‹ Système de politique positive (volume 5)Chapitre 16 sur 20 · THÉORIE POSITIVE DE L^ORGAIVISME SOCIAL · texte numérisé non relu

THÉORIE POSITIVE DE L^ORGAIVISME SOCIAL

{i'çp^iptle de? trois préc0deii^s chapitres constitua floale-

ï|||!jjf iine suffisante préparation i l'étude abstraite de rordre

socjal, dont tous Jes éléments p^pessaifes s'y trouvent séparé-

ïgpjt appréciés. Cqs éléments doivent, en effet, correspondre

î»!)! trois parties essentielles de notre existence cérébralq ,

%||?U0, )e sentiment, et Fintelligepce. A chacune d'elles est

%e€[ep[)ent consacré Tun de ces chapitres préliminaires, qui

<Ié(^jr^^ç soi^ caractère propre et son institution générale ,

<l'ap^^s le degfé |e plus simple et le plus spontané de T associa -

^!q|I liumaine. J|'«d d'a))ord apprécié TacUvité matérielle qui

-ftfflHlfl ^^^^ ror(|fe huipain, et j'en ai déduit la vr^ic théorie

Ig \^ Propriété personnelle qu'exige son développement Puis ,

f|i caractérisa l'essor naturel ûi\ sentiment social , tant de

tmi|ou|té ({ue de solidarité , dans Vexistence domestique qui

^ule peut lui procurer une profonde consistance. Enfin, j'ai

'9ité ^n système général de communications affectives et Intel-

ictuelles sur lequel repose toute l'évolution de l'esprit humain,

(thétique, scientifique, et technique. Considérées envers la

iligion qui embrasse l'ensemble de notre existence , ces trois

^préciatipps caractérisent successivement les relations qu'elle

doit rrr^lcr, h::. '.^^iitinifjiK qu'pllf; mv(H|iH;, et HnMIUitlOD q^ Jicrt de l)n<if? à son r>i»HeiKîi'-ment, Sochilement eofiMgée, eeilf succession rr'pr^rnente la proffre<><^ion naturelle qui noiiscofldrit graduellement des impulsions les pins personnelles jusqn'ail plus v<istcs rapports collectifo, par rintermédiaire des liemde famille.

En sY'Ievant maintenant de Tordre domestique à Tordre poHtique f la sociologie statique n'a donc à construire que des notions nécessairement composées de celles qui Tiennent d^étre établies. Le véritable élément de la société^ la famille, se trOfOfe ainsi conçu suivant sa destination pratique et sa constitodOB affective. D'ailleurs^ nous connaissons aussi rinstltutlon i'9pti$ laquelle chaque famille communique à toutes les antres lei sentiments et ses pensées. t;n tel ensemble fournit à lastaUqM sociale la base nécessaire d'une étude directe de TexIsteBce collective la plus compliquée. Otte complication concerne à b fois rétendue et la durée des groupes de familles qal soDtsoflsamment associées. Mais la double diïïicultéqul en résulte potf la théorie abstraite de Tordre humain se trouve heureuseineBt compensée par la régularité croissante des lois correspondaiitai> A mesure que 1 association s'étend et se perpétue, chacun de ses éléments dépend davantage de tous les antres, et la hfluences qui le distinguaient s'effacent graduellement. Quoiqie la sociologie doive construire la théorie de Tordre domesthpe avant elle de Tordre politique^ c'est, au fond , le premier eas qui présente le plus d'embarras scientifique , comme 11 CO0' porte aussi les plus fortes aberrations pratiques. Une ÛttUreut analr^gnc se manifesterait ensuite si Ton voulait protoDger Télurlf positive de Tordre humain jus(|u'à Tordre purement hdividu'rl , *f: qui ne devierit Indispensable qu'envers les priftd' pales notions. Kn effet, ce dernier cas offrirait plus de coinpBration qij'juKUîi 'lutu», ijrumui ?iffeoté par des Influences pi>^

diverses et pins nombreuses^ dont les résultats comportent moins de régularité. C'est ce qui m'a conduit, dans le premier diapitre de ce volume, à ériger la science morale proprement dite en septième degré nécessaire de la hiérarchie encyclopédique ^ pour compléter ma progression normale de complication et de spécialité. Si donc les relations plus vastes que je dois maintenant étudier exigent habituellement une abstraction plus difficile , la régularité des lois naturelles de Tordre social y devient 5 en même temps , mieux appréciable que dans les chapitres précédents.

Ponr cette étude définitive , la sociologie statique doit examiner d'abord la constitution générale de l'organisme social, et ensuite son existence fondamentale. Quoique celle-ci semble appartenir à la dynamique sociale , elle n'y rentre qu'envers les modifications normales qui lui sont propres , soit suivant les lieux, soit surtout selon les temps. xMais, envisagée quant aux fonctions essentielles qui la caractérisent partout et toujours , elle forme la principale partie du domaine statique. Le chapitre Suivant lui sera spécialement consacré, en réservant celui-ci pour l'étude de l'organisme correspondant. Tous les éléments 4'un tel système nous étant maintenant connus, nous n'avons plus à déterminer ici que les lois naturelles de leur combinaison abstraite.

Afin de mieux accomplir cette détermination, je dois d'abord construire directement la théorie positive des forces sociales, sans laquelle chaque explication sociologique resterait ordinairement insuffisante.

Toute véritable force sociale résulte d'un concours plus ou moins étendu, résumé par un organe individuel. Mais ce concours peut d'ailleurs être subjectif aussi bien qu'objectif; presque toujours il présente à la fois ces deux caractères , dont la proportion varie beaucoup, suivant la participation respective

266 SYSTÈME DE POUTl(,)tE POSITIVE.

du temps et de l'espace. Il n'y a de purement personnelle gpe la force physique proprement dite : même elle ne médite ce litre que quand elle ne recourt pas aux instruments qui supposent une certaine coopération, actuelle ou antérieure; or^aloq la moindre coalition la surmonte aisément. Quant «i la pulssaqçe intellectuelle , l'orgueil qu'elle inspire n'empêche jamais d'aoh précier ce qu'elle doit aux prédécesseurs et aux contemporain^ Mais, en outre, elle ne peut constituer, par elle seule 5 $|qçaDe force réelle, capable de détenniner immédiatement des act^ Son efficacité , toujours indirecte , exige un assentiment yoloft^ taire, soit chez celui qui obéit, soit au moins parmi ceui; i0. l'opinion entraine sa soumission. Cette influence est donc apMi à produire le concours, mais incapable d'en dispenser. QQpea| même conclure ainsi envers la 'puissance morale proprea^eot dite : quoique plus profonde, son action n'est pas plus directe. Mais , en insistant sur cette nécessité du concours pour constituer, en sociologie , une force quelconque, il ne faut jamaja négliger la seconde moitié de la définition précédente 5 indiqu2||}t le besoin d'un représentant individuel. Quoique toutes les foi)C^ tions sociales soient collectives par leur nature , leur exerdc^ se trouve toujours personnifié, sinon systématiquement 9 dq moins spontanément. Un concours qui ne se résumerait jamais resterait entièrement stérile. On doit même reconnaître que, d'après cette hypothèse, il serait uniquement apparent. Car, il consiste toujours dans le ralliement plus ou moins durable de diverses individualités autour d'une seule prépondérante. Quand cette influence centrale précède ces dispositions partielles . le concours est systématique, comme résultant de Taction du chef sur les membres. Il reste purement spontané, lorsque, an contraire, les convergences particulières surgissent d'abord sans trouver encore un centre commun. Mais, dans ce dernier cas, qui fut jusqu'ici le plus fréquent , \% (H)ncours, et par conséquent

STATJQIJK 30CIALE. — CHAPITRE UNQUIÈME. 267

U fwroe, n'existent réellement qae depuis raccompliasement d'me telle concentration.

C'est swrtont d*après cette condition nécessaire qae la théorie positive des forces sociales diffère radicalement de lears diverses Uiéories métaphysiques. Les notions vagnes, et par saite sabverâves, qui prévalent encore envers les pouvoirs politiques reposent y en effet, sur une appréciation^ trop superGcielle ou trqi abstraite, qui méconnaît le besoin de la condensation personnelle coomie caractère décisif du concours social. Sous son aspect le plus usuel , cette explication élémentaire devient la vraie source de Tapborisme fondamental : il n'existe pas d«i'an- Uge de société sans gouvernement que <le gouvernement sans société. Envers les moindres associations comme à l'égard des plus vastes , la politique positive ne doit jamais séparer ces deux iK)tioDS corrélatives, sous peine d'illusion théorique et d'anarchie pratique. Leur combinaison nécessaire représente le dou- Ue caractère du véritable organisme humain, toujours collectif dans sa pâture et individuel dans ses fonctions, d'après l'indépendance naturelle de ses éléments irréductibles.

Puisque toute force, en sociologie, provient d'un concours central, la tMëorie statique de ces forces doit surtout consister à fixer les lois générales de ce concours.

Il faut, pour cela, reconnaître d'abord qu'une vraie couver- Reoce sociale embrasse toujours toutes les faces essentielles de ciiaque existence humaine, quoiqu'elles y participent à des degrés très -inégaux. Car, d'après la prépondérance spontanée de la personnalité, le concours sera stérile ou précaire si quelqu'une des principales régions cérébrales n'y prend aucune part; puisqo'elle tendra dès lors à l'empêcher ou à le détruire. La sociologie doit donc traiter toute force réelle comme étant à la fois lliatârielle, intellectuelle, et morale; c'est-à-dire relative en mtane temps à l'action, à la spéculation, et à l'affection. Mais ,

268 SYSTÈME DE POLITIQUE WiSITIYK.

ces trob éléments nécessaires pouvant s'y trouver répartis trèsinégalement, celui qui prévaut fournit seul la dénomination usuelle, sans qu'un tel langage doive jamais dissimuler leur immuable coexistence. Toujours l'influence morale et rinfluence intellectuelle contribuent à la composition sociale des fore» réputées les plus matérielles, sauf le cas exceptionnel où cellesci résulteraient directement d'une extrême supériorité mosco* laire. Or, ce cas ne mérite jamais d'être habituellement considéré entre des êtres d*une même espèce, et surtout diezU race humaine , oh de meilleures influences neutralisent si ÙAlement un tel ascendant, dès le début de notre évoIotioB sociale. En sens inverse, il est également évident que rinfloenoe morale et rinfluence intellectuelle resteraient incapables de constituer aucune force réelle si elles ne pouvaient pas se compléter par une suffisante influence matérielle.

Avant d'examiner comment se combinent ces trois éléments essentiels de toute vraie puissance sociale, il faut décomposer chacun d eux dans les deux principes qui lui sont propres. Sans une telle analyse , on ne pourrait assez approfondir ni la coonaissance spéciale de ces divers éléments ni la théorie abstraite de leur combinaison mutuelle. ^

Envers l'influence matérielle , cette décomposition consiste à y distinguer deux sources naturelles, le nombre et la richesse. Chacune d'elles peut, en cflet, fonder une puissance capable de commander la conduite sans déterminer la volonté. Quoique U première soit la plus irrésistible , elle n'est pas toujours la plos oppressive, parce que, d'après l'union qu'elle exige, elleoe saurait persister sans devenir très-modifiable par les impressions morales La seconde , au contraire , comportant une extrême concentration, prend aisément un caractère égoïste: alors sa domination devient souvent tyrannique, puisqu'elle dispose des rares matériaux continuellement indispensaUef ^

tonte existence. Dans Tctat vraiment normal, ces deux inflaences se trouvent intimement combinées, soit que le nombre ait procuré la richesse , soit qu'il consente à s'y soumettre. Mais la diversité de leurs tendances respectives à Texpansion oa à la concentration , et la fréquente opposition de leurs intérêts, rendent ces deux influences matérielles facilement séparâbles. Quand il existe une véritable puissance intellectuelle et morale^ cette disposition lui permet de mieux ramener l'une et l'autre à l'harmonie universelle. Leur contraste s'aggrave, au contraire , dans les temps d'anarchie spirituelle , et compromet beaucoup l'ordre matériel, au moment même où il devient plus indispensable pour maintenir une insuffisante sociabilité. £nûn, ces deux principes de la puissance matérielle diffèrent aussi d'après leurs relations avec les deux autres éléments généraux de la force sociale. Car, le nombre est plus accessible à l'inflaence morale , et la richesse accueille mieux l'influence intellectuelle.

Outre son importance supérieure envers la première base de Tordre social, ce cas pouvait seul offrir ici quelque difficulté scientiflque|, parce que la décomposition réelle de la puissance élémentaire n'y ressort pas directement de la vraie connaissance de notre nature. Quant aux deux autres éléments de la force sociale , leur analyse respective se trouve immédiatement indiquée par ma théorie cérébrale.

Pour l'influence intellectuelle , il suffit , en effet, d'y distinguer entre la conception et l'expression. Quoique la seconde suppose la première , celle-ci reste sans efficacité si l'autre lui manque. L'état normal exige donc leur intime harmonie, autant qu'entre la richesse et le nombre. Mais leur séparation est malheureusement aussi facile. Car, les talents d'expression sont à la fois plus communs et mieux cultivables que les talents de conception ; en sorte qu'il appartient souvent à des esprits in-

capables de rien produire , et dont l'aptitude s'exerce prlndpalcuent sur des pensées empruntées. Toutefois , les mb penseurs deviennent ordinairement assez propres à l'exposIttOD, d'abord orale , puis écrite , pour que leurs idées soient pldll^ ment communicables. Les prétendus cas d'impuissance didsu>tique ne concernent réellement que des méditations insolsantés 5 où le vague des conceptions empêche seul loir circulation. C'est ce qui permet l'existence d'une véritable discipline intellectuelle., qui fait dignement prévaloir les penseon sur les parleurs ou écrivains. Une telle subordination se troore fort altérée dans les âges de transition , où les vrab rénotateurs sont souvent opprimés par la facile popularité de ceux qd se bornent à renouveler les formes des anciennes doctrines. Néanmoins y cette perturbation n'aiïecte pas autant l'humatdté que ses dignes organes individuels , dont la juste appréciation reste ainsi retardée trop fréquemment jusqu'à leur vie soliJelDtive.

£n comparant cette seconde analyse à la prendëre , on re« connaît 5 des deux parts, un commun contraste entre lin* flueuce directe du nombre ou de l'expression^ et Finflaencej purement indirecte , de la richesse ou de la conception. Dans les deux cas , celle-ci constitue pourtant la prihcipale source de la puissance réelle , du moins tant que l'ordre social n'est pas trop troublé. Quand les deux forces matérielle et intellect tuelle se combinent , on remarque d'ailleurs une aflOnité plus prononcée entre les modes directs qui sont propres à Ghacnne d'elles, et aussi entre leurs modes indirects. D'après leur codformité spontanée d'expansion ou de concentration , l'expression s'associe de préférence avec le nombre , comme la conception avec la richesse. Enlin, des deux côtés, on reconnaît ici que la vraie discipline consiste toujours dans une digne sal>ordination de l'influence directe à l'influence indirecte»

STATIQUE ^lALE. -r- CHAPITRE CINQUIÈME. i1i

Cette distinction naturelle entre le commandement et Tobélssance fournit le principal motif de l'analyse équivalente qui me reste à signaler envers le troisième élément nécessaire de toute ibrcé sociale. Ici, comme dans le cas précédent, il suffit d'appliquer ma théorie cérébrale pour décomposer aussitôt l'influence lAorale d'après ses deux sources spontanées , le cœur et le caractère. Directement relative à l'exécution , celle-ci doit songeât prévaloir, de môme que l'expression et le nombre. En effet , c'est le caractère beaucoup plus que le cœur qui déteriiÉle l'ascendant moral, du moins pendant la vie objective. Hais Texlstence subjective rectifie bientôt cet ordre provisoire , de manière à inanifester en quoi consiste Tharmonie normale. A iteure que l'état social se régularise , le cœur prévaut davantage sur le caractère , comme étant la source des impulsions , ^ique celui-ci régisse seul les résultats. J'ai d'ailleurs expli- $ié , datis le second chapitre de ce volume , la loi naturelle qui tilt ordinairement dépendre cette influence motrice d'un con- Cbofs spontané entre les penchants égoïstes et les instincts altroistes^ où ceilx-ci tendent finalement à dominer. On voit dôAc la vraie discipline résulter ici , comme envers les deux autres cas , d'une juste prépondérance de l'influencé indirecte sur l'hifluence directe.

Toutefois, ce troisième cas diffère essentiellement des précédents, en ce que seul il concerne immédiatement l'existence de laforce sociale, dont ceux-ci représentent simplement les bases. l)ès lors, il comporte, entre les deux modes de l'influence corrèq)ondantè, une distinction qui n'admet pas d'analogue aillents. En tant que plus active, l'influence morale la plus directe contribue davantage à la formation de la force sociale , dont le maintien et la régularisation dépendent , au contraire , de Tefflcacité passive propre à l'influence indirecte. Le caractère > en effets dispose h commander, et le cœur à obéir. Tant

que dura révolution préparatoire qui dut tendre plutôt à développer nos forces qu'à les régler, le caractère prévalut nécessairement, et Ton estima peu les qualités relatives à Tobélssanee. Mais leur dignité supérieure sera de plus en plus manifestée par le régime final , qui, destiné surtout à discipliner des forces préexistantes , transportera la prépondérance au coeur. La théorie positive de la nature humaine prépare déjà cette appréciation normale , en plaçant dans railection le véritable centre de l'unité cérébrale.

D'après cette triple analyse , chacun des éléments nécessaires de la force sociale se trouve exposé toujours à d'intimes altérations, comme résultant lui-même d'une combinaison entre deux principes disposés à l'antagonisme. On confirme ainsi l'impossibilité de constituer aucune force réelle avec un seul de ces trois éléments. Car, c'est surtout leur concours qui prévient ou répare leurs altérations respectives. L'homme n'est pas moins enclin à la révolte qu'à la soumission. Pour que son obâisance devienne certaine et durable , il faut que l'ensemble de sa nature se trouve dignement subjugué. Si une seule tendance essentielle reste exempte de l'ascendant^ elle y pourra soustraire toutes les autres. Quoiqu'on reconnaisse séparément la prépondérance matérielle, la supériorité intellectuelle ^ ^ l'autorité morale , on ne se soumet pleinement qu'à leur sufisanté combinaison. Voilà pourquoi la division des deux puissances, spirituelle et temporelle, qui devient la principale base du régime final de l'humanité , ne convenait aucunement à son état initial, où toutes les sources d'ascendant devateot être fortement unies pour surmonter notre indiscipline pii' mitive.

