AYENIB HUMAIN. — CONCLUSION GÉNÉRALE
synthèse universelle^ d'après la saprématiethéoriqne de la morale^ et régularisa son application sociale en fondant la séparation normale des deux pouvoirs. Le troisième condensa la philosophie de l'histoire dans la fusion finale des deux états extrêmes de Finitiation humaine^ en combinant directement le fétichisme et le positivisme. Mais la progression religieuse serait demeurée insuflftsante, si le dogme avait conservé sur le culte une préséance incompatible avec la subordination de Tintelligence au sentiment. Tel est le septième pas où i*mstitution décisive de Tunilé positive se trouve naturellement résumée par une simple transposition^ dont l'ensemble du volume final a pleinement constaté Tefficadté synthétique et sympathique.
DU
Pour apprécier l'ensemble de la construction religieuse dont j*ai maintenant terminé les quatre volumes , il faut la rattacher à mon cours décisif de 1847) où ma régénération morale fit graduellement surgir la vraie synthèse. Cette ébauche , essentîellement dogmatique ^ contenait, non-seulement la substance du discours préliminaire du traité que Je viens d'achever, mais aussi tous les germes du volume final. Dès l'année suivante, cet enseignement devint principalement historique , et c'est ainsi qu'il fut annuellement reproduit trois fois, selon le programme rapporté dans la préface du tome troisième. Quoique cette exposition ait cessé depuis la publication de mon premier volume, elle a pourtant su§£it^, par anticipation, l'élaboration décisive des principales conceptions, statiques ou dynamiques, propres aux diverses parties de ce traité. Telle est l'incontestable filiation qui lie toute ma construction religieuse à l'angélique impulsion destinée à me fabre assez sentir la véritable source de l'unité positive.
Dès 1845, j'avais pleinement apprécié, sous sa sainte in-
flaeuce, Tensemble de ma carrière, dont la seconde moitié devait transformer la philosophie en religion, comme la première avait changé la science en philosophie. Alors se trouva systématisée la succession spontanément résultée de ma tentative initiale envers Félaboratlon directe de la régénération sociale. Les opuscules dont la reproduction va se joindre à ce traité montrent comment, pour reconstruire le pouvoir spirituel, je fus graduellement conduit à fonder d'abord une doctrine philosophique qui pût susciter des convictions fixes et communes. Quand cette base se trouva posée en instituant la sociologie, je sentis quelle ne pourrait suffire à la réorganisation spirituelle sans être dignement complétée en embrassant autant le sentiment que Tintelligence et Tactivité. C'est ainsi que le présent traité fut entrepris pour fonder la synthèse universelle sur la suprématie , à la fois théorique et pratique, de la morale, en systématisant la sagesse théocratique et catholique d'après l'ensemble du savoir humain.
L'intime connexité des deux phases de ma mission résulte de robligation de rendre complète l'unité positive, afin qu'elle soit efficace et durable. Si les théories scientifiques restent insuffisantes et précaires sans un lien philosophique , le même motif exige que celui-ci se subordonne au prmcipe moral, seule source de la synthèse subjective, nécessairement indivisible. C'est surtout à l'ordre spirituel que convient la remarque émanée de l'ordre matériel sur l'instabilité de toute construction isolée. Quoique la synthèse absolue n'ait jamais embrassé l'existence pratique, et qu'elle soit toujours restée peu satisfaisante pour l'intelligence, son aptitude envers le sentiment la fil prévaloir tant que l'essor actif et spéculatif ne lui fut pas directement contraire. Mais Tunité relative ne saurait surgir sans êtie complète ; car la positivité ne pénètre qu'en dernier lieu dans le seul domaine susceptible de lier et régler tous les autres.
Cette extension n^offre rien de fortuit, puisqu'elle résulte de l'ascension continue de l'esprit scientifique depuis les plus simples phénomènes jusqu*aux plus compliqués» La causalité félichique institua l'étude de Tordre physique, et la causalité théologique ébaucha celle de Tordre moral Mais la substitution des lois aux causes pouvait seule permettre d'aborder Tordre intellectuel ou social , lien nécessaire des deux autres. Quand une suffisante préparation suscita cet essor décisif, il dut bientôt conduire à résumer Tensemble des connaissances réelles dans le dogme de THumanilé , dont la réalité se trouva démontrée d'après Tensemble de Texistence collective, et surtout par son appréciation dynamique. Or une telle condensation devait faire directement sentir la connexité nécessaire entre les satisfactions Intellectuelles et les besoins moraux. Il suflisait que Tâme fût assez émue pour regarder le Grand-Être auquel se rapporte Tensemble de nos actes et de nos pensées comme éminemment propre à devenir aussi le centre de nos affections. Alors surgit spontanément Tunité complète, auparavant impossible, et dont Tavénement termine Tinitiation humaine, en substituant hrrévocablement le relatif à l'absolu. •
filais une telle synthèse n'aurait jamais pu prévaloir, quelque attrait qu'elle dût inspirer à Tesprit et même au cœur, sans sa relation nécessaire avec la destination sociale qui l'avait suscitée. La religion positive ne doit pas seulement régénérer une culture mentale , tant théorique qu'esthétique , que dégrade et dissout une anarchie de plus en plus rétrografle. Sa principale mission concerne directement Texistence sociale , profondément compromise , dans le milieu rénovateur, par l'irrévocable épuisement du règne de iMeu , que Tascendant de THumanilé peut seul remplacer. Cette destination reproduit , sous une irrésistible impulsion, le sentiment fondamental de l'indivisibilité générale qui , caractérisant toute vitalité , convient surtout à la
suprême eiistence^ et s'y développe à mesure que son évolution s'accomplit. En aspirant à la réorganisation matérielle isolément de la reconstruction spirituelle , l'empirisme pratique devient plus vain et plus perturbateur que Tcmpirisme théorique qui s'efforce d'instituer la science indépendamment de la philosophie, ou celle-ci sans la religion.
