attacbe à développer assez sa propre valeur pour itiériter la seule récompense accessible à tous.
Sans être» comme ses cbefs^ absorbé par ses fonctions spéciales, le prolétaire doit, autant qu'eux^ ériger leur digne exercice en premier devoir du vrai citoyen. Pour en sentir la noblesse, il lui suffît de reconnaître que leur suspension concertée entraverait bientôt toute Féconomie sociale. Nais> quoique cette inertie collective doive toujours rester facultative, afin de faire mieux respecter le libre concours, le prolétariat réservera ce redoutable pouvoir comme une ressource extrême contre les violations graves et prolongées de Tordre sociocratique.Une telle perspective est surtout destinée à détourner du recours à la violence ) toujours Incompatible avec Texistence industrielle, et pourtant toujours imminent > vu la tendance du peuple à surmonter les difficultés sociales en abusant de la puissance du nombre. D'après Tensemble dé Téducation et du régime, le pouvoir spécial du prolétariat sera partout senti sans qu'il ait jamais besoin de Texercer. Outre les remontrances systématiques du sacerdoce, les patriciens doivent spontanément reconnaître qu'ils ne sont pas les reproducteurs directs du trésor matériel, et que, malgré leurs capitaux de tous genres, leur puissance avorterait si les plébéiens n'utilisaient point ces instruments. Loin de développer l'orgueil populaire , cette conviction comporte babituellement une réaction sympathique , en faisant mieux sentir aux prolétaires leurs services continus etivers l'ensemble de notre postérité , seul but normal de leurs travaux quelconques.
Quoique le prolétariat doive toujours surmonter sa tendance spontanée à négliger ses fonctions spéciales en vue de son office général > c'est pourtant celui-ci qui détermine son caractère social, par le contraste de l'homogénéité plébéienne avec la diversité patricienne. La sollicitude continue de chaque citoyen
envers récoDomie totale ne peut assez surgir que quand Tattribution partielle ne détermine point une préoccupation habituelle, et susoite seulement une facile responsabilité. Même chez le sacerdoce , où les deux fonctions coïncident , la généralité prend un caractère spécial, qui tend à troubler le contrôle universel en y faisant attacher trop d'importance à la systématisation abstraite. Ce complément normal app^^rtient donc au prolétariat, dégagé de toute prévention, et naturellement entraîné vers un office sans responsabilité , que facilite la restriction territoriale des sociocraties. En y recevant avec respect les avis du sacerdoce, les plébéiens doivent Texercer avec une pleine indépendance , afin de pouvoir, au besoin , le diriger autant contre les usurpations théoriques que contre les abus pratiques, sous la constante invocation de la foi commune.
Les salons populaires deviennent donc les principaux laboratoires de l'opinion universelle, non-seulement en vertu de leur nombre, mais surtout comme mieux aptes à contrôler une autorité qui n'émane pas du peuple , et dont pourtant le vicieux exercice retombe essentiellement sur lui. Pour un tel office , l'homogénéité du prolétariat constitue une condition fondamentale, préparée par la dissolution spontanée des associations professionnelles, qui ne convinrent qu'au moyen âge. Néanmoins, cette uniformité laissera partout surgir des travailleurs spécialement liés à tous les autres , comme les banquiers aux entrepreneurs.
Depuis rentière abolition de l'esclavage, l'emploi des machines a graduellement permis de puiser au dehors les forces matérielles que l'homme cessait de fournir. Ce complément général de la constitution industrielle s'est partout développé pendant la dernière phase de la révolution occidentale , avec rinstitution des banquiers, avant laquelle les entreprises ne pouvaient acquérir un essor vaste et continu. Systématisées
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE QUATRifeMi:. oiù\
dans rétat normal^ les machines y remplissent, envers les arts , un office éqm'valent à celui des méthodes pour les sciences; sans rien, produire directement , les unes deviennent, comme les autres ^ les principaux moyens de production. Partout appliquées, leur construction suscite une industrie spéciale, naturellement liée à toutes les branches^ non-seulement de la fabrication , mais aussi du commerce ^ et même de l'agriculture. Quoique la banque soit seule exceptée de leur compétence, une commune généralité doit habituellement lier les directeurs suprêmes et les suprêmes opérateurs , quand les mœurs normales auront assez surmonté Torgueil patricien et la fierté plébéienne.