Néanmoins , la sociologie doit naturellement distinguer trois sortes de forces, dont chacune porte le nom de Télémentqoi participe plus à sa composition. Très-prononcée dans Tordre

STATIQUE SOCIALE..— CHAPITRE CINQUIÈxME. 273

éditique proprement dit , leur différence est déjà manifestée ^ l'ordre purement domeslique ^ du moins quand la conslitutioii de la famille a pu devenir complète. Alors ^ en effet, le dief actifs le vieillard, et la femme , sont les centres respectifs de la puissance matérielle , de la prééminence întellecluelle, et de FinOuence morale. Mais la prépondérance habituelle du pemier indique assez Tinégalité naturelle de ces trois forces sociales 9 dontrénergie reste toujours en raison inverse de leur noblesse. Quoique l'ensemble de l'évolution humaine diminue constamment cette disproportion , elle ne peut jamais cesser entièrement Voilà pourquoi, même envers le régime fmal, j'ai leprésenté l'empire du monde social comme livré nécessaire* sent à la première force , tandis que les deux autres n'y sont foe modératrices.

Cette distinction fondamentale est pleinement conforme à la vraie théorie de notre nature , quand on y conçoit Torganisme kunain d après son véritable ensemble , sans accorder une atlention trop exclusive au centre cérébral. £n effet , une telle inégalité résulte de la prépondérance nécessaire de la vie végét(^e , dont les besoins continus déterminent irrésistiblement le oours habituel de toute notre existence. Quand leur satisfaction devient pleinement collective , leur influence s'ennoblit sans cesser de prévaloir. Mais alors , au lieu de contrarier l'essor inteltectuel et moral , cet empire nécessaire tend à le seconder <leplus en plus, comme je l'ai spécialement expliqué dans le second chapitre de ce volume.

Tant que la philosophie resta théologique ou métaphysique , tt surtout sous le monothéisme, elle fut radicalement inca-table de systématiser cette activité dominante. Alors les théoies sociales ne purent jamais , malgré l'évidence pratique, atacher assez d'importance à ce fondement nécessaire. £n même emps^ l'état de servitude , et ensuite d'abandon , où demeura

27& SYSTÈME DE POLITIQUE POUTIfB.

josqu'ici la population laborieuse , détourna les penseurs Hfmut telle appréciation théorique.

Mais il faut que les conceptions modernes s'élè?ent enfin m niveau des mceurs correspondantes , en accordant désormais u travail matériel une attention philosophique proportiomiée à n dignité sociale , suivant mes explications antérieures. Les pré* Jugés contemporains peuvent seuls excuser Aristote de ne pu ravoir embrassé dans son admirable encyclopédie. Aucone syi- Ihèse moderne n'aurait dû s'affranchir d'une telle condUkn. C'est surtout à ce titre que toute vraie systématisation ratatt Impossible avant Tavénement de la philosophie positive ^ sente assez réelle pour accepter ainsi l'ensemble du pn^^ramme hamain. Loin de nuire à sa construction sociologique , cette obi* gation de représenter convenablement l'activité matéridle y perfectionne beaucoup l'harmonie théorique. C'est ^ enetEst, d'après cela que l'ordre humain se lie le mieux à l'ordre noiversel; dont il se trouverait séparé par une lacune insomoft* table , si ce besoin continu de modifier le monde extérieur ne devenait point le principal mobile de notre existence intérieure. En représentant le travail comme résulté d'une malédiction di* vine , la religion provisoire constituait un dogme non smIbi irrationnel qu'immoral, qui traduisait spontanément sa propre insuflisance philosophique et sociale. Mais la religion définilife érige directement l'activité matérielle en condition fondaflNitaie de notre véritable unité , tant individuelie que oodflc^ tive.

De ce point de vue réel , la loi sociale sur la suprématie nécessaire de la puissance pratique devient une simple applicatbm de la loi la plus générale de Tordre naturel. En fondant la vraie hiérarchie encyclopédique , à la fois objective et suljjectife. J'ai démontré que partout les plus nobles phénomènes sont SS' l>ordonnés aux plus grossiers. Cette subordination nécessaire est

liiecteiiieat iabérenie au principe universel d'une telle hiérar*

(4âe , la généralité décroissante ou la complication croissante.

Pour tout véritable positiviste , la prépondérance sociale de la

liree matérielle^ loin de constituer une déplorable anomalie,

est donc aussi normale que l'assujettissement de Tordre social

Wers l'ordre vital et de celui - ci envers l'ordre inorganique.

QMpd les sentiments modernes seront devenus assez conformes

à nos convictions 3 nous bénirons une telle fatalité , comme une

source incomparable de développement intellectuel et de per-

tetionnement moral.

Cette suprématie nécessaire , première base de tout ordre lociali» suscite pourtant une aberration très^ naturelle, fort ag* gnvée par l'orgueil humain , surtout quand aucune doctrine tamière ne fait assez apprécier le véritable ensemble de notre éfx^pomie. £n effet , les organes spéciaux de ce pouvoir pra** tiqBe sont ainsi conduits à le croire indépendant des forces ilteltectuelles et même morales. Une telle erreur devient 4'(UiUuit plus dangereuse qu'elle se trouve 5 en général > aussi %andoe parmi ceux qui subissent cette domination que chez oiW( qui l'exercent. Mais, à cet égard , la religion positive Mvra plehiement rectifier les pensées et les sentiments , d'appris une saine appréciation de la réalité habituelle. Quand la kne matérielle résulte directement du nombre , elle exige un Qoicoiirs volontaire qui ne peut subsister, ni même surgir, sans One sufiBsante conformité d'opinions et d'affections. Les temps d'anarchie, où celte condition est le plus méconnue , devraient cependant la mieux signaler, d'après l'instabilité qu'y présen* Umi firéqnemment les diverses puissances pratiques, sous le mdndre ébranlement de cette base intellectuelle et morale. Si le pouvoir matériel repose seulement sur la richesse , la même nécessité s'y fait encore mieux sentir. Car, l'expérience démontre trop souvent combien l'existence et l'emploi de telles

accumulations dépendent des opinions et des sentiments qui prévalent II suffirait de ce motif pour représenter comme aussi creuses qu'ignobles les spéculations économiques où la vie m^ térielle est conçue indépendamment de toute influence mentale ou affective. Un simple changement dans les opinions humaines, par exemple rinlerdiction du vin chez les Musulmans^ peut profondément modifier Tensemble de l'existence pratique, tant privée que publique.

Malgré Torgueil des grands et des riches^ l'intelligence et le sentiment prennent donc une forte part ^ à la fois active et pas^ sive> à la formation et au maintien de toute puissance maté--' rielle. L'intimité même de cette participation continue empê* che d'en déterminer la proportion , ce qui est d'ailleurs sansimportance. Toutefois, l'évolution humaine présente , à cet égard, une marche générale que je dois ici caractériser par anticipation, afm de dissiper une indécision naturelle. Car, une telle participation augmente en tant que passive , mais diminue en tant qu'active , à mesure que la civilisation se développe. En effet , les forces sociales se spécialisant de plus en plus, les possesseurs de la prépondérance matérielle se trouvent de moins en moins investis du pouvoir intellectuel et moral. Mais leur juste ascendant se maintient cependant , d'après une meilleure disposition des opinions et des mœurs , à mesure que rutilité sociale d'une telle concentration devient mieux appréciable. La soumission habituelle du public envers la grandeur ou la richesse offre rarement le caractère de servilité que loi reprochent les déclamateurs anciens et surtout modernes. Dans la théorie de la propriété , j'ai déjà noté la disposition universelli^ à constituer librement de grandes fortunes par des dons volontaires, dès les premiers pas de notre civilisation. Il ne faut pa9 croire que la consécration surnaturelle de certaines familles soit la source réelle d'une telle tendance, dont elle forme sim-

STATIQUE SOCIALE. — CHAPITRE CINQUitME. 277

plement le seul mode de systématisation propre à la religion provisoire. En faisant directement prévaloir la destination sociale de toutes les forces tiumaînes, la religion définitive n'augmentera pas moins le vrai pouvoir de la richesse que les devoirs correspondants , d'après une meilleure appréciation de ses résultats habituels. Le régime final tendant davantage à régler l'emploi de la puissance qu'à discuter sa source, les dignes riches seront plus chéris et mieux respectés ^ quoiqu'on réduise à sa juste mesure l'estime personnelle que mérite la seule existence de leur fortune. Au lieu de rien perdre réellement en devenant moralement de vrais fonctionnaires publics 5 les divers administrateurs du capital humain acquerront ainsi une Consistance et une considération incompatibles avec la vaine Individualité que regrette leur aveugle orgueil.

Notre organisme social off^re donc une solidarité équivalente^ Qt même supérieure, à celle de notre organisme individuel, ob, malgré leur prépondérance nécessaire, les fonctions cortiorelles ont toujours besoin des influences cérébrales. Ce cas est vndment le seul où l'intime connexité des trois éléments de toute force sociale puisse devenir dangereusement contestable. f}noique la vanité de nos lettrés soit plus perturbatrice que l'orgueil de nos riches , elle empêche rarement de sentir com- ])ien est insuffisante la puissance intellectuelle qui n'obtient aucun complément matériel. Leur folle tendance vers la domination temporelle témoigne d'ailleurs qu'ils apprécient eux-mêmes la faiblesse réelle de la supériorité dont ils sont si fiers.

Une telle puissance constitue pourtant la plus considérable des forces sociales après la prépondérance matérielle. En effet, Tascendant intellectuel a plus d'efficacité que la simple préémhience morale, comme se rattachant de plus près à nos besoins les plus urgents. Sans doute, l'autorité mentale peut encore moins dispenser que le pouvoir pratique d'un suffisant

accomplissemeot des coftditiDns aff^ctiïes , faute desqueOes M lainières n'inspireraient aucune confiance. Mais, quoique linteiligence dépourvue de morailté ne puisse tieureusement obtenir un véritable ascendant social, le passé nous offlre trop d'exemples d'une grande supériorité d'esprit unie à une notable infériorité de cœur et même de caractère. Or, ces anomalies ont pourtant acquis une juste influence , quand la sltoa^* tion a sufiisaninient contenu leurs dangers spontanés. L'instinct public, plus sage que d'étroits moralistes, apprécie alors là grande di£Qculté que présente la connaissance de Tordre naturel ou la découverte des movens de le modifier litllemenL

Quelques services réels dans cette double direction Itii suffisent pour accorder une estime et une reconnaissance vraiment durables, malgré de graves imperfections morales. Car^ ils coniportent immédiatement une utilité générale ; tandis que la su • périorité affective, quoique plus rare et plus précieuse, ne s'exerce d'abord que dans une sphère presque domestique, sauf chez les principaux chefs temporels. Le cœur ratifié d'aBleurs cette préférence accordée à Tesprit , cpand elle repose ainsi sur le bien public qu'il poursuit toujours.

11 faut, néanmoins, distinguer soigneusement, à cet égard, entre les mceurs finales de l'humanité et son régidie préliminaire. Dans celui-ci , en effet, où le développement des diverses forces humaines devait prévaloir sur leur appréciation, la supériorité mentale obtint naturellement plus d'estime que h puissance morale, destinée surtout à régler toutes les autres. Mais, quand vient le temps d'instituer directement Une telle discipline, rinsUnct public change nécessairement de nciairché. 11 sent alors que le bon emploi des pouvoirs quelconques doit habituellement al)sorber notre principale sollicitude^ depuis que les forces réelles ont assez grandi pour qu'on cesse de craindre leur perte. £n même temps, une meilleure connais-

STATlQUfi M>GiAi£. — CBAPITRB CINQUIÈME. 279

siBee de la nature humaine fait dignement apprécier Fimportance supérieure , quoiqu'indirecte , des sentiments qui dominent secrètement toute notre existence, oii la spéculation et l'action servent seulement de ministres à Taffectlon. On Unit donc par regarder la culture des penchants sympathiques comme la principale source du vrai bonheur, tant public que privé. L'échelle po^tive du progrès humain étant ainsi parvenue jusqa'à son terme normal , roplnion générale tend à changer le daasement primitif des trois éléments naturels de la force sociale.

Mais cette tendance n'affectera jamais que Tordre d'estime sans troubler le rang de pouvoir. En vertu d'une utilité plus directe et plus étendue , la force matérielle continuera de pré-^ îaloir sur la force intellectuelle , et celle-ci sur la force mor^i quoique cette dernière supériorité^ outre sa moindre dissémination^ importe davantage à l'ensemble de nds destinées. C'est seulement dans la vie subjective qu'elle obtiendra sa Juste prépondérance, comme l'expliquera mon volume finale parce qne là cessent spontanément les nécessités grossières qui donnent tant de prix aux services pratiques et même théoriquesé Pendant l'existence objective, ce classement final se trouve idéalement annoncé par la dignité sociale du sexe affectif ^ où rdlide surtout l'excellence morale. Mais le long temps que mit Fhmnanité à eonnaitre assez la véritable importance du senti- SMSBt suffirait seul pour confirmer que , dans l'ordre de puissance réelle^ il vient nécessairement après Factivilé et même finteUigence.

lA est donc le classement positif des trois grandes forces élémentahres que présente l'étude abstraite de l'organisme sodaL On y peut clairement reconnaître une nouvelle application normale de ma théorie hiérarchique, déjà vérifiée en tant d'occasions capitales. Car, le déicroissement de généralité et d'intensité, conune l'accroissement de complication et de di*

gnité , deviennent très-sensibles en passant d'abord de la force matérielle à la force intellectaelle , et ensuite de celle-d à la force morale. Ainsi , la synlhèse positive lie directement les notions sociales aux conceptions philosophiques, de maidèreà augmenter autant la consistance des unes que rutllité dû autres. Quoique j'aie d'abord construit cette hiérarchie fonda* mentale en vue d'une destination purement subjective, ain d'établir la vraie coordination de nos pensées, j'insistai toa« jours sur sa correspondance nécessaire avec la subordination naturelle des phénomènes. Je devais donc finir par l'étendre jusqu'au classement des êtres réels, et même de leurs propriétés quelconques. Mon traité philosophique contenait, à ce dooUe titre , quelques applications décisives, devenues ici plus multipliées et plus importantes, en embrassant aussi l'organisme collectif.

Ce classement fondamental des forces sociales peut être utilement vérifié, surtout aujourd'hui, d'après l'évolution individuelle, qui, dans leur appréciation successive, reproduit spontanément la même marche que Finitiation historique. On reconnaît d'abord, et même on exagère longtemps, iadomi^ nation naturelle de la puissance matérielle ; l'expérience fait ensuite apercevoir l'efficacité du pouvoir intellectuel; enfla nous parvenons à sentir aussi la supériorité morale. Quoique cette progression spontanée doive devenhr plus rapide, et offrir moins d'inégalités personnelles, quand réiiucation moderne sera vraiment régénérée , les esprits philosophiques pourront toujours confirmer ainsi la marche nécessaire de l'humanité. Le langage usuel ne cessera jamais d'en porter l'empreinte profonde, en consacrant, sans aucune qualification, le nom de force h. la puissance prépondérante, tandis qu'il n'étend ce titre aux deux influences modificatrices que par une sorte de courtoisie., qui exige des explications spéciales.

Un tel classement contient essentiellement toute la théorie abstraite de i'organisrae collectif. Il y remplit an office équi- Talent à celui de la vraie doctrine des tissus élémentaires dans l'étude de Torganisation individuelle. De part et d'autre ^ on trouve d'abord un tissu fondamental^ où réside Texistence nutritive, le tissu cellulaire en biologie , la force matérielle en sociologie. Ensuite Torganisme^ Individuel ou collectif^ se complète d'après deux tissus moins énergiques mais plus nobles , Ton passif et l'autre actifs respectivement propres à bien apprécier le milieu et à le modifier convenablement. Cette analogie nécessaire fournit^ aux penseurs capables d'en sentir la portée, une confirmation décisive de la commune réalité des deux analyses statiques.

La force ^ dispersée et concentrée, constitue donc le fondement naturel de Torganisme social : l'esprit , esthétique et scientifique, le modifie conformément au milieu correspondant; le cœur, masculin et féminin , l'anime intérieurement des impulsions convenables. D'après cette triple notion , sa théorie positive peut maintenant se déduire entièrement du principe fondamental posé , depuis vingt-deux siècles , par le vrai créateur de la sociologie provisoire , qui traita de Tordre sans concevoir le progrès. L'incomparable Aristote découvrit, en effet, le caractère essentiel de toute organisation collective , quand il la fit consister dans la séparation des ofiices et la combinaison des eSèrts. On conçoit à peine que les économistes modernes aient osé s'attribuer cette lumineuse conception, quand leur empirisme métaphysique la réduisit à une simple décomposition industrielle, que le prince des philosophes avait dédaignée. Dans «on état initial , elle eut réellement toute l'étendue qu'exigeait ^n usage systématique. Mais elle ne pouvait sufiîsamment fonder la vraie théorie de l'ordre que quand l'ensemble de révolution humaine aurait assez indiqué la nature et le classement

383 SYSTÈME DB POtlTlQUE POSITITB^

des principales forces sociales. Cette condition nécessaire étant ici remplie , le génie d'Aristote m'a donc préparé la base noÉi maie d'une telle construction.

Toutefois 5 avant dy procéder, je dois encore complétera préambule systématique , en combinant directement la conccp» tion de Torganisme collectif avec celle du milieu correspondaiti Un tel dualisme , indispensable en biologie , le deYient dava» tage en sociologie , non-seulement afin d'apprécier l'exiateiieli mais aussi pour achever de concevoir la structure. .