Une telle connexité permet au positivisme de surmonter toutes les résistances, spontanées ou concertées , qu'il doit naturellement rencontrer. Car il peut seul employer le langage qui convient à chaque cas , en invoquant alternativement les besoins intellectuels et les nécessités sociales, an nom simultané de l'ordre et du progrès, dont il institue l'unique conciliation. Longtemps concentré chez son fondateur, il y suscita toujours, en vertu de cette plénitude, une conflance inébranlable envers sa prochaine prépondérance dans un milieu sceptique , où la dispersion neutralise toute résistance aux impulsions organiques assez systématisées. Mais cet isolement cessa même avant que la philosophie aboutit à la religion, et surtout après que la synthèse relative fût vraiment complète, sans attendre la terminaison du traité qui l'institue. Déjà les positivistes sont autorisés à se regarder comme devant bientôt dominer la métropole humaine davantage que ne le purent, un siècle avant, les encyclopédistes ; car la situation s'est aggravée , et la doctrine y convient mieux.
Au milieu de la construction que je viens d'achever, cette conviction m'inspira la proclamation décisive qui, de mon cours oral qu'elle résume , passa dans l'opuscule propagateur qu'elle annonce. Sa reproduction doit ici rattacher un tel monument à sa principale source : t Au nom du passé pour l'avenir, les ser- » viteurs théoriques et les serviteurs pratiques de l'Humanité » viennent dignement saisir la direction générale des affaires » terrestres, afin de construire directement la vraie providence.
» morale ; intellectuelle, et matérielle; en excluant irrévoca- V blement de la suprématie politique tous les divers esclaves de » Dieu 9 catholiques 9 protestants, ou déistes, comme étant à la 9 fois arriérés et perturbateurs, t Ce langage, tacitement ratiflé, depuis deux ans, par les différents partis occidentaux, indique, et même seconde^ Firréslstible avènement de la doctrine régénératrice , seule dispensée de toute concession , comme pouvant seule être toujours juste, vu son entière plénitude.
Exclusivement susceptible d'une véritable universalité, le positivisme réunit les qualités opposées de ses deux précurseurs monotbéiques , en convenant mieux que le catholicisme aux inférieurs qu'il ennoblit, et consolidant davantage que rislamisme le digne empire des supérieurs. Ses vrais adeptes deviennent, de part et d'autre, les seuls organes de la double population subjective auprès de la population objective , aveuglément insurgée contre ses maîtres et ses juges. La religion de l'Humanité fera sentir à tous les conservateurs occidentaux combien ils sont révolutionnaires , puisque Tascendant du catholicisme brisa la continuité, tandis que sa décadence étendit rallération sociale jusqu'à la solidarité. Chez les musulmans^ les vrais croyants utiliseront une disposition plus favorable à l'ensemble des liens humains, pour manifester l'aptitude du positivisme envers les aspirations islamiques. Partout il fera coïncider les exigences du progrès avec les besoins de l'ordre, en représentant la régénération Anale comme consistant à régler les forces surgies pendant la vie préparatoire.
Sa supériorité nécessaire envers toutes les tendances , intellectuelles ou sociales , ne se manifestera jamais sans une juste appréciation des diversités propres à chaque cas. Quoique plus positive qu*aucune science , lu religion universelle saura théoriquement préférer le spiritualisme synthétique , quelque vague qu'il soit, au matérialisme analytique, plus éloigné du vrai
régime spéculatif. De même , elle fera pratiquement prévaloir les dispositions rétrogrades sur les tendances anarchiques , jusqu'à ce qu'elle puisse dignement transformer les unes et les autres , en convertissant les aristocrates et les démocrates en sociocrates.
Remplaçant une hypocrisie dégradante par de sages ménagements, le positivisme 9 d'abord appliqué surtout à la vie publique 5 vient dégager les chefe de la situation oppressive où les tient leur scepticisme depuis que la reconstruction succède à la démolition. Ceux d'entre eux qui sont doués d'une vraie supériorité doivent secrètement gémir de ne pouvoir, faute de convictions propres 9 obtenir l'ascendant temporel sans altérer leur dignité spirituelle en flattant des croyances ^ anarchiques ou rétrogrades, qu'ils ne sauraient partager. Le fondateur de la religion universelle est maintenant le seul, en Orient comme en Occident , qui n'ait jamais fait, même tacitement, une concession dégradante, pendant quarante ans d*un essor toujours contraire aux opinions régnantes.
Quoique ce privilège ait dû longtemps rester exclusif, il n'offre d'autre caractère exceptionnel que de surgir en un temps où l'anarchie mentale et mortale entrave toute véritable élévation. Ce n'est pas seulement, ni même principalement , en politique que se manifeste la tendance d'une telle situation à faire partout prévaloir la médiocrité sur le mérite, faute de règle et de calme. Les chefs éphémères de la science ou de l'art présentent habituellement un spectacle plus déplorable que ceux du gouvernement, dont l'oilice plus Important et moins vague ne saurait permettre autant d'insuffisance ni d'irresponsabilité.
Dans ce milieu profondément troublé , le positivisme vient mieux rallier les âmes d'élite que l'encyclopédisme ne coalisa les esprits forts un siècle avant. En les installant au point de
vue général des affaires terrestres, toujours Inaccessible jusqu'à présent , ii les pousse ouvertement à dominer un monde où seules elles apportent des pensées assez synthétiques et des sentiments assez sympathiques. Quel que soit leur rang, ou même leur sexe, elles se trouvent dignement liguées, d*après une incomparable mission , qui leur permet un noble essor de toutes leurs forces, en les dégageant irrévocablement d'une Intolérable oppression.
Il est vrai que cette destination tend à susciter la dégénération inverse , en développant une présomption , souvent choquante, que j'entends justement reprocher, depuis trente ans, à la plupart de mes disciples. Mais une telle déviation ne résulte ordinairement que de Tinsuffisance de Tessor religieux , d'après une station trop prolongée au préambule philosophique , qui dispose à l'exagération des titres intellectuels , en faisant négliger leur principale destination. Les vrais positivistes, qui font toujours prévaloir le perfectionnement moral , se trouvent bientôt conduits à sentir combien ils restent au-dessous d'une mission instituée sans eux, et que tout dédain compromet, quoiqu'elle exige un digne instinct de supériorité.
