CHAPITRE TROISIÈME
THÉORIE POMTIVE DE LA FABUIXE HUMAUnL
La répartition générale des opinions modernes an sujet de la famille fait nettement ressortir Timportance et la difficulté d'une théorie vraiment positive sur cette institution fondamentale. Malgré le pas immense du moyen âge vers l'état final de notre constitution domestique , les conceptions systématiques , restées, à cet égard , fort inférieures aux notions empiriques , ont presque toujours conservé le caractère essentiellement anarchique qu'elles offrirent dans l'antiquité. Sauf l'incomparable Aristote , seul supérieur à toutes les graves aberrations , les philosophes grecs avaient entièrement méconnu la véritable nature de la famille humaine et ses relations nécessaires avec la société. Or, les penseurs modernes , quoique placés dans un meilleur milieu , ne pouvant davantage élever leur métaphysique au vrai pomt de vue social, se bornèrent habituellement^ même sous l'inspiration catholique , à reproduire ces utopies subversives comme le type normal de l'ordre futur. C'est seulement depuis que Tébranlement révolutionnaire mûrit toutes les méditations morales et politiques que la raison théorique commence , envers ce grand sujet , à se rapprocher assez de la
sagesse pratique. Mais cette indispensable harmonie reste encore
ils SYSTÈME DE PQUTIQUB POSITiVB.
le privilège caractéristique de Fadmirable école rétrograde qui , an débat da siècle actuel , démontra si complètement Tinanité sociale de la métaphysique négative propre au dix-huitième siècle. Les lumières décisives que Tillustre Bonald sut tirer de Texpérience égyptienne et surtout romaine pour rectifier les sophismes grecs j^tM pas été tée^étitënt adôt)tées jusqu'ici par Tensemble des penseurs progressistes. Au contraire , toutes les utopies siefièlM se trémeuty c&inmè }es ptéôéiêtAèi, profondément livrées aux aberrations anti-doniestiques. Telle est donc la gravité de notre situation intellectuelle que , sur le& notions même les plus fondamentales , et en apparence les plus faciles. Tordre appartient aux purs rétrogrades 9 chez lesquels il reste sans efficacité , tandis que le prc^ès demeure entièrement anarchique et dès lors radicalement stérile. Gettt double contradiction ne pouvait être irrévocablement dissipée que par le positivisme, qui, dès sa naissance, sut également accepter la succession de De Maistre et celle de Gondorcet Mes premiers travaux sociologiques , réimprimés dans le dernier volume du présent traité , attaquèrent systématiquement la métaphysique révolutionnaire, avec plus de vigueur que n'avait pu le faire l'école théologique , et pourtant au nom du progrès le plus avancé. Quoiqu'ils dussent spécialement concerner l'ordre politique proprement dit , leur influence nécessaire s'étendait implicitement jusqu'à l'ordre domestique. Celuici devint ensuite le sujet direct de quelques explications décisives dans la grande élaboration philosophique qui résulta d'm tel programme social. Toutefois , c'est seulement ici que la "vraie théorie de la famille, fondée sur une exacte connaissance •de la nature humame, pouvait susciter une construction définitive, préparée par mes cours oraux.
Avant d'y procéder, il convient de considérer encore, du point de vue historique, l'mcohèrence qu'elle doit résoudre^
STATIQUE 60GIALB» *— CHAPITRE tROl«[ÈM£. 17d
comme un indice , confus mais énergique y de la âerniêare transfonnation que subira prodiainemait la coustitutton gêné** raie de la famille moderne pour devebir la base néceSsail^ dd ta Traie régénération. 6ur ce sqjet difficile , IM meilleures coai* eq)UonB de Técole rétrograde eurent itiétitablemeût le graiT^ défont de supposer immuable uâe constitution qui cheminis continuellement Ters un typd naturel qu'elle ne peut Jamaiê att^uidre. C'est ^ en sociologie ^ te vite ordinaire dut théoriei pirement statiques ^ isolées de tonte impnisfoû ott de^natioA ârnamiftuet Mais cette inéritable Imperfection des eoncepUons d'iristote siur l'ordre ancien ne devait pais se reproduire envers Tordre moderne , dont la nature progressive était assex appré^ dable depuis le moyen âge. L'erreur n'a dès lors persisté que d'après l'impuissance personnelle des penseurs qui prétendaient maintenir la philosophie absolue en Un temps où la philosophie relative pouvait seule convenir à la réorganisation i^ociale. Malgré leurs décisions doctorales^ la prétendue immobilité de la constitution domestique révoltait la raison moderne ^ qui, d'après le spectacle , irrécusable quoique confus , des modifications antérieures, pressentait vaguement les foturs perfectionnements; Tant que la loi naturelle de tes variations normales n'a pas été connue ^ leur inévitable contetnplation a dû exercer une influence essentiellement anarchique > en paraissant autoriser toutes les hypothèses arbitraires que pouvait i^g» gérèr un aveugle instinct de progrès. Mais , depuis que J'ai fondé la véritable scienée sociale ^ ces spéculations délicates n'offrent aucun danger radical pour l'harmonie pratique de l'existence moderne. Tous les sophismes y peuvent être com^ plétement atteints par des démonstrations positives^ où les besoins du perfectionnement se trouvent toujours conciliés nécessairement avec les conditions de la conversation , suivant Vesprit fondamental qui partout caractérise la nouvelle philo-
Sophie. D'après Tensemble de ce chapitre , les grandes modtficatioiis qae doit bientôt subir la constitution générale de la famille hamaine deviendront la suite inévitable et le complé* ment indispensable de celles qu'elle éprouva successivement pendant la longue initiation propre à notre espèce. Loin de tendre jamais à dissoudre la famille dans la société , elles coni^teront surtout à mieux consolider et à développer davantage le vrai régime domestique indiqué par la saine connaissance de notre nature. Appréciées ici sous le simple aspect statique , c'est-à-dire quant au type fondamental vers lequel elles tendent toujours^ les variations normales de ce régime spontané se trouveront ensuite déterminées avec plus de précision d'après rétude dynamique propre au volume suivant. Mais partout on reconnaîtra^ même dans le chapitre actuel , que leurs lois spéciales constituent seulement une nouvelle application du grand principe qui toujours subordonne Tun à l'autre les deux éléments essentiels de la sociologie positive : le progrès e$i le développement de Vordre.
On peut construire la vraie théorie de la famille humaine d'après deux modes très-distincts ^ mais également naturels, l'un moral, l'autre politique, qui concourent nécessairement, et dont chacun convient mieux à certaines destinations essentielles.
Tous deux conçoivent la famille comme l'élément immédiat de la société, ou, ce qui est équivalent, comme F association la moins étendue et la plus spontanée. Car, la décomposition de l'humanité en individus proprement dits ne constitue qu'une analyse anarchique , autant irrationnelle qu'immorale , qui tend à dissoudre l'existence sociale au lieu de l'expliquer, puisqu'elle ne devient applicable que quand l'association cesse. Elle eA aussi vicieuse en sociologie que le serait « en biologie, la dé^
composition chimique de TiDdivida lui-même en molécules irréductibles ; dont la séparation n*a jamais lieu pendant laTie* A la vérité , quand l'état social se trouve profondément altéré , la dissolution j)énètre , à un certain degré , jusqu'à la constitution domestique ^ comme on ne le voit que trop aujourd'hui Mais , quoique ce soit là le plus grave de tous les symptômes anarchiques^ on peut alors remarquer, d'une part, la disposition universelle à maintenir autant que possible les anciens liens domestiques, et, d'une autre part, la tendance spontanée à former de nouvelles familles , plus homogènes et plus stables. Ces cas maladifs confirment donc eux-mêmes l'axiome élémentaire de la sociologie statique : la société humaine se compose de familles, et non d'individus. Suivant un principe philosophique posé , depuis longtemps , par mon ouvrage fondamental, un système quelconque ne peut être formé que d'éléments semblables à lui et seulement moindres. Une société n'est donc i pas plus décomposable en individus qu'une surface géométrique V ne Vest en lignes ou une ligne en points. La moindre société, savoir la famille, quelquefois réduite à son couple foùdamental, constitue donc le véritable élément sociologique. De là dérivent ensuite les groupes plus composés qui, sous les noms de classes et de cités, deviennent, pour le Grand-Être, les équivalents des tissus et des organes biologiques , comme je l'expliquerai bientôt. Toutefois, cette manière de concevoir la famille ne convient de préférence qu'au début de la religion positive , où la notion et le sentiment de l'Humanité n'ont pu encore prévaloir assez. Quand l'éducation régénérée aura suffisamment familiarisé les esprits et les cœurs occidentaux avec le principe affectif et rationnel de la synthèse finale , les familles sembleront devoir être tellement combinées que leur séparation abstraite exigera quelques efforts habituels. Au lieu de définir la société humaine d'après la famille , alors prévaudra la dispo-
t8!2 STSTÊMB DB VOUTIQUE rOftlTIfB.