Je devais pourtant présenter d'abord la notion abstraite in l'organisme sans y mêler aucunement celle du milieu. G'eit d que prescrit désormais , même en biologie , la méthode suttiea» tive, seul guide normal de toute vraie systématisation. La pié^ paration moderne ayant dû procéder en sens inverse ^ ce mode provisoire conserve encore un vicieux ascendant , qui tend k perpétuer les aberrations, théoriques et pratiques^ rebtiW aux climats. Mais ces abus ne doivent jamais empédber d'ae* corder l'attention convenable au second terme q[>éclal de tooll conception organique. 11 fournit seul le lien direct entre rétnda totale de la nature vivante ^ individuelle ou collective^ et celle de la nature morte.

A la vérité , la sociologie se trouve déjà rattachée immédii* tement à la cosmologie , puisque ce traité représente toujmns Têtre humain comme se développant sur la planète humainei dont la constitution , céleste et terrestre , domine néeessatro^ ment la sienne propre. Cette cohabitation forcée devient , m effet y le premier lien universel et continu des diverses fiamUléi humaines, dont la dispersion spontanée neutraliserait bienidl les rapprochements sympathiques, si chacune d'elles pouvait U« brement choisir son séjour planétaire Toutefois, cette relatioft générale ne saurait jamais suffire aux explications sociologiquef^ même quand le Grand-Être pleinement formé occupera dlfoe^

STATIQUE SOCIALE. — CHAPITRE ClNQtlÈME. 28S

mua Peifseinble de sa planète. Une appréciation pins spéciale est snHoat Indispensable envers les associations partielles qui constituent si longtemps autant de noyaux naturels de notre immense famille finale. Mais cette particularisai ion s'accomplit spontanément 5 quand on prolonge jusqu'à son complément normal la conception précédente quant au classement élémentaire ûés forces sociales.

Gar^ d'après ce classetnent , Tordre moral de toute association humaine repose nécessairement sur son organisation Intel- . lectnelle, et celle-ci sur sa constitution matérielle. Or, cette dernière resterait ^ à son tour, sans fondement systématique , Il elle était conçue isolément du milieu spécial qui lui correspond. Destinée surtout à le modifier continuellement pour sa- Madre à nos exigences végétatives, elle doit d'abord s'y subordolmer assez. Cette nécessité permanente devient ainsi la base indirecte de toute Forganisation sociale , non-seulement envers Fensefdble de notre espèce , mais aussi chez chaque population floseeptlble d'une existence distincte.

Sans doute, une association quelconque se forme toujours da dedans an dehors. Mais la moindre reste constamment assujettie à cette réaction naturelle du monde extérieur sur sa constitution intérieure. Autant indispensable qu'inévitable, cette nbordbdatlon spéciale domine même la simple existence domestique i où le moteur affectif tend pourtant à prévaloir le mieux. D'abord , aucune famille ne saurait être cofai^ue sans posséder en propre les provisions et instruments qu'exigent ses l)esoins habituels. 11 lui faut, en outre, un certain territoire spécial , de chasse ou de pêche , sUion de pâturage ou de cultnre. Ces divers liens extérieui*s ne sont pas seulement nécessaires à sa subsistance; ils réagissent aussi sur sa propre union, ^t Prévenant ott réparant les discordances spontanées , d'aprtsU soumission et l'activité communes qu'ils imposent toa-^

jours à ses membres quelconques. Or, quand les faodnes s'étendent ou se combinent en tribus et peuplades , cette sabordination nécessaire continue d'exercer, à tous égards, ime influence analogue , et seulement plus développée. H est vrai que la situation humaine devient aussi plus modifiable , d'après un meilleur essor de toutes nos facultés. Mais le milieu ne continue pas moins à dominer notre constitution collective, quoique nous subissions mieux un tel joug y en sobstitoant de plus en plus une sage intervention à une passive résignaUon.

En dynamique sociale, je rectifierai spécialement l'erreor vulgaire qui fait seulement remonter Finstitution de la propriété territoriale à la prépondérance définitive de la vie sédentaire. Chaque famille ayant nécessairement son territoire propre i comment chaque peuplade n'aurait-elle pas aussi le sien , sealement plus étendu ? La méprise ordinaire provient surtout de ce que , dans les deux cas , cette propriété conserve longtemps un caractère collectif, qui ne se spécialise que temporairement. Mais le surcroît de guerres que suscite habituellemest une telle confusion devrait suffire pour dissiper l'aberratlmi, en manifestant avec énergie l'intime réalité du sentiment conmun d'appropriation , seul moteur possible de pareilles lattesi Au reste , cette rectification a peu d'importance en stat^ sociale, où l'état normal de l'humanité doit toujours êtra^ précié sans avoir essentiellement égard à son mode d'avéne' ment L'existence nomade nous est d'abord très-naturelle: elle comporte beaucoup plus de développement, intellectodet social , que ne le croient aujourd'hui les populations sédefttaires; par suite, elle persiste bien au delà de ce qu'on seppose ordinairement. Mais , quoique le plein établissement de la propriété territoriale soit ainsi retardé davantage que ne 1^ pensent les publicistes et même les philosophes, il suffit id que cette institution devienne partout et toujours le fonde'

ment final de Tassociation humaine. Or^ cela étant incontes-

table ^ la sociologie statique doit surtout apprécier notre eiistence dans cet état définitif ^ en réservant à la sociologie dynamique l'étude générale de la préparation quil exige.

L'ensemble de cette appréciation résulte aisément de la

gnnde théorie préliminaire fondée sur la combinaison normale

te trois chapitres précédents. Il suffit d'y concevoir chaque

funOie comme se rattachant , d'un côté à l'être humain par le

laagage , et de l'autre à la planète humaine par la propriété

territoriale. C'est ainsi que l'institution de la Patrie vient com-

iMer Texistence fondamentale de toute société , domestique

on politique , en spécifiant convenablement la subordination

géoérale de l'organisme envers le milieu. Avant même que la

Yiesédentafare ait prévalu , ce besoin trouve une imparfaite sa-

ttibction , d'après un mode spontané qui annonce et prépare

ce lien finaL La tente , le chariot^ et le navire deviennent alors

QDe sorte de patrie mobile , qui déjà maintient une relation

Védale de la famille ou de la horde avec le milieu inerte ;

comme nous le montre encore le saltimbanque errant dans son

char. En effet y l'iiomme aspire toujours à consolider sa frêle

existence en la liant , sous un mode quelconque ^ à celles qui

>Ont les plus fixes. Ces appuis indispensables peuvent assez

emplir leur principal office sans que leur propre fixité soit

oconement absolue , pourvu qu'elle reste notablement supé-

ieure à la nôtre. La conviction familière du mouvement pério-

Uqae de la planète humaine , et même celle du déplacement

ndéterminé du monde correspondant ^ n'altéreront jamais la

écnrité que nous inspire la liaison spéciale de l'homme à la

erre.

Cette grande institution complémentaire atteint immédiateûcnt sa destination essentielle en consolidant , d'après une base immuable , la force matérielle sur laquelle repose , suivant les

286 SYSTÈME DE POUTIQUE POSITIVB.

explications précédentes ^ Tordre élémentaire de toate société. La puissance et la ricliesse ne nous procurait une vraie cou» fiance 5 et même elles n'obtiennent un plein ascendant , qu'après s'être assez rattachées par le sol à l'ordre extérieur^ dont ta consistance peut seule les raffermir suffisamment. Ao lieu de décroître^ comme on le suppose aujourd'hui 5 cette satitfBLCtkm normale doit , au contraire , se développer de plus en plus t en s'étendant à toutes les familles quelconques. Dans le qaatritai volume de ce traité , j'expliquerai directement, d'après Fost' semble du passée comment l'état final de l'humanité proooren nécesssûrement aux moindres citoyens les bienfaits esseoliib de la possession territoriale. Loin de troubler aucopQm^le libre essor de la vraie sociabilité , cette propriété spéciale faf% mieux apprécier la propriété générale 5 conune cbaqn^ sdf^ , tence domestique consolidera davantage la famille oniveriellÇi et chaque idiome le langage humain.

Outre cette influence directe sur le fondement matériel dtf l'ordre social , l'institution de la patrie d'après la vie uéàmt^ modifie indirectement toute l'économie humaine , individoslis ou collective.

Une telle union avec le sol tend à rectifier^ ou mém^ à jitir venir^ les divagations spontanées de notre intelligence » iss ta disposant davantage à la subordination normale du subjectif envers l'objectit Nous apprécions ainsi , d'une manière pis* complète et plus familière ^ l'immuabilité essentielle de Tordre extérieur et notre intervention accessoire. Même le langage 1 si par suite l'art y se trouvent dès lors modifiés heurettsemc&tf en nous rattachant mieux au monde comme à rhumanité»

Dans l'ordre moral ^ nos meilleures affectioas acquières^ ainsi plus de consistance et d'activité. L'étymologie du ïï^oi patrie , et l'usage universel qui confond la famille avec la maiiof^f suffiraient pour indiquer l'intime connexité entre la posses^i^^

8TATIQIJB tOeiALE. — CHAPITRE CINQUIÈME. 287

il loi et reniemble de Texistence domestique. Tous les liens de U simple solidarité y reçoivent spontanément une nouvelle éiergie. Qatut k ceux qui concernent la pleine continuité y on M concevrait pas qu'ils pussent se développer et se fortifier wei si nos souvenirs ne reposaient point sur ce soutien extérinr. Outre cette double influence envers le cœur, une telle comunité procure au caractère humain un surcroît habituel de pmivéranee et de circonspection. Quoiqu'elle semble y dimi- Her le conri^ entreprenant , elle y augmente certainement b résignation passive ^ et même la vraie noblesse ^ en nous faillit mieux MDthr à la fois Tindépendance et le concours. Elle Mb dispose davantage à regarder une digne soumission à la Meevité réelle comme notre meilleure garantie contre les volOités trbitraires.

Son influence politique est tellement prononcée y que J'aurais plntdt besoin de rectifier ici les irrationnelles exagérations VeUit a tant suscitées , surtout chez les économistes français du diK-lmitiènie siècle. Mais le lecteur saura maintenant discerner sans secours comment la possession territoriale ^ quoique CoomiflNmt à la puissance temporelle un indispensable complé- ^WBt 9 ne constitue point la vraie source d'un résultat dû h l'ensemble de notre existence. Le volume suivant expliquera le coBOOurs nécessaire de cette grande institution h Tessor continu ^ notre activité collective , non-seulement dans la vie industrielle qoi caractérise notre régime final , mais aussi pour la vie vilitalrê q[ui le prépare. Déjà mon ouvrage fondamental fournit, 4 cet égard, d^ indications décisives « en montrant combien l'eiistenee sédentaire fut doublement Indispensable au système de conquêtes propre à l'antiquité.

le ne dois pas insister davantage sur une telle explication , ^ai watti Id pour caractériser ce complément nécessaire de la vMtabte existence humaine d'après notre liaison directe ^ à la

fois spéciale et générale , avec le milieu terrestre. La sociolosie achève ainsi de constituer son système élémentaire de concq^ tions statiques^ déjà préparé par ma triple théorie de la propriété , de la famille , et du langage. En effet , ce système se trouve essentiellement construit ci-dessus , d'après mon classement fondamental des trois grandes forces sociales, matérielle, intellectuelle^ et morale. Il ne me restait qu'à lier directonent, comme je viens de le faire , cet ordre élémentaire de toute société humaine avec l'ensemble de l'ordre universel qvï k domine toujours.

De là résulte une exacte correspondance entre l'analyse statique qui convient à la sociologie et celle qu'exige la biologie. On ne doit pas toutefois trouver un parallélisme complet quand on compare la conception systématique de l'organiSflM collectif à celle de l'organisme individuel ; puisque la nature composée de F un diffère profondément de l'indivisible constttulion de l'autre. Le premier étant formé d'éléments éminenment séparables , dont l'isolement ne détruit pas immédiatement l'existence, ne comporte points malgré la simiiitiide fondamentale^ une entière analogie avec le second , où.rieniie peut subsister à part. Il faut donc savoir^ en général , 7e»treindre sagement une telle comparaison y pour que , au liée de précieuses indications , elle ne suscite pas des rapproche^ ments vicieux. £n outre ^ quoique la biologie ait dû précéder et préparer la sociologie tant que dura notre grande initialioit mon premier volume a suffisamment établi que la seconds doit y au contraire , servir aujourd'hui de tyge à la systématfsalion finale de la première. Sous tous les s^pects théoriques» l'élude directe du vrai Grand-Être , le seul où la vie se développe complètement , fournira désormais la base normale des principales conceptions ^ scientifiques ou logiques ^ relatives aux organismes moins éminents. Cette subordination nécessaire

caractérise toujours la méthode subjective y unique source de tonte véritable synthèse. Mais elle convient surtout envers les notions fondamentaliss du classement quelconque , qui ne purent junais résulter d'une autre marche que celle dont Tordre social fimmit spontanément le type universel. Dans l'avenir autant que dans le passée et même plus systématiquement , notre propre subordination^ domestique ou politique^ doit servir, à l|i pensée comme au langage , d'unité naturelle pour apprécier toute antre hiérarchie^ réelle ou idéale.

n serait doublement irrationnel , d'après ces diverses indications , de vouloir servilement conformer l'analyse fondamentale de l'organisme collectif à celle de Torganisme individuel , où l'empirisme académique a dû laisser encore des imperfections ladicales. Toutefois, la similitude essentielle des deux cas statiques doit déterminer une certaine correspondance entre les principaux modes ou degrés d'une telle décomposition. Or^ ce parallélisme nécessaire ressort , en effet , de l'ensemble des explications précédentes j du moins en bornant l'analyse biologiqae à ce qu'elle offre de mieux établi. Car, elle distingue sortout trois degrés successifs dans l'appréciation anatomique , d*abord relative aux éléments proprement dits, puis aux ti»» , et enfin aux organes. Tous ces modes essentiels conviennent paiement , sous les mêmes noms , à la statique sociale. J'ai suffisamment expliqué déjà cette analogie envers le moyen terme de cette double progression^ le mieux caractérisé de part et d'antre » et d'ailleurs le plus important Quant an premier, le parallélisme existe spontanément ; puisque la fainille constitue l'élément fondamental de la société, mieux que la cellule ou la fibre celui de la structure vitale. Je n'avais donc plus à trouver, éh sociologie, que Téquivalent des organes proprement dits en biologie.

Or, cela résulte maintenant de mon explication compléments

taire sur la relation directe de l'organisme avec le miliea Car, l'institation de la patrie ayant assez combiné la notion du sol et celle de Tordre social, on conçoit aussitôt les véritables or* ganes essentiels du Grand -Être , qui seront toujours les ciUt proprement dites , comme l'indique déjà le nom même de cMlimtion, A la vérité , ces organes sont aussi des êtres , tellement complets, que chacun, susceptible d'existence distincte, a^ire spontanément à devenir le principal noyau de Fimmense organisme. Mais cette différence capitale avec la notion biologique reste pleinement conforme à la disparité radicale des deux cas. Il en résulte seulement que l'analyse sociologique ne doit pcdnt aller au delà de ce troisième degré statique , sous peine de conduire à des distinctions arbitraires ou provisoires. En effet» la moindre cité contient déjà tous les éléments et les tissos qu'exige l'existence du Grand-Être , d'après les famUles et les classes ou castes dont elle est toujours composée. Les plus vastes associations humaines n'eurent jamais d'autre origiBe réelle qu'une simple ville, graduellement développée par incorporation libre ou forcée, comme l'attestera sans cesse le nom imposant de Rome.

Depuis ce degré d'association , où l'homme et le monde sont déjà combinés suffisamment, jusqu'à l'entière formation do Grand-Être d'après un noyau convenable , la sociologie pooT' fait distinguer, sous le titre générique îï étais , une fode d'intermédiaires. Mais ces différences, bornées dès lors à rextensioo ou à la durée, deviendraient aussi superflues qu'indéterniinée& La statique sociale devant surtout avoir en vue l'existence totale de l'Humanité , quelque lointain que puisse encore être son véritable avènement , elle doit arrêter ses analyses actuelles afl degré d'association qui comporte une destinée complète ist distincte. Aussitôt que la propriété , la famille, et le langage ^ en se développant sur un territoire convenable, conduisent nnc

STATIQUE SOGIALB. -^ GtfAPITBB CINQUIÈME. 291

^Qlatfon quelconque à un même gouvernement^ an moins i|iiiituel, il existe un noyau possible du Grand-Être. Cette Muonine on cité , quelle que soit son extension ultérieure , Itormèfa toujours un véritable organe de rHamanité. Quand t'ÊireiSuprême sera convenablement développé , on appréciera comment ses organes fondamentaux s'assemblent pour compenser des appareils proprement dits. Mais cette détermination Mradt maintenant aussi prématurée qu'inutile ^ comme l'indique Ptmpossibilité de distinguer avec précision ces divers états intermédiaires , sous les noms presque arbitraires de provinces , iatioiis^ etc.

