‹ Système de politique positive (volume 4)Chapitre 21 sur 26 · THÉORIE POSITIVE DU LANGAGE HUMAIN · texte numérisé non relu

THÉORIE POSITIVE DU LANGAGE HUMAIN

Afin de bien apprécier la nature et la destination de ce chapitre intermédiaire , je dois d'abord caractériser ses relations nécessaires avec Tensemble des deux précédents qu'il complète, et avec celui des deux suivants qu'il prépare. D'après cette double connexité, il devient aussi comparable aux deux chapitres extrêmes de ce volume, entre lesquels il pourrait même instituer un lien direct. Car, la vraie théorie du langi^e humain adhère profondément , d'une part à celle de l'unité humaine , et d'une autre part à celle des variations normales de Tordre humain. La première explication caractérisera le début du présent chapitre , et la seconde sa conclusion. Entre ces deux appréciations extrêmes , se placera la propre théorie du langage humain, ainsi considéré successivement dans sa nature, sa destination, et sa marche.

Un tel plan devant commencer par combiner le chapitre actuel avec Tensemble des deux précédents, j'y dois d'abord indiquer la connexité spéciale de ceux-ci. Elle ressort main- Xm^nX du simple rapprochement de leurs conclusions respectives. D%ine part, l'étude fondamentale de l'activité égoïste i\\\\ domine toute l'existence humaine a démontré sa tendance

finale vers un caractère essentiellement altruiste. Mais, j'ai en même temps établi que cette transformation nécessaire exigeait une longue et difficile initiation^ qui, sans pouvoir discipliner directement nos forces quelconques , était destinée surtout à les développer, sous Timpulsion prépondérante de leur personnalité ^primitive. Ainsi conduit à Texamen direct des relations affectives qui doivent spontanément déterminer une telle régénération , j'ai prouvé , d'une autre part , que Tezistence do-^ mestique comporte finalement cette grande destination. Néanmoins, j'ai pareillement démontré que son efficacité morale se borne longtemps à l'intérieur de chaque famille, dont elle tend à développer la domination universelle. Pendant toute la durée de l'initiation humaine , l'ordre domestique reste donc propre principalement à former graduellement l'ordre politique. C'est ensuite de celui-ci que doit émaner l'impulsion décisive d'après laquelle les affections de famille tendront directement vers leur, sainte destination sociale, sans dégénérer habituellement en égoïsme collectif.

Dans cet état de la grande question, l'institution fondamentale du langage humain se présente, en sociologie, comme le principal instrument continu de cette réaction nécessaire de la ▼ie politique sur la vie domestique. La vraie constitution intime de rhumanité se trouve ainsi complétée par un troisième élément naturel, qui lie directement les diverses unités sociales , tandis que la propriété consolide leur existence pratique , et que la famille permet leur essor moral.

Tel est donc le principe général d'après lequel le présent chapitre combine spontanément l'ensemble des deux précédents avec celui des deux suivants. Cette triple base de la vie humaine tend ainsi vers l'élaboration permanente de la vraie religion, objet spécial de mon chapitre initial. D'abord l'institution de la propriété détermine la destination essentielle de la religion.

en penuettant Tessor décisif de l'activité continue qu*elle doit discipliner. Puis, la famille fournit à la religion la source affective de la force morale qu'exige une telle discipline. Enfin , 1&langage iprocure à la religion l'instrument général d'après le^— quel 86 forme, se transmet et s'applique la foi régulatrice^ nécessairement résultée du développement social de Tintelli — gence humaine sous la domination naturelle de l'ordre uni — versel.

C'est surtout à la religion que le langage doit être directemen couiparé, puisque l'un et l'autre se rapportent spontanément rensemblc de notre existence. Ils surgissent pareillement de^ fonctions mêmes qu'ils sont destinés à régulariser. Leur émana — tion s'y accomplit semblablement, d'après deux sources natu — relies, l'une morale qui dirige, l'autre intellectuelle qui assisté ^ complète et développe. En effet, le langage est^ comme Igl religion, inspiré parle cœur et construit par l'esprit. C'est ainsi, qu'il tient d'abord à la famille et ensuite à la société , bases respectives de l'essor affectif et du progrès mental. Destiné surtout à communiquer nos émotions, il s'applique de préférence, comme la roligion, aux impulsions sympathiques, seules pleinement transmissibles. L'élaboration intellectuelle s'y subordonne naturollemont à l'inspiration morale, soit pour exprimer les affections senties, soit afin de mieux satisfaire aux besoins éprouvés.

Dans le second chapitre de ce volume, j'ai montré comment la religion tire sa principale consistance de l'activité même qu'elle doit discipliner. Or, cette réaction normale est encore plus directe ot plus évidente pour le langage; car son essor pratique se rapporte toujours à nos besoins continus. Son extea- «ion théoriquo eu dérive également, quand il formule les no tton« qui doivent régler notre activité. Mais n'oublions jamai ^uo oMto double nécessité ne suffirait pas pour nous inspiro

l'institution du langage,' si d'abord elle n'était point émanée

involontairement de l'affection, d*où elle s'étend ensuite à

i'actibn, et enfin jusqu'à la spéculation. La fausse philosophie

a totalement interverti cet ordre naturel, d'après son exclusive

préoccupation des influences intellectuelles. Elle commit, à

i'égard du langage, la même erreur qu'envers la société qu'il

représente, en exagérant irrationnellement l'office de la ré-

flejsion et méconnaissant celui de la spontanéité.

Il faut ici remarquer enfin l'admirable harmonie qui existe naturellement entre l'institution du langage et la transformation radicale de notre activité. En effet, le langage, comme la religion, convient à la fois à l'existence individuelle et à l'existence collective. Mais c'est surtout celle-ci qui lui fournit, encore plus qu'à la religion, sa principale destination et sa Bonrce naturelle. Directement relatif à la vie sociale, jamais le lan.gage ne se rapporte normalement à la vie personnelle que ^*^près leur intime connexité. Cette grande institution est donc ^ontanément conforme àlatransformation nécessaire de notre ®^Î8tence pratique, dont elle annonce réellement le caractère *lt;ïuiste pendant la plus forte prépondérance du régime égoïste. ^>i8si la fin de ce chapitre démontrera-t-elle que le principal ^^Sor du langage humain appartient, sous tous les aspects, à ^ Oïdrè positif, où notre activité permanente doit devenir essen- ^^^llement collective, d'après une libre culture habituelle des ^^cctions directement bienveillantes.

X'ensemble de ces divers aperçus généraux conduit à ré- *^iûer l'analogie fondamentale entre le langage et la religion, ^ïi concevant l'un comme représentant Tunité que Tautrè *^Btitue. Faute de pouvoir s'élever au seul point de vue qui soit ^^aiment universel, la philosophie théologico-métaphysique Méconnut toujours la nature profondément sociale du langage lltunain. Il est, en lui-même, tellement relatif à la sociabilité

que Ips impressions purement personnelles ne peuvent jamais s'y formuler convenablement, comme le prouve Texpérience journalière envers les maladies. Sa moindre élaboration suppose toujours une influence collective, où le concours des générations devient bientôt non moins indispensable que celui des individus. Les plus grands efforts des génies les plus systématiques ne sauraient parvenir à construire personnellement aucune langue réelle. C'est pourquoi la plus sociale de toutes les institutions humaines place nécessairement dans une contradiction sans issue tous les penseurs arriérés qui s'efforcent aujourd'hui de retenir la philosophie au point de vue individuel. En effet, ils ne peuvent jamais exposer leurs sophistiques blas^ phèmes que d'après une série de formules toujours due à une longue coopération sociale.

De cette première appréciation générale, il faut maintenant déduire la théorie spéciale du langage humain, successivement apprécié dans ses diverses attributions essentielles, et aussi quant aux parties correspondantes de sa constitution propre.

Je dois d'abord circonscrire l'ensemble d'un tel examen avec plus de précision philosophique qu'on ne put le faire sous le régime préparatoire, qui ne distingua jamais, à cet égard, l'étude sociologique et l'analyse biologique. Cette confusion habituelle explique aisément la contradiction décisive oîi conduisait une étrange théorie qui, niant le langage des animaux, méconnaissait pourtant les principaux caractères qui en séparent la langue humaine.

Pour dissiper radicalement ces ténèbres métaphysiques, il feiut ici remonter jusqu'à la vraie définition générale des signes qui composent un langage quelconque. Elle consiste à conce*»» voir tout signe proprement dit comme résulté d'une certaine liaison habituelle^ d'ailleurs volontaire ou involontaire^ enti« un mouvement et une sensation. D'après une telle connezité^

't^^ntôt chaque mouvement reproduit objectivement la sensa- 'i;ion correspondante, et tantôt le retour cérébral de celle-ci ^représente subjectivement le mouvement d'où elle émana 4i'abord. C'est ainsi que le cerveau traduit au dehors ses diverses ±jmpressions intérieures par la relation mutuelle des deux appareils nerveux qui lui sont extérieurs. La communication suit d'ailleurs la même marche essentielle, soit que l'appareil moteur et l'appareil sensitif appartiennent à un seul individu, ou & deux êtres distincts.

Hobbes a judicieusement comparé l'efficacité de nos signes à i*influence générale des relations constantes qui se manifestent ^ntre deux phénomènes quelconques, simultanés ou consécu- "tifs. En effet, ces liaisons nous servent habituellement à pré- A^oir chaque phénomène d'après son correspondant, en sorte que l'un devient alors le signe de Tautre. Mais je ne rappelle ici ce lumineux rapprochement que pour mieux rattacher l'office essentiel du langage au précepte fondamental de Ja philoi^ophie positive sur la subordination universelle du subjectif à l'objectif. C'est seulement en liant ainsi le dedans au dehors <jue nous pouvons procurer à notre propre existence cérébrale Xa consistance et la régularité qui naturellement caractérisent l'ordre extérieur, en vertu de sa simplicité supérieure, suivant la loi générale de la hiérarchie réelle. Or, cette fixité constitue Xa principale aptitude du langage , qui l'obtient toujours en ^attachant l'homme au monde. Il y parvient même d'après des relations purement artificielles. Car, outre que les vrais signes ne sont jamais arbitraires, il suffit que la liaison existe pour comporter une telle efficacité, sans qu'on doive s'enquérir comment elle fut instituée. Néanmoins, je ne saurais approuver l'extension exorbitante que des penseurs trop vagues ont sou- Arent attribuée aux mots langage^ signe^ etc. ; au point d'envisager l'ordre universel comme formant, dans son ensemble,

une sorte de langue naturelle, dont tous les éléments s'inter-> prêtent mutuellement. En écartant ces irrationnelles exagérations, qui ne peuvent qu'entraver la saine théorie du langage, je dois donc me borner à systématiser ici l'usage vulgaire, en restreignant le nom de signe à la liaison constante entre une influence objective et une impression subjective. Cette définition ne diffère de celle que j'ai d'abord indiquée que par sa forme plus abstraite et plus précise, comme le montre leur simple rapprochement direct. Tout mouvement qui rappelle une sensation est, en effet, essentiellement objectif, même quand il émane de Torganisme auquel s'adresse le signe ainsi produit.