rition inverse ^ ei Von concevra les familles comme les moindres saeiéiéa susceptibles de persistance i^ntanée. Gar^ si l'existence politique repose d'abord sur l'existence domestique ^ eelle-d finit par trouver dans l'autre la principale source de son perfectionnement et même la meilleure garantie de sa oonsolidatioOi Les notions de famille et de société ne sont donc séparables que provisoirement , tant que dure la grande initiation propre i^ notre espèce. Dans le régime finale elles caractériseront seu« lement deux degrés inégaux mais connexes d'une môme existence j et la science réelle ne les isolera qn'afin de mieux connaître les lois générales de l'organisme collectif en étudiant d'abord sa moindre complication. Cette oiiion mutuelle des familles constitue 5 en effets le principal caractère de notre véritable existence domestique. Pour trouver des familles sans société , il faut descendre parmi les animaux : mais alors la famille cesse d'être permanente^ et ne subsiste réellement que pendant l'éducation des petits. Quand elle dure au delà de ce temps , on observe aussi une tendance constante à former des associations de plus çn plus vastes, dont l'extension n'est vraiipent bornée > chex les iraçes vraiment sodahlea, que par la prépondérance de l'HuQiapité , comme je l'ai expliqué en bialogie. Ainsi I dans l'ordre bupiain^ seul type complet de l'ordre universel , il n'existe pas davantage de familles sans sœlété que' de société sans familles. Le développement contbra 40 vrai Prand-'Êire identifie de plus en plus l'exiatenœ domestique et l'existence politique ^ d'ap^rèa une connexité oroissante entre U vie privée et la vie publique, nm, ^ raison môme d'une telle harmonie , les lois naturelles de toute association humaine dét* vent être dogmatiquement expliquées d'abord envers le moi»* dre degré , quoique le degré supérieur ait pu seul être asseï décisiC pour les dévoiler à nos premières méditations podiives. D'£q)rès cette explication fondamentale , néceasairamnt oam-
mnne à tontes les manières possibles d'envisager la famille humaine , 11 faut distinguer soigneusement les deux modes généraux ci-dessus Indiqués quant à cet élément social. Il doit être conçu tantôt comme source spontanée de notre éducation morale, tantôt comme base naturelle de notre organisation politique. Sous le premier aspect, chaque famille actuelle prépare la société ftiture; sous le second, une nouvelle famille étend la société présente. Tous les liens domestiques prennent réellement leur place dans l'un et l'autre mode : mais leur Introduction n'y est pas également spontanée , et Tordre de leur succession ne s'y trouve point identique. C'est pourquoi je dois Id les appréderséparément, sauf à les rapprocher ensuite, comme l'indique déjà mon discours préliminaire. Faute de les avoir assez distingués, mes meilleurs précurseurs n'ont pu pré • senter que des notions trop confuses, où la famille humaine restait vaguement confondue avec l'ensemble des familles animales.
Envers chacun d'eux , l'appréciation qui va suivre convient également au régime primitif et au régime définitif, suivant le véritable esprit de la statique sociale, où ces deux régimes coYnddent essentiellement, puisque le second n'y peut être que le plein développement du premier. Mes explications actuelles devront donc faciliter beaucoup celles qui seront propres au quatrième volume de ce traité, pour inieux caractériser une existence alors reconnue comme atteignant sa complète maturité, mais dont tous les traits prùicipaux doivent être ici marqués déjà.
L'efficadté morale de la vie domestique consiste h former la seule transition naturelle qui puisse habituellement nous dégager de la pure personnalité pour nous élever graduellement jnsqu'à la vraie sociabilité. Cette aptitude spontanée repose toujours sur la loi générale établie , dans le chapitre précédent ,
18ft SYSTÈME DE POUTIQUE POSITIVE.
d'après ma tbéorie cérébrale, qaant aux relations spéciales entre les instincts égoïstes et les penchants altraiste& En effet , l'énergie supérieure des affections domestiques ne provient pas seulement d^une destination mieux circonscrite que celle des affections sociales proprement dites. On doit surtout Tattribuer à ce que leur nature est moins pure , d'après un mélange nécessaire de personnalité. L'instinct sexuel et Tinstinct maternel^ seuls particuliers à la vie de famille ^ sont, en eux-mêmes, presque autant ^olstes que le .^mple instinct conservateur, assisté des deux instincts de perfectionnement : et leur caractère est encore plus personnel que celui des deux instincts d'ambition. Mais ils suscitent des relations spéciales éminemment propres à développer tous les penchants sociaux : de là résulte leur principale efficacité morale , qui ne comporte aucun équivalent C'est donc en vertu de leur imperfection même que les affections domestiques deviennent les seuls intermédiaires spontanés entre l'égolsme et l'altruisme, de manière à fournir la base essentielle d'une solution réelle du grand problème humain. Dès lors, leur vrai perfectionnement doit consister, en général, à devenir de plus en plus sociales ou de moins en moins personnelles, sans rien perdre de leur intensité. Tel est, en effet , le sens nécessaire des variations continues que leur imprime l'évolution normale de l'humanité, comme Je l'expliquerai dynamiquement. Il suffit ici d'indiquer, à la fin de ce chapitre, le principe statique d'une pareille tendance, due à la réaction croissante de la société sur la famille.
Ayant ainsi déterminé le vrai caractère général de l'influence morale propre aux affections domestiques , je dois compléter cette appréciation en la spécifiant davantage envers chacune des phases naturelles d'une telle existence.
Dans la famille humaine , l'éducation graduelle du sentiment social commence spontanément par les relations hivolonUires
qui résultent de notre naissance. Elles nous font d'abord sentir la continuité successive , puis la solidarité actuelle.
Nous subissons le joug du passé avant que le présent nous affecte : ce qui doit mieux repousser les tendances subversives qui 9 concentrant là sociabilité sur les existences simultanées^ méconnaissent aujourd'hui l'empire nécessaire des générations antérieures. Dans cette première phase de l'initiation morale , le mélange entre l'égolsme et l'altruisme devient aisément apprédable. La soumission de l'enfant étant alors forcée^ elle n'y développe d*abord que l'inslmct conservateur. Mais les relatiolis continues qu*il contracte ainsi suscitent bientôt Tessor graduel d'un penchant supérieur^ aussi naturel quoique moins énergique. La vénération filiale vient dès lors ennoblir une obéissance longtemps involontaire , et compléter le premier pas fondamental vers la vraie moralité , consistant surtout à aimer nos supérieurs. Une fois introduit sous l'irrésistible impulsion des besoins les plus personnels , ce respect subsiste et grandit par son propre charme y à mesure que les services sont mieux appréciés 5 et il survit même à toute protection objective. Des relations étroites qui l'ont fait naître ^ il peut s'étendre graduellement jusqu'aux plus vastes influences analogues ^ de manière à comprendre, non-seulement tous les ancêtres proprement dits, mais aussi l'ensemble des prédécesseurs quelconques, et enfin le Grand-Être lui-même.
Ce fondement filial de toute notre éducation morale se trouve bientôt accompagné, dans le cas normal, d'un autre essor sympathique , spécialement relatif à la simple solidarité. Les rapports fraternels viennent alors développer en nous le pur attachement , exempt de toute protection et concurrence , surtout quand la diversité des sexes écarte mieux les pensées de rivalité. Mais la perfection même d'un tel penchant con- Srme la loi précédente sur l'intensité supérieure des tendances
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attrnistes unies à des motifs égoistes. Car la fraternité la pins pare est ordinairement la plus faible. On saisit ainsi la MTOlité des appréciations émanées de l'anarcbie moderne contre les anciennes inégalités fraternelles. Loin qne la hiérarchie dopiestiqae du moyen âge pût réellement devenir^ pendant la splendeur de ce régime transitoire , une source habituelle de discorde entre les frères ^ elle augmentait nécessairement leur union générale. D'abord, elle fortifiait l'attachement par la vénération chez les inférieurs et la bonté parmi les supérieurs. En outre , elle appelait , de part et d'autre , les impulsions personnelles au secours des affections sociales. Sous ces divers aspects^ la systématisation finale devra se rapprocher davantage des institutions empiriques de nos ancêtres chevaleresques que des usages anarchiques propres à leurs descendants révo* lutionnaires. Quoi qu'il en soit, la fraternité termine toujours l'essor involontaire de notre sociabilité, en développant l'aflèction domestique la mieux susceptible d'extension extérieure, et qui , en effet , fournit partout le type spontané de l'anotir universel
A ces deux phases fqreées de notre éducation morale , la vie de famille fait enfin succéder deux autres ordres de relations, que leur nature essentiellement volontaire doit rendre plus intimes et plus efficaces. Inversement aux précédentes , eUes développent d'abord la solidarité , et puis la eontinuité.