Pour ne jamais dégénérer en présomption, cette confiance doit reposer spr un suffisant accomplissement des diverses conditions que prescrit toute participation habituelle à l'office organique. Il exige , chez les théoriciens , une disposition pleinement synthétique , qui seule peut leur permettre d'embrasser toujours l'ensemble des affaires humaines. Cette généralité systématique leur procure une irrésistible inlluence dans chaque cas particulier, subordonné nécessairement à Tordre universel , dont ils deviennent ainsi les uniques interprètes. Mais, outre sa préparation encyclopédique, la synthèse ne peut surgir ni durer sans la sympathie ; en sorte que les conditions intellectuelles deviennent inséparables des obligations mofales. Les
théoricieDs seraient d'autant plus blâmables de négliger cellesci qu'une telle connexité constitue , dans le positivisme^ an dogme fondamental ^ d'après la vraie doctrine de Tunité. Si les théologistes sont justement soupçonnés aujourd'hui d'infériorité morale parce qu'ils persistent à nier Texistence naturelle des inclinations bienveillantes , la foi qui consacre l'altruisme inné rend ses adeptes inexcusables quand ils dédaignent l'essor affectif. Outre que la culture du cœur peut , mieux qu'aucune autre 5 devenir commune à tous les positivistes , c'est d'elle que dépend, même chez les théoriciens^ leur principal ascendant.
Les mœurs normales^ caractérisées dans ce traité, compor* tent déjà, parmi les vrais croyants, un essor décisif, surtout envers la vie privée. Sans attendre raccomplissement de la transition qu'ils doivent diriger, les positivistes complets peuvent iipmédiatement recommander leur religion en développant chez eux-mêmes le perfectionnement moral qu'elle fait Irrévocablement prévaloir. Il faut d'abord que leur foi se manifeste en les rendant plus sobres et plus chastes , afin d'obtenir, outre des améliorations spéciales, la faculté de mieux apprécier et d'utiliser davantage la réaction générale du corps sur le cerveau. Mais , en surmontant directement le principal égolsme, ils doivent surtout combattre indirectement l'ensemble des instincts personnels d'après l'essor continu des trois penchants sympathiques. Outre les ressources propres à l'existence domestique , qui seule développe la digne appréciation du sexe aimant, ce perfectionnement peut toujours résulter d'un exercice quotidien du culte intime, pleinement praticable aujourd'hui chez les âmes d'élite. C'est dans ce secret commerce avec les meilleures personnifications du Grand-Être que chaque positiviste doit déjà consolider l'unité qu'il fera partout prévaloir. Une telle culture rend plus facile et plus efficace l'aç-
complissement de tous les autres devoirs, tant publics que privés, toujours rapportés à THumanité.
Sans pouvoir autant modifier Texistence civique, dominée par un milieu déréglé , les régénérés doivent d'abord prouver l'efficacité morale de leur croyance en remplissant mieux que leurs divers antagonistes les obligations spéciales de leur profession quelconque. Dans les relations générales, ils peuvent toujours donner entre eux l'exemple décisif jj'ume fraternité mutuelle et d'une commune vénération pour leur chef. Hors de leur sein , leur attitude habituelle doit devenir à la fois bienveillante et protectrice , envers des âmes rétrogrades , ou même anarchiques, qui sont rarement responsables de leur dégradation , ordinairement résultée d*une situation insurmontable.
Une qualification, dont l'essor occidental est déjà décisif, acquerra bientôt, chez les positivistes, toute sa plénitude en caractérisant la situation générale des émancipés dans un milieu déréglé. La force de ce titre resta jusqu'ici latente , parce qu'il ne put s'appliquer qu'à des âmes demeurées sceptiques, et dès lors devenues impuissantes depuis que la reconstruction prévaut. Elles se trouvent même placées ainsi dans une situation contradictoire, qui leur interdit une véritable émancipation, en les obligeant à flatter alternativement les aberrations opposées dont elles se croient affranchies. Mais il en est autrement quand les âmes les mieux émancipées sont aussi devenues les plus dogmatiques , pourvu qu'elles prouvent l'efficacité de leurs convictions en offrant l'exemple continu d'une complète discipline. Dès lors, suivant la pleine acception du terme, elles doivent habituellement exercer sur un milieu déréglé, tant sceptique que théologiste, une tutelle nécessaire, pendant toute la durée de la transition organique.
Ainsi surgit un empire dont le monde ne peut se dégager qu'en se régénérant comme ses dignes chefs, toujours disposés
à faire convenablement cesser on ascendant exceptionnel , dès qu'il ne sera plus Indispensable à Tavénement de Tétat normal. Quand les conservateurs empiriques^ reconnaissant leur impuissance envers l'anarcbie, auront transmis le gouvernement aux positivistes, seuls capables de surmonter le communisme, la situation occidentale se trouvera radicalement transformée. La foi la plus complète et la plus active caractérisera les cbefs, et la négation o» le doute deviendra, comme la rétrogradation, le symbole ou la source de la subaltemité politique.
