PREMIÈRE SÉRIE
A répoque que nous venons de fixer pour Torigine de nos obser- ▼allons, les forces étaient trop inégales entre les deux systèmes coexistants (dont l'un entrait dans la plénitude de Tâge, tandis que Tautrc naissait à peine), pour que, de longtemps, il pûts^établir entre eux aucune lutte directe et sensible. Aussi l'histoire nous montre~t-riIe que la lutte n'a commencé à exister ouvertement qu'au seizième siècle. Les quatre ou cinq cents années qui avaient précédé ont formé la période de splendeur du système féodal et théologique. Mais toute cette splendeur reposait sur un terrain miné.
Si les historiens eussent mieux analysé et plus approfondi l'examen du moyen âge , ils ne nous auraient pas parlé uniquement de la partie visible de cette période ; ils auraient constaté la préparation graduelle de tous les grands événements qui se sont développés plus tard , et ils n'auraient pas présenté les explosions du seizième siècle et des siècles suivants , comme brusques et imprévues. Quoi qu'il en soit , ce n'est incontestablement qu'au seizième siècle qu'a commencé la lutte ouverte entre les deux systèmes. C'est là que nous allons la prendre.
L'attaque de Luther et de ses coréformateurs contre Tautorité pontificale , a renversé de fait le pouvoir spirituel , comme pouvoir européen : ce qui était son véritable caractère politique. En même temps elle a sapé radicalement Tinfluence qui restait encore à l'autorité Ihéologique en détruisant le principe de la croyance aveugle, en remplaçant ce principe par le droit d*examen, qui, restreint d'abord dans des limites assez étroites, devait inévitablement s*agrandir continuellement et embrasser enfin un champ indéfini.
Ce double changement s*est opéré d'une manière tout aussi complète dans les pays restés catholiques, et surtout en France, que dans ceux qui ont embrassé le protestantisme.
Il y a eu néanmoins cette différence, essentielle à observer, que ,
APPENDICE GÉNÉRAL. — DEUXIÈIIB PARTIE. il
dans les pays qm sont restés catholiques , le pouroir spirituel sentant bien qu'il était détruit comme puissance distincte et indépendante, s'est mis en général aux ordres et au service du pouvoir royal , en lui offrant Tappui de ces mêmes doctrines par lesquelles il Pavait autrefois dominé.
Ce cfaaugement de rôle du clergé a eu ponr effet de prolonger nn peu an delà de son terme naturel la durée de son influence politique; mais il a en pour la royauté l'inconvénient capital de lier plus intimement son sort à celui de doctrines qui avaient perdu tout lenr crédit chez la classe instruite.
L'exécution de la réforme (à cause des guerres qu'elle a entraînées) a exigé la totalité du seizième siècle et le commencement du dix-septième. L'attaque contre le pouveir temporel a eu lieu immédiatement après, en France et en Angleterre.
Dans Tun et Tautre pays, cette attaque a été effectuée par les communes, ayant pour chef Tune des deux branches du pouvoir temporel. Il n'y a eu à cet égard entre les deux nations qu'une seule différence. Chez les Anglais « c'est la féodalité qui s*est liée avec les communes contre Paulorité royale, tandis qu*en France c'est la royauté qui s^est mise à leur tôte contre la puissance féodale.
Cette combinaison des communes avec une moitié du pouvoir temporel contre l'autre moitié, avait pris naissance dans les deux pays aussitôt après l'affranchissement, et même elle n'avait pas peu contribué à le déterminer. Les effets de cette combinaison s'étaient manifestés depuis , bien avant le dix septième siècle , par des résultats non équivoques, qui avaient préparé les événements importants dont ce siècle a été l'époque.
En France, le cardinal de Richelieu travailla directement à renverser la puissance féodale , et après lui , Louis XI Y termina cette entreprise. Il réduisit la noblesse à la pins entière nullité politique, à l'insignifiance la plus absolue, et il ne lui laissa d'autre rôle à jouer que celui de garde d'honneur de la royauté. 11 est essentiel d'observer que Richelieu et Louis XIV encouragèrent puissamment l'un et Tautre les beaux*arts, les sciences et les arts et métiers; ils cherchèrent à élever l'existence politique des savants, des artistes et des artisans, en même temps qu'ils abaissèrent celle des nobles. Cette intention fut principalement manifestée par le ministre Colbert, qui était un artisan. Mais nous retrouverons ce fait dans notre seconde série, et il ^gfii ici de l'indiquer.