Le dernier chapitre du volume précédent établit assez la théorie biologique du langage pour que je puisse ici me contenter d'y renvoyer. J'y dois seulement puiser la distinction principale, entre le langage involontaire auquel se bornent les animaux inférieurs, et le langage plus ou moins volontaire qui se développe chez tous les animaux supérieurs, même à partir du degré d'organisation où commence la pleine séparation des sexes. Dans le premier cas, les actes accomplis deviennent seuls les signes nécessaires des penchants qui les ont inspirés ou des projets qu'ils réalisent. Ce langage, auquel devrait exclusivement appartenir le nom de langage (faction est spontanément entendu de tous les êtres semblablement organisés. Mais il peut toujours être aussi compris essentiellement partons les animaux plus élevés, d'après le fond commun d'organisation qui rapproche toutes les natures vivantes, dont l'élévation graduelle ne résulte jamais que d'un simple perfectionnement ou développement de ces attributs généraux. Néanmoins, quelle que soit l'importance de ce premier langage, il ne doit être ici considéré que comme la base naturelle du second, seul objet de ce chapitre.

En tant que volontaire, celui-ci est toujours artificiel, même

chez les animaux^ qui tous en modifient, de la même manière C[ue nous^ l'institution habituelle. Car, ils savent aussi changer, conformément à leurs exigences, extérieures ou intérieures, la liaison ordinaire entre le mouvement et la sensation dont le concîours produit chacun de leurs signes. L'institution de ceux-ci np ^eut cependant devenir jamaisarbitraire, sous peine de manquer destination principale, même comme moyen de liaison personnelle , et surtout quant à la communication domestique ou sociale. Ma théorie cérébrale indique comment ces signes volonaires acquièrent naturellement la fixité convenable, d'après eur origine élémentaire dans les signes involontaires, graduel- «ment décomposés et simplifiés, sans cesser d'être intelligibles, 'est ainsi que s'établit nécessairement la liaison normale entre la raie théorie sociologique du langage et sa simple théorie biocgique. En effet, les signes volontaires sont toujours de véri taies institutions sociales , puisqu'ils furent primitivement desinés aux communications mutuelles. S'ils s'appliquent ensuite u perfectionnement de l'existence individuelle, surtout men- 'tiale, cette propriété indirecte, qui reste presque bornée à X^espèce humaine , n'aurait jamais suffi pour déterminer leur ^ornaation. L'ancienne philosophie ne lui accordait une vicieuse ^Prépondérance que faute de pouvoir se placer au point de vue Social. Outre que ce langage volontaire est réellement le seul tjui doive nous intéresser directement, il comporte seul un progrès décisif, à mesure que la société se complique et s'é- "tend. U ne semble particulier à l'humanité que d'après notre socialité supérieure.

Tous les vrais naturalistes, et surtout Georges Leroy, ont

d'ailleurs reconnu que ce langage volontaire et perfectible se

développe aussi chez les autres animaux supérieurs. Chaque

espèce y institue , suivant son organisation et sa situation , sa

langue naturelle, toujours intelligible essentiellement pour les

224 STSTÊHE DE POLITIQUE POSITITE.

races plus élevées ^ et même comprise aussi par les êti:^s moins émirientSy quant aux degrés communs de vitalité. Un tel langage se perfectionne graduellement d'après l'essor suocessif des impulsions intérieures et des influences extérieures qui déterminèrent sa formation. Il ne parait immobile chez les animaux que faute d'un examen assez approfondi. Toutefois, en tant qMo toujours subordonné à la socialité correspondante , il comporte nécessairement les mêmes limites naturelles, et subit aussi de semblables entraves artificielles. Or, j'ai assez expliqué^ dans le premier volume de ce traité, l'irrésistible fatalité qui borne à notre seule espèce la plénitude du développoment social. L'essor spontané des autres sociétés ani-^i maies se trouvant donc arrêté bientôt par la prépondérance^ humaine, il eu doit être ainsi de leurs propres langues. Cha-? cune d'elles a presque toujours atteint maintenant, et souvent depuis longtemps , l'extension compatible avec l'ensemble , dos obstacles (jui dominent l'espèce correspondante. Mais, puiH(|uo notre suprématie constitue ordinairement la plus puissaiito do cos cutravos, on conçoit que, en la supposant suppriinéo (Ml uuhuo assez suspeudue, un progrès appréciable ne tardt^ait pas à di^niontir cette immobilité chimérique des ianguos ot dos sociiUôs animales. Tout concourt donc à démontrer quo la vraio thôorio générale du langage est essentiellement 8ociologi(iuo, qnoi(iuo st>n origine normale soit nécessairement biologiquo. KUo doit, par conséquent, se construire surtout d*apr^s \o oas luiniaiu, qui, outre son intérêt prépondérant, pont soûl assox dévoiler les lois correspondantes, comme pour toutos los études cérébrales,

.\ cet égard, plus encore quW tout autre, la connaissance positive de Thounne fournit Tunique moyen de pénétrer finaleiuout la vraie naturi^ des divers animaux. Mais il ne faut jamais ouhher tjue la religion fut longtemps inverse entre ces deux

ètu.des réelles. Sans les lumières irrécusables que nous fournit ranimalité , on n'aurait jamais écarté les vaines spéculations ^es métaphysiciens sur le langage humain^ qu'ils se bornaient à considérer, d'une manière absolue^ dans sa dernière Complication y sauf quand ils lui cherchaient une source surnaturelle. Toutes ces questions insolubles se transforment ou se dissipent aussitôt qu'on cesse d'isoler l'humanité de l'ensemble des espèces qu'elle domine. Mais, outre ce grand service préliminaire, la comparaison zoologique comportera toujours un précieux office pour la théorie positive du langage humain, qu'elle peut seule rattacher convenablement à sa souche biologique. Car les signes volontaires puisent nécessairement leurs vraies racines dans les signes involontaires , dont l'étude doit même s'accomplir d'abord envers les moindres degrés d'animalité, où elle se trouve mieux dégagée de toute complication étrangère.

On peut ici vérifier spécialement la tendance générale de la sociologie à absorber finalement la biologie, comme je l'ai précédemment établi pour toutes les hautes questions vitales. Entre ces deux sciences normalement inséparables, la plus simple se borne toujours à préparer la plus compliquée , d'où elle doit ensuite attendre la seule résolution décisive que comportent les principaux problèmes de la vitalité. Quand la théorie positive du langage humain sera suffisamment construite, elle imprimera bientôt une féconde impulsion à l'ensetïxtle des études, précieuses quoique empiriques, de la phi- *ologie actuelle. Or, la pleine maturité des notions obtenues ^ï^Hsi ne se trouvera vraiment constatée que d'après leur apti- ^do nécessaire à faire surgir de nouvelles lumières sur les ^^^îndres langues animales. C'est seulement alors que la philo. ^Kîe prendra finalement sa véritable constitution encyclopé- ^^ïXle , par son indissoluble incorporation à la science univer-

selle. Mais un tel point de vue ne doit habituellement prévaloir que dans le dernier volume de ce traité. Ici je me borne à fonder la théorie sociologique du langage sur sa théorie biol(h gique, d'où il me reste encore à faire spécialement dériver la construction graduelle des signes volontaires diaprés leurs racines involontaires.

Tous les signes artificiels dérivent primitivement^ même dans notre espèce , d'une simple imitation volontaire des divers st^ gnes naturels qui résultent involontairement de résistance correspondante. Cette origine spontanée peut seule expliquer. à la fois leur formation et leur interprétation. Les mouvements 4

qui les constituent doivent ordinairement ^ pour annoncer au j

dehors les impressions intérieures^ s'adresser de préférence aux jà

sens susceptibles d'être afiPectés de loin. On serait ainsi conduit S-

à distinguer trois sortes de langage, concernant respectivement S-.

l'odorat) la vue, et Toute. Mais le premier sens est trop impar* -*.

fait ches Thomme pour y susciter aucun véritable système de ^.

signes. Les espèces mieux organisées à cet égard ne pourraient même instituer un tel langage, faute d'en obtenir assea corn* modément les odeurs élémentaires, qui devraient presque tou« jours être puisées au dehors* C'est donc seulement quand la communication se trouve interdite par toute autrô voie que Ton peut, en cas d'urgence, recourir à l'olfaction. Alors^ notre espèce, suppléant, par sa supériorité intellectuelle, à l'imperfection de son odorat, institue, en effet, d'ingénieux artifices pour transmettre ainsi jusqu'aux simples nuances du sentiment^ lorsque ce commerce s'établit entré deux êtres assez sympathiques. Le langage des fleurs, encore usité chez les OrientauXj ne s'adresse pas seulement à la vue, comme on le croit d'ordinaire, mais aussi et surtout à l'odorat. Néanmoins, je ne devais ici mentionner un tel système de signes que pour mieux caractériser, par un contraste spontané , la condition fondamentale

de tout Têritable langage , la reproduction assez facultative de SCS éléments naturels d'après des mouvements liés primitivement aux passions communiquées.

Suivant ce principe évident, l'organe cérébral du langage ne peut jamais employer que deux systèmes de signes extérieurs, dont Tun s'adresse à la vue, et l'autre à l'ouïe. Chacun d'eux a cled- avantages qui lui sont propres , et en vertu desquels tous étBùx sont usités concurremment chez les animaux supérieurs. X^ur application caractéristique aux plus puissantes émotions Suscite partout une certaine ébauche spontanée de l'essor esthétique, en faisant surgir les deux arts fondamentaux, la mi* xxiiqfae et la musique, dont la source distincte n'empêche pas la ^combinaison naturelle. De ces deux souches spontanées résul* ^t:^nt ensuite tous nos signes artificiels, à mesure que la commuxûcation affective s'aflfeiblit par Textensîon des rapports sociaux, 3^ouT laisser prévaloir de plus en plus la transmission intellect Xnelle, comme Tindique déjà mon discours préliminaire. Cette ^.Itération croissante conduit enfin, chez les populations très-* civilisées, à renverser totalement Tordre naturel, en persuadant, au contraire, que l'art déri^^e du langage. Mais tout le :r'ëgne animal témoigne aussitôt contre cette aberration théo* brique , en montrant les gestes et les cris employés bien davantage à communiquer les affections qu'à transmettre les notions^ ou même à concerter les projets. Un pareil contraste se mani- Hifeste parmi nous quand l'existence sociale s'y borne aux rela* lions domestiques ou â de faibles rapports politiques» D'après le développement de notre activité et l*extension correspondante de noti'e société , la partie intellectuelle , à la fois théorique 6t pratique, du langage humain dissimulé graduellement la source affective, et par conséquent esthétique, d'où il résulte -toujours, et dont la trace ne se perd jamais. En effet, l'intime solidarité qui lie les trois parties de toute existence cérébrale

ne permet point de transmettre des pensées ni de concerter dëô actions sans communiquer aussi les affections qui les dominent. L'impulsion affective, d'ailleurs égoïste ou altruiste, n'est pas seulement indispensable à la contemplation et à la méditatioti, soit pour diriger leur cours, soit afin de soutenir leur énergie: Il faut étendre aussi la môme loi cérébrale à la dernière fonottion intellectuelle, en considérant toujours l'expression comnàe inspirée et maintenue par une affection quelconque , jusque dans les cas où elle semble bornée à une simple exposition scientifique ou technique. Cette nécessité s'y fait d'autant mieux sentir qu'une telle fonction mentale exige , plus que les précédentes, des efforts musculaires, où l'innervation a besoin d'être spécialement entretenue d'après les réactions affectives.

