‹ Système de politique positive (volume 5)Chapitre 17 sur 20 · THÉORIE POSITIVE DE L'EXISTENCE SOCULE, SYSTÉMATISÉE PAR LE SACERDOCE · texte numérisé non relu

THÉORIE POSITIVE DE L'EXISTENCE SOCULE, SYSTÉMATISÉE PAR LE SACERDOCE

Uû tel sujet semble d'abord ou rentrer dans la théorie statkpïé que je viens d'établir, ou convenir à la destination dynamique du volume suivant. La nature propre de ce chapitre se trouvera suffisamment définie, quand cette incertitude pré* ttminaire sera convenablement dissipée, d'après une dislinction décisive.

Envers tout être vivant , il faut introduire , entre les idées connexes d'organisation et de vie , une idée intermédiaire , trop vaguement conçue jusqu'ici , à laquelle on doit réserver U nom spécial d*existence. Applicable à toutes les substances réelles , crtte dénomination indique toujours leur activité propre et continue. En biologie , elle correspond à ce qu'offre de fixe chaque système de phénomènes vitaux : ou la vie de chaque être consiste dans la série des modifications qu'éprouve son existence. Cette distinction générale devient de plus en plus prononcée, à mesure qu'on s'élève à des organismes plus complexes et plus modifiables. Sa principale application appartient à la sociologie, où elle prévaut réellement, quoique sous une forme implicite, depuis qu'Aristote y fonda la théorie <îe Tordre

S&û SÏSIÈME DE POLITIQUE fOSlTIVE.

sans concevoir aucunement celle du progrès , réservée à la raison moderne. Tant que ]a science traita les sociétés humaines comme immobiles ^ elle ne dut pas leur étendre le nom de vie, qui rappelle aussitôt une suite de changements aboutissant toujours à la mort. Cette qualification n'y convient que depuis Favénement décisif de la notion du progrès continu. Le terme général d'existence était donc préférable envers l'activité fondamentale du grand organisme. Or, tel est le point de vae propre au volume actuel y oii je ne devais d'abord étudie a structure de Têtre collectif qu'afin d'apprécier ensuite l'en semble de ses fonctions essentielles. La statique sociale ne doit jamais séparer les notions connexes d'organisation et d'activité. Seulement elle se borne à étudier, sous le nom d'existence , l'activité commune à tous les lieux et même à tous les temps, en réservant à la sociologie dynamique cette double source de modifications normales, d'où résulte alors la vie propromeut dite.

Dans la nature inerte, l'activité d'un système quelconque tend à détruire sa structure , même en mécanique. Mais ces deux attributs deviennent , au contraire , profondément solidaires chez tous les êtres vivants , entre les limites normales d'intensité et de durée propres à chaque cas. La structure ne s'y développe, et même ne s'y maintient , que d'après ractivité correspondante. Toujours l'extension et la complication de Tune accompagnent celles de l'autre , en montant l'échelle générale des êtres. C'est pourquoi leur liaison la plus complète conviait à l'organisme collectif. Quand l'activité n'y est envisagée qae conune tendant à conserver la structure, son étude appartient au domaine statique. Lorsqu'on y voit la source du développement, elle convient au domaine dynamique. Il faut donc concevoir ce chapitre comme instituant une transition nécessaire entre celui qui précède et le volume suivant. Après avoir ca-*

STATIQUE SOCIALE. — CHAPITRE SIXIÈME. S&i

ractérisé la structure de Tétre collectif, je dois apprécier son exfetence, avant d'examiner sa vie. L'étude statique resterait trop incomplète, et l'étude dynamique trop peu préparée, sans une telle iotercalation , qui ne doit oiTrir ni répétition ni anticipation.

Pour mieux constituer cette doctrine intermédiaire , je dois d'abord combiner davantage les notions fondamentales du chairiltre précédent sur les trois modes coexistants propres à l'as* sociaUon humaine. Nous avons reconnu que tout homme appartient à la fois , par le sentiment à une famille déterminée , par l'activité à une certaine cité, et par Tintelligence à quelque Église. En étudiant la simple structure , il étail superflu d'exa^ miner laquelle doit prévaloû* de ces trois sociétés simultanées. Mais on ne saurait apprécier nettement l'existence sans avoir préalablement établi leur subordination naturelle. Il faut donc décider maintenant la question abstraite de prépondérance normale entre la société domestique, la société civile ou politique, et la société religieuse.

Or, cette détermination préliminaire résulte spontanément de la théorie fondamentale de la nature humaine, qui, subordonnant l'existence cérébrale à l'existence corporelle, fait toujours prévaloir l'activité sur linteliigence , et même sur le sentiment. C'est donc à la cité , organe essentiel de la coopération active, qu'il faut surtout rapporter l'homme, mais en la concevant sans cesse comme préparée par la famille , et complétée par l'Église. Quoique ia société politique soit nécessairement composée de sociétés domestiques , la première détermine seule l'ensemble de l'existence propre à chacune des autres, d'après la répartition générale des travaux humains, qui domine partout leurs destinées respectives. Irrécusable dès le premier essor de notre^civilisation , cette prépondérance normale devient de plus en plus prononcée , à mesure que se dé-

Sftft SYSTÈME DE POLITIQUE POSITITE.

doit , au contraire , le fortifier beaucoup , en permettant de réduire chaque société politique à l'extension naturelle qui loi procurera le plus de consistance. Toutes les notions vicieuses ou confuses qui dominent encore à cet égard sont seulement dues aux préjugés métaphysiques sur la suprématie de TinteU ligence et à l'impuissant dédain du monothéisme envers l'existence réelle. Mais la religion positive vient aujourd'hui constituer une irrévocable harmonie entre la saine appréciation théorique et ia sagesse pratique , en rapportant Tensemble de la doctrine sociologique à l'association moyenne. Envers ce centre nécessaire , qui représente la domination naturelle de Tactivité , l'association moins étendue et celle qui l'est davantage fournissent respectivement une indispensable préparation affective et un digne complément intellectuel Telle devient finalement la conception synthétique d'après laquelle je dois ici procéder à l'étude abstraite de l'existence sociale , en destinant toujours l'Église à systématiser la famille et la cité.

Cette destination normale, loin d'être aucunement défavorable au propre essor de la religion , doit beaucoup le consolider et le développer^ en liant directement la société religieuse aux deux autres sociétés humaines. Le théologisme fut, sans doute, trop chimérique et trop absolu pour jamais s'adapter convenablement à ia double systématisation sociale. Mais elle constitue tellement le principal office de la religion qu'on voit toujours le sacerdoce s'efforcer de l'accomplir, surtout pendant la vraie splendeur des théocraties initiales. Seulement il est alors obligé de surmonter, par sa propre sagesse , qui fut si longtemps le digne organe de l'instinct universel , les vices radicaux d'une doctrine profondément hétérogène à l'existence qu'elle doit régler. Le positivisme , d'après sa réalité et sa plénitude caractéristiques, devient, au contraire, dhrectement apte à cette noble destination Car» il institue une exacte harmonie entr.*

les iodkations pratiques et les conceptions tiiéoriques , au lieu d'ei^r que celles-là rectiflent péniblement celles-ci. Toutefois y cette supériorité nécessaire de la doctrine finale doit désormais augmenter notre respectueuse admiration pour la sagesse sacerdotale qui sut tant utiliser une doctrine très-imparfaite.

Dans l'état normal, la religion, due à l'ensemble des méditations du vrai Grand-Être 5 surpasse nécessairement un sacerdoce qui ne saurait jamais se tenir suffisamment au niveau de sa difficHe mission. Mais, malgré les préjugés modernes, l'inverse eut certainement lieu pendant la majeure partie du régime préliminaire, même théocratique , et surtout catholique ; c'est-à-dire , jusqu'à ce que le sacerdoce y devint rétrograde. Sa haute raison utilisa heureusement le vague presque Indéfini de la doctrine qu'il se trouva forcé d'employer, pour en tirer des conséquences favorables à Toffice social dont il resta toujours préoccupé. Je dois ici me contenter d'un seul exemple caractéristique, en indiquant la grande controverse qui surgit, vers le milieu du moyen âge , sur la prédestination tbéologique. Les partisans de la double prédestination étaient logiquement supérieurs à leurs adversaires, qui tous, admettant la prédestinatiou des élus, devaient se sentir ainsi conduits à consacrer aussi celle des damnés. Mais les dangers moraux et sociaux de ce dernier dogme devenaient, d'un autre côté, tellement prononcés que la folle obstination d'une aveugle rationalité put seule inspirer ou soutenir une semblable hérésie. En appuyant Torthodoxie , Us bons esprits durent alors se borner à tirer d'un tel contraste une nouvelle confirmation du déclin nécessaire et prochain d'une doctrine non moins incapable de surmonter la discussion que de l'interdire. Des exemples équivalents se présenteront souvent dans mon troisième volume, envers l'appréciation sociologique des principaux dogmes du catholicisme occidental. Mais une tendance analogue devient

encore plus décisive, quand on peut l'observer chei les aa-* tiques théocraties 9 pendant la longue durée de leur splendeur sociale. Car, alors la sagesse sacerdotale, outre les aberratioiia propres à sa doctrine théologique, dut éviter aussi les puissantes séductions de l'autorité politique qui s'y trouvait {Mrofondémènt annexée.

La supériorité théorique du positivisme ne doit donc susciter aucune illusion historique sur Tolfice social de la religion , qui ne saurait dater de l'époque où il peut être convenableipent e&ercé. Au fond, cette grande destination n'a jamais cessé d'exister, au moins depuis Tavénement des théocraties, même purement fétichiques. Car, l'humanité ne saurait créer aqcune institution vraiment fondamentale, dont son état le plus mdlmentaire n'offrirait point le germe nécessaire , d'après l'iâentiié radicale de notre nature, assujettie seulement à un développement graduel. Le positivisme ne serait pas la vraie religion, s'il ne pouvait toujours accepter pleinement la succession du théologisme, et même du fétichisme , qui durent étre^ à tous égards , ses précurseurs naturels. Il vient seulement systématiser l'état définitif qui résulta spontanément de l'ensemble de la préparation humaine. Mais son sacerdoce serait indigne d'une telle mission , si d'abord il ne surmontait pas asses l'anarchie moderne pour éprouver une constante vénération envers la profonde supériorité personnelle, tant morale que mentale, des anciens types pontificaux.

Néanmoins , la sociologie statique , qui doit toujours écairter essentiellement les questions d'avènement, se trouve nuturellemeut conduite aujourd'hui à construire la théorie abstraite de l'existence sociale d'après l'état le plus propre à la caractériser nettement. Toutefois , ce régime final ne saurait être id considéré que dans son économie la plus fondamentale, dont toutes les dispositions essentielles sont nécessairement corn-

Hiieft à tous les temps et à tous les lieux , en tant qu'inhérentes à l'association humaine. Le tome suivant en offrira la vérifi* cation spéciale 5 soit en appréciant leurs premiers rudiments , soit en expliquant leur essor graduel Dès lors, mon volume final n'aura plus qu'à développer directement leur pleine matarifé normale. Telle est toigours l'intime solidarité naturelle des trois parties essentielles de ma grande construction sociologique, d'après la théorie positive de l'unité humaine , qui en caractérise le début.

