‹ Système de politique positive (volume 4)Chapitre 15 sur 26 · PRÉAMBULE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE GÉNÉRAL

L'étude positive de rHumanité doit être décomposée en deux parties essentielles : l'une, statique, concerne la nature fondamentale du grand organisme ; l'autre, dynamique, se rapporte à son évolution nécessaire. Quoique ces deux classes de lois soient encore plus connexes en sociologie qu'en biologie, la complication supérieure de la science finale y exige davantage leur séparation, spontanément suscitée par la lenteur d'un développement où la théorie de Tordre fut ébauchée longtemps avant celle du progrès. Cette division systématique constitue, d'ailleurs, uoe nouvelle application du principe universel, d'après lequel j'ai construit la vraie hiérarchie encyclopédique. L'esprit de la sociologie statique est, en effet, plus simple, plus général et plus abstrait que celui de la sociologie dynamique. Aussi la statique sociale forme- t-elle le lien direct de la science finale à l'ensemble des sciences préliminaires, et surtout à la biologie, dont elle parait alors inséparable. Sans une saine

théorie préalable de l'existence, Tétude du mouvement ne pourrait assez acquérir la positivité rationnelle d'où dépend son efficacité normale. Une telle distinction n'importe pas moins à l'art qu'à la science; car, les lois dynamiques s'appliquent surtout à la politique, et l^s lois statiques coûviennent davantage à la morale.

Entre ces deux groupes de lois sociologiques, il règne une harmonie fondamentale, réglée par le principe général, qui, partout ailleurs, rattache l'étude du mouvement à celle de l'existence. Apprécié d'abord dans le simple domaine mathématique, ce principe doit enfin trouver , en sociologie, son essor le plus complet et le plus décisif • Il y consiste proprement à concevoir toujours le progrès comme le développement graduel de l'ordre. En sens inverse, il représente l'ordre comme manifesté par le progrès. Telle est l'intime connexité de ces deux grandes notions, autant théoriques que pratique)», dont l'une oacactérise la base et l'autre le but de la vie sociale^ toujours dominée par l'amour universel. Déjà, la biologie réduit toute vitalité à une simple évolution, sans jamais admettre de création proprement dite* Mais cette conviction systématique appartient surtout à la sociologisi où un essor plus complexe^ plus vaste, et plus lent ne permet point de méconnaître l'identité fondamentale des divers états successifs. L'étude statique et l'étude dynamique y tendent graduellement à coïncider, ù mesure que le véritable esprit de chacune d'elles indique mieux leurs relations nécessaires, en expliquant tour à tour l'ordre par k progrès et le progrès par l'ordre*

Ainsi^ leur indispensable séparation ne doit jamais voiler la oeonexité naturelle qui fait consister le ^rinc^)al résultat ée efaaeane dans sa réaction normale sur l'autre. C'est pourquoi leur coordination mutuelle diffère beaueoup,suivantqu'il s'agit <de créer la sdenee sociale ou de la systématiser» Dans mon

STATIQtfi SOGIALB. — PRÉAimULE GÉNÉRAL. 9

imtê fondamental^ je devais sfartout établir, pour la première fois, les lois naturelles propres aux phénomènes sociaux, jus* çu*alor3 étrangers à tout régime positif. J*y fis donc prévaloir raqppréciation dynamique, comme étant seule pleinement décisive à cet égard. Alors il fiallaît principalement découvrir et démontrer les lois du progrés, en ramenant à une marche invariable le cour^ général des destinées hmnaines, où Ton ne voyait auparavant qu'une inexplicable succession de vicissitudes presque arbitraires. Les lois propres de l'ordre, d'ailleurs pfen contestables en principe, ne devaient spécialement m*occuper fa'à mesure que leur appréciation essentielle intéressait Pétude directe de révolution historique. Mais le traité actuel exige un tout autre caractère logique.

Je m'y adresse à des esprits assez convaincus déjà de rexis* fience nécessaire des lois sociologiques, dont ils attendent surtout la vraie systématisation finale, qui devient indispensable à la nouvelle éducation occidentale. L'étude abstraite de l'ordre doit alors préval<Hr directement sur celle du progrès, qui, dans le volume suivant, en deviendra la conséquence naturelle et le tenrplément nécessaire. Cette seconde marche offre plus de diftcultés que la première , parce que le sujet scientifique s'y trouve mdns déterminé d'abord. Mais elle peut seule procurer une OMisistance vraiment inébranlable à la saine philosophie sociale, Mit en la liant mieux à toute la philosophie naturelle, soit en coordonnant davantage ses propres éléments. U faut donc ici, d'après une abstraction provisoire, étudier d'abord l'ordre Jhinain comme s'il était immobile. Nous apprécierons ainsi ses diverses lois fondamentales, nécessairement communes à tous les temps et à tous les lieux. Cette base systématique nous permettra ensuite l'explication générale d'une évolution graduelle qui n'a jamais pu consister que dans la réalisation croissante du régime propre h la vraie nature hunKiine, et dont tous les

germes essentiels durent exister toujours. Le volume actuel doit donc représenter l'ordre primitif comme la source universelle de Tordre définitif, sauf l'appréciation ultérieure de la longue initiation qu'exigeait une telle émanation. Ainsi simplifiée et consolidée, la saine conception générale de l'avenir social pourra pleinement surmonter à la fois toute utopie subversive et toute tendance rétrogade, en satisfaisant dignement aux conditions de continuité et d'homogénéité^des destinées humaines.

D'après cette appréciation de l'ensemble de la sociologie, ce second volume doit successivement caractériser l'ordre humain sous tous les divers aspects fondamentaux qui lui sont propres. Envers chacun d'eux, il faut d'abord déterminer le régime normal qui correspond à notre véritable nature, et ensuite expliquer la nécessité qui subordonne son avènement décisif à une longue préparation graduelle. Fondée sur cette double base, la dynamique sociale développera davantage les lois de l'ordre, en étudiant, dans le troisième volume, la marche du progrès, qui dut jusqu'ici se réduire essentiellement à Taccomplissement successif d'une telle initiation. Ainsi préparé, le quatrième et dernier volume appréciera directement l'avenir humain, et la transition finale qu'il exige aujourd'hui des populations d'élite. Un tel plan général indique assez l'importance fondamentale du volume actuel, en représentant la statique sociale comme la base systématique de toute cette grande construction, à la fois historique et dogmatique, d'où surgira graduellement la religion de THumanité. Les principes que je vais établir devront ensuite diriger également la détermination de l'avenir et l'appréciation du passé, qui ne pourront essentiellement consister qu'à mieux caractériser la maturité finale et l'évolution préliminaire de ces divers germes nécessaires.

Ce traité abstrait de l'ordre humain se composera de sept

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