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STATIQUE SOCIALE. -^CHAPITRE TROISIÈME. Wl
instincts sociaux, trop isolément cultivés dans les troiâ autrei^ relations domestiques , qui pourtant ne stimulent pas chacun d'eui autant que peut le faire un véritable mariage. Plus tendre que l'amitié fraternelle, l'union conjugale inspire une vénération plus pure et plus vive que le respect filial , comme une bonté plus active et plus dévouée que la protection paternelle. Ce triple essor simultané, toujours accru de la réaction naturelle entre des organes connexes et contigus , s'accomplit nécessairement à mesure que le mariage humain tend mieux vers ses conditions essentielles.
Depuis rinstitution décisive de la monogamie, on a de plus on plus senti que le sexe actif et le sexe affectif, en conservant chacun son vrai caractère , doivent s'unir par un lien à la fois exclusif et indissoluble, qui résiste même à la mort. Tandis que le temps affaiblit spontanément tous les autres nœuds domestiques, il resserre davantage, dans le cas normal, la seule liaison qui puisse déterminer une complète identification personnelle, objet constant de tous nos efforts sympathiques. En second lieu, l'intensité supérieure de l'affection conjugale résulte de sa connexité naturelle avec le plus puissant des instincts égoïstes autres que celui de la conservation directe^ C'est le cas le plus propre à manifester l'aptitude générale des motifs intéressés pour stimuler les inclinations bienveillantes qui s'y rattachent, parce que la liaison ne saurait être ailleurs aussi profonde. Mais l'insuffisante théorie de la nature himiaine qui prévalut jusqu'à l'avènement décisif du positivisme conduit encore à beaucoup exagérer une telle réaction, sur laquelle on fait reposer une appréciation, non moins irrationnelle qu'immorale, de l'institution la plus fondamentale. Le plus pur théologisme, musulman ou même chrétien, persiste à représenter le mariage comme uniquement relatif à la propagation de l'espèce, en érigeant le célibat
complet en type exclusif de la perfection morale. Cette double aberration résulte nécessairement d'une fausse théorie de ITiumanité, où l'on suppose que les affections désintéressées sont étrangères à notre nature , et dès lors soustraites à toute loi réelle, pour n*obéir qu'aux impulsions arbitraires d'une puissance chimérique. Déjà rectifiée directement dans mon discours préliminaire , et dissipée indirectement par l'ensemble de ce traité, elle s'y trouvera spécialement appréciée encore , quand mon volume final déterminera la pleine maturité de notre constitution domestique. Sans devoir donc nous y arrêter davantage, je me borne à rappeler ici que l'impulsion sexuelle , quelque indispensable qu'elle soit d'ordinaire, surtout aux mâles, ne peut que mieux disposer à l'affection conjugale, qu'elle serait incapable de produire à défaut d'un penchant direct. L'instinct charnel suscite seulement des rapports qui souvent conduisent l'homme à bien apprécier la femme. Mais quand l'attachement s'est ainsi formé , il subsiste et croit par son propre charme, indépendamment de toute brutale satisfaction, suivant la loi commune de telles réactions cérébrales. Il devient même à la fois plus intense et plus fixe lorsqull résulte de relations toujours pures, quoique l'impulsion sexuelle reste encore sensible, au moins chez l'homme, dans ce cas exceptionnel, où l'affection se trouve d'ailleurs fortifiée matériellement. Dans mon quatrième volume , j 'expliquerai comment cette perfection conjugale doit être beaucoup développée par le régime final, pour régler enfin la procréation humaine, jusqu'ici livrée aux plus aveugles impulsions, malgré les sages institutions relatives aux animaux. Mais , sans repousser ordinairement les satisfactions charnelles , il suffit que le mariage soit destiné surtout au perfectionnement mutuel des deux sexes, comme l'institue aujourd'hui la religion positive , d'après la vraie théorie cérébrale. Alors l'attachement conjugal tend
STATIQUE SOCIALE. — CHAPITRE TROISliME. 189
fautant mieux à fortifier la vénération et la bonté que chaque sexe s'y trouve à la fois protecteur et protégé, d'après un heureux concours entre la prééminence affective de l'un et l'active prépondérance de l'autre.
Notre évolution morale se complète dans l'existence domesti([ue, par un dernier ordre d'affections, plus faible et moins volontaire que le précédent, mais lié spécialement au plus universel des trois instincts sympathiques. Comme fils, nous apprenons à vénérer nos supérieurs, et comme frères à chérir nos égaux. Mais c'est la paternité qui nous enseigne directement à aimer nos inférieurs. La bonté proprement dite suppose toujours une sorte de protection, qui, sans être incompatible avec les rapports filiaux et fraternels, n'en constitue pas un élément essentiel. Elle n'appartient encore au mariage que chez l'homme, et le régime positif pourra seul l'y rendre habituellement ré- ^iproque, quand le véritable office de la femme sera suffisamment senti. Même alors, l'affection paternelle conservera son , aptitude naturelle à développer, mieux qu'aucune autre, le plus vaste sentiment social, celui qui nous pousse directement ^ satisfaire aux besoins de nos semblables. La protection y pré- ^^nte spontanément un charme et une intensité qui ne sauraient ^^ster ailleurs, parce qu'elle s'y trouve exempte de toute ^ évoque réciprocité. Toutefois, ce grand sentiment reste "Naturellement trop faible chez le sexe prépondérant, qui pour- ^^^mt devrait le posséder davantage, du moins dans la présente ^institution de la famille humaine, où tout le protectorat appartient au père. En outre, le défaut de choix empêche alors -ï^e plein essor d'une providence qui tend toujours à préférer le dévouement volontaire. Ces graves imperfections sont, à la vérité, compensées ordinairement par le concours de la plupart ^es impulsions personnelles. La paternité habituelle est, en '^ffet, le moins pur de tous les sentiments domestiques : Tor-
gueil et la vanité y participent beaucoup, la cupidité proprement dite s*y fait même remarquer souvent. Aucune autre relation ne peut autant confirmer la loi naturelle qui caractérise la puissance des motifs intéressés pour fortifier les inclinations bienveillantes. Néanmoins, la paternité constitue évidemment le complément indispensable de notre éducation morale par révolution domestique. Sans elle, le sentiment fondamentid de la continuité humaine ne saurait être assez développé ; puisqu'elle seule étend àTavenir la liaison d'abord sentie envers le passé. C'est ainsi que les deux termes extrêmes de l'initiation domestique nous disposent, Tun à respecter nos prédécesseurs, l'autre à chérir nos successeurs. JLia complication supérieure des influences affectives qui déterminent habituellement lapa* ternité réelle permet d'ailleurs d'en modifier davantage le résultat général. Aussi ce lien domestique a-t-il subi plus qu'aucun autre des variations normales, que j'apprécierai dynamiquemont, et qui tendirent toujours à l'épurer spontanément. Son perfectionnement systématique devra surtout consister,'d'après les indications précédentes, à le rendre à la fois moins fieictice et plus volontaire, en augmentant l'influence des mères et développant l'usage de l'adoption.
