‹ Système de politique positive (volume 3)Chapitre 28 sur 43 · PRÉFACE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

PRÉFACE SPÉCIALE

Suivant l'annonce placée, en 1851 , au début du traité que je viens d^achever, je joins à ce volume final une scrupuleuse reproduction de tous mes opuscules primitifs sur la philosophie sociale. En rendant à la circulation des écrits enfouis dans des recueils depuis longtemps oubliés , cet appendice pourra faciliter Tin^iation positiviste des esprits disposés à suivre ponctuellement la même marche que moi. Mais il est ici destiné surtout à manifester la parfaite harmonie des efibrts qui caractérisèrent ma jeunesse avec les travaux qu^accomplit ma maturité.

D'après les habitudes dispersives qui , de nos jours , compriment toute appréciation synthétique , cette pleine continuité se trouve souvent dissimulée par l'étendue exceptionnelle que dut acquérir mon élaboration totale. Quand on n*y saisit point la relation nécessaire entre la base philosophique et la construction religieuse, les deux parties de ma carrière semblent procéder selon des directions diffé rentes. 11 convient donc de faire spécialement sentir que la seconde se borne à réaliser la destination préparée par la première. Cet appendice doit spontanément inspirer une telle conviction , en constatant que, dès mon début , je tentai de fonder le nouveau pouvoir spirituel que j'institue aujourd'hui. L'ensemble de mes premiers essais me conduisit k reconnaître que cette opération sociale exigeait d'abord un travail intellectuel , sans lequel on ne pourrait solidement établir la doctrine destinée à terminer la révolution occidentale. Voilà pourquoi je consacrai la première moitié de ma carrière à construire, d'après les résultats scientifiques, une philosophie vraiment positive, seule base possible de la religion universelle. Mais, quand

U SYSTÈME DE POUTIQUB POSIITVE.

ce fondement théorique fut suffisamment posé, je dus directement Touer tout le reste de mon existence à la destination sociale que j^avais d'abord supposée immédiatement accessible.

Outre la difficulté naturelle de concevoir ce vaste plan, une ten* dance personnelle entraîne fonvent k méconnaître Tintime eonnexlté de mon Système de politique positive avec mon Système de philosophie positive. Quoique la terminaison de la révolution occidentale •oit généralement désirée, Pindiscipline propre à notre situation anarchique inspire encore d^actives sympathies, surtout parmi les lettrés. Beaucoup d'individualités se sentent choquées par Tavénement direct du sacerdoce positif, qui doit faire universellement prévaloir, dans la conduite publique et même privée, des règles d'autant plus inflexibles qu'elles seront toujours démontrables. Ces répugnances envers ma construction religieuse disposent à la regarder comme contradictoire avec sa base philosophique, dont l'attrait mental se trouvait naturellement exempt de tout conflit moral. Mais cet appendice montrera Tinconséquence des partisans intellectnels du positivisme qui repoussent aujourd'hui son application nécessaire à la destination sociale directement proclamée dans sa première ébauche. Soit qu'ils ne puissent saisir l'ensemble de mon élaboration, ou qu'ils regrettent de voir cesser l'interrègne religieux, leur adoption spéculative de la nouvelle synthèse les oblige à lui permettre de se compléter, de se résumer, et de conclure. Ma politique, loin d'être aucunement opposée à ma philosophie, en constitue tellement la suite naturelle que celle-ci fut directement instituée pour servir de base à celle-là , comme le prouve cet appendice.

Conformément à ce but, il doit seulement embrasser les opuscules qui caractérisèrent graduellement ma direction générale, en écartant les écrits prématurés que m'inspira la funeste liaison à travers laquelle s'accomplit mon début spontané. Dans ces productions artificielles , je ne recueille ici que deux indications décisives de ma tendance continue vers la religion positive. La première surgit, en 1817, de cette sentence caractéristique, au milieu d'une vaine publication : Tout est relatif; voilà le seul principe absolu. Quant à la seconde, moins prononcée, mais plus développée, elle s'accomplit, en 1818, dans le mémoire spécial où je considérai la liberté de la presse comme procurant à tous les citoyens une autorité consultative. Telles sont les seules mentions que me semblent finalement mériter mes publications antérieures aux six opuscules dont cet appendice se compose : je désavoue d'avance toute autre reproduction de travaux publiés , et j'ai déjà détruit les matériaux restés inédits.

Le premier opuscule fut écrit, en juillet 1819, pour l'unique re-

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