‹ Système de politique positive (volume 4)Chapitre 7 sur 26 · SÉNATEUR DE LA RÉPUBUQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

SÉNATEUR DE LA RÉPUBUQUE FRANÇAISE

Paris, le S Aristote 64 (samedi 28 férrier 1852). Monsieur,

En terminant, au mois d'octobre dernier, le Cours philosophique sur r histoire générale de V Humanité , que je fais, depuis trois ans, d'après le programme ci-joint, sous votre civique patronage, j'ai promis sa réouverture pour le premier dimanche d'avril prochain, selon ma coutume an-

naelle. Mais^ avant de m'entendre verbalement avec vous à cet égard, je crois devoir vous adresser quelques éclaircissements écrits sur le nouveau caractère que je veux imprimer à l'ensemble de ce quatrième cours, conformément à la situation nouvelle de notre République. Vous pouvez regarder cette lettre comme un sommaire anticipé de l'explication politique qui commencera mon prochain discours d'ouverture, dont la partie morale caractérisera ensuite le régime final dirigé jpar la Religion de l'Humanité ; tandis que sa terminaison philosophique indiquera l'esprit et le plan de la grande construction historique qui sert de base à cette détermination.

Notre dernière crise a fait, ce me semble, irrévocablement passer la République française de la phase parlementaire, qui ne pouvait convenir qu'à une révolution négative, à la phase dictatoriale, seule adaptée à la révolution positive d'où résultera la terminaison graduelle de la maladie occidentale, d'après une conciliation décisive entre l'ordre et le progrès. Si même un trop vicieux exercice de la dictature qui vient de surgir forçait à changer, avant le temps prévu, son principal organe, cette fâcheuse nécessité ne rétablirait pas réellement la domination d'une assemblée quelconque, sauf peut-être pendant le court intervalle qu'exigerait Tavénement exceptionnel d'un nouveau dictateur.

D'après la théorie historique que j'ai fondée, l'ensemble dupasse français tendit toujours à faire prévaloir le pouvoir central. Cette disposition normale n'aurait jamais cessé si ce pouvoir n'avait pas enfin pris un caractère rétrograde, dès la seconde moitié du règne de Louis XIV. De là provint, un siècle après, l'entière abolition de la royauté française ; d'où la domination passagère de l'unique assemblée qui dut être vraiment populaire parmi nous. Son ascendant ne résulta même que de sa digne subordination envers l'énergique Comité surgi de son sein pour diriger l'héroïque défense républicaine. Le besoin de remplacer la royauté par une vraie dictature se fit bientôt sentir, d'après la stérile anarchie que développait notre premier essai du régime constitutionnel. Malheureusement cette indispensable dictature ne tarda point à prendre aussi une direction profondément rétrograde, en combinant l'asservissement de la France avec l'oppression de l'Europe. C'est uniquement par contraste à cette déplorable politique que l'opinion française permit ensuite le seul essai sérieux qui pût être tenté parmi nous d'un régime particulier à la situation anglaise. Il nous convenait si peu que, malgré les bienfaits de la paix occidentale, sa prépondérance officielle pendant une génération nous devint encore plus funeste que la tyrannie impériale ; en faussant les esprits par l'habitude des sophismes continuels, corrompant les cœurs d'après des mœurs vénales ou anarchiques, et dégradant les caractères sous l'essor croissant des tactiques parlementaires.

Vu la fatale absence de toute véritable doctrine sociale, ce désastreux régime subsista, sous d'autres formes, après l'explosion républicaine de 1848. Cette nouvelle situation, qui garantit spontanément le progrès et tourna vers l'ordre toutes les graves sollicitudes, exigeait doublement l'ascendant normal du pouvoir central. Au contraire, ou crut alors que l'élimination

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