Le premier et principal de ces deux derniers liens consiste dans l'union conjugale , la plus puissante de toutes les affections domestiques. Sa prééminence est trop reconnue , même à travers l'anarchie actuelle , pour exiger ici aucun autre travail i^pécial qu'une meilleure analyse , fondée sur la vraie connaissance de la nature humaine , et propre à dissiper irrévocablement tout sophisme perturbateur. L'excellence de ce lien consiste d'abord en ce que seul il développe k la fois les trois
STATIQUE SÛQIALB. -r- GHAPITBB TROISIÈME. IM
tetinflla sodaui, trop isolément oultivéa dans letsi trois autres relations domestiques, qui pouf tant ne stimulent pas chacun d'eux autant que peut le foire un véritable ipariage. Plus tendre que l'amitié fraternelle, l'union conjugale inspire une vépéra^ UoB plus pure et plus vive que le respect filial , comme une bonté plus active et plus dévouée que la protection paternello. de triple essor simultané, toujours accru de la réaction natun relie entre des organes connexes et contigus, s'accomplit nets eeasairement à mesure que le mariage humain tend mieux vers ses conditions essentielles.
Depuis l'institution décisive de la monogamie, on a do ptaB en plus senti que le sexe actif et le sexe aQectif , en cout. servapt chacun son vrai caractère , doivent s'unir par un lien à la fois exclusif et indissoluble, qui résiste môme à la mort^ Tandis que le temps affaiblit spontanément tous les autres nœuds domestiques, i\ resserre davantage, dans le cas nor^ mal, la seule liaison qui puisse déterminer une complète ideun tificatlon personnelle , objet constapt de tous nos efforts sym-^ pathiques. £n second lieu, l'intensité supérieure de l'affection conjugale résulte de sa connexité naturelle avec le plus puis-; sant des instincts égoïstes autres que celui de la conserva* tion directe. C'est le cas le plus propre à manifester l'aptitude générale des motifls intéressés pour stimuler les inclinations bienveillantes qui s'y rattachent, parce que la liaison ne saui rait être ailleurs aassi profonde. Mais Fpisuffîsante théorie de la nature humaine qui prévalut jusqu'à l-^vénement décisif du positivisme condirit encore à beaucoup exagérer une ^llq réaction , sur laquelle on fait reposer une appréciation , non moins irrationnelle qu'immorale , de l'institution la plus fonda-» mentale. Le plus pur tbéologisme , musulman ou môme chré* tien, persiste à représenter le mariage oonmie uniquement re- n. relatif h la propagation de Tespèce , en érigeant le célibat
188 SYSTÈBfE DE POLITIQUE POSITIVE.
complet en type exclusif de la perfection morale. Cette dooble aberration résolte nécessairement d'une fausse théorie de l'hiimanité , où l'on suppose que les affections désintéressées sont étrangères à notre nature , et dès lors soustraites à toute lot réelle , pour n'obéir qu'aux impulsions arbitraires d'une puissance chimérique. Déjà rectifiée directement dans mon discours préléminaire^ et dissipée indirectement par l'ensemble de oe traité , elle s'y trouvera spécialement appréciée encore , quand mon volume final déterminera la pleine maturité de notre constitution domestique. Sans devoir donc nous y arrêter dar vantage^ je me borne à rappeler ici que l'impulsion sexuelle, quelque indispensable qu'elle soit d'ordinaire , surtout aux mâles ^ ne peut que mieux disposer à l'affection conjugale, qu'elle serait incapable de produire à défaut d'un penchant direct. I/instinct charnel suscite seulement des rapports qui souvent conduisent l'homme à bien apprécier la femme. Mais quand l'attachement s'est ainsi formé , il subsiste et croit par son propre charme, indépendamment de toute brutale satisfaction , suivant la loi commune de telles réactions cérébrales. Il devient même à la fois plus intense et plus fixe lorsqu'il résulte de relations toujours pures, quoique Timpulsion sexuelle reste encore sensible, au moins chez l'homme, dans ce cas exceptionnel , où l'affection se trouve d'ailleurs fortifiée matériellement. Dans mon quatrième volume, j'expliquersd comment cette perfection conjugale doit être beaucoup développée par le régime final, pour régler enfin la procréation humaine , jusqu'ici livrée aux plus aveugles impulsions, malgré les sages institutions relatives aux animaux. Mais , sans repousser ordinairement les satisfactions chamelles , il suffît que le mariage < soit destiné surtout au perfectionnement mutuel des deux sexes, ] comme l'histitue aujourd'hui la religion positive , d'après la ^ vraie tliéorie cérébrale. Alors rattachement conjugal tend
STATIQUfi SOCIALE. — CflAPlTRB tHOBIÈlIE. 1S9
d'anlant mieux à fortifier la vénératton et la bonté que chaque sexe s'y trouve à la fois protecteur et protégé, d'après un heureux concours entre la prééminence affective de l'un et l'active prépondérance de l'autre.
Notre évolution morale se complète , dans l'existence domestique 9 par un dernier ordre d'affections , plus faible et moins volontaire que le précédent , mais lié spécialement au plus universel des trois instincts sympathiques. Gomme fils , nous ap* prenons à vénérer nos supérieurs , et comme frères à chérir nos égaux. Mais c'est la paternité qui nous enseigne directement à aimer nos inférieurs. La bonté proprement dite suppose toujours une sorte de protection, qui, sans être incompatible avec les rapi>orts filiat(x et fraternels, n'en constitue pas un élément essentiel. Elle n'appartient encore au mariage que chez Thomme, et le régime positif pourra seul l'y rendre habituellement réciproque , quand le véritable office de la femme sera suffisamment senti. Même alors, Taffection paternelle conservera son aptitude naturelle à développer, mieux qu'aucune autre, le plus vaste sentiment social , celui qui nous pousse directement à satisfaire aux besoins de nos semblables. La protection y présente spontanément un charme et une intensité qui ne sauraient exister ailleurs, parce qu'elle s'y trouve exempte de toute équivoque réciprocité. Toutefois, ce grand sentiment reste naturellement trop faible chez le sexe prépondérant, qui pourtant devrait le posséder davantage , du moins dans la présente constitution de la famille humaine , où tout le protectorat appartient au père. En outre, le défaut de choix empêche alors le plein essor d'une providence qui tend toujours à préférer le dévouement volontaire. Ces graves imperfections sont, à la vérité , compensées ordinairement par le concours de la plupart des impulsions personnelles, La paternité habituelle est, en effet , le moins pur de tous les sentiments domestiques : l'or-
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leurs, cet état confos ne perdste qae dans celles des espèces so*dables où l'instinct sexuel se trouve très-développé , tandis que l'attachement l'est trop peu. Parmi nous, il constitue seulement une préparation plus ou moins prolongée , pendant laquelle une excessive concentration des richesses oblige , surtout d'après le régime théocratique , à cumuler sur un seul mâle l'alimentation de plusieurs femelles. Il est maintenant superflu de réfuter directement la superficielle appréciation qui jadis attribuait au climat la nature monogame ou polygame de l'union domestique. Aucune vraie combinaison ne saurait être plus que binaire , encore mieux dans l'ordre moral que dans Tordre physique. La statique sociale , qui partout considère l'état normal , sans s'occuper spécialement des préparations qu'il exige ^ doit donc avoir seulement en vue la monogamie , comme base nécessaire de toute constitution domestique.
Dans ce degré fondamental de la famille humaine , les lois naturelles qui régissent des associations quelconques deviennent aisément vérifiables, parce que l'extrême simplicité du cas n'y permet aucune illusion durable , quoiqu'elle eût empêché d'abord de les y découvrir. On y sent, mieux qu'ailleurs, que toute union permanente doit reposer à la fois sur les trois parties essentielles de l'existence cérébrale, sentiment, intelligence, activité. Car, le lien le plus cimenté par l'afliection s'altère profondément, et souvent se dissout, quand une foi commune n'y consolide pas Famour mutuel. Lors même que la conformité des opinions y fortifie l'harmonie affective , il faut encore une certaine coopération habituelle entre des activités distinctes, pour que Funion puisse résister assez aux divers ébranlements extérieurs ou intérieurs. C'est ainsi que le meilleur type d'association manifeste clairement toutes les conditions fondamentales de la religion , un concours permanent entre l'amour et la foi , destiné toujours à perfectionner une fatalité modifiable*
STATIQUE SOCIALE. — CHAPITaE TROISIÈME. IdS
Le vrai sentiment de Tordre dvii doit d'abord se raffermir d'après ce cas élémentaire , où la démonstration positive peut mieux écarter les subterfuges métaphysiques. Ainsi reconnues indispensables envers la plus intime union , les conditions de foi et d'aclivilé pourraient-elles être éludées pour des associations plus complexes et moins naturelles , où les perturbations spontanées doivent devenir plus graves ?