Néanmoins , Je pourrais déjà compléter sans danger le parai- KMne statique que je viens d'établir, en étendant convenable iènt à l'organisme collectif les deux autres modes d'analyse «latomique sulBfisamment admis en biologie. Outre les éléments, les tissus, et les organes, la théorie fondamentale de l'organisme individuel distingue encore , au delà des organes , un degré plus complexe de structure vitale , sous le nom û'appa-^ ^Is. De plus, on y reconnaît maintenant , entre les tissus et les Organes, un mode d'organisation intermédiaire, auquel on réserve le titre de systèmes proprement dits, depuis que le langage aiiatomique a pris, bien ou mal, assez de précision. Il existe loue ordinairement cinq degrés successifs dans Tanalyse statltne qui convient à la biologie. Or, la sociologie pourrait égaleônent étendre jusque-là le parallélisme déjà construit envers les trois modes principaux, quoique cette nouvelle extension ne Uû soit aucunement indispensable. Elle y servirait seulement à iuieux lier les divers noyaux de formation du Grand-Être , tant que subsisteront assez leur multiplicité et leur indépendance provisoires. Car, quoique son plein avènement ne soit pas encore prochain, il fut pressenti de très-bonne heure par les tours el les esprits avancés. Le premier chapitre de ce volume

292 SYSTÈMB DE POUTIQUE POSITIVE.

a suffisamment iudiqué comment^ dès Fextension décisive fc l'incorporation romaine^ le sentiment et la conception de U famille universelle devinrent de plus en plus usuels chez les véritables hommes d État. Mais ce progrès s'étendit et se codsch llda surtout quand le moyen âge , en séparant rassociation spt* rituelle de la société temporelle ^ eut partout signalé le mode normal de Tuniversalité finale. La rupture du lien catholique ayant ensuite été compensée par Tessor commun des relations industrielles^ esthétiques^ et scientifiques, les pensées occideBtaies n*ont pas cessé d'avoir en vue rentière assimilation de notre espèce. Jusqu'à ce qu'un tel vœu soit assez réalisé ^ D faudra donc considérer abstraitement les divers noyaux de formation du Grand-Être sous un aspect qui puisse représenter d'avance leur convergence finale. Alors les organes sociaux qni sont déjà constitués pourront être , par la pensée , assemblés en appareils proprement dits , d'après les analogies qu'ils présentent dans les différents centres indépendants. Or^ cette cooeeptlon abstraite doit aussi conduire à comparer et combiner les tissus eux-mêmes , c'est-à-dire les classes, de manière à caractériser un autre degré d'organisation, équivalent à celui des systèmes anatomiques. Car, on ne pourrait autrement fixer assef la notion des attributs communs qu'offrent ces tissus dans les divers organes. L'analyse sociologique devient ainsi complètement analogue à l'analyse biologique , d'après une semblable succession des cinq degrés ou modes statiques qui conviennent ï chacune d'elles. Mais ce perfectionnement de leur parallélisaie normal ne saurait conserver la même importance ni autant de .réalité quand le plein avènement du Grand-Être aura fait cesser en sociologie , le besoin de ces deux nouvelles abstractions prO' visoires. Toutefois, ces notions corrélatives d'crppam/* et de aystèmts ne feront alors que s'y modifier, suivant une loi dont 1 appréciation serait aujourd'hui prématurée. C'est pourquoi f^

STATIQUE SOCIALE. — CHAPITRE aNQUlÈME. 293

ara devoir les indiquer spécialement, mais en invitant à ne point en exagérer Tefûcacité théorique.

Quoi qu'il en soit d*une telle extension , il suffira , dans tout le reste de ce traité ^ de concevoir l'analyse sociologique d'après les trois degrés ou modes statiques que j'ai d'abord expliqués , et qui doivent d'ailleurs prévaloir même en biologie. L'organisme collectif reste donc essentiellement composé , d'abord des familles qui en constituent les vrais éléments , puis des classes ou castes qui forment ses propres tissus , et enfin des cités ou communes qui sont ses véritables organes.

Cette conception définitive ^ à la fois logique et scientifique , permet^ d'après l'ensemble des explications antérieures^ de construire directement la théorie positive de l'ordre social , à l'aide du seul principe d'ArIstote , assez rappelé ci-dessus.

En effet 9 ce grand principe établit convenablement les deux conditions générales, d'indépendance et de concours, entre lesquelles toute organisation collective doit instituer une suffisante conciliation.

D'une part, sans la séparation des offices, il n'existerai point, entre les diverses familles, une véritable association, mais une simple agglomération , même quand la vie sédentaire a prévalu. C'est là ce qui distingue essentiellement l'ordre politique , fondé sur la coopération , de l'ordre purement domestique , ayant pour base la sympathie. Rien ne fait mieux sentir combien sont profondément anarchiques toutes les théories des Tévolutionnaires modernes , qui ne consacrent finalement que le pur individualisme , en disposant à tout niveler.

Un tel principe définit directement le caractère fondamec^l du grand organisme, comme composé d'êtres susceptibles d'exister à part , mais concourant , plus ou moins volontairement, à un but commun. Quoique les classes résultées des diverses combinaisons propres aux trois éléments nécessaires de

29/l SYSTÈME D£ POLITIQUE POSITIVE.

toute force sociale dififèreot oatoreUement entre elles ^ teors air tributs respectifs ne se développent assez que d'après cette division croissante des occupations Iiumaines.

Source continue de diversité , et même d*inégaiité j elle devient aussi la prindpale base de l'extension graduelle du Grani- Être, dès lors assujettie seulement aux limites normales résultées de son siège planétaire. Aussitôt que l'existence sédentaire permet à ce principe fondamental de manifester assez son eflùcadié sociale , il tend , en effets à faire partout surgir des liens de itlidarité et de continuité qui se multiplient et s'étendent de pliv en plus. Cette influence permanente , à la fois pratique et (héolique j exerce y en même t,effips , une précieuse réaction morate; pour l'essor croissant des instincts qui nous disposent à lattoB^ veillance universelle. Ainsi restreinte à un office qui ne satis^ jamais qu'une faible partie de ses besoins ^ chaque famille sent mieux l'importance des autres , et aussi sa propre utilité. Quiod les sentiments e^ les idées correspondent assez à we teUe situation habituelle ^ l'existence humaine développe diredtâNneiit son principal caractère , vivre pour autrui.

Mais^4'une autre part ^ cette noble destination ne serait podUKt réalisable si la séparation des travaux n'était pas caxiqdét^ par le concours des eflbrts, soit systématiquen^ent , soit du qh^qs spontanément. Au contraire ^ cette répartition pourrait aisément devenir une source continue de graves dissidences ^ d'après l'opposition d'habitudes^ d'opinions, et même de penobaikts^ qu'elle tendrait alors à susciter entre les diverses familles. I^ besoin de concours, inséparable de celui d'indépetiid^ooe, exige donc aussi sa propre satisfaction permanente ^ d'après une institution fondamentale convenablemeiit adaptée à cette fin nécessaire. Klle nous devient d'autant plus indispensable que les instincts qui nous poussent à l'isolement ou aux conflits sont naturellement plus énergiques que ceux qui nous disposent à la

STATIQt£ SOCUALE. — CHAPITBE COIQUIÈUE. 295

Or, telle est la destination générale propre à la forée le oohésloo sociale désignée partout sons le nom de gauternemaUy qoi doit à la fois contenir et diriger. L'admirable consqptioD d'Aristote insUtoe donc one lumineuse combinaison ■lie les deux éléments nécessaires de toute pensée politique , la Mdété et le gouvernement.

Pmr mieux apprécier cette théorie , il faut considérer que ia rfpirUion des offices décompose naturellement chaque exiskeace hoanine en deux fonctions sociales. Tune spéciale, rsÉbre générale. Toute famille doit d'abord remplir digneraenc la daUaation normale qu'elle reçoit ainsi du grand organisme ooBOOurt à former. Mais cet accomplissement même exige certain sentiment habituel de rharmonie universelle à la* doit participer cette attribution particulière. Or, cette ipprédaiion directe de l'ordre général, nécessairement comà tous les vrais citoyens , dispose aussi chacun d'eux à les autres au req>ect continu d'une telle économie. Celle lendanoe se trouve intérieurement fortifiée en poussant à étHiùjpper les trois instincts sociaux, et surtout le plus étendu. ToBà cofluneut les hommes deviennent, à tous égards, natoreBemeat gouvernables , si d'ailleurs la force propre à utiliser ée telles dispositions peut elle-même surgir assez.

Or, cette dernière condition d'ordre se trouve spontanémeat naaplie , d'ordinaire , d'après Tessor même que la séparation fsDdaaieniale des offices sociaux procure nécessairement aux inégalités humaines. Si , d'une part , notre organisation nous di^ose plus ou moins à Tobéissance, d'une part, elle nous pousse aussi vers le commandement Le bien préparé pourra facilement discerner, d'après mon taMean cérébral , quels sont, dans chaque sens , les penchants dtacif , et même ceux qui les assistent indirectement 11 sentira dès loia qae la tendance à commander prévaut presque ton-

295 SYSTÈME DE POLITIQUE POlSlTIVE.

jours sur la disposition à obéir, quoique Tanarchie moderne IH trop dissimulé celle-ci. Mais cette imperfection cérébrale trouble beaucoup moins Tordre public que le bonheur privé. Car, cette Tulgaire ambition ne peut devenir vraiment efBcace que quand elle concourt avec une certaine supériorité d* esprit , et surtcrat de caractère. Dans ce cas même^ elle ne comporte presque jamais de grands succès sans une sufQsante assistance eitérieure^ résultée principalement d'une situation favorable ^ qui est rarement en notre pouvoir. Aussi ce vain penchant tourmente-t-il beaucoup plus de familles qu'il n'en peut satisfaire* Quand il n'est point assez discipliné , il produit souvent one maladie morale trop méconnue par le grossier matérialbine que fait encore prévaloir l'anarchie moderne.

Mais il devient un véritable bienfait social chez les familles organisées , préparées, et placées de manière à pouvoir et devoir commander dignement. Leur suffisante prépondérance constitue spontanément, au sein de toute association humaine, un gouvernement quelconque , qui ne peut ordinairement subsister qu'en satisfaisant plus ou moins à sa double destination , répressive et directrice. Car, cette domination exige toujours une adhésion universelle, expresse ou tacite, beaucoup moins aveugle et servile que ne le supposent les théories modernes. Faute de reconnaître l'existence naturelle des inclinations désintéressées, on a vicieusement apprécié l'obéissance , même chez les animaux , au point d'ériger en vertu la disposition à la révolte , presque toujours émanée d'une active personnalité. Mais , malgré les déclamations classiques sur le prétendu despotisme oriental, la soumission trop prolongée résulte surtout de la difficulté d'obtenir une meilleure domination ; l'empire naturel de l'habitude, et même une vénération exagérée, y contribuent peu.

Ces doctrines métaphysiques ont , par contraste , beaucoup prôné les instincts de commandement , que la plupart des

anbitieox fondraient ériger en dévouement au bien public Les peadiants sympathiques sont malheureusement trop faibles, dans notre vraie constitution cérébrale, pour inspirer jamais les grands eflbrts prolongés qu'exige toute ambition efficace , toujours accompagnée de luttes difficiles. Si donc la personnalité ne froduisait pas des impulsions plus énergiques , les sociétés hunaines seraient dépourvues de gouvernement , ou ne les renourelieraient point assez. Mais les vicas mêmes de notre organisation ne nous rassurent que trop contre un tel danger. Il faut du moins admirer ici comment la sagesse humaine , dès son prender essor, sut spontanément transformer une sorte de maladie ehroniqae en une source normale de satisfaction pour notre premier besoin social. La loi générale , établie dans le second cha* pitre de ce volume , sur les connexités spéciales entre les instincts personnels et les inclinations sympathiques peut seule 6ire assez comprendre cette grande transformation habituelle. Car, les succès même de Tambition finissent ordinairement par inspirer ainsi le dévouement social qui n'existait pas d'abord ; dn moins cette réaction morale a lieu chez les natures qui ne sont ni trop vicieuses ni trop indisciplinées.

L'hemreuse ambition de quelques familles procure donc à tontes les autres une suffisante satisfaction du besoin commun de répression et de direction résulté de la séparation des offices sodaax. Même ces familles prépondérantes méritent le plus souvent le respect qu'elles ont d'abord obtenu, et leur conduite justifie finalement la disposition universelle à les prendre pour modèles

Afin de comprendre assez le mode et la spontanéité d'un tel avènement, il faut le concevoir émané, non de la fonction générale par laquelle tous les citoyens concourent à la conservation et au perfectionnement de l'État, mais de leurs diverses ffonctioiis spéciales. En efiet , la première reste longtemps trop

298 SYSTÈlfB DE POUTIQUE POSiriTE.

équivoque pour susciter dii*ecteinent son organe propre. Lm autres, plus prononcées, font, au contraire^ surgir natareilement, au sein de chaque groupe partiel, leur gouvememeiiC spécial , qui, sur une moindre échelle , réprime et dirige, sofvant les exigences habituelles de l'opération correspondante. Telle est la vraie source élémentaire du gouvernement ploft étendu qui résulte ensuite d'une suffisante combinaison de ees pouvoirs partiels, quand leurs attributs communs sont asseï généralisés. Cette origine convient d'autant mieux que Fac^flti militaire , seule réellement organisée jusqu'ici , se trouve caractérisée par son admirable tendance à pousser spontanémeiit aux coalitions durables, confme ne pouvant s'exercer avec sueces que collectivement.

Mais l'existence industrielle, qui doit finalement prévsdoir, acquiert aussi cette précieuse aptitude politique , quoique son essor reste longtemps privé. Quand elle peut se dévdopper librement, elle ne tarde point à susciter naturellement des dieCs permanents, dont l'importance partielle augmente gradoéllQment, comme je l'expliquerai historiquement dans le Yolume suivant. L'ordre moderne comporte donc spontanément y autant que l'ordre ancien , une source de discipline et une école de gouvernement. Ce n'est pas seulement h la pratique sociale que convient la disposition normale à concevoir moralement tonsles vrais citoyens comme autant de fonctionnaires publics, afin de mieux déterminer leurs devoirs respectifs. La théorie n'a pas moins besoin d'une semblable appréciation habituelle, sansitr quelle on ne saurait comprendre la formation et le renoavdte* ment du gouvernement politique. Ainsi conçu, ce gouvernement provient donc d'un suffisant concours entre les chefs naturels des diverses opérations élémentaires, spontanément ralliés à leur meilleur type. L'obéissance spéciale et le commandement partiel n'ont alors qu'à se généraliser convenablement, pour conBUtmr,

STATIQDB SOCIALE» -« CHAPITRE CINQUIËME. 299

sans trop d'ob^ade , une force de cohésion capable , dans tout VÉtat, de contenir les divergences et de diriger les convergences. C'est ainsi que le seul principe de la coopération , sur lequel repose la société politique proprement dite, suscite natureHenoit le gonvemement qui doit la maintenir et la développer. Une telle puissance se présente , à la vérité, comme essentiellement matérielle, puisqu'elle résulte toujours de la grandeur ou delà riobesse. Mais il importe de reconnaître que Tordre sodal aepesÉ jamais avoir d'autre base immédiate. Le célèbre principe de Hobbes sur la domination spontanée de la force constitae , au fiuid , le seul pas capital qu'ait encore fait , depuis AiMote jusqu'à moi , la tbéorie positive du gouvernement. Car 1 admirable anticipation du moyen âge envers la division des deux pouvoirs fat plutôt due , dans une situation favorable, au sentiment qu*à la raison : elle ne put ensuite résister h la discossion que quand je la repris à mon début. Tous les odieux rquroches qu'encourut la conception de flobbes résultèrent seyiemeni de sa source métaphysique , et de la confusion radicale qui s^y trouve par suite entre l'appréciation statique et l'appréciation dynamique, qu'on ne pouvait alors distinguer. Mais cette double imperfection n'aurait abouti, chez des juges moins nalveillaiits et plus éclairés , qu'à faire mieux apprécier la diftoiité comme l'importance de ce lumineux aperçu , que la phiioBophie positive pouvait seule utiliser assez.

J'ai déjà montré ci-dessus combien ce fondement matériel de toute association humaine est naturellement inévitable. Pour le reconnaître comme indispensable , il suffit ici de supposer un instant qu'il manque ou disparaît, suivant lé cas trop cornnran des temps d'anarchie. Tous ceux que choque la proposition de Hobbes trouveraient, sans doute, étrange que, au lieu de faire reposer l'ordre politique sur la force, on voulût rasseoir sur la Mblesse. Or, c'est là pourtant ce qui résulterait de

leur vaine critique y d'après mon analyse fondamentale des trob éléments nécessairement propres à toute puissance sociale. Car, faute d'une véritable force matérielle , on serait obligé d'caprunter à Fesprit et au conir des fondements primIUb que ces chétifs éléments sont toujours incapables de fournir. Udqoement aptes à modifier dignement un ordre préexistant, ils le sauraient accomplir aucun ofDce social là où la force matérieBc n'a point d'abord établi convenablement un régime qneloonqtti Quand cette première base politique n'existe pas on ne soit plus, le cœur et l'esprit^ loin de tenter d'y suppléer, dolmt noblement tendre à la reconstruire ou à la réparer, en utilisant assez la situation correspondante. Ce serait donc vouloir tenir la science sociale à jamais enveloppée dans les nuages métaphysiques^ que d'éprouver aujourd'hui la moindre r^gnance envers un principe philosophique qui , combiné anee celui d'Aristote , pût seul préparer assez la sociologie.

Pour mieux apprécier sa nécessité , il faut consulter la tbéoiie positive de la nature humaine ^ établie par mon premier volnne. J'en ai déjà déduit ci-dessus la prépondérance cérébrale des penchants qui nous entraînent à commander sur ceux qui imnb disposent à obéir. Or, les premiers, ne pouvant être convenir blement satisfaits que chez quelques familles, doivent naturellement pousser toutes les autres à la révolte chronique coilre un régime quelconque. L'ensemble du passé ne conflnne <|ie trop cette tendance, quoique notre longue Initiation tiiéolO' gique et militaire fût surtout apte à constituer la puissance lOclaie en consolidant la soumission. Ces impulsions pertoiiisr trices bouleverseraient sans cesse Thumanité , de manière i f empêcher tout progrès continu , si une force assez éneigique^ c'est-à-dire matérielle , ne leur offrait constamment une salutaire résistance. Nos temps d'anarchie sont très-propres à confirmer un tel besoin , d'après la fréquente insuffisance de ce

premier frein social ^ depuis la rupture de rancienne discipline mentale et morale. Tous voulant aujourd'hui commander, et poofant souTCnt espérer d'y parvenir , cliacun n'obéit ordinairement qu'à la force , sans céder presque jamais par raison on pvamonr. De là résulte habituellement une affligeante dégradation ^ chez cenx-là même qui déplorent amèrement la prétendue servilité de leurs prédécesseurs.

