‹ Système de politique positive (volume 5)Chapitre 13 sur 20 · THÉORIE POSITIVE DE LA PROPRIÉTÉ MATÉRIELLE · texte numérisé non relu

THÉORIE POSITIVE DE LA PROPRIÉTÉ MATÉRIELLE

L'ensemble du précédent chapitre représente Funité ha* maine comme toujours fondée sur l'accord continu de la M avec Tamour pour régler l'activité. D'après sa source affective , la religion établit et maintient l'harmonie intérieure , que sa base spéculative complète et consolide en la subordonnant à l'ordre extérieur. Ces deux conditions fondamentales concon* rent nécessairement dans la synthèse finale, qui les rapporte également au vrai Grand-Être , vers lequel converge spontanément toute notre existence.

£n construisant ainsi la théorie positive de la religion , J'ai assez systématisé la conception la plus générale de l'ordre humain. Sur cette base normale, il faut maintenant constituer dl* rectement la statique sociale, en spécifiant davantage ces notions universelles envers chacun des deux modes nécessaires de notre existence réelle , d'abord domestique , puis politique. Le chapitre précédent ne devait point avoûr explicitement égard à cette décomposition naturelle , afin de mieux caractériser les lots éléinentaires de toute harmonie humabie y même

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pnremeÊrt persontielle Mais ce fondement commun doit ici cmidoire à nne appréciation moins abstraite , oh la tliéorie générale de la religion soit d'abord appliquée distinctement à la vie de famlUe , pour s'étendre ensuite à la vie de société.

ces ûtnt états simultanés sont pourtant inséparables. Nonseolement , la lattiille est à la fois la source et l'élément de la société ; mais, suivant nne réaction plus méconnue et non moins natiffelle^ Texistence politique modifie profondément l'existence donfestique^ dont elle règle toujours l'essoi* successif. Aussi la sociologie dynamique ne doit-elle jamais les séparer, afin de tiire assex ressortir leur connexité nécessaire. 11 en est tout autrement dans la statique sociale, qui, considérant les conditions générales, et non la marcbe graduelle, de Texistence Immaine , a besoin de traiter-^e cas le plus simple avant d'apprécier le plus complexe. La dernière partie du précédent chapUîe, et d'abord l'ensemble de mon discours préliminaire y ont déjà caractérisé tellement Tétat final de rbumanité que tout lecteur doit y avoir senti, comme principal attributy Fidentifica- ^m croissante entte la vie privée et la vie publique. Mais , en verta liiéme d'une telle tendance , les lois sociales de la vraie r^igiôn seront mieux saisies dans l'existence domestique, dont le développement universel constitue, au fond/ la destination essentielle de l'existence politique.

Au premier aspect , ces deux cas ne semblent pas comporter une pareille théorie religieuse. Car, l'unité domestique ne paratt fondée que sur l'amour; et la foi n'est jugée indispensable que pour l'unité politique. Mais un meilleur examen réduit toute la diversité nécessaire des deux modes à une simple différence de degré envers chacune des deux conditions dont ils ^ent également le concours fondamental L'influence affectife devient naturellement moins efficace à mesure que les rebtidiis s'étendent ; tandis que, par une compensation spontanée ,

riDfluence spéculative acquiert alors plus d'ascendant (Test pourquoi Funion domestique exige plus d'amour, et Tunion politique plus de foi. Néanmoins , la première ne peut point se passer davantage d'une certaine communauté d'opinions que la seconde d'une suffisante conformité d'affections. Les temps d'anarchie , morale ou mentale , ne vérifient que trop cette double nécessité. De nos jours surtout , les profondes atteintes que sabissent de plus en plus les familles occidentales se trouvent très-aggravées par les dissentipients de croyances , quoique lev principale source consiste certainement dans un relâchement direct des liens affectifs. En sens inverse , le seul défaut d'amour suffit pour produire habituellement de grandes discordances an sein des associations politiques qui présentent le mieux une vraie conformité d'opinions 9 d'après une suffisante convergence de destinations. Ainsi, la théorie religieuse est partout la même, sauf les modifications naturellement relatives à l'intensité de chaque élément essentiel

Dans ce chapitre et les deux suivants , je dois donc appliquer cette théorie à la constitution positive de la famille , pour consacrer ensuite tout le reste de ce volume à l'appréciation directe de la société proprement dite. Mais, avant d'étudier l'existence domestique , il faut caractériser sociologiquement le grand problème humain, qu'elle est surtout destinée à résoudre. Tel doit être l'objet propre du présent chapitre.

Le volume précédent a fondé la théorie positive de la nature humaine sur Tensemble des notions biologiques. J'ai réduit ainsi le principal problème de notre existence à subordonner, autant que possible , l'égolsme à l'altruisme , définis avec précision par mon tableau cérébral. Toute la science sociale doit maintenant consister essentiellement à construire et développer la solution correspondante , dont le principe fondamental ne peut résulter que de la réaction nécessaire de la vie

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ooUective sur la vie individuelle. Ce chapitre est surtout destiné à caractériser directement Tensemble d'une telle relation. Pour la mieux apprécier, je dois d'abord considérer une situation hypothétique , où la nature humaine pourrait librement développer son essor afTectif et intellectuel , sans être forcée (Texercer aussi son activité. La prépondérance réelle de ce derlier ordre de fonctions cérébrales est uniquement due à nos nécessités matérielles. On pourrait donc Técartcr provisoire - Mot y sans même supposer Thomme organiquement soustrait n» besoins végétatifs , en concevant un milieu très-favorable à leur Juste satisfaction, il sufliralt essentiellement que Talimentition solide exigeât aussi peu de soins habituels que la nutridOD liquide ou gazeuse. Dans les climats où les autres besoins physiques sont peu prononcés , quelques cas naturels d'heureuse tertOité se rapprochent beaucoup d'une telle exception. Mais die se réalise encore mieux chez les classes privilégiées ^ que leor situation artificielle dispense presque entièrement de ces grossières sollicitudes. Tel doit môme devenir, dans ic régime Inal , l'état normal de ciiacun pendant l'âge préparatoire où rBnmanité pourvoit seule à l'existence matérielle de ses futurs lenriteurs , afin de mieux développer leur initiation morale et mentale. D'après ces deux ordres de cas exceptionnels ^ les uns nres^ mais permanents, les autres communs , quoique passagers, l'hypothèse proposée présente assez de réalité abstraite ponr comporter un examen spécial , sans lequel les vrais tendances sociales propres au sentiment et à l'intelligence resteraient trop confuses. Outre son efficacité tliéorique , cette appréciation provisoire offre, d'ailleurs, une haute utilité pratique, en préparant le type monil des situations où elle convient suflisunmeiit. Quand la poésie régénérée aura dignement développé tt modèle spontané , il pourra fournir à tous Tidéal de la conduite humaine, vers lequel doivent tendre, autant que possible,

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les existences môme les moins adaptées à sa réalisattoo. Mais je dois ici borner sa destination à mieux déterminer ensuite la véritable influence fondamentale propre à la vie active , d'après la modification finale que les exigences matérielles impriiowMit nécessairement à ce premier type abstrait.

Dans une telle hypotbèse, le grand problème hnmabi se trouverait spontanément résolu , d'après la prédilection nator relie que nous inspirerait librement la synthèse altruiste. Quoique notre constitution cérébrale accorde une grande pré^ pottdérance aux instincts personnels , leur domination effective est surtout due à Vexcitation continue qu'ils reçoivent de l'ensemble des besoins physiques. Privés alors d'une telle stimulation, ils se trouveraient aisément contenus par les antagonismes individuels résultés des divers contacts sociaux. Le cours naturel des relations humaines entraînerait donc chacun i, développer surtout les seuls penchants qui comportent, presque sans limites, un essor vraiment universel. Ainsi surgirait librement Taptitude caractéristique des instincts sympathiques à compenser, par un vaste exercice habituel, leur faible énergie nalureile. Le charme qui leur est propre les ferait donc prévaloir bientôt sur des penchants dont la supériorité organiqi^ se trouverait alors combattue par leur inertie ordinaire. D'après la théorie biologique de Thérédité , on doit même concevoir que, dans une telle société , quelques générations suffiraient pour modifier réellement la constitution cérébrale , en augmeutai^t ou diminuant la masse des organes afifectifis qui seraient sMnsi exercés ou engourdis.