Voilà comment Thomogénéité, sur laquelle repose la convergence sociale du prolétariat, se trouve spontanément préservée d'une divagation dissolvante par l'ascendant fraternel des travailleurs les plus éminents et les moins spéciaux. Mais cette subordination volontaire, seule hiérarchie qui convienne au milieu populaire , doit être complétée , à l'autre extrémité , par la digne incorporation d*une classe exceptionnelle , envers laquelle les mœurs occidentales restent insuffisantes, surtout chez les nations protestantes.
En proclamant la gratuité du travail, afin d'instituer l'existence sociocratique des prolétaires , la religion positive ne saurait oublier ceux qui, malgré l'éducation universelle, se trouvent momentanément, ou même toujours, incapables de remplhr leurs devoirs spéciaux. Que cette impuissance émane de leur* propre imperfection , physique , intellectuelle , morale , ou des vices de l'organisme collectif, le Grand-Être exige qu'on nourrisse et qu'on utilise ses enfants exceptionnels, sans pourtant les assimiler aux serviteurs normaux. Le patriciat, et même le sacerdoce, peuvent toujours fournir, comme le prolétariat, des recrues spontanées à la communauté supplémentaire qui
recueille toutes les existences avortées par accident ou défectuosité. Sans que leur entrelien puisse échoir, faute de coopératiou matérielle, à des sollicitudes spéciales^ il doit partout reposer sur Texiension volontaire d une digne fraternité. C'est principalement aux prolétaires qu'appartient un tel protectorat, soit parce qu'ils sont mieux touchés d'une situation moins éloignée de la leur^ soit surtout comme appréciant davantage Tefficacité sociale que comporte la clause la plus disponible.
Tous ceux qu'on flétrit, pendant l'anarchie moderne, sous le nom de mendiants peuvent devenir, chez les pauvres, aussi précieux que ceux qu'on qualifie d'oisifs parmi les riches. Les uns ou les autres ne méritent le titre de parasites que quand ils ne savent point utiliser assez leur disponibilité caractéristique. De tes deux modes opposés de l'existence indéterminée , peut également surgir un concours permanent au bien public , en perfectionnant la chevalerie patricienne ou le contrôle plébéien. Il faudrait attacher une importance dégradante à la reproduction matérielle pour croire que l'impuissauce d'y participer mérité le mépris ou Toppression. Sans un tel concours, le citoyen lé plus indéterminé peut rendre habituellement de grands services, et même obtenir la glorification subjective, s'il développé dignement l'aptitude sociale qui doit compenser son insuffisance industrielle.
Ainsi surgissent, aux deux extrémités de l'organisme prolétaire, deux appendices naturels, Tun normal, l'autre exceptionnel , respectivement propres à condenser et compléter son contrôle universel. Également disposés à fraterniser avec tous les plébéiens, et diversement poussés aux déplacements habituels, ils seront spontanément conduits à se lier spécialement, pour mieux développer l'action sociale du prolétariat, quand les mœurs normales auront assez prévalu. La généralité de vues et la générosité de sentiments constituant, dans la religion
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE QtATRIÈME. 351
positive, les meilleurs titres à Testime personnelle, les plas^ actifs et les plus passifs des plébéiens peuvent dignement fraterniser, malgré la discordance de leurs caractères.
Pour avoir assez institué le régime humain, il me reste à passer des relations civiques aux rapports universels, afin d'apprécier comment les cinq cents sociocraties partielles du globe régénéré composent la république universelle, d'après un concours toujours libre. Mais, quoique cette convergence , à la fols spontanée et systématique , devienne le meilleur résultat de la religion, et constitue, mieux qu'au moyen âge, la principale attribution du sacerdoce , son explication ne présente maintenant aucune difQcuité grave. Car une telle concordance repose directement sur la commune prépondérance de Tesprit relatif et de Tactivité paciflque , double base de la synthèse altruiste ^ seule susceptible d^universalilé. Je dois seulement caractériser la coopération continue que le patriciat et le prolétariat f fournissent naturellement au sacerdoce, partout assisté des femmes et des vieillards. Quoique Tensemble de la famille ha« maine nexige et ne comporte qu'un gouvernement spirituel , sans aucun mélange d'empire temporel , son unité sympathique serait impossible si les Influences pratiques n'y secondaient pas les Impulsions théoriques.