Gela posé y Je puis maintenant définir avec précision Tensem- Ue du cliapitre actuel, en le représentant comme la suite nécessaire et le complément normal cUi précédent. £n effet, câlul-ci prenant toujours la famille pour le véritable élément de la société, conduit la théorie abstraite de l'organisme eollectif jusqu'à l'essor distinct de la société religieuse, qui OûBstitue le plus haut degré de l'association humaine. L'orgsfnisation de l'être composé devenant ainsi complète , je dois maintenant apprécier son existence générale. Une telle appré*dation se rapportera naturellement à l'état adulte , afin d'éviter tonte complication superflue envers la plus difficile des études scientifiques. Mais ce procédé logique se trouve déjà motivé ntftoamment d'après l'exemple unanime que fournit la biolo- |[ie, soit dynamique, soit même purement statique. Il serait étrange de prendre moins de précautions théoriques quand le cas se complique davantage. Toutefois, je sens que l'apparente nouveauté d'une telle méthode doit susciter ici de graves embarras passagers , d'après l'insuffisante préparation encyclopédique des lecteurs actuels. La seule concession que je leur demande consiste à ne juger le présent volume, principal fondement de tout ce traité, qu'après une seconde lecture, quand ils auront pu d'abord saisir assez l'ensemble de mon ouvrage. Un c^rit sérieux étant toujours accoutumé niaiutennnt à pro-

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Céder ainsi dans les moindres études scientifiques , j'ose eqiérer qu'une équivalente sagesse sera désormais étendue convenablement jusqu'aux plus éminentes. Je ne pourrais avoir aocon égard à toute appréciation qui n'aurait point assez rempli cette évidente prescription logique. Mais, pourvu qu'on s'y conforme dignement 9 je crois pouvoir assurer déjà que les deux volumes suivants dissiperont spontanément les principales diflBcultés qoe devra laisser presque toujours la première lecture de celul-di d'après l'abstraction inusitée qui lui convient.

Pour que l'avènement de la société religieuse puisse Traiment caractériser la pleine maturité propre à l'organisme collectifi il faut qu'elle devienne nettement distincte de la sodété politique, en acquérant 5 suivant sa nature , une extension haUuellement supérieure. Or, cette condition, quoique déjà sensible spontanément chez la plupart des antiques théocraties, et ensuite dans la Grèce , y conserve encore une apparence fiH^ tuite , qui ne cesse irrévocablement qu'au moyen âge. La distinction ne devient même décisive qu'en Occident , û*spTès la séparation fondamentale entre le sacerdoce et le gouvernement, jamais accomplie par le monothéisme musulman , nulgré la diversité prononcée des populations qu'il embrassa sans les unir. Mais il suffit à la statique sociale de pouvoir citer Ustoriquement un seul cas important, pour statuer abstraitement envers l'état général dont ce cas , quoique passager, consUtne nécessairement l'annonce normale. Une telle confiance logiqne convient d'autant mieux à la sociologie que tous les graves abus en seraient bientôt signalés par la théorie préliminaire de la nature humaine , qui doit toujours dominer ou contrôler les spéculations quelconques de la science finale.

La séparation des deux pouvoirs spirituel et temporel constitue donc le vrai caractère de la pleine maturité propre à l'organisme social, jusqu'alors trop peu complet pour que son

existence générale devienne assez appréciable. En effet , c'est seulement ainsi que Tassociation humaine se distingue radicalement des plus hautes sociétés animales. Celles-ci nous offrent souvent une existence domestique vraiment analogue à la nôtre, et quelquefois les rudiments d'une véritable existence civile, même permanente , qui se développerait davantage sans notre exclusive suprématie. Mais aucune ne combine assez la sociabQité avec Tintelligence pour constituer jamais une association religieuse y où la seule communauté des opinions tende à lier des groupes plus étendus que ceux qui résultent de la sympathie des affections ou de la coopération des activités. Toutefois, je dois ici rappeler spécialement à l'orgueil humain les réflexions générales du volume précédent sur Tappréciation trop précipitée des natures inférieures à la nôtre. Car, nous sommes aind conduits souvent à confondre un simple arrêt de développement , dû surtout aux obstacles extérieurs , avec une véritable impuissance organique. On peut d'autant mieux le craindre en- Ters le cas actuel que jamais la religion ne se manifeste chez notre espèce qu'après une longue durée de l'existence sociale , toujours interdite aux autres races. La famille , et même la propriété, au moins collective, précèdent et préparent nécessairement son avènement propre , considéré sous l'aspect sociaL Quant à sa source intellectuelle , la religion humaine diffère trop peu des théories analogues qui surgissent chez les autres intelligences animales, tant que notre fétichisme spontané ne parvient point jusqu'à l'astrolâtrie, que le leur n'attehit jamais. Néanmoins, sans rien prononcer ici sur la nature de ces différences û mal étudiées encore ., leur réalité demeure incontestable, et cela me suffit pour mieux indiquer l'extrême importance d*un tel caractère , dont les résultais accumulés surpassent beaucoup sa valeur directe.

Aussi, quelque tardive qu'en doive être la manifestation dé-

S50 SYSTÈME DE POLITIQUE POSmYS.

Oisive f il se fait déjà sentir implicitement dès le premier essor de la civilisation humaine. La constante rivalité des prêtres et des guerriers, d'après la nature également absolue de la doctrine si>éculative et de l'activité collective qui prévalent alors, n'empêchent point l'analyse sociologique d'y déniMer ai^oard'hui la distinction réelle des deux grands pouvoirs sodaox. Ib n'auraient jamais fini par se séparer irrévocablement^ si d'abord - Ils n'eussent été radicalement distincts, même quand leurs pitaidpaux organes coïncidaient spontanément. Une vataoïe appréciation métaphysique , toujours disposée à prendre la fome pour le fond , peut seule ériger cette séparation eflGecttve en souree essentielle de la diversité nécessaire d'où elle proviiiC en cm opportun.

Tant que l'organisme social ne s'est pas développé Jusqa'à constituer un sacerdoce distinct, il reste trop loin de l'état adulte pour que l'existence collective devienne convenabloBMnt jugeable. Car, son caractère demeure encore trop spontané, même quand une cité permanente réunit déjà les familles élémentaires. En effet, la double prépondérance nécessaire éd l'esprit d'ensemble sur l'écrit de détail et de la sociabUité sur la personnalité manque jusqu'alors d'un organe propre. Or, tel est pourtant le caractère normal de toute véritable aSsodatlim, toujours exposée, sans ce complément d'organisation, anx dislocations intimes que suscite spontanément la spédidlsatloD croissante des offices humains.

Le seul principe d'Aristote suffit donc pour motiver la s^ration définitive entre le sacerdoce et le gouvernement, quand on pousse cette admirable conception statique jusqu'à ses dernières conséquences normales. Car, le régime de la coopération active, propre à la société civile, y devient une source continue de divergences , mentales et morales , qui tendndent à détruire une telle association , si sa conservation n'était con-

VTATUiûE dOCIÂLE. — CHAPITRE SIXIÈME. $51

teMblemait assurée par an appareil de systématisation. Ainsi , le principe de la vraie séparation des offices peut fonder déflidtiTement l'ensemble de la statique sociale , comme je l'an- Boilçai dans le chapitre précédent. Cette précieuse unité de la sod<docrle statique y dont la sociologie dynamique n'offrira réel* tnftent que le développement nécessaire^ se trouve maintenant établie irrévocablement. En effet, le même principe d'après leqaéi on explique communément les premières ébauches de l'ajmdation civile , devient id la base définitive à laquelle Je pois désormais rapporter toute la théorie du précédent chapitre sur la plus éminente production sociale. Une telle con- MÙSé se trouve d'autant mieux assurée que le début du chaplffe actuel représente déjà cette société moyenne comme le vrai centre normal de l'ensemble des conceptions sociologiques. Pal9l|iie l'église doit, autant que la famille, se rapporter toujours à la cité , quoique sous un tout autre aspect , le principe d'abord construit envers le seul point de vue civique devait donc finir par embrasser aussi les deux associations extrêmes. Quoique son incomparable fondateur ne puisse avoir aucunement pressenti ces conséquences trop lointaines, et d'ailleurs trop eontrahres à la civilisation contemporaine , une telle apprédation m'autorise de plus en plus à ériger Aristote en créateur de la statique sociale. Dans ma construction décisive de la science finale, la seule part qui me convienne exclusivement, outre l'eteor systématique des déductions normales, résulte de la Séconvérte de ma double loi d'évolution , qui me permit de Combiner enfin la théorie du progrès avec celle de Tordre. Hais Tensemble de ce traité , tout en faisant apprécier la portée de cette conception fondamentale, inspirera, j'espère, une nouvelle vénération pour le prince étemel des vrais philosophes, dont le moyen âge, si dignement résumé par Dante, sentit seul l'admhrable suprématie.

D'après toutes les indications précédentes, la théorie abstraite de Tcxistence sociale ne saurait être mieux conçue et exposée qu'en appréciant comment l'église systématise la famille et la cité. Car, le sacerdoce ne peut remplir un tel office qu'en instituant et propageant une juste notion générale de cette double économie. Une telle conception n'a pu, sans doute ^ devenir vraiment positive que de nos jours. Mais les fictions théologiques qui Fenveloppèrent si longtemps ne pouvaient empêcher radicalement sa principale efficacité , quoiqu'elles dussent beaucoup l'altérer.

Il ne faut jamais exagérer la nouveauté réelle de la formule sacrée des positivistes , que je destinai toujours à représenter l'ensemble de l'existence humaine, individuelle ou collective, et chacun de ses modes essentiels : V Amour pour princip9', l* Ordre pour base; et le Progrès pour but. Un tel tableau n'est vraiment neuf que dans sa construction systématique : mais les plus anciennes ébauches en représentent nécessahrement le fond spontané , qui résulte directement de notre immuable nature. Gela devient évident quant au moyen terme , par lequel la formule commença chez les antiques théocraties, où il enveloppait les deux autres sans les dissimuler. Envers le premier, j'ai déjà noté que l'influence continue des affections bienveillantes ne date pas de leur récente appréciation théorique. Avant que la doctrine religieuse pût les consacrer, leur existence était pleinement reconnue par tous les esprits qui ne s'assi^ettis* saient point à la coordination systématique, et surtout chei les anciens poëtcs. On peut même porter un jugement analogie à l'égard du dernier terme de cette formule, malgré l'opinicm longtemps consacrée sur l'immobilité de l'ordre humain. Dans l'existence privée, la poursuite continue du progrès moral est déjà représentée comme le noble but de l'humanité, par les plus antiques monuments de notre sagesse, les admirables livres

STATIQUE SOGULfi. — CBAP(TBB SIXIÈME. 9S3

Df^pm k 1a théocratie hébraïque. Qifapt à la vie publique , Iq 8efii|inent (l'upe seniblable destination se trouve pareiUefpent ii)(|)gpé, aa9sitôt que surgit me véritable activité collective , Bar le }ibre essor du régime nûlitaire, inspirant toujours la peu- SjSe aniverselle d'une croissante domination. Aipsi, la formule qpi coQYient explicitement à Tétat adulte dç rhumanité 9-appUflll^ aussi ^ quoique implicitement^ à son enfance et k son si^plfi^çepce , qu'elle rend mieux appréciables.