Il faut maintenant apprécier ce que deviendrait alors notre existence intellectuelle. On voit d'abord que nos spéculations pratiques se développeraient très-peu , puisque leur principal essor résulte des besoins corporels. Mais , par cela même , la culture scientifique proprement dite perdrait aussi sa destiimtipn

STATXQUI aOCiàiS. -^ GHAVITM DEUUÈME. tàS

meotteUe» eonsMant 4 éclairer V^ciMté kidnstrieUe. Quast aux iasUiiclts tbéoriqiies qui nous font directement chercher Texplica- Uqb de# phéttomènes quelconques, ils sont naturellement beauçp^p trop fyibles pour inspirer alors des efforts vraiment soutenus. Dans une situation où le milieu ne leur imprimerait aucune Corte excitation pratique , soit personnelle , soit aua^ sympatbiqujS , Us seraient bientôt lassés de leur stérile exercice , et se contenteraient d'ébaucher les plus faciles constructions d'après les plus simples analogies. Alors notre intelligence suivrait Ubremeot sa prédile(ction naturelle pour les travaux estbéti- ^e$ , tfjai lui conviennent beaucoup mieux que les travaux gdenlifiqiies ou même techniques. Ses fonctions de conception seraient ainsi subordonnées essentiellement à sa fonction d'expression , dont la prépondérance spontanée se manifeste sous tant de formes , d'apriès sa relation directe avec la sociabilité, niais cette ^parente k)version de notre économie réelle se réduirait , an fond , à diriger vers les sentiments le principal exercice du langage , aujourd'hui relatif surtout aux pensées suscitées par les fatalités extérieures que doit sans cesse modifier noire activité collective. Toute émotion prononcée nous inspire le besohi de la manifester, et l'expérience nous apprend bientôt qu'une telle expression réagit sur l'affection correspondante. Cette réaction , sensible môme dans Texistence solitaire, augmente beaucoup quand le langage aboutit réellement à sa 4<Bstinatioa essentielle , par une vraie communication. Enfin , une telle satisfaction appartient principalement aux instincts sympathiques , qui seuls peuvent faire assez accueillir, et même partager, leurs manifestations. De cet heureux ensemble de privilèges naturels , résulte cette prépondérance virtuelle de l'art ^ur la sciemce et l'industrie , qui tend toujours à surmonter'les justes obstacles que lui oppose notre raison d'après les tristes 4e Tordre extérieur. Les plus misérables existences

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indiquent , sans équivoque , une telle vocation , aussitôt que les sollicitudes matérielles s'y trouvent assez suspendues. Hors des exigences nutritives^ le cliétif sauvage^ le pauvre enfant, et même le malheureux prisonnier, se plaisent , comme tous les animaux sociables, à diriger surtout leurs efforts intellectuels vers l'expression directe de leurs meilleures émotions. La satSs* faction que procure cette manifestation augmente avec l'étendue des sympathies qu'elle obtient Cet accroissement se rapporte même davantage à la succession qu'à la coexistence. De là provient surtout le charme incomparable que nous inspirent les bonnes poésies antiques , dont le propre mérite ne peut ptau être séparé de l'irrésistible admiration inq>irée à toutes les générations intermédiaires.

Pour compléter cette analyse de l'hypothèse préliminaire , 0 reste à caractériser l'activité correspondante. Notre existence pratique étant principalement relative à nos besoins matérids, on conçoit que , dans une telle société, son intensité, et même sa nature , se trouveraient profondément modifiées. Mais Factivité humaine ne saurait être essentiellement éteinte par une situation qui n'influe point omsi sur tant d'animaux que notre providence garantit artificiellement de ces exigences. D'après k première loi d^animalité , la région active du cerveau tend toujours à s'exercer directement , encore davantage que la région spéculative , mdépendamment de toute destinatfon extérieure. Seulement , son exercice devient alors esthétique , au lieu d'ênre technique , sans cesser d*être subordonné aux impulsions affectives. Quoique celles-ci ne doivent plus, en un tel cas, déterminer des actions proprement dites , mais de simples manifestations, il faut développer les mêmes mouvements pour exprimer que pour agir. £n un mot , les actes se transformeraient essentiellement en jeux, qui, au lieu de préparations à Texistenoe pratique , constitueraient alors de purs moyens d'exercice et

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d'expanriOD. Cette transformation deviendrait surtout sensible eoyeis l'activité collective^ qui^ n'étant plus absorbée par les entreprises extérieures^ s'appliquerait aux fêtes destinées à manifester et développer les communes affections. Le caractère esthétique prévaudrait spontanément dans l'existence pratique, comme dans l'existence théorique. On sent ainsi combien l'art convient mieux à notre nature que la science et même l'industrie, d'après sa relation plus directe et plus pure avec les émotions qoinous animent Nous n'exercerions alors d'autre industrie que le perfectionnement de nos moyens spéciaux d'expression affectire f comme nous ne cultiverions d'autre science que la gaie teience naïvement préférée par nos chevaleresques aïeux.

A cette constitution individuelle correspondrait une semblable existence collective, soit domestique, soit même politiqae, où les instincts sympathiques domineraient librement. Leur prépondérance serait alors marquée surtout par un développement plus complet de la vie de famille et un moindre essor de la vie de société. Celle-ci, en effet, n'acquiert sa principale intensité que d'après la coopération de plus en plus vaste qu'exige notre réaction continue contre les difficultés extérieures. Mais le charme immédiatement propre aux affections sympathiques devient plus profond à mesure que les relations habituelles sont mieux circonscrites. Le plus noble des instincts bienveillants, quoiqu'il soit aussi le moins énergique, ne pourrait cependant cesser alors d'inspirer directement l'amour universel. Toutefc^, faute d'une véritable activité commune, son exercice ordinaire serait dû surtout au besoin uniforme de communiquer les émotions domestiques, dont l'expansion sinmltaiiée se trouverait préservée de tout conflit spontané. En on mot ^ l'existence sociale, n'ayant alors aucune forte destination pratique, prendrait, comme l'existence personnelle,

on caractère essentiellement esthétique. Mais ce caractère , à

1&6 BYSTÈIUS DB POLITIQUE POSITITB.

la fois devenu plus pur et plus fixe , développerait ainsi dès satisfactions que nous pouvons à peine imaginer^ el dont Tattrait continu lierait profondément les diverses familles qui pourraient y participer assez. L'antique puissance des fêtes communes comme lien général des différentes peuplades grec* ques, avant toute active coopération ^ peut seule nous indiquer faiblement la nature de telles associations.

Dans cet état fictif^ le classement fondé sur le mérite personnel dominerait spontanément celui qui résulte d'une prépondérance matérielle qui ne se déveioppe qu'en vertu d nécessités correspondantes. Mais la hiérarchie naturelle qoS. place la supériorité morale au-dessus de la prééminence phy — sique^ et même inlcllectuelie , s*y trouverait aussi mieux appré— ciable et moins contestée. Le gouvernement y serait d'abor<l spirituel bien plus que temporel. On peut même assurer que Le sexe actif et spéculatif s'y subordonnerait volontairement an sexe affectif, quand rcxcellence féminine aurait asses éclaté dans une situation qui n'en comprimerait jamais le développemont spontané. Ce doux empire serait d'autant moins contesté qu'il se consoliderait alors par l'ascendant mental ^ d'après b direction esthétique des principaux efforts intellectuels y qui K rapporteraient davantage aux émotions que les femmes apprécient et expriment le mieux.

Quant à l'évolution nécessaire d'une telle société, la loi fondamentale des trois états s'y trouverait profondément modillée, surtout en ce que l'âge intermédiaire y disparaîtrait presque entièrement Rien n'y pourrait dispenser de l'initiation fttichique, qui serait même plus pure et plus prolongée, puisque l'activité matérielle y troublerait peu la prépondérance spontanée du sentiment. Néanmoins, je n'hésite pas à prononcer qoe l'avénemeut du positivisme final y deviendrait plus rapide et plos facile Pour di«isiper cçtte apparente contradiction, il sufitde

STAtIQUB SOaALB. — CHAPITRE DEUXIÈME. ik1

regarder» d'après le chapitre précédent , le théologisme proprement dit comme une longue transition^ d'abord polythéique, pois monothéiqne^ du fétichisme au positivisme. Or, j'ai déjà noté qu'un tel intermédiaire est surtout exigé par les conditions locialesj qui» dans notre hypothèse, perdraient cet ascendant. Sous le seul aspect intellectuel» qui prévaudrait alors» j'ai représenté le positivisme comme pouvant immédiatement succéder au fétichisme , chez les populations convenablement soumise s une évolution systématique. Or» cette aptitude s*éten^ 4rait jusqu'à l'évolution purement spontanée » pour le cas bypothétique que j'achève d'apprécier. Il prolongerait davantage la naïve croyance aux volontés directes» parce que l'esprit scientifique s'y trouverait moins stimulé. Mais il permettrait plus aisément de la transformer en la conception finale den lois naturelles, sans aucune grave interposition des dieux et des entités. Quoique l'intelligence fût alors dépourvue des principales impulsions pratiques» qui ont tant secondé notre essor po^tif» son propre exercice naturel la conduirait finalement à distinguer assez l'activité spontanée d'avec la vie proprement dite. Or, il n'existe » au fond , aucune autre dilTérence théorique entre le fétichisme et le positivisme» dont la succession de-^ Tiendrait ainsi directe. Cette conclusion spirituelle se trouve beaucoup fortifiée par l'appréciation temporelle » si l'on considère que» quoique la vie industrielle fût alors peu prononcée» l'existence militaire qui la précède y manquerait de toute stimulation intense et durable. Aucun grave conflit habituel n'y pouvant troubler profondément l'évolution sympathique, elle •'élèverait bientôt de la Famille jusqu'à l'Humanité , sans s'arrtter longtemps à la Patrie, principal domame du théologismCé Cet avènement plus prompt du sentiment suprême devrait d'ail* leurs accélérer la concentration intellectuelle correspondante, dont le propre essor serait déjà facilité directement.