Fondée sur la communauté d'éducation, de roceurs , et même de langage, la libre concordance des sociocraties terrestres suscite pourtant un office habituel, où le sacerdoce, assisté de toutes les classes, prévient ou résout les conflits, et prépare ou seconde les coopérations. Malgré l'unanime prépondérance de l'activité pacifique et l'entière élimination de la guerre, l'égolsme collectif tendra toujours à se reproduire, en substituant, au dehors, le monopole à la conquête, comme eu instituant, au dedans, le despotisme de la richesse ou du nombre. Le sacerdoce a donc besoin de faire souvent sentir, aux nations
autant qu'aux classes, que Tascendaiit, partout invoqué, de la sociabilité sur la personnalité ne saurait être durable si la sympathie ne devient point universelle. 11 faudra proclamer la subordination continue de la Patrie à l'Humanité comme aussi nécessaire que celle de la Famille à la Patrie. Cette conviction se trouvera secondée par la restriction territoriale, qui préservera chaque sodocratie d'une vaine tendance à subsister par sa seule industrie en s'affranchissant de toute dépendance extérieure.
Néanmoins, la discipline intellectuelle et morale ne suffirait point envers les conflits industriels sans l'assistance spontanée du suprême patriciat et de l'ensemble du prolétariat. Mais ce double complément pourra communément surmonter ies inspirations perturbatrices d'une activité déréglée ou d'un patriotisme vicieux. Car les dispositions au monopole sont essentiellement propres aux entrepreneurs directs, commerciaux, manufacturiers, et même agricoles. Les banquiers s'en trouvent ordinairement préservés par l'étendue de leurs opérations, et le prolétariat d'après son universelle homogénéité. Je dois même signaler, au sein du peuple, la classe des mécaniciens comme spériaiement disposée à faire autant prévaloir le principe social au dehors qu'au dedans, en vertu de ses relations normales avec tous les industriels.
Les quatorze mille banquiers qui présideront à l'exploitation de la planète humaine, et les millions de prolétaires avec lesquels ils seront habituellement liés, permettront au pontife de maintenir, par ses cent quarante mille organes , la concorde terrestre. Consacrant le patriotisme, comme un mtermédiaire nécessaire entre rafiection domestique et l'amour universel , la religion positive le transforme en une disposition continue à perfectionner la cité. Renonçant autant au monopole qu'à la conquête , le vrai citoyen aimera sa patrie
aos^ pnrement que sa dame, en s'efibrçaDt de la mieux adapter au service de rHumanité, sans se dissimuler ses imperfections.*
Outre la consolidation de la paix , le gouvernement spirituel de la république universelle doit^ avec les mêmes auxiliaires 5 systématiser le concours. Par son influence continue sur les cinq cents dictatures terrestres^ le sacerdoce peut seul établir et maintenir Tuniformité de législation, surtout envers le mariage et rhéréditéy pour compléter la similitude morale et faciliter la convergence pratique. De la même source doit aussi résulter l'universelle adoption d'un système convenable de poids et mesures > appendice naturel de l'éducation positive.
Envisagée dynamiquement, la réaction pratique de l'Église sur 1} Cité devra perfectionner l'harmonie industrielle en dirigeant l'activité locale vers sa meilleure application. L'essor continu de la sociocratie générale déterminera bientôt la véritable aptitude de chaque pays envers les branches spéciales de l'agriculture ou de la fabrication. Alors les banquiers, systématiquement éclairés par le sacerdoce , et spontanément assistés des mécaniciens, pourront dignement conduire l'ensemble de la reproduction , en évitant les efforts vicieux et les doubles emplois, pour faire partout prévaloir l'office convenable.
