AVIS
Mes troisième et quatrième circulaires annuelles ayant été respectivement jointes aux préfaces des deui tomes prëc(^dents , j^ai cru devoir ici compléter cette collection en reproduisant les deux premières, et même celle qui provoqua rin>litnlion du subside. Ce recueil sera graduellement prolongé dans les préfaces de mes autres traités
2^ Circalaire initiale.
Fvb, It il Mfwkre 1141.
Nous sollicitons votre attention et , si vous jugez qu^il y a lieu , votre concours pour un objet qui nous paraît intéresser à la fois la moralité publique et la science.
M. Auguste Comte, auteur du Syttèmedê philo$ophii positive ^ est trop connu pour que nous nous étendions longuement sur les services qu'il a rendus Son grand ouvrage, dislingnant nettement, de la science concrète, la science abstraite, a, par une biérarcbie admirable, systématisé pleinement cette dernière: il a fait entrer rbistoiro dans le domaine de la science positive, et, de la sorte, tracé le cercle de la connaissance bumaine. Mathématique, astronomie, phy-
XXXll SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
giqoe, chimie , biologie, sociologie ; tel est rensemble du dé?e1oppeineo( scleotifique ; lel esl le corps de la philosophie moderoe oa positive; telle est la cause profonde, telle est la règle de plus en plus apparente des mulatioos sociales que nous offrent le passé et le présent. Âus»i Tœuvre capitale de M. Comte ^ si féconde au point de vue de la science pure , ne Test pas moins au point de Tue social et politique.
Ces travaux ont employé la vie de M. Comte. Parallèlement, il a pourvu , étant sans fortune « aux nécessités de la vie, d^abord par des leçons de mathématiques, puis par des fonctions didactiques qui lui ont éé conBées à PÉcole polytechnique et dans une institution particulière. Des inimitiés persévérantes, quUl faudrait qualifier sévèrement si c'était ici le lieu dVn parler, Tont privé de sa place d'examinateur toujours honorablement remplie. Enfin , dans ces derniers temps, sa dirgr&ce s étendant , il a perdu la position qu'il avait dans une pen~ sion de Paris.
Telle est la marche de la rémunération à mesure que les travaux accomplis et les services rendus ont été plus grands. Nous pensons que la morale publique est intéressée à ce que de telles injustices soient réparées, à ce que des hommes équitables s'interposent pour empêcher le mal de se faire. 11 reste à M. Comte une place de rép'titeur à PÉcule polytechnique; mais les deux mille francs qu'elle rapporte sont complètement absorbés par di s affaires domestiques. Il nous a semblé qu'une somme de cinq mille francs , fournie annuellement par cotisation, ausrii longtemps du moins que M. Comte n'aura pas réussi d'ailleurs à se procurer des ressources quelconques, .suflQra aux besoins ile son existence et de MS travaux. C'est donc celte somme que nous demandons par contribution aux amis de la science, aux ennemis de l'injustice, et à laquelle, bien entendu, noua contribuons des premiers pour notre part.
Salut et Fraternité.
(Suivmt douM ngruUwei,)
S^ Première circulaire annuelle,
Adressée, par Tauteur du Système de philosophie positive, à chaque coopéra leur du libre subside exccplionnellemeal institué pour lui.
?irii. le 47 ArisUto 11 (Jeili 44 mm 4S$I|.
Le noble patronage collectif dont je suis devenu l'objet a maintenant assex duré pour que ma gratitude publique puisse prendre son vrai caractère. Cette protection exceptionnelle fut toujours appréciée comme un devoir social, soit par Téminent collègue qui Pinstitua , soit par les dignes confrères qui secondèrent
PRÉFACE DU lOME QUATRIÈAIE. X&SUl
spontanément sa générease initiatifd. Aussi n^hésilai-je jamais h l'accepter haa** tementy aa double titre de garantie légitime contre la coupable spoliation o0lciellement accomplie envers moi et de gage de sécurité méritée pour la conti* nuation de mes travaux philosophiques. Il me suffisait qu^un tel subside ne pùl émaner que de ceux qui reconnaîtraient en moi la victime d^une iniquité constatéa ou un penseur digne d'encouragement continu. Or, ma position persoonello se trouvait déjà caractérisée assez nettement » sous Tun et Tantre aspect , pour dissiper tous mes scrupules.