i4ë SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

La coDclasioD générale de cQt examen hypothétique conriste donc à reconnaître que la suppression continue des exigences matérielles rendrait le type humain plus pur et plus net^ son évolution plus lihre et plus rapide. C'est de là que résulte la principale utilité y d'abord théorique et ensuite pratique , d'une telle fiction , toujours propre à faire mieux ressortir le vrai principe fondamental de toute nature animale , la subordination permanente de l'activité et de l'intelligence envers le sentUnent. On peut ainsi corriger plus facilement les dangereuses illusions et les impulsions vicieuses qui nous conduisent si souvent à prendre les moyens pour le but

En termUiant cette appréciation préalable, il importe de rappeler combien sa nature est nécessairement idéale; en sorte qu'elle n'admet que des confirmations théoriques, sans aucune vérification pratique. Les deux cas réels que j*al d'abord indiqués comme les plus rapprochés d'une telle hypothèse en diffèrent trop pour que leur seul examen puisse directement servir à la juger. Car, les riches et les enfants ne sont soustraits aux principales nécessités physiques que par la protection spéciale d'une société qui les subit, et dont les impérieux besohds réagissent beaucoup sur leur état exceptionnel. Toutefois, il ne faut pas méconnaître l'analogie naturelle de cette fiction sociologique avec les conceptions poétiques envers le début spon* tané de la civilisation humaine. En effet, les peuplades fétlchiques , quand leur milieu se trouve très-favorable , fournissent nécessairement la meilleure approxhnation concrète de ce type abstrait Mais l'altération continue qu'il reçoit, môme alors, des exigences pratiques , n'y permet aussi que des vérifications partielles et passagères, qui ne pourraient aucunement dispenser de r appréciation théorique, quoiqu'elles soient propres à Féclaircir.

La vie subjective , régularisée et développée par le positi-

StATU^a SOCIAUS» — CHAPITRE DEUXIÈME. I&9

visme^ doit offrir la principale réalisation de ce type fondamental 5 dont les conditions essentielles s'y trouvent naturellement remplies^ d'après rélimination spontanée de Tordre pbysiqae et le libre essor de Tordre moral Dans le dernier Tolome de ce traité , j'expliquerai spécialement cette importante évolution 5 qui deviendra finalement le meilleur privil^ de la vraie religion. Mais ce type peut aussi convenir à la vie olijective^ dont la marche générale consiste surtout à s'en rapprocber de plus en plus^ par une tendance longtemps indirecte et enfin directe. Telle sera la conclusion propre à Tensemble de ce chapitre^ où je dois maintenant considérer toujours ^existence réelle ^ pour y apprécier Tinfluence nécessaire de l'activité qui la domine.

Il faut d'abord reconnaître le caractère de personnalité que présente naturellement cette prépondérance pratique , en vertu • de sa source organique. Après avoir accompli, sans aucune Ulnsion^ cette appréciation initiale^ on juge mieux la transfonnation sympathique qui tend à s'y produire artificiellement, à mesure que notre civilisation se développe. C'est seulement ainsi qu'on peut bien sentir que le principal triomphe de THumanité consiste à tirer son meilleur perfectionnement, surtout moral, de la même fatalité qui semble d'abord nous condamner irrévocablement au plus brutal égolsme.

Les besoins irrésistibles auxquels notre activité doit toujours pourvoir étant nécessairement personnels, notre existence pratique ne saurait immédiatement ofiGrir un autre caractère. Il s'y développe à la fois de deux manières. Tune positive, Tautre négative 9 en excitant les instincts égoïstes et comprimant Tessor sympathique. Outre que les tendances bienveillantes ne correspondent point à un tel but, tant qu'il reste individuel^ elles ont trop peu d'énergie naturelle pour imprimer d'abord une soldante impulsion.

150 STSTfcm DB MLmQUB POSfTTfA.

Und semblable appréciation convieiit encore dannitagé llf efforts iotellectaels que suscite l'activité matérielle. La préoccupation qu'ils exigent nous détourne spontanément des énO' lions sympathiques 9 et ils excitent les instincts personneb eft nous procurant un sentiment exagéré de la valeur individuelle. Ainsi 5 l'activité commandée par nos besoins physiques exerce d'abord une influence doublement corruptrice, directe sur te oœur, et indirecte sur Tesprit.

Mais cette fatalité ne prévaut qu*autant que Fexistence pra* tique demeure strictement individaelle ; ce qui peut longtemps persister dans les milieux défavorables. Dès qu'elle commencé à devenir sociale, même au simple degré domestique, la coopération continue, soit simultanée, soit surtout successive, tend à transformer de plus en plus le caractère égoïste de toute rindustrie primitive.

Cette transformation décisive , qui fonde nos vraies destinées , ne peut être scientifiquement appréciée qu'en établissant d'abord deux lois corrélatives, méconnues jusqu'ici, envers notre existence matérielle. Leur combinaison naturelle constl^ tue aussitôt la théorie positive des accumulations, sans les» quelles une semblable modification resterait toujours impossible. Aussi Tadmirable sagesse spontanée qui dirige l'institQtiOD graduelle de notre langage a-t-elle partout qualifié de e&piial chaque groupe durable de produits matériels, afin de mieux indiquer son importance fondamentale pour Fensemble de l'exislence humaine.

De ces deux lois économiques , l'une pourrait être dite subjective et l'autre objective , puisque la première se rapporte I nous-mêmes, et la seconde au monde extérieur. Elles oonsislent dans ces deux faits généraux : d'abord , chaque homme peut produire au delà de ce qu'il consomme; ensuite, les matériaux obtenus peuvent se conserver au delà du temps qu'exige

leur reprodactfoD. Il faut^ évideininent , borner cette double propriété à la simple existence physique. Car^ les richesses intellectuelles ne se perdant point par leur propre usage , mais seulement d'après notre incurie, leur accumulation continue ne présente pas les mêmes difficultés. Aussi ces nobles trésors se forment-ils ayant les autres , auxquels ils servent de base Wtiate , quoique la connexité devienne bientôt réciproque.

Ce sujet élémentaire avait tellement besoin d'un éciaircissemoit positif que , malgré l'évidence spontanée de la première loi économique , elle a souvent été , de nos Jours , niée systénatiqnement par l'esprit métaphysique. Dans ses divagations ^renées , il a directement osé prétendre que chaque génération humaine consomme nécessairement tout ce qu*eile produit ^ conme si le progrès matériel de notre espèce n'était pas en* tièrement incompatible avec cette absurde hypothèse.