Au début de toute évolution humaine, individuelle ou collée* tive, la mimique prévaut longtemps sur la musique, comme chez la plupart des animaux. Outre les avantages propres aux signes visuels, cette prédilection spontanée résulte de ce que les mouvements qui les produisent sont à la fois plus faciles à renouveler et mieux liés aux affections correspondantes. Toutefois, la fugacité naturelle de l'expression mimique conduit bientôt à modifier profondément l'art fondamental , afin d'en fixer les résultats essentiels, quoiqu'on diminuant leur énergie esthétique. C'est ainsi que la mimique primitive tombe graduellement en désuétude, quand elle a suffisamment engendré les deux principaux arts de la forme , d'abord la sculpture , et ensuite la peinture. La partie visuelle du langage humain finit par dériver essentiellement de ceux-ci , et surtout du dernier, sans toutefois que l'origine indirecte puisse jamais cesser d'y devenir appréciable aux philosophes positifs. Si toute écriture provient d'abord d'un vrai dessin, tout dessin est aussi destiné primitivement à. perpétuer une attitude expressive.

En considérant maintenant la seconde source fondamentale

^i^ langage, on explique aisément la préférence que l'expression, musicale acquiert bientôt, et développe de plus en plus, sur Texpression mimique, d*abord prépondérante. Quoique les sons se reproduisent moins aisément que les formes , et sans qu'ils soient autant liés à nos principales affections , leur plus gr^xide, indépendance des temps et des lieux les rend 'mieux aptes aux communications peu distantes , entre tous ceux qui ^ont assez exercés à leur formation volontaire. Aussi les aniiDiaux eux-mêmes en font-ils beaucoup d'usage, jusque dans )0B classes dépourvues d'appareil vocal proprement dit, comme Oxi. le voit chez tant d'insectes. Mais ce précieux tuyau, qui Semble d'abord ne pouvoir assister que la vie végétative, fournit aux animaux supérieurs le meilleur moyen d'agrandir l'existence cérébrale par des communications mutuelles qui X^euvent en retracer les moindres nuances. Quoique les oiseaux xnous montrent journellement d'admirables exemples de la sul^ériorité que comporte partout un tel mode de transmission, JSa moindre spontanéité rend Tessor collectif encore plus néces- 6«tire à son perfectionnement qu'à celui de l'expression mixtiique. On commettrait une erreur presqu'autant contraire <^u véritable esprit philosophique si Ton supposait immuable le chant des divers animaux, qu'en regardant les hommes f^mme ayant toujours parlé de même qu'aujourd'hui. D'après le volume précédent, toute espèce animale constitue réellement Ain Grand-Être plus ou moins avorté, par un arrêt de développement dû surtout à la prépondérance humaine. En appliquant ici cette conception fondamentale, chaque musique animale devient, comme la nôtre, une production collective, qui caractérise l'espèce correspondante, où elle se perfectionne graduellement, d'après une lente élaboration, tant successive que simultanée. Les limites de ce progrès résultent partout de Tensemble des obstacles , surtout humains , qui bornent tous les

230 BYSTÊXe DE POUHQUE P08ITITE.

autreg développements de ranimalité* Ainsi , le pcmit de vnè social doit tellement prévaloir dans la théorie positive du lan* gage, principalement oral , qu'on ne saurait même la eom« prendre autrement envers les animaux.

Pour mieux apprécier cette prépondérance finale de Texpression vocale sur Texpression mimique, il importé d'y remarquer aussi deux propriétés essentielles^, trop méconnues ordinairement, Tune statique^ l'autre dynamique. La pramièns consiste dans Tintime dépendance de l'appareil correspondant envers le cerveau, d'où proviennent directement ses prindpamt nerfs, Aucune autre partie du système musculaire n'est autant liée au centre nerveux. Elle était donc la plus propre à fodmir des signes capables de bien exprimer nos émotions et nos peu* sées, môme les plus délicates. Nulle espèce supérieure né dut éprouver beaucoup d'embarras à découvrir une telle aptitude, spontanément indiquée déjà par les cris qu'arrachent la douleur et la joie. En second lieu, je dois ici rappeler, d'après mon premier volume^ le privilège évident, quoique inaperçu jusqu'ici, , que présente l'expression orale , comparée surtout à l'exprès* sion mimique, de comporter naturellement un véritable mono — logue , ob chacun s'adresse à lui-même. Cette propriété oom*^ plète l'ensemble des caractères qui motivent la prépondérances presque universelle d'un tel système de signes chez tous les ani — maux supérieurs, et d'après laquelle les autres modes de com — municQtion ne sont qualifiés de langage que par une extensiotr: métaphorique. On conçoit, en effet, combien un tel avantage permet de se familiariser profondément avec un procédé d'expression qui comporte seul un exercice solitaire. Parla se trouv — bientôt compensée la moindre spontanéité qu'offrait d'abor— ^ le mode musical, comparativement au mode mimique.

C*ost ainsi que , parmi toutes les populations humaines, langage visuel, qui d'abord prévalait, finit par devenir u

«impie au:(iliaire du langage auditif, comme cbex la plupart des animaux aupérieurg. Tel devait être Tétat normal du sys* tème d'expression le mieux adapté à une existence où^ Taffec* tion dominant toujours Tintelligence, les signesqui conviennent le plus à celle-ci doivent se subordonner à ceux que l'autre préfère. Mais, outre cette assistance continue, le langage -visuel aprimitivement exercé sur le langage auditif une réaction l^lus profonde et moins sentie, qui concourt puissamment à la COBistitution définitive du langage humain, dont elle fournit le ^ xneiUeur caractère distinctif.

A mesure que notre évolution sociale développa notre esprit» théorique ou pratique, et diminua la prépondérance ini* /tiale de l'affection, le sens qui fournit le plus à l'intelligence .4ut graduellement modifier le langage relatif au sens le mieux laecessible au sentiment. Cette influence nécessaire a dû rendre Xa langue primitive plus analytique et moins esthétique, afin de pouvoir embrasser les notions qui concernent Tordre extérieur *^t notre constante réaction sur lui. Une telle modification a laaème agrandi beaucoup le premier domaine de l'art, quoi*- C[u'6n diminuant son énergie. En effet, le vrai langage musical Xkù saurait comporter directement ce vaste champ d'expression qui comprend les images proprement dites, toujours liées d'abord à des impressions purement visuelles. Il faut donc que cette langue trop synthétique se décompose assex pour admettre des nuances susceptibles de s'associer convenablement à de telles sensations, en suppléant à l'observation par l'imagination. Bien n'empêche, au fond, que des sons puissent rappeler com-* naodément des formes , pourvu que leur liaison , môme artifi* cielle, devienne suffisamment habituelle* L'expérience journalière nous montre, chez les enfants, et même parmi les animaux^ combien il est facile d'instituer une telle association. Alors le langage initial s'enrichit beaucoup pour l'intelligence, ^ans

232 SYSTÈME DE POUHQUE M)SITIYB,

perdre son aptitude esthéti^e, malgré l'inévitable aiDhiblisser ment de son énergie musicale. L'imagination proprement dite y puise même une nouvelle activité , d'après un exercice presque continu, parfaitement conforme à sa nature; car les im** pressions visuelles ne fournissent à cette fonction composée que de simples éléments , sans assister jamais son acoomplis*sement cérébral. On sait , au contraire , que pour mieux ima*giaer, soit esthétiquement , soit même scientifiquement , il convient de fermer les yeux. Ainsi , la musique, quand eltft est assez modifiée , doit naturellement devenir plus favoraUe que la mimique à l'essor réel de notre imagination.

La première modification profonde qu'éprouvent à la fois l'art et le langage, d'après cette réaction croissante des signes visuels sur les signes auditifs, consiste à décomposer la musique! primitive en deux branches distinctes, qui bientôt se séparent nettement, quoique leur affinité persiste. Tandis que la plus affective garde la dénomination initiale , la plus intellectueUa constitue la poésie proprement dite. Mais la seule étymologie du mot musique suffirait, outre Tensemble des témoignages que fournit toute l'antiquité, pour indiquer toujours quel fut le vrai caractère de Tart primordial , où la poésie resta longtemps absorbée dans la musique. Quand elle s'en dégagea, ce fut sur* tout afin de mieux seconder Tinfinence sacerdotale, qui devint le principal moteur de leur irrévocable séparation, dès lors consacrée par une religion où la musique proprement dite se subordonna bientôt à la poésie théocratique. Cette nouvelle coordination obtint de plus en plus l'assentiment universel, à mesure que l'essor intellectuel, tant théorique que pratique, fit sentir le besoin d'un langage moins synthétique, où les notions et les entreprises pussent être mieux formulées. Malgré la diminution nécessaire que subit ainsi l'énergie esthétique, l'art acquit en généralité fort au delà de ce qu'il perdit en in-

tenM. En vertu de cette plénitude supérieure, la poésie est i^ientdt devenue partout le premier de tous les beaux-arts^ parmi lesquels la musique , quoique plus expressive , occupe seulement le second rang, à la tôte des arts spéciaux, tous subordonnés à Tart général. Telle est la source historique de la ^constitution finale propre à notre série esthétique, et dograatifj^uement établie dans mon discours préliminaire. Cette sépai^^ition entre la poésie et la musique , et Tinversion qu'éprouve ■-Î xnsi leur coordination primitive, doivent être regardées comme J^ss principaux caractères qui distinguent profondément le vrai l^^i-33gage humain de toutes les autres langues animales. Le ren- ^ÀTsement analogue qui s'accomplit d'abord entre la musique 1^'^hnitive et la mimique initiale n'est point, en effet, particu* ^ior à notre espèce : la plupart des animaux supérieurs y parviennent de la même manière que nous. Mais aucune de leurs ^aoes ne peut atteindre jusqu'à cette décomposition plus délicate qui sépare le simple langage poétique du pur langage mufflcal y seul convenable aux natures dont Tintelligence se développe trop peu.