Mais, pour obtenir et conserver un tel ascendant, les positivistes doivent déjà pratiquer des efforts personnels, sans lesquels, malgré la supériorité de leur doctrine ; ils resteraient autant au-dessous de leur mission que les encyclopédistes jadis investis du pouvoir. L'Humanité leur confie aujourd'hui la défense décisive de ses institutions fondamentales, non moins compromises par Tinvocation divine que d'après les tendances directement subversives. Il appartient au positivisme de fonder sur les pauvres la seule garantie honorable et solide de la richesse, en faisant partout apprécier la concentration et la sécurité du trésor matériel comme nécessaires à sa destination sociale. Sans consacrer les acquisitions vicieuses, il instituera surtout le bon emploi des pouvoirs quelconques, en réservant à l'avenir des débats qui troubleraient le présent. Ce n'est pas seulement envers la famille et la propriété que les positivistes doivent développer leur aptitude organique; ils retendront jusqu'au gouvernement, avant qu'il leur appartienne. Quand les hommes les mieux émancipés seront aussi les plus disciplinés envers une autorité quelconque , les conservateurs empiriques sentiront Tinconséquence et le danger de leur disposition habituelle à fronder aveuglément une force d'où dépend leur sécurité. Telles sont les dispositions, de cœur et d'esprit, par lesquelles tous les positivistes concourront à préparer leur
office régénérateur et mériteront Tascendant qu'il exige, en combinant toujours l'amour et la foi d'après l'activité.
Ces conditions ne doivent sembler difficiles qu'aux âmes encore étrangères à la religion de l'Humanité. Tous les vrais croyants ont déjà senti la douceur personnelle des prescriptions sociales , quand elles sont assez pratiquées. Outre leur propre charme , intellectuel et moral , la synthèse et la sympathie se fortifient mutuellement, en instituant la véritable unité, toujours recherchée partout, et désormais Impossible hors du positivisme. £n coordonnant le dedans par Tamour et le rattachant au dehors d'après la foi , l'âme obtient un calme exempt d'apathie , où réside le bonheur, et qui d'ailleurs garantit la santé, quand chaque existence se sent dignement liée au Grand- Être qui protège tout. Devenus plus dévoués et plus éner* giques en même temps que moins personnels , les positivistes trouveront, dans les conditions que l'Humanité leur impose, une source continue d'incomparables satisfactions, sous l'anarchie qu'ils doivent surmonter.
Néanmoins, une telle destinée ne convient aujourd'hui qu'aux âmes d'élite , qu'il faut d'abord faire partout surgir à travers un milieu déréglé , qui pousse au sommet les éléments normalement voués à la subalternité. Mais y quelque difficile que soit cette épuration, la foi qui l'exige permet de l'accomplir suffisamment, en fournissant des principes d'appréciation. Quoique le défaut de calme entrave leur application, elle permettra bientôt de rallier les âmes digues de prévaloir, en jugeant avec sagesse le mérite personnel, malgré les obstacles résultés de la situation, et même de l'éducation.
Pour faciliter le développement d'un tel noyau, d'où dépend désormais la régénération occidentale , je dois ici recommander de ne pas le recruter parmi ceux qui dirigent ou secondent l'agitation actuelle. Mes meilleurs disciples, théoriques ou pra-
tiques, surgiront du milieu qui resta jusqu'à présent passif^ sans aucune indifférence réelle, d'après un instinct confus de la commune impuissance des opinions actives envers le problème universel. Il faut surtout abandonner tout espoir d'obtenir une assistance vraiment efficace chez la classe transitoire qui maintenant ne s'interpose entre les penseurs et le public que pour empêcber la propagation de la vérité qu'elle seconda Jadis. Toujours incapables de rien construire^ les littérateurs ne purent réellement participer qu'à la démolition, qui seule permit leur usurpation passagère de l'ascendant spirituel. Leur instinct unarchique repousse davantage le positivisme que le tbéologisme , d'après Taversion que doit leur inspirer une discipline à laquelle ils ne peuvent pas plus se soustraire que se soumettre. Sans pouvoir devenir juges, puisque nul n'est jugeable que par ses supérieurs , ils dédaignent de rester rapporteurs, et mêlent toujours leurs propres aperçus aux conceptions qu'ils entreprennent de transmettre. Un de leurs types les plus intelligents, et même les mieux disposés, n'a pas seulement pu citer mon vers cérébral sans lui faire subir une grave altération.
Le danger d'une telle intervention m'oblige d'étendre l'appréciation précédente aux trois littérateurs qui, d'abord en Angleterre, puis eu France, ont jusqu'ici secondé dignement la propagation du positivisme. Un célèbre logicien proclamante premier, la supériorité mentale de la nouvelle philosophie, surtout quant à la méthode. Il fut bientôt suivi de l'habile écrivain qui , placé dans le foyer de la régénération, saisit mieux l'ensemble d'une mission non moins sociale qu'inteliectuelle[, qu1l affranchit d'un silence concerté. Vint ensuite le jeune helléniste qui sut instituer l'histoire de la philosophie en la rapportant toujours à l'avènement nécessaire du positivisme. Mais, quoique tous trois aient justement augmenté leur propre impor-
tance en vulgarisant la nouvelle doctrine, on peut vérifier^ même dans ces cas exceptionnels , Timpuissance du milieu littéraire à fournir jamais devrais apôtres à la foi régénératrice.
Tous trois^ malgré des affinités partielles, qui semblaient décisives^ sont restés finalement incapables de surmonter leur origine protestante et leurs habitudes révolutionnaires. Quoiqu'il eût noblement commencé l'appréciation publique du positivisme^ le premier inventa bientôt la tactique qui, méconnaissant l'indivisibilité de ma synthèse^ s'efiTorce d'opposer ma fondation philosophique à ma construction religieuse. Le second^ quelques mois après que je l'eus proclamé mon principal collègue 9 abandonna la Société Positiviste^ faute de reconnaître, dans la crise dictatoriale^ la préparation spontanée du triumvirat systématique qu'il avait spécialement adopté. Moins incomplet que les deux autres, le dernier offrit pourtant une vériflcation plus déplorable de l'inconsistance propre aux littérateurs, d'après son irrévocable adhésion au plus méprisable de tous les systèmes d'hypocrisie théologique. Cette triple confirmation d'une incompatibilité naturelle, m'interdit d'autant mieux de compter sur de tels auxiliaires, que le positivisme dut d'abord susciter des sympathies exceptionnelles dans le milieu le plus hostile à son ascendant.