Mais, après celte explicatioQ nécessaire sur le premier fondement de toute organisation sociale , il n'importe pas moUis de reconnaître son insuffisance naturelle. La force proprement <Ste a topjonrs besoin d'être d'abord doublement complétée, et oisoite convenablement réglée, pour servir de base durable ^ gouvernement politique.

Car, sa suprématie doit surtout fournir un digne organe à la ^onction générale ci-dessus reconnue comme résultant du régime coopératif Or, cette puissance n'émanant, d'ordinaire, ^oe des pouvoirs partiels qui président aux opérations élémentaires, elle ne peut jamais avoir spontanément un esprit d'ensemble assez exercé pour correspondre à une telle destination. Du moins, cette aptitude n'y saurait être qu'exceptionnelle, et ne doit même suffire qu'envers les sociétés peu développées. Pour saishr l'ensemble d'une économie aussi compliquée, de manière à le faire comprendre et respecter de tous, il faut au pouvoir politique une culture intellectuelle, envers le passé et l'avenir, que né suppose point» et même que ne comporte guère, cette orighiie habituelle. Une telle conciliation , déjà rare dans la civilisation militaire, où les opérations partielles sont pourtant plus synthétiques, restera toujours impossible au sein des sociétés industrielles, où les plus vastes conceptions pratiques demeurent nécessairement trop étroites. Sous ce premier aspect, la force prépondérante a donc besoin d'un complément intellectuel, sans lequel sou principal office ne saurait être assez

remp même quant à la sliuple réprenioD f H terlMt carai la (lirecliou propreoieiit dite.

Kn ttecoiid lieu , l'iuttueiice morale lui est également todiiptigable iKiur obtenir ou counerver la Jutte Ténération qif eif|e toujours sa destination sociale » et d*abord néme sa propit existence. N'oublions pas, en elTet, que TasceBdaaC polMipi résulte y directeuieni ou indirectement « d'oo concoors plM6i moins volontaire, «railleurs actif ou pauff , eottstammeal Mh ceptible d'i^tre rompu quand l'harmonie affective devient ttsaute. Même bans que les opinions dominantes soient meut anarcbiquesy un pouvoir toujours surveillé et envié pië être renversé , dans les États les mieux réglés , si les leniimfÉi publics le repoussent assez. .S^>n ascendant spontané ne pesl donc pas le dispenser davantage d'une cousécritlon monleqse d'un guide intelk'ctuel.

Cette dernière appréciation conduit naturellement à 000* pléter une telle explication en signalant aussi le besoin socM le plus diflicile à satisfaire, et qui Unit cependant par deverir indisfiensable à toute domination prolongée , celui d'nn régril* teur. 'Joute puissance dispose k Tabus, surtout quand elleefiy d'esprit et de cofur, aussi mal adaptée à sa destination em» tielie que doit l'/^tre ordinairement la force matérielle^ dont)0 viens d expliquer Tavéuement politique* A la vérité ^ cbaqiB pouvoir tend d'aiiord *à se régler par son propre exerctoe, d'après 1 accueil qu'il reçoit du pui>lic correspondant. C'est HT" tout sous ce mode aveugle et spontané que s'accomplit le piw souvent la régularisation politique, tant que dura le régfitf préparatoire de rbumanité, destiné davantage à développer QOi forces qu'a les discipliner, comme je l'ai déjà montré. En eAt, les anciens pouvoirs, soit militaires, soit même théologiquei , furent toujours d*une nature trop al>solue pour se soumettre habituellement à des ritgies vraiment systématiques. Un tel pro*

STATIQUE SOCIAUE. — CHAPITRE CUIQUIÈMIE. 905

gfès ne coD?ient qu'à la dernière phase de la grande iaitiation, ob même il ne constilue^ au fond^ qu'une annonce spontanée de Vordre normal^ suivant les indications historiques qui termisent le premier chapitre de ce volume. Néanmoins , Torganisme social demeure, évidemment^ très- imparfait tant que la force dont la prépondérance doit y régler les activités partielles reste oUe-méme dépourvue d'un régulateur correspondant à ses propres tendances abusives. Ces abus d'un pouvoir toujours issu nécessairement d'une énergique personnalité ne doivent pas Mlement entraver le développement d'un tel organisme. Us peuvent môme porter atteinte à sa simple conservation ^ dans toute association complexe et étendue.

Tel est donc le triple besoin que révèle encore une étude approfondie du gouvernement politique directement résulté de la coopération humaine, et n'ayant d'autre fondement réel que la prépondérance matérielle. A cette base nécessaire, il faut luôntenant joindre, d'abord un guide intellectuel, puis une consécration morale , et enfin un régulateur social. Sans ce triple complément , Tordre politique ne saurait être suffisammoki constitué, malgré l'appui spontané que lui fournit l'ordre tique. Quelque tardive que soit la satisfaction réelle d*un aussi difficile, la statique sociale, qui toujours écarte essentiellement les questions d'avéuement, ne doit finalement étudier le grand organisme que dans une telle plénitude. Il me suffit donc qu'elle puisse être aujourd'hui conçue distinctement pour que je doive ici la caractériser avec tout le soin convemble, quoique sa réalisation reste encore à peiue ébauchée. Ia dynamique sociale, en lournissant l'explication spéciale d'un tel retard , fera d'ailleurs apercevoir, dans le plus lointain passé, tous les rudiments spontanés de cet organisme complémentaire. En effet, la seule satisfaction normale de ce triple besoin hamaia consiste à fonder une société plus générale et plus noble,

qn) %fi %npP7p(ifWi k U AOfJ^ pohUqnft ^ tmnme nfXkHi te là

n^flon rie l;i vrak rr)is(i/>n. f/;ipr^ ^^ nalare tjomffmktfXnh ganhrne r.o)l^fJ»f pf^^^le^ /'t nnh^n(/l^f(ré, réiMtoeiile arflMl qoe ror^^^nî^r»^ inrlifi/lael pré^^^U; ft^l«fiMrfy| il FétalridiiiM tdire , la faailté /r;ïeqa^ir /If, nomte.^ox orframe»^ nvèMie MMl' tieh. Ton(^oi<( , nw, {fWf, mwAtmiStm i\e%\mi te pffMfpKddtol da Cr;infl-^.(rf^^ qrir ^ ;iprM iin^ï loîK(n<^ H flHidte ptéfttraAf^ ne doit r^ellemfïTit offrir qnnne %c.v\e M», daMtetarfeCt' j^mhle de %k ùcnWufA ^ cette expanVirm ôécisktt. Mal» cfli Mil aa^î pour Ini permettre de remplir ù'tgnemêM iMlt» Ml fonrkr.tion<( compatibles arec ^ con^iUfllM réelte et M Mit ftilaation.

^otre natare cérébrale ^ i^mnltanémeni dfcpMée M Mf* ment, ^ raclivHé, et k nntelli<;ence, non» rend MM^iflUii» de troi» modejï d'ai^^odation ^ iMiivant eelte de» Irote tesdMM qo) devient prépondérante. I>e là réMiltennt MteeeMlf MMl Mi^ i^odété» homalne»^ de moîn» en moin» Intime» et de fMitf pin» étendaes , dont ehacnne forme rélément »|MiiiCMé ète II »ci»iranle« la famille^ la cité, et 1 égli»e^ Qookpfe kl deniM» ne »e »épare qne trévtarditemeni de» deoi aotre»^ la MfitéÊ' 0e »latiqoe doit con»i^{érer direetenent »on enblesee diiliarifi comme non moin» relative k noire co0»4ltirtion satorêfle^ tf ré»erirant à la dynamique »oe}ale reupHeatton ^édade ê$ » teUttfh

On toit d'abord fmttfif »ponfanémeiit ra»»odalte« te ptm complète mai» la plo» reMreinte, la »odét^ dome»liqiie^ ft«M »cir lacommrme ^ympatble, et dirigée par Famoiir Elte feiiil* 1 élément natrirel de la VK^iété politiqne^ pin» ira»te qtéif» moins ir>!ime, ?»yar>t ponr prin/?pe r activité colteOife^ elfiif règte propre la pfépfpnélénnc^, matérielte qnl en résilie. U cité on rf^t devient , k son tour, I élément dmimI de la m^

t%6ié religieuse 9 la plus étendue et la moins complète de toutes^ reposant sur la communauté de croyances ^ et régie par la foi. Ainsi l'Église réunit librement les cités , comme cliaque cité combine spontanément les familles correspondantes, d* abord groQpées en classes d'après leurs offices sociaux. Elle constitue donc le lien le plus général du grand organisme, dont elle peut seule embrasser l'universalité ^ si sa doctrine est assez réelle et complète, suivant l'aptitude caractéristique de la religion j^osltive. Sa pleine séparation d'avec l'État constitue un autre privilège essentiel du positivisme , comme je vais l'expliquer. Mais une telle indépendance , condition fondamentale de sa principale efficacité sociale , devint déjà l'objet continu d'an admirable effort pendant la dernière pbase nécessaire de notre initiation théologique. Quoique cette tentative soit préniaturée^ le moyen âge sépare assez la société religieuse de la société politique pour que leur antique confusion ne puisse jamais renaître chez l'élite de l'humanité. Le positivisme vient anjourd'hui reprendre cette immense construction , avec une

doctrine convenable^ et dans une situation favorable ^ de maoière à déterminer enfin la formation décisive de la véritable église universelle. Quoique son domaine social doive se borner d'abord aux populations occidentales et à celles qui en dérivent^ sa foi est assez réelle et assez complète pour convenir également à toutes les parties de la planète humaine. Tant que le grand organisme ne pouvait se compléter. ainsi,

le besoin de lier les divers états élémentaires fit graduellement

acquérir aux sociétés politiques des dimensions exorbitantes. Mais Tavénement de l'église universelle permettra désormais de restreindre peu à peu ces expansions provisoires jusqu'aux limites normales de la domination sans tyrannie que comporte directement la force matérielle. C'est pourquoi j'ai dû ci-dessus représenter les simples cités^ complétées chacune par les campa-

306 SYSTËME D£ P0UTIQIJ£ POSITIVE.

gncs qui s'y subordonnent volontairement^ comme les véritables organes immédiats du Grand-Être. Quoiqu'une telle assodatloo politique semble aujourd'hui trop restreinte^ la postérité sentira que , pour construire une doctrine capable de durer autant que l'humanité 5 je devais me dégager ainsi des habitudes propres h la transition moderne. Aucune coalition humaine ne pouvant assez persister si elle ne devient point essentiellement volontaire , j'ai dû faire fmalement abstraction ici de tous les liens factices et violents^ pour ne conserver que ceux qui sont vraiment spontanés et libres. Or^ la cité , convenablement agrandie et complétée, constitue^ d'après une expérience décisive, la plus vaste société politique qui puisse naître et durer sans oppression. Des règlements arbitraires et violents^ qui ne comportent aucune vraie consistance, peuvent seuls attribuer an régime direct de la prépondérance matérielle un domaine {dos étendu , qui tend toujours à se restreindre à ces limites naturelles. Mais aussi la foi positive ^ qui^ sans aucun effort, embrasse réellement toute Texistence humaine, peut asse; lier les diverses cités terrestres pour dispenser toujours TÉtat de suppléer h l'impuissance temporaire de l'église.

Il est maintenant facile de reconnaître que cet avéDement normal de la société religieuse qui complète le grand organisme procure une satisfaction décisive au triple besoin constaté ci-dessus envers la société politique. Le guide intellectuel, la consécration morale, et le régulateur social qu'exige le gouverncmeht proprement dit d'après sa source matérielle, lui sont, en effet, procurés simultanément par la véritable église ^ loisqu'elle acquiert une existence distincte. Quant au premier^ il ressort directement de la foi positive qui, embrassant l'activité comme l'intelligence et le sentiment, peut toujours fournir des lumières générales envers l'économie collective , et même pour les opérations partielles qui s'y combinent. Mais cette foi de-

STATIQUE SOCIALE* — CHAPITBE CINQIIÈMË 507

tkùot aussi la source normale d'une vraie consécration morale Ik regard de toutes les autorités empiriques qui la méritent [fme telle aptitude y résulte de sa tendance naturelle à lier MgBemeiit le présent, d'une part avec le passée d'une autre avec raveair* En cela consiste réellement la consécration so- ; poisque des pouvoirs temporaires se trouvent ainsi ratdirectement à l'ensemble des destinées du Grand-Être , ils deviennent alors les vrais ministres matériels. Ces deux premières attributions politiques de^a société reltgtase sont tellement indispensables à l'existence même de tout pavcinement que leur réalisation dut toujours s'accomplir as«aaa sost on mode quelconque. Quoiqu'elles ne puissent se dévdiqw^ pleinement que d'après la religion positive qui caractérise le régime final, elles comportent cependant un essor fffovisoire pendant la longue initiation à laquelle dut présider le tbéologisme. Avant que le vrai Grand-Être devint assez apprédaUe pour qu'on pût parler en son nom , les divers précmeoiB sabJecUb que son enfance institua spontanément foor- Bkcnt à la fois des moyens de consécration et des guides de conduite. Leur nature chimérique n'empêchait point cette donkle eiicacité; car, elle permettait à notre imaginatimi de les adq^er saflbamment à une telle destination mentale et morale. Ué seul oiittacle essentiel aurait pu l'interdire, parce qu'il ne lui Jamais susceptible d'être assez surmonté pendant la majeure partie de rbritiation thécriogique. C'était l'antique adhérence de l'éi^ise avec l'État, soit que le sacerdoce dominât le gonvememcBl dans les théocraties proprement dites, ou en sens inverse dm les populations militahres. Mais cette double conftision primitive n'entravait que Fefficacité intellectuelle de la religion provisoire ,. sans l'empêdier entièrement ; et d'ailleurs elle augoMitaii fliême ta pntssanee de consécration morale , au point de la raidre soavMt oppressive.

Il CD est lout autrement envers la troisième et principale destinatioD politique de la religion^ son aptitude à coostitoer im vrai régulateur social , capable de contenir ou de redresser la déviations auxquelles tout gouvernement se trouve disposé. Ute telle attribution exige, par sa nature^ que l'Église soit non-seulement distincte , mais indépendante de TÉtat. Or, cette indiipcnsable séparation n*est possible et durable que quand la SO' ciété religieuse commence ci devenir plus étendue que la société politique, en suivant librement sa tendance caractéristique vcn une pleine universalité. Voilà comment la principale applio- Uon politique de la religion se rattache directement à sa plo vaste destination sociale. En efTet, cette généralité supérieure librement acquise par l'Église lui permet d'exercer^ danschacoi des États qui la reconnaissent, un office, à la fois répressif et directeur, quoique toujours consultatif, envers les gouverne* ments particuliers. Car, ces diverses forces matérielles se troavent dès lors subordonnées, d'esprit et de cœur, à un pouvoir plus étendu mais moins intense, que sa nature purement intellectuelle et morale ne prive point d'une haute efficacité fOr. tique.

Le sacerdoce proprement dit complète donc la constitotioi naturelle du gouvernement politique en lui fournissant un régulateur continu , quand il s*en trouve vraiment séparé , sani pouvoir davantage le dominer qu'en être dominé. En eflèt, l'un de ces deux abus deviendrait aussi contraire que l'autre à une telle destination , soit en corrompant ce pouvoir spiritod par une dangereuse autorité temporelle, soit en le dégradant d'après une dépendance contre nature. Or, cette difficile conciliation restait essentiellement impossible sous le régime préliminaire, où le principe théologique et la tendance militaire poussaient également l'autorité religieuse et la puissance politique vers un empire absolu. I/admirable tentative du moyen

âcfe confirme elle-mênie cette impossibilité naturelle ^ puisque dimmeoses eflTorts dignement prolongés n'aboutirent que pendant un seul siècle à un suffisant équilibre , bientôt rompu irré- 'V^ocablement II faut que la religion devienne positive , et que la vie militaire soit remplacée par Texistence industrielle ^ pour qa'une telle séparation s'accomplisse spontanément , de manière âi pouvoir persister sans effort , en développant dignement la Srande harmonie sociale. Mais la sociologie statique doit peu s'enquérir si cet avènement sera prompt ou tardif. Il lui suffit cle le concevoir comme seul pleinement conforme à la vraie nature de l'organisme social^ qui^ sans un tel complément ^ ne pourrait ni poursuivre convenablement sa destinée , ni même oonsolider assez son existence.

C'est ainsi que le pouvoir qui convient directement à la so- 'ciété religieuse doit aussi réagir normalement sur la société politique pour en compléter et régler le gouvernement propre. TJne semblable attribution lui appartient également envers la simple société domestique , premier élément des deux autres. Car, la constitution naturelle de la famille , quoique moins imparfoite que celle de l'État, comme reposant sur un meilleur prindpe , comporte y à un moindre degré , des abus analogues , que l'Église seule peut aussi prévenir ou corriger. Il est vrai que déjà la société politique réagit utilement contre ces déviations domestiques. Mais cette influence spontanée ne saurait suffire, parce qu'elle n'atteint jamais la vraie source de ces altérations continues, le pouvoir illimité du chef de famille. L'antiquité respecta toujours ce principe oppressif, qu'elle ne pouvait modifier sans compromettre l'existence même de la famille, première base de l'État. En effet, la société domestique ne peut être convenablement réglée que d'après une autorité purement intellectuelle et morale, qui, ne prescrivant jamais les actes, se borne à discipliner les volontés. Cette nouvelle réaction so-

ciale du sacerdoce exige donc, autant que la première ^ qu'il soit pleinement séparé du gouvernement. Aussi ne dut-elle vraiment surgir que sous le régime catholique du moyen âge, dont elle constitue le principal résultat Dans ces relations plus reih treintes, le sacerdoce put exercer sans entraves une action plus intime et d'ailleurs plus pure , naturellement assistée par l'influence féminine. Mais cette efficacité domestique était autant subordonnée que la réaction politique à Tindépendance sociale dont le pouvoir tliéologique ne dut jouir que passagèrement Quand il l'eut irrévocablement perdue^ il devint aussi peu. propre à régler la famille que TÉtat L'une est dès lors tombée^ autant que l'autre ^ dans une croissante anarchie mentale et mo — raie, que nous voyons aujourd'hui tendre à dissoudre directe — ment tous les liens humains. Sous l'aspect domestique, comme au point de vue politique , la religion positive devient seule capable désormais d'Instituer un vrai régulateur sodal, qui puisse aussi consacrer et conseiller.