Qo reconnaît également que la constitution normale du sar (^fdoce^ malgré sa réalisation très- tardive , se retrouve » au fond, d2|ps les plus antiques tentatives de systématisation buntaine ; car elle correspond à une constante destination sociale^ d'après uue nature non moins fixe. Chacune de ses conditions ^sseptielles se trouve spontanément appréciée de très-bonne heure 9 qi^oique leur coordination systématique ne pût s'accompljf: avant moi. La plus décisive de toutes, une sincère et cqur stf^nte r^npnciation à la grandeur, et même à la richesse , fut tofijoars sentie empiriquement, soit par les dignes types sacerdotaux , soit d'après Tinstinct universel , comme autant indispensable à l'esprit qu'au cœur. £n subissant la fatalité historique qui l'entraînait à violer enfin cette prescription fondamentale, en vertu même de la précocité de son admirable tfuitative, }e catholicisme du moyen âge y craignit une source trop réelle d'intime dégénération. Quand ce sacerdoce, d'après unci nécessité temporaire mais irrésistible , expliquée au volume suivant^ s'imposa la règle du célibat, il sentit encore mieux que cettç exception était directement contraire à la loi naturelle qoi érige les affections domestiques en source et garantie du vrai sentiment social. Car, la sagesse théocratique , vulgarisée piur la poésie ancienne , ne pouvait laisser, à cet égard , aucun doute essentiel.

En^n p si Ton considère la constitution du pouvoir spirituel ,

55/i SYSTËME DE POLITIQUE POSITIVE.

non-seulement en elle-même , mais aussi qaant à son double appui social 9 on voit qae les indications de mon discours préliminaire envers le régime flnal furent toujours senties spontanément. Malgré Tinfériorité de la condition civile des femmes chez les anciens , l'affinité naturelle du sexe aiTectif envers la classe contemplative 5 et leur commune opposition à la prépondérance matérielle y n'ont jamais cessé d'offrir au sacerdoce un prédeux auxiliaire. Longtemps avant le moyen âge , qui seul émancipa dignement la femme , les tliéocraties de TÉgypte , de la Ghaldée, et de Flnde^ comme ensuite celles du Mexique et du Pérou^ utilisèrent profondément cette assistance domestique pour mieux remplir leur office social. 11 en est de même envers Ténergique appui populaire , dont le plein essor dut être encore plus tardif. Dès le premier âge théocratique , la décomposition naturelle de la force matérielle en concentrée et dispersée, expliquée au ciiapitre précédent^ fournit au sacerdoce un secours analogue à celui du prolétariat moderne , et seulement moins développé. Le régime militaire ne put même empêcln;r une semblable influence, qui poussa si fréquemment les 'soldats contre les officiers^ d'après les instigations ^ souvent légitimes, des prêtres de la haute antiquité.

Sous tous les rapports, on doit donc éviter soigneusement la tendance métaphysique qui dispose à confondre l'avènement systématique des diverses institutions humaines avec leur essor spontané, toujours aussi ancien que notre civilisation. L'esprit positif prescrit au nouveau sacerdoce de concevoir, au contraire, toute systématisation comme fondée sur une longue préexistence empirique. Au fond, la constitution propre du vrai pouvoir spirituel , celui qui modifie les volontés sans commander les actes^ dut toujours être esseuliellement la même. Seulement elle n'a pu devenir que fort tard pleinement'systématique, en se dégageant assez des fictions mystiques qui dissimulaient sa destination ao-

dale. Elle est donc aujourd'hui plus directe et plus complète ^ dès lors mieux appréciable. Mais, après l'avoir ainsi saisie dans le cas le plus favorable à sa vraie manifestation , nous pouvons et nous devons transporter ce type à tous les âges antérieurs , afin d'en éclaircir l'étude positive. Une puissante considération morale confirme aussitôt cette obligation rationnelle^ en impo- sant au sacerdoce positiviste une généreuse solidarité envers l'ensemble de ses précurseurs théologistes, et même fétichistes. La religion qui développe le mieux la conception et le sentiment de la continuité humaine prescrit naturellement à ses ministres de se regarder toujours comme les héritiers de l'ensemble des sacerdoces antérieurs* Sans cette constante disposition d'esprit et de cœur, ils ne pourraient pas même étendre aujourd'hui leur notion du vrai Grand-Être à toute la planète humaine, dont les divers territoires offrent encore des distinctions religieuses analogues à celles des diflërents âges sociaux.

Ces explications préliminaires m'autorisent enfin à me servir librement de l'état adulte de l'humanité, afin de mieux caractériser abstraitement l'ensemble de son existence sociale, systématisée par le sacerdoce. L'ordre normal est assez indiqué d'avance par mon discours préliminaire ^ pour que je puisse ici l'employer à faciliter une telle appréciation statique , où l'on devra toujours faire abstraction du temps et du mode propres à son avènement concret. Néanmoins^ il ne doit être maintenant considéré que dans ses dispositions les plus fondamentales, qui correspondent au seul besoin de la conservation , en écartant celui du développement, sauf comme but nécessaire de l'existence proprement dite.

Le principe général de cette systématisation de l'existence sociale par le sacerdoce consiste à former et propager la double notion positive de l'ordre humain , individuel ou collectif, et de

^55 «Y^XkllË pi; POLITIQUE POSITHE.

Tordre universel qui le domine. Tel fut le fond essçnttel d9 toute doctrine yr^Unent religieuse 5 sous les fictions hétérogène^ qi^'exigeait )e régime propre à notre lopgue enfance. Avant mO(n^ que notre civilisation ait assez duré pour susciter on v^rif2)|)le |)esoin de systématisation quelconque ^ chaque f^Qiille ^\ cliaque cité naissante se sentent doublement assujetties if 4ei iAflnepcg? insurmontables 5 les unes artificielles , les autres na: tiir^ U?s, Non-seulement on reconnaît partout la prépondérance çontipue de Tordre extérieur; mais aussi chaque génératipn se sent d^à vivre sous Tirrésistible pression de Tensemble de; précédente : et même cette fatalité se trouve ordinairement appréciée avapt Tautre. Toute doctrine qui aspire à mpdi^^ )|3S yplqn^é^ humaines doit offrir une explication quelconque 4^ c^ doqble joug ; en sorte que chaque croyant puisse concevoir sa relatiop prppfe avec Tensemble qu'il concourt involoptairepiept ^ fpriiier on à maintenir. Sans une telle conditipUi qH| suppose une étude simultanée du monde et de Thumanité, a]^- C^tue religipn ne pourrait ^çqnérii^ le libre assentiment QP'extge son ^Çcacité sociaje. Mais ^qssi quand ell^ est remplie , autapt qife le comporte la civilisation correspondante ^ le sacerdqcs obfiept nécessairement qpe autorité spirituelle , qui devient U ^ase pprmale de ^on triple office caractéristique 9 assez Méfiai par Je chapitre précédent. Jl ne lui reste qu'à mieux coo^ donner et propager davantage cette doctrine fondamentale « qpl (CpnsUtpe 5on pripçipal appui social , tant que sa prppre conduite demeure vraiment digne de sa noble ^eslbiation* Çg^te prééminence intellectuelle permet au véritable saqfsrdcKseï même conceptré cbez un seu| chef conyenai))ei de surmonter^ dans son légitime domaine, les plus puisjsantes forças matérielles 1 provenues de la richesse ou du nopibre. !l$n effet, il peut aipsi mettre en jeu , comme je Texpliquerai bientôt, les influenpes morales et mentales qui concoqrept néce^irem^pt à

STATIQUE SOCIALE. — CHAPITRE SIXIÈME. SSt

la formation et au maintien de ces forces , suivant la théorie da cBàpitre précédent

O'après ce principe , la systématisation religieuse de tôiité association humaine exige donc deux conditions indispensables ^ mais dont la combinaison permanente y dévient sdflsàtite. En prëiMer lieu , le sacerdoce doit assez connaître Tordre matériel et Tordre social , par conséquent aussi Tordre vital qiit formé leur liefi naturel. D'ilhe autre part , il doit propàgeir sùffisdràment cette conception synthétique , afin dé satiéfatrë atii i)ésoins universels d'appréciation et de direction^ siir léâi^els repose son propre ascendant social. Il lui faut donc d*ai)ord ubé doctrine fondamentale supérieure aux lumières spontâhëes Jic là raison commune , et ensuite un système correspondant d'éducation générale 5 qui puisse initier assez tous les esprits à là théorie sacerdotale. C'est ainsi que totit sacerdoce , après avoir suffisaibment apprécié Tordre universel , se trouve conduit à l'étude permanente de Tordre social ^ qui , outre sa difficiilté éï son Importance supérieures , affecte directement le principal oAcé pontifical. Taiit que ce dernier domaine lui reste , il conèérve encore, quoique avec de graves altérations, un véritable àscendahi, même après avoir abandonné graduellement toutes ses autres attributions intellectuelles , comme le fît , au moyen âgé, notre catholicisme. Au contraire , il ne peut perdre cette étuli'é caractéristique sans détruire bientôt son crédit civil , et énstiite domestique , d'après son Impuissance finale à remplir dignement ses fonctions normales , conseiller, consacrer, et régler, d'où classer et finalement juger. C'est pourquoi j'ai porté nécessairement le dernier coup au théologisme, dévenii rétrogradé dépuis la fin du moyen â^e, en lui ôtant, par iha fondation de la sociologie, ses anciennes attributions morales et sociales, que mon grand précurseur Descartes liii conservai encore. Les familles et les cités ne peuvent plus choisir llBre -

ment 9 comme guides de leur conduite réelle, des prêtres désormais étrangers à toute vraie connaissance des lois naturelles propres aux divers phénomènes humains. Cette confiance universelle , seule base normale du pouvoir spirituel, se transportera spontanément au sacerdoce quelconque qui se montrera doué d'une telle aptitude théorique ; pourvu qu'il offre toujours de suflisantes garanties morales. De là résultera bientôt l'ascendant nécessaire du positivisme sur le catholicisme , dans toute rétendue du territoire occidental » direct ou indirect.

Cette systématisation positive de l'existence sociale , subordonnée à la notion fondamentale de l'ordre universel, doit d'abord être ici conçue d'après une vue générale de la société humaine , complétée ensuite* par l'appréciation spéciale de ses principaux éléments.