Il faut donc attendre que la religion universelle ait élaboré, parmi ses vrais adeptes, des organes propagateurs, quand l'ensemble de son exposition fondamentale sera devenu suffisamment familier. Mais on peut assurer qu'une telle assistance ne manquera point à la foi la mieux susceptible d'inspirer le concours sans altérer l'indépendance. Une admirable anomalie indique déjà la coopération normale, d'après le précieux travail émané d'une femme éminente, qui, pouvant s'ériger en juge, a noblement rempli l'office de rapporteur, avec une incomparable efficacité.
Jusqu'à ce que le positivisme se trouve ainsi pourvu d'auxiliaires complets, je suis forcé d* ajourner Taccomplissement d'un devoir que j'ai proclamé pour tous les chefs, à Tâge que j'ai maintenant atteint. La loi sacrée de la continuité prescrit au fondateur de la vraie religion, plus qu'à l'un quelconque des pontifes ultérieurs, de désigner à temps son successeur, afin qu'un digne contrôle puisse rectifier le clioix ou préparer l'avénement Mais les indications précédentes me dispensent d*expliquer que je dois encore ajourner un tel oifice , quoiqu'il m'ait deux fois suggéré des espérances prématurées. N'ayant pu jusqu'ici trouver de successeur, ni même aucun collègue, je déclare que, si je disparaissais avant d'y parvenir, le positivisme se développerait mieux d'après les libres efforts de mes dignes disciples, que sous un chef insuffisant II m'est pourtant permis d'espérer que l'accomplissement de ma construction religieuse fera bientôt surgir un choix admissible , ou rendra, du moins, impossible Tavénement d'un littérateur quelconque.
En terminant ce grand traité , je suis naturellement conduit à reprpduhre l'indication finale de mon ouvrage fondamental envers l'élaboration réservée à ma seconde vie* Des quatre compositions que je dus alors annoncer, je viens d'accomplir, en sept ans, la plus étendue, la plus difficile, et la plus importante. Les trois autres se trouvent assez caractérisées, au troisième chapitre de ce volume , pour que je sois ici dispensé d'y revenir spécialement. Ainsi va s'ouvrir, avant ma retraite normale, une dernière période septennaire de pleine activité théorique , produisant : en 1856 , le Système de logique positive^ ou Traité de philosophie mathématique -, en 1859, le Sys- Urne de morale positive, ou Traité de l'éducation universelle; et le Système d^industrie positive, ou Traité de Vaetion totale de r Humanité sur saplanète, en 1861. Un tel ensemble constitue une élaboration complémentaiie dont l'étendue équivaut à
CONCLUSION TOTALE. 5Ul
celle de la construction qae je viens d'achever. Sans qu'elle puisse offrir autant de diCBculté ni d'importance^ il serait regrettable que la mort ou la misère m'empêchât d*accomplir une promesse déjà formulée, en 1822, dans mon opuscule fondamental. Je dois donc regarder le présent traité comme la base d'un complément nécessaire , en m'appliquant la devise heureusement attribuée à César, et qui convient autant aux dignes théoriciens qu'aux grands praticiens :
Nil aclum reputans si quid superessel agendum.
( Voyez la Dédicace, au tome premier.)
Non ë Taffezion mia tanlo profonda, Che basti a render vol grazia per |razia.
( Dante.)
Vivre pour aatnil. — Vivre an grand Jour.
raris. le \uH I laiU M (U jiill«i 4894 j.
Noble et tendre patronne.
Hait ans se sont écoulés depuis que ma reconnaissance^ mes regrets 9 et ma résignation offrirent à ta sainte mémoire , au milieu de Tannée du deuil, une dédicace exceptionnelle, qui ne put être publiée que cinq ans après. Quoique la manifestation actuelle s'écarte davantage des usages universels, elle excitera moins de surprise, parce qu'elle termine une élaboration dont les principales phases motivent de plus en plus un tel hommage. Peut-être ferai-je ainsi surgir une institution
5/i6 SYSTÈME DE POUTIQUB POSITIVE,
complémentaire, qui désormais consolidera 9 d'après la sanction publique , la digne dédicace de toute construction successive.
Le retard involontaire que subit la publication de mon bomroagc initial fut heureusement compensé par la participation immédiate des âmes d'élite, que mon discours préliminaire préparait, depuis trois ans, à ratifier la consécration qu'il annonça. Je dois davantage obtenir un résultat analogue, en complétant ici la sainte dédicace , dont tous mes dignes lecteurs ont pleinement apprécié la validité. Vu le dérèglement des esprits actuels, ce volume sera souvent examiné, du moins d'abord , sans aucune connaissance des trois précédents. Mais il suffît pour motiver l'hommage final, qui ramènera bientôt à la consécration initiale. Plus systématique quaucun autre, il fait mieux ressortir la connexité , dont je te dois le sentiment décisif, entre la synthèse et la sympathie.
Chacun des sept pas essentiels de ma construction religieuse caractérise spécialement Tangélique influence que son début proclama. Ton concours est incontestable envers les trois qui distinguent le tome initial, quoiqu'on ne le sente assez que pour le premier d'entre eux. Mon ouvrage fondamental avait irrévocablement dévoilé l'existence composée et continue qui domine de plus en plus l'ensemble des affaires terrestres. Il avait même proclamé graduellement la prépondérance du cœur sur l'esprit, comme unique sourcç, spontanée ou systématique » de l'harmonie humuine. La nature et la destinée du Grand-Être se trouvant ainsi révélées, il suffisait , pour instituer la religion universelle^ qu'une sainte tendresse me rendit assez familier le principe fondamental où venait d'aboutir ma première vie. Voilà comment le dogme de l'Humanité surgit, à l'anniversab^e initial de notre catastrophe , dans le cours décisif d'où dérive tout ce traité. Quiconque a bien senti cette filiation doit mainte-
INVOCATION FINAiE. M7
nant recoimaitre qu'il faut la faire remonter JoscpHi la dédicace qui^ quelques mois avant , formula la première manifestation de tous les germes d'un tel progrès.