Telle est donc la double destination indirecte d'après laquelle la plus étendue et la plus noble des trois sociétés humaines réagit profondément pour maintenir et perfectionner le^ deux autres. Organe direct de la plus vaste solidarité , qui n*â d'autres limites finales que celles de la planète humaine, la société religieuse possède^ encore plus exclusivement, le privilège normal de la pleine continuité. Quoique la famille et la dté sentent confusément un passé et un avenir partiels et rapprochés , la véritable Église peut seule cultiver le digne sentiment de l'ensemble des destinées humaines , à la fois dans le temps et dans l'espace. Mais, pour achever de comprendre comment son avènement normal complète la constitution naturelle de l'organisme social, je dois développer davantage son aptitude régulatrice envers l'État et la famille. Il faut, en effet, pousser cet ex^en fondamental jusqu'à déterminer l'intime influence par

STATIQUi:: SOCIALE. — CHAPITRE CINQUIÈME. 311

aqnelle le sacerdoce , saintement révolutionnaire , tend sans «886 à modifier subjectivement le classement politique ^ et néme domestique. Gar^ cette extrême efficacité , où la modification systématique de Tordre spontané semble voisine de Falarchie , fournit définitivement le principal caractère propre à Usttngaer staliquement TÉglise de la famille et de la cité, la^eUe doit ainsi régénérer.

Quand le sacerdoce est assez séparé du gouvernement , leur comparaison représente un premier classement social^ qu'il Importe id d'apprécier avec soin, comme plus générai qu'aucun aatre^ et contenant mieux le principe nécessaire de toute la hiérarchie humaine. Une fois saisi dans ce cas fondamental, ce principe pourra être ensuite étendu facilement à ceux qui n'en oflirent que des subdivisions successives. Alors , on jugera comment l'influence sociale de la religion consiste surtout à modifier sans cesse le classement spontané, pour le rapprocher autant que possible de ce type systématique.

n faut naturellement distinguer trois pouvoirs sociaux, d'après les trois éléments nécessaires de la force collective , en correspondance spontanée avec les trois parties essentielles de notre constitution cérébrale. Le pouvoir matériel est concentré chez les grands ou les riches; le pouvoir intellectuel appartient aux sages ou aux prêtres ; et le pouvoir moral réside parmi les femmes : ils reposent respectivement sur la force*, la raison , et l^affeclion. D'après sa prépondérance directe et tranchée , qui correspond à des besoins continus et irrésistibles, le premier ne comporte aucune équivoque , et sa nature n'exige ici nuUe explication nouvelle. Mais je dois, au contraire, scruter davantage les deux autres , pour établir que , dans TÉtat et dans la famille , ils se combinent de manière à constituer un pouvoir unique, qui, sous le titre de spirituel , est destiné surtout à modifier le pouvoir matériel. Néanmoins, la société religiease,

plus parfaite et plus vaste que la société civile et la sociâé domestique 9 devra finalement consacrer la division ternaire des pouvoirs humains^ que manifeste déjà l'association radimentaire.

Le pouvoir du sacerdoce est^ sans doute ^ essentieUement intellectuel. 11 repose toujours sur la connaissance spéciale de l'ordre universel^ même quand cet ordre reste conçu d*après les êtres chimériques par lesquels on le suppose régi. Cette économie fondamentale domine nécessairement toute Texistence humaine 5 individuelle ou collective^ qui doit constaaunent subir ses conditions principales , et qui peut seulement améliorer ses dispositions secondaires. Également indispensable à notre résignation et à notre activité ^ son étude procure nata* rellement une grande autorité à la classe qui s'en trouve spécialement investie y quand la division graduelle des travaux humains lui permet assez d'essor. Le sacerdoce se rattache ainsi à la vie civile par les lois physiques qu'elle applique journellement y et à l'existence domestique par les lois morales qu'elle fait constamment sentir : il lie les unes aux autres par les lois intellectuelles^ qui foripent son propre domaine. Quand cette triple supériorité spéculative lui échappe , il perd bientôt tout ascendant social. Mais^ quoiqu'elle constitue nécessairement la principale base de sa puissance réelle^ ce premier fondement ne dispense jamais d'un suffisant complément moral. Soit pour conseiller, soit pour consacrer^ soit surtout pour régler, le sa* cerdoce a toujours besoin d'un certain mérite de coeur, sans lequel sa valeur d'esprit, même quand elle se développerait assez, n'obtiendrait point la confiance indispensable. C'est pourquoi le pouvoir intellectuel ne saurait être entièrement séparé du pouvoir moral, aûn de modiûer réellement le règne spontané de la prépondérance matérielle.

A la vérité , la prééminence affective ne peut jamais appar-

STATIQUE SOaÂLE. — CHAPITRE aNQUIÈME. 313

tenir au sacerdoce; car elle réside spontanément chez les femmes. Mais cette supériorité^ si puissante dans la famille^ ne saurait fournir à la cité un pouvoir assez distinct. £n effet , elle est entièrement liée à Texistence purement domestique du sexe aimant; elle ne peut donc devenir5 pour la vie publique , une loorce suffisante de conseil , de consécration 5 et de discipline. Sanf d'heureuses anomalies , qui seront toujours extrêmement rares > aussitôt que la femme quitte son sanctuaire privée elle perd nécessairement sa principale valeur, beaucoup plus relative au ccBur proprement dit qu'à l'esprit ou au caractère. La pureté de ses sentiments spontanés^ qui constitue son mérite essentiel 5 est non-seulement incompatible , comme la vraie nature sacerdotale, avec toute domination matérieUe, mais aussi avec l'office consultatif et dogmatique qui convient au pouvoir religieux. Ainsi , la femme ne peut pas même acquérir sans se dénaturer cette suffisante connaissance de la vie réelle , tant pu- Uiqae que privée, qui devient indispensable à la puissance 9iritneUe. Sa véritable influence civile ne doit être qu'une suite indirecte de son ascendant domestique, tendant à faire çontanément prévaloir partout les meilleures inspirations. Malgré son excellence affective, qu'un digne sacerdoce honorera toujours, le sexe aimant ne saurait donc instituer jamais au* ome concurrence sociale envers la classe contemplative, seul organe systématique de l'mfluence modiûcatrice. Seulement cette classe doit assez remplir les conditions morales pour mériter de parler aux hommes au nom des femmes. Alors , la mère, la sœur, l'épouse, et la fille deviennent spontanément ses précieux auxiliaires domestiques. Réciproquement, la prépondérance naturelle du sexe affectif au sein de la famille y constitue un véritable pouvoir spirituel, que le sacerdoce consacre et complète en lui procurant un caractère systématique, spécialement expliqué dans le chapitre suivant. 11 ne faut donc ad*

mettre finalement que deux ponvoirs principânx, solC eivlb^ soit domestiques , Fun qui commande les actes , l'autre ^ modifie les volontés. Mais la distinction naturelle des trois pouvoirs hu-» mains se trouve toujours rappelée d'après la constitution diversement mixte du modérateur. Dans l'État y elle complète l'ascendant intellectuel par l'autorité morale; dans la famille ^ elle as^te le cœur par l'esprit.

Ces deux pouvoirs irréductibles furent constamment distincts, même quand ils durent se concentrer chez des organes identiques , pendant la majeure partie de notre longue initiation. La prépondérance alternative des prêtres et des guerriers solvant les temps et les lieux aurait dû suffire alors pour révéler ant philosophes cette division fondamentale^ si une tçlle appréda^ tion sociologique avait pu être assez préparée. Mais, depuis que la société religieuse est irrévocablement devenue , an moyen âge 5 plus vaste que la société politique , la séparation normale des deux puissances sociales se trouve spontanément acceptée par la raison occidentale, malgré tous les sophismes anardd-» qnes. Pour prévaloir définitivement, il ne lui manquait plus quela consécration systématique émanée du positivisme , et qui pouvait surgir avant lui , faute d'une suffisante connaissance notre vraie nature , individuelle et collective.

Quoiqu'il importe de conserver longtemps à ces deux pon — voirs élémentaires les noms qu'ils reçurent du^mémorable régime qui accomplit leur séparation , je dois pourtant comparer cette nomenclature historique aux dénominations plus systématiques qu'indique aujourd'hui la saine philosophie. Ce sera la^ meilleure forme pour caractériser rapidement tontes leur) dif"-férences essentielles , afin d'y saisir celle qui devra finalement prévaloir.

Deux de ces différences sont déjà manifestées indirectement, par l'hétérogénéité même des noms usités. Car, en qualifiant

STATIQUE 80GIALS. •*- GHAPITBB CINQUIÈME. SIS

IHm des grands pouvoirs sociaux du titre de spirituel, on rappdle suffisamment que Tautre est matériel Leur nature propre se trouve ainsi caractérisée profondément ; les explications précédentes ne laissent aucun doute sur la plénitude et la réalité de cette première définition. De même , en nommant Fun tem^ for$lf on indique asses Tétemité de l'autre. Or^ ce second caractère n'est pas moins décisif que le premier. Le sens mystique gai s'y rattachait d'abord n'a besoin que d'être rectifié par le positivisme pour définir réellement le plus solennel contraste des deux pouvoirs sociaux. £n eflfet , le pouvoir civil ne peut jamais être qu'un organe de solidarité : le présent lui appartient essentiellement, mais sans aucune autorité envers le passé qu'il cmnatt trop peu, ni sur l'avenir qu'il ne saurait assez comprendire. Rien n'est plus propre à faire nettement apprécier sa positUm irrationnelle , qui ne comporterait que d'aveugles tâtonneinoits, si l'assistance spirituelle ne lui fournissait point la seule tesue d'un tel empirisme. Car, d'un autre côté , toutes les mesures pratiques qui concernent le présent doivent être conçues 4'après le passé et pour l'avenir : autrement elles manqueraient ^ la fois de base et de but Au contraire, le pouvoir religieux , X^rincipal organe de la continuité humaine, représente seul les ^eux durées indéfinies entre lesquelles flotte le domaine éphé- ^tière du pouvoir politique proprement dit. C'est en parlant ex- ^Inrivement au qpm du passé, qu'il contemple sans cesse, et de X'avenir, qu'il médite toujours , que le vrai sacerdoce devient X'unique consécrateur efficace de toutes les dignes autorités empiriques^ civiles ou domestiques. Ainsi, le contraste hétérogène 4es noms usités rappelle à la fois la nature propre et le domaine ireqiectif de chacun des pouvoirs, spirituel et temporeL

Parmi les autres oppositions, la plus caractéristique conriste dans leurs tendances naturelles , théorique et pratique. C'est de Uque prooéderont finalement les dénominations usuelles, quand

S16 fTSrtHE DE fOLmqm MfflTlTe*

l'apprédalion iity^t^maiique aaraHum^ammcnt préraliL t/aM, celte divMori entre la spéculation et Taetfon réwme déjSi kf dcui dfffi^îrenees ^/;n^frale« qae Je vleni» d'examiner. IM |taf elle offre sr'ule l'avantaf^e eiwentlel d'étendre directement i toute re%Ktence liuniatne, tant privée que publique , one dif' tlnction qu'on nf«treint ordinairement aux KuprAme^ fODcdOM soclaii% cjiai|ue profei»sion di((nement exercée devenant monr lement un v^riuble office civique ^ le théoricien et le praddef. constituent donc , dans les moindr^fs arts ^ les vrais équivalais des deux pouvoirs spirituel et ti;mporeL L'avènement lodal d*iuie puissance qui conw^ille sans r;ommander doit être (M^ an moyen âge , comme ayant éti;ndu Jusqu'à Tart le plus gétéril et le plus compliqué la division nécessaire entre la théorie etb pratique , ébauchée d'alKird envers les cas les plus émfki* (MUt prééminence normale de la morale sur La poUUqoe ot devenue , en effets la source trop méconnue de la UsntaKi plus vaste et plus systématique qui distingue les spéculatiaai des modernes sur la s^iciété humaine. Ainsi ^ les qualiffcaliM de théorique et pratique sont les plus propres k caractériser b vraie nature du grand dualisme s^icial , et son exlension né» salre k UfuUt% les parties de l'organisme aillectlf.

Klles conduisf;nt immédiatement aux deux autres éïOérent» connexes qui me n*stenl à déftnir D'aijord ^ elles rappellent le contrastis nonnal entre la généralité et la spécialité. J'ai, a effet 9 établi suffisamment , dans le volume précédent, qn^b vraie théorie est toujours générale , comme la saine praftlie reste instamment sfiéciale ; puisque chacun doit tout ame»' voir essentieilem^mt , sans que pers^inne aspire k tout exécuter* La sfiécialité actuelle di;s prét^mdrjs théoriciens constitue vêb véritable monstruosité inteiledueile et s'iclale, que l'anardrie moderne |H5ut seule expliquer, et qui devient aujourd'hui k principal obstacle k la reconstruction de Tordre oeddeuiaL

D'après riDtime dépendance^ à la fois objective et sabjecti?e, qii lie tons les éléments physiques^ intellectuels^ et moraux de féoonomie naturelle^ son élude , scientifique ou logique, ne anrait être scindée sans une profonde irrationalité. Aucune partie de cet ordre universel ne devient vraiment appréciable San la conception des autres. La vie réelle a toujours besoin de leur ensemble , qui peut seul conduire à de véritables conseils; tandis que les savants spéciaux ne peuvent aujourd'hui foonir aux praticiens que de simples renseignements, dont eeia-*ci doivent même se défier ordinairement. Sans la générale des vues 9 qu'on ne saurait obtenir autrement, Fabstraction thfioriqae deviendrait habituellement une pure infirmité mentale, aussi stérile pour le bien public que nuisible au bonheur privé. C'est à une telle étude systématique de Tordre universel Ve les praticiens doivent ensuite rattacher leurs entreprises ipMales pour l'amélioration correspondante de cette économie naturelle. Alors la théorie et la pratique se trouvent intimement cjHDUnées^ d'après une sufiisante harmonie entre l'esprit d'ensemble et l'esprit de détail, également indispensables à notre Vraie sagesse pour remplir dignement son office actif. C'est par li que le pouvoir spirituel satisfait directement à la première destination que je lui assignai ci-dessus comme complément Sénérai des lacunes empiriques que laisse nécessairement la Constitution spontanée de la coopération civile.

Hais, outre ce contraste naturel entre la spéculation et l'ac- Hon^ l'opposition de la généralité à la spécialité caractérise ime profonde différence des deux pouvoirs sociaux envers la vie active. En effet, la saine philosophie ne constitue pas davantage ine la vraie poésie une fonction purement spéculative. Si cellei reçoit et mérite, même par excellence , le nom d'art, d'après l'action salutaire qu'elle exerce réellement, celle-là comporte également une pareille appréciation. Ces deux sœurs,

nùrmàkeiÊÈttêi ïmépMTkbk» f m eoirfoMleiit dM» It tértUMifl' IMrkMi ^ #)è elle» fnfnmisMiit mi ftaerrflOf« la 4mM« kM * Fart le pie» IfirporUifit et le pim dimcile , cHselpIhMf Mes hi foiODlés liBfnaloes p^t la r rmTîctlon et la peffMaekM/ MUl^ il rattlofi esthétkfne et l'iAffnenre »clei)1l/l^e iMfe«t M Ml' Mner pmir fomler Vikti moral, reffe fle»4lfiallm eiilge aMÉ fR leur ensemble »e compile liabHnellement d'aprè» le» rèMlM mntaelles enire r^me et le corp». M eorre^poifetfmee mmm des ?î$e^es TéKélalifA a? ee la téffiM» afféetlre da CÊT^tam ptmÊ $fae.)qmt€n% d'agir Mir le» premier»^ afln de «odlAer le»lHy# slM» morale». BécîprM|nemeiit , la santé physkpie M penlM* ▼ent Atre rétablie qne d âpre» I harmmiie cérébrale. KtfMMl^ l'art bomaîn n>»l pa» moin» indi?i»ible que la Mtvre TMten »e» branche» ffnelconqne» doivent être faMlmenMl par le rral »acerdoce « qni »an» cela resterait Umlmm a sa (Krande mission sociale, (m ne doit doue jaMria le pOQfoIr spirîlnel romme parement eontemptoUtr fWMt seul foftrnlr de» bases systématique» aan art* sféelaM éfê/ÊlÊ son étude approfondie de Tordre extérienr^ Il retce d'aHlùMO possession encloslre de l'art général que supposent UmUêtê' tre», celui qal a directement ponr ob)et Tbonme M'mkÊ$é

I ne industrie qnelconqae exige que son agent soit mWiil lement sain « honnête t énergiqrie ^ et Intelligent L'art ^é Mi k le maintenir on le rendre tel doit être spontanémem dans tonie» les classes. Mais cette pratlqtMi nnlt efieHe centre nécessairement chez la seale corporation qnl piiM U systématiser, f «e gouvernement proprement dit dcilenl f Èêt égard f nn simple anxilialre da sacerdoce , en eoneOMnl H^ tlActeiiement ane force matérielle capable de niodMer InA* rectement le» volontés d'après la prescription on riùUtMkt de cert^ns skfifi% Ainsi , ramélioratlon da monde gfléilMrM cHe one foule d'lndn»trles spéciale» « ansif dMinetaa el Mi*

STATJ^QUB SOCIALE. — GHAPITRB GIHQUIÈME. 319

pendantes que les lois correspondantes. Mais le perfectionnement direct de l'agent universel de tous ces arts contitue nne 9ml9 industrie générale^ nécessairement indivisible malgré son inmensité » et qui devient l'office caractéristique du véritable sacerdoce. Théoriquement envisagées^ les premières dépendent iWrtoiit de la cosmologie^ et la dernière de la sociologie^ dés« ormais conçue habituellement comme absorbant systématiquement la biologie , à titre d'introduction. Yoii^ finalement la Moière la plus usuelle de considérer la division fondamentale iss deux pouvoirs humains. C'est sous celte forme que la re-> (omiut , à son insu y un judicieux économiste ( M. Dunoyer)^ taw ravoir jamais admise en principe , quand il termina sa oomdencieuse carrière en instituant sa mémorable distinction des deux sortes d'industries^ envers le monde et Thomme. Une Ii4ie appréciation indique aussi bien les conditions morales du Jiwvoir sj^tuel que ses obligations intellectuelles. Ainsi voué ^ la rectification continue des volontés humaines, le véritable BcMi^ doit babitueUement entretenir son propre cceur dans les iBiparitions qui peuvent seules lui suggérer d'heureuses ins^- ^tkms pratiques et même théoriques. C'est sur lui qu'il doit ^atnrdlement faire la première épreuve de l'efficacité de son ^M 9 sans espérer autrement de jamais obtenir une suffisante ^aotance.