L'ensemble de chaque cité présente nécessairement le concours continu , déjà sensible envers les familles élémentaires « des trois ordres simultanés de fonctipns sociales, qui correspondent naturellement aux trois parties essentielles de notre constitution cérébrale. Seulement , leurs sièges , purement individuels dans l'existence domestique, deviennent alors plus prononcés et même mieux appréciables, du moins quand les classes respectives se trouvent assez distinctes , ce qui survient bientôt aux yeux d'un vrai philosophe. Ici reparait donc envers l'existence la conception du chapitre précédent sur la structure, en distinguant les trois pouvoirs naturels, organes spéciaux, personnels ou collectifs^ de rintelllgence, du sentiment, et de l'activité , propres à l'association humaine. Dans les moindres cités susceptibles d'exister à part , on trouve ces trois classes normales , les prêtres qui guident nos spéculations , les femmes qui président à nos principales affections , et les chefs pratiques qui dirigent notre activité militaire ou industrielle. Le sacerdoce occupe ici le premier rang , parce qu'il s'agit de l'existence po-

litiqne plutôt que de Texistence domestique , et ensuite en vue de la systématisation sociale , qui constitue toujours un office Intellectuel. Mais mon discours préliminaire indique déjà que tel n'est point Tordre fmal de la religion positive , oii le cœur doit ouvertement prévaloir sur Tesprit^ d'après la vraie théorie de l'unité humaine. £n expliquant directement ce classement normal ^ dans mon quatrième volume ^ j'espère ne laisser aucun doute sur la nécessité sociale de placer habituellement la providence morale de l'humanité , spécialement échue aux femmes, avant la providence mentale du sacerdoce. Toutes deux précèdent nécessairement , dans l'ordre cérébral, la providence matérielle des chefs temporels, quoique celle-ci devienne la première dans l'ordre corporel, qui seul rattache directement l'ordre humain à l'ordre universel. Les nobles pressentiments de nos pieux et chevaleresques ancêtres se trouveront ainsi justifiés systématiquement, malgré les sophismes de l'anarchie moderne.

Mais cette première vue générale de l'existence sociale exige d'abord un complément essentiel. Car, ces trois providences, morales, intellectuelles, et matérielles, propres à la nature de l'association humaine , offrent , en vertu de leur spécialité nécessaire, de graves inconvénients, qui tendraient à troubler profondément l'harmonie générale sans un commun régulateur spontané. Les femmes sont, en effet , disposées à toujours exagérer l'influence du sentiment . en méconnaissant celle de la raison, et même de l'activité. Pareillement, la classe contemplative , quoique destinée surtout à faire universellement prévaloir l'esprit d'ensemble, tend à se trop préoccuper des conditions théoriques, en n'attachant pas assez de prix aux nécessités pratiques et aux besoins affectifs. Ce danger augmente d'après la séparation réelle entre le jsacerdoce et le gouvememeot t laquelle est pourtant indispensable à la pleine efficacité

dn pouvoir spirituel. Il serait superflu d'insister ici sur les abti^ équivalents encore plus propres à l'autorité pratique , puisque leur considération nous a d'abord fourni le principal motif dé la nécessité sociale d'un sacerdoce distinct. Ainsi , chacune des trois providences terrestres , tout en développant digneinent Isa destination spéciale , tend à négliger les deux autres ordres des besoins humains.

Leur pondération mutuelle constitue déjà, sous te hapiidH, un correctif spontané. Mais il serait évidemment insuflOlsdnt, pour prévenir ou dissiper d'intimes conflits , si l'existence sociale ne suscitait d'elle-même une providence compléméntdre, directement liée à chacune des trois principales , et dès lors apte à maintenir leur harmonie normale. Or, telle est la pr6t)rê destination naturelle de la masse populaire , qui se rattadié également au sexe affectif par les liens domestiques , au sacerdoce d'après l'éducation et le conseil , et aux chefs prati^ties pour l'activité ou la protection. Tant que l'action collective demeura guerrière , l'esclavage nécessaire des travailleurs inatériels réduisit le peuple proprement dit à Tensemble dès citoyens libres. Néanmoins , même alors , celte quatrième providence sociale exerce déjà son office caractéristique, en détoumàlit les trois autres de toute préoccupation trop exclusive envers leur destination respective. L'expression que la civilisation moderne semble disposée à faire définitivement prévaloir pour désigner ce dernier élément de la cité remonte, en effet, jusqu'à ce régime primitif. Toutefois, l'entière abolition de l'esclavage personnel était évidemment indispensable au complet développement du prolétariat. £n caractérisant directement , dans mon quatrième volume , l'ordre final de l'humanité , J'expliquerai suffisamment le précieux office continu de cette providence générale , si propre à remédier aux imperfections natureùes des trois providences spéciales. Le volume suivant fera déjà coii-'

STATIQUE SOGIÂLB. — CHAPITRE SIXIÈME. &èl

nâhirë graduellement la vraie constitution normale du prolétariat industriel , en appréciant son essor liistorique.

tels sont , en dernière analyse , les quatre éléments naturels (lé totitè existence civile. Mais une semblable appréciation né tôiicenie directement que la société des familles coexistantes ^ d*bii l'esté la simple solidarité objective. Or^ cette première vile né salirait aucunement suffire envers Tassociation humaine ^ dbtit lé {iHncitial caractère ne s'y trouve pas représenté, bar^ ies âtitrës sociétés animales nous offrent aussi , dii moins à Tëtàt rddiinentâire , des attributs essentiellement analogues^ tous rçlatife à là coopération simultanée. Notre sociabilité se distingue surtoiit t)àr le privilège exclusif de la coopération successive , ^ ne saunlit appartenir longtemps à plusieurs races disfHictés. ^our procurer aii grand principe d'Ârîstote toute l'extension convenable , il faut toujours y combiner ce concours

ëttlilihu dans le temps avec le concours actuel dans l'espace. Alors 9 cette lumineuse conception peut vraiment devenir la basé unlqiîé de la statique sociale , aussi bien quant à l'existence qu'eiivers la structdre. En lui procurant finalement cette plénitude stàtématique , le positivisme doit donc placer habituellement ^ âù- dessus de la simple solidarité objective^ la vraie continuité subjective^ comme principal caractère de la cité bumalne.

Sons cet aspect fondamental ^ l'ancien génie théocratique pressentit noblement et prépara dignement le moderne génie sociocratique , par son admirable sollicitude habituelle envers la noUon et le sentiment de la continuité humaine , à la fois pHvée et publique. Dès les premières ébauches domestiques du pouvoir spirituel , on voit les vieillards , d'où le sacerdoce provint ensuite , comme l'indique encore son nom usuel , S'occuper sdltout de perpétuer les traditions essentielles , longtemps avant rinslilùtiôh d'aucUiie écriture , mêhie hléro^flyphi^ué. Succès-

seurs naturels de ce pouvoir patriarcal, les chefs tbéocratiques développèrent beaucoup ce grand office social , qui constitue aujourd'hui 9 chez d'immenses populations, le principal reste de ce vénérable régime initial. La jactance ordinaire du catholicisme 5 s*accordant lui-même des éloges que des juges impartiaux ne lui donneraient pas, ne saurait dissimuler son infériorité radicale envers une telle destination , qui pourtant acquiert plus d'importance normale à mesure que croit notre continuité. Cette religion transitoire annonçait involontairement sa courte prépondérance par cela même que, dès son début, elle maudissait ses deux séries de précurseurs essentiels, en flétrissant l'évolution grecque et l'incorporation romaine, et jusqu'à ses propres ancêtres hébraïques. Pendant toute son existence , elle se montra profondément incapable de reconstruire la continuité que son ingratitude anarchiqué avait d'abord rompue. Les touchants regrets émanés alors des nobles cœurs et des grands esprits ne pouvaient aucunement réparer ce vice essentiel de la systématisation absolue et égoïste qui caractérise tout monothéisme , et dont Téminent Mahomet ne pat même préserver assez sa construction admirable. Pendant l'a*' narchie moderne , la continuité humaine ne sembla rétablie envers l'antiquité que pour être brisée de nouveau à l'égard du moyen âge , d'après une ingratitude non moins aveugle qae celle du catholicisme au sujet du polythéisme. Mais le positivisme, réparant enfin cette double subversion, vient aujourd'hui reconstruire irrévocablement la conception et le sentiment de la continuité , en lui procurant toute son extension systématique , même quant à l'avenir, et la faisant prévaloir sur la solidarité.

La religion de l'Humanité transforme définitivement la notion, chimérique et grossière , de l'immortalité objective, dont toute l'efficacité provisoire se trouve épuisée, dans le dogme définitif,

aussi noble que réel, de l'immortalité subjective propre à toute digne nature humaine. Autant riiypolhèse primitive fut^ en elle-même 5 antisociale^ quand la sagesse sacerdotale n'en pat assez corriger les vices , autant la conception finale est propre à consolider et développer notre vraie sociabilité , en* core pins relative an temps qu'à l'espace.

Sniyant le principe posé dans le premier chapitre de ce volome^ et que le tome quatrième établira dogmatiquement^ les vivants sont toujours et de plus en plus gouvernés essentiellement par les morts. Cette irrésistible domination subjective représente la partie pleinement immodifiable de toute existence sociale. Son empire 5 déjà sensible dans la plus haute antiquité connue» dut naturellement augmenter sans cesse. Aussi la prétention de s'y soustraire constitue-t-elle aujourd'hui le principal symptôme de l'aliénation chronique vers laquelle tend de plus en plus la raison occidentale depuis la fin du moyen âge. Mais cette salutaire prépondérance empêche heureusement les subversions objectives d'obtenir jamais le fatal essor qu'elles semblent annoncer. Elle régularise de plus en plus l'ensemble du mouvement humam , en y diminuant toujours les influences perturbatrices» de manière à le rendre mieux appréciable bientôt que le cours de beaucoup d'astres. C'est surtout à ce titre que l'ordre purement individuel présente réellement une complication supérieure à celle de l'ordre social» parce que les troubles imprévus y participent davantage ; ce qui m'autorise à ériger son étude en septième et dernier degré encyclopédique.

Pour mieux sentir la prépondérance finale de ce concours dans le temps» il faut aussi reconnaître qu'elle augmente nécessairement à mesure que se développe le simple concours dans l'espace. Quand le vrai Grand-Être occupera dignement toute la planète humaine» chaque cité vivra sous le poids total des générations antérieures» non-seulement de celles qui se rappor-

ith SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVÉ,

tent à son propre sein , mais aussi de ressemble de nos ilticétrèS terrestres.

Ubé réflexion décisive^ indiquée déjà par le sage FrâttKlin^ démontre même qae> sous l'aspect purement physique^ anciïnâ fàtnillé lié saurait être appréciée isolément ; et l'on peut étendre une semblable remarque aux diverses sociétés polltlquéi Gar^ chacun de nous ayant nécessaireihent dêiil^ ancêtireè Immédiats^ pareillement assujettis à cette fatalité, quand on remonte beaucoup le cours des âges sociaux la populâtiôil bdinainé devrait être infiniment plus nombreuse qà'âdjoùrd'bnl, si les ancêtres éloignés eussent toujours différé. Or^ koiUiiiie b relation inverse est pleinement constatée , en fait et en ^riùcipe, il s'ensuit que le point de vtie domestique 5 et liiemé UvH, se trouve beaùcotlp trop étroit potiir expliquer lâ stanple origine physique de chaque existence individuelle. Rien ne péat liUenit vérifier combien l'esprit d'énsenibié est plus réel y en sociologie p que l'esprit de détail.