Ta participation n'est moins sentie , envers les deux pas propres à la seconde moitié du tome initial , que parce qu'ib ne sont point encore devenus aussi familiers à la plupart de mes disciples. Quand j'introduisis le titre de positiviste ^ un puiilie empirique et sceptique le jugea non moins contradictoire qu'é^ trange. Je l'ai fait^ en trente ans^ tellement grandir qu'il est recherché^ comme gage d'ordre autant que de progrès, par beaucoup de ceux qui n'en remplissent pas les principales conditions. Parmi les sept acceptions qu'il combine, la dernière, que je ne pouvais assez sentir sans toi , reste la moins appréciée, quoiqu'elle soit la plus décisive , comme concernant directement la seule source de la véritable unité. Ceux qui reconnaissent le mieux la connexité nécessaire des six caractères propres à Tesprit positif, à la fois réel, utile > certain, précis, organique, et même relatif, n'ont point assez accompli leur régénération pour lier les titres intellectuels à la qualification morale. Mais, quoique je sois encore la seule âme où positif soit aussi devenu, grâce à toi, l'équivalent de sympathique, je ne doute pas que tous mes vrais disciples ne me suivent bientôt jusque-là, sous l'irrésistible impulsion de la synthèse que je viens d'achever. Alors l'ensemble de la révolution occidentale se trouvera familièrement résumé par la pleine régénération d'un terme fondamental, qui désormais caractérisera la meilleure moralité , sans perdre les avantages propres à sa matérialité primitive.
Une telle issue se trouve annoncée par l'appréciation naissante des deux pas complémentaires du tome premier, qui, quoique intellectuels, manifestent directement la source affective de la vraie synthèse. La systématisation de la logique posi-
tive, d'après Tirrévocable avènement de la méthode subjective, caractérise l'ensemble de la réaction mentale que je dus à ton saint ascendant. Gomment aurai-je assez reconnu sans toi que les sentiments peuvent seuls combiner les images avec les signes pour élaborer la pensée , de manière à rendre directement connexes l'insUnct fétichique et la raison positive ? Quand on aura dignement compris que tu participas autant au second pas du positivisme religieux qu'au premier^ on ne tardera point à distinguer ton influence envers le troisième. Ma construction de la théorie cérébrale est tellement liée à rinstilution de la méthode subjective que toutes les âmes assez sympathiques pour devenir vraiment synthétiques sentiront ton concours nécessaire dans une élaboration plus féminine que masculine.
Ici commence la discordance croissante entre les positivistes qui se qualifient d'intellectuels^ sans être plus intelligents, et les positivistes complets , c*est-à-dire religieux. Quoique la plupart des premiers bornent leur adhésion à mon traité fondamental, quelques-uns ont déjà poussé leur évolution jusqu'au dogme de l'Humanité , dont la liaison avec l'ensemble de la sociologie n'échappe qu'aux sophistes. Mais cette conclusion , purement intellectuelle, y reste stérile, sans pouvoir instituer un point de départ^ faute d'impulsion morale. Aussi les positivistes avortés ont-ils réprouvé ma dédicace, eu la taxant d'exagération sentimentale , et je ne doute pas que l'inyocation actuelle ne les choque davantage , au même titre. Leur appréciation de la méthode subjective et de la théorie cérébrale diffère peu de celle des penseurs assez arriérés pour rejeter le dogme de l'Humanité comme ontologique ou mystique^ quoiqu'ils admettent la sociologie.
Quiconque a bien senti la connexité normale des trois pas qui constituent la progression propre à mon premier volume, apprécte aisément les quatre autres degrés du positivisme reli*
gieux. Cette extension devient surtout facile envers les deux accomplis au tome deuxième^ et principalement pour celui qui, formant le milieu de la régénération sympathique , sera bientôt regardé comme le plus décisif de tous. En instituant , au début de la statique sociale , la suprématie encyclopédique de la morale, même sur la sociologie, j'ai systématiquement élevé ma construction religieuse au-dessus de ma fondation philosophique, d'après la vraie théorie de Funité. L'influence féminine, dont tu dus me fournir le meilleur type, ne saurait être méconnue envers un tel progrès, qui distingue le mieux le positivisme social du positivisme intellectuel. Ton concours n'est pas plus contestable pour le degré connexe, qui complète mon second volume en fondant la sociocratie sur la séparation normale des deux pouvoirs , restée familière à ton instinct catholique, malgré les perturbations sceptiques.
J'aurais difficilement amené ton incomparable modestie à reconnaître ta participation capitale dans l'ensemble du tome troisième, dont le domaine échappe le plus à tes préparations spéciales. Mais, si nous avions pu réaliser le noble désir que tu me témoignas spontanément envers l'étude synthétique de l'histoire , tu sentirais maintenant combien tu m'aidas à systématiser mes conceptions dynamiques. Il te suffirait de comprendre que la synthèse historique se résume nécessairement dans l'institution d'une connexîté directe entre les deux termes extrêmes de l'initiation humaine , le fétichisme et le positivisme. L'admirable canzone que je récite chaque matin depuis neuf ans caractérise autant la poésie fétichique que ta sainte nouvelle annonce ridéalisation positive. Sous ce concours spon« tané, tu n'aurais pu refuser de reconnaître ta participation involontaire à ma construction de la philosophie de l'histoire, quoique cette réaction échappe encore h mes meilleurs disciples.
Nul ne contestera ton inflnence nécessaire sur le septième pas 9 qui, dans ce volume, termine Fascension normale du positivisme religieux, en dissipant les graves discordances que j'y laissai l'an dernier. S'il t'eût été permis de contempler les meilleurs fruits de ton étemel ascendant, tu m'aurais spontanément signalé la triple dissonance qui, tardivement sentie , m'a pourtant conduit à préserver le tome final de l'altération propre k l'opuscule intermédiaire. Quoique tous mes vrais disciples aient immédiatement adopté la résolution systématique qui m'a définitivement conduit à classer le culte avant le dogme, aucun d'eux ne pouvait assez surmonter l'empirisme tbéologique et sceptique pour me suggérer un tel conseil. Mais, chez toi, la sympathie aurait tant assisté la synthèse que ce perfectionnement eût été déjà réalisé dans le saint opuscule où ta collaboration fut seulement subjective. Faute d'un tel secours, j'ai failli manquer le progrès final qui, résumant l'ensemble de mon essor religieux, doit, plus que les six pas précédents, choquer les positivistes incomplets.