Outre cette vérification décisive du triple concours cérébral qu'exige une association quelconque , la théorie positive du mariage confirme nettement l'axiome fondamental de toute saine politique : il ne peut exister davantage de société sans gouvernement que de gouvernement sans société. Les plus audacieux niveleurs n'osent point étendre ordinairement leurs ul0[fies subversives jusqu'à la communauté conjugale^ qu'ils sentent naturellement incompatible avec leur égalité chimérique. Entre deux êtres seulement^ que rallie spontanément une profonde affection mutuelle, aucune harmonie ne saurait persister que si Fun commande et l'autre obéit. Le plus grand des philosophes, en ébauchant, il y a vingt-deux siècles, la vraie théorie de l'ordre humain, disait, avec une admirable délicatesse , trop méconnue chez lui : « La principale force de • la femme consiste à surmonter la difficulté d'obéir. » Telle est, en effet , la nature de la subordination conjugale qu'elle devient indispensable à la sainte destination que la religion positive assigne au mariage. C'est afin de mieux développer sa supériorité morale que la femme doit accepter avec reconnaissance la Juste dommation pratique de Thomme. Quand elle s'y soustrait d'une manière quelconque , son vrai caractère , loin de s'ennoblir, se dégrade profondément , puisque le libre essor de l'orgueil ou de la vanité empêche alors la prépondérance habituelle des sentiments qui distmgueut la nature féminine. Cette bneste. réaction affective résulte même d'une indépendance
passivement due à la richesse ou au rang. Mais elle se développa davantage si la révolte exige des efforts artificiels, où la femme détruit aveuglément sa principale valeur, en voulant fonder sur la force un ascendant que peut seule obtenir Taffection.
La théorie morale établie ci-dessus quant à la vraie nature de l'union conjugale , dissipe également toutes les autres difficultés que peut faire naître la constitution du mariage. Après le besoin général d'un gouvernement pour maintenir une association quelconque , la société domestique vérifie aussi la décompositimi fondamentale du pouvoir humain , si tardivement étendue à la société politique. L'esclavage des femmes n'empêche pas même une certaine appréciation initiale de la division spontanée entre les deux puissances élémentaires , qualiflées ensuite de spirituelle et temporelle, dont l'une modère la prépondérance' nécessaire de l'autre. Mais la vraie monogamie met en pleine évidence cette affectueuse réaction du conseil sur le commaiH dément , sans laquelle le mariage ne pourrait aucunement remplir son office fondamental pour le perfectionnement mutud des deux sexes. De là résultent aussi les deux caractères essen« tiels de la véritable constitution conjugale , établis déjà par mon discours préliminaire , l'affranchissement de tout travail extérieur chez la femme et sa surintendance générale de l'éducation domestique. Sous ce double aspect, la dynamique sociale confirmera pleinement , dans le volume suivant , une telle théorie statique, en démontrant que l'ensemble des variations normales du mariage humain tendit toujours à mieux développer ce type naturel. Ainsi, Tétude positive du mariage ne vérifie pas seulement l'axiome fondamental, il n'existe pas de société sans gouvernement; mais aussi l'aphorisme complémentaire, tout gouvernement suppose une religion, pour consacrer et régler le commandement et l'obéissance. En systématisant l'ordre élémentaire sur lequel repose l'ensemble de l'organisation sociale ,
STATIQUE SOCIALE. — CHAPttRS TROISIÈME. 195
ùù est donc conduit à conitraire , envers le cas te pins simple et le moins contestable ^ des notions positives qui , convena^ blement étendues , suffisent ensuite à toute la vraie politique; JMlais cette identité naturelle n'est pas moins utile en sens in. verse ^ pour mieux consacrer le mariage en faisant dignement sratir que les sopbîsmes qui tendent à Fébranler coïncident ra^ dicalement avec toutes les autres maximes anarcbiques.
Après avoir assez apprécié l'organisation domestique quant M nœud fondamental qui la constitue , il faut étendre plus som* maireœent la même tbéorie d'abord aux fonctions qui perpé* tuent la famille et ensuite aux relations qui la lient directement à la société générale.
Pour simplifier cette explication , je dois considérer à la fols les deux états connexes de paternité et de filiation, ou plutôt me borner essentiellement au premier, qui seul importe à notre étude politique. Le second , presque passif à cet égard, n'exig<e un examen spécial que dans la théorie morale de la famille , sufiisamment exposée ci-dessus. Remarquons-y seulement qu'il se place après le premier quand on range les diverses relations domestiques, à partir du mariage, suivant Fénergie décroissante et la généralité croissante des affections correspondantes ? car la vénération est moins ardente que la bonté.
La paternité consolide et développe la constitution dômes* tique fondée sur l'union conjugale Quoique la famille puisse pleinement développer sa principale efficacité sociale quand elle se réduit au couple fondamental , il est pourtant certain que la procréation , outre sa propre importance , en augmente à la fois la consistance et l'activité. Un but commun , égale^ ment cher aux deux époux, fortifie alors leur tendresse mutuelle , et tend sans cesse à prévenir ou à modérer les conflits provenus d'une insuffisante conformité d'opinions ou même d'humeurs. Cette précieuse réaction ne peut , évidemment , se
i90 SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
réaliser assez que dans l'état monogame ^ hors duquel un tel lien s'affaiblit beaucoup , tant chez les parefits que parmi les enfants, faute d'une sufGsante concentration affective. Il en résulte même un nouveau motif essentiel en faveur de la loi du veuvage , que la vraie religion prescrit d'après la destination fondamentale du mariage, comme l'explique mon discours préliminaire , pour constituer la pure monogamie. La sagesse occidentale déplore , depuis longtemps , la triste situation où les enfants se trouvent presque toujours placés par les secondes / noces. Ainsi, l'entière fixité du lien conjugal , déjà si précieuse directement , peut seule garantir assez la stabilité qu'exigent les relations paternelles et filiales pour comporter une pleine efficacité morale et même politique.
D'après sa moindre énergie, la paternité est plus exposée que le mariage aux atteintes sophistiques émanées de toute anarchie morale ou mentale : la communauté des enfants fut toujours moins repoussée que celle des femmes par les utopies métaphysiques. Cependant le pouvoir paternel ne cessera jamais de fournir spontanément le meilleur type d'une suprématie quelconque. La juste réciprocité entre la bonté et la vénération ne saurait exercer ailleurs une influence aussi naturelle ni aussi complète pour régler dignement lobélssance et le* commandement. Mais cette seconde partie essentielle delà constitution domestique est à la fois plus modifiable et plus perfectible que la première , comme dépendant d'une plus grande complication affective. Son caractère normal ne peut être bien saisi que d'après une saine appréciation de sa prin-* cipale destination sociale , en rapportant à l'humanité ce que la civilisation préparatoire rattacha seulement à la famille. J'y devrai donc revenir en traitant ci-dessous des relations nécessaires entre le régime domestique et le régime politique proprement dit. Néanmoins , la théorie morale de la famille dé-
stauque sociale. — chapitre troisième, 197
termine déj^ la nature générale des perfectionnements graduels du pouvoir paternel ^ puisqu'ils doivent ainsi tendre toujours à mieux développer la sainte réaction d'une telle discipline sur les sentiments respectifs des enfants et des parents. Cette règle prescrit d*abord une meilleure répartilion du pouvoir entre le père et la mère , conformément à la vraie nature de chaque sexe. Si l'enfant doit toujours recevoir de Tun sa protection matérielle , c'est surtout à Tautrc qu'est réservée sa préparation morale et même intellectuelle , du moins jusqu'à la fin de l'éducation purement domestique ^ suivant le plan indiqué dans mon discours préliminaire. Il faut d'ailleurs lectifier, d'une manière analogue, Taveugle empirisme qui régit encore la sollicitude temporelle des pères. Elle tend à s'exercer aujourd'hui, du moins chez les riches, comme quand toutes les fonctions sociales étaient essentiellement héréditaires. Une folle tendresse veut encore transmettre à l'enfant une position équivalente à celle du père. Mais, en faisant dignement prévaloir la destination morale propre à l'existence domestique et la juste subordination de la famille à la société , on reconnaît aussitôt les limites normales de la providence temporelle des pères envers les fils. Quand ils ont reçu l'éducation complète , ceuxci ne doivent attendre de ceux-là , quelle que soit leur fortune , que les secours indispensables à l'honorable inauguration de la carrière qu'ils ont choisie. Toute forte largesse ultérieure qui tend à dispenser du travail constitue , en général , un véritable abus d'une richesse toujours confiée tacitement pour une destination sociale , sans aucune vaine prédilection personnelle. En second lieu^ si la sollicitude naturelle des pères doit avoir une intensité moins aveugle , il importe que son champ devienne plus étendu, d'après un meilleur usage de la grande institution de l'adoption. Le régime final de l'humanité développera beaucoup ce précieux perfectionnement, qui.