Je dois maintenant compléter la systématisation pratique en instituant les plus vastes relations, où l'espèce humaine se lie collectivement à toutes les races disciplinables , pour perfectionner, autant que possible, Tordre universel.
Spontanément ébauchée par le fétichisme, la ligue continue de U volonté contre la nécessité devient, sous le positivisme, le principal domaine de la vraie politique, quand Tharmonie directrice se trouve assez établie. Un être extérieur qui conduirait l'ensemble des affaires terrestres y prendrait la marche que la providence intérieure a naturellement suivie, en perfec-
tioDnant d'abord Fespèce la plus émioente et la plas modi- ' fiable. Ce perfectionnement fondamental est aujourd'hui résumé diaprés l'irrévocable prépondérance de l'esprit relatif et de l'activité pacifique sur le théologisme et la guerre. Ainsi constitué» le Grand-Être doit inaugurer sa maturité par l'amélioration graduelle des libres auxiliaires qu'institua son enfance. Quoiqu'une insurmontable fatalité ne lui permette point d'étendre partout ses sympathies protectrices, il reconnaît, du moins, que ses ennemis sont aussi ceux de ses alliés , dont il garantit Texlstence en détruisant les rivaux de sa suprématie.
Parmi les races disciplinées , il faut distinguer les laboratoires nutritifs et les auxiliaires actifs. Les premiers se trouvent, depuis longtemps, devenus des créations (je la providence humaine^ sans laquelle tous les ruminants auraient déjà disparu sous la dent des carnassiers. Mais ce titre nous oblige à mieux subir la loi nécessaire de l'alimentation aniihale. en protégeant ses victimes autant que le permettent nos besoins. Jusqu'au fatal moment, une active sympathie doit s'efforcer, en améliorant leur situation matérielle et morale, de leur faire oublier la sinistre perspective annoncée par leurs prédécesseurs. ▲ l'heure suprême, les fonctionnaires dignement investis du terrible office l'accompliront avec le recueillement qu'il exige, en perfectionnant les moyens de destruction afin de diminuer les souffrances. Quoique Téducation encyclopédique dispose cette classe à saisir une telle occasion pour instituer des expériences que les mœurs positives doivent interdire en tout autre cas, elle n'oubliera pas d'étendre aux innocents les ménagements justement usités envers les coupables.
Relativement à nos auxiliaires, la sympathie humaine peut et doit suivre un meilleur cours, en perfectionnant, non-seulement leur situation, mais surtout leur nature, physique, intellectuelle , et morale , d'après le développement habituel de la
AVEOTB HTJIIAIN. — CHAPITRE QUATRIÈME. 359
vraie fraternité. Ceux qui sont herbivores se trouveront graduellement élevés, par le Grand -Être, à la dignité de carnivores, pour devenir à la fois plus actifs, plus intelligents , et même plus dévoués, en s'assimilant davantage aux serviteurs . directs de THumanité. Quant à ceux qui déjà se rapprochent mieux de notre nature , tant cérébrale que corporelle , 11 appartient à notre maturité de systématiser et développer l'association morale, et souvent politique, spontanément instituée par les dignes sympathies de notre enfance.
L'économie positive doit toujours consister à charger nn agent quelconque de toutes les attributions qu'il comporte, sans y jamais appliquer des forces susceptibles d*une meilleure destination. Suivant ce principe, l'Industrie occidentale a déjà fait réputer barbare l'emploi de l'homme comme poids ou moteur, en transportant hors de nous les services matériels, non-seulement statiques, mais aussi dynamiques, d'après une sage Institution des machines. Dès lors lu dignité personnelle et l'activité sociale se sont simultanément améliorées, en utilisant la valeur mentale et morale, auparavant perdue pour l'espèce et douloureuse à l'individu, que présentent toujours les moindres enfants du Grand Être. Mais ce progrès reste souvent imparfait , en se bornant à substituer les animaux à l'homme , sans utiliser assez les forces inorganiques. Un essor plus complet et mieux dirigé de la mécanique industrielle doit à la fois respecter nos auxiliaires volontaires et développer nos agents aveugles, dont la puissance matérielle devrait nous suffire, si, par exemple, nous savions mieux appliquer Timmense pouvoir de la marée Toute automatique destination doit être autant abandonnée quant aux animaux qu'envers Thomme, comme aussi contraire à l'économie qu'à la moralité. Quand nous saurons assez utiliser le cœur et** Tesprit de nos alliés pour leur confier la principale surveillance des forces matérielles, nous pourrons
mieux employer les homthes devenus disponibles, et développer davantage la fralernilé terrestre.