Une telle aberration ontologique peut ici servir, par contraste, àfidre mieux ressortir à la fois la réalité et l'importance de la loi positive dont il s'agit. Mais un examen direct la constate suffi-» nmment, même envers les premiers efforts de l'industrie matérielle. Chez beaucoup d'espèces animales , où cette industrie se borne à recueillir et à garder les substances utiles, sans leur &ire subir aucune préparation , l'aptitude à les accumuler au delà du besoin personnel , et même domestique , devient irré-» eusaMe, pour peu que i'animid soit actif. Parmi nous, où le travail consiste surtout en une modification plus ou moins pro^ fonde, cette condition ralentit souvent l'efficacité de notre intervention , quoiqu'elle garantisse l'utilité et aussi la stabilité de ses résultats. Néanmoins, même alors, on reconnaît, jusque dies les plus grossières peuplades , que chaque chef de famille peut produire fort au delà de ce qu'exige sa subsistance et celle des siens. On n'a point assez examiné le taux réel de cet excédant général» ou combien de ménages peut nourrir habituelle-

ment un seul travailleur. Il importerait cependant de e<mnaltre cette proportion naturelle , et les lois statiques , ou même dynamiques^ de sa variation, afin de mieuK déterminer le rapport normal de la population agricole à l'ensemble de la société active. Quelque simple que soit une telle recherche , elle ne fut abordée jusqu'ici que par un genre d'esprit qui tend toujours à obscurcir les questions qu'il traite , ce qui explique assez Textrême imperfection actuelle de cette notion. On y peut cependant assurer, en général , que , dans tous les milieux qui ne sont pas très-défavorables, le travail de chaque famille agricole pourrait au moins en nourrir une autre équivalente, et souvent deux ou même trois. C'est pourtant le seul cas où la première loi économique serait, en apparence , contestable, puisque l'excédant accumulable s'y trouve naturellement moins abondant qu'envers les autres industries matérielles. Dans tous les arts, mécaniques ou chimiques, relatifs au logement ou au "vêtement , chaque opérateur peut aisément suffire aux besoins réels, et même factices, de beaucoup d'autres hidividus. J'aurai sohi d'établir ailleurs, comme l'une des bases essentielles de la vraie hiérarchie hidustrielle , la loi naturelle qui concentre l'industrie humahie à mesure que sa destination s'élève par une préparation plus complète. Quoi qu'il en soit, il suffît ici de reconnaître , en général , la réalité nécessaire de notre première loi économique, fondement initial de toute aptitude réelle à vivre , non-seulement pour soi, mais aussi pour autrui, quel que puisse être le vrai motif d'un tel effort habituel

La seconde condition matérielle de l'existence sociale suppose évidemment la précédente, sans toutefois en résulter aucunement Sa réalité sera toujours moins contestée par l'écrit sophistique , puisqu'elle concerne le monde extérieur, objet primitif de nos contemplations positives. On concevrait aisément une constitution terrestre qui rendrait nos productions quel-

conques tellement altérables cpi'elles se troayeraient détruites avant de pouvoir être remplacées. En s'arrêtant un moment SOT une telle hypothèse, on reconnaît aus^tôt que toute civilisation deviendrait alors impossible. Mais nos milieux les plus déiàvorables sont heureusement fort éloignés de cette désastreose prépondérance, même envers nos produits agricoles les moins susceptibles de conservation. La chaleur humide des forêts de la Guyane , qui putréfie les viandes en quelques heores, peut être assez surmontée par nos artifices conservatenrs pour rendre vraiment habitables ces funestes localités , avant que notre intervention les ait suffisamment assainies. Dans la plupart des milieux, quelques précautions fort simples , I»entôt découvertes chez les moindres peuplades , permettent babitnellement de conserver très-longtemps presque toutes les substances alimentaires , comme on Ta souvent vu quant aux provisions céréales des villes assiégées. Cette seconde loi économique j de même que la première , se prononce davantage à mesure que Thadustrie matérielle élève sa destination et concentre son élaboration. Tous les arts relatifs au logement en comportent des vérifications séculaires , quelquefois étendues aussi à ceux qui concernent le vêtement.

Après avoir apprécié séparément chacune de ces deux conditions élémentaires , il est aisé de sentir^ en les rapprochant , que leur combinaison naturelle permet aussitôt l'accumulation de nos richesses temporelles. Quand même l'excédant produit resterait beaucoup moindre et se conserverait bien moins de temps que ne l'indiquent les cas ordinaires , il suffît que ce surplus existe ^ et qu'il puisse persister au delà de sa reproduction , pour rendre possible la formation des trésors matériels. Une fois nés, ils grossissent spontanément à chaque génération nouvelle^ domestique ou politique, surtout lorsque l'institution fondamentale des monnaies permet d'échanger^ presque

iSU 8TSTÈMB DE POLITIQUE POSITITB.

à volonté 9 les productloDS les moins durables contre celles qal passent aisément à nos descendants.

Telle est la première base nécessaire de toute civilisation réelle , d'après la fatalité naturelle qui nous impose sans résistance une constante activité afln de soutenir notre existence matérielle , sur laquelle reposent nos plus sublimes aptitudes. Quoique notre disposition cérébrale à vivre pour autrui constitue certainement le plus précieux des attributs humains , cette insurmontable condition la rendrait socialement stérile , si noiM ne pouvions en effet accumuler, et par suite transmettre ^ les moyens d'y pourvoir. Or, une accumulation quelconque exige Tappropriation , au moine collective, et même personnelle, des produits altérables qu'elle concerne. Mais, avant d'apprécier assez les immenses réactions sociales d'une telle institution sur l'intelligence et le sentiment, d'après l'heureuse transformation du caractère égoïste propre h l'activité spontanée , il faut d'abord examiner la théorie positive des transmissions. Car, toute l'efficacité civile des accumulations ainsi obtenues résulte de la possibilité d'en transmettre les résultats.

Le travail positif^ c'est'^à-dire notre action réelle et utile sm le monde extérieur, constitue nécessairement la source initiale, d'ailleurs spontanée ou systématique , de toute richesse matérielle , tant publique que privée. Car, avant de pouvoir nous servir, tous les matériaux naturels exigent toujours quelque intervention artificielle , dût-elle se borner à les recueillir sur leur sol pour les transporter à leur destination. Mais , d'un autre côté , la richesse matérielle ne comporte une haute efficacité , surtout sociale , que d'après un degré de concentration ordinairement supérieur à celui qui peut jamais résulter de la simple accumulation des produits successifs du seul travail Individuel. C'est pourquoi les capitaux ne sauraient assez grandir qu'autant que , sous un mode quelconque de transmtsrion , les

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trésors obtenus par plusieurs travailleurs viennent se réunir chei un possesseur unique , qui préside ensuite à leur répartition effective ^ après les avoir suffisamment conservés.

Nos richesses matérielles peuvent changer de mains ou libre* ment ou forcément I>ans le premier cas , la transmission est tantôt gratuite , tantôt intéressée. Pareillement , le déplace^ ment involontaire peut être ou violent on légal. Tels sont , en dernière analyse > les quatre modes généraux suivant lesqneb se transmettent naturellement les produits matériels qui ^ n« comportant qu'un usage individuel > permettent, et mêm« exigent , une véritable appropriation , finalement personnelle 5 comme les besoins correspondants. Or, dans toute civilisation un peu développée , la transmission influe davantage que la production directe sur la formation des capitaux utiles , de manière à mériter autant d'inviolabilité sociale pour les lois naturelles qui la régissent.

D'après leur dignité et leur efficacité décroissantes, nos quatre modes généraux de transmission matérielle doivent être rangés dans cet ordre normal , qui est aussi celui de leur introduction historique : le don , rechange , Fhéritage , et la conquête. Les deux modes moyens sont seuls devenus très^ usuels ches les populations modernes , comme les mieux adaptés à l'existence industrielle qui dut y prévaloir. Mais les deux extrêmes concoururent davantage à la formation initiale des grands capitaux. Quoique le dernier doive finalement tomber en désuétude totale, il n'en sera jamais ainsi du premier, dont notre égolsme industriel nous fait aujourd'hui méconnaître rfanportance autant que la pureté. L'utilité sociale de la concentration des richesses est tellement irrécusable pour tous les esprits que n'égare point une envieuse avidité , que , dès les plus anciens temps, une impulsion spontanée conduisit de nMibreuses populations à doter volontairement leurs dignes

chefis. Développée et consolidée par la vénération religieuse , cette tendance éminemment sociale devint, dans les antiques théocraties , la principale source des immenses fortunes trop souvent attribuées à la conquête. Chez les polythéistes de rocéanie, plusieurs peuplades nous offrent encore d'admirables exemples de la puissance réelle que comporte une telle institution. Systématisée par le positivisme , elle doit fournir an régime finale comme je l'expliquerai ultérieurement , l'un des meilleurs auxiliaires temporels de l'action continue du vrai pouvoir spirituel pour rendre la richesse à la fois plus utile et mieux respectée. Le plus ancien et le plus noble de tous les modes propres à la transmission matérieUe secondera davantage notre réorganisation industrielle que ne peut Tindiquer la vaine métaphysique de nos grossiers économistes.

Quoi qu'il en soit 5 la manière dont les produits se transmettent ne saurait influer que sur la rapidité et la stabilité des accumulations ahisi obtenues. Abstraction faite maintenant de tout mode spécial pour la formation primitive des capitaux humains , je dois surtout expliquer ici la réaction fondamentale que la seule existence continue de ces grands réservoirs exerce nécessairement sur l'ensemble de notre nature 5 personnelle ou sociale. Provinssent-ils même de la simple conquête , les dépôts nutritife comportent toujours une haute ^efficacité mentale et morale , dont la saine appréciation doit aujourd'hui concourir à dissiper des tendances anarchiques^ qui discutent 1 origine des richesses quand il faudrait en examiner l'emploi.