Ainsi , lé vrai point de vue social , toujours presséhti ^lir b sagesse théocratique ^ et définitivement systématisé dans lé fOsltivisme , consisté à subordonner convenablement la solidarité objective à la continuité subjective, principal motetilr Aés destinées humaines, surtout chez les modernes. Le présent dé bonstitue jaihâis qu*uné vague et rapide transition entré flenx immensités de durée, directement liées Tune & Tatlti'ë. Sa considération exclusive, ou seulement prépondérante, ne serait pas iiioins irrationiieile qu'immorale , et ne pourrait aboutir qu'à dci doutes indéfinis. Gomme je l'établissais, il y a treiitë ans, en rectifiant , dans mon opuscule fondamental, le célèbre aphorisme de Leibnitz : « L'ordre chronologique des époque n'est V point leur ordre philosophique i au lieu de dire le passé, le » présent , et l'avenir, il faudrait dire le passé , revenir, et le » préfient. » En etlTet, ce p'rétèhdu moyen terme dé là Éérié qa-

Uiic^c l)^ ^WR? W peat jai^ais être réellemeDt conçu que 4'aprè;^ les depx âges eztrénoç$ qu'il réunit et sépare ; suivai^f 1^6 loi logiq^e dont j'ai déj^ fait soiivent des applications dé* dslTos.

T^Uç ^ 0ppc la prfQcIpale f^|tri))Htion ispciale du sacerdoce. QftQifo'll ^}f Torp^ane nécessaire de la plus vaste solidarité aç< toeUç p p'est surtout enyers la continuité , antérieure et uUé-^ lienfe f qn% Rpssëde pi) privilège vraiment exclusif ^ qu'^ucupQ aptofiMS teipporelle ne saurait çpntester longtemps. La cité doit, v^ dotlte^ prévaloir objectivement sur TÉglise comnoe sur l^ IfmmiÇy souspjsljiç de graves dégénérations mystiques, suivant 1^ Kipllçatipps ipitial^s de ce chapitre. Mais^ dan^ Feiistence iplijeetiy^^ la prépondérance nécessaire de la société religieuse i|'e^ paf moips irrécusable envers la société politique que quant k la fpciétô domestique. Or, c'est d'une telle existence que doit furto^t dépeindre finalement Tappréciatiou systématique de notre çivilisatton. Ainsi , )a digpité supérieure du sacerdoce s^ fillDdie irrévocablement sur un^ immuable nécessité naturelle , We tput gpuyeruf^ment respectera de plus en plus , à mesura qn'«)!# ^r^ ipieuf connue.

yoOi comment le pouvpir spirituel se trouve spontanément çpQdait, inépie par sa propre ambition, à faire partout prévaloir PQe Juste appréciation synthétique de l'existence sociale , IBisqoe son ascendant civil et domestique doit en dépendre dirwt^m^ot- mais, quoique cette double notion du consensus Iwinaiiiy k la fois si^ctuel et successif 5 doive constituer le princi- Pf4 objiQ^ de l'éducation religieuse 5 jamais elle ne doit être iso- Kment conçue ni étudiée. Car, Tordre social qu'elle caractérise reste toujours subordonné à l'ordre universel , à la fois matériel et vital.

Dès notre premier âge civil , le sacerdoce sentit dignement une t^Ue subordination, i, travers les fictions théologiques et

les nuages métaphysiques. Les dieax et les entités eurent alors pour principale destination^ d*abord mentale , pais sociale^ de tenir lieu d'une connaissance réelle^ longtemps impossible^ de cet ordre fondamental , en suppléant aux lois par les causes. £n effets le système général de la théologie polythéique^ comme ensuite celui du dogme monothéiste, catholique ou musulman , constitue surtout une représentation provisoire de Féconomie naturelle ^ toujours destinée à fournir la base normale de notre économie artificielle. Si celle-ci avait jamais été conçue d'après l'irrationnel isolement rêvé par l'impuissance de la métaphysique moderne 9 aucune religion n'aurait acquis un véritable ascendant moral et social. Gar^ l'instabilité spontanée de Tordre humain, en vertu de son extrême complication^ suscita toujours un besoin universel de le concevoir lié profondément à

l'ordre plus fixe et mieux appréciable que nous offre la simplicité supérieure du monde extérieur. D'ailleurs , chacun se sent personnellement assujetti à la domination directe de cette économie universelle , même matérielle , et surtout vitale. Mais sa principale pression s'exerce sur nous indirectement ^ à travers l'ordre social qu'elle régit , et dont la réaction providentielle nous en préserve essentiellement^ aussitôt que la dvilisatioD humaine se caractérise suffisamment. Toutefois , cette dernière appréciation suscite un nouveau motif d'étudier plus profondément l'économie extérieure , afin de mieux subir ses conditioitt vraiment immodifiables, et d'améliorer celles qui peuvent l'être. Une triple nécessité mentale^ d'abord logique ^ puis scientifique, et enfin technique, nous impose donc l'étude approfondie de l'ordre universel , avant de procéder à l'étude directe de Tordre humain , quoique celle-ci doive toujours former le principal objet de nos spéculations finales. En systématisant cette obligation normale d'après la véritable hiérarchie encyclopédique, le positivisme ne fait aujourd'hui que consacrer irrévo-

cablementun aperçu fondamental de notre plus antique sagesse. Sa synthèse subjective se trouve ainsi fondée sur une immense analyse objective , dont la préparation graduelle pourrait faire perdre de vue sa destination essentielle. Mais l'ensemble de cette introduction dogmatique peut désormais se résumer dans une seule loi, à la fois objective et subjective, celle qui fait constamment dépendre Tordre le plus noble du plus grossier. G*est la loi la plus générale du monde et de Thomme : aucune autre ne comportera jamais une équivalente universalité. Son développement systématique peut donc procurer, h Tensemble de rinitiation dogmatique, une véritable unité théorique, pro« pre à toujours prévenir ou réparer les divagations scientifiques.

La subordination nécessaire de la solidarité h, la continuité , et la dépendance de Tordre supérieur envers Tordre inférieur : telle est donc la double base normale d'après laquelle le sacerdoce doit apprécier et faire comprendre Texistence sociale et son fondement extérieur. Toute la synthèse dogmatique est essentiellement réductible au simple développement de ces deux principes corrélatifs, mieux établis par le positivisme que dans aucun théologisme. Mais , pour que Tunité religieuse soit vraiment complète, il ne suffit pas qu'elle embrasse ainsi, d'un seul regard, Tensemble du domaine spéculatif , en y joignant même celui de notre activité. Elle doit encore saisir aussi Texistence affective , vrai centre normal de toute la nature humaine.

Cette condition fondamentale , sans laquelle Tunité religieuse resterait bnpossible, n'offrit heureusement aucune difficulté dans la construction spontanée de la synthèse initiale. En effet, le fétichisme y satisfaisait de lui-même , et h nature du théologisme proprement dit, surtout polythéique, lui devint ensuite encore plus favorable. Mais elle dut, au contraire, constituer la principale difficulté de'la synthèse finale , ainsi que je Tai directement expliqué dans le premier chapitre de ce volume. Le

368 SYSTÈME DK fûLITIQLfi POSITIYE.

positivisme, procédant d'abord ()u deliors au dedans^ ne put aboutir qu*en dernier lieu à concevoir Tordre universel comme I*objet d'une affection unanime et continue 9 et non plus comine un simple sujet de spéculation et d'action. Car, il fal);iit pour cela que son ascension objective parvint jusqu'aux ptiénomènes les plus compliqués et les plus nobles. Sans cette immeqse difficulté, le positivisme aurait depuis longtemps remplacé le théologisme , d'après la prédilection décisive que tons 1^ gran^ esprits témoignent, depuis Thaïes et Pythagore^ envers les e^* plications vraiment positives. La raison publique eût n^êma sanctionné ces sympathies d'élite ^ en jugeant bientôt l'étude des lois comme plus propre que celle des causes à ppps fourni^ des prévisions réelles 5 susceptibles de guider notre activité. Mais^ quelque diificile quQ dût être pour le po^tivism^ une telle condition d'avènement^ elle se trouve enfin remplie irrévocablement ^ par la construction dédsive du dogme de ri}umauité.

Expliqué d'abord dans mon discours préliminaire, et en^fUte confirmé d'après le premier chapitre de ce volume , ce dogm§ fondamental sera directement établi au quatrième yolome, quand le troisième aura suffisamment étudié sa préparation historique. iVlais il se trouve assez exposé déjà pour que je fivi^ ici Tériger en unité complète de la synthèse positive, aussi biefi affective que spéculative et active. Il combine directeipent la notion de l'ordre humain avec celle de l'ordre universel , en représentant l'un comme le résumé nécessaire de l'aptre. En même temps que cette intime connexité procure à Tordre artificiel la consistance spontanée de Tordre naturel, elle fait ^^' mer celui-ci comme la base de celui-là, de manière à renouveler, sous une meilleure forme^ les affections fétichistes. Une telle unité positive , également objective et objective, remplit donc mieux les conditions morales que ne purent jamais le faire

8TATIQ0E SOCIALE. — - GHAPITBB SIXIÈME. 369

dlten précurseurs théologîques ^ qai tons farent incapables d'embrasser pleinement l'activité dominante. Quoique son avènement ait dâ se trouver très-retardé , quand il est enfin accompli dignement^ Fexistence bumaine ne s'informe guère du temps qa'exigea sa préparation spontanée.

Mais sa considération directe peut désormais dispenser chaqae initiation individuelle de reproduire le lent essor de l'évolotion collective 9 malgré l'identité fondamentale des deux cas intellectuels. Car^ elle permettra de réinstituer subjectivement rintrodaction objective , comme le volume précédent l'a déjà montré pour son ensemble , et même accompli envers l'ordre vital. Dès lors , cette préparation nécessaire , dont le terme se trouve ainsi marqué dès son début , ne dégénérera jamais en vaines études académiques^ parce que chaque degré scientifique n*y servira qu'à monter au suivant Néanmoins , j'ai déjà reo<Hina que 5 dans l'éducation positive^ une telle introduction absorbera toujours plus de temps que l'étude directe de la science finale^ à laquelle appartiennent seulement les deux danières années du noviciat septennaire. Mais, une fois sortie de l'enceinte scolastique, l'intelligence rétablira bientôt l'équilibre normal indiqué , depuis quarante siècles , par la sagesse tbéocratique. Car, la sociologie, absorbant la biologie comme préambule et la morale comme conclusion, prévaudra nécessairement sur l'ensemble de la cosmologie , d'abord au sein du sacerdoce, et ensuite dans la raison féminine et populaire. Senlement les exigences pratiques pousseront les chefs temporels an développement spécial des branches de la cosmologie qui se trouveront liées à leurs opérations industrielles, comme je Tai directement expliqué ailleurs.