Toile est la série normale de phases essentielles qui, dans rexistonco domestique, dégage spontanément le cœur humain do sa personnalité primitive, pour le préparer graduellement à la vraie sociabilité, dont aucun autre apprentissage ne peut autant seconder l'essor naturel. Cette théorie morale de la famille va maintenant permettre l'établissement de sa théorie politique, oti surgira la constitution qui doit correspondre à une somblal^le destination affective. Les fonctions et les sentiments étant ainsi devenus connexes, la coordination des unes pourra définitivement représenter celle des autres. 11 faut donc regarder seulement Tappréciation précédente comme fournis-
sant ]a base morale d'une théorie domestique qui devra finalement consister surtout dans la conception politique à laquelle je vais consacrer le reste de ce chapitre. Notre indispensable éambule ne prévaudra directement que pour les spéculations ociales qui concernent spécialement l'éducation. En tout autre y l'ensemble de ce traité appliquera davantage la théorie potique de la famille que sa théorie morale, comme étant à la is plus complète et plus systématique. Car, les relations doestiques vont s'y trouver toujours rangées suivant leur énergie Croissante et leur extension croissante, conformément au ixincipe fondamental de toute classification positive. Au con- , l'appréciation morale, où l'ordre des âges a dû prévair,ne fournit pas une série pleinement homogène. Ce double :jincipe de classement ne s'y trouve respecté qu'envers les eux termes dont se compose chacun des deux groupes essenels: le passage d'un groupe au suivant s'y accomplit en sens verse; d'où résulte un ensemble discordant. Mais, en étut la famille comme la vraie unité sociale, les relations olontaires s'y placent naturellement avant les autres, et la érie domestique devient enfin homogène, en même temps u'elle se complète par un terme indispensable, qui ne pouvait 'abord surgir assez. Cette étude directe de la constitution do- ^^^oiestique nous importe d'autant plus qu'elle prépare nécessaiement celle de la constitution politique proprement dite, 'après l'identité fondamentale qui existe naturellement entre deux régimes. En effets la famille humaine n'est, au fond, "^que notre moindre société ; et l'ensemble normal de notre es- ^Jpèce ne forme, en sens inverse, que la plus vaste famille.
Toute véritable famille, même chez les animaux, commence spontanément par le couple propagateur, auquel elle reste souvent réduite. Car, la polygamie ne produit réellement qu'un mélange de famille diverses, au lieu d'une famille unique. D'ail-
leurs, cet état confus ne persiste que dans celles des espèces sociables où l'instinct sexuel se trouve très-développé, tandis que rattachement l'est trop peu. Parmi nous, il constitue seulement une préparation plus ou moins prolongée, pendant laquelle une excessive concentration des richesses oblige, surtout d'après le régime théocratique, à cumuler sur un seul mâle l'alimentation de plusieurs femelles. Il est maintenant superflu de réfuter directement la superficielle appréciation qui jadis attribuait au climat la nature monogame ou polygame de l'union domestique. Aucune vraie combinaison ne saurait être plus que binaire, encore mieux dans l'ordre moral que dans l'ordre physique. La statique sociale, qui partout considère Tétat normal, sans s'occuper spécialement des préparations qu'il exige, doit donc avoir seulement en vue la monogamie, comme base nécessaire de toute constitution domestique.
Dans ce degré fondamental de la famille humaine, les lois naturelles qui régissent des associations quelconques deviennent aisément vérifiables, parce que l'extrême simplicité du cas n'y permet aucune illusion durable, quoiqu'elle eût empêché d'abord de les y découvrir. On y sent, mieux qu'ailleurs, que toute union permanente doit reposer à la fois sur les trois parties essentielles de l'existence cérébrale, sentiment, intelligence, activité. Car, le lien le plus cimenté par l'affection s'altère profondément, et souvent se dissout, quand une foi commune n*y consolide pas l'amour mutuel. Lors même que la conformité des opinions y fortifie l'harmonie affective, il faut encore une certaine coopération habituelle entre des activités distinctes, pour que l'union puisse résister assez aux divers ébranlements extérieurs ou intérieurs. C'est ainsi que le meilleur type d'association manifeste clairement toutes les conditions fondamentales de la religion, un concours permanent entre l'amour et la foi, destiné toujours à perfectionner une fatalité modifiable.
Le vrai sentiment de Tordre civil doit d'abord se raffermir d'après ce cas élémentaire, où la démonstration positive peut mieux écarter les subterfuges métaphysiques. Ainsi reconnues indispensables envers la plus intime union, les conditions de foi et d'activité pourraient-elles être éludées pour des associations plus complexes et moins naturelles, où les perturbations spontanées doivent devenir plus graves ?
Outre cette vérification décisive du triple concours cérébral qu'exige une association quelconque, la théorie positive du mariage confirme nettement l'axiome fondamental de toute saine politique : il ne peut exister davantage de société sans gouvernement que de gouvernement sans société. Les plus audacieux niveleurs n'osent point étendre ordinairement leurs utopies subversives jusqu'à la communauté conjugale, qu'ils sentent naturellement incompatible avec leur égalité chimérique. Entre deux êtres seulement, que rallie spontanément une profonde affection mutuelle, aucune harmonie ne saurait persister que si l'un commande et l'autre obéit. Le plus grand des philosophes, en ébauchant, il y a vingt-deux siècles, la vraie théorie de l'ordre humain, disait, avec une admirable délicatesse, trop méconnue chez lui : « La principale force de » la femme consiste à surmonter la difficulté d'obéir.» Telle est, en effet, la nature de la subordination conjugale qu'elle devint indispensable à la sainte destination que la religion positive assigne au mariage. C'est afin de mieux développer sa supériorité morale quela femme doit accepter avec reconnaissance la Juste domination pratique de l'homme. Quand elle s'y soustrait d'une manière quelconque, son vrai caractère, loin de s'ennoblir, se dégrade profondément, puisque le libre essor de l'orgueil ou de la vanité empêche alors la prépondérance habituelle des sentiments qui distinguent la nature féminine. Cette funeste réaction affective résulte même d une indépendance
passivement due à la richesse OU au rang. Mais elle se développa davantage si la révolte exige des efforts artificiels, où la femme détruit aveuglément sa principale valeur, en voulant fonder sur la force un ascendant que peut seule obtenir l'affection.