Quand mon existence polytechnique fut ruinée , en 1844 f le ministre compétent (M. le maréchal Sooit) flétrit solennellement cet attentat par un blâme énergiqoe, résulié d'un examen approfondi. Il ne laissa consommer cette spoliation qu'après avoir épuisé les insuffisantes ressources que lui pemettait oae l^ité vicieuse. Lorsqu'avorta , en 1848, une réparation généralement atlendne, le nouveau ministre dont elle dépendait (M. le général de Lamorieière) ea reconnut complètement la nécessité. Dans notre conférence spéciale , il admit pleinement la réalité et l'opportunité du principe que j'invoquais : tout effiee public dignement rempli constitue, tant que la fonction subsiste , une propriété aussi sacrée qu'une terre ou une maison. Mais, dés que, d'après osla, j'aecusai diiee« tement de vol la corporation qui m'avait dépouillé , il éluda cette inéeasable conséquence, oubliant qu'il devenait ainsi eomplice de l'atteital reeeuu pa? lui-même et dout la réparation était alors eu soa poivoif »
Sous ce premier aspect , je ne pouvais donc que m^honofei éHuM libie ialir- Tontion destinée à neutraliser une iniquité notoire, soumise» peidaat qualsoaiu, à l'appréciation publique, surtout dans le milieu potyleehaiqie. Ce pruteotoiat volontaire contre une injuste persécution constitue, à mes yeux, une digue inauguration des véritables mœurs républicaines. U tend à faire coavenabkmeal revivre l'esprit chevaleresque, sous la forme la mieux adaptée à notre état social, otk les oppresseurs attaquent surtout la fortune , faute de pouvoir atteindre la vie, et même la liberté. A ce titre, je me féliciterai toujours qoe mon malheur personnel ait suscité une semblable manifestation , tant suseeptible d'une heureuse imitation. Je regrette seulement que l'égolsme jMtyteehni^M ait trop neutralisé ce généreux appel, même parmi la jeunesse, chez la portion du public qui connaissait le mieux l'attentat à réparer. Mais cette sécheresse inattendue fait davantage apprécier la participation spontanée des nobles prolétaires qui ont compensé un tel abandon^
Ayant voué toute ma vie h fonder, sur l'ensemble des sciences, la saine philosophie , et , par suite , la vraie religion , je devais, en second lieu , accepter, dans mon injuste détresse , l'appui de tous ceux qui regardent la foi positive comme la seule issue de l'anarchie actuelle. Leur sympathie est, en effet, devenue le principal fondement du patronage institué contre une persécution secrètement destinée h empêcher la continuation de mon œuvre régénératrice. En ce sens, une telle mesure inaugure déjà les mœurs qui conviennent à l'avènement graduel du nouveau pouvoir spirituel. Comme le clergé catholique, le sacerdoce de niumanité doit longtemps subsister de libres cotisations privées, avant de mé-
ritar et d^obtenir la munificence publique qai les régularisera quand la foi neo- Têlle aura sof&samment pré?alu. Sans cette sollicitude spontanée de toas ceux qui reconnaîtront Futilité de leurs traraux , les nouyeaui philosophes ne pourraient assez accomplir leur office social. Du moins, ils seraient alors forcés de le subordonner, ou à une fortune personnelle peu compatible avec leur vocation, on à vue profession accessoire qui entraverait leurs efforts habiluels.