La lutte eut pour résultat, en Angleterre, la révolution de 1688, qni limita le pouvoir royal , autant qu'il était possible de le faire san«
renverser Tancien système. Ainsi, Taltaque contre le pouToir temporel produisit séparément, dans chacun de ces deux pays^ Taffaiblissement , aussi entierque possible, d'une portion différente de ce pouvoir. De telle sorte que, Tun dans Tautre, les deux peuples avaient effectué le renversement intégral de ce pouvoir, jusqu'au point aa delà duquel ce renversement devenait impraticable, sans sortir de Tancien système social. Pour que ce résultat total pût se réaliser, de part et d*autre, il suffisait que chacune des deux nations adoptilt la modification faite par l'autre. C'est ce qui vient d'avoir lieu en France , par Fadoption que les Français ont faite de la constitution anglaise.
La coalition des communes avec une portion du pouvoir temporel pour attaquer l'autre portion, ainsi que la protection très-active accordée par le pouvoir temporel de plusieurs pays contre le pouvoir spirituel (lors de la réforme), ont fait que, sans un examen trèsapprofondi, il est impossible de saisir la véritable nature de ces attaques.
Il est résulté de là une erreur très-répandue qu'il importe de signaler et de détruire. Au lieu de voir dans ces événements la lutte des communes, ayant pour chefs certaines parties du système féodal et théologique, contre les autres éléments de ce système, on n y a vu que la querelle des rois contre les papes, et des autorités royale et féodale l'une contre l'autre : les communes n'ont été envisagées que comme des instruments employés par les différents pouvoirs, et presque jamais sous un antre rapport.
Avant de présenter les considérations au moyen desquelles on peut rectifier l'erreur (fue nous venons d'indiquer, il est à propos de rappeler que, quelque parti qu'on prenne à ce sujet, notre série actuelle n'en sera point affectée ; elle n'en restera pas moins vraie , puisque son but essentiel est de constater la décadence continue de l'ancien système. Malgré cela il s'en faut bien qu'il soit indifférent d'ignorer ou de connaître la véritable action que les artisans , les artistes et les savants (qui, considérés collectivement, forment les communes) ont exercée pour déterminer cette décadence.
Nous posons en principe que toute scission entre les éléments d'un système est un signe évident de décadence. Ainsi , aussitôt'qu'on a vu le premier grand acte de division entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, on aurait pu prédire la chi:||^ plus ou moins prochaine de l'un et de l'autre.
Des divisions de ce genre ont éclaté de très-bonne hetire dans
rancien système; elles se sont manifestées même arant qa*il eût été complètement organise ; mais elles sont devenues continues presque aussitôt après sa constitution dëfinitÎTe. Si Ton reut y bien réfléchir, on reconnaîtra qu'elles étaient inévitables dans ce système.
Des pouvoirs sont nécessairement rivaux et jaloux les uns des autres , même alors que leur intérêt commun le plus évident leur fait une loi de Tunion la plus intime. En effet, ces pouvoirs n*étant point susceptibles d*être clairement caractérisés , il est naturel que chacun d'eux prétende à la totalité de la domination. Il ne peut exister de véritable combinaison , de combinaison solide , qu'entre des capacités positives, La combinaison devient alors possible , et , pour ainsi dire, forcée , parce que chacune de ces capacités tend d'elle-même à se renfermer dans son rôle naturel , qui est toujours circonscrit aussi nettement que possible. La prétention à l'universalité , qui pourrait seule troubler cet arrangement naturel , se présente aux yeux de tous comme absurde, et ne pourrait par conséquent jamais obtenir un assez grand nombre de partisans pour devenir dangereuse.
Les communes , évidemment trop faibles à Porigine de leur existence politique, furent forcées » pour lutter contre l'ancien système , de s'accoler à des chefs du camp ennemi. Elles cherchèrent à profiter des divisions qui s'y étaient formées , et leui' prudence fut telle qu'effectivement elles en profitèrent toujours. Leur plan fut bien simple ; il consista à prêter constamment leur appui au pouvoir qui se trouvait à chaque époque , et dans chaque pays , être le plus libé* rai, c'est-à-dire, le plus conforme à leurs intérêts. C'est ce plan qu'elles suivirent constamment , par une espèce d'instinct admirable, dans toutes les crises partielles qui précédèrent les deux grandes luttes du seizième et du dix-septième siècles. Ainsi , leur conduite, à ces dernières époques , ne fut nullement accidentelle ; elle se rattachait à de longues habitudes contractées.