A plus forte raison, doit«on concevoir comme propre à l'humanité la nouvelle modification qui, sous l'impulsion croissante des mêmes motifs, décompose à son tour le langage poétique, pour lui donner une constitution plus usuelle et encore moins expressive. De cette seconde révolution fondamentale, résulte enfin la vraie constitution de la langue humaine, quand la prose proprement dite, dont le nom rappelle clairement la source, permet seule un libre développement de la destination active et spéculative du langage. Un nouvel essor théorique et pratique détermine nécessairement cette séparation décisive, qui, chez toutes les populations civilisées, remonte jusqu'aux temps dépourvus de monuments directs , comme je l'expliquerai en dynamique sociale. Quant

234 SYSTiMg DE POUHQUg H)SITiV£.

à la deitination affective du langage humain, elle acquiert ainû plus d'exteniion , et même plus de pureté, quoique l'énergie eithétique devienne moindre, lorsque le langage poétique pro« promeut dit diffère sensiblement de la langue usuella.

Telles sont les trois grandes révolutions que produisent successivement la constitution normale du langage humain^ ^

en faisant graduellement prévaloir d'abord la musique priou- ^

tive sur la mimique initiale , puis la poésie sur la musiqua» et ^ eniln la prose sur la poésie» Chacune de ces modifications es* «— . sentiolles do Tordre naturel convenait évidemment à la coi»-* •«— munication universelle où réside la principale desUnatioa de ^( cette institution fondamentale, Mais elle était pareillement in^ — .m dispensable au plus important de nos développements spéciauxi « ^i Tessor, pratique et théorique, de notre intelligence pour diriger *xm\ l'activité qui domine toujours l'existence humaine. Je ne puis ^ jls ici considérer séparément les langages trop particuliera qui M:mS\ provinrent ensuite d'une nouvelle décomposition analogue de ^» Je la langue usuelle , aÛn de mieux satisfaire à certains besoins ^ ma spéculatife. Lo plus remarquable d'entre eux consiste dans la .^^ Ja langue algébrique, sur laquelle je dois renvoyer à mon ouvrage ^^7^ foudauientaL 11 y aurait un véritable intérêt philosophique à ^^^ à montrer comment sa création graduelle suivit spontanément.^^ ^t une marche semblable i\ celle que je viens de caractériser. Maisi^ ^ je suis forcé d ajourner cotte explication jusqu'au traité spécial de philosi^phie mathématique qui doit suivre ma grande construction actuelle. 11 faut se borner ici aux systèmes de aigneS'^a^ ^^ assoi ^uôraux pour avoir directement affecte révolution fbndau)euule do I humanité,

i> pnuci)v doit ^vurtant me conduira à compléter l'ensem- Mo d^ uui:c^ri^>ns prtvei; r.te$ en c^ractérisint une dernière uutautiou )^h^tOu^f:^uc« {v.noui reschee d'une autre réaction uto\n* vhr*v;o ^U; *,A«f Act» > ,<uo.* ^ur le l^iîcjiot auôiûf. Déjà j'aL^- -^

STATIQUE gOCIAl^. — CHAPITRE QUATRIÈME;. 28!}

montré comment la mimique primitive engendre les deux principaux arts de la forme, afin de fixer ses expressions essentielles, Or^ le mâme besoin se fait aussi sentir pour le langage auditifi dont la Aigacité spontanée est encore plus prononcée. Mais un tel système de signes ne tend point, comme Tautre, à corriger xiaturellement cette grave imperfection, en se modifiant de lâaanière à susciter quelque art spécialement susceptible d'y remédier. Il est donc, malgré sa juste prépondérance finale, forcé d'emprunter cet indispensable complément an langage visuel i qui doit ainsi conserver indirectement une participation eonstante à Tinstitution totale de la langue humaine. Quand la mimique a donné naissance à la peinture, ou même d'abord à la seule sculpture , cette assistance normale s'accomplit naturellement par des dessins ou des reliefs destinés à conserver l'équivalent des principales formules. De là résulte la première éeriture humaine , constituant un système complet de signes . irisuels^ parallèle à celui des signes vocaux , et s'y substituant au besoin pour en tranlmettre les résultats essentiels. Le nom spécial qu'elle conserve encore rappellera toujours son origine et ea destination sacerdotales , quand elle fournit aux théocraties primitives le seul lien qui pût alors combiner intellectuellenient nos diverses générations. Mais les populations qui purent se dégager assez d'un régime devenu bientôt oppressif durent s'efforcer de remplir cette fonction de transmission par une institution moins spontanée, qui dispensât l'activité humaine dé l'usage continu d'un double langage. Ce besoin nouveau fte fit d'autant plus sentir que la conservation de récriture hiéroglyphique exigeait naturellement une caste spéciale, dont ces peuples fuyaient la domination. Telles furent les impulsions continues qui , en dehors des théocraties proprement dites , conduisirent à compléter enfin l'institution fondamentale du langage humain par l'heureuse et difficile fondation de l'écriture

236 SYfltMB DE POUTIQCE F08ITITE.

alphabétique ou syllabique. Il serait superflu d'ezpli^er que cette création finale, qui seule consolida notre continoifé intel'^ lectuelle, forme le plue exclusif de nos privilèges philologiques^ ^

Aucune société animale ne saurait parvenir à Tàge où s'intro* duit ce perfectionnement décisif. Mais, pour éviter toute or «^ ^

gueilleuse aberration , il faut reconnaître que cette impossilMlitâ ^

résulte surtout do Toppression insurmontable que la prépondfrr *^-i i^ence humaine exerce nécessairement sur l'essor eolleetîf dea ^ autres animaux supérieurs. Sans une telle fatalité , rorgone cérébral du langage est assez prononcé chez plusieurs aulïad races pour procurer peut-être aux mieux favorisées d'être ^^•( elles utie équivalente acquisition sociale. Quoi qu'il en soif» ^ i^ notre espèce institue seule ce perfectionnement final, qui Gom<* ^-'^bine intimement les deux modes primitifs du langage»

Voilà comment s'enchainent mutuellement tous les éléments «9^ essentiels que comporte la constitution si complexe du ^vrài f ^ langage humain, ici considéré toujours en ^e qu*il offire de ^^^e commun à tous les temps et à tous les lieux. En terminant cette ^^ e

difficile explication , je dois noter combien elle était inacœsr ^

sible avant que j'eusse créé la sociologie, qui pouvait seule en fournir le principe et en indiquer l'esprit. Malgré d'heureux apen:us partiels , il n'y a pas encore un siècle que tous les penseurs qui osaient s'aventurer sur ce grand sujet finissaient par y recourir, plus ou moins ouvertement, aux expédients théologiques. Désormais» Tesprit positif pourra, j'espère, abor- — '^'' der directement l'ensemble du domaine philologique, tant lié ^^é à toute la construction encyclopédique , sans attendre même ^^ ^ qu*un traité spécial vienne assez développer les indications -^^ -^ préct^dentes.

Je dois maintenant poursuivre Télaboration systématique de la théorie positive du langage humain, en appréciant, d'après la base que je viens de poser, ses principales destinations dans

z^otre e^ist^ence réelle, d'abord individuelle, puis collective.

Ge second examen devra , comme k précédent, attribuer au

langage toute son extension philosophique,, en y voyant^ sui^

"vant sa vraie définition, l'ensemble des moyens propres à tran^r

xnettre hors de nous nos diverses impressions intérieures. Un

^êjqI système forme, en effet, un tout indivisible, ou la partie la

jpliis usuelle et la moins expressive, constituant la langue pro-

ppement dite, estréellemrat inséparable, tant dogmatiquement

qu'historiquement, de celle qui porte spécialement le nom d'art*

C!îelui-ci, considéré, non-seulement dans sa source générale, la

poésie , mais aussi dans ses quatre branches essentielles , mu-*

sique, peinture, sculpture, et même achitecture, forme le

oomplément nécessaire du langage envers nos plus profonde

impressions. Il en constitue d'ailleurS' la seule portion qui soit

vraiment universelle, comprise à la fois chez toute notre espèce,

et, à divers degrés, parmi tous les animaux supérieurs. Enfin,

cette partie plus prononcée du langage fournit la vraie source

de la plus usuelle. Leur séparation serait donc arbitraire et

irrationnelle, du moins en réduisant Tart à ses deux éléments

principaux, le chant et le dessin, dont l'usage deviendra non

moins unanime que celui de la langue maternelle, quand Tédu-

cation humaine sera dignement régénérée.

Rien ne caractérise mieux l'impuissance nécessaire des mé-

"taphysiciens pour se placer au vrai point de vue philosophique

€[ue les vaines tentatives par lesquelles ils se sont efforcés de

^représenter comme essentiellement individuelle une institution

^ussi pleinement sociale que celle du langage. On s'afflige de

"voir ce fallacieux régime fasciner un aussi bon esprit que Hobbes

jusqu'à supposer, contre l'évidence, que Tusage personnel des

signes pour seconder la pensée dut précéder et préparer leur

emploi dans les communications mutuelles. En examinant d'a-

l)ord l'influence du langage sur notre existence individuelle,

on conçoit donc que je ne saurais aucunement rétablir ici ce point de vue fantastique , irrévocablement écarté par la philosophie positive. Mais nous avons reconnu, en principe imiversel, que toutes les fonctions du vrai Grand-Être , malgré ledr nature collective , s'accomplissent nécessairement d'après deft organes individuels. Or, c'est d'un tel accomplissement que je dois maintenant apprécier la marche générale , en tant qu'affectée par Tinstitution fondamentale du langage.

Avant d'entreprendre directement cette appréciation envers les trois parties essentielles de notre existence cérébrale^ il faut déterminer Toffice propre du langage dans l'ensemble de la logique humaine. Car de là dépend toute son influence réellci non^seulement sur la vie spéculative^ mais aussi sur la vie active, et même sur la vie affective. D'après ma théorie cérébrale^ le langage constitue, en effet, l'une des cinq fonctions intellectuelles, quoiqu'elle soit plus subordonnée que les quatre au&es à la prépondérance du sentiment. Sa réaction affective^ quelque puissante qu'elle doive être, se trouve donc dominée naturellement par sa nature mentale , qu'il faut d'abord apprécier*

Le volume précédent a dogmatiquement établi la théorie positive de la logique humaine, fondée sur l'emploi combiné des sentiments, des images, et des signes pour faciliter nos contemplations et surtout nos méditations. Dans le premier chapitre du volume actuel , j'ai d'avance caractérisé l'élaboration historique de ces trois éléments généraux sous les trois phases principales de notre initiation théologique. On sait ainsi comment le fétichisme, le polythéisme et le monothéisme développèrent respectivement , chez toutes les populations avancées, la logique des sentiments, la logique des images et la logique des signes. Ces trois évolutions successives résultèreni donc d'un exercice universel et continu , indépendant de toute dogmatisation spéciale. De cette triple préparation spontanée-

rossort finalement la constitution systématique de la logique tx-umaine, depuis que la philosophie positive institue enfin une combinaison décisive entre tous ses éléments nécessaires. Une tôlle systématisation permet ici de bien concevoir la vraie Coxiction logique du langage , en écartant toutes les exagérations métaphysiques qui vicièrent un tel examen.