IM SYSTfeMB m HtfJTlQUI POfilTITS.
spontanémeot surgi de la civiHsation Initiale , fut enanite trop entravé par l'organisation des castes^ doni nous sobiaftoitt encore les restrictions, quoique devenues intempestives. Bu expliquant , dans mon . quatrième volume , la systématisatiott positive de la procréation humaine , je ferai sentir comment l'adoption procurera les douceurs de la paternité à beaucoifi de couples très- dignes de les bien goûter, et pourtant vouéa à une stérilité complète , surtout volontaire. Sans cette libre ré» partition , les couples propagateurs se trouveraient d'ailleiin. surchargés fréquemment Mais la principale destination de l'adoption consiste , moralement k perfectionner Taffectioa protectrice d'après un heureux choix , et politiquement à per« mettre une meilleure transmission des offices sociaux , eoinmft je l'expliquerai ultérieurement Je ne la »gnale ici que pouf indiquer combien la seconde partie nécessaire de la constitu* tion domestique reste encore inférieure à son type normal , et quel est le caractère général de cet état définitif.
Un dernier élément naturel complète ordinairement chaque famille humaine , et permet seul de la lier dbrectement à d'autres , quand l'iaceste primitif est assez réprimé, Les espèce» animales deviennent , en général , d'autant moins fécondât qu'elles occupent un rang plus élevé dans la grande hiérarchie biologique. C'est pourquoi notre race serait la moins aboife* dante de toutes , si sa providence artificielle n'avait toiyooit compensé de plus en plus son infériorité naturelle. Malgré 9h stérilité comparative , la pluralité des enfants y constitue pouf^ tant une condition évidente de sa perpétuité et de son accrob» sèment. Pr«lsque l'existence s'y prolonge ordinairement jusqu'au double de Tàge où commencent moyennement les fécondatioat utiles , il faut que chaque couple normal y produise au aoint un enfant de chaque sexe. Mais , wAce que ce nombre rendrait la population humaine seulement 8tatioQnair& > ik M mÊtnÊt
8TATIQ0B 80CUUL «^ «ËAPlfRi tl^KÈME. IM
pas iDêBie pour y compenser ne fréquenté stérfllté et la moN tilîté aBlériesre aa développettem. On est aiosi ceoduit à Mre prorenir de chaque mariage Mmain trois ettfaots dont le sexe diffère , soivant l'usage staâsttqoe de compter cinq tètes pat ménage. Ce nombre ^vfit^ «frtd«it dans Tordre modeme, pour fne notre popolation se maintleâne et même s'aecrof^se lênte^ ment ^ comme l'Indique one jtidiciense ôbserration , qui recttie les âmgereiises aberrations d'une fameuse école économiqiie. Les r^ppcnrts fraternels M trotirant ainsi dégagés de toàte apparence lortaite. Je Ms id caractéifêer rspfdémeât ee «mi^émeat normal de la eonstttntion déméstfqiie , sans retenir d'aillenrs sur son appréciation morale , asses indiquée
Moins énergiques que tontes les autres , ces défttièrèS réf^ Ékns de famille ont dû être plus affectées par les dlrérsés !*• inences perturbatrices. Elles ne ftirent itaiment réglées que pendant le moyen Age^ et seiâernent chez les classes supéfleures, où l'entière suprématie du ils aine tendit à pérpétoèr Il puissance propre à chaque maison illustre. Ces iitstitutions étalent^ en réalité , moind défâTorabled an dérelôppement ONNral de la vraie frat^bité que ranarchfqne égalité qui leur a poHsagèfement succédé. Néanmoins , oo reccMinaU aisément que , même alors , cette partie Anale de la eonstitutioa domestique Ait encote moins adaptée qn^ les demi antres à la destination affective qui caraetérife la fandUe bumahie. Rien ne peut Indiquer iushqa'ki qœlle beureose effl<siGité comporteront habltiieflémem les liens fraternels qusmd la religion posltlté aur» digbement érigé l'existence domestique en fondement normal de f eiistence politique âiez les occidentaul régénérés. D'autlquéS csemples de monstrueuse MmHié manifestent combien la ttti-* tenâHé fut altérée par la transmissira héréditaire des fonetidus loriiltiî llimnt domême, à nu moindre degré, quand FHé-
300 8T8TËME DE POLITIQUE POSITIVB*
redite se borne à la richesse. Mais, en rapportant toujours la famille à la société , le régime final dégagera rautorilé paternelle de toute eiitraye inspirée par Fégolsme domestique. Pleinement libres de tester sous une juste responsabilité morale , les pères pourront alors transmettre hors de la famille les capitaux acquis ou conservés , même indépendamment de radoplion. Les divers fils cessant ainsi de convoiter à Tenvi h richesse paternelle , comme ils ont déjà renoncé à la succession des offices , rien ne troublera plus le développement naturel de leur affection mutuelle. Une commune vénération la consolidera davantage lorsque la loi du veuvage , complétant enfin la monogamie , assurera rentière fixité des relations filiales. En outre , les frères se sentiront activement réunis par leur commun protectorat envers les sœurs , habituellement exclues de la succession paternelle. Je devais indiquer ici ces diverses vues anticipées sur la constitution domestique , qui ne devront se développer que dans mon volume final , afin de mieux signaler combien les relations fraternelles sont encore loin de leur vraie systématisation. Ces aperçus font aussi sentir comment le régime positif utilisera , pour l'ensemble de Téducation morale , le genre d'affections domestiques qui rapproche directement plusieurs familles , indépendamment d'un heureux usage de l'adoption. La tendance spontanée à prendre la fraternité pour type habituel du plus vaste sentiment social constitua, chez nos ancêtres , une touchante anticipation des mœurs réservées à nos descendants , quand le régime systématique aura suffisamment remplacé le régime empirique.
Pour que la constitution de la famille soit pleinement caractérisée , il faut encore y comprendre un supplément naturel, trop méconnu dans l'anarchie moderne , envers la domesticité proprement dite. Sa spontanéité et- son importance devraient nous être toi^ours rappelées par le langage habituel, qui n'a
Jamais cessé d'y puiser tontes les expressions collectlres sur l'association élémentaire. Blême sous Tantiqne servitude, Tétynologie du mot famille indique nettement l'assimilation des esclaves aux «ifants, comme les derniers sujets du chef commun. Depuis rentière abolition de Fesclavage, la domesticité tendit toujours , malgré Fanarchie croissante , à instituer un ordre complémentaire de relations privées , directement propre à lier Intimement les riciies et les pauvres. Quand il sera dignement réglé, il peut concourir heureusement à Tessor graduel de la vraie sociabilité , par un développement spécial de la vénération et de la bonté , respectivement appliquées à y sanctifier Tobéissance et le commandement. Aloins naturelles et moins intimes que les relations fraternelles , mais plus libres et plus vastes , ces affections supplémentaires doivent habituellement former la dernière transition normale entre les liens de famille et les rapports sociaux proprement dits Une superficielle appréciation de Texistence moderne les fait ordinairement supposer bornées à des classes très-restreintes. Mais un examen approfondi relève leur importance, en les montrant douées, sous diverses formes, d'une généralité presque totale. Au moyen âge, les plus nobles natures s'honoraient de remplir les offices domestiques , pourvu que ce fût envers des chefs assez éminents. Cet exercice faisait alors une partie essentielle de toute éducation chevaleresque, même sous une subordination féminine. Quand l'existence industrielle s'est spontanément organisée, une véritable phase de domesticité a partout sui^i dans la libre préparation habituelle du travailleur moderne. Le régime final régularisera cette institution élémentaire, en retendant convenablement à toutes les classes. Elle y formera, pour l'ensemble de chaque éducation morale , un état intermédiaire entre l'âge des liens involontaires et celui des i^lations volon-» tidres. Sa destination sociale devr^ consister éclatement à
tM tlSTlaB DA PCMLITIQGB KMfnnU
nous préparer au conàmandement par Tobéissance» i'ei rai plua tard comnieiii les mœurs finales ennobliront m .existence , même dans les cas où elle deviendra perpé suivant les heureuses indications que fournissent déjà let Utions préservées de la sécheresse protestante et de Vé Industriel.