Voilà ce qui explique pourquoi les communes se mirent, en Angleterre, du côté des lords contre les rois , tandis qu'en France elles s'unirent à la royauté contre la féodalité. Dans des temps plus reculés, les communes , en France et en Angleterre , avaient de même embrassé la cause du pouvoir spirituel, parce qu'il était alors le plus libéral. Ainsi, en réalité, ce n'étaient point les communes qui étaient des instruments entre les mains des anciens pouvoirs ; ce sont bien plutôt ces pouvoirs eux-mêmes qui devraient être envisagés comme ayant servi d instruçients' aux communes, bien que d'ailleurs ils fussent mus par une impulsion qui leur était propre. De fait, c'est par les communes que l'attaque de l'ancien système eut lieu, de même que
ik SYSTÈME DE POLITIQUE POSITITE.
de fait elle eut lien pour elleë. S^il y eut des dtit>efl dans cette occasion , tans doute ce ne furent point elles.
Les communes ont, de plus, exercé, dans les deux luttes du seizième et du dix-septième siècle, une aclion tout à fait directe et pturement dérivée d'elles. Les deux éléments du nouveau système, la capacité industrielle et la capacité scientifique, ont fourni chacun leur part dans cette action. Bien qu'elles aient toujours agi concurremment, cependant c'est la seconde (la capacité scientifique) qui s'est particulièrement attachée au pouvoir spirituel, comme la première (la capacité industrielle) au pouvoir temporel, ainsi que la nature des choses l'exigeait. Chaque capacité a combattu corps à corps le pouvoir correspondant , et (ce qui mérite d*étre remarqué) dans les raisonnements employés alors par la capacité scientifique pour renverser les doctrines théologiques, c'est dans la théologie même qu'elle se regarda d'abord comme obligée de prendre ses bases, ou au moins elle se crut forcée de les accommoder à la manière théologique. C'est ce qu'on observe principalement dans tons les ouvrages du chancelier Bacon. Ce fait, dans la lutte spirituelle, répond à celui de la coalition des communes avec une moitié dn pouvoir militaire, dans la lutte temporelle.
Nous n'avons nullement besoin de constater Finfluence fondamentale que les progrès des sciences d'observation ont exercée sur la réforme de Luther, parce qu'elle n'est aujourd'hui mise en doute par personne : il nous suffit de la noter. Quant à celle, moins forte et moins directe, du progrès des arts et métiers sur cette même ré- . forme, les meilleurs historiens qui aient traité de cette époque en ont fait ressortir im exemple frappant, en indiquant l'action incontestable qu'exerça sur ce poûit la grande extension donnée an commerce, et conséquemment à l'industrie, par la découverte de l'Amérique et du passage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance, laquelle était elle-même une suite des progrès des arts industriels, combinés avec ceux des sciences d'observation.
Deux autres découvertes du premier ordre, Tnne dans les arts, l'autre dans les sciences , faites , Tune vers la fin da quinzième siècle , l'autre environ un siècle après , vinrent assitrer et hâter li décadence de Tancien système^ et donner à la lutte entreprise par les éléments du nouveau une marche plus directe, plus sâre, pin calme, et plus rapide tout à la fois.
La première fut celle de l'imprimerie, qui , si elle n'a point contribué à déterminer la réforme , a servi du moins à la propagée d'une manière infiniment plus rapide et pins complète qu^elle n'an-
APPENDICE GÉNÉRAL. — DEUXIÈME PABTIE. j^ *^15
rait pu rétre sans cela. Mais ce Q*est pas là son effet lej^US esseiH tiel, quant à la décadence de l'ancien système. a|^: .
Nous ne répéterons pas les raisonnements très-ç^miiis qui font sentir quel immense changement cette découver t^j^iftroduit dans Tordre social, en créant la souveraineté de ropinj^Bpubliaue. Noua la considérerons sous le seul aspect qui nous occ^^ici.
De ce point de vue, nous dirons : 1» qu'elle jBfssuré au nouveau système les moyens de prendre Tinitialive la pfus directe et- la plus entière, pour préparer le remplacement de l'ancien, sans être obligé de continuer à se placer sous la protection de quelqu'un des pouvoirs à éteindre; 2<* qu'elle a fait disparaître, en grande partie, le caractère violent que la lutte arait eu jusqu'alors, parce qu?elle a changé l'attaque en critique.
La seconde découverte dont j'ai voulu parler, est celle de la vraie théorie astronomique, trouvée par Copernic, prouvée et établie par Galilée.