Tel est donc l'ensemble de la doctrine sacerdotale sur l'existence sociale et Tordre universel qui la domine. Cette double notton , convenablement élaborée et propagée par l'éducation

nt\ «YSTkMfi DE POLITIQUE POSITITl.

unlf enelle , y fonrnil la base dogmatiqae dn juste aseenduit propre au pouvoir religieux. Mais je dois maiDtenant eompléter cette appréciation générale en considérant séparément Texistence sociale sous ses trois aspects principaux^ d'abord moral, puis intellectuel, et enfin matériel « qu'une telle éducation doit assez caractériser. Sans ce triple complément, notre conception de l'existence ne serait point en suffisante harmonie avec celle de la structure. Il peut seul d'ailleurs nous permettre ensuite me saine appréciation du mode d'influence propre an sacerdoce envers l'ensemble de la vie réelle, d'après la base , intellectuelle et morale, résultée partout de l'éducation religieuse. L'ordre d'un tel examen est naturellement déterminé par celui suivant lequel chaque citoyen subit successivement la prépondérance de chacune des trois providences humaines. Car, quoiqu'elles s'exercent toujours à la fois, le cours spontané de la vie les fait prévaloir tour à tour. Tant que dure l'éducation , nous sentons peu l'ascendant normal de la puissance temporelle , parce que la famille et la cité nous préservent essentiellement des sollicitudes qui lui servent de base. Alors notre existence sociale est surtout morale jusqu'à la puberté , et se trouve dirigée par les femmes , pour devenir principalement intellectuelle pendant l'adolescence, sous rimpblrion sacerdotale. Quand cette double préparation est achevé'' les autorités correspondantes perdent hrrévocablement leur prépondérance , sans toutefois cesser jamais de modifier profbndément la vie réelle , qui se trouve dès lors dominée par la providence matérielle. Cet ordre naturel d'introduction des tïiAi pouvoirs sociaux envers chaque existence, coindde avec celui de leur dignité décroissante et de leur énergie croissante. En le suivant ici , je dois y faire provisourement abstractitm des conditions temporelles sur lesquelles repose l'exercice des devoirs féminins et sacerdotaux. Mais elles se trouveront ensuite

STATIQUE SOCIALB. — CHAPITRE SIXIImE. 171

ftpprédéeSi quand j'examinerai directement ro£Bce général dd la providence matérielle ^ qui consiste surtout à répartir coq* venablement la nutrition universelle dont elle possède le réser- Yo}r central. Je me borne maintenant à supposer d'avance la constitution temporelle la plus favorable an digne accomplisse^ ipent social des fonctions affectives et spéculatives.

Toute l'éducation humaine doit préparer chacun à vivre pour autrui^ afin de revivre dans autruL En assignant à l'ensemble de notre existence ce but constant et ce résultat nécessaire , la (religion positive ne fait aujourd'hui que consacrer directement les prescriptions indirectes émanées des synthèses provisoires. D'abord sous le régime théocratique , et ensuite pendant la tramritijon guerrière, chaque citoyen fut toujours élevé pour la société correspondante , dont le souvenir reconnaissant deviendjrsdt sa meilleure récompense. Jusqu'au moyen âge, on sut contenjf sagement le caractère égoïste de la croyance à i'éter^ flilé objective 9 en insistant davantage 9 même au sein (iu mo* nothéisme juif , sur l'immortalité subjective que décerne la cité. Le positivisme se borne donc à reconstruire systématiquement fse que le théologisme avait toujours institué spontanément , , sauf dans sa phase finale , qui ne comporta d'autre résultat essentiel que d'ébaucher, admirablement mais prématurément, la séparation des deux grands pouvoirs. Sa réalité caractéristique lui permet seulement de faire enfin coïncider la loi du bonheur avec celle du devoir, en consacrant l'existence naturelie des instmcts sympathiques qui constituent leur source commune. Mais la conception de l'ordre humain n'appartient pas davantage à la religion finale que celle de l'ordre univei'sel. Envers tous deux , ^slle n'offre d'autre supériorité qu'une théorie plus réelle , plus complète , et mieux liée. Cette double appréciation constitua toujours ^ sous des formes moins directes et moins pures, le fond essentiel de la doctrine religieuse pendant

les diverses phases de rinitiation hnmaine. Ponr chaque partie de Texistence sociale, comme ci- dessus quant à son ensemble, la description inspirée par l'état adulte convient donc à Tâge préliminaire , quoiqu'elle y soit enveloppée de fictions passagères, que tout bon esprit peut maintenant écarter.

Ainsi conçue , cette existence , d'abord morale , commence nécessairement dans la famille, sous l'impulsion maternelle, première source de notre éducation. Ce début spontané conservera toujours une admirable harmonie avec les prescriptions normales de la vraie systématisation humaine , qui ne cessera Jamais de reposer, et même de plus en plus , sur la Juste prépondérance du cœur. Il nous fait aimer, et bientôt connaître. Tordre artificiel, avant Tordre naturel. Notre essor affectif y concerne d'abord la continuité, et ensuite la solidarité. A tous ces titres, une telle initiation prépare heureusement la synthèse subjective, et contient les dangers de Télaboratlon objective qui doit finalement lui fournir une base systématique. I3n long exercice des diverses affections domestiques fonde ainsi la religion sur Tamour avant de la compléter par la foi.

Cette admirable préparation, que rien ne peut remplacer, et dont tout le reste de notre existence devrait seconder Tefflcacité, constitue le principal office social du sexe affectif. Elle exige que la femme soit entièrement affranchie du travail extérieur, afin de développer dignement sa providence intérieure. Mais elle la prive aussi de toute domination temporelle^ même domestique , pour ne lui permettre d*autre ascendant que celui qui résulte de sa supériorité morale. Ces deux conditions furent toujours senties spontanément , quoique nos théories n'aient pu les systématiser que très-tard. La constitution sociale les respecta constamment, au moins chez les classes libres, setrles vraiment organisées Jusqu'ici.

Une telle existence morale n'offre d'autre Inconvénient essen-

STATIQUE SÛCX/OE. — CHAPITRE aUIÈME. S7S

ttel que de contenir nos instincts sympathiques dans nne en*» ceinte trop circonscrite. Mais cette restriction initiale demeure longtemps indispensable à leur essor décisif , qui dégénérerait en une yague et stérile disposition si les relations étaient d'à* bord très-étendues. D'après ce fondement nécessaire ^ l'existence morale s'agrandit^ quand la réaction de la cité, dirigée par le sacerdoce ^ pousse les familles à se mêler entre elles ^ en interdisant les divers incestes^ qui furent si longtemps naturels. C'est seulement alors que la ?ie domestique devient réellement la base normale de la vie civile.

Leur intime connexité se trouvait habituellement annoncée déjà par une influence intellectuelle^ d'après Tinstitution fondamentale du langage. Quoiqu'il commence dans la famille , . ime association plus étendue et moins intime lui procure seule nn notable développement , même celui qu'il offre aujourd'hui chez les mohidres peuplades. Dès lors ^ la providence maternelle nous initie à la notion de la cité presque aussitôt qu'au sentiment de la famille. Mais cette communication graduelle resterait insuffisante pour lier profondément les deux existences morales^ si l'essor naturel des instincts sympathiques ne faisait enfin surgfar une puissante affection y qui pousse le cœur humain an delà du premier cercle domestique. Toutefois^ cette expansion décisive^ que Ton croit aujourd'hui purement spontanée > con« stitne réellement le premier bienfait essentiel de notre sagesse collective^ qui^ par son infatigable intervention, put seule instituer nne transformation aussi difficile. La consécration légale des mariages incestueux^ depuis que l'anarchie moderne a rompu l'ancienne discipline religieuse , indique assez le caractère artificiel de cette grande institution, dont la consolidation et le perfectionnement attireront bientôt l'active sollicitude du non* veau sacerdoce.

Quand ce pas difficile est assez franchi ^ notre existence mo«

S7ft 8TSTËBIE DE POLITIQUE POSiriYB.

raie commence à tendre directement vers sa véritable nnltè, qui doit être civique et non domestique. La digne Institution du mariage bumain subordonne librement la famille à la dté; comme» dans chaque évolution personnelle» elle généralise Tessor affectif» par le développement propre des liens volontaires. Dès lors l'existence domestique manifeste de plus en plus sa principale destination » consistant à nous dégager de la personnalité primitive pour nous élever graduellement à la pleine sodabllité» sans nous borner jamais à Tégolsme collectif. Quoique cette dernière tendance ait été longtemps dissimulée parla prépondérance nécessaire de l'activité militaire » les plus antiques poëmes manifestent néanmoins des aspirations décisives vers la bienveillance universelle » jusqu'au milieu des tableaux destructeurs.

Toutefois, le patriotisme proprement dit» réduit même M simple civisme» ne cessera jamais de constituer le degré le plus usuel du vrai sentiment social. Car» si, d'un côté» nous tendoitt à multiplier autant que possible nos relations Sympathiques » nos affections, d'une autre part» ne restent assez énergique^ que si leurs objets peuvent être nettement conçus d'après tlii commerce habituel. Sans une active coopération journalière» qui ne saurait être bien sentie que dans la simple cité » nne intime communauté de croyances serait même insuflisante potir imprimer un essor décisif à l'amour universel. L'union civique restera toujours la plus étendue des affections qui combinent assez toutes les parties de notre existence » matérielle» mentale» et morale.

I>es aspirations trop vagues entraînent le sentiment moderne à franchir avec dédain cet antique degré. Mais la régénération positive y fera bientôt reconnaître le terme normal de Textension efficace des sympathies décisives. Les mœurs anciennes n'exigeaient à cet égard d'autre réformalion que de rendre

ptetnement compatibles les dl?ers civismes 5 d'après leur com« mmie sobordinalion religieuse à Tensemble dn Grand-Être. Cette èoii?ergence finale fat admirablement ébaucbée an ffldyen Sge^ malgré la persistance de la ?ie gnerrlère, par le Ueh général qa*établit volontairement la communauté dogmatliftié. Mais elle ne comporte on essor stable et complet que d'après la prépondérance universelle de TUctivité industrielle^ Instituant partout une libre coopération. Quoiqu'un tel coifcourà se trouve souvent mêlé de hainetises rivalités 5 le saeerdoètf pourra les transformer en utiles émulations. Alors les prédlt^GttOBS civiques resteront inséparables 5 comitie les préférentiès imnéstiques , d'dne sincère affection sociale , sans Jamais trdit* bler rbarmonie universelle, dont elles formeront la' dernière préparation morale. Tout effort babituel pour faire activement prévaloir des affections plus vastes entraînerait les cœilrs vtlgafares vers des tentatives tyranniques y afin de réaliser partout ta degré d'assimilation temporelle et de régularité politique sqiérleur aux limites normales de la conformité spontanée. Mais la séparation fondamentale entre le gouvernement et lé sacerdoce préviendra naturellement de telles perturbations, ^fÊXûA la religion positive aura suffisamment prévalu.

kfxssA redevenues habituellement prépondérantes , les affections civiques tendent à réagir très-beureuscment sur les liens Aomestlques pour les consolider, les épurer, et même les développer. Une telle aptitude se manifesta pleinement quand la sociabilité romaine perfectionna les principales relations de funille i sous l'impulsion continue du plus noble civisme ; que le sentbnent grec Jugeait incompatible avec elles.