La théorie morale établie ci -dessus quant à la vraie nature de l'union conjugale, dissipe également toutes les autres difficultés que peut faire naître la constitution du mariage. Après le besoin général d'un gouvernement pour maintenir une association quelconque, la société domestique vérifie aussi la décomposition fondamentale du pouvoir humain, si tardivement étendue à la société politique. L'esclavage des femmes n'empêche pas même une certaine appréciation initiale de la division spontanée entre les deux puissances élémentaires, qualifiées ensuite de spirituelle et temporelle, dont Tune modère la prépondérance nécessaire de l'autre. Mais la vraie monogamie met en pleine évidence cette afiTectueuse réaction du conseil sur le commandement, sans laquelle le mariage ne pourrait aucunement remplir son office fondamental pour le perfectionnement mutuel des deux sexes. De là résultent aussi les deux caractères essentiels de la véritable constitution conjugale, établis déjàpar mon discours préliminaire, l'affranchissement de tout travail extérieur chez la femme etsa surintendance générale de l'éducation domestique. Sous ce double aspect, la dynamique sociale confirmera pleinement, dans le volume suivant, une telle théorie statique, en démontrant que l'ensomble des variations normales du mariage humain tendit toujours à mieux développer ce type naturel. Ainsi, l'étude positive du mariage ne vérifie pas seulement l'axiome fondamental, il n'existe pas de société sans gouvernement ; mais aussi l'aphorisme complémentaire, tout gouvernement suppose une religion, pour consacrer et réglei le commandement et l'obéissance. En systématisant l'ordre élé — mentaire sur lequel repose l'ensemble de l'organisation sociale^.
on est donc conduit à construire, envers le cas le plus simple et le moins contestable, des notions positives qui, convenablement étendues, suffisent ensuite à toute la vraie politique. Mais cette identité naturelle n'est pas moins utile en sens inverse) pour mieux consacrer le mariage en faisant dignement sentir que les sophismes qui tendent à l'ébranler coïncident dicalement avec toutes les autres maximes anarchiques. Après avoir assez apprécié l'organisation domestique quant nœud fondamental qui la constitue, il faut étendre plus ommairement la même théorie, d'abord aux fonctions qui p^xpétuent la famille et ensuite aux relations qui la lient direc- -t^xnent à la société générale^
ïour simplifier cette explication, je dois considérer à la fois » deux états connexes de paternité et de filiation, ou plutôt me xner essentiellement au premier, qui seul importe à notre e politique. Le second, presque passif à cet égard, n'exige examen spécial que dans la théorie morale de la famille, ^'^^fïsamment exposée ci-dessus. Remarquons-y seulement qu'il jlace après le premier quand on range les diverses relations xnestiques, à partir du mariage, suivant l'énergie décrois- ^^Xàte et la généralité croissante desafifections correspondantes : ^^^ la vénération est moins ardente que la bonté.
iLia paternité consolide et développe la constitution domes-
^■^^Xie fondée sur l'union conjugale. Quoique la famille puisse
^* finement développer sa principale efficacité sociale quand
^11^ se réduit au couple fondamental, il est pourtant certain
^^^ la procréation, outre sa propre importance, en augmente
l^t fois la consistance et l'activité. Un but commun, égale-
^^Ht cher aux deux époux, fortifie alors leur tendresse mu-
^^Ue, et tend sans cesse à prévenir ou à modérer les conflits
Pi^ovenus d'une insuffisante conformité d'opinions ou même
* Ixumeurs. Cette précieuse réaction ne peut, évidemment, se
réaliser assez que dans Tétat monogame, hors duquel un tel lien s'affaiblit beaucoup, tant chez les parents que parmi les enfants, faute d'une suffisante concentration affective. Il en résulte même un nouveau motif essentiel en faveur delà loi du veuvage, que la vraie religion prescrit d'après la destination fondamentale du mariage, comme l'explique mon discours préliminaire, pour constituer la pure monogamie. La sagesse occidentale déplore, depuis longtemps, la triste situation où les enfants se trouvent presque toujours placés par les secondes noces. Ainsi, l'entière fixité du lien conjugal, déjà si précieuse directement, peut seule garantir assez la stabilité qu'exigent les relations paternelles et filiales pour comporter une pleine efficacité morale et même politique.
D'après sa moindre énergie, la paternité est plus exposée que le mariage aux atteintes sophistiques émanées de toute anarchie morale ou mentale : la communauté des enfants fut toujours moins repoussée que celle des femmes par les utopies métaphysiques. Cependant le pouvoir paternel ne cessera jamais de fournir spontanément le meilleur type d'une suprématie quelconque. La juste réciprocité entre la bonté et la vénération ne saurait exercer ailleurs une influence aussi naturelle ni aussi complète pour régler dignement l'obéissance et le commandement. Mais cette seconde partie essentielle de la constitution domestique est à la fois plus modifiable et plus perfectible que la première, coirime dépendant d'une plus grande complication affective. Son caractère normal ne peut être bien saisi que d'après une saine appréciation de sa principale destination sociale, en rapportant à l'humanité ce que la civilisation préparatoire rattacha seulement à la famille. J'y devrai donc revenir en traitant ci-dessous des relations nécessaires entre le régime domestique et le régime politique pro prement dit. Néanmoins, la théorie morale de la famille dé-
termine déjà la nature générale des perfectionnements graduels du pouvoir paternel, puisqu'ils doivent ainsi tendre toujours à mieux développer la sainte réaction d'une telle discipline sur les sentiments respectifs des enfants et des parents. Cette règle prescrit d'abord une meilleure répartition du pouvoir entre le père et la mère, conformément à la vraie nature de chaque sexe. Si l'enfant doit toujours recevoir de l'un sa protection matérielle, c'est surtout à l'autre qu'est réservée sa préparation morale et même intellectuelle, du moins jusqu'à la fin de l'éducation purement domestique, suivant le plan indiqué dans mon discours préliminaire. Il faut d'ailleurs rectifier, d'uûe manière analogue, l'aveugle empirisme qui régit encore la sollicitude temporelle des pères. Elle tend à s'exercer aujourd'hui, du moins chez les riches, comme quand toutes les fonctions sociales étaient essentiellement héréditaires. Une folle tendresse veut encore tratismettre à l'enfant une position équivalente à celle du père. Mais, en faisant dignement prévaloir la destination moralepropre à l'existence domestique et la juste subordination de la famille à la société, on reconnaît aussitôt les limites normales de la providence temporelle des pères envers les fils. Quand ils ont reçu l'éducation complète, ceuxci ne doivent attendre de ceux-là, quelle que soit leur fortune, que les secours indispensables à l'honorable inauguration de la carrière qu'ils ont choisie. Toute forte largesse ultérieure qui tend à dispenser du travail constitue, en général, .un véritable abus d'une richesse toujours confiée tacitement pour une destination sociale, sans aucune vaine prédilection personnelle. En second lieu, si la sollicitude naturelle des pères doit avoir une intensité moins aveugle, il importe que son champ devienne plus étendu, d'après un meilleur usage de la grande institution de l'adoption. Le régime Quel de l'humanité développera beaucoup ce précieux perfectionnement, qui,
spontanément surgi de la civilisation initiale, fut ensuite trop entravé pour l'organisation des castes, dont nous subissons encore les restrictions, quoique devenues intempestives. En expliquant, dans mon quatrième volume, la systématisation positive de la procréation humaine, je ferai sentir comment l'adoption procurera les douceurs de la paternité à beaucoup de couples très dignes de les bien goûter, et pourtant voués à une stérilité complète, surtout volontaire. Sans cette libre répartition, les couples propagateurs se trouveraient d'ailleurs surchargés fréquemment. Mais la principale destination de l'adoption consiste, moralement à perfectionner Taffection protectrice d'après un heureux choix, et politiquement à permettre une meilleure transmission des ofQces sociaux, comme je l'expliquerai ultérieurement. Je ne la signale ici que pour indiquer combien la seconde partie nécessaire de la constitution domestique reste encore inférieure à son type normal, et quel est le caractère général de cet état définitif.