Les meilleurs esprits ne mesurent pas d'ordinaire à sa juste valeur l'action, vraiment toute -puissante, exercée par le changement que cette théorie opéra dans toutes les têtes, relativement à la destruc^ tion radicale du système théologique. Cette influence est telle, que seule elle eût suffi pour amener l'anéantissement de ce système. Nous nous contenterons de l'indiquer par^ la considération suivante, que chacun peut amplement développer.
Tout le système théologique est fondé sur la supposition que la terre est faite pour Thomme, et l'univers entier pour la terre : ôtez cette supposition, et toutes les doctrines surnaturelles s'écroulent. Or, Galilée nous ayant démontré que notre planète est une des plus petites, qu'elle ne se distingue en rien des autres, qu'elle tourne dans la foule autour du soleil, l'hypothèse que la nature tout entière est faite pour l'homme, choque si ouvertement le bon sens, elle est tellement en opposition avec les faits, qu'elle ne peut éviter de paraître absurde, et d'être bientôt renversée, entraînant avec elle les croyances dont elle est la base. En un mot, les doctrines théologiqnes sont absolument incompatibles avec la conviction pleine et entière de la théorie astronomique moderne, même dans les têtes où cette conviction Ue repose pas sur la connaissance des démonstrations qui l'établissent.
Si l'on pèse suffisamment cette réflexion, on conviendra que Pinquisition faisait bien son métier de gendarmerie du pouvoir spirituel, en tâchant d'étonfler, à sa naissance, la théorie de Galilée.
Kn résumant tout ce que nous avons dit jusqu'à présent, il s'ensuit qu'à la fin du dix-septième siècle, il y avait eu deux attaques
16 SYSTÈME DE POUTlQliE POSITIVE.
fMurtîellet contre Tancien système : Tane au seizième siècle, ooatre le pouvoir spirituel, Tautre au dix-septième, contre le pouvoir temporel.
A la première sensation, cette double attaque eût pu paraître suffisante ; mais il s'en fallait de beaucoup qu'elle le fût, le système ayant été attaqué dans ses éléments, et non dans son ensemble; il avait été battu en détail , il restait à le battre comme système. De plus, chaque lutte particulière ayant eu lieu sous la direction d'une branche des anciens pouvoirs, elle n'avait point eu un caractère assez net, elle ne s'était point assez fermement prononcée comme choc entre un système et les éléments d'un autre. C'était là une seconde raison, distincte de la précédente, pour l'insuffisance des deux premières luttes.
Ainsi quelqu'un qui, à la fin du dix-septième siècle, aurait bien connu le véritable état des choses, eût pu prédire avec pleine assurance que les deux attaques partielles , exécutées jusqu'alors , n*étaient que préparatoires, et que, dans le siècle suivant, l'attaque se dirigerait d'une manière générale contre l'ensemble du système, et qu'enfin elle serait décisive ponrsacbule. De tels événements étaient la suite inévitable de tout le passé depuis le onzième siècle, et la conséquence immédiate des deux siècles qui venaient de finir.
Il serait superflu d'entrer ici dans aucun détail sur des faits aussi voisins de nous, et qui sont présents à la mémoire de tout le monde. Le dix-huitième siècle fut en efiet ce qu'il devait être, la suite, le complément et le résumé des deux siècles précédents.
Quant au pouvoir spirituel, le principe du droit d*examen en matière religieuse ( posé par Luther, mais d'une manière d'abord trèsrestreinte) fut étendu jusqu'à sa plus extrême limite. L'application la plus hardie de ce droit marcha de front avec les tentatives faites pour rétablir dans toute sa latitude. Les croyances théologiques, soumises à la discussion, furent entièrement renversées, avec trop d'imprudence, de précipitation, et de légèreté, sans doute, avec un oubli trop absolu du passé, des vues trop confuses et trop incertaines sur l'avenir; mais enfin elles le furent, et de manière à ne pouvoir s'en relever, puisque la critique fut poussée jusqu'au point de les couvrir de ridicule aux yeux des hommes les moins instruits. C'est un fait qu'on ne saurait nier, et nous ne jugeons pas cette critique, nous l'observons.
Quant au pouvoir temporel, si nous examinons ce qui s'est passé à son égard en France où tout le dix-huitième siècle doit être principalement observé, nous verrons que la féodalité, après avoir perdu, dans
le siècle précédent, toute sa puissance politique, perdit, dans celui-ci, tonte sa considération civile.
La royauté, parvenue sous Louis XIV à la possession pleine et entière du pouvoir temporel au moyen de Tappui que les communes lui avaient prêté, cessa de se combiner avec elles, ce qui fut une grande faute de sa part.