La subordination normale de la vie privée à la vie publique sera toujours autant profitable à l'une qu'à l'autre , en permettant seule notre véritable unité. Nos affections domestiques acquièrent à la fois plus de consistance et d'élévation quand

nous sentons qu'elles nous disposent à mieux accomplir nos devoirs civiques. C'est la seule manière dont la providence féminine puisse habituellement partidper à la vie politique. Une intervention plus directe altérerait bientôt la supériorité morale du sexe aimant^ laquelle ne peut se développer assez que dans l'enceinte privée 5 la seule qui puisse être exempte de toute ambitieuse séduction et de tout calcul absorbant Mais la mère^ l'épouse^ et la fille deviennent plus recommandables, à leurs propres yeux comme aux nôtres , quand les vrais citoyens reconnaissent en elles les sources réelles d'un sincère patriotisme. D'après l'intime solidarité qui doit naturellement exister entre les divers instincts sympathiques , les femmes sentiront que notre essor civique , loin de troubler nos affections domestiques 5 peut , quand il se trouve bien dirigé , en augmenter à la fois la consistance et la noblesse. Car, chacun se sent ainsi pénétré , envers sa providence morale , d'une active gratitude , bientôt fortifiée par l'adhésion de tous. La vie privée devenant partout l'école nécessaire de la vie publique , la première partagera naturellement la glorification due à la seconde.

Non-seulement chaque digne citoyen doit aspirer à revivre dans autrui 5 mais aussi à procurer indirectement une semblable éternité à celles d'où émane l'impulsion morale qui la lui mérite. Sauf des cas très-exceptionnels , les femmes n'ont pas d'autre voie pour obtenir l'immortalité subjective au delà du cercle domestique. Toutefois , sans être direct^ ce mode normal leur offre une suffisante efficacité^ quand les mœurs dominantes font assez apprécier la vraie prépondérance du cœur dans l'ensemble de notre existence^ d'après une saine théorie de notre nature. En expliquant spécialement le culte final , je ferai senUr comment chaque glorification personnelle y doit être habituellement complétée par la juste gratitude du public envers toutes les iuflueuces qui concoururent réellement à la mériter. Ma propre

carrière en offrira, j'espère, un exemple encore pins décisif que la touchante solidarité instituée par la reconnaissance occidentale entre Dante et Béatrice. Car, à mesure que s'accomplira ma grande construction religieuse , chacun senth*a de cœur, et même d'esprit , combien ma sainte Glotilde y participe pro« Cmdément) comme l'indique déjà mon premier volume.

Lohd d'être aucunement exceptionnels, de tels cas annoncent qK>ntanément les mœurs finales de l'humanité régénérée , qui , guidée par une doctrhie réelle et complète , confirmera toujours les solidarités dignement reconnues chez le sacerdoce régulateur. Une ayengle appréciation métaphysique, qui méconnaît l'intime connexité des diverses régions cérébrales , dispose seule à trouver étrange aujourd'hui que la mère , l'épouse , ou la fille , d'un éminent théoricien ou praticien soient publiquement honorées comme ses dignes collègues. Le moyen âge avait mieux senti , quoique empiriquement, ce juste devoir, que la religion positive doit développer beaucoup , en rendant vulgaire la vraie théorie de la nature humaine. Alors on comprendra partout que, si la présidence affective du sexe aimant reste directement bornée à l'existence domestique , c'est néanmoins en lui que

réside toujours l'ensemble de notre providence morale, même envers la plus vaste sociabilité.

Sans jamais altérer une concentration indispensable à son efficacité normale , cette sainte influence réagit , en effet , sur toute notre existence civique, pour y faire constamment prévaloir la disposition morale la plus favorable à chaque office théorique ou pratique. Convenablement développée , elle devient la principale base de la seule solution réelle que comporte le grand problème humain, en inspirant toujours l'intime subordination de Tégolsme à Taltruisme. Outre qu'elle dirige vers le service continu de l'humanité l'ensemble de chaque carrière, elle en charme les moindres détails en y joignant une

378 ftTSTÈME HE fouhqob PosnnB.

destination affectiTe y sans laquelle beaucoup de foscttOBi ciales resteraient iaexécatables d'après une idfliieUiltf fépaenfance. Nous sommes même disposés dès lors à diértr me soumission ; naturelle et artificielle^ qid^ nécessaire pour régler notre conduite , facilite aussi Tessor de nos meilleurs iasltecis en comprimant notre personnalité. Lorsque cette aâtnre no^ raie sera suffisamment appréciée comme la prenrière seotce du vrai bonheur, tant public que privé , on sentira que la feUgfctt positive, consacrant enfin une tendance universelle,* défait cmfércr au sexe affectif la principale providence humaine. Sftfvant les pressentiments chevaleresques , il doit à jamais poisédep le département suprême de la grâce, que rancienne dlvinilê s'était spécialement réservé dans ses dernières concessions.

Quant à leur propre perfectionnement , les femmes n'eilfeut d'autre sollicitude sociale qu'un scrupuleux req^ect des eondt* tioDs qui conviennent à leur destination normale. Car, elles exercent le seul office qui^ dans ses justes limites^ ne comporte aucune dégénération spéciale. Rien ne pouvant mieux développer nos bons sentiments que leur digne exercice habltnd» il suffit donc d'assurer aux femmes l'indépendance et la eoiK centration que réclame une telle vocation. Au sein de la Ci* mille , elles constituent spontanément un véritable pouvoir qil« rituel , première source continue de rihfluence modératrice » et précieux auxiliaire privé du sacerdoce universel. D'après la prépondérance fontamentale du cœur, le régime normal leur confie la surintendance de toute l'éducation , et même la direction exclusive de celle qui s'accomplit dans l'enceinte domestique, en ne réservant au sacerdoce que sa systématisation finale. Les motifs intellectuels confirment d'autant mieux une telle répartition que les plus éminentes de toutes les lois naturelles , celles qui concernent notre existence morale , réelameront toujours une culture féminine. Quoique cette étude spon*

STATIQUE SOCIALE. --- CàAfTrilI SUIÈHE. 179

taate ne dispense Jamais d'one coordination systématfqne qui n'appartient qn'an sacerdoce , celni-ci doit emprunter an sexe aflteeUf des notions spéciales dont l'esprit masculin ne saurait âsses sentir la pureté ni la précision.

Après avoir complété l'examen général de l'existence morale^ une telle appréciation conduit naturellement à celui de Texistence Intelleetuelle , qui doit toujours être subordonnée à la précédente. Soit qn'on la considère chez ses organes propres ou dans son développement universel , elle peut ici se condenser entiètement autour de l'éducation systématique.

Ge complément indispensable de la préparation domestique doit nous initier directement à la connaissance générale de l'ordre humain et de l'ordre universel qui le domine , afin de régler notre active soumission envers cette double fatalité modUable. Mais une telle destination serait fort compromise par M divagations propres à Texercice abstrait de notre chétive intelligence , si l'impulsion antérieure ne nous avait assez dis* posés à faire toujours prévaloir le but sur le moyen. C'est pourqufrf la providence sacerdotale ne doit nous dominer qu'après la providence féminine. La longue prépondérance de celle-ci BOUS enseigna d'abord à placer le coeur au-dessus de l'esprit.

Farrai les divers exercices intellectuels^ elle nous habitua même

à prtférer la culture esthétique , comme mieux liée aux impulrioDS allèctives^ en réduisant la culture scientifique à ce qu'exige aotre sage activité. Enfin ^ suivant ma précédente indication ^ en Hoos initiant davantage à l'ébauche empirique des lois morales qpi'à celle des lois physiques^ elle érige d'avance l'étude de l'ordre humain en objet principal de la systématisation théorique. Sons tous ces aspects ^ un tel préambule, parfaitement couenne à la marche spontanée de notre évolution collective , l^ent seul préserver Féducation individuelle de l'intime dégéxMralion vers laquelle tend toujours son complément inteltec-

tael. Cette préparation convient d'autant mieux que rinitiatlon systématique doit ^ pour l'individu comme pour l'espèce , procéder toujours du monde à l'homme. Elle serait donc exposée à trop étendre l'introduction cosmologique aux dépens du bat sociologique^ si la juste prépondérance de celui-ci ne se trouvait assurée déjà par de puissantes habitudes , que ne remplacerait aucun exorde philosophique. On ne saurait craindre d'ailleurs que l'étude de l'ordre universel soufllre Jamais de la règle encyclopédique qui la réduit à ce qu'exige la saine appréciation de Tordre humain. Car^ mon premier volmne démontre assez que cette restriction nécessaire , sans laquelle aucune unité théorique ne serait possible, tend toujours à faire mieux cultiver les principales questions scientifiques , en élaguant les déviations académiques. Il prouve aussi qu'une telle mesure embrasse toutes les notions qu'exige notre active modification du monde , sauf les développements spéciaux qae J*al réservés aux études pratiques.

Ainsi défini , le domaine théorique du sacerdoce se trouve essentiellement réduit aux lois intellectuelles, qui toujonrs constituèrent, en effet, son principal privilège. Envers les lois morales et les lois physiques , il n'exerce réellement qa*un office de systématisation, dont les matériaux proviennent surtout de la culture spontanée due respectivement aux femmes et aux chefs pratiques. Sous ces deux aspects, le vrai génie théorique devra consulter davantage cette étude empirique que ne le suppose l'aveugle orgueil des savants modernes. Car, nos meilleures acquisitions à cet égard émanent réellement d'une telle source, que l'éducation universelle adaptera mieux à cet office spéculatif. Mais le premier chapitre de ce volume a suffisamment établi que les lois morales et les lois physiques ne comportent isolément aucune systématisation , et que les lois intellectuelles , qui sont leurs vrais intermédiahres , peuvent seules

les coordonner. C'est de là que résulte naturellement la compétence exclusive du sacerdoce envers une systématisation quelconque. En effet , quoique les lois intellectuelles se trouvent empreintes dans toutes nos études, morales ou physiques, elles n'y sont pas assez appréciables pour les esprits empiriques qui s'occupent surtout d*appliquer nos connaissances sans sentir le prix de leur coordination. Mais, au contraire, la classe destinée à systématiser notre existence doit accorder sa principale attention aux lois propres de notre entendement , dont l'impulsion subjective domine nécessairement toute synthèse.

Cette grande mission théorique fut toujours sentie par le sacerdoce théocratique, quoique sa réalisation suffisante se trouvât réservée au sacerdoce sociocratique , d'après la base indispensable que pouvait seule fournir une longue évolution scieu' tifiqae. Elle devient inséparable de la construction normale d'un vrai système d'éducation universelle , puisque aucune initiation ne peut se régler sans la connaissance des lois mentales. Réciproquement , une telle connexité institue mieux leur étude que ne le ferait une vague destination abstraite. Car, elle oblige 9 sous peine d'avortement pratique , à toujours concevcrir notre essor intellectuel dans sa relation nécessaire avec Fensemble de notre existence , non - seulement individuelle , nais aussi collective. La profonde inanité de toutes les tentatives fondées sur l'isolement métaphysique d'une telle étude fut dignement sentie , quoique empiriquement , par l'ancien sacerdoce > soit théocratique, soit catholique. Pour gouverner effecttvement les intelligences, il fallut toujours des notions plus rédleset plus complètes que celles dont pouvaient se contenter de pars discoureurs.

Un telle étude fut directement instituée , dans son véritable ensemble^ quand je découvris, au début de ma carrière, les denlols connexes qui régissent tonte l'évolution humaine , à la

589 BTSTÈlIfi DE toUTlQl» raUXIfB.

fois personnelle et sociale. Mais ce fondement général ne serait dispenser le sacerdoce positif d'une longue et difficile élaboration sur la marche réelle de notre intelligence. L'organisa^ lion et le développement de l'éducation universelle lui fiwmirQBt à la fois un programme irrécusable et un guide inccNrnq^âUe.