Un dernier élément naturel complète ordinairement chaque famille humaine, et permet seul de la lier directement à d'au très, quand l'inceste primitif est assez réprimé. Les es animales deviennent, en général, d'autant moins fécondes qu'elles occupent un rang plus élevé dans la grande hiérarchie biologique. C'est pourquoi notre race serait la moins abondante de toutes, si sa providence artificielle n'avait toujours compensé de plus en plus son infériorité naturelle. Malgré stérilité comparative, la pluralité des enfants y constitue pour tant ime condition évidente de sa perpétuité et de son accroissement. Puisque l'existence s'y prolonge ordinairement jusqu'au double de l'âge où commencent moyennement les fécondations utiles, il faut que chaque couple normal y produise au moin» un enfant de chaque sexe. Mais, outre que ce nombre rendrait; la population humaine seulement stationnaire, il ne suffirait
pas même pour y compenser une fréquente stérilité et la mortalité antérieure au développement. On est ainsi conduit à faire provenir de chaque mariage humain trois enfants dont le sexe «Uffère, suivant l'usage statistique de compter cinq têtes par :inénage. Ce nombre suffit, surtout dansl'ordre moderne, pour 4jne notre population se maintienne et même s'accroisse lenteâDQent^ comme l'indique une judicieuse observation, qui rectifie les dangereuses aberrations d'une fameuse école économique.
Les rapports fraternels se trouvant ainsi dégagés de toute
sipparence fortuite, je dois ici caractériser rapidement ce
<somplément normal de la constitution domestique, sans re-
"%'enîr d'ailleurs sur son appréciation morale, assez indiquée
Cîi-dessus.
Moins énergiques que toutes les autres, ces dernières relations de famille ont dû être plus affectées par les diverses in- £uences perturbatrices. Elles ne furent vraiment réglées que X>endant le moyen âge, et seulement chez les classes supé* œieures, où l'entière suprématie du fils aîné tendit à perpétuer Xa puissance propre à chaque maison illustre. Ces institutions étaient, en réalité, moins défavorables au développement Xnoral de la vraie fraternité que l'anarchique égalité qui leur a ;^assagèrement succédé. Néanmoins, on reconnaît aisément que, Xnème alors, cette partie finale de la constitution domestique fut encore moins adaptée que les deux autres à la destination affec- 'tive qui caractérise la famille humaine. Rien ne peut indiquer 5u8qu*icî quelle heureuse efficacité comporteront habituellement les liens fraternels quand la religion positive aura dignement érigé l'existence domestique en fondement normal de l'exis- 1;ence politique chez les Occidentaux régénérés. D'antiques exemples de monstrueuse inimitié manifestentcombien la fraternité fut altérée par la transmission héréditaire des fonctions sociales. Il en est de même, à un moindre degré, quand Thé-
200 wwiiME, ME, rouTiT/cc posiTnnc
xMiVk tnH b^/rne k U ricb/e»e. llaû, en rapportant toujours la (àmill/^ à la ii/>ciété, le régime final dégagera l'autorité pafteriarueilét de toute entrave inspirée par Tégoîsme domestique. Pleinement libres de t^^ster sous une juste responsabilité dmh raie, leit piire% pourront alors transmettre hors de la famille U'M capitaux ar^uis ou conservés, même indépendamment de l'adoption* Les divers fils cessant ainsi de convoiter à Tenvi la riclu$»se pat/$rnelle, comme ils ont déjà renoncé à la sucoet* «ion dt*M offices, ricane troublera plus le développement naturel de leur affection mutuelle. Une commune vénération la cour» solidera davantage lorsque la loi du veuvage, complétant enfin la monogamie, assurera Tentière fixité des relations filiales. Kfi outre, les frères se sentiront activement réunis par leur commun protectorat envers les sœurs^ habituellement exclues do la HuccegHiou paternelle. Je devais indiquer ici ces diverses vuos iintioipéoH sur la constitution domestique, qui ne devront lie dévt^loppor ([uo dans mon volume final, afin de mieux signaler coiubion los relations fraternelles sont encore loin de leur vralo systématisation. Gos aperçus font aussi sentir comment lu régime positif utilisera, pour Tensemble de l'éducation moralo, h* gonro d'ailoctions domestiques qui rapproche directomout plusieurs familles^ indépendamment d'un heureux usago do ladoptiou* La tendance spontanée à prendre la fraternité pour typo habituel du plus vaste sentiment social constitua» chox nos aucétres> une touchante anticipation des mœurs ré- «orvéo^ À nos dosoendants, quand le régime systématique aura ♦uftlï*auuueat remplacé le régime empirique.