Il suffit, pour cela, d'une simple comparaison générale entre cô dernier élément logique, le plus artificiel de tous, et chacun de» deux précédents.

On doit regarder comme plus sûre qu'aucune autre la logique des sentiments, c'est-à-dire l'art de faciliter la combinaison des notions d'après la connexité des émotions correspondantes. A-ucun procédé factice ne saurait être aussi puissant que ce ttiode instinctif, d'où émanent réellement toutes les grandes ^Inspirations de notre intelligence, malgré le superficiel dédain TU.*il subit chez la plupart des penseurs modernes. Son efficacité ^^pose directement sur la loi cérébrale qui représente les orffo-nes affectifs comme plus énergiques que les organes spéculatifs. Mais cette logique primitive offre naturellement deux Bï'a.ve» imperfections, un exercice trop peu facultatif, et des éléments trop peu précis. Nous ne pouvons pas reproduire, à ^^tre gré, les émotions les plus propres à seconder nos diverses Pensées. En outre, nos conceptions étant nécessairement beau- ^^^p plus multipliées que nos sentiments > la correspondance ^^"Utuelle ne peut devenir suffisamment déterminée.

Oe double inconvénient trouve spontanément une première ^-^^ïipensatîon, quand la logique des images se développe assez Poixï assiter habituellement celle des émotionsi En effet, la 'Pit'oduction des images est beaucoup plus facultative que celle sentiments, et d^ailleurs elles comportent une multiplicité "^^s-^supérieure* Nous pouvons donc lier plus aisément chaque ^ion à une image qu*à une émotion, et mieux seconder ainsi

la combinaison naturelle de nos pensées. Au fond, cela revient à faire aider Tappareil méditatif par Tappareil contemplatif. Mais, quoique celui-ci soit plus énergique que l'autre, il Test moins que l'appareil affectif; en sorte que cette seconde logi* que f plus libre et plus précise , a moins de puissance que la première. En outre , les images sont loin de pouvoir se repro* duire et se multiplier au gré de nos besoins, surtout intellectuels.

De là résulte la destination logique du langage, pour compléter, autant que possible, nos moyens généraux de combinaison mentale par l'intervention habituelle des impressions les plus volontaires et les plus variées. Les signes se lient à lios pensées d'une manière beaucoup moins intime et moins spontanée que ne le font les sentiments, et même les images. Mais, quand cette liaison artificielle se trouve assez établie d'après un exercice décisif, la facilité de les reproduire et de les multiplier permet à leur usage de rendre à la fois plus rapide et plus précise notre élaboration spéculative. Néanmoins, leur office normal ne doit jamais être conçu d'une manière isolée, comme le firent irrationnellement, saufpendant le moyen âge, les philosophes ontologistes qui , devant cette logique artificielle, méconnurent essentiellement les deux logiques naturelles. Malgré ces doctorales aberrations, qui tendaient à réduire le raisonnement humain au simple langage, les lois immuables de notre nature n'ont jamais cessé de faire spontanément prévaloir l'usage logique des sentiments et des images sur celui des signes. La .principale efficacité de cette troisième logique consiste même à assister la seconde , comme celle-ci aide la première, afin de faciliter la combinaison des images, comme celles-ci secondent la connexité des sentiments. Toutefois, la liaison des signes aux pensées peut devenir directe, et doit même Tétre souvent envers les notions abstraites. Alors

rattache artificiellement notre monde intérieur au monde térieur. Mais cette relation immédiate a beaucoup moins de isistance que celle qui s'établit par Tinvolontaire intervention i images et des sentiments. Il faut donc regarder notre pertion logique, à peine ébauchée jusqu'ici, comme consistant rtout à combiner assez heureusement ces trois procédés géraux pour que chaque mot rappelle, autant que possible, une âge, et chaque image un sentiment. Nous aurons alors ap- [jué Tordre extérieur au perfectionnement de notre élaboion intérieure, en rattachant nos émotions essentiellement )jectives à des signes principalement objectifs, d'après l'enmise d'images, objectives par leur source, et subjectives CLS leur siège. On voit ainsi combien les prétendus logiciens font des idées fausses et étroites de notre mécanisme intelituel, quand ils concentrent toute leur attention sur le plus lontaire mais le moins puissant des trois modes essentiels 10 comporte la combinaison mentale.

L'office intérieur directement propre au langage étant ainsi iractérisé, on peut mieux apprécier la réaction indirecte de stte grande institution sur toutes les parties de notre existence ^rébrale.

Un tel examen doit seulement comprendre deux influences stinctes, Tune afiTective, Tautre intellectuelle. Car 1» langage influe pas immédiatement sur les trois fonctions pratiques, if pour obtenir les réactions musculaires qu'exige son exere, où l'énergie initiale, la circonspection permanente, et la 'sévérance finale sont toujours indispensables. Aucun des Eitre autres organes de l'esprit ne se lie directement à ceux

Caractère proprement dit. Mais, excepté cette relation ha- Uelle, élément normal de l'expression réelle, l'organe cé- ^i'al du langage ne modifie la région active du cerveau que ' l'intermédiaire de la région affective, comme ],le fait, en

242 SYSTÈME DB POUnQUE POSITIVE.

général, toute la région spéculative. Si les signes peuvent sou^ vent exalter ou tempérer le courage, la prudence et la fermeté, c'est seulement d'après leur action, directe ou indirecte, ttir les sentiments. Il faut donc borner ici llnfluence cérébrale de l'expression, d'abord à l'affection, ensuite à la conception. CSee deux relations doivent d'ailleurs être considérées d'une miH nière pleinement générale, sans rien spécifier envers les rents penchants ni les diverses facultés. Mais, après avoir Wen saisi l'esprit d'une telle théorie, le lecteur compétent po suppléer spontanément à ces explications secondaires, qum: seraient ici déplacées.

Cette double étude doit toujours être dirigée par la desli— ^ nation sociale qui seule caractérise le langage, la eommn-nication mutuelle des sentiments et des pensées. Le point vue purement individuel convient si mal à ce grand snjet^^^i^ qu'il empêcha les métaphysiciens d'apprécier même la réaeticflHO^ intellectuelle dont ils étaient exclusivement préoccupés*

En appliquant d'abord ce principe à l'influence affective d^ — u langage, il est aisé d'expliquer, d'après ta première loi d*ani malité, la profonde réaction de l'expression sur le sentîmen Car elle rentre dans les effets généraux de l'exercice biol gique. Nos penchants nous poussent à exprimer leurs émotion^^» même dans l'existence solitaire, comme à agir pour les sativ» ^ faire. Les mouvements qui concourent à l'expression, du moiiiK ^ quand ello reste mimique, coïncident essentiellement avec oeiK^ qui servent à l'action* En outre, chacun exprime le plue sow^ vent ses affections afin de les mieux satisfaire, en déterminaEK'^ ses semblables à le seconder. Si donc l'expression résulte, ^ tous égards, du sentiment, elle doit, réciproquement, tend^^ à le développer et à le consolider. Cette réaction normale, q-«3iî appartient i\ toutes les affections, convient surtout aux instinc^^ sympathiques, dont l'expansion produit autour de nous

lotions propres à nous stimuler heureusement, par unealtertivo presque indéfinie. Toutefois, l'expression ne constitue nais le plus puissant moyen d'exciter Taffeciion, qui se >xtve toujours fortifiée davantage d'après l'action même *elle doit déterminer. Mais, après la pratique pr^rement e^ le langage devient certainement le meilleur stimulant ciéral du sentiment. Toutes les religions préliminaires, et rtout le catholicisme, utilisèrent profondément, quoique me manière empirique, cette précieuse aptitude, pour per<» tionner notre culture morale par un exercice régulier de la ère. La religion finale en obtiendra systématiquement une IcacHé très-supérieure, en instituant, dans la vie subjective, sàor direct des instincts sympathiques, comme l'expliquera fecialement mon dernier volume.

Cette réaction nécessaire du langage sur le sentiment devient^ .vers une affection quelconque, mais surtout bienveillante, autant plus vive et plus profonde que l'expression est plus mplète et plus énergique. Une telle gradation se manifeste jttement quand on compare les trois modes généraux de la rmmunication humaine, d'abord mimique, puis orale , et ifin écrite. Quand la première reste seule, elle modifie moins l'aucune autre l'interprète, quoiqu'elle puisse affecter beaU'* np le spectateur» L'expression orale, d'ailleurs accompagnée itureliement des gestes et attitudes convenables, a bien ping ^cacité morale, comme on le reconnut de tout temps pour Jrière religieuse. Mais l'expression écrite, malgré son acmplissement silencieuï et solitaire, nous modifie encore ^'vantage, lorsqu'elle est assez spontanée. Les efforts inté^ surs qu'elle exige deviennent une nouvelle sowcc d*excition affective, pourvu qu'ils n'absorbent pas l'intelligence, ailleurs elle seule comporte assex de plénitude et de préd- ^^ Aussi les lettres de deux dignes amants sont^elle^ordh»

nairement plus tendres que leurs entretiens. La réaction affective de l'expression se mesure donc toujours d'après sa propre intensité cérébrale. Mais son influence morale s'étend même au cas où le langage reste purement passif, c'est-à-dire quand oà y emploie des formules empruntées ailleurs. Quoique les mo* dèles de prière contenus dans les livres religieux puissent rarement convenir assez à la vraie situation de chaque croyant, leur usage bien appliqué ne laisse pas d'exercer une réaction salutaire. Elle est seulement moindre que si le fidèle avait composé sa propre effusion^ soit à l'instant de laccomplir, soit même longtemps auparavant. On en peut dire autant pour les passages des grands poètes que nous employons utilement à perfectionner nos expansions spontanées. L'excellence de Texpression s'y trouve d'ailleurs fortifiée par le souvenir de toutes les sympathies qu'ils excitèrent avant nous. Néanmoins, le défaut d'opportunité et de spontanéité ne permet jamais à ces effusions passives autant d'efficacité qu'à nos moindres expansions actives, malgré Tinfériorité esthétique de celles-ci.