Je ne puis ici développer davantage cette théorie positive

des accumulations graduellement dues à la prépondérance normale du travail humain sur la consommation matérielle. Mais tout lecteur qui , dans son âge métaphysique , s'arrêta spécialement à la prétendue science des économistes ^ sentira

STATIQUE SOCIALE. — CHAPITRE DEtTCLÈME. 157

facilement combien la vraie formation des grands capitaux se trouve radicalement éclaircie d'après sa décomposition nécessaire en trois phases successives : production, conservation , et enfin transmission. Cette analyse est surtout propre à démontrer que les deux dernières opérations sont indispensables à la haute efficacité sociale du résultat , et dès lors méritent autant de respect que la première , seule appréciée par notre raison anarchique. Néanmoins, quelque importance que doive acquérir une telle notion quand mes successeurs l'auront assez élaborée, je ne dois pas oublier qu'elle constitue ici un simple incident dans une immense question de statique sociale. Sa poi»tion même doit faire mieux ressortir Tinanité radicale des q[)éculations relatives à l'existence matérielle de l'humanité quand on les isole de l'ensemble des conceptions sociologiques. Car, la théorie que je viens d'ébaucher ne doit me servir qu*à bien caractériser la vraie réaction normale de l'activité sur le sentiment et l'intelligence , et par suite son influence fondamentale sur toute Forganisation sociale , d'abord dômes* tique 5 puis politique.

Nous avons ci-dessus reconnu que , sans les accumulations , au mohis simultanées , et même successives', les besoins matériels imprimeraient nécessairement à l'ensemble de l'existence humaine un profond caractère d'égoisme. Il faut maintenant apprécier comment l'institution des capitaux tend à transformer radicalement une telle hnpulsion, de manière à permettre finalement la prépondérance universelle de l'altruisme.

Cette transformation décisive résulte, en général, de ce que chaque travailleur, cessant alors de diriger sa principale activité vers ses seules satisfactions personnelles, lui procure spontanément une certaine destination sociale , ou au mohis domestique En efiiet , on ne produit des trésors quelconques qu'afin de les transmettre. Or, parmi les quatre modes natu-

dynamiqae qa'il appartient d'apprécier les obstacles nécessaires qui durent tant retarder Tessor spontané d'une telle convictimi^ son avènement systématique étant réservé à la régénération moderne^ dont il constituera l'un des principaux caractères. L'étude statique fait toujours abstraction du temps ^ en politique comme en mécanique , pour mieux saisir la tendance essentielle de chaque combinaison ^ sans considérer l'époque réelle de son accomplissement Mon application actuelle de ce grand précepte logique se trouve d'autant plus légitime que les réactions cérébrales déterminées par les transformations pratiques ont du s'accomplir spontanément sous tçus «les régimes civils et même religieux. Borner l'influence des affections bienveillantes aux temps où la théorie reconnaît enfin leur existence , ne serait guère moins absurde que de faire commencer à Galilée les lois de la pesanteur. Longtemps avant d'être constituée par la science réeUe et sanctionnée par la vraie religion f l'activité naturelle de nos instincts sympathiques modifia de plus en plus notre constitution morale ^ à mesure que notre dtuation pratique lui devint plus favorable. Même pendant l'antique esclavage , la vie industrielle manifesta profondément cette aptitude fondamentale j tant développée ensuite sons le simple servage , et surtout depuis l'affranchissement personnel , malgré la réaction égoïste de l'anarchie moderne.

Si les penchants altruistes n'existaient point en nous, comme le suppose le théologisme , les services mutuels qui résultent d*une telle activité seraient certainement incapables de les y faire naître. Dans cette triste hypothèse , l'assistance réciproque ne deviendrait jamais gratuite j et sa réaction morale se bornerait à développer une prudence toujours intéressée. Mais il en est tout autrement d'après notre vraie constitution cérébrale 5 quelque méconnue qu'elle ait longtemps été , et quand même les affections bienveillantes s'y trouveraient encore m^dos

prononcées spontanément. Pourvu que leurs germes ne manquent pas^ leur aptitude caractéristique à être développés presque indéfiniment par les relations sociales leur procure nécessairement un essor continu ^ d'ailleurs ignoré ou apprécié , dans toute situation propre à les stimuler. Or^ aucune stimulation ne saurait équivaloir à celle qui résulte directement de l'exercice habituel ^ même quand il est d'abord inspiré par des motiÊs intéressés. La profonde efficacité morale de la discipliné théologique au moyen âge comporte une équivalente explication , où les obstacles sont essentiellement analogues. Quoique la doctrine ne pût jamais reconnaître qu'un immense égolsme > l'habitude des sacrifices et des bonnes œuvres dut alors exciter involontairement les instincts sympathiques du cerveau chrétien ou musulman. Un autre exemple général confirme ^ d'une manière décisive , cette notion fondamentale , en examinant les réactions morales propres à la vie militaire. Gérébralement appréciée , l'existence guerrière se présente comme plus complètement dominée qu'aucune autre par l'ensemble des penchants personnels. Néanmoins ^ ne pouvant se développer assez que par l'union habituelle des coopérateurs^ cette seule condition suffit pour qu'elle détermine d'admirables dévouements, et l'enfance de l'humanité l'érigea justement en principale école pratique des vertus sociales. Si donc l'ensemble des cas théologiques et militaûres démontre l'heureuse réaction morale des bonnes actions inpirées par des motifs intéressés , la vie industrielle pourrait-elle ne pas comporter autant , et même davantage 5 une telle aptitude ? Le seul obstacle général qu'éprouve l'essor décisif de cette propriété fondamentale résulte de ce que l'activité pacifique n'est point encore systématisée , en sorte qu'elle s'exerce habituellement sans procurer à chaque coopérateur un juste sentiment de sa dignité sociale. Mais cette lacune anarchique, quoique devant beaucoup diminuer la réac-

162 ^TsitME m vouncm POftrrrnt

tioo sympathique 4e$ act^s {adustrieis , pq sftOFirit Aitnitoi U profonde aptitude morale d'ime existence oU chacun rend jour nellement aux autres des services incontestables, Quand le ré* fl\m% final de rbnmanité aura régularisé le travail autant que le régime prélimifîairQ régularisa la cpnqM^te , cette tendance naturelle « presque latente jusqu'ici , développera partout des inœurç plus sociales qu'en aucun autre temps , d'après une relation plus pure et plus directe entre la vie privée et la vie pa« bliqu0. Or, une telle certitude suffît pour autoriser la sodologit statique à considérer surtout Tinfluence destinée à prévaltriTi quelque voilée qu'elle soit d'abord, en réservant à la sociologie dynamique l'examen décisil du mode et de l'époque propres à aon ascendant réel.

Gomme je ferai j dans toute la suite de ce traité, on usage fréquent et importaat de cette réaction sympathique indirecter ment résultée d'une conduite primitivement intéressée, j'en dois ici caractériser abstraitement le principe général. Son apr prédation sdentifique devient une conséquence naturelle de la théorie cérébrale établie à la fin du volume précédent

Il suffît d'y remarquer la correspondance spédale qui existe spontanément entre chacun des trois instincts sociaux et qodr qu'un des ^ept instincts personnels , dont Ténergie supértewrt peut ainsi concourir heureusement à dissiper la langueur ioitialii des autres, Le piqs personnel de tousno^ penchants, celui q^li par sa prépondérance normale, fit spécifier le nom générique da impidi^é, devient souvent capable d'exciter beaucoup l'attadier ment , et même la vénération , quand Texpérienee manifeita assez l'utilité privée des relations sociales. Une pareille tm-^ dance convient également aux deux instincts de perfectionnement, destructeur ou constructeur, qui secondent ordinair§r ment l'instinct conservateur. J'apprécierai spécialeipent, dans le chapitre suivant , l'heureuse aptitude de rinstinçt 99X091 ponr

stiiniiler cbacun des trois iqstiQCts sociaux : rinstinct maternel comporte éîidemnoent la mêpae influence habituelle^ quoiqu'à im inQîii(|re degré. Quant aux plus nobles penchants person-? nelSy ils se concilient difficilement avec rattachement, et ils tendent presqu'à exclqre la yéqératioo : mais ils concourent SQpyent ^ développer beaucoup la bppté envers tous les êtres qui acceptent la protection.