Louis JIY commit une grande erreur en s'accolant à la noblesse, qui se résignait enfin à adopter, à prix d*argent et d'honneurs, une existence politique subalterne et insignifiante, paraissant a?oir oublié qu'elle avait marché de pair avec l'autorité royale.
Si Louis XIV n'eût pas commis cette faute capitale ; s'il eût abandonné à sa destinée une puissance devenue caduque, une puissance dont le sort était irrévocablement fixé dans les décrets de l'esprit humain, et que lui-même avait efficacement concouru à détruire ; s'il eût enfin continué à suivre simplement la direction des communes , il eût sans doute épargné tous les malheurs qui tombèrent plus tard sur Louis XVI.
C'est là en effet ce qui, primitivement, discrédita la royauté aux yeux des communes, et les sépara d'elles. La honte qui rejaillit ensuite sur le pouvoir royal des mœurs du régent et du libertinage de Louis XV, porta cette déconsidération à son comble. En même temps, les philosophes ayant soumis le pouvoir temporel à la même discussion que le pouvoir spirituel, il n*y résista pas davantage, d'autant plus qu'il était, en grande partie, fondé sur les mêmes doctrines, depuis la réforme.
'Ainsi, le dix -huitième siècle porta la critique des deux pouvoirs jusqu'à ses dernières bornes ; et il acheva la ruine de l'ancien système dans ses éléments et dans son ensemble. Un examen plus détaillé de la manière dont ce renversement ftit conduit serait ici déplacé.
Je ne ferai qu'indiquer seulement l'influence que les progrès immenses et toujours croissants, faits par les sciences d'observation depuis Galilée, ont exercée et dû exercer sur la destruction des doctrines théologiques. La découverte par Newton d'une loi physique générale, l'analyse faite par Franklin du principal phénomène météorologique, ainsi que l'invention du moyen de le soumettre à la puissance de l'homme, et, en un mot, tontes les découvertes remarquables faites en si grand nombre dans ce siècle, en astronomie, en physique, en chimie, et en physiologie, ont plus contribué à la destruction radicale et irrévocable du système théologique, que tous les écrits de Voltaire et de seê coopérateurs, malgré leur prodigieuse in-
flnence. C'est à qnoi les partisans de Pancien système, et ses adversaifes, n'ont pas fait assez d'attention.
Préparée, on, pour mieux dire, nécessitée invinciblement par cet état des choses, la révolution française éclata ; elle prit dès son origine une fansse direction, la royauté fut renversée.
La royauté ne tarda pas à se reconstituer, parce qu'étant en France la tête et le coeur de Tancien système, elle ne peut s'éteindre qu'avec lui, et qu'un système ne peut s'éteindre qu'autant qu'un autre existe déjà tout formé, et prêt à le remplacer immédiatement.
Le résultat final de toute cette grande commotion fut l'abolition des privilèges, la proclamation du principe de la liberté illimitée de conscience, et enfin, rétablissement de la constitution anglaise, octroyée par le pouvoir royal lui-même.
L'abolition des privilèges ne fit que compléter la ruine de la féodalité, et réduisit absolument le pouvoir temporel à l'unique pouvoir royal.
La proclamation du principe de la liberté illimitée de conscience anéantit en totalité et irrévocablement le pouvoir spirituel (!)•
Enfin, rétablissement de la constitution anglaise doit être considéré sous deux rapports difierents , et en quelque sorte opposés.
D'une part, il a continué la démolition de l'ancien système, en limitant le pouvoir royal ( qui en est aujourd'hui le seul reste réel ), autant qu'il est possible de le faire en ne sortant pas de ce système.
D'un autre côté, elle a institué, par l'établissement d'une chambre représentative delopinion publique, le véritable moyen de transition, le moyen qui permet d'arriver paisiblement, sans efibrts, et prompteroent au système qui doit suivre , aussitôt qu'il sera formé et susceptible d'entrer en activité.
(1) Celte proclamation a rendu impossible l'établissement d'aucune autorité théologique, ^oit politique, sbii simplement morale; caries croyances ayant été laissées à Tarbitraire de chaque individu, il n'y aura peut-être pas deux professions de Toi tout à Tait uniformes, et celle de chacun pourra varier du matin au soir, en suivant toutes les variations que pourra lui inspirer l'état perpétuellemenl mobile de ses afTectlons morales et physiques, ainfi que les circonstances sociales, également mobiles, dans lesquelles il se trouvera successivement placé.