Dans cette appréciation générale de la réaction affective du langage, je l'ai supposé réduit à sa partie la plus usuelle, composée des signes proprement dits. Mais son influence morale devient encore plus prononcée, quoiqu'elle suive toujours les mêmes lois, quand il s'élève spécialement à la dignité d'art, en joignant à ces signes artificiels un heureux emploi des images extérieures naturellement résultées des formes ou des sons. L'énergie supérieure d'un tel langage ne lui permet pas seulement une puissante réaction affective lorsqu'il est vraiment actif et spontané. Elle peut aussi compenser souvent l'absence totale de spontanéité, et même l'insuffisance d'opportunité, comme le montre fréquemment l'influence des cérémonies religieuses et des productions esthétiques sur les plus passifs spectateurs. On abuse quelquefois d'une telle aptitude pour

exciter des émotions factices, d'après des formules ou des compositions qui correspondent à des sentiments encore inertes. Quand je traiterai de la culture morale, je ferai soigneusement ressortir l'importance pratique du précepte normal qui toujours subordonne l'expression à l'affection. Mais, sans que celle-là doive jamais précéder celle-ci, elle peut être utilisée, quoiqu'avec une grande réserve, pour provoquer dignement un prochain éveil de nos meilleurs sentiments. Si cette excitation devient trop précoce, les plus puissantes impressions esthétiques se bornent à déposer des souvenirs, dont la réaction morale n'aura lieu que lorsque l'organe cérébral du langage les reproduira spontanément en temps opportun. Avant cette opération intérieure, de telles anticipations offrent souvent le grave danger de disposer à une affectation qui rendrait ultérieurement impossible toute véritable émotion. Il ne suffit pas même que l'expression se rapporte toujours à un sentiment effectif. On doit aussi la destiner constamment à une communication réelle, d'ailleurs individuelle ou collective, mais qui peut autant être subjective qu'objective. Si la présence extérieure de l'être adoré était regardée comme indispensable à l'effet moral des effusions humaines, on ne saurait comprendre l'efficacité cérébrale des prières religieuses.

Après avoir assez caractérisé l'influence affective du langage, il faut maintenant apprécier sa réaction intellectuelle. En l'examinant comme destiné à exprimer nos conceptions au lieu de nos sentiments, il suffira d'y distinguer deux ordres de pensées, les unes esthétiques, les autres scientifiques. Il existe, sans doute, une troisième classe de conceptions, celles qu'on appelle spécialement techniques, qui ne concernent ni nos émotions intérieures ni les notions que nous tirons du dehors, mais seulement notre réaction pratique sur le milieu humain.

248 3Y&TÉME DE POLITIQUE POSITIVR,

Toutefois, je crois devoir écarter ici la distinetioii normale qiie J'ai tant appliquée déjà^ et que j'utiliserai davantage dans lé reste de ce traité, entre ce dernier ordre de pensées et Tordrd purement scientifique. Car l'influence cérébrale du langage doit être essentiellement identique envers toutes les notion! qui concernent le monde extérieur, soit que leur destination de<^ meure passive ou devienne active. On ne peut apprécier ici d'autre distinction intellectuelle que celle de la nature, subjMv tive ou objective, des conceptions à transmettre. Tonte sabiH** vision générale des notions objectives en scientifiques et teobiH* quel conduirait à des développements que je dois laisser au lecteur. Car ils n'exigent aucun principe nouveau, maid seules ment une suffisante attention aux différences caractérisées par ma théorie cérébrale, d'abord entre les deux espèces de coib^ templations, ensuite entre les deux sortes de méditations. L'influence normale du langage sur la construction esth<

tique constitue une transition naturelle entre son efficacité morale et sa réaction scientifique. En effet, de telles compositions, quoique pleinement intellectuelles, ne sont destinées qu' mieux retracer nos propres sentiments. C'est pourquoi le langage y réagit surtout d'après son influence directe sur les affc tiens correspondantes. A ce titre, un tel examen n'oflirirait doni qu'une reproduction superflue des indications qui précèdent: Mais la réaction esthétique du langage contient, en outre, élément essentiel, que je dois seul caractériser maintenant.

Il consiste dans son aptitude à seconder la combinaison spontanée des images intérieures qui constituent le vrai domainfi^^ de l'art. Ce perfectionnement cérébral peut d'abord s'obtenii d'après les signes artificiels dent se compose la langue usuelle, pourvu qu'un suffisant exercice les ait préalablement associéi aux formes ou aux sons qu'ils doivent ranimer en nous. Je viem d'expliquer l'aptitude des mots pour réveiller nos plus intime

STATIQUB ÔOCïALE. «- CHAPITRE OUATWÈME, 247

aintimeato, par un pouvoir norm&l qui dut souveht paraître «umilarel pendant la longue enfancB de la raison humaine. On co&^it, à fortiori, qu'ils puissent réveiller plus aisément diôs imâgel avec lesquelles une analogie supérieure leur permet une mlsilleilre liaison. Si la vie intime, tant cultivée au moyen âge, n'était pas aujourd'hui dëplorablement négligée, une pratique J oiirnalière ferait sentir à chacun comment la moindre mot peut FCir^ifffer tme image, touchante ou vénérable, à laquelle il se mMe étranger. Or> l'élaboration esthétique consiste, d'une pfliTt; à combiner heureusement ces images intérieures après lets avoir assez embellies, et, d'une autre part, à les commu* aîquêr aVee énergie, suivant un système équivalent d'images e:3ktéHetires, fournies par les sons ou les formes. Sous chacun de ce«'deux aspects essentiels, l'opération peut être beaucoup secondée à l'aide de signes également susceptibles de se lier aux A^jxt' feortes d'images, puisqu'ils sont, comme elles, objectifs ^1^ ifs leur source et subjectifs quant à leur siège. Mais, après ^^^^l» tjonçu cette réaction esthétique du langage proprement ^*,' ôïl- ne saurait éprouver aucune difficulté pour étendre Tex- Plîcation à sa partie la plus expressive, qui constitue l'art lui- ^énie. Car les images extérieures dont dispose le musicien ou *^ ■ Peintre doivent, évidemment, convenir encore mieux que ^^s' signes purement factices pour combiner et traduire les ^'^ï^'ges intérieures résultées de nos émotions. Quand l'éducation ^^ générée aura rendu le chant et le dessin aussi familiers à tous ^'^è la parole et l'écriture, chacun utilisera sans cesse la pré- ^^"Use assistance qu'ils peuvent fournir à toutes nos comportions esthétiques, publiques ou privées. Ces lois intimes de ^otre constitution cérébrale ne sont aujourd'hui connues empi- ^^tiement que du petit nombre de poëtes ou d'artistes assez ^i^n préparés pour appliquer un art au perfectionnement habi- ^Uel d'un autre. Mais la religion positive, en faisant partout

248 SYSTÈME DE POUTIQUB POISTIVB.

prévaloir le vrai régime encyclopédique, poussera biéntét -à sentir dignement la réalité et l'importance d'une connexité qui J doit intéresser directement l'ensemble du culte humain. Chaque ^ esprit devant alors devenir activement esthétique, au moins ^ pour composer ses propres prières, on ne pourra plus méoon-^i^ naître l'efficacité d'une liaison capable de faciliter à tous sainte élaboration journalière.

Ayant maintenant reconnu combien le langage assiste les pi puissantes de toutes nos fonctions cérébrales et les tiens qui conviennent le mieux à notre intelligence, on doi^^ «)it pressentir son importance supérieure envers l'élaboration meiLA=aaitaie la moins spontanée et la plus abstraite. Son office dans 1j&.S- la conception scientifique fut même conçu avec une exagératioïKi^oa très-vicieuse sous le régime métaphysique, par des penseur^K: .ib qui, presque toujours livrés au vague et à la fluctuation, de valent surtout aux signes l'apparente fixité de leurs idées, qu'ils méconnurent essentiellement la combinaison directe de:^ es notions réelles, ils négligèrent entièrement la réaction logiqu-^EiJe des sentiments, et même celle des images. Toute leur atte: tion resta donc bornée au moins puissant des trois généraux de nos méditations, en attachant beaucoup trop prix à la disponibilité qui le caractérise. Quoique les étud^^BS scientifiques aient souvent conduit à constater partiellement c^^s aberrations ontologiques, l'esprit positif ne put acquérir de généralité pour construire à cet égard une meilleure théori jusqu'à ce que la fondation de la sociologie eût constitué le sc'^bjI point de vue convenable. Car c'est surtout en rapportant ^e langage à sa destination sociale qu'on peut concevoir saineme^v^t sa principale efficacité théorique.

Il faut, à cet effet, distinguer, dans toute élaboration scie tiflque, deux phases naturelles : Tune, purement prépar toire, où les conceptions ne sont point encore communie-^

-lies; l'autre où elles le deviennent, et qui seule est définitive. On attribue trop de part aux signes envers la première opéra* tion , et pas assez pour la seconde.

Pendant l'ébauche initiale des conceptions , inductives ou déductives , le principal office logique appartient directement aux sentiments qui dirigent et soutiennent la contention men* tale^ en s'aidant des images qui la rendent plus précise et plus irapide. Les signes n'y participent qu'accessoirement, pour fixer ^davantage les éléments et les résultats de chaque spéculation abstraite, trop exposés à s'altérer ou s'effacer sans un tel secours, TCoute la science du calcul nous offre, même dès ses premiers pas j d'admirables exemples de cette précieuse aptitude. Déjà la numération abstraite nous deviendrait impossible au delà du xioœbre trois , comme chez les animaux , si l'institution des noms ne nous permettait pas de conserver et de distinguer les ^vers groupes d'unités. Mais cette incontestable efficacité des signes envers les plus simples notions diminue beaucoup à mesure que les sujets se compliquent. Hors du domaine mathéma- ^iq[ue, le langage n'assiste réellement cette première phase jxtéditative qu'en fournissant, suivant l'heureuse expression de Sobbes, quelques notes propres à jalonner la route spontanée de l'esprit. Convenablement appliquées çà et là, elles déterminent mieux les conditions et les produits de cette élaboration provisoire , qui ne pourrait encore comporter aucun véritable discours.

Il en est tout autrement quand l'action mentale tend directement vers la communication, qui caractérise toujours sa vraie destination. Un tel but constitue la seule épreuve décisive delà maturité de nos conceptions quelconques. Non-seulement il vérifie leur réalité , en nous préservant de prendre le subjectif l^our l'objectif; mais il constate surtout qu'elles ont acquis assez de précision et de consistance. Quand même il s'agirait de con-

230 STStÈME de; politique positive,

ceptions uniquement destinées à notre usage personnel , nous devrions regarder comme trop peu travaillées toutes celles qti ne seraient pas vraiment communicàbles. Car, si elles ne sont point essentiellement chimériques , cette seule épreuve suffit pour les faire juger vagues, confuses, et flottantes. Or, le Un* gage qui préside immédiatement à la communication doit beaucoup seconder aussi Télaboration qui la rend possible. Il ne te borne plus à y fournir de simples notes éparses, comme dàtiB rébaucha initiale. Son office y produit un discours suivi, qui se développe et s'éclaircit en même temps que la méditatioii, dont l'essor spontané devient ainsi difficile & distinguer d'une telle assistance.

Cette efficacité logique du langage se manifeste dans les deux:

modes généraux que comporte la communication théorique, d*abord orale, puis écrite. La première, moins parfaite et plûi facile, constitue seulement, chez un Vrai penseur, une épreiiv préliminaire , privée ou publique , de la maturité des conc'ép tions. Quand elle réussit, elle ne peut jamais suffire, parce ^ la rapidité de la production et de Tappréciation ne sauraîeni' permettre un examen assez approfondi. Mais , en prononçan déjà sur la réalité et l'opportunité du travail , elle est propre nous indiquer aussi quels efforts il exige encore pour ac^uéri la netteté, la précision, et la cohérence convenables à la J)lé— nitude et à la stabilité du résultat. Ce perfectionnement définiti ne peut jamais provenir que de Texposition écrite.