I)'après cette correspondance naturelle^ fortifiée par Tbabiix^i^f entre la région égoïste et la région altruiste du cerveau , l'énergie supérieure de la preniière snpplée heureusement à rinsul&sance spontanée de la seconde 9 afin de mieux diriger la conduite ordinaire de Fhomme ou de ranimai. Les instincts sympathiques sont rarement assez puissants pour produire directement des impulsions vraiment décisives. Aussi Tinitiative de toute activité soutenue ém^ne-t-elle presque toujours de quelque instinct personnel. Même envers une destination pieirneipent sociale » on ne peut guère éviter cette fatale conséquence de l'imperfectipo cérébrale. Néanmoins , les résultats ordinaires sont beaucoup moins vicieux que ne semble Tindiquer une telle nécessité. Car^ aussitôt que les inslincts personnels pous ont réellement placés d^ps une situation propre à satisfaire les penchants sociaux, ceux-ci, en vertu de leur charme irrésistible , deviennent aisément les vrais directeurs d'une con-^ duite qu'ils n'auraient pas eu d'abord la force d'inspirer. Mon discpfirs préliminaire a déjà caractérisé le cas le plus décisif de cet^ admirable réaction morale 9 en ébauchant la véritable théorie de l'union conjugale. La vie publique fournit souvent , même ^travers V^^rchie moderne 5 d'éclatants ej^emples d'une semblable efficacité sympathique due à l'orgueil ou à la vanité. Quoique l'ascendant politique s'acquière presque toujours sous rimpulsion de ces deux penchants personnels ^ même assistés ordinabrement par la cupidité proprement dite , il déter-^

mine nécessairement une lieureuse transformation morale, quand il dare assez pour faire vivement sentir l'utilité sociale de la domination obtenue. C'est ainsi que la sociologie doit définitivement concevoir le grand problème cérébral émané de la biologie^ en facilitant le triomphe de l'altruisme sur l'égolsme d'après l'assistance indirecte des instincts même les plus personnels.

Suivant une telle explication générale , la réaction sympathique attribuée ci -dessus à la vie industrielle^ développée sous l'impulsion des capitaux , rentre désormais dans une grande loi naturelle, commune à tous les animaux supérieurs. L'activité prescrite par nos besoins matériels n'est donc pas aussi corruptrice que l'indique sa tendance directe. Son heureuse efficacité morale constitue finalement le principal résultat de la providence, d'abord spontanée, puis de plus en plus systématique > que le vrai Grand-Être exerce sans cesse sur l'ensemble de nos destinées. Ainsi régénérée d'après les accumulations antérieures , la vie pratique peut habituellement devenir un précieux stimulant de nos meilleurs instincts. L'amour comporte alors un plus vaste essor que sous le régime hypothétique proposé, au début de ce chapitre, comme fournissant le type idéal de l'humanité. Car, affranchie de toute active sollicitude, l'affection mutuelle prendrait bientôt un caractère quiétiste, peu favorable à son développement. Dans notre vraie condition , aimer consiste surtout à bien vouloir, et par suite à bien faire. L'amour énergique suppose donc des besoins à satisfaire en autrui. Pourvu que leur satisfaction puisse habituellement s'accompUr, les efforts qu'elle exige stimulent davantage la sympathie que si la situation était trop favorable. Dans cette dernière hypothèse , j'ai représenté ci-dessus l'expression affective comme l*unique source des réactions cérébrales. Or, son efficacité morale reste toujours hiférieure, môme en un tel cas.

STATIQUE SOOUiE, — CHAPITRE DEUXIÈME. 165

à l'influence qui résulte de Faction effective , d'ailleurs facile* ment conciliable avec l'expansion. La pratique assidue des bonnes œuvres constituera sans cesse le meilleur moyen pour cultiver les sentiments bienveillants y fût-elle d'abord inspirée par des motifs personnels. Aucune expansion ne saurait déterminer une aussi forte réaction affective. On voit même l'expression stimuler d'autant mieux le sentiment qu'elle s'accomplit d'après un langage plus rapproché de celui que l'action inspire q[K)ntanément.

11 serait superflu d'expliquer davantage une théorie que l'existence moderne confirme journellement^ malgré l'anarchie croissante sous laquelle se développa jusqu'ici l'activité industrielle. Nous pouvons donc conclure déjà que, quand l'initiation humaine est assez complète^ le progrès matériel ^ loin de s'opposer au perfectionnement moral ^ en devient nécessairement le principal auxiliaire.

Une semblable appréciation convient encore mieux au développement intellectuel.

Sans l'irrésistible impulsion continuellement résultée de nos besoins physiques^ nos plus hautes facultés mentales resteraient essentiellement engourdies. Il n'y aurait alors ^ comme je l'ai ci-dessus expliqué y de véritable essor que pour les fonctions esthétiques 5 durectement vouées à l'expression idéale de nos meilleurs sentiments. Les efforts destinés à concevoir un monde extérieur sur lequel nous ne serions pas forcés d'agir^ se borneraient à de vagues théories y facilement propres à satisfaire une curiosité presque puérile et peu exigeante , que toute fatigue prolongée rebuterait bientôt. C'est surtout afin de modifier l'ordre naturel que nous avons besoin d'en connaître les lois réelles. Aussi l'esprit positif, principalement caractérisé par la prévision rationnelle y émane-t-il partout des notions pratiques. Mais une telle origine ne lui aurait jamais permis

100 ITSTÈME DE POLITIQUE POSnlVÉ.

d'acqnérll* ab^faiteitient une suffisante généralité 5 st Tàctlvité htliDafnë fût toujours restée puremétit personnelle , faute d*accnnïulations cobvenables. C*est donc à l'institution graduelle des capitaux que nous devons tiotre vrai développement théorique. Outre qu'elle lui procure des organes spéciaux en suscitant des existences dispensées du travail itiatértel y elle peut seule lui fournir une vaste destination en permettant tltle aétlvité collective souvent dirigée vers de gràtids et Idlntdtfls résultats. Quand ces conditions ne sont pas remplies , la Vie pi^àttqué entrave l'essor scientifique en bornant nbs découvertes réelles à des lois purements empiriques , non moins itiCotiéretites qùè particulières. Ainsi , la puissante ImpUlsiOii théorise étnanëë des betoins matériels dépend surtout de la fôhUatiôd dë§ grande capitaux ^ qui dirige de plus en plus Vefs Tespeeë une à(;tivité destinée d'abord à l'individu. Le concours de^ gétiéi'âtions étant alors garanti , le vrai génie philosophique codslrUlt ped il pëû cette conception générale de l'ordre naturel qtil , lod^edâps bornée aux premières lois mathématiques j finit par tôdt êidbrasser^ même le monde moral et Social. Mais liotre cfaétiVê Intelligence , beaucoup plus esthétique cpié scientifique , ne potlrsuivrait point Une étude aussi difficile si uotrè fatalité matérielle ne nous forçait pàâ à tnodifier sans fees^ l'écôhôtilië extérieure ^ qu'il faut d'abofd eônnalttë àsset poUf pi'évolr SëS principaux résultats. C'est ce qui nous fait énflu écâttef iitévo-cablement^ comme illusoires et Inipuiëëantés, deâ théories spontanées 5 théologiques et métaphysiques, doflt Tejttrétùé facilité nous séduirait toujours , si dos besoins ptdtlques Ue nota en montraient pas l'inanité , d'après leui' inaptitude néèe^rt aux prévisions réelles. L'èspHt hutnain ne sautait être coiiddlt autrement à placer sa véritable grandeuf thétirique dànâ uiië parfaite soumission à Tordre haturel que tiôs artifices pfàtiquei doivent ensuite améliorer autant Qiié possible.

STATIQUE SOCIALE. "^ CAAPfllUS 0E01IÈli£. 167

Qaoiqae nous deinblions ainM pourstiilrîe exclnsireifient le progtrès matériel , âons tendotis néces^alremeot vers le ptitidpal perfectioilttèîtiéiit intellecttlèl > (Consistant à trànsforfnei' tiôtrè eerveau en tlii ttti-Olr fidèle do Monde (}tti nons doihlne. Cette hame petfedtioti ëë tfonvë déjft réalisée âdbVéfit dans ndS pré^ flsioiis ddeiitifiqttèâ ^ stirtônt éû a^rOnoiiltë , ^ànd l'élabora^ tion inlérientë Œm dppaf ëll défébràl eônvêfiablêffient préparé iqtdTaot à rdbséhrâtion directe des phéfiOttièDesi éttériéurs. une teUe fiàrin^e ëtitre le objectif et rdbjëctif à'expUittie aisément d'après la loi hàtnféllë qnt nom fof ee à tif et* dn debôf a toos les mâtéHant ptimitifô de Mi eoâSttiietidns ûiëntaiéâ. Cet admirable feoneoilrs ^ àns^ diffidté Qd^itapOKant , détient eërtaloemenl l'im des plos grands résultats gétléraUlt de là sagesse taunaidei qtd fie pnt Finslituer Qti'apfôs dlinmensés pféparâ^ fensi gradttellëAefit étendues, petidant Yingt^dn(| siècles, de^ érénemefits les pins Mmplèâ jfi^Qu'àtlï plds eôtnpliqbéâ. Nott^ assufoiië ainsi la l'ëgnlsiillé dé notre entendement, même ënvefô m» prodnetimis les pins spontanées. En efiët, les lol^ réelle^ dé notte propre nàtiif é morale et mentale appartiennent néce^i-

Tét^&ïi à ee sjstemè de cdfinais^aneëâ positives, dont elles fôN

metit définitiTemènt le liefi pfineipal. Lëdf étilde spéciale detifeilt la base iiônttale dn plfis éminëfit de tons les àtl§, celui

461 eoncéine notre petfbttionfiëttiënt intime , ^ans iëiinel tous M9 âidfës prôgfès iraient illusoires.