Cet ordre supplémentaire de relations domestiques i naturellement à sentir que » pour développer entières théorie morale de la famille^ il faut y joindre aussi t rapports privés indépendants de la naissance. A chaci cinq affections que Je viens d'apprécier^ correspond , ei hors de la famille , un sentiment analogue , quoique orc ment moins prononcé > susceptible d'une semblable r intime. En se bornant aux cas principaux, on voit ] maitre ou le protecteur^ Vami^ et le disciple, représente tnellement, à un degré moindre » le père, Tépoux ou k fl le flb. Le régime final doit utiliser beaucoup ces i relations normales, pour mieux lier chaque vie privée i publique , diaprés une suite de Uens intermédiaires, qui entre elles une transition presque insensible.
L'ensemble de cette théorie positive de la lEamiUe hi Justifie maintenant mes premières indications sur la coi Bécessaire de ses deoat parties essentielles. On voit ain sous tous les aspects, la constitution politique de la se trouve profondément sidiordonnée à sa destination ■ seule source normale de toutes les explications propres élude fondamentale. Mais on y sent aussi que, réciproque rorganisatien devient la seide garantie réelle de Tefl C'est par là que Tordre domestique se lie le mieux à politique proprement dtt. Je n'aurais donc pas approCoi teament ce grand si^et, si, apiès avoir traité de la •n elltiiflme. Je m compMais et chapitre ca esaorin
STATIQCJI SOCIALE. -*- CHAPITBB TROISIÈME. lO»
niipQrts géBéranx ayec la société. Quoique le régime politique repose toujours sur le régime domestique, les variations noi^ maies de celui-ci ne peuvent jamais s'expliquer que d'après les modifications graduelles de l'autre. Si donc cette grande réac* don n'était point assez appréciée , la théorie positive de la famiUe manifesterait trop peu le caractère essentiellement relatif (fi la distingue le mieux des théories absolues ébauchées par mes prédécesseurs métaphysiques.
Four faciliter autant que possible cette appréciation décisive, je dois d'abord résumer en une seule conception l'ensemble de la double théorie qui précède. A cet effet , il suffit de concevoir U binUle comme destinée à développer dignement l'action de la femme sur l'homme.
D'après le chapitre précédent , le caractère naturellement
écolste de l'activité qui domine toute l'existence humaine ne
>anrait être convenablement transformé sans cette douce in-*
floence continuellement émanée du sexe affectif. Comme mère
d'abord , et bientôt comme sœur, puis comme épouse surtout ,
et enfin comme fille » accessoirement comme domestique sous
chacun de ces quatre aspects naturels , la femme est destinée à
|)r6ierver l'homme de la corruption inhérente à son existence
jMratique et théorique. Sa supériorité affective lui confère spon*
tanément cet office fondamental , que l'économie sociale déve*-
loppe de plus en plus en dégageant le sexe ahnant de toute
sollicUude perturbatrice , active ou spéculative. Tel est le but
esseotiel de l'existence domestique , et le caractère général de
stt perfectionnements successifs. Dans chacune de ses phases
naturelles, rinfluence féminine se présente toujours comme
défaut prévaloir, d'après une meilleure aptitude au mode
correspondant d'évolution morale. Nous sommes, à tons égards,
et même physiquement , beaucoup plus les fils de nos mères
de DOS pères. PardUement, le meilleur des frères c'est
30/k nnnut m politiqvk posmuE.
AMarément une digne Mcar : la tendreMc de T^otMe lurpuil ordinairement celle de Ti^poux; le dévouement de la flUe rem* porte ftur relui du AI». H »eraU d'ailleurs superflu d'expliquer la supériorité habituelle de la domesticité féminine. La femne constitue donc , sous un aspect quelconque , le centre mord de la famille, (quoique celte destination normale n*aU po être suffisamment réalisée par le régime préliminaire de rbnmaoitéi elle a néanmoins assez surgi juscpilci pour faire nettement eoDcevolr les mcnirs Anales. Ainsi, la théorie positive de la fafldlll humaine se réduit enAn li systématiser Tinfluence spontanée dl sentiment féminin sur l'activité masculine.
Un tel résumé permet ici de caractériser directement la eoi* nexlté fondamentale entre Texlstencc domestique et Teidsteocl politique , en concevant Tune et Tautre comme les deut éléments nécessaires de la seule solution réelle que comporte 11 grand problème humain » la subordination habituelle de Té* goisme h raltruisme.
I/act)vlié continue h laquelle nous sommes irrésistibleioeirt voués ne peut être d'abord dirigée que par les instincts peivoD* nels, intimement liés aux organes spéciaux des besoins matériels qu'elle doit sati<ifalre. l^lals le chapitre précédent démootf# que son essor collectif tend naturellement à lui procurer tta vrai caracti*re sympathique , «'i mesure que s'accomplit notre évolution sociale. Néanmoins, cette grande transformation ne pourrait Jamais se réaliser spontanément sous les seules ImpolsiOM émanées de notre situation nécessaire. A ces tendances provenues du dehors , doivent correspondre, au dedans , des dii^ sitlons directement propres i^i développer nos meilleurs instinctif dont llnertie native peut être ainsi compensée par un cxerdel assidu. Or^ cette Impulsion Intérieure résulte du concotifi ba^ bituel de deux influences tr^distinctes , mais sosceptibtoi àê m coroMfier assez ^ Vum moralii p l'antre Inteikrettielte, La pw«
fTATIQCE SOCIAUL — CHAPITRE TBOttlÊME. 205
Bière se rédnit à l'essor spontané de nos affections MenveillaiHes, sans lesquelles nn tel résultat serait toujours impossible, n faot regarder la seconde comme consistant surtout dans une sufsaDte appréciation de l'ordre extérieur qui nous domine , et des modifications que nous y pouvons introduire.
Ces deux forces sont respectivement développées, d'une mariera spédale , par les deux modes généraux de notre existence lodalCy d'abord domestique, puis politique. La vie de famille ■odiie profondément l'ensemble de notre constitution affective, f après des relations à la fois assez intimes et assez variées pour cddier babituellerocnt tous nos penchants sympathiques , de ■uiëre à nous en faire dignement apprécier le charme carac- Urirtiqae. Des liens continus, d'abord forcés , puis volontaires , J tendent de plus en plus à confondre chacun de nous avec kl seob êtres qu'il lui sera jamais permis de bien connaître. Quoique cette appréciation privée doive souvent paraître iilu* soire à ceux qui n'y peuvent assez participer, sa réalité ordilaire devient incontestable aux yeux de quiconque en juge sai- Bernent la difficulté et les conditions. Une disposition indifférente est loin de faciliter la rectitude de nos jugements envers une lutore aussi compliquée que la nôtre. En reprochant à l'amour de devenir souvent aveugle , on oublie que la haine reste toujours telle, et à un degré bien plus funeste. Il faut reconnaître, a contraire , que , sans la bienveillance continue avec laquelle iOQs contemplons les nôtres , nous ne pourrions jamais apprécier assez leurs principales dispositions. D'ailleurs , une telle cootinuité développe en eux des attributs que ne peuvent bien manifester des relations plus vagues. Sans adopter toujours les JtVements émanés de l'épouse , de la mère , ou du 111s , il faut ks regarder habituellement comme investis d'une exactitude Vd doit échapper à tous les yeux étrangers. C'est ainsi que l'existence domestique , vouée surtout à la culture décisive des
20ft STSTÈBIE DE POUTIQVE POSITIVE.
assurément une digne sœur : la tendresse de réponse surpasse ordinairement celle de Tépoux; le dévouement de la fille l'emporte sur celui du fils. Il serait d'ailleurs superflu d'expliquer la supériorité habituelle de la domesticité féminine. La femme constitue donc^ sous un aspect quelconque, le centre moral de la famille. Quoique cette destination normale n*ait pu être sufiSsamment réalisée par le régime préliminaire de Thumaolté, elle a néanmoins assez surgi jusqu'ici pour faire nettement con« cevoir les mœurs finales. Ainsi, la théorie positive de la famille humaine se réduit enfin à systématiser Tinfluence spontanée da sentiment féminin sur l'activité masculine.
Un tel résumé permet ici de caractériser directement la connexité fondamentale entre l'existence domestique et l'existence politique 9 en concevant l'une et l'autre comme les deux éléments nécessaires de la seule solution réelle que comporte le grand problème humain, la subordination habituelle de Tégoîsme à l'altruisme.