En un mot, il est clair que la liberté illimitée de conscience et Tindiflerence tfaéologiqae abscrlae, reviennent exactement au mémo, quant aux conséquences politiques. Dans Tun et l'autre cas, les croyances surnaturelles ne peuvent plus servir de base à la morale. C'est un fait qu'on ne saurait trop répéter, bien loin de devoir le cacher, puisqu'il prouve la nécessité de constituer sur d'autres principes, sur des principes positifs (c'est-à-dire déduits de l'observation), la morale qui est la base, ou plutôt le lien général, de l'organisation sociale.
Paryenu à la fin du dernier terme de la premiè^'e sërie d'obserradons, je rais résomer, en peu de mots, les conséquences de cet examen.
Mon point de départ était celui-ci :
An onzième siècle , le système féodal et théologiqne s'est définitivement constitué, quant au pouvoir temporel et quant au pouvoir spirituel.
A la même époque , les éléments d'un nouveau système social ont pris naissance, savoir, la capacité industrielle, ou des artisans (née de l'affranchissement des communes), derrière le pouvoir temporel ou militaire ; et la capacité scientifique ( née de l'introduction des sciences d'observations en Europe par les Arabes), derrière le pouvoir spirituel.
Ces deux systèmes ont coexisté pendant quatre ou cinq cents ans sans se choquer ouvertement, attendu l'inégalité des forces : la lutte s'est préparée en silence durant cet intervalle.
A partir du commencement du seizième siècle , il y a eu trois attaques principales des éléments du nouveau système contre l'ancien ; deux partielles et une générale : chacune d^elles a employé environ, un siècle.
Le seizième siècle a vu l'attaque contre le pouvoir spirituel ; le dixseptième celle contre le pouvoir temporel ; et enfin l'attaque générale et décisive contre l'ancien système a eu lieu pendant le dix-huitième siècle ; elle a déterminé la chute du régime théologico-militaire.
Le véritable état actuel de Tancien système, est celui-ci, sans aucune exagération.
D*nne part , plus de doctrine , toutes les croyances qui leur servaient de base sont éteintes ou prêtes à s'éteindre; ainsi , le pouvoir spirituel ne peut plus exercer d'action que sur la dernière classe de la société.
D'un antre côté , le pouvoir temporel est réduit uniquement à une seule de ses deux branches , et cette branche , le pouvoir royal, est réduite aux moindres dimensions qu'elle puisse avoir pour ne pas laisser tomber, comme une masse inerte, tout cet ancien système qui s'y trouve suspendu.
Enfin , l'ancien système n'a aujourd'hui de force que celle qui lui est rigoureusement nécessaire pour maintenir l'ordre jusqu'à l'établissement du nouveau ; encore est-il fort douteux qu'il pût continuer à le maintenir, si cet établissement était trop longtemps retardé.
Je laisse à juger , d'après cet exposé , si l'organisation du noovean système est une chose urgente , et si les artistes , les savants
flnence. C'est à qnoi les partisans de l'ancien système, et ses adrersaifes, n'ont pas fait assez d*attention.
Préparée, on, pour mieux dire, nécessitée invinciblement par cet état des choses, la révolution française éclata ; elle prit dès son origine une fausse direction, la royauté fut renversée.
La royauté ne tarda pas à se reconstituer, parce qu'étant en France la tête et le coeur de l'ancien système, elle ne peut s'éteindre qu'avec lui, et qu'un système ne peut s'éteindre qu'autant qu'un autre existe déjà tout formé, et prêt à le remplacer immédiatement.
Le résultat final de toute cette grande commotion fut l'abolition des privilèges, la proclamation du principe de la liberté illimitée de conscience, et enfin, l'établissement de la constitution anglaise, octroyée par le pouvoir royal lui-même.
L'abolition des privilèges ne fit que compléter la ruine de la féodalité, et réduisit absolument le pouvoir temporel à l'unique pouvoir royal.
La proclamation du principe de la liberté illimitée de conscience anéantit en totalité et irrévocablement le pouvoir spirituel (I).
Enfin, rétablissement de la constitution anglaise doit être considéré sous deux rapports difierents , et en quelque sorte opposés.
D'une part, il a continué la démolition de l'ancien système, en limitant le pouvoir royal ( qui en est aujourd'hui le seul reste réel ), autant qu'il est possible de le faire en ne sortant pas de ce système.
D'un autre côté, elle a institué, par l'établissement d'une chambre représentative de l'opinion publique , le véritable moyen de transition, le moyen qui permet d'arriver paisiblement, sans efibrts, et prompteroent au système qui doit suivre , aussitôt qu'il sera formé et susceptible d'entrer en activité.