Dè& lorS) la Goneëpunn sdènttfiqnë, d'abord ëidtée par noà besoin! matériels > féagtt profondément snr Tëipression ëstbétique, spontanément indépendante dé Tordrè ëitéHénr. Car fifiê meilleure eonnaissafiëè de l'homme et de la société doit beaneodp améliorer rart anblimê qni â'eflbrcè de développer nos principales émoUofis, afin de régler nos impulsions dominantes.

Ain^5 Tactivité ifidttôiriellê prescrite par nos besoins physiques ne noua pmuM pas bèfiimâënt à èOfiUrtiiré la seience , mats aussi

t68 SYSTÈME DE POLITIQUE POSITITB.

à perfectionner la poésie et la morale ^ quoiqu'elle semble en détourner tant que son essor reste trop restreint II est impossible de mesurer la vraie participation de nos exigences matérielles à rinstitution de nos chefs-d'œuvre esthétiques. On patt néanmoins y constater indirectement leur influence générale, d'après Fimperfection de Fart primitif chez les populations les mieux dispensées de toute forte élaboration pratique.

La réaction morale de Texisteuce industrielle est encore plus irrécusable , surtout en ayant égard à l'essor scientifique con» pondant Ne pouvant modifier utilement les dispositions secondaires de l'ordre extérieur qu'en nous soumettant toiqours à règles fondamentales , l'habitude spontanée d'une telle subor dination devient ^ chez les modernes , la source continue d'un précieuse discipline, qui s'élève des actes aux sentiments, à connaître d'abord les lois naturelles les mieux saisissables les moins modifiables , notre apprentissage de l'obéissance vient plus facile et plus décisit Commencée envers les cas invi lontaires^ la soumission constante, sur laquelle repose toute vrai* discipline morale , peut ensuite s'étendre jusqu'aux relations volontaires, quand on a senti sa bienfaisante influence cérébrale.

On voit ainsi comment nos nécessités matérielles tendent finalement à régler, non-seulement notre activité, mais aussi notre intelligence, et même nos sentiments. Le positivisme systématise directement cette subordination naturelle de l'humanité envers le monde , en la rattachant à la loi fondamentale de la vraie hiérarchie encyclopédique , où l'ordre le plus compliqué et le plus noble se trouve toujours dominé par le plus simple et le plus grossier. £n même temps , il la sanctifie conome la base générale de notre perfectionnement, auquel ce type immuable peut seul procurer assez de régularité et de stabilité. Mais , en bénissant une fatalité devenue la principale source de notre grandeur réelle , nous en rapporterons tous les bienfaits à Tac-

tive providence , d'abord spontanée 5 puis systématique , par laquelle le vrai Grand-Être rend de plus en plus salutaire un joug naturellement oppressif. Une telle transformation ^ prin* cipal triomphe de notre espèce , repose nécessairement sur la substitution croissante du caractère social au caractère personnel dans Fensemble de notre existence pratique , d'après la concentration graduelle des capitaux humains.

Ayant assez expliqué la réaction élémentaire que notre nature morale et mentale reçoit de notre activité matérielle , je dois en compléter Tappréciation en déterminant Tinfluence directe qa'éprouve ainsi notre organisation collective , d'abord dômes* tiqae , puis politique. Mais , ce double sujet devant être spécialement traité dans le reste de ce volume ^ il ne comporte ici qu'une sommaire indication , réduite à ce qu'exige la grande démonstration à laquelle ce chapitre est consacré.

^os besoins pratiques étoufferaient presque partout nos meilleors attributs domestiques^ si notre activité devait, faute de capitaux 5 conserver toujours une destmation personnelle. Vivre {tour autrui, qui doit devenir le caractère dominant de nos plus vastes associations , ne pourrait pas même distinguer alors la simple famille humaine, où le sexe et l'âge ne susciteraient point leurs relations normales. L'oppression des femmes, l'esclavage des enfants, et l'abandon des vieillards , empêcheraient nos affections domestiques de réagir sur l'ensemble de notre perfectionnement moral. Mais nos nécessités matérielles exercent une tout autre influence aussitôt que les accumulations antérieures permettent à chacun de ne plus se préoccuper de sa seule existence. Alors, au contraire, cette obligation de travailler sans cesse vient fortifier et développer les affections domestiques, qui d'ailleurs poussèrent d'abord à produire au delà des besoins individuels. L'homme commençant ainsi à reconnaître et à chérir le devoir de nourrir la femme , l'union

170 STSltME DE POLITIQUE POSITÎYE.

fondamentale tend de plus en plus vers sa meilleure destination , le perfectionnement iritituel des deux sexes. Cette réaction permanente, principale source du bonheur et de la moralité, reste trop comprimée tant que la fëmmé, forcée de travailler au dehors, ne peut assez manifester sa vraie nature. Ëtt même temps, les enfants, dispensés de poulroir prômpteitiëtit à leur propre subsistance , dètierihent ztliist sii^ceptibles d*tine Téritable édiication , ^tii fait librement grertnët leurs meillettrs sentiments. Pareillement, les vieillards, que la pénurie primitive exposait à une aifrëtise destinée , acqdlêrent dès lors tm téné'' rable ascendant, et peuVeht tltilisër digdetnëtit leur expéiience. Tous les liens domësliqdes , qili resteraient faguës et précaire^ si nous n'avions pas de trais besoins physiques, doivent don(f leur principale consistance à Tôbli^âtioti Aii travail contlhtl, pourvu que les accumulations matéMelles pëfmettétlt à cfaàttnë relation de se caractériser às^^i.

Envers rassociatioii élérbentàifè, 6ettc f éaëtfon Ibndànlentàle de nos nécessites organiques afi^ëtë surttitit les SëUtimënts naturels , où résident les sources réelles de nôtre Conduite hàbltuelle. C'est seulement dans Ces i*elàtidtls, bornées inals intimes, que le travail peut d'abord nous tsAte assez appréèief l'obligation et la satisfaction de Vivre pour àdtrui. Sur de {Dlttil vastes associations, la même fatalité iufltie d'uUë aiitre maâièi'ë, qui tend néanmoins vêts ce résultat géiiéral, en instituant éek forces propres à rallier les ditëtsës fanliiles.

Le simple goûVerilëtnënt ddbiëstlqué présente déjà, tontine je l'expliquerai bientôt, tous les germes essentiels de la vraie constitntion politique. On y retrouve nettement \à flomiilatioii temporelle dans la prépondéfatlcë coUtintie du chef actif dont le travail nourrit la famille entière. Mais Tinfinence âpirltiiellë s'y manifeste aussi par Tatitorité morale des femmes et l'aSdendant intellectuel des vieillards, toutefois, ces dëut otût^ de

STATIQUE SOCIALE. —CHAPITRE DfiÙllÈME. 111

Ibltéà cOilMttlàDtes fie t>eiiirént devenir assez appréciables qae dâiiâ là société gétiéi'ale^ 5ù les divers pouvoirs humaiDs n'appârtlëiinëcit plus sëUlëmeut à dés personnes distinctes, mais snrtôiit à dë^ familles différentes.

Au début dé ce cliàpitre ^ j'ai montré comment Tâbsence de bë^oiilS matéHels décomposerait essentiellement Tassociation I>t)litiqil6. Jë doiâ itiaintenant indiquer directement la manière doiit ceâ nëceâMlé^ boncoutent à l'établissement des principaux pouvoirs 5 mais seulement quand la formation des capitaux vient përdièttfe h la fois le commandement et Tobéissance.