Toutes les classes de rtiuroanifé régénérée doivent spontanément concourir à ce double perfectionnement, par une influence continue, à la fois intellectuelle et morale. Mais il concerne spécialement le sacerdoce et le prolétariat, sous la commune inspiration du sexe aimant Outre Tinflaence théorique de l'éducation positive pour relever les animaux de la flétrissure théologique , le clergé ^ciocrati(iQe , en reprenant les attributions médicales, ne devra jamais négliger de les mieux étendre aux autres espèces^tie ne put le faire la théocratie. D'après un tel exemple, les prolétaires, administrateurs directs de Talliance animale , feront partout prévaloir de dignes sympathies envers nos frères inférieurs, sans avoir même besoin de reconnaître leurs services, ni d'apprécier la connexité des moeurs. Les deux classes extrêmes de la sociocratie s'accorderont à perfectionner, par la théorie et la pratique , Tâme et le corps des races d^à disciplinées , comme à développer une association qui n'a pu faire aucun pas depuis le fétichisme.
Afin que l'unité sympathique devienne aussi complète que possible, il faut savoir l'étendre jusqu'au domaine inorganique, envers lequel nous devons toujours subordonner la destruction à la construction, en n'oubliant jamais que, même là, tout caprice est immoral. .
Une connaissance familière de la nature humaine fera partout sentir que* le mépris et l'oppression peuvent constamment s'étendre de la matière au corps et finalement à l'âme. Habitués ^ respecter les produits, les vrais sociocrates sauront aussi vénérer les matériaux , en développant les réactions morales que comporte l'irrévocable absorption de la fétichité par la positivité, surtout d'après l'institution des milieux subjectifs. L'ordre extérieur rappelle toujours l'Humanité,
qni^ seule capable de le connaître et de le perfectionner^ le consacre en le résumant. Nous devons assez améliorer le régime terrestre pour faire dignement regretter que l'économie céleste se trouve entièrement soustraite & notre providence, qui Tutilise sans la rectiOer. Mais^ en réalisant tous les perfectionnements qui nous sont permis ^ nous n'oublions jamais que leur accomplissement repose sur notre soumission à Tordre universel, dont les lois quelconques méritent notre gratitude comme fournissant les bases de notre conduite. Pendant que la foi nous dévoUe notre dépendance envers l'ensemble des êtres connus, l'amour nous fait sentir notre dignité d'après la destination de notre activité pour modifier la hiérarchie relative y au commun avantage de ses divers éléments. Toute la sagesse humaine , à la fois théorique et pratique , se condense dans cette loi fondamentale : l'ordre le plus no))le perfec* donne le plus grossier en s'y subordonnant.
De l'ensemble de ce chapitre surgit la vérification décisive de son annonce initiale sur l'aptitude du régime à concilier pleinement la sympathie et la synthèse, respectivement instituées par le culte et le dogme. L'unité sympathique a subi sa principale épreuve en disciplinant la vie pratique après avoir systématisé l'existence théorique. Dirigée par l'amour et réglée d'après la foi , l'activité consolide leur concours en développant l'industrie collective , devenue la base matérielle du perfectionnement humain 5 physique , intellectuel , et moral.
Ce chapitre ayant complété l'institution directe de la religion positive, le suivant doit systématiser son avènement universel.
902 SYSTÈME DE POLITIQUE POSIpTE.
<»»»%»t<»»»»)^»<»»»^»><^^<»i^^WlW<»^<^l«l<^<l<»<^^%%^%l^W^l^«ll%W>%t<»^^W^^»W^W<»)^ll%)»>%»)><W>»»<»»»>^»