L'activité continue à laquelle nous sommes irrésistiblement voués ne peut être d'abord dirigée que par les instincts personnels y intimement liés aux organes spéciaux des besoins matériels qu'elle doit satisfaire. Mais le chapitre précédent démontre que son essor collectif tend naturellement à lui procurer un vrai caractère sympathique , à mesure que s'accomplit notre évolution sociale. Néanmoins, cette grande transformation ne pourrait jamais se réaliser spontanément sous les seules impulsions émanées de notre situation nécessaire. A ces tendances provenues du dehors , doivent correspondre, au dedans, des dispositions directement propres à développer nos meilleurs instincts, dont Tincrtie native peut être ainsi compensée par un exercice assidu. Or, cette impulsion intérieure résulte du concours habituel de deux influences très-distinctes, mais susceptibles de se combiner assez, l'une morale, l'autre intellectuelle. La pre^'
StATIQUË SOCIALE. — CHAPITRÉ ÎBÔil^iÈME. lOS
mlèfè se réduit à l'essor spontané de nos affections bienveillantes , sans lesquelles un tel résultat serait toujours impossible. Il faut regarder la seconde corome consistant surtout dans une suffisante appréciation de Tordre extérieur qui nous domine , et des modifications que nous y pouvons introduire.
Ces deux forces sont respectivement développées , d'une manière spéciale 5 par les deux modes généraux de notre existence sociale 9 d'abord domestique 5 puis politique. La vie de famille oaodifie profondément l'ensemble de notre constitution affective, d'après des relations à la fols assez intimes et «issez variées pour cultiver habituellement tous nos penchants sympathiques ^ de manière à nous en faire dignement apprécier le charme caractéristique. Des liens continus, d'abord forcés, puis volontaires, 7 tendent de plus en plus à confondre chacun de nous avec les seub êtres qu'il lui sera jamais permis de bien connaître. Quoique cette appréciation privée doive souvent paraître illu* soire à ceux qui n'y peuvent assez participer, sa réalité ordinaire devient incontestable aux yeux de quiconque en juge sainement la difficulté et les conditions. Une disposition indifférente est loin de faciliter la rectitude de nos jugements envers une nature aussi compliquée que la nôtre. En reprochant à l'amour de devenir souvent aveugle , on oublie que la haine reste toujours telle 5 et à un degré bien plus funeste. Il faut reconnaître ^ au contraire, que, sanslal)ienvelllance continue avec laquelle nous contemplons les nôtres y nous ne pourrions jamais apprécier assez leurs principales dispositions. D'ailleurs , une telle continuité développe en eux des attributs que ne peuvent bien manifester des relations plus vagues. Sans adopter toujours les jugements émanés de l'épouse , de la mère , ou du fils , il faut les regarder habituellement comme investis d'une exactitude qui doit échapper à tous les yeux étranger. C'est ainsi que l'existence domestique , vouée surtout à la culture décisive des
senliels respectivement propres à l'existence domestique et ^ Fexistence politique , quoique chacune d'elles tende aussi k développer indirectement celui qui appartient à l'autre. Dans la famille 9 la sympathie s'exerce sponlanément d'après des relations continues 9 qui sont d'abord involontaires; la société fait surgir l'essor mental^ pour diriger la coopération croissante qui la distingue. Pendant que l'une nous pousse graduellement à l'entière générosité des sentiments , l'autre nous fait tendre de plus en plus vers la pleine généralité des pensées. Yoilà corn* ment la vie privée et la vie publique doivent naturellement concourir à la transformation fondamentale qui constitue le but permanent de toute l'évolution humaine. L'impulsion affective et liniluence spéculative tendent alors à rendre de plus en plus sympathique le caractère primitivement personnel de notre activité dominante.
Pour mieux concevoir leur concours, il faut regarder chacune d'elles comme concentrée dans le siège qui lui est propre. La condensation morale s'accomplit spontanément autour de la femme » qui en constitue toujours le principal organe. Mais la concentration mentale , qui correspond à un essor plus complexe, reste longtemps dépourvue d'un ministère assez distinct Néanmoins , la sociologie statique y qui doit surtout considérer l'état normal sans trop examiner son avènement, peut déjà traiter ce second élément régénérateur comme aussi centralisé que le premier. Son centre naturel consiste 5 en effet , dans le sacerdoce proprement dit , quelles qu'en soient d'ailleurs la source et r organisation. Aussitôt que la conception , fictive ou réelle 5 de Tordre universel a pris assez de constance pour diriger notre activité, elle ne tarde point à former le domaine habituel d'une classe ou caste distincte, autour de laquelle se condense toute l'influence spirituelle. Une telle corporation accomplit, dans l'organisme politique, un oflQce fondamental
scDtiellement équivalent à celui que la femme exerce dans Tor- KAnisDAe domestique. Elle tend à modifier par Fintelligence 5 oomme celle-ci par le sentiment , la puissance matérielle natur^ellement surgie de notre existence pratique.
Ces deux éléments nécessaires de Timpulsion régénératrice exigent une longue et difficile préparation ^ qui constitue le principal objet de la grande initiation humaine. Ni le sexe affectif^ ni la classe contemplative n'ont encore atteint suffisamment leur vrai caractère , et assez obtenu leur juste dignité sociale. POurtanMeurs destinations respectives sont pleinement appréciables depuis longtemps , de manière à laisser apercevoir leurs germes spontanés dans le premier état de notre espèce. Tandis que chacune de ces influences modératrices se développe spécialement , leur but commun doit aussi les combiner de plus en plus , quoique leur concours soit moins avancé jusqu'ici que leur essor respectif.
D'après cette comparaison abstraite entre la famille et la société , notre vie privée et notre vie publique offrent essentiellement la même nature statique , et par suite doivent comporter une semblable appréciation dynamique ^ sauf la diversité des degrés. Si la constitution domestique se réduit à systématiser rinfluence de la femme sur l'homme ^ on peut dire également que la constitution politique consiste surtout à régler l'action du pouvoir intellectuel sur la puissance matérielle. La préparation simultanée de ces deux éléments régénérateurs forme la principale destination de notre régime préliminaire , et leur combinaison normale doit devenir la base essentielle de notre état définitif.
Ainsi conçu ^ l'organisme collectif se trouve radicalement conforme à l'organisme individuel , comme Fexige leur subordination naturelle. Dans l'existence sociale ^ à la fois domestique et politique , de même que dans la simple existence personnelle 5
2i0 8TSTÈIIE DE tOLITIQOB F081T1TB.
le sentimeDt et rintelUgence conoourent pour diriger faettiM Partoat (m reconnaît des éléments analogues^ conne Uable combinaison.
Un tel rapprochement ramène enfin au point de fM mental que le premier chapitre de ce Tolnme a coailibiê d'avance pour dominer l'ensemble des concei^ont socMoglques. En effet, cette double orgainisation, commnne à fMI- Yido et à Tespèce , caractérise^ de part et d'antre , le véillahle état religieux , c est-à-dire une complète unité. La vraie théorte de la famille et la saine théorie de la société derieiineBit iM des conséquences nécessaires de la théorie positive de la Nigion. Ayant d'abord fondé l'état synthétique sur le coneon entre l'amour et la foi^ je devais ensuite retrouver le tese affectif et la classe contemplative comme les éléments connciw de Tordre humain. Mais, en sens inverse » racoompliaenMt d'une telle vérification doit ici manifester davantage la réalité ft la fécondité de ma théorie fondamentale.
Suivant ces notions générales sur la connexité naturelle ealK la constitution domestique et la constitution pcriitiqoej Je vais compléter l'étude statique de la famille en y appréciant la réaction normale de la société , sans laquelle ses modificalions de temps et de lieu resteraient inexplicables.
Cette influence générale résulte de deux sources dÉHtoctes : l'une principale , qui est involontaire , et même ordinairement Inaperçue jusqu'ici ; l'autre secondaire ^ qui , étant plus oo moins volontaire > fut seule sentie habituellement^ quoique mal jugée. La première consiste dans les changements spontanés qu'éproufe la constitution domestique d'après la marche naturelle de l'activité qui domine toute l'existence humaine. Mais la seconde peut se réduire aux institutions hitroduites pour mieux conformer les modllîealions de la famille à celles que subit afaMt la société , sans qu'on doive d'ailleurs considérer ici les oplnioiis
SXAUQOE 30CIAL£. — GHAffUmE TBOiSIÈME. 311
4ii%é oa pr^aré ces efforts soccrwife , à moins qa'dlos lAôait directemeDl agi. QoiHqQe ces deox loflaenrcs me se hIbbI presqae jamais exercées immédiatement qœ sv les dasses supérieures^ elles ont affecté finalement tonte la miwt , d'a^^ sa tendance naturelle, à la fois Toiontaire et 9 Tcrs les changements essentiels qni fm^nt d'abord •IqpCés par ses diefe.