(0 Celte proclamation a rendu impossible l'établissement d'aucune autorité théologique, ^oit politique, sibii simplement morale; car les croyances ayant été laissées à l'arbitraire de chaque individu, il n'y aura peut-être pas deux professions de Toi tout à fait uniTornies, et celle de chacun pourra varier du matin au soir, en suivant toutes les variations que pourra lui inspirer l'état perpéluellemeni mobile de ses affections morales et physiques, ainsi que les circonstances sociales, également mobiles, dans lesquelles il se trouvera successivement placé.
En un mot, il est clair que la liberté Illimitée de conscience et Tindifférence théologiqae abscrlue, reviennent exactement au mémo, quant aux conséquences politiques. Dans l'uu et l'autre cas, les croyances surnaturelles ne peuvent plus servir de base à la morale. C'est un fait qu'on ne saurait trop répéter, bien loin de devoir le cacher, puisqu'il prouve la nécessité de constituer sur d'autres principes, sur des principes positifs (c'est-à-dire déduits de l'observation), la morale qui est la base, ou plutôt le lien général, de l'or^tanisation sociale.
Parvenu k la fin du dernier terme de la premiè^'e sërie d'obserradons , je rais résumer, en peu de mots , les conséquences de cet examen.
Mon point de départ était celui-ci :
Au onzième siècle , le système féodal et théologique s'est définitivement constitué, quant au pouvoir temporel et quant au pouvoir spirituel.
A la même époque , les éléments d'un nouveau système social ont pris naissance, savoir, la capacité industrielle, ou des artisans (née de Taffranchissement des communes), derrière le pouvoir temporel ou militaire ; et la capacité scientifique ( née de l'introduction des sciences d'observations en Europe par les Arabes), derrière le pouvoir spirituel.
Ces deux systèmes ont coexisté pendant quatre ou cinq cents ans sans se choquer ouvertement , attendu l'inégalité des forces : la lutte s'est préparée en silence durant cet intervalle.
A partir du commencement du seizième siècle , il y a eu trois attaques principales des éléments du nouveau système contre l'ancien ; deux partielles et une générale : chacune d*elles a employé environ, un siècle.
Le seizième siècle a vu l'attaque contre le pouvoir spirituel ; le dixseptième celle contre le pouvoir temporel ; et enfin l'attaque générale et décisive contre l'ancien système a eu lieu pendant le dix-huitième siècle ; elle a déterminé la chute du régime Ihéologico-militaire.
Le véritable état actuel de l'ancien système, est celui-ci, sans aucune exagération.
D'une part , plus de doctrine , toutes les croyances qui leur servaient de base sont éteintes ou prêtes à s'éteindre; ainsi, le pouvoir spirituel ne peut plus exercer d'action que sur la dernière classe de la société.
D'un autre côté , le pouvoir temporel est réduit uniquement à une seule de ses deux branches , et cette branche , le pouvoir royal, est réduite aux moindres dimensions qu'elle puisse avoir pour ne pas laisser tomber, comme une masse inerte, tout cet ancien système qui s'y trouve suspendu.
Enfin , l'ancien système n'a aujourd'hui de force que celle qui lui est rigoureusement nécessaire pour maintenir l'ordre jusqu'à l'établissement du nouveau ; encore est-il fort douteux qu'il pût continuer à le maintenir, si cet établissement était trop longtemps retardé.
Je laisse à juger , d'après cet exposé , si Torganisation du noovean système est une chose urgente , et si les artistes , les savants
18 SYSTÈME DE pOUTIQUE POSITIVE.
flnence. C'est à qnoi les partisans de Pancien système, et ses adyersaifes, n'ont pas fait assez d*attention.
Préparée, ou, pour mieux dire, nécessitée invinciblement par cet état des choses, la révolution française éclata ; elle prit dès son origine une fausse direction, la royauté fut renversée.
La royauté ne tarda pas a se reconstituer, parce qu'étant en France la tête et le cœur de Tancien système, elle ne peut s'éteindre qu'avec lui, et qu'un système ne peut s'éteindre qu'autant qu'un autre existe déjà tout formé, et prêt à le remplacer immédiatement.
Le résultat final de toute cette grande commotion fut l'abolition des privilèges, la proclamation du principe de la liberté illimitée de conscience, et enfin, l'établissement de la constitution anglaise, octroyée par le pouvoir royal lui-même.
L'abolition des privilèges ne fit que compléter la ruine de la féodalité, et réduisit absolument le pouvoir temporel à l'unique pouvoir royal.