IVur que la constitution de la famille soit pleinement caiaetéri;^ôo> il faut encore y comprendre un supplément naturel, trv>p méivuuu dans 1 anarchie moderne, envers la domesticité |>r\>ivremeut dite. Sa spontanéité et son importance devraient ttv^w* être tovyours rappelées par le langage habituel, qui n'a
ja.mais cessé d'y puiser toutes les expressions collectives sur
l'fitssociation élémentaire. Même sous l'antique servitude, l'éty-
ologîe du mot famille indique nettement l'assimilation des
iolaves aux enfants, comme les derniers sujets du chef com-
vm. Depuis l'entière abolition de Tesclavage, la domesticité
"t^xidit toujours, malgré l'anarchie croissante, à instituer un
o jrdre complémentaire de relations privées, directement propre
SL lier intimement les riches et les pauvres. Quand il sera digne-
ent réglé, il peut concourir heureusement à l'essor graduel
<i^ la vraie sociabilité, par un développement spécial de la ^véxiération et de la bonté, respectivement appliquées à y saucer l'obéissance et le commandement. Moins naturelles et oins intimes que les relations fraternelles, mais plus libres jlus vastes, ces affections supplémentaires doivent habituellélï-i^nt former la dernière transition normale entre les liens de -lai.X3Qille et les rapports sociaux proprement dits. Une superfi- <^i^lle appréciation de l'existence moderne les fait ordinairement ^va-pposer bornées à des classes très-restreintes.Mais un examen ^ï>profondi relève leur importance, en les montrant douées, so-usdiverses fondes, d'une généralité presque totale. Au moyen ^fie, les plus nobles natures s'honoraient de remplir les offices domestiques, pourvu que ce fût envers des chefs assez émi- ^^ntfe. Cet exercice faisait alors une partie essentielle de toute éducation chevaleresque, même sous une subordination fémi- ^ine. Quand l'existence industrielle s'est spontanément organisée, une véritable phase de domesticité a partout surgi dans ^ -libre préparation habituelle du travailleur moderne. Le ré- 'K^inie final régularisera cette institution élémentaire, en l'éten- "^^t convenablement à toutes les classes. Elle y formera, pour *^Xisemble de chaque éducatioil morale, un état intermédiaire ^*^t;Te l'âge des liens involontaires et celui des relations volon- ^i^es. Sa destination sociale devra consister spécialement à
nous préparer au commandemeut par robéissance. J'expliquerai plus tard comment les mœurs finales ennobliront une telle existence, même dans le cas où elle deviendra perpétuelle, suivant les heureuses indications que fournissent déjà les populations préservées de la sécheresse protestante et de l'égoîsme industriel.
Cet ordre supplémentaire de relations domestiques conduit naturellement à sentir que, pour développer entièrement la théorie morale de la famille, il faut y joindre aussi tous les rapports privés indépendants de la naissance. A chacune des cinq affections que je viens d'apprécier, correspond, en effet, hors de la famille, un sentiment analogue, quoique ordinairement moins prononcé, susceptible d'une semblable réaction intime. En se bornant aux cas principaux, on voit ainsi le maître ou le protecteur, Tami et le disciple, représenter habituellement, à un degré moindre, le père, Tépoux ou le frère, et le fils. Le régime final doit utiliser beaucoup ces diverses relations normales, pour mieux lier chaque vie privée à la vie publique, d'après une suite de liens intermédiaires, qui forme entre elles une transition presque insensible.
L'ensemble de cette théorie positive de la famille humaine justifie maintenant mes premières indications sur la connexité nécessaire de ses deux parties essentielles. On voit ainsi que, sous tous les aspects, la constitution politique de la famille se trouve profondément subordonnée à sa destination morale, seule source normale de toutes les explications propres à cette étude fondamentale. Mais on y sent aussi que, réciproquement, l'organisation devient la seule garantie réelle de TefScacité, C'est par là que l'ordre domestique se lie le mieux à l'ordre politique proprement dit. Je n'aurais donc pas approfondi suffisamment ce grand sujet, si, après avoir traité de la famille en elle-même, je ne complétais ce chapitre en examinant ses
rapports généraux avec la société. Quoique le régime politique repose toujours sur le régime domestique, les variations normales de celui-ci ne peuvent jamais s'expliquer que d'après les modifications graduelles de l'autre. Si donc cette grande réaction n'était point assez appréciée, la théorie positive de la famille manifesterait trop peu le caractère essentiellement relatif qui la distingue le mieux des théories absolues ébauchées par mes prédécesseurs métaphysiques.
Pour faciliter autant que possible cette appréciation décisive, je dois d'abord résumer en une seule conception l'ensemble de la double théorie qui précède. A cet effet, il suffit de concevoir la &mille comme destinée à développer dignement l'action de la femme sur l'homme.
D'après le chapitre précédent, le caractère naturellement égoïste de l'activité qui domine toute l'existence humaine ne saurait être convenablement transformé sans cette douce influence continuellement émanée du sexe affectif. Comme mère d'abord, et bientôt comme sœur, puis comme épouse surtout, et enfin comme fille, accessoirement comme domestique, sous chacun de ces quatre aspects naturels, la femme est destinée à préserver l'homme de la corruption inhérente à son existence pratique et théorique. Sa supériorité affective lui confère spontanément cet office fondamental, que l'économie sociale développe de plus en plus en dégageant le sexe aimant de toute sollicitude perturbatrice, active ou spéculative. Tel est le but essentiel de l'existence domestique, et le caractère général de ses perfectionnements successifs. Dans chacune de ses phases naturelles, l'influence féminine se présente toujours comme devant prévaloir, d'après une meilleure aptitude au mode correspondant d'évolution morale. Nous sommes, à tous égards, et même physiquement, beaucoup plus les fils de nos mères que de nos pères. Pareillement, le meilleur des frères, c'est
assurément une digne sœur : la tendresse de l'épouse surpasse ordinairement celle de l'époux; le dévouement de la fille remporte sut celui du fils* Il serait d'ailleurs superflu d'expliquer Ja supériorité habituelle de la domesticité féminine. La femme constitue donc, sous un aspect quelconque, le centre moral de la famille. Quoique cette destination normale n'ait pu être suffisamment réalisée par le régime préliminaire de rhumanité, elle a néanmoins assez surgi jusqu'ici pour faire nettement concevoir les mœurs finales. Ainsi, la théorie positive de la famille humaine se réduit enfin à systématiser l'influence spontanée du sentiment féminin sur l'activité masculine.
Un tel résumé permet ici de caractériser directement la connexité fondamentale entre l'existence domestique et l'existence politique, en concevant l'une et l'autre comme les deux éléments nécessaires de la seule solution réelle que comporte le ^and problème humain, la subordination habituelle de l'égoïsme à l'altruisme.
L'activité continue à laquelle nous sommes irrésistiblement voué? ne peut être d'abord dirigée que par les instincts persoxH» nelSy intimement liés aux organes spéciaux des besoins matériels qu'elle doit satisfaire. Mais le chapitre précédent démontre que son essor collectif tend naturellement à lui procurer un vrai caractère sympathique, à mesure que s'accomplitnotre évolution sociale. Néanmoins, cette grande transformation ne pourrait jamais se réaliser spontanément sous les seules impulsions émanées de notre situation nécessaire. À ces tendances provenues du dehors doivent correspondre, au dedans, des dispositions directement propres à développer nos meilleurs instincts, dont l'inertie native peut être ainsi compensée par un exercice assidu. Or, cette impulsion intérieure résulte du concours harbituel de deux influences très-distinctes, mais susceptibles de se combiner assez, l'une morale, l'autre intellectuelle. La pre-
mière se réduit à Tessor spontané de nos affections bienveillantes, sans lesquelles un tel résultat serait toujours impossible. U faut regarder la seconde comme consistant surtout dans une suffisante appréciation de Tordre extérieur qui nous domine, et des modifications que nous y pouvons introduire.