Poar mieux conceroir la direction générale de cette donUe y d'après laquelle la société mo(Me sans cesse la y û faut maintenant apprécier les imperfections radiqne présente toujours Fexistettce domestique, et qui dotaussi snlnr graduellement d'heureuses transformations^ Dabord, comme je Tai ci-dessus expliqué, les affections qp^cile développe ne sont jamais entièrement pures. Il s'y mâe
une influence, j^us ou mrâis prononcée, des égftfstes, principale source de leur énergie caractéris- C'est même d'un tel concours que dépend l'sq^titnde fonde la Tie de famille, afin de omstituer la seule tranpoasible entre la simple personnalité et la vraie sociabilité. §k, dTnn côté , l'existence domestique est la plus propre à nous Uen apprécier le charme de Tirre pour autrui, eOe nous , d'me antre part , dans la situation qui permet le i^os à d'abuser des autres. Elle peut donc , par sa natnre , dévdivper Fégoisme ou Faltruisme , suirant la direction qui prêtant; ce qui explique , sans les justifier, les jugements opqu'elle a toujours suscités chez les philosophes. Or, cette prépondérante se troure nécessairement déterminée flartont, dans Fensemble des cas, par Tinfluence supérieure ^■e chaque société exerce continuellement sur les fanriUes qui In composent. Yoilà comment, malgré d'irrationnelles critif cxistenoe domestique développe habltoellement nos sympathiques, seuls pleinement compatibles avec les
contacts sociaux. Tel est donc le perfectionnement nécessaire de la famille par la société , qai en épure sans cesse le caractère dominant ^ de manière à réaliser de plus en plus sa grande destination morale.
Outre cette dégénération trop fréquente^ où elle développe Tégoîsme au lieu de Taltruisme ^ Texistence domestique comporte naturellement une autre imperfection radicale , principale ressource des déclamateurs anarchiques. Gar^ en constituant une unité très-compacte j elle tend spontanément à la faire indûment prévaloir. Il semble donc que j quand la vie de famille ne stimule pas la personnalité proprement dite^ elle ne peut éviter de susciter un égoïsme collectif presque aussi funeste^ et d'ailleurs très-propre à lui servir de voile. Mais^ sans dissimuler un tel danger, on n'y doit voir qu'un inconvénient plus ou mdns commun à toute association partielle. Or, jusqu'ici nulle société ne put être vraiment générale , c'est-à-dire embrasser l'ensemble de notre espèce. Tous les groupes limités tendent d'abord à des hostilités mutuelles, toujours d'autant plus prononcées que chacun d'eux a plus de consistance. Malgré l'inconséquence ordinaire aux sophistes, la patrie mérite réellement des reproches analogues à ceux que comporte la famille, et pourtant sa bienfaisante influence morale n'est pas contestable. D'après la théorie positive de la nature humaine , il faut surtout dégager nos instincts sympathiques de leur torpeur initiale , quelques dangers que puissent ensuite offrir les impulsions susceptibles d'une telle efiBcacité. Car, l'essor ultérieur des penchants bienveillants peut finalement corriger cette impureté primitive, quand la situation devient assez favorable. Or, c'est ce qui résulte nécessairement de la pression que la société exerce sans cesse sur la famille , pour l'adapter à une destination plus générale. Si la Patrie, malgré son féroce caractère initial, put seule nous élever graduellement fi THumanité , comment Texis-
tence domestique^ donée naturellement d'une efficacité morale pins vi?e et plus assidue , ne nous pousserait-elle point au pur sentiment social ^ quoique d'après un égoîsme collectif?
La société tend donc , sous ce second aspect comme sous le premier^ à corriger de plus en plus les principales imperfectioDs propres à la famille humaine^ et à faire mieux prévaloir sa destination fondamentale. Elle y développe cette salutaire influence par chacun des deux modes simultanés que j'ai distin* goés d-dessns; Il n'appartient qu'à la sociologie dynamique d'apprécier leur efficacité successive. Mais la statique sociale doit en indiquer déjà la source normale. On peut ainsi reconnaître surtout que la marche graduelle de notre existence pratique a dû profondément modifier notre constitution domestique. Cette réaction nécessaire n'est pas seulement sensible envers le changement principal ^ quand l'activité humaine de* vient enfin purement industrielle au lieu de rester essentielle < ment militaire^ ce qui tend à perfectionner radicalement la famille par la société. Mais une semblable tendance caractérise aussi 5-quoiqu'à un moindre degrés toutes les modifications que le passé nous offre dans la vie guerrière. Je prouverai ^ en dynamique sociale , que l'établissement primitif de la monogamie occidentale et son perfectionnement au moyen âge doivent être respectivement attribués à la prépondérance de l'activité militaire sur la stagnation théocratique, et à la transfDrmation de la conquête en défense. Quant à l'influence 5 accessoire mais volontaire 9 que j'ai ci-dessus distinguée de cette principale subordination de la famille envers la société, sa participation est tellement évidente qu'on Ta presque toujours exagérée de la manière la plus vicieuse. Elle s'est même exercée lorsque l'activité collective offrait un caractère vraiment prononcé j qui suscita des institutions propres à y mieux adapter l'existence domestique. Mais elle se manifeste ausâ , soos
21/i SYSTÈME DE POUTIQUE POSnTTB.
une forme plus spéciale , qnand la constitution politiqiie penaet au sacerdoce une suffisante indépendance. On le voit alors oo« cupé surtout de perfectionner systématiquemeni la famille Inn maine^ quoique d'après une théorie essentiellement yidease, d*abord dans les antiques théocraties, et ensuite pendant le triomphe du monothéisme.
Il n'appartient qu'à mon volume final de caractériser direetement la régénération fondamentale que notre existence d(H mestique doit bientôt manifester ^ en résultat nécessaire de l'ensemble des modifications antérieures. Mais la statique sociale ^ qui détermine la tendance commune de ces yariatiOnf successives^ permet aussi d'en concevoir l'avènement génénd^ quoique sans pouvoir en fixer l'époque et le mode. On le Tott ici résulter naturellement du concours normal^ impossible an^ paravant^ des deux influences ci-dessus considérées^ et dont la seconde ^ cessant alors d'être purement accessoire , senrMi désormais à régler la première. En faisant enfin prévaloir irrévocablement une activité pacifique^ la nouvelle existence liuh maine dissipera la contradiction forcée qui existait Jadis entre les bienveillantes inclinations de la famille et les instincts sanguinaires de la société. D'une autre part^ elle développera là vie de famille dans l'immense milieu qui peut le mieux la goftter, et auquel fut essentiellement interdite jusqu'ici cette unique compensation morale de sa détresse matérielle. Alors la famille deviendra partout la base évidente de la société ; et l'existence politique se présentera , réciproquement , comme destinée surtout à consolider et à perfectionner l'existence domestique. Mais , tandis que la femme obtiendra son juste ascendant i le sacerdoce pourra développer enfin sa légitime influence , d'arprès la seule religion capable d'embrasser toute la nature bu* maine 5 tant collective qu'individuelle. Une théorie vraiment positive servira de guide habituel h son action systéoiatiqse
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sur notre perfectionnement moral ^ dès lors directement relatif, daos la société comme dans la famiilej aux inclinations bienveillantes dont l'existence était méconnue 5 ou même niée ^ par les synthèses antérieures. Elle seule peut enfin dissiper Taffreuse alternative où flottent aujourd'hui tant d'observateurs consciencieux, entre une immense dissolution de Tordre humain, à la fois domestique et politique , et la pleine réalisation des admirables vœux vainement indiqués dans toutes les utopies.
Une telle conclusion pour l'ensemble de ce chapitre doit faire sentir la Justesse universelle du principe fondamental par lequel je commençai cet ouvrage: toute systématisation partielle exige la synthèse générale. Puisé d'abord dans l'ordre purement scientifique, je retendis ensuite à la connexité nécessaire entre la CûOfdiiiafion intellectuelle et la réorganisation sociale. Enfin, on reconnaît ici que l'existence domestique et l'existence poli-* tique ne sauraient être régénérées que l'une par l'autre. Cette conviction» que la ^tuation occidentale développera de plus en plus, peut mieux caractériser à la fois l'immense difficulté de la synthèse moderne et les dispositions, de cœur ou d'écrit , 91'exige partout son élaboration graduelle.
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