Après avoir assea opposé la généralité caractéristique du ycHivoir qiiritnel à la ^écialité nécessaire du pouvoir temipwrel^ Il ne me reste qu'à compléter leur contraste fonda- BMntal par une différence directement connexe avec la précédente. Elle concerne leur domaine territorial^ universel pour le preiùier, et toujours partiel envers le second. Cultivant l'art fénéral , seul également indispensable partout y le sacerdoce peut el doit étendre son office à toutes les portions de la planète humaine , quand sa doctrine fondamentale devient assez

320 SYSTÈME DE POUTIQUE POSIUYB.

réelle et assez complète pour prévaloir aniformément an traire , le pouvoir matériel , destiné surtout à régulariser des opéralioDS spéciales et locales , ne saurait dominer sans oppression qu'un territoire déterminé , beaucoup moins étendi même qu'on ne le croit aujourd'hui. Les divers liens haUtods que ces travaux partiels établissent spontanément entre toutes les régions terrestres ne comportent pas plus qu'ils n'exigeit aucune concentration systématique. Ce n'est jamais la fofoey mais la sagesse , qui doit faire partout prévaloir libremoit la institutions pratiques sans lesquelles ces relations continues ne sauraient acquérir l'uniformité désirable. Il en est de même pour les entreprises temporaires qui demanderaient un concours spécial entre plusieurs gouvernements. L'empereur o^ ddental constituait^ au moyen ûge, un pouvoir pertarl>atear, débris empirique du régime antérieur, et qui ne tendait qiA détruire Tharmonie catholique^ comme je l'expliquerai qiédilement dans le volume suivant. Au lieu de s'agrandir à mesoK que s'étend l'association humaine , les dominations polltlqaes doivent, au contraire^ se restreindre beaucoup^ par cela mSoe que la religion établit partout une libre uniformité de moeurs et d'opinions. Lorsque je fixerai leur étendue normale 5 dans le dernier volume de ce traité^ je démontrerai sans effort le pitacipe ci-dessus énoncé sur la réduction finale des États à de simples cités, convenablement assistées du territoire rural qd s'y subordonne spontanément. Cette dernière différence entre le sacerdoce et le gouvernement formera donc^ encore ptos qu'au moyen âge^ leur contraste le plus sensible, quand lo régime définitif aura pleinement développé le grand organisme.

Telles sont les cinq oppositions essentielles, intimement liées l'une à Tautre, qui rendent irrécusable la séparation fondamentale des deux puissances élémentaires. Chacun de ces

rapprochements conduit à reconnaître l'indépendance du sacerdoce 9 soit comme conseiller, consécrateur, et régulateur des autorités pratiques, soit comme principal organe de la solidarité universelle, et surtout de la continuité humaine. Mais^ en même temps, tous ces motifs concourent à démontrer la nécessité^ morale et mentale, de lui interdire toujours la domination temporelle , et par conséquent la richesse. Pour développer et maintenir la généralité de pensées et la générosité de sentiments qui conviennent h sa destination sociale , il doit soigneusement écarter les diverses sollicitudes spéciales. Tout commandement lui devient doublement funeste, soit en préoccopantson esprit de détails qui gênent la vue de l'ensemble, vAi en corrompant son cœur par Ihabitude d'employer la force ^^ lieu de la raison et de l'amour. On doit sans doute admirer l'incomparable Aristote qui , dans un temps où les deux pouvoirs étaient pleinement confondus, sut seul éviter toujours les puissantes séductions de la pédantocratie métaphysique. Mais , depuis la séparation propre au moyen âge, Tanarchie moderne ne saurait excuser les penseurs qui , sous une ambition vul- Satre, méconnurent une obligation aussi conforme aux lois les mieux établies de la nature humaine. £n voyant, par exemple, I>escartes et Lcibnitz échapper dignement à celte dégénération , on s'afflige d'y voir pleinement succomber Bacon , dont l'esprit ne peut là se trouver justifié qu'aux dépens de son oœor. Mais la raison publique ne tardera point à seconder rutile résistance des gouvernements actuels, pour repousser radicalement les aveugles prétentions politiques de nos prétendus penseurs. Sous l'impulsion systématique du positivisme, elle flétrira directement toute aspiration réelle des théoriciens à la puissance temporelle , comme un symptôme certain de médiocrité mentale et d'infériorité morale.

Néanmoins, il ne faudrait point exagérer cette séparation

sa STSTfeMB DE POUTIQUE POSITITB.

bécessaire Jusqu'à la faire spécialement reposer sur notre éonstitolion cérébrale , au lieu d'y Toir seulement une prédeuse institution de la sagesse humaine. Quelque diverses que soient 5 en elles-mêmes^ la théorie et la pratique, leur culture ttmultanée ne derient réellement impossible que d'après les habitudes entièrement incompatibles que chacune d'elles impose à l'esprit et au cceur. Les deux sortes d'intelligences se distinguent , sans doute , par leur tendance prépondérante \m la déduction ou vers l'induction. Il existe, de même, une ce^ tâine différence instinctiTe quant aux plus nobles pencfaanfs égoïstes; puisque la vanité prévaut chez les théoriciens et l'cM^ gueil parmi les praticiens , comme l'hidique ma doctrine cérébrale. Mais ces distinctions , que ne complète aucune diversité relative au caractère proprement dit , ni même aux affections sympathiques, restent beaucoup trop faibles pour constitoer réellement une division naturelle. Elles peuvent être ordinal' rement compensées par une culture convenable , en sorte qoe llssue dépend surtout du genre de vie.

Toutefois , les régimes respectifs étant nécessairement incom* patiblcs, la séparation, quoique essentiellement artlfideitei n'offre rien d'arbitraire. Il faut pourtant considérer que les théoriciens doivent être infiniment moins nombreux que les praticiens, au point de composer seulement un dix-millième de la population humaine, comme je l'établirai pour Tordre normal. O'un autre côté , leur office est beaucoup plus difficile, quoique exigeant la même éducation fondamentale , suivie simplement d'une forte préparation spontanée , selon les indications de mon discours préliminaire. En outre , cette fonction supporte moins qu'aucune autre la médiocrité. Ainsi , les vrais théoriciens seront toujours des hommes d'élite, que le cœur et l'esprit signaleront an recrutement sacerdotal. Mais les praticiens éminents auraient pu dignement aspirer au sacerdoce, si leur carrière eût été d'abord

tUtgéd vers cette destination. Réciproquement , les théoriciens Hitiilgfiiéè sont encore mieux autorisés à se croire nattif ellement jfùpTéB MX succès pratiques, sous la condition nécessaire d'un Ifiûte deUe convenable. C'est ce qui explique^ sans la Justiléf^ la raine ambition temporelle qui les tourmenta jusqu'ici ^ f trprës titi secret sentiment de leur supériorité mentale , et ^tlt-êtré morale^ envers la plupart des chefs politiques. L^âdrdfr Hble vie du grand Cervantes me semble fournir un exemple dédsif de cette aptitude des belles natures spéculatives à defëtdr, en changeant dignement de carrière^ de Véritables types ÉÉèttE». Diaprés les qualités pratiques , de cœur^ d'esprit , et de (Sàrâctëre^ qu'il développait avec tant de vigueur avant sa pleine maturité , on ne saurait douter qu'une autre situation àtttait pu le transformer en homme d'État du premier ordre. Hais, en sens inverse , César, Charlemagne , et Frédéric pouvatlent certainement devenir, dans un cas convenable , d'émiflé&ts théoriciens^ s'ils eussent à temps modifié leur existence. Céé changements de carrière devront même se réaliser souvent 4&iis le régime finale qui, retardant l'âge normal du sacerdoce^ liii permettra de se recruter parmi les praticiens susceptibles fTétre transformés , d'après l'uniformité de l'éducation fonda* urentale.

La présomption scientifique dédaigne trop la raison empirique , dont les succès indiquent quelquefois , aux vrais phi* loSophes , beaucoup plus dé puissance mentale que la plupart des travaux théoriques. Une insuffisante rationalité pousse même à redoubler les efforts intellectuels , en obligeant à in* doire péniblement ce qui pourrait être aisément déduit. Sans doute, les conceptions deviennent ainsi moins générales, et par suite moins cohérentes : mais elles sont souvent plus réelles et plus utiles. Quant à la force cérébrale qu'exigent M deût diarches, elle n'est certainement supérieure que

chez les génies exceptionnels auxquels Fensemble des destHnées Immaines réserve nos grandes découvertes abstraites

Il importait d'autant plus de rectifier ici les aberrations académiques sur une division absolue entre la raison tbéoriqae â la raison pratique qu'une telle opinion empêcherait toute salue appréciation de la hiérarchie humaine. Cet immense classe: ment , à quelque degré qu'on le développe , ne peut jamais offrir qu*une application de plus en plus circonscrite da priicipe manifesté d'abord par la décomposition fondamentale, comme en tout autre cas taxonomique. Il faut donc que ce principe comporte spontanément une longue suite de modifications croissantes. Or, cette condition est directement remplie par la théorie précédente sur la division nécessaire des deux puissances sociales 9 où je dois actuellement indiquer le type et la source de toute la hiérarchie humaine.

Le meilleur mode d'une telle appréciation consiste à choisiri parmi les cinq caractères comparatifs établis ci-dessus, celni qui dbtingue le pouvoir théorique d'après sa généralité supérieure. Il suffît maintenant de reconnaître la nature éminem* ment relative d'un pareil attribut ^ naturellement susceptible de nombreux degrés. On sent dès lors que toutes les autres divisions sociales dériveront de la principale en spécialisant de plus en plus les offices correspondants.

Mais il faut d'abord reconnaître que Tordre théorique ne comporte réellement aucune décomposition normale, en sorte que sa propre hiérarchie repose seulement sur la supériorité personnelle , d'ailleurs native ou acquise. Toute immuable répartition de sphères répugne à la nature pleinement synthétique de l'office sacerdotal, qui doit maintenir scrupuleusement intacte sa généralité caractéristique. G*est parce que le véritable esprit d'ensemble se trouve ainsi développé chez la classe d'élite que chacune des autres peut suivre librement son essor

vpéd^lf sans qu'une telle marche fasse jamais méconnaître l'harmonie universelle, dès lors dignement représentée. Le régime dispersif que l'élaboration abstraite subit de plus en plus ûepuls Textinction des pures théocraties ne convint réellement qu'à l'immense préambule analytique qui dut fournir la base objective de la synthèse finale. S'il pouvait devenir perpétuel , il constituerait l'anarchie théorique, et tendrait à détruire l'harmonie sociale. Mon ouvrage fondamental a pleinement démontré l'urçence de rallier la science réelle autour de son antique destination connais-ioi toi-même^ que la raison moderne fortifie en la complétant connais-toi pour (améliorer ^ ce qui consacre l'étude de l'ordre universel et de ses modifications. Il faut même renoncer, d'après mon discours préliminaire ^ à la division que j'avais conservée dans ce premier traité entre le génie scientifique et le génie esthétique , dont la séparation commença la rupture de l'unité théocratique. L'admirable régime synthétique qui d'abord surgit spontanément doit être enfin reconstruit systématiquement. Il deviendra même plus complet et plus homogène, en se purifiant de toute tendance à commander, qui, outre ses dangers moraux, y troublait habituellement les vues d'ensemble par d'urgentes sollicitudes de détail.

Après la séparation fondamentale entre le pouvoir théorique et le pouvoir pratique , toute la classification sociale consiste donc dans la décomposition graduelle de l'ordre temporel en vertu de sa spécialité nécessaire. Mais les degrés quelconques d'une telle hiérarchie résultent naturellement d'une application progressive du même principe universel de généralité décroissante et dépendance croissante , qui , à mon début philosophique, me fit découvrir la véritable échelle encyclopédique. Tous les rangs sociaux se distinguent ainsi les uns des autres, quoique d'une manière moins prononcée, d'après la loi qui sépare d'abord la classe contemplative de la masse active.

Ce décroissement graduel dans la généralité de voes propre à chaque office successif se manifeste aussitôt envers la BesAn activité collective qui fut réellement organisée jusqu'icL Li série des fonctions mililaircs présente tellement ce caractère qu'il y fournit toujours les titres usuels des principales auUh rites. Aussi chaque supérieur y devient-il envers ses subordoonés une sorte de chef spirituel , plus préoccupé de l'enseinUA que des détails^ et moins propre à Faction qu'à la spécnUtios* La hiérarchie industrielle, où la diversité des offices ^ n^turellement supérieure , et qui reste encore si confuséJOSiit instituée, ne semble pas comporter le même principe. Maisfl lui convient également, comme je l'expliquerai dans la f^ de ce traité, soit envers l'ordre final, soit quai^t à. son avifMr ment historique. Je dois ici me borner à l'indiquer pQorlef deux divisions principales , dont la combmaison normale #* termine l'ensemble de cet immense classement. D'abord i il repose sur la séparation universelle entre les entrepreneurs et les travailleurs. Or, en passant des premiers aux secpp^^» 09 voit clairement diminuer la généralité des vues et augmeiftfif l'indépendance des situations. La même gradation i^*ob^i ensuite envers les quatre classes essentielles dç cbefi^ ifi^ trîels, banquiers, commerçants, fabricants, et agriculteurs : elle y est toujours représentée par Taccroissement nomériqas. Quoique l'état empirique de ces diverses relations pr^iti^ ne leur permette point encore de manifester assez leur b^jrmwii définitive , elle est pourtant empreinte nécessairement dans totf ébauche spontanée. En appréciant Tordre normal , j'y r^é« senterai la loi naturelle du classement humain comme plui prononcée qu'aujourd'hui sous tous les aspects. Depni;^ te Grand -Prêtre de l'Humanité jusqu'au moindre labourenri b^ société finale offrira toujours une même hiérarc|4e, où l^fénéralité diminue graduellement, tandis que l'inidiépiendaiic^

augmente. La loi fondamentale de Tordre humain devient alofs on simple prolongement de celle qui régit Tordre universel, en faisant constamment dépendre les plus nobles phénomènes des plus grossiers.

Quand Téducation régénérée aura rendu cette conQe^ité fiatorelle suffisamment appréciable , elle développera partout la conviction habituelle que Tune de ces économies, quoique plip modifiable, n'est pas plus arbitraire que Tautre. En même iemj^, \2i parfaite homogénéité de la vraie hiérarchie sociale doit ^poser les impulsions personnelles h la respecter de plus en ploj. Car, chaque oQce y commande au suivant d'après jm n^Qiit exactement sembla])le à celui de sa propre obéissance eifyeirs le précédent. Nulle révolte ne peut donc éviter le reprpcbe d'inconséquence. Il serait ici superflu dlnsister sur Tin^portançe d'une telle uniforipité , pour consolider Torganisme collectif. Pn s'insurgcant contre les papes , les rois modernes ont fii|}lement suscita TjndiscipUne de leurs propres sujets.

(lais Torganîsation sociale reste néanmoin;^ assuji^ttija contlpaellement à des tendances anarchiques, qui , depuis Tabolitipn nécessaire du régime des castes, méritent la principale sollicitude du sacerdoce régulateur. En effet, la loi naturelle j^n classement humain ne concerne directement que la subordination des offices , sans Régler leur répartition effective efi^re 1^ chefs 4e famille. Cette distribution personnelle ne pouva|)t plp résulter de la seule naissance , chacun , la jugeant arbitraire , s'en plaint habituellement, et souvent à juste titre. Les ot^çps qui demandent beaucoup Tesprit d'ensemble échoient fréquemment à des intelligences fort étroites. Il en.est de même envers les qualités du cœur et du caractère. Quoique le perfectionnement du régime humain doive de plus en plus diminuer ces abus naturels» Us conserveront toujours assez de gravité pour exiger Vintenrention continue du pouvoir spirituel, suprême apprécia*

teur de toutes les relations sociales. Son principal remède doit consister à développer partout un juste mélange de résignaUon et de dignité , qui ^ faisant accepter sans aigreur des imperfections inévitables, compense rabaissement par Testime.

Les grandes améliorations que comporte la transmission personnelle des divers offices sociaux ne pourront jamais établir tme pleine harmonie entre la fonction et Torgane^ d'après Tindépendance qui carac^jérise les éléments de Têtre collectif. On troublerait sans cesse l'ordre social au lieu de le perfectionner, si notre principale sollicitude ne se dirigeait point vers remploi des forces quelconques , abstraction faite de leur origine, et même de leur siège. Car, notre intervention active comporte peu d'efficacité envers une telle répartition, dont les lois propres sont essentiellement inconnues jusqu'ici Quoique la raison moderne ne puisse plus l'attribuer à la capricieuse déesse que Dante y fait encore prévaloir, nous sommes loin de saisir Tenchainement réel qui détermine les divers avantages personnels, soit naturels, soit acquis. Mais nous pouvons déjà l'apprécier assez pour reconnaître notre impuissance nécessaire à modifier cette répartition spontanée autant que l'exigerait la bonne harmonie sociale.