Yoiià comment l'appréciation spéciale de ton concours essentiel à chaque phase de mon élaboration religieuse aboutit à confirmer la fatale diflérence entre la participation subjective et l'assistance objective. Il faut encore plusieurs années avant que le positivisme, enfin complet dans ce traité, passe de la nation la plus philosophique à la population la plus poétique, où s'accomplira son idéalisation décisive, seule évolution que Je ne puisse instituer. Cet intervalle t'était réservé pour préparer l'essor final d'une religion plus esthétique que théorique par la sanction et l'intervention solennelles du sexe que la sympathie dispose le mieux à l'état synthétique.
La supériorité morale de la femme, normalement complétée d'après son existence sociale, lui permet de tendre directement vers l'unité résultée d'une incorporation graduelle à l'Humanité.
Sa synthèse peut rester spontanée sans allérer sa propre destination, qui, jamais équivoque et toujours prochaine, transforme chaque acte et chaque pensée en développement spécial du vrai culte, sous Timpulsion continue de rafieclion. Mais les devoirs pratiques et théoriques interdisent à Thomme de condenser la religion positive dans son élément fondamental. Obligé de construire une synthèse systématique afin de se subordonner à Tordre universel, pour le mieux subir et le modifier davantage, il se trouve détourné de la culture du dedans en s'efforçant de le lier au dehors. Négligeant le but d'après les préoccupations habituelles envers les moyens, Fintelligence , et même l'activité , s'épuisent en efforts stériles ou perturbateurs, tandis que l'amour, tendant toujours au bien, poursuit, parmi tous les rapports saisissables, les seuls propres à nous améliorer. Quand une saine appréciation du savoir humain empêche le philosophe de se gonfler, rien ne le préserve de se dessécher, d'après le fatal isolement à défaut duquel la faiblesse de notre entendement ferait avorter les méditations abstraites. Toujours imminente , cette dégradation ne peut se surmonter sans la digne intervention , objective ou subjective , du sexe aimant, assistée par la culture esthétique qui s'y lie naturellement.
Celui que le Grand-Être chargea d'instituer la vraie religion en systématisant la morale positive, ne pouvait lui-même échapper k cette loi ; car la contention qu'exigeaient ses travaux entravait la réaction sympathique qui résultait de leur nature synthétique. En achevant de constituer la véritable unité, j'éprouve une inexprimable satisfaction à pouvoir ici contempler dhrectement sa source affective sans altérer une élaboration qui doit plus servir aux autres qu'à moi. Mais cette récompense eût été plus efficace si j'avais pu t'y faire personnellement participer, quelque prix que j'attache à l'appréciation naissante de
552 SYSTÈME DK POUTIQUE POSITIVE.
a la noble dame dont toas mes vrais disciples chérissent et vé^ » nèrent la mémoire. » Une telle connexité devient le meilleur résumé d'une élaboration surtout caractérisée par la construction de la vraie théorie du sexe aimant. Pour représenter ce lien^ il suffirait de rapprocher tes principales sentences, en y joignant la seule que je n*aie pas citée , et qui sera jugée la plus touchante quand on en connaîtra l'occasion : « Les mé- » chants ont souvent plus besoin de pitié que les bons. »
Réduit à ridentiflcation subjective^ d'après une incomparable année d'union objective^ je l'ai du moins utilisée le mieux possible , en développant les avantages propres à son immuabilité. Je puis autant appliquer à ma vie publique qu'à mon existence privée l'appréciation incorporée, depuis plusieurs années , à mes prières quotidiennes : « Malgré la catastrophe , ma situation finale surpasse tout ce que je pouvais espérer, et même rêver, avant loi. » Notre tendresse toujours sainte me rendit d'abord chaste, puis sobre; cette double purification, développée sous ton ascendant subjectif, me fit mieux surmonter les autres instincts personnels, d'après l'essor continu des trois impulsions sympathiques. Tu persisterais peut-être à me reprocher de compromettre , par trop de bienveillance et d'abandon , un empire individuel que tant de personnages ont aisément obtenu, d'après une artificieuse réserve. Cependant, je ne saurais déplorer une disposition propre à seconder mon principal office, suivant l'aptitude que tu m'attribuas à me faire tout à tous, et qui convient mieux au fondateur du relativisme qu'à celui du catholicisme. Grâce à toi , j'ai pu reconstruire le saint régime du moyen âge en consacrant, depuis huit ans, la première heure de chaque journée à la culture directe des meilleures émotions de la nature humaine. Pleinement sensible envers mon c^or moral, et même intellectuel, cette régénération s'étend jusqu'à mon existence physique, non moins pré-
servée des anoonces ordinaires de la vieillesse, malgré ma laborieuse carrière, dont la prolongation te sera due.
Dans ce saint patronage ^ tu seras toujours assistée par l'incomparable auxiliaire que ta grande âme sut ériger en digne sœur, et qui depuis a tant mérité le bonheur que tu rêvais pour nous trois. Outre son efficacité matérielle, la famille qu'elle dirige m'offre habituellement un spectacle salutaire, en me prouvant combien les âmes les moins cultivées peuvent goûter, sous toutes les formes, ce que tu nommas les plaisirs du dévouement. Je suis ainsi conduit à mieux sentir combien la dignité, le bonheur, et même la santé, consistent dans Funité, dont Taltération constitue nos principales maladies, morales, intellectuelles, ou physiques. Ta naïve compagne ranime, à son insu , ma disposition systématique à juger surtout les actes et les pensées d'après leurs sources ou leurs influences affectives, qui préoccupent spontanément sa sollicitude maternelle et conjugale. Autant vouée que moi-même à la culture morale, la fréquente supériorité de ses inspirations empiriques me fait mieux apprécier la nature féminine, et complète objectivement ta réaction subjective sur mou intime perfectionnement, d'abord privé, puis public.