Ces deux forces sont respectivement développées, d'une manière spéciale, par les deux modes généraux de notre existence sociale, d'abord domestique, puis politique. La vie de famille modifie profondément l'ensemble de notre constitution affective, d'après des relations à la fois assez intimes et assez variées pour cultiver habituellement tous nos penchants sympathiques, de manière à nous en faire dignement apprécier le charme caractéristique. Des liens continus, d'abord forcés, puis volontaires, y tendent de plus en plus à confondre chacun de nous avec les seuls êtres qu'il lui sera jamais permis de bien connaître. Quoique cette appréciation privée doive souvent paraître illusoire à ceux qui n'y peuvent assez participer, sa réalité ordinaire devient incontestable aux yeux de quiconque en juge sainement la difficulté et les conditions. Une disposition indifférente est loin de faciliter la rectitude de nos jugements envers une nature aussi compliquée que la nôtre. En reprochant à l'amour de devenir souvent aveugle, on oublie que la haine reste toujours telle, et à un degré bien plus funeste. U faut reconnaître, au contraire, que, sans la bienveillance continue avec laquelle nous contemplons les nôtres, nous ne pourrions jamais apprécier assez leurs principales dispositions. D'ailleurs, une telle continuité développe en eux des attributs que ne peuvent bien manifester des relations plus vagues. Sans adopter toujours les jugements émanés de l'épouse, de la mère, ou du fils, il faut les regarder habituellement comme investis d'une exactitude qui doit échapper à tous les yeux étrangers. C'est ainsi que l'existence domestique, vouée surtout à la culture décisive des
affections sympathiques, nous procure aussi la plus difficile et la plus précieuse de toutes les connaissances réelles, celle de la nature humaine. Quoique son étude demeure nécessairement empirique, on ne peut en puiser ailleurs des germes équivalents. Pour devenir assez systématique, il ne lui reste ainsi qu'à se compléter ensuite par une suffisante appréciation de Taxistence sociale "proprement dite. Mais ce complément n'a pa Vraiment surgir que d'après le récent accomplissement de la grande initiation propre à notre espèce. C'est donc à la vie dé famille que Ton dut essentiellement toutes les notions, incohérentes mais réelles, obtenuesjusqu'ici sur la nature morale, et même intellectuelle, de l'homme. Principal organe spontané de leur transmission comme de leur acquisition, la femme restera toujours, dans l'intimité domestique, notre meilleure initiatrice à ces précieuses connaissances, sans lesquelles nos méditations sociologiques ne pourraient ensuite trouver aucune base. Ainsi, la vie de famille, directement appréciée dans son centre féminin, n'est pas seulement propre à développer une culture sympathique qui ne saurait ailleurs surgir assez. Cette principale destination s'y trouve naturellement accompagnée d'une préparation intellectuelle qu'on n'obtiendrait pas autrement. Une telle coïncidence détermine le concours spontané des deux éléments qu'exige l'impulsion fondamentale indiquée ci -dessus comme devant graduellement transformer le caractère propre à notre activité continue. Pendant que la vie pratique de la cité nous dévoile empiriquement les lois naturelles de Tordre matériel, la vie affective de la famille nous initie pareillement à la connaissance de Tordre moral qui doit le modifier sans cesse. Cette double instruction se concentre spontanément autour du foyer domestique, où le père et la mère président respectivement à ses deux parties, dont la combinaison théorique devient ensuite le dernier résultat de toute l'initiation mentale.
Malgré la précieuse culture intellectuelle qui surgit ainsi dans la famille, c'est seulement d'après une association plus vaste et moins intime que l'esprit humain peut acquérir son essor caractéristique. L'existence domestique reste essentiellement Vouée au sentiment. Toutes les connaissances morales dont elle foxirnit le germe spontané ne prennent une vraie consistance q\xe quand la vie sociale les applique à des relations plus généra.! es. Nos émotions y sont même trop vives et trop continues poxir permettre un essor distinct de nos facultés esthétiques, qxxî ne commencent à se manifester assez qu'afîn d'exprimer des afiPections étrangères à notre naissance. Ainsi, Texistencepoliti ^iie, dominée par notre activité permanente, devient la source essentielle de notre développement intellectuel, à la fois théoriq^iie et pratique. Telle est sa destination propre, d'après laç^:i>«lle nous identifions souvent la marche de l'esprit humain et Colle de l'état social. Sans doute, elle étend aussi l'exercice du 5&:rxtiment, mais seulement en lui procurant de nouvelles applic^t ions, qui n'en changent jamais l'essence. Des trois instincts ^y -Ottpathiques admis par la théorie positive de la nature huii^^e^ine, aucun n'appartient exclusivement à la vie publique^ To ^s reçoivent dans la famille leur essor décisif. C'est uniquei^^int d'après cette évolution initiale que la société peut ensuite A^ vi.r offrir un développement supérieur, qui ne comporterait *^^oune vraie consistance sans une telle base. Il semble cependant î^^« l'existence politique possède encore un autre attribut carac- *^^*:^istique,plus frappant même que l'essor intellectuel, d'après ^*-^^*::t aptitude exclusive à susciter des forces collectives, qui réasent profondément sur toutes nos destinées. Mais, en établisles lois naturelles de leur formation, je prouverai bientôt 5^^e leur source réelle est surtout mentale, d'après les opinions ^^^^^^munes qui consolident les pouvoirs émanés de la vie active, sentiment et l'intelligence fournissent donc les caractères es-
sentiels respectivement propres à l'existence domestique et à Texistence politique, quoique chacune d'elles tende aussi développer indirectement celui qui appartient à l'autre. Dan la famille, la sympathie s'exerce spontanément d'après des relations continues, qui sont d'abord involontaires ; la société fai surgir l'essor mental, pour diriger la coopération croissante quE la distingue. Pendant que l'une nous pousse graduellement l'entière générosité des sentiments, l'autre nous fait tendre dtt plus en plus vers la pleine généralité des pensées. Voilà comment la vie privée et la vie publique doivent naturellement co courir à la transformation fondamentale qui constitue le b permanent de toute évolution humaine. L'impulsion affecti et l'influence spéculative tendent alors à rendre de plus plus sympathique le caractère primitivement personnel notre activité dominante.