Non-seulement celle-ci, en conservant les notions obtenues, permet seule leur examen décisif, à l'abri de tout prestige ora — toire. Mais la clarté et la continuité qui lui sont propres nou^ conduisent, pendant son accomplissement graduel et solitaire 9 au dernier degré de précision et de consistance que comportea't les pensées humaines. On ne peut jamais atteindre jusque-1^ quand on se borne à la communication orale, même publique •

STATIQUE SOCULB. — CHAPIT&9 QUATRIÈME, 2St

outeg les grandes conceptionii après aToir été suffisamment pré* ées par la méditation, n'ont irrévocablement surgi que sous plume, pour accomplir une digne exposition écrite. Aussi la .participation théorique du langage devient--elle alors plus inséparable du simple effort mental, au point de vérifier le célèbre ighoriBme que Buffon bornait trop aux compositions esthéti» ^wei. C*6st là surtout qu'on peut souvent observer le phénomène ^Srébral, indiqué dans le volume précédent, où le discours an« t:* JL^ipe sur la pensée, sans altérer leur parallélisme. L'organe du I ^^Bgage, alors plus actif que l'appareil delà méditation, prend L '*' initiative partielle des prochaines propositions, en se guidant * après l'ensemble des précédentes. Il fournit ainsi des expreslong qui peuvent se trouver prématurées , mais qui bientôt nviendront ailleurs. Un tel phénomène, outre qu*il confirme rectement l'existence distincte de l'organe des signes, indique i sa profonde coopération au travail théorique que susoite ^ ^ exposition écrite.

Dans cette sommaire appréciation de l'office scientifique du

l^c^:iigage, j'ai dû surtout avoir en vue l'emploi des mots et des

^^^^Dtations, comme plus propres à Félaboration abstraite. Mais

^ l ^ttt aussi prolonger jusque-là ma recommandation antérieure

1^ toujours envisager le langage d'après son véritable ensemble,

^^ns jamais en séparer l'art proprement dit. Cette dernière

>^Lrtie du système total de l'expression humaine ne saurait,

'C^mme plus concrète et moins analytique, convenir autant aux

'C>ii8tructions scientifiques qu'aux compositions esthétiques.

Néanmoins, elle y peut remplir un office beaucoup plus intime

'^ plus efficace que ne l'indique aujourd'hui Textrème imper-

^ction de notre régime intellectuel. Mon ouvrage fondamental

depuis longtemps signalé l'aptitude générale de l'esprit esthé-

9ue pour perfectionner nos théories scientifiques, en utili-

•Dt heureusement le degré de liberté qu'y laisse la nature ton*

jours relative des conceptions positives. L'éducation régénérée^^ ^^ doit, en outre, d'après le discours préliminaire du présenta ^k::^^ traité , préparer à la logique scientifique par la logique esthé — tique. Sous cette double impulsion , me voilà conduit à men — tionner aussi l'office, plus spécial et plus continu, que l'art peu^^ijit exercer envers la science, au titre de complément naturel ir- ^q langage , en assistant directement les deux parties essentielle^^ es de l'élaboration théorique. Quand le grand problème cérébr^ —al cessera d'être empiriquement scindé, l'importance d'un tel s^ ^^eacours habituel ne semblera plus paradoxale. Chacun pourcr -ra sentir que le régime de l'esprit doit devenir aussi synthétiq^ ue que l'exige l'intime solidarité de son appareil organique.

L'influence esthétique assistera surtout la méditation scien ti-

fique pendant la phase qui, précédant l'élaboration didactiqiz — ae, comporte moins l'intervention des signes artificiels. Alors la nature , plus générale et moins déterminée , des cpnceptic^ns théoriques les rend mieux accessibles aux réactions poétiqu ^ et même aux images musicales ou graphiques. Cette assistai ^e, qui peut s'étendre jusqu'aux spéculations les plus abstraite «s^ convient davantage aux plus hautes conceptions, comme ^3.Q8 rapprochées de notre nature , d'après ma loi encyclopédiqiae. /^ Môme pendant la seconde phase méditative , quand la coj2struction théorique procède directement à la communication, et sans excepter l'exposition écrite qui termine l'élaboration normale, l'art peut encore aider immédiatement la science, quoiqu'à un moindre degré. L'état, plus précis et moins synthétique, de ces conceptions définitives n'empêche point, ^n '-i' effet, les images esthétiques d'y compléter, d'après leur énergie supérieure, l'office logique des signes artificiels. Si l'empirisme académique dédaigne aujourd'hui de tels secours, ils seront, j'espère , mieux appréciés déjà par les penseurs assez familiarisés avec le chant et le dessin , sans lesquels tout langage

i»"i m cï

xeste insuffisant, même pour sa plus abstraite application. En expliquant l'usage systématique de ces auxiliaires intellectuels, indépendamment de leur réaction affective, la théorie positive de la nature humaine fait d'ailleurs sentir combien il importe de combiner toutes les forces vraiment capables de seconder un travail aussi difficile.

Telles sont les relations normales de l'institution du langage humain avec les diverses parties de notre existence cérébrale. Ces aperçus généraux recevront bientôt un premier développement naturel quand j'apprécierai directement, dans l'avantdernier chapitre de ce volume, le tableau fondamental de la vie sociale. Le volume suivant leur procurera spontanément une précision croissante , en étudiant le véritable ensemble de révolution humaine. Enfin, mon quatrième volume déterminera apécialement^leur destination essentielle, pour caractériser Té tat définitif de cette grande institution. Mais les indications précédentes doivent déjà suffire au point de vue abstrait sous lequel il fallait ici fonder la vraie théorie du langage.

Pour compléter cette théorie, il me reste seulement à l'étendre immédiatement jusqu'à l'existence collective, seule source possible de l'évolution correspondante. Mais, une telle appréciation, où le langage est directement considéré dans son office propre, n'exige ici qu'un examen très-sommaire. Il fallait soigneusement expliquer comment une institution uniquement destinée aux communications mutuelles exerçait néanmoins une réaction profonde sur les principales fonctions individuelles. Ce sujet difficile fut tellement rétréci, et même vicié, par l'ancienne philosophie , que je ne pouvais y faire prévaloir l'esprit positif sans plusieurs rectifications compliquées. De pareils efforts deviennent maintenant superflus envers une appréciation aussi nette que celle de la communication directe, d'abord domestique, puis politique , où les entraves essentielles résul-

taîent seulement de Timpossibilité de se placer au point de vu^^ j convenable.

Sous cet aspect social^ Tinstitution du langage doit être fina — ..j lement comparée à celle de la propriété, dont la théorie pOsi — J tive résulte du second chapitre de ce volume. Car la premièn^^r accomplit, pour la vie spirituelle de l'humanité, un office fon — -^ damental qui équivaut à celui qu'exerce la seconde envers vie matérielle. Après avoir essentiellement facilité l'acquisitio] de toutes les connaissances humaines, théoriques ou pratique et dirigé notre essor esthétique, le langage consacre cette d( ble richesse, et la transmet à de nouveaux coopérateura. lii la diversité des dépôts établit une différence capitale entre deux institutions conservatrices. Pour des produetions destinée à satisfaire des besoins personnels, qui les détruisent nâcessaSrement, la propriété doit instituer des conservateurs indivi. duels , dont Fefâcacité sociale est même augmentée par sage concentration. Au contraire, envers des richesses comportent une possession simultanée sans subir aucune alt&^ ration, le langage institue naturellement une pleine commixnauté, où tous, en puisant librement au trésor tiniverse~k , concourent spontanément à sa conservation. Malgré cette diF<^ rence fondamentale, les deux systèmes d'accumulation suseitéstrit des abus équivalents ^ pareillement dus au désir de jouir sax^ias produire. Les conservateurs des biens matériels peuvent dég"^ nérer en arbitres exclusifs de leur emploi , trop souvent diri^^ vers des satisfactions égoïstes. De même, ceux qui n*ont vrsk^ment rien mis au trésor spirituel s'y parent de manière à usa :** per un éclat qui les dispense de tout service réel. Cette tendan. ^^ parasite est d'ailleurs plus facile et plus fréquente que Vauiv^f sans être moins nuisible, parce que la nature collective du trésor la seconde davantage. Le langage, que le Grand-Être m^ généreusement à la libre disposition de tous ses serviteurs pou/

STATIQUfi SOCIALE* — CttAPITR^ QVATIUÈME. 2SS

CQjQiiQuiuqu^]: et per&ctiooner leura scoitiments el leurs pensées, sert trop souvent à formuler des émotions factices » et surtout à dis&imuler l'absence de conceptions propres. . .Dai|s Tappréciation sociale d'une telle institution^ je dois a^ulement insister ici sur sa nature profondément collective , ^T^.fut toujours méconnue jusqu'à l'avènement du positivisme» sagesse empirique ne pouvait, k cet égard, compenser asseï doctorales aberrations inspirées par une philosophie inotr- «hle de dépasser le point de vue individuel. Faute d'une doc-» ine vraiment positive à ce sujets on conserve icn étrange aspect pour ceux qui prétendent nous enseigner dogmatique- ^^^ent un art spontanément résulté d'un essor universel , semlable « rabais supérieur , à celui des autres sociétés animales, upique les grammairiens soient encore plus absurdes que lea cgiciens^ ils sont beaucoup moins discrédités jusqu'ici* La bar-« arie et l'impropriété de la plupart des termes qui leur appar- "tiennent devraient pourtant suffire pour caractériser l'inanité <îe leurs prétentions sur la parole.

Par l'institution du langage, le vrai Grand-Être nous révèle ^ans cesse sa propre existence, pendant qu'il nous initie à la ^::^nnaissance de Tordre universel qui le domine* Cet ordre se '^^uve profondément empreint dans la composition même de %ous nos signes, dont l'efficacité résulte toujours de leur fixité, impossible sans la permanence de l'économie naturelle. La partie ^jective de chacun indique l'ordre intérieur d*où il émane , et W^ partie subjective suppose l'ordre extérieur qu'il doit consoli* ^er en le liant mieux au premier^ D'après une pleipe systéma* tisfttion du lumineux aperçu de Hobbes sur la théorie des signes, la philosophie positive conçoit définitivement les relations vo* lontaires qui les instituent comme une simple extension des Telationa involontaires qui dirigent le monde réel. Alors le langage prend un caractère yraiment sacré , en s'inqorporant à ki

religion, puisqu'il perfectionne directement l'unité humaine , tant individuelle que collective, même avec des liens artiGciels. Sa seule existence rappelle aussi le Grand-Être qui le former le conserve, et le développe par une incessante sollicitude, qu'aucune puissance personnelle ne pourrait remplacer. Depuis que la philosophie s'est enfin élevée au vrai point de vue universel , chacun doit aisément apprécier ainsi la situation contradictoire de tous ceux qui méconnaissent l'Humanité. Le dévot, chrétien ou musulman, qui remercie son dieu des bienfaits réellement dus à notre vraie providence, ne peut proférer ses prières anti-sociales que dans une langue toujours émanée de l'Être-Suprême qu'il n'admet pas. Pareillement, le communiste ou socialiste, qui rejette aveuglément la continuité humaine, prêche ses utopies anarchiques d'après des formules construites par l'ensemble des générations antérieures.