La proclamation du principe de la liberté illimitée de conscience anéantit en totalité et irrévocablement le pouvoir spirituel (1).
Enfin, rétablissement de la constitution anglaise doit être considéré sous deux rapports difierents , et en quelque sorte opposés.
D'une part , il a continué la démolition de l'ancien système, en limitant le pouvoir royal (qui en est aujourd'hui le seul reste réel ), autant qu'il est possible de le faire en ne sortant pas de ce système.
D'un autre côté, elle a institué, par l'établissement d'une chambre représentative de lopinion publique , le véritable moyen de transition, le moyen qui permet d'arriver paisiblement, sans efforts, et prompteroent an système qui doit suivre , aussitôt qu'il sera formé et susceptible d'entrer en activité.
(1) Celle procUmalion a rendu impossible rétablissemeni d'aucune autorité Uiéologique, ^l politique. soU sfitiplement morale; caries croyances ayant été laissées à Tarbitraire decbaqoe individo, il n'y aura peui-étre pas deux professions de Toi loul à Taii uniformes, et celle de chacun pourra varier du matin au soir, en suivant toutes les variations que pourra lui inspirer l'éiat perpéluellemenl mobile de ses affections morales et physiques, ainfi que les circonstances sociales, également mobiles, dans lesquelles il se trouvera successivement placé.
En un mot, il est clair que la liberté Illimitée de conscience et l'indifférence tbéoloffiqae absolue, reviennent exactement au mémo, quant aux conséquences politiques. Dans l'uu et l'autre cas, les croyances surnaturelles ne peuvent plus servir de base à la morale. Cest un fait qu'on ne saurait trop répéter, bien loin de devoir le cacher, puisqu'il prouve la nécessité de constituer sur d'autres principes, sur des principes positifs (c'est-i-dire déduits de l'observation), la morale qui est la base, ou plutôt le lien général, de l'organisation sociale.
ParTenn k la fin du dernier terme de la premiè^'e série d'obserradons , je vais résumer, en peu de mots , les conséquences de cet examen.
Mon point de départ était celui-ci :
Au onzième siècle , le système féodal et théologique sVst définitÎTement constitué, quant au pouToir temporel et quant au pouToir spirituel.
A la même époque , les éléments d^un nouveau système social ont pris naissance, savoir, la capacité industrielle, ou des artisans (née de l'affranchissement des communes ) , derrière le pouvoir temporel ou militaire ; et la capacité scientifique ( née de l'introduction des sciences d'observations en Europe par les Arabes), derrière le pouvoir spirituel.
Ces deux systèmes ont coexisté pendant quatre on cinq cents ans sans se choquer ouvertement, attendu l'inégalité des forces : la lutte s'est préparée en silence durant cet intervalle.
A partir du commencement du seizième siècle , il y a eu trois attaques principales des éléments du nouveau système contre l'ancien ; deux partielles et une générale : chacune d'elles a employé environ, un siècle.
Le seizième siècle a vu l'attaque contre le pouvoir spirituel ; le dixseptième celle contre le pouvoir temporel ; et enfin l'attaque générale et décisive contre l'ancien système a eu lieu pendant le dix-huitième siècle ; elle a déterminé la chute du régime théologico-militaire.
Le véritable état actuel de Tancien système, est celui-ci, sans aucune exagération.
D*une part , pins de doctrine , toutes les croyances qui leur servaient de base sont éteintes ou prêtes à s'éteindre; ainsi, le pouvoir spirituel ne peut plus exercer d'action que sur la dernière classe de la société.
D'un autre côté , le pouvoir temporel est réduit uniquement à une seule de ses deux branches , et cette branche , le pouvoir royal , est réduite aux moindres dimensions qu'elle puisse avoir pour ne pas laisser tomber, comme une masse inerte, tout cet ancien système qui s'y trouve suspendu.
Enfin, l'ancien système n'a aujourd'hui de force que celle qui lui est rigoureusement nécessaire pour maintenir l'ordre jusqu'à l'établissement du nouveau ; encore est-il fort douteux qu'il pût continuer à le maintenir, si cet établissement était trop longtemps retardé.
Je laisse à juger , d'après cet exposé , si l'organisation du nouveau système est une chose urgente , et si les artbtes , les savants
et les artisans , ne commettent pas la plus grande faute en s'endormantà cet égard.
Tel est au vrai Pétat présent de la société, sous le rapport de Tancien système. Nous saurons bientôt, par Texamen de la deuxième série d'observations, s*il n'est pas plus satisfaisant quant au nouTeau.
Digiti
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