Tels sont les divers motifs d*après lesquels j'ai accepté , avec reconnaissance, une protection pleinement normale, dont Papparence exceptionnelle résulte seulement de notre situation anarchique, qui altère toutes les notions sociales. Quoique la souscription n*ait guère atteint jusqu^ici que la moitié du taux proclamé indispensable dans la circulaire initiale , je ne doute pas que cette honorable sauvegarde ne devienne bientôt suffisante tant que la persécution durera. Tous ceux qu*indigne ma spoliation , et tous ceux qui sentent la portée sociale do positivisme^ se croiront moralement obligés de neutraliser, suivant leurs moyens , une oppression odieuse et funeste. Ma confiance est telle, à cet égard, que déjà elle développe en moi les habitudes convenables à on penseur devenu l'objet de dignes sympathies. Non-seulement ma construction religieuse n'a jamais subi le ralentissement qu^avaient surtout en vue mes persécuteurs. Mais j**i spécialement ébauché les mœurs normales du nouveau sacerdoce, en renonçant systématiquement à tout profit personnel dans la prochaine publication de mon second grand ouvrage {Symème de poliHque poritive, ou Traité de eoeiologie, inttilmont la nUgUm de fHmmamié), L'importante mesure pour laquelle je vous adresse aujourd'hui mes remerctt solennels, excite à la fois le sentiment social ches ceux qui y concourent, I celui qui en est Tobjet , et parmi tous ceux qui la connaissent. A ce triple titre, son efficacité morale, et même sa véritable digniié , augmentent avec sa dissémination. Une philosophie destinée surtout à systématiser Tavénement social du prolétariat occidental , doit spécialement s*hunorer des sympathies populaires. C'e^t pourquoi , en me glorifiant de l'appui spontané que j'ai partout obtenu, je serais encore plus fier de soutenir mon existence matérielle d'après des sousèriptiens d'un osntisM quotidiMU
Salut et Fraternité.
AOOUSn COMTE , ( 40, riftf ^afM^«*r-fa-Pftfice.)
PBÉrACIi DU TOME QUATRIÈME. XXXV
4* Deuxième eirenlaire ammelle,
Adrefttée, par l'aoteur du Système de philomphie potitive, à chaque coopéraleur da libre sobsidê exoeptkHinelieBkeBt ÎDslituè pour lui.
Viril. H S7 iriMm It ( taiii U Mn 4tM ).
L'npresaioii iDîUale de ma gratitude publique caraetériia, Tan dernier, l'esprit daas lequel fut ioatitoé et accepté le digne patronage collectif dont je rais de? enu Tobjet. Une plvs longue eipérience me permet aujonid^bui de compléter cette appréciation , en déterminant mieux la source de cet honorable protectorat.
Il semblait defoir émaner, non- seulement des vrais- posilifistes, disposés à MQtraKser ainsi une persécution dirigée, au fond, contre notre doctrine, mais avsfii de ceux qui , sans aucune sympathie de principes, reconnaîtraient spécialement Piniquité de ma spoliation polytechnique. On pouvait même croire que ceux-ci, plus nombreux et plus riches, contribueraient davantage au subside réparateur. Une espérance aussi naturelle n^a point été confirmée par Tévéneroent. Sauf quelques exceptions très-rares, le public polytechnique, quoiqu^ayant pleinement réprouvé Tattentat commis envers moi , n^a nullement concouru à cette juste sauvegarde, même parmi mes anciens camarades et mes nombreux élèves. La protection est uniquement provenue de ceux qui , adoptant mes convictions, ont voulu, diaprés mes services sociaux, assurer la paisible continuation de mes travaux philosophiques.
Un contraste aussi propre è montrer où se trouve aujourd'hui le vrai sentiment di devoir, devient encore plus décisif en précisant davantage cette dernière observation.