Cette nature collective du langage est tellement prononcée qu'il résulte davantage de l'existence politique que de la seule existence domestique.

Toutefois, il, surgit toujours dans la famille, comme le confirme, même aujourd'hui, sa constitution plus affective qu'intellectuelle. Mais, il s'y développe très-peu, surtout quant aux signes artificiels, qui depuis longtemps y dominent. Les peuplades où les familles ne sont encore unies que pour des expéditions temporaires, de guerre ou de cbasse, ne possèdent jamais qu'un minime vocabulaire. Quoique la vie domestique développe davantage la partie esthétique du langage^ j'ai déjà remarqué que le principal essor des beaux-arts résulte toujours de la vie sociale proprement dite. La seule mimique primitive suffit, et même convient mieux, à l'expression des sentiments mutuels entre des êtres qui sympathisent assez pour devoir préférer les signes les plus synthétiques. D'un autre côté, leurs . pensées pratiques, et même théoriques, se transmettent plutôt

BL jr la simple imitation que d'après un véritable enseignement : ^scemple y dispense du discours. On commet à cet égard une défrise fort naturelle» mais qui cessera bientôt d'être excu- BLble, en voyant la famille présider maintenant à la transmis- Loxi individuelle du langage humain. Cette fonction, propre «xxrlout à la mère, constitue réellement un office social, acipli par les auxiliaires domestiques du pouvoir spirituel. Le gage peut d'autant moins se développer chez les familles primitives, qu'une brutale oppression pèse alors sur le sexe le pltJis apte à cette évolution.

XJn tel essor appartient donc à la société proprement dite, où. il s'opère à mesure que les rapports s'étendent et se compliquent. Déjà convenable envers la partie esthétique du lan- ST&ge humain, cette appréciation s'applique surtout aux signes artificiels, qui prévalent de plus en plus dans l'usage universel, Goinme dans les élaborations spéciales, théoriques ou pratiques. L^ discours acquiert de nouveaux termes, quand la pensée, scientifique ou technique, fait mieux connaître l'ordre naturel ^u eonduit à le modifier davantage. Mais la constitution intime lô notre langage se perfectionne graduellement, d'après l'améoireition continue des relations sociales, à mesure que notre 'ti^ité collective se développe et se transforme. La sociologie ''ttamique fera souvent sentir cette connexité nécessaire, sur I vielle je ne dois pas insister maintenant, ^i quelque classe spéciale pouvait être autorisée à s*attribuer |f>rincipale institution du langage humain, un tel privilège t^iendrait surtout au sacerdoce. Car il en fait naturellement ^ plication la plus propre à le développer comme à le conter, pour accomplir un enseignement où la seule imitation îent insuffisante. Quand la théocratie avorte ou se dissout, poètes succèdent aux prêtres dans cette aptitude caractéique, d'après laquelle ils créèrent jadis d'orgueilleuses

fictions sur la foudation des iaogocs. Les purg philosopher, et encore moins les simples savants, ne peuvent, à cet égard, élever aucune prétention raisonnable, sauf envers quoique^ expressions doctorales, mal construites ordinairement. Mais les deux classes dont les titres à (^ monopole sont le mieux fondés n'ont réellement fait que concourir, en proportion de leurs pro** près besoins, à développer une institution toujours née spontanément d'un instinct collectif. L'enseignement aa^rdotal «t l'essor poétique supposent, évidemment, le langage, sans pou* voir jamais le créer, pas plus que l'état social, qui fut souvent attribué aux mêmes influences* C'est a une telle spontanéité populaire, à la fois conservatrice et progressive, que toutes nos langues doivent leur admirable rectitude. Même la plue systématique et la moins étendue, l'écriture hiéroglyphique qui convient aux spéculations algébriques, résulte ausei des communications mutuelles, par une lente élaboration coUec^ tive, qu'aucun génie mathématique ne rempilaceraiL

C'est ainsi que le public prend nécessairement une part fon^ damentale à toutes les constructions, scientifiques ou esthétiques, dont les organes propres s'attribuent vainement la gloire entière. Son aptitude spontanée ne doit aucunement surprea** dre, envers une institution directement liée à notre censtitutiim cérébrale. Quoiqu'il soit plus aisé d'apprendre que d'ipventer, Textrême facilité avec laquelle on s'approprie les langues, dès rage le plus tendre, pourvu qu'on se trouve préservé de tout enseignement doctoral, confirme assez une telle origine. Lee lois essentielles du langage sont même observées beAueoup mieux par les enfants, comme dans le peuple, que chez la plupart des philosophes et surtout des grammairiens. D'ailleurs nos langues, malgré leur complication actuelle, deviennent, à beaucoup d'égards, intelligibles aux animaux les plus sociables, quand ils sont assez disposés^

Le public humain est donc le véritable auteur du langage, coinme «on vrai conservateur. Une juste répugnance aux innovations inopportunes garantit ainsi la convenance qui caractérise toujours ces acquisitions graduelles quand on remonte à leur étymologie, parce qu'elles émanent d'un besoin longtemps éprouvé. Même les ambiguïtés, qu'on attribue dédaigneusement à la pénurie populaire, attestent souvent de profonds rappro-^ chements, heureusement saisis par l'instinct commun, plusieurs siècles avant que la raison systématique y puisse atteindre. Dans mon ouvrage fondamental, j*en ai signalé l'exemple le plus décisif, envers les deux sens du mot nécessaire, dont la philo-^ Sophie positive a seule expliqué l'intime connexité. Je pourrais étendre ici cette remarque à beaucoup d'autres équivoques vraiment admirables, comme envers les moU juste, ordre, propriété, humanité, peuple, etc. Mais la qualification de positif doit déjà suffire au lecteur pour le développement spontané d^ cette utile appréciation, si peu comprise aujourd'hui.

Enfin, la providence collective qui construit et maintient le langage humain l'applique aussi pour corriger, autant que pos sible, les aberrations d'un génie théorique resté jusqu'ici radicalement inférieur à l'instinct pratique. Obligés de s'entendre avec le public, les plus rêveurs se trouvent poussés à se com^ prendre eux-mêmes. La vraie logique universelle, si profon* dément empreinte dans toute langue usuelle, signale et restreint les divagations d'une philosophie fantastique, et celles aussi d'une vaine science. Dispensé de systématiser les notions qu*il formule, le langage consacre spontanément toutes les vérités constatées, quelque opposées qu'elles soient aux préjugés théoriques. Par exemple, tandis que la philosophie, théologique ou métaphysique, rejetait l'existence naturelle des affections bienveillantes, la poésie, meilleur interprète de la commune sagesse, leur consacrait des tableau^ décisifs*

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Surgi de la vie domestique, comme chez tous les autres animaux, le langage humain varie d'abord d'une famille à l'autre, sans jamais cesser d'offrir le type commun propre à notre espèce. Toujours sa propagation reste aussi bornée que son extension. Quand l'état social commence à se développer, le régime correspondant ne comporte que des coalitions partielles, dont les liens intérieurs sont inséparables des antipathies extérieures. Car la foi théologique et l'activité militaire ne combinent quelques familles qu'en les isolant des autres. L'ensemble des hommes ne peut pas s'accorder davantage sur des croyances chimériques que d'après un but hostile. Or, le langage doit suivre la même marche que la communauté d'opinions et de mœurs qu'il suppose et développe. Une anomalie peu durable le répandrait seule au delà de l'association correspondante, sinon temporelle, du moins spirituelle. Même alors, il pousserait spontanément à réunir les populations respectives. Au milieu des luttes les plus acharnées, l'homme éprouva toujours une répugnance involontaire à détruire l'ennemi qui lui demandait merci dans sa propre langue. Toutes ces notions, dont je dois seulement indiquer ici le principe, se trouveront convenablement expliquées et vérifiées en dynamique sociale.

C'est ensuite au dernier volume de ce traité qu'il faut réserver aussi l'appréciation directe de l'unité finale vers laquelle je viens de signaler la tendance nécessaire du langage humain. Quelque vaines que dussent être les utopies conçues à cet égard, d'après une philosophie absolue et individuelle, leur essor croissant pendant les trois derniers siècles, chez des penseurs même éminents, indique confusément, comme dans les autres rêves analogues, ce prochain avènement. Il était, sans doute, absurde d'espérer la langue universelle en laissant prévaloir des croyances divergentes et des mœurs hostiles. Mais il serait autant contradictoire de concevoir toutes les

20Î SYSTÈME DE POLItlOUÈ POStfirÉ.

pofptllatiotts hutoâines npieâ par tfne foî positive dîrfgeaàf tfne activité pacifique, et pariant ou écrivant des laûgues fotrjouM différentes. Je dois encore moins déterminer Ici Tépoqùe d'une telle harmonie que Sa constitution. Néafimoitis, efl tenvoyatif à mod quatrième volume cette double appréciation, il fellttit' nàaîûtenânt compléter là théorie statique de la kngtie htitoàhie, en faisant surgir*, de sa vraie nature générale, ÉCfti tiïiiti définitive.

tJne telle conclusion rappelle ôpôntaoéméiit la éompa^alSéit initiale de ce chapitre entre le langage et la f'eligiôn. Maië leù ailalogie primitive devîeùt maintenant une intimé cônûéSlfé. diaprés une pareille aptitude envers Tunité humaine. f^raneMs-

gant ici l'indispensable transition qu'apprécieront leS detii Vô*=lùmeé suivants, nous pouvonâ déjà ConcéVOii* les detil^ àtghiiëfSt essôtitiels dé la future spiritualité dirigeant, châôtifi â és^ ité»^ nière, l'essor simultané de la religion et du latigage pfdplfe»^ à nôtre espèce. Dès les premières comrnunîcîàtiôns ofAleè, l femme annoncéi*a la commune mère éférûelle qui led îtfstitdi graduellement. L'analyse religieuse d'tinô langue devenue f*-*fflilière devra permettre ensuite au sacerdoce de révéler 6ont^— nablement l*immuable économie, à la fois intérieure et éiié -** rieure, dont elle constitue un perfectionnement général. Pa xr* cette double initiation, le langage tendra directértient vers é^Èr samte destination, mieux coordonner le dedans en VnniË^itt"^ davantage au dehors. C'est ainsi que les hommes régénérée apprendront de plus en plus à chérir et vénérer simultanémeA-'C Tordre artificiel d'où procèdent immédiatement de tels bienfait;^ et l'ordre naturel sur lequel il repose nécessairement.

STATIQUE SOCÎALfi. —CHAPITRE CINQUIÈME. 263

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