Qubiqttë la prépondérance personnelle, physique, intellectuelle , et surtout motale , soit la isourcë initiale de Tàscendani tëtUporei, il ne devient stable et complet que chez lés familles (fai t)euVent eu nourrit d'autrëfe, en vertu d'accumulations suffisantes. Cette condition matérielle peut sëille disposer d'abord les stibordoUhé^ à iitle soumission habituelle, que là vénération ennoblit bientôt. En niëtne temps , les familles prépondérantes peuvent àiUsi satisfaire leurs instincts de domination, que la bbnté tient de plus en plus adoucir, tiuand la protection est asseï âppiréciée dés dent parts. Alors le btiUheur dé vivre poux* autrui , borné longtemps au cercle domestique , comporte une extension presque indéûnië , qui n'altëre point sa réalité tant que les supérieurs et les inférieurs sentent dignement leui* solidarité naturelle. SI tous, au contraire, étaient absbtbés par leurs besoins personnels, nUl n'aurait ni le loisir hi la force dé conduire les autres, et nos toëlUèui^ instincts resteraient trop engourdis , malgré leut culture domestique.

La même transformation est encore plus indispensable au gouvernement spirituel. Directement fondé sUt lé vrai mérite personnel , il Ue peut se dévelot)per (lue chez des familles dispensées du travail matériel par là ptôvidéhcè des générations antértettfes. Sàn« une teUé pfëjïâratlôn, lés aptitudes spécula-

172 »ï^%iêK Ut riH4'ivii;t im^nw

mnini ^ui Ut AHiu*'-,

UmA/iuu^ui ii'4ui4r*i 4^ u^A:iiiifyii^ m^minum ^ régime uiiirtt ét%h4A^mtt prutUitm, i:im fiUj^UUif qoi 4*sêièQrA Um4 i mnê

iUumuUUt â*t UiiiiAi mMK ^tmuWM Hm^ tdUi^ mUtt ¥Ut fMk^

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iip*t rM ¥^r« UiHHKl Utui l'UumwWi u*^ mmmim^ Udéirkm m ifp^ l$$mii$^»if*^ H*m )'«y»te 4';4K/r4 um^fiU m mçpmmi

cehd-ci consbte dans sa spontanéité hypothétique, qui le rendra toujours propre à mieux indiquer la direction générale du perfectionnement humain vers l'essor prépondérant de nos principaux attributs. Mais notre prééminence morale et mentale , soit individuelle^ soit collective^ finit par se développer davantage sous l'empire de nos besoins matériels que si nous en étions aiTranchis : seulement cet état normal devient plus difficile à construire 5 et dès lors beaucoup plus tardit

Ainsi^ le grand problème humain , l'ascendant de Taltruisme sor régolsme^ comporte une vraie solution^ vers laquelle tend toujours Tensemble de nos destinées^ et dont la réalisation graduelle^ qui ne sera jamais complète^ constitue la meilleure mesure de notre progrès continu. Quand je posai biologiquement cette question fondamentale^ à la fin du volume précédent, je la réduisis^ d'après la théorie cérébrale, à faire dominer les instincts personnels par la coalition normale des instincts sympathiques avec les attributs intellectuels. En simplifiant autant que possible une telle conception , on ramène la difficulté essentielle à lier suffisamment deux organes contigus, celui de rameur universel^ et celui de Tesprit synthétique, tous deux placés aux sommets des régions correspondantes. J'ai fait ensuite ressortir sociologiquement cette appréciation finale dans Fensemble du chapitre qui commence et domine le présent volume. Car, on a dès lors reconnu que la vraie religion consiste en un concours permanent entre l'amour et la foi pour diriger l'acUvité. Or, le chapitre actuel vient de compléter cette grande démonstration , en prouvant que la destination même d'une telle alliance constitue la meilleure garantie de sa formation et de sa stabilité. Jusqu'à ce dernier examen , la solution générale devait sembler impossible , d'après l'apparente contradiction entre le principe et le but. En effet , aucune religion , même le polythéisme , ne put encore embrasser assez

\lk HTSTÈHK m POUTIQUE P03lTnfU

Tactivité , que le positivisme seul consacre et systématisa directement. Cette considération doit faire sentir la liaute imporOnpe spéciale d'un chapitre sans lequel la vraie théorie de VïVf^té humaine resterait insuffisante.

Loin qqe Tactivité , même matérielle^ soit finalement tnconir patible avec Tamour et la foi^ c'est d'elle ^ au coQ^raire^ qqç ces dei^x sources nécessaires de la religion tirent leur pripclcipale consistance. Quoique d'abord personnelle, elle <Ui1ge rhommç yers qn but extérieur, qui devient de plus eq plus social , et dont la poursuite tend à développer autant le sept!-? ment de la solidarité que la conception de l'ordre n^tOFe). Déterminée par nos besoins les plus grossiers, mais les plus énergiques, elle s'ennoblit toujours de plus en plus, d'après l'intipoie connexité qui existe entre tous nos perfectionnement^^ Puisque la plus grande loi de la nature subordonne Tordre social à Tordre vital, et celui-ci à l'ordre matériel, il fi^ut ))ien que la ipême hiérarchie s'étende aux progrès correspon^^tSt qui ne sont respectivement que leurs développements fflpdi-? fiables, C'est pourijuoi le progrès matériel | sur }eqi|el m^ inflexible nécessité concentra longtemps tou^e la sollii4tn49 humaine, fournit spontanément la base poptinue d'après l^r quelle nous systématisons graduellement nos divers perfeptioi)? nemepts supérieurs, d'abord physique, ensuite intellectuel, et enfin inoral. Mais , outre cette progression normale , nons avons ici reconnu l'influence directe de la plus grossière activité sur l'essor des plus nobles attributs, quand elle a pu, d'^ptÈI les accumulations convenables, transformer 4ssez son caractère primitivement personnel.

Il n'appartient point à la statique sociale de mesurer le temps qu'exige cette transfprmation décisive, dont je compléterai 1^ notion en sociologie dynamique. Toutefois , je dois ici signaler le principe général d'une telle détermination, qui va reproduire

le 4MiiH3tfop fon4»meptals dQ tout pe vQl^iQe^ cl^jà caraçtii-r x1«éo, au chapitre pfécédept^ d'après sqd ^ppUcatiQP U plim i90sei|tieUe. Il conâsta , ea e(fet « k PQ^cevoir toujours l'état normal û» l'hamamté comme népe^^^irpiQppt préparé par on^ loDgue initiation , où la (sociabilité iinal^ ^e trouve dMiPuléi} ^ps la persopnalit^ pri^pitivc. Pour mieux appliquer ce principe , U iiaut ici faire consister 1'^^ prélimiuaire à développer ^Contes Iw forces bumaiue^ ^ tandis que le régime déQnitif peut «eut les régler. Cette distinction gépérale , que tpi}t le reste d^ ce traité rendra plus évidente et plus précise » doit inspirer iMancoup d'indulgence envers un passé euipirique, où nos ftrees ne pouvaient être réglées que d'après leur propre exerdee on par leur opposition mutuelle. Nous devions alors pour-r suivra surtout leur essor spontané ^ quelque désordonné qu'il tu d^abord , aûn de ne pas l'étouffer sous un^ discipliue intenir pestive. Dans l'état final , au contraire^ rentière systématbatiOQ des forces déjà surgies devient la principale destination de notre providence permanente^ à la fois théorique et pratique. Leur mauvais emploi constitue dès lors notre plus grand danger. En outre, leurs lois naturelles étant enfin découvertes d'après cette immense expérience , nous pouvons assez systématiser la discipline qui leur convient. Or, si, abstraction faite du temps ^ on tente d'apprécier la portée générale de ces conditions nécessaires, on reconnaît statiquement que l'activité humaine ne pouvait subir sa transformation décisive qu'après avoir gra- ^ duellement parcouru toute son échelle fondamentale , en s'élevant des plus grossiers besoins aux plus nobles instincts. Car, c'est seulement d'après l'essor intellectuel et surtout moral que tous nos autres progrès peuvent enfin être vraiment réglés. On démontre ainsi que notre existence pratique dut essentiellement conserver son caractère primitivement personnel jusqu'à l'avènement direct de la grande régénération moderne, qui

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consiitera surtout à lai imprimer définitivement son frai evae* tère social Mon appréciation ultérieure de la tentative , admi* rable mais prématurée^ par laquelle le moyen âge s'efforça de régler des forces qui n'étaient pas assez développées^ ne fera que confirmer spécialement cette conclusion.

Une telle conviction fait maintenant surgir un nouvel examen^ en manifestant une autre face nécessaire de Tinitiatioia fondamentale. Cette longue tendance de notre existence pra* tique à développer surtout nos plus grossiers instincts , qui sont. d'ailleurs les plus énergiques , aurait sufS pour rendre toujonr» Impossible sa régénération finale, si^ dans le même temps ^ une autre influence spontanée n'avait pas continuellement cultivé nos meilleurs penchants. Tel fut 5 en effets Tadmirable office des affections domestiques pendant toute la durée de notre initiation , comme va l'expliquer directement le cbapiire suivant.

STATIQUE SOaALB. *— CBAPITBE TROISIÈIfE. 477

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