Tous les succès pratiques, tant industriels que militaires, se trouvent gravement affectés par des conditions qui échapperont toujours à notre prévoyance , et que notre prudence peut seule utiliser. Les succès théoriques, quoique moins assujettis à ces influences fortuites, n'en sont pas entièrement exempts. Mais, parmi les conditions pleinement appréciables de chaque destinée personnelle , les plus considérables restent souvent insurmontables. Quelques facilités que l'essor social puisse jamais procurer aux expatriations volontaires, elles demeureront toujours exceptionnelles. La masse des hommes ne peut guère plus choisir son séjour que son siècle ; les heureux doivent seulement

plaindre et soulager les déshérités. Il y a souvent antant d'imperfection dans Tassemblage individuel des diverses qualités personnelles 5 physiques, intellectuelles, et morales. Nous ne pouvons modifier beaucoup que les conditions relatives à leur développement normal ; ce sage nivellement deviendra Tun des principaux bienfaits de l'éducation universelle.

Mais Tharmonie habituelle entre les fonctions et les fonctionnaires présentera toujours d'immenses imperfections. Quand même on voudrait mettre chacun à sa place ^ la courte durée de notre vie objective empêcherait nécessairement d'y parvenir, faute de pouvoir examiner assez les titres pour accomplir à temps les mutations. Il faut d'ailleurs reconnaître que la plupart des offices sociaux n'exigent aucune aptitude vraiment naturelle, qui ne puisse être pleinement compensée par un exercice convenable , dont rien ne saurait entièrement dispenser. Le meilleur organe ayant toujours besoin d'un apprentissage spécial, on devra beaucoup respecter toute possession effective, tant de fonctions que de capitaux, en reconnaissant combien cette sécurité personnelle importe à l'efficacité sociale. Au reste, il faudrait encore moins s'enorgueillir des qualités naturelles que des avantages acquis , puisque notre intervention s'y trouve moindre. Notre vrai mérite dépend donc surtout, comme notre bonheur, du digne emploi volontaire des forces quelconques que Tordre réel, tant artificiel que naturel, nous rend disponibles. Telle est la saine appréciation d'après laquelle le pouvoir spirituel doit continuellement inspirer aux individus et aux classes une sage résignation envers les imperfections nécessaires de rharmonie sociale, que sa complication supérieure expose à plus d'abus.

Cette conviction habituelle serait pourtant insuffisante pour contenir les réclamations anarchiques, si le sentiment qui peut les justifier ne recevait ^ en même temps, une certaine satisfac-

lion normale^ dignement réglée par le sacerdoce. SUe tétsIU de l'aptitude appréciatrice qui constitue directement le pifoofpal caractère du pouvoir spirituel , dont toutes les UmcOimfi sociales de conseil 5 de consécration, et de discipline, ^ 44rivent évidemment Or, cette appréciation , qui coœnienee nécessairement envers les offices, doit finalement s'étendre Jusqu'aux organes individuels. Le sacerdoce doit, sans doute, s'eiTorcer toujours de contenir des mutations personnelles, dont le libre cours deviendrait bientôt plus iùneste que les abus qui les auraient inspirées. Mais, il doit aussi construire et développer, par contraste à cet ordre objectif résuU4 de la puissance effective, un ordre subjectif fondé sur l'esUme personnelle , d'après une suffisante appréciation de tons les lUres individuels. Quoique ce second classement ne puisse ninedoife prévaloir jamais, sauf dans le culte sacré, sa juste opposition au premier y suscite les améliorations vraiment praticables, en consolant aussi des imperfections insurmontables.

La compétence directe et exclusive du pouvoir spifUnel p*exige , à cet égard , aucune explication. C'est par Ih «|*'U accomplit le mieux la destination caractéristique goe UA f4serve nécessairement Tensemble du régime coopiSraUf, fsn réglant la fonction générale qui accompagne li^aqiio ottpe social Immédiatement relative à la conservation et ji Vm^" lioration du grand organisme , cette commune attribolloo institue spontanément la concurrence universelle d'ai^ds lamelle le sacerdoce peut procéder au classement abstrait des b^dl^Mios. Car, il doit leur distribuer l'estime selpn l'aptitude totali ^e chacun d'eux à servir dignement l'Humanité. Sa pro^TO Situation sociale le dispose d'ailleurs à opposer autant que possibte cet ordre de considération à l'ordre de puissance résulté du classement concret des offices II finit même par le (Un 9^4valoir envers l'éternité subjective, quand il systémattli I4 idP-

frATIQCIJ& SOCIALE. — CHAPITRE CINQUIÈME. |tl

rification bumaine. Quoique Tantiquité ait souvent étendu jusqu'aux morts le classement imparfait des vivants^ le moyen âge tenta noblement une meilleure répartition , qui Ht sentir sans anarchie les vices de Tordre objectif. Mais cette attribu-

lion convient surtout à la religion positive^ seule capable d*^ tablir une saine appréciation sociale. En réglant la vie subjective, elle s'y trouve naturellement affrancbie des nécessités grossière3 qui fQnt si souvent prévaloir Tinfluence objective des situatioqs extérieures ou des u^oindres qualités personnelles. Quand cetti^ application décisive a propagé partout les vrais principes 49 meilleur classement humain , leur usage ne saurait se bomeF aux morts 5 et chacun retendrait aussi aux vivants ^ si le sacer* doce n'allait pas au-devant d'un tel besoin.

Cette extrême attribution , qui résume , au fond , toutes Içs autres , constitue réellement le plus difficile des devoirs ponjUr ficaux , comme exigeant les déterminations les plus pfréciseç. Après y avoir fait abstraction des divers avantages résultés djç chaque situation^ on y doit écarter aussi ceux qui proviennent de l'instruction ; puisque , sans être plus personnels , ils ne soi^^ guère moins fortuits jusqu'ici. Mais il faut encore s'abstenir diç juger les morts ou les vivants d'après les seules productions d^ leur existence effective ; car elles dépendent trop de la posi^pji^ dans le temps et dans l'espace , qui domine souvent les conditions vraiment individuelles. Telle est la triple écQrce que ^ sacerdoce doit habituellement percer pour instituer dignemepf le classement abstrait. Celte immense difficulté ne comportç même une pleine solution que quand l'appréciation pontificalç peut embrasser toute la carrière personnelle. Peu de types bumains sont assez caractérisés pour devenir vraiment jugeable^ avant que leur destinée se trouve accomplie. Il en résulte une nouvelle démonstration de l'impossibilité nécessaire de faire jam^ prévaloir objectivement l'ordre abstrait sur Torjijlire

concret Cet office sacerdotal est donc aussi celni de tons qui pourrait le plus dégénérer en tendance subversive ^ sila sagesse et la pureté n'y présidaient sans cesse. En même temps qu'il exige une application plus délicate de la doctrine universelle , il demande plus de calme dans le milieu correspondant De toutes les fonctions prop.es au grand organisme ^ c'est donc celle-là qui souffre le plus pendant les siècles anarchiques. Rien ne peut aujourd'hui contrister davantage un vrai philosophe que de voir souvent usurper la considération, presque autant que la puissance 5 par les plus indignes types, tandis que les meilleures natures restent méconnues ou comprimées, faute de toute discipline spirituelle.

Tel est le jugement universel qui, sagement accompli, constitue l'office sacerdotal le plus décisif , mais aussi le plus difficile à fonder et à développer. En résumant spontanément toutes les autres attributions du pouvoir spirituel , il caractérise mieux qu'aucune d'elles l'ensemble des conditions inteltectuelles et morales, propres à ce suprême organe de l'Humanité. La pleine indépendance sociale du sacerdoce et son entière abnégation politique se présentent ainsi comme pareillement indispensables à sa vraie destination. Ce but suppose également une digne prépondérance de Tesprit synthétique , consolidée et développée par une forte préparation encyclopédique , où domine toujours l'harmonie normale entre la science, l'art, et l'industrie. Mais l'intime consécration de l'intelligence au service continu de la sociabilité devient ainsi la principale obligation d'une classe qui, destinée à compléter et régler le grand organisme, y susciterait bientôt une profonde dissolution sans cette constante moralité.

Avant de quitter ce sujet , et par suite , de terminer le présent chapitre , je dois prévenir ou résoudre une grave difficulté , relative au prmcipe fondamental du classement posltit

STATIQUfi SOCIALE. — CHAPITRB CINQUIÈME. 3M

Elle résulte ici d'ane apparente contradiction entre deux appUcations connexes de ma loi hiérarchique.

Quand j'établis , au déhut de ce chapitre , la théorie positive des forces sociales, sur laquelle repose Tensemble de ma doctrine statique, j*y représentai leurs trois éléments, matériel, intellectuel, et moral, comme rangés suivant leur généralité décroissante. Or, maintenant le pouvoir spirituel est surtout proclamé le plus général de tous les appareils sociaux. La contradiction paraît directe, et même insurmontable. Mais, convenablement dissipée , elle doit fortifier le principe hiérarchique , et perfectionner son emploi quelconque.

Pour utiliser davantage cette explication philosophique , il faut d'abord remarquer que déjà quelques autres cas essentiels l'exigent également. Je Tai même signalée, quoique sous une forme trop confuse, dans mon ouvrage fondamental, envers le classement industriel. Le discours préliminaire du présent traité fournit un cas plus prononcé, d'après une apparente opposition entre la série esthétique et la série scientifique. Mais l'exemple actuel est le plus décisif de tous, comme semblant faire pénétrer l'incohérence dans la constitution propre d'une même théorie sociologique. C'est pourquoi la commune explication s'y trouvera mieux placée, sans qu'un tel retard ait empêché de résoudre ailleurs une difficulté restée inaperçue jusqu'icL

La solution consiste partout à distinguer deux sortes de généralité, l'une objective , l'autre subjective; c'est- à-dtre envers les phénomènes extérieurs et quant à nos propres conceptions. En considérant surtout la série fondamentale qui me fit découvrir, il 7 a trente ans, le vrai principe hiérarchique, on peut aisément reconnaître que le terme le plus compliqué s'y trouve à la fois le moins général objectivement et le plus général subjectivement Car, les phénomènes sociaux sont certainement les moinst universels de tous ; et pourtant les pensées qu'ils nous

M* fTSTiHf M MUT1Q0E POSRITC.

wmaieni offrent pliH de fénérallté qoe tooCes lef iotm^ pobqu'elles s'y mêlent toujonre. Aussi , peodaut la longue eii&oce de la raison huiualiie, individuelle ou collectlre, les noflM floelales sont-elles réputées mieux accessibles que lef tpécib^ tions astronomiques. Toutes les autres catégories nalardlo dotrent présenter, à de moindres degrés , un semblable e» traste. Partout la complication fait nécessairement cnMre b généralllé subjective et décroUre ta généralité objectfre Car, Tordre plus compliqué reposant toujours sur Tordre pios âB' pie, les idées qui concernent celui-ci résultent sans eeaie tme décomposition de celles que suscite l'autre* L'absurdité deisin éducation scientiflque , ob les études objectives ne sont jaauii précédées d'une Introduction subjective, empêche seule aofotf' d'hnl de saisir familièrement une telle conneiHé* Mais dk f devient Indirectement appréciable , d'après le trouble profeii et duralJe, non moins irrationnel qu'immoral, qui léuiMe de notre transplantation scolastique dans le domaine ■UiW' matique, quand on nous arracbe bnuquement an monde fodil' Ainsi , toute hiérarchie positive offre également le déeroM' ment continu de généralité , soit qu'on y procède du siuyie il composé , ou en sens inverse : seulement, la généralité ^j np* porte tant/^t aux phénomènes et aux étres^ tantôt aux peméet humaines. Mais l'Indépendance accomp^pie toujonn lagénéri' lité objective , tandb que ia noblesse se lie eonstanment 3^ la généralité subjective. L'ensemble de chaque hiérarchie téék établit donc une sorte de compensation nécessaire entré HK' vation et la dépendance. On en voit un exemple dédsif dattt k cas qui vient de me conduire à cette indispensable explication, sans laquelle ma philoviphie serait souvent d'une applIeallMi difficile et même équivoque. La puissance spirituelle surpaie toutes les autres en généralité subjective et en dignité sociale; laodto que la force matérielle est la plus générale nHeillUMH

STATlQin 80GiA£E. — eBAFITSB C11IQ01ÊM£. SS5

Il k jÊm tedépendaiite. Céa ponrqQC^ celle-d forme la base de la coDsCractton polittque dont celle-là défient le BormaL

ftar termiiiCT ce diairitre ^ il me reste seolement à caracté^ la mardie naturelle qui doit préparer le grand organisme 1 ta oottlHution propre^ qn'U fallait d*abord apprécier id sans iMim ^ard à son arénement. Mais, qnoiqae cette explication cnèplAiientaire soit indispensable à ma théorie statlqae , elle Wj saurait être qn'indiqaée sommairement. Je vais donc en pMr imlqiiement le principe général , dont le développement fhifpre appartient à la sociologie dynamique.

bette préparation nécessaire de l'organisme collectif se râpfirte i la même théorie élémentaire des forces sociales qai fient d'eq>Uqner son état normal D'après les trois éléments , ittférld^ Intellectnel , et moral, propres à tonte puissance lÉâûbiê^ notre frai régime est caractérisé par l'intime con- Hmn des deux derniers pour modifier de plus en plus la prélôidérance constante du premier. Mais si , an contraire , le iéMlMI Slélnettt se combine avec le premier, il en résulte notre iSimUtation préliminaire , oii le troisième est directement néfilgé^ quoiqu'il y exerce implicitement son inaltérable in- ■Éence*

i>ans cette alliance initiale , il fadl distinguer deux modes , Pan tbéocratique , l'autre militaire ; suivant que l'esprit parvient à maîtriser la force , ou se met à son service. Tous deox sont également , quoique différemment , indispensables à Et destination principale dn régime préliminaire , le développement décisif des divers attributs humains , en négligeant leur diidj^e définitive.

On ne satvalt régler, en effet, que des pouvoirs préexistants; iaof les cas d'Illurion métaphysique , où l'on croit les créer à rare qa*on les définit. Toute systématisation prématurée

336 systLme de politique positive.

manquerait d'ailleurs de base autant que de but , faute d'ui suffisant essor de Vêlement moral qui doit toujours Tinspirer. Mais elle deviendrait même incompatible avec le développement des forces réelles. D'après Timmense difficulté que présentent nécessairement la formation des grandes sociétés humaines et rétablissement de la subordination qui les rend durables , on doit se féliciter que nos dispositions spontanées tendent d*abord à fortifier au lieu de régler. Âu premier chapitre de ce volume 9 j'ai signalé l'inanité des déclamations monothéiques contre la prétendue immoralité du régime polythéique , en montrant qu*il fallait laisser librement surgir nos divers penchants avant de pouvoir les discipliner. Une semblable appréciation convient également à tous les autres aspects dn grand organisme.

Mais 5 d'un autre côté , ce régime primitif est nécessairement temporaire , comme étant trop peu conforme aux lois essentielles de la nature humaine , tant individuelle que collective. Si Te^sor de nos forces doit d'abord nous préoccuper, il fùut bi^ que leur discipline finisse par prévaloir, puisque notre bonbeuTi privé ou public^ en dépend surtout. Or, cet état normal exige que Tesprit passe au service du cœur, au lieu de rester combiné avec la force. Sous une telle inspiration , il peut employer ses lumières à construire , d'après Texpérience acquise spontanément, la discipline systématique qui convient le mieux à l'ensemble de notre nature. Cette nouvelle destination devient naturellement la plus conforme à sa propre ambition , que le joug du cœur satisfait davantage que celui de la force, comme étant à la fois plus noble et moins impérieux.

Quoique l'intelligence regrette longtemps sa domhiation théocratique , elle finit par en reconnaître sincèrement la destinée passagère, et même la tendance corruptrice. Dès le moyen âge , avant que la doctrine et le milieu pussent devenb*

STATIQUE SOCiALii. — CHAPITRE CINQUIÈME. 537

assez favorables 5 on voit, chez les grandes âmes, Tcsprit aspirer noblement à son principal office , en disciplinant , sans Qsnrpation comme sans faiblesse , la prépondérance matérielle. L'inévitable avortement de celte admirable tentative le conduisit ensuite , il est vrai , à reprendre ses anciennes tendances pédantocratiques , qui n'étaient point encore appréciables d'après une saine théorie de la nature humaine. Mais, dans ses vains efforts pour maîtriser de nouveau la puissance matérielle , il ne parvint qu'à la décomposer, en dissolvant les Uens indispensables, de manière à compromettre l'ensemble des résultats propres au régime préparatoire. Son impuissance et son repentir l'amènent aujourd'hui, chez les vrais penseurs, qui sauront bien contenir les faux, à reconstruire enfin , sur de meilleures bases, intellectuelles et sociales, la synthèse universelle tentée au moyen âge. Je devais ici caractériser directement cet état normal , quant à la constitution fondamentale de l'organisme collectif. Le chapitre suivant doit compléter cette détermination , par l'appréciation générale de l'existence qui correspond à une telle structure.

Afin de mieux indiquer toute la portée de la théorie abstraite des forces sociales, sur laquelle repose l'ensemble du chapitre que j'achève, je termine en signalant son aptitude à caractériser même l'ordre subjectif qui succède à l'ordre objectif. En effet , d'après cette théorie élémentahre , on peut concevoir trois régimes humains, suivant que le régulateur universel émane de la force, de l'esprit, ou du cœur. Le premier dirige notre préparation nécessaire , en présidant au libre essor de tous nos moyens. Quand ils ont assez surgi pour devenir disci* plinables, le second régime institue finalement leur systématisation objective. Mais cet état normal , toujours réduit à modifier dignement le règne spontané qu'une grossière nécessité assure à la force , ne saurait jamais satisfaire pleinement no9

voeut légitimes, qui poursuivent sans cesse la juste prépondérance du cœur. Cet ascendant si désirable devient enfin le caractère essentiel du troisième régime humain^ qui ôonvientsea letiient à notre vie subjective, spécialement caractérisée dans le damier volume de ce traité.

STATIQUE SOCULE. — CHAPITRE SIXIÈME. aSQ

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