Pour mieux concevoir leur concours, il faut regarder c cune d'elles comme concentrée dans le siège qui lui est propKT* ^ La condensation morale s'accomplit spontanément autour d^ SMa femme, qui en constitue toujours le principal organe. Mai& ZKs concentration mentale, qui correspond à un essor plus coocm. * plexo, reste longtemps dépourvue d'un ministère assez distin.4? '^^ Néftuiuoins, la sociologie statique, qui doit surtout considér^J i'état norinnl sans trop examiner son avènement, peut déjA traitor co second élément régénérateur comme aussi centralisa quo lo pnnnior. Son centre naturel consiste, en effet, dans I© wiconhmo proprement dit, quelles qu'en soient d'ailleurs la muiroo ot Torganisation. Aussitôt que la conception, fictive ou n^ollo, ilo l ordre universel a pris assez de constance pour dirlgor UiUro activité, elle ne tarde point à former le domaine luUùtuol iPuno classe ou caste distincte, autour de laquelle se ciKuUniî^o Ivuito riulluence spirituelle. Une telle corporation acoiaupUt, drtu* lorganisme politique, un office fondamental es- f
-sentiellement équivalent à celui que la femme exerce dans Torjanisme domestique. Elle tend à modifier par Tintelligence , comme celle-ci par le sentiment, la puissance matérielle naturellement surgie de notre existence pratique.
Ces deux éléments nécessaires de Timpulsion régénératrice exigent une longue et difficile préparation, qui constitue le principal objet de la grande initiation humaine. Ni le sexe affectif ni la classe contemplative n'ont encore atteint suffisamment leur vrai caractère , et assez obtenu leur juste dignité sociale. Pourtant leurs destinations respectives sont pleinement appréciables depuis longtemps, de manière à laisser apercevoir leurs germes spontanés dans le premier état de notre espèce. Tandis que chacune de ces influences modératrices se développe spécialement , leur but commun doit aussi les combiner de plus en plus, quoique leur concours soit moins avancé jusqu'ici que leur essor respectif.
D*après cette comparaison abstraite entre la famille et la société , notre vie privée et notre vie publique offrent essentellement la même nature statique , et par suite doivent comporter une semblable appréciation dynamique, sauf la diversité ^es degrés. Si la constitution domestique se réduit à systématiser Tinfluence de la femme sur Thomme, on peut dire également que la constitution politique consiste surtout à régler Tac- "^ion du pouvoir intellectuel sur la puissance matérielle. La l^réparation simultanée de ces deux éléments régénérateurs ■^«rme la principale destination de notre régime préliminaire, ^t leur combinaison normale doit devenir la base essentielle
^e notre état définitif.
Ainsi conçu , Torganisme collectif se trouve radicalement ^^nforme à l'organisme individuel, comme l'exige leur subor- ^3ination naturelle. Dans l'existence sociale, à la fois domestique ^t politique, de même que dans la simple existence personnelle,
le sentiment et Tintelligence concourent pour diriger Inactivité. Partout on reconnaît des éléments analogues, comme une sen^blable combinaison.
Un tel rapprochement ramène enfin au point de vue fondamental que le premier chapitre de ce volume a constitué d'avance pour dominer l'ensemble des conceptions sociologiques. En effet, cette double organisation, commune à l'individu et à l'espèce, caractérise, de part et d'autre, le véritable état religieux, c'est-à-dire une complète unité. La vraie théorie de la famille et la saine théorie de la société deviennent ainsi des conséquences nécessaires de la théorie positive de la religion. Ayant d'abord fondé l'état synthétique sur le concours entre l'amour et la foi, je devais ensuite retrouver le sexe affectif et la classe contemplative comme les éléments connexes de l'ordre humain. Mais, en sens inverse, l'accomplissement d'une telle vérification doit ici manifester davantage la réalité et la fécondité de ma théorie fondamentale.
Suivant ces notions générales sur la connexité naturelle entre la constitution domestique et la constitution politique, je vais compléter l'étude statique de la famille en y appréciant la réaction normale de la société , sans laquelle ses modifications de temps et de lieu resteraient inexplicables.
Cotte iutluence générale résulte de deux sources distinctes : l'une principale , qui est involontaire, et même ordinairement inaperçue jusqu*ici; l'autre secondaire, qui, étant plus ou moins volontaire, fut seule sentie habituellement, quoique mal jugée. La première consiste dan? les changements spontanés qu'éprouve la constitution domestique d'après la marche naturelle de l'activité qui domine toute l'existence humaine. Mais la seconde peut se réduire aux institutions introduites pour mieux conformer les moditicutious de la famille à celles que subit ainsi la société , sans qu'on doive d'ailleurs considérer ici les opinions
il ont dirigé ou préparé ces efforts successifs, à moins qu'elles -aient directement agi. Quoique ces deux influences ne se soient presque jamais exercées immédiatement que sur les d.sisses supérieures, elles ont affecté finalement toute la masse sc^^iale, d'après sa tendance naturelle, à la fois volontaire et fc^jrcée, vers les changements essentiels qui furent d'abord a^i optes par ses chefs.
IPour mieux concevoir la direction générale de cette double p ^j»Jssance , d'après laquelle la société modifie sans cesse la fafc-:Hciiille, il faut maintenant apprécier les imperfections radi- .es que présente toujours l'existence domestique, et qui doiit aussi subir graduellement d'heureuses transformations, l'abord, comme je l'ai ci-dessus expliqué, les affections 'elle développe ne sont jamais entièrement pures. Il s'y mêle cc^iiastamment une influence, plus ou moins prononcée, des iïM-^-tincts égoïstes, principale source de leur énergie caractéristicj^-iie. C'est même d'un tel concours que dépend l'aptitude fond^-Knentale de la vie de famille, afin de constituer la seule translation possible entre la simple personnalité et la vraie sociabilité. Si , d'un côté, l'existence domestique est la plus propre à nous f^ixre bien apprécier le charme de vivre pour autrui^ elle nous pl^ice, d'une autre part, dans la situation qui permet le plus à ^^t^eicun d'abuser des autres. Elle peut donc, par sa nature, développer Tégoïsme ou l'altruisme , suivant la direction qui P^^^vaut; ce qui explique , sans les justifier, les jugements op- P*^3és qu'elle a toujours suscités chez les philosophes. Or, cette d^-^ection prépondérante se trouve nécessairement déterminée ^*-^ïMout , dans l'ensemble des cas , par l'influence supérieure 9^^ chaque société exerce continuellement sur les familles qui ^^ Cîomposent. Voilà comment, malgré d'irrationnelles criti- ^I^^s, l'existence domestique développe habituellement nos
^^^tincts sympathiques , seuls pleinement compatibles avec les
contacts sociaux. Tel est donc le perfectionnement nécessaire de la famille par la société , qui en épure sans cesse le caractère dominant, de manière à réaliser de plus en plus sa grande destination morale.