Quoique dépourvue, comme toi, de tout contact avec la vénérable mère qui ne put, malgré son zèle et son aptitude, assez élaborer mon cœur, ma fille adopiive t'assiste journellement dans ma juste adoration de sa sainte et malheureuse mémoire. Ainsi placé sous le triple patronage que j'ai normalement histitué pour chacun des vrais croyants , j'en ai maintenant fait assez apprécier la réaction continue sur ma vie publique pour pouvoir ici demander que la postérité l'associe directement à ma propre immortalité. Depuis cinq ans, je complète ma prière du matin par cette résolution : « J'oserai terminer ma constrnc- 1 tion religieuse en chargeant ouvertement tous mes disciples
» des deux sexes d'obtenir uo jour, comme principale récom- » pense de mes services , ma solennelie inhumation au milieu » de vous trois, au nom du Grand-Être auquel nous serons ir- » révocablement incorporés. »
En formulant ici mon voeu caractéristique , j'espère y suivant notre foi, faciliter sa réalisation d'après une digne publicité, qui permettra , non-seulement d'apprécier davantage sa validité, mais aussi de mieux surmonter les résistances quelconques. Si l'incurie chrétienne a déjà dispersé les vénérables restes, il suffira qu'un noble cénotaphe adhère à notre cercueil comme celui de ma dernière patronne.
Une telle récompense est trop propre à caractériser la nature et manifester l'ascendant de la religion universelle pour qu'elle puisse m'échapper, quand même sa réalisation devrait immédiatement suivre l'entière publication du saint traité. Déjà ton angélique influence se trouve appréciée au point que des âmes d'élite sympathisent, à travers lés mers, avec mon adoration continue. Cette juste réaction de mon insuffisante gratitude deviendra plus profonde et plus étendue sous la prochaine hnpulsion du volume le plus décisif. Grâce à la noble confiance de ton vieux père , un habile pinceau put dignement instituer ta suave image d'après l'esquisse maternelle. Elle est peut-être destinée à fournir bientôt, aux âmes régénérées, le meilleur emblème du Grand-Être dont le culte fut systématisé sous ta sainte impulsion.
L'incomparable patronage qui dirigea la principale élaboration de ma seconde vie doit aussi présider au triple complément qu'elle exige. J'apprécierai spécialement celte efficacité finale en dédiant le plus important de ces traités à celle qui , dès mon enfance , me fit spontanément pressentir la vraie morale. Quand le travail complémentaire sera terminé, ma dernière publication consistera, dans dix ans, à réaliser ma solen-
nelle promesse envers notre s&inte correspondance , précédée de ta biographie, et même de la mienne. Mais le sentiment, qui seul consacre tout, m'autorisera peut-être à terminer ma seconde vie objective en osant ébaucher la troisième^ dont Tessor m'est interdit d'après l'ensemble des fatalités réelles, quoique j'en sente le vrai caractère. Après avoir normalement passé de ma fondation philosophique à ma construction religieuse , il faudrait exceptionnellement compléter celle-ci par la création poétique qui pourra seule lui procurer un ascendant universel. Incompatible avec l'ordre corporel, une telle plénitude est assez conforme à l'ordre cérébral pour que j'aie pu concevoir et proposer l'éminente composition que je ne saurais exécuter. En renonçant à toute vaine tentative, j'espère cependant pouvoir compléter notre volume par une ébauche en treize chants sur la seconde vie qu'il explique en moi d'après toi.
Je dois terminer l'invocation finale en rapportant à sa vraie source une manifestation où le fondateur de la religion positive achève de caractériser les mœurs normales, par une digne intervention du public dans les actes privés. Outre le devoir général de proclamer à temps les dernières volontés, un motif spécial prescrit à ma cinquante-septième année d'indiquer ici trois résolutions qui ne peuvent s'accomplir sans le libre concours de tous les positivistes :
lo L'ensemble de mes adhérents continuera l'annuité viagère de deux mille francs indiquée dans ma quatrième circulaire, afin que j'accomplisse jusqu'à son terme naturel Tobligation résultée, dès ma jeunesse, de ma seule faute vraiment grave;
2*" Une annuité viagère, de quinze cents francs, sera consacrée , par la reconnaissance des vrais croyants, à la fille adoptive qui m'a voué , depuis treize ans , son incomparable assistance;
Z"* Cette éminente prolétaire gardera , pour mon successeur,
dans son état actuel , aux frais de Téglise universelle, le sainl doiuiclie où surgit et s'accomplit révolution religieuse du positivisme, dont les rites sacrés continueront de s'y célébrer jus* qu'à Tavénement d'un temple spécial.
Aussitôt que ce volume sera suffisamment connu , je communiquerai directement à chacun de mes treize exécuteurs testamentaires les dispositions secondaires qui doivent assurer l'exécution de ces trois décisions.
Mes actes se concentrent autant que mes pensées et mes sentiments autour de celle qui domine ma seconde vie, où se développe, depuis huit ans, une harmonie sans exemple entre les mœurs privées et Texistence publique. Quand ma tendresse fut assez épurée, je te vis dignement accepter mon projet d'adoption légale, que notre catastrophe fit seule avorter. Depuis que ton influence est devenue uniquement subjective , la vénération a de plus en plus prévalu sur Tallachement, sans me détourner de la bonté, toujours cultivée par mes justes efforts pour faire apprécier un ange méconnu. Cette fusion de tous les liens féminins dans une seule union ne semble contradictoire que d'après la grossièreté des impulsions masculines. Pressentie par la poésie et la religion , elle m'autorise à conclure l'invocation finale en combinant la qualification et le vœu, pleinement caractéristiques, que je proclame chaque matin, d'après les deux sublimes interprètes du moyen âge :
Vergine-Madre , figlia del luo figlio, Amem le plus quàm me , nec me nisi propter te !