La nouvelle doctrine universelle obtient maintenant deux sortes d^adbéeions : les unes, insuffisantes, quoique plus anciennes, se bornent aux principes philosophiques; les autres, plus récentes, mais seules complètes, s'étendent aux conséquences sociales. Cette distinction est surtout tranchée en Angleterre, oà de nombreux et puissants suffrages ont, depuis longtemps, mieux établi que partout ailleurs, la supériorité intellectuelle du positivisme, tandis que sa destination morale et positive y reste peu appréciée Or, les adhésions purement philosophiques n'ont inspiré juiquMci aucune participation durable à ce noble patronage, n émane exclusivement des positivistes complets, pour lesquels la nouvelle philosophie ne constitue pas seulement la base finale de la réorganisation moderne, mais ans^i le guide nécessaire de la transition actuelle.
XXXn StSTËME DE POLITIQUE POSITIVE.
Cette irrécusable comparaison montre la faible efficacité pratique des conrergences intellectuelles qni ne sont pas liées à des sympathies morales. Une seule dissidence suffit à Tesprit pour rendre stérile la plus grande conformité d^opinions, tandis que le cœur surmonta aifément de graves di? ergences diaprés un même sentiment ponssant ters un but commun. Néanmoins, ces positivistes incomplets ne contestent nullement la maxime sociale qui charge la classe active de nourrir la classe contemplative. Ils reconnaissent même que, envers le nou- Teau pouvoir spirituel , cette obligation doit rester longtemps privée, jusqu'à ce que jes convictions publiques soient assez élaborées. Mais, dans ce cas décisif , Ils sont devenus aussi indifférents à mon sort que s'ils rejetaient mes principes fondameniaui.
Ainsi , la véritable union dépend plus du cœur que de Tesprit. Le positivisme doit de moins en moins compter sur ceux qui Vaccueillenk'senlement comme un puisi^ant moyen de satisfaction mentale, lié d'ailleurs à une lointaine régénération sociale. Son avènement ne peut résulter que des sentiments disposés à y rattacher directement la seconde partie de la grande révolution. Or, cette terminaison de l'anarchie occidentale exige deux constructions principales, l'une théorique, l'autre pratique, naturellement connexes; l'établissement d'un nouveau pouvoir spirituel, et l'incorporation normale du prolétariat à la société moderne. Plus notre situation se développe , mieux on sent que le moyen âge nous a irrésistiblement légué ce double programme, qui suppose une intime combinaison entre les vrais philosophes et les dignes prolétaires. Il n'y a de véritables positivistes, théoriciens ou praticiens, que ceux qui embrassent ainsi toute la question fondamentale, en y subordonnant toujours l'intelligence à la sociabilité. En un mot, la philosophie positive n'émane de la science réelle que pour aboutir à la vraie religion. '
' Depuis que ce but final est assez caractérisé , il écarte de plus en plus les adhérents purement spéculatifs de la nouvelle doctrine générale. Ils deviendront bientôt indifférents, et même hostiles, envers elle, quaod il faudra se prononcer sur sa tendance religieuse, qui seule embrasse l'ensemble de ses attributions. Comme lettrés ou comme riches, ils répugnent à seconder le sacerdoce positiviste, qui, au nom de l'Humanité, impose déjà d'irrécusables obligations sociales à remploi continu des forces quelconques, et surtout du talent ou de la fortune. Les diverses puissances actuelles désirent secièiement la prolong ition de l'anarchie spirituelle, qui les affranchit des devoirs propres au moyen âge, sans y substituer aucun équivalent moderne. Elles redoutent d'autant plus l'avènement du nouveau pouvoir moral qu'il combinera toujours la démonstration avec le sentiment, et qu'il appuiera leur concours sur une formidable opinion publique, que le positivisme peut seul organiser.
Parmi ces positivistes d'esprit , les plus généreux , complétant leur tardive évolution , se joindront enfin aux positivistes de cœur, pour coopérer dignement à la régénération occidentale. Les autres, surmontant leurs antipathies intellecUielles, serviront finalement de chefs à l'opposition théologique et métaphysique , afin de