Outre cette dégénération trop fréquente, où elle développe Tégoïsme au lieu de l'altruisme, l'existence domestique comporte naturellement une autre imperfection radicale, principale ressource des déclamateurs anarchiques. Car, en constituant une unité très-compacte, elle tend spontanément à la faire indûment prévaloir. Il semble donc que , quand la vie de famille ne stimule pas la personnalité proprement dite, elle ne peut éviter de susciter un égoïsme collectif presque aussi funeste, et d'ailleurs très-propre à lui servir dévoile. Mais, sans dissimuler un tel danger, on n'y doit voir qu'un inconvénient plus ou moins commun à toute association partielle. Or, jusqu'ici nulle société ne put être vraiment générale, c'est-à-dire embrasser l'ensemble de notre espèce. Tous les groupes limités tendent d'abord à des hostilités mutuelles, toujours d'autant plus prononcées que chacun d'eux a plus de consistance. Malgré l'inconséquence ordinaire aux sophistes, la patrie mérite réellement des reproches analogues à ceux que comporte la famille, et pourtant sa bienfaisante inlluence morale n'est pas contestable. D'après la théorie positive de la nature humaine, il faut surtout dégager nos instincts sympathiques de leur torpeur initiale , quelques dangers que puissent ensuite offrir les impulsions susceptibles d'une telle eflîcacité. Car, l'essor ultérieur des penchants bienveillants peut finalement corriger cette impureté primitive, quand la situation devient assez favorable. Or, c'est ce qui résulte nécessairement de la pression que la société exerce sans cesse sur la famille, pour l'adapter à une destination plus générale. Si la Patrie, malgré son féroce caractère initial, put seule nous élever graduellement à rHumanitê, comment l'exis-
-tence domestique^ douée naturellement d'une efficacité morale plus vive et plus assidue, ne nous pousserait-elle point au pur sentiment social, quoique d'après un égoïsme collectif?
La société tend donc, sous ce second aspect comme sous le premier , à corriger de plus en plus les principales imperfec- -tions propres à la famille humaine, et à faire mieux prévaloir -sa destination fondamentale. Elle y développe cette salutaire ^ xnfluence par chacun des deux modes simultanés que j'ai distin- £^és ci-dessus. Il n'appartient qu'à la sociologie dynamique ^'apprécier leur efficacité successive. Mais la statique sociale <3Loit en indiquer déjà la source normale. On peut ainsi reconxialtre surtout que la marche graduelle de notre existence pra- "Uque a dû profondément modifier notre constitution domestique. Cette réaction nécessaire n'est pas seulement sensible envers le changement principal , quand l'activité humaine décent enfin purement industrielle au lieu de rester essentielle- :xnent militaire , ce qui tend à perfectionner radicalement la :fiamille par la société. Mais une semblable tendance caractérise «nssi, quoiqu'à un moindre degré, toutes les modifications que le passé nous offre dans la vie guerrière. Je prouverai , en dynamique sociale , que l'établissement primitif de la mono- ~ garnie occidentale et son perfectionnement au moyen âge doivent être respectivement attribués à la prépondérance de l'activité militaire sur la stagnation théocratique, et à la transformation de la conquête en défense. Quant à l'influence^ acces- "-«oire mais volontaire, que j'ai ci-dessus distinguée de cette -principale subordination de la famille envers la société , sa participation est tellement évidente qu'on l'a presque toujours exagérée de la manière la plus vicieuse. Elle s'est même exercée lorsque l'activité collective offrait un caractère vraiment prononcé, qui suscita des institutions propres à y mieux adapter l'existence domestique. Mais elle se manifeste aussi , sous
une forme plus spéciale, quand la constitution politique permet ^u sacerdoce une sufisante indépendance. On le voit alors occupé surtout de perfectionner systématiquement la famille humaine, quoique d'après une théorie essentiellement vicieuse^ d'abord dans les antiques théocraties , et ensuite pendant le triomphe du monothéisme.
Il n'appartient qu'à mon volume final de caractériser directement la régénération fondamentale que notre existence domestique doit bientôt manifester, en résultat nécessaire de l'ensemble des modifications antérieures. Mais la statique sociale , qui détermine la tendance commune de ces variations successives, permet aussi d'en concevoir l'avènement général , quoique sans pouvoir en fixer l'époque et le mode. On le voit ici résulter naturellement du concours normal, impossible auparavant, des deux influences ci-dessus considérées, et dont -la seconde , cessant alors d'être purement accessoire, servira désormais à régler la première. En faisant enfin prévaloir irrévocablement une activité pacifique, la nouvelle existence humaine dissipera la contradiction forcée qui existait jadis entre les bienveillantes inclinations de la famille et les instincts san- ^inaires de la société. D'une autre part , elle développera la vie de famille dans l'immense milieu qui peut le mieux la goûter, et auquel fut essentiellement interdite jusqu'ici cette unique compensation morale de sa détresse matérielle. Alors la famille -deviendra partout la base évidente de la société ; et l'existence politique se présentera, réciproquement, comme destinée surtout à consolider et à perfectionner l'existence domestique, (Mais, tandis que la femme obtiendra son juste ascendant^ le -«acerdoce pourra développer enfin sa légitime influence^ d'a- :près la seule religion capable d'embrasser toute la nature humaine , tant collective qu'individuelle. Une théorie vraiment positive servira de guide habituel .à son action systématique
notre perfectionnement moral, dès lors directement relatif, dsLjas la société comme dans la famille , aux inclinations bienliantes dont l'existence était méconnue, ou même niée, par synthèses antérieures. Elle seule peut enfin dissiper Tajffreuse al-fccmative où flottent aujourd'hui tant d'observateurs consciencieux, entre une immense dissolution de Tordre humain, à la foî s domestique et politique, et la pleine réalisation des admirai-lbles vœux vainement indiqués dans toutes les utopies.
"Une telle conclusion pour l'ensemble de ce chapitre doit faire
seiatir la justesse universelle du principe fondamental par lequel
3© oommençai cet ouvrage : toute systématisation partielle exige
la synthèse générale. Puisé d'abord dans l'ordre purement scien-
tirfîçue, je l'étendis ensuite à la connexité nécessaire entre la
coordination intellectuelle et la réorganisation sociale. Enfin ,
on reconnaît ici que Texistence domestique et l'existence poli-
tîqfue ne sauraient être régénérées que Tune par l'autre. Cette
conviction , que la situation occidentale développera de plus
®^ plus, peut mieux caractériser à la fois l'immense difficulté
^® la. synthèse moderne et les dispositions, de cœur ou d'esprit,
9^'ex:ige partout son élaboration graduelle.
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