D'après cette lumineuse destination , on sentira UnijoinB qoe notre existence intellectuelle , profondément liée à «M affe^ tions et à notre activité , se subordonne , comme eHes » à la double fatalité résultée de l'ordre extérieur et de Tordre intérieur. £Ue doit même dépendre davantage de chacm d'en» puisqu'elle a surtout pour but de les unir.

Toute théorie devant aboutir à représenter fidèteniCBt le dehors , nos succès spéculatifs dépendent toi^ours d'one digne soumission des in^irations subjectives aux impres^ono ollje^ tives. Quoique notre intelligence dût repousser longtemps celts discipline comme incompatible avec son premier essor Sfstématique , nous ne pouvons obtenir autrement des réwUata inaltérables. Notre indépendance initiale se trouva d'aiUews contenue spontanément par la réaction nécessaire de nQ$ exigences pratiques sur des conceptions théoriques que leur propre subjectivité rendit incapables de résister à de tdiles modiijcations. Cependant la véritable harmonie entre la oohtenplaliOB et l'action ne peut être constituée que dans l'état pldneiaMU positif. Alors on reconnaît directement que le but le plus diftdle et le plus important de notre existence intdlectuelle consiste à transformer le cerveau humain en un mirdr exact de l'ordre extérieur. C'est seulement ainsi qu'elle peut devenir la source directe de notre unité totale , en liant la vie affeottve et la vie active à leur commune destination.

La possibilité d'une telle transformation repose sur la part nécessaire de l'ordre extérieur dans notre propre exerdee mental, dont il fournit toujours les premiers matériamu Outre

BTAnOUB SeCIALB. — CHAMTBB 8IXIÈMB. S88

ettfe alimentation élémentaire , il y influe aussi comme stimalast , et même comme régnlatear, ainsi qu'envers toutes les antres fonctions vitales^ végétatives ou animales. Ces trois in* taences sont profondément connexes ^ et dérivent toutes d'une seule loi cérébrale , dont la portée systématique fut toujours Béconnne , quoiqu'on ait souvent remarqué les faits correspondants. Elle con^ste dans la prépondérance normale des im« pressons objectives sur leurs résultats subjectifs.

SI nos images intérieures pouvaient offrir autant d'intensité 9Die Bioi sensations extérieures , notre état mental ne comporterait aucune consistance ; et ^ par suite , notre existence pratique deviendrait incohérente , ou plutôt indisciplinable. D'abord, l'appréciation du dehors se trouverait radicalement troublée par cette énergique concurrence du dedans. Mais 5 en outre y la perturbation proviendrait à la fois de beaucoup d'images indépendantes 9 dont l'égalité de force empêcherait tonte harmonie mutuelle. C'est la commune prépondérance du spectacle extérieur qui seule peut régulariser cette contemplalloa intérieure , aUisi subordonnée naturellement à une source inaltérable. Quand notre agitation cérébrale rend, au contrahre , les souvenirs plus intenses que les sensations correspondantes 5 notre entendement passe à Tétat pathologique. Néanmoins , Tappareil méditatif peut encore rectifier ces aberrations ttttéifeures , si elles restent bornées à l'appareil contemplatif. fine tdle prépondérance du subjectif constitue le principal caractère de l'aUénation complète.

àHaA la subordination constante du dedans au dehors fournit la base nécessaire de l'harmonie mentale , et , par conséquent, de toute l'économie cérébrale. Quoiqu'un tel régulateur ne psdsse immédiatement dominer que la contemplation , il affecte Indirectement la méditation , d'après leur connexité naturelle , jHQlimt quand la pensée s'accomplit dans un milieu suffisamment

aS& SYSTÈME DE POUTIQUE POSITIVE.

flie^ et sous Fassislance des signes. Ce spectacle habituel coude , à notre insu , Féiaboration mentale 9 soit en loi rappe* lant sa destination à l'aide de liaisons plus ou moins directes, soit en y contenant les diversions subjectives d'après sa prépondérance objective. La saine philosophie, complétant et systématisant Faperçu fondamental d* Aristote, représente donc l'homme comme non moins soumis au monde pour l'esprit (juepar le corps.

Chaque classe de phénomènes a , sans doute, ses lois propres, qui ne dérivent pas du reste de l'économie naturelle. Mais elles sont toujours subordonnées à celles de tous les phénomènes moins compliqués et plus généraux. Si l'intelligence pouvait être affranchie de cette prépondérance extérieure , ses divagations ne deviendraient pas indéfinies. D'abord elle serait encore assujettie aux impulsions affectives , et par suite aux influences que leurs organes reçoivent des viscères végétatifs. Il faudrait écarter aussi ce régulateur interne pour observer directement les lois propres de notre entendement. Elles ne peuvent donc se manifester qu'indirectement, d'après leur participation constante à nos principales notions , envers lesquelles ces réactions cérébrales exercent un empire très-variable , qui disparaît spoa» tanément dans l'évolution collective.

Mais cette base essentielle de notre étude mentale laisse toujours subsister, et même fait mieux prévaloir, l'impulsion extérieure , second élément invariable du grand dualisme ^ qui ne comporte donc aucune répartition précise. Deux observations inverses peuvent journellement vérifier cette dépendance générale de notre entendement envers l'ordre extérieur. Quand le milieu se trouve gravement troublé , tout exercice régulier devient bientôt impossible à notre intelligence. Le vague et l'incohérence de nos méditations lorsque nous fermons trop longtemps les yeux confirment, même pendant la veille, cette dépendance normale, quoique les objets qui nous entourent ne

STATIQUB 90€IALE. — CHAPITRE SIXIÈME. 385

soient pas ceux auxquels nons pensions directement. Il est donc impossible de contester la tendance naturelle de notre intelligence à se subordonner au spectacle extérieur dont elle doit finalement nous offrir la reproduction systématique. Néanmoins^ cette disposition spontanée ne prévaut que fort tard , soit en vertu des difficultés propres à la manifestation de l'ordre objectif, soit aussi d'après les perturbations subjectives émanées de notre début et entretenues par nos instincts personnels. On peut assurer^ sans aucune exagération , qu'une telle harmonie , principal résultat de notre longue initiation , se trouve à peine assez établie aujourd'hui chez les meilleurs esprits ^ où d'ailleurs les Bioindres passions la suspendent trop souvent

Quant à Tautre domination fondamentale que subit notre intelligence, elle est également incontestable désormais malgré le stupide orgueil des métaphysiciens. Depuis Cabanis et Gall , on peut se dispenser de prouver que la pensée ne constitue point une fonction isolée ^ soustraite au consensus universel des phénomènes vitaux. Mais sa dépendance sociologique reste plus méconnue jusquUci que cette connexité biologique. Néanmoins ^ elle devient aussi manifeste que la prépondérance cosmologique ^ lorsqu'on se tient au point de vue qu'exige son appréciation systématique.

L'ensemble de cet ouvrage rend ici superflue toute expllcatfcm spéciale envers une relation tant examinée déjà dans mon tradté fondamental. Elle serait assez constatée indirectement d*après l'influence généralement reconnue de la fonction du langage sur les autres opérations intellectuelles. Car, la parti* dpation sociale , tant successive qu'actuelle ^ ne présente aucune incertitude à l'égard du langage humain ^ dont l'institution ne peut jamais être conçue comme purement individuelle 5 malgré les Tains efforts des métaphysiciens. Mais un examen direct étend bientôt la même conviction au reste de notre entendement. Tout

386 SYSTÈME DE POUTIQUE PQSlTITfU

le développement de chaque intelligence est évidemment dsh miné par le lieu et Tépoque où il s'accomplit La marcbe des sciences ne comporterait aucune régularité sans une telle connexité, à laquelle sont également assujettis les beaux-aris, quoique sous une forme moins explicite ^ d'après le$ mutations sociales qu'ils reflètent.

Soit pour contempler^ ou pour méditer^ chaque esprit dépeod toujours des autres ^ qui préparent ses matériaux et vérifiait ses résultats. D'après la triste influence des aliénés sur leurs nxéii^ cins^ on peut juger combien nous ébranle toute énergique con*viction ^ même quand nous la reconnaissons err<mée. Le pins hardi novateur acquiert rarement une pleine confiance dans ses propres découvertes^ tant qu'elles n'ont pas obtenu quelque libre adhésion. Il ne peut même se passer jamais d'une tdiie sanction qu'en se sentant assez appuyé par la marche générajte de l'humanité. En un mot ^ Tordre individuel est autant 6ubor^ donné à l'ordre social pour les détails qu'envers TensemMe» Mais la prépondérance de la continuité sur la solidarité se pro^ nonce ici davantage qu'en aucun autre cas. C'est ponrqiioi l'histoire philosophique des sciences permet réellement de dr* conscrire partout le champ général des découvertes propres A chaque phase^; avec beaucoup plus de netteté et de précision q^» ne le croient nos savants. Aussi la domination mentale de l'espèce sur l'individu ne reste-t-elie méconnue aujourd'hui que pami les métaphysiciens , toujours livrés à des spéculations dont b nature chimérique interdit à la fois tout examen décisif et tout véritable progrès. Leur propre état témoigne cependant l'inaltérable réalité de cette dépendance nécessaire, {Musqoe leurs débats actuels sont évidemment dirigés par les contre^ yerses » non moins vaines mais plus excusables , des ^pbistei grecs et scolastiques.

Un tel exemple conduit néanmoins à mieux approfondir c^U§

STATIQUfi SOGIAUS. — GHAPITaS SIXIÈME. M7

9|>prédati0D générale , eu forçant d'expliquer Fanomalie , si fréquente aujourd'hui , qui rend tant d'esprits honteusement étrangers au principal mouvement intellectuel. On retrouve alors une nouvelle confirmation de lintime subordination de l'essor mental à l'ensemble de l'ordre humain. Car, cette indiscipline spéculative résulte principalement d'une insuffisante moralité 9 comme le reconnut dignement la sagesse empirique de l'ancien sacerdoce , même théocratique , et surtout catholique. Quoique nos sophistes ne soient habiles que pour abuser du langage 5 leur esprit pourrait assez comprendre nos démonstrations décisives sur l'manité radicale de leurs spéculations^ et la nécessité croissante d'une préparation scientiGque admise par tous leurs prédécesseurs jusqu'au siècle dernier. 11 faut donc attribuer souvent leur active persistance à la vicieuse personna- Uté qui leur fait repousser, au moins également , la discipline positive et la discipline théologique, pour conserver artifidelledient des opinions aussi favorables à la paresse et à la médiocrité qu'à l'orgueil et à l'intrigue. Mais une telle explication ffiontre de nouveau combien l'existence intellectuelle se trouve toi^ours subordonnée à l'existence morale.

En généralisant cet examen , on reconnaît que le bon ou jnauvais emploi de notre entendement dépend surtout des impulsions alléctives. 11 ne refuse toute domination extérieure que d'après la secrète prépondérance des plus grossiers instincts. JComme je Tai fréquemment expliqué dès le début de cet ou- Trage, l'esprit ne peut réellement choisir qu'entre deux maîtres, la personnalité et la sociabilité. Quand il se croit libre , il subit .lenlement le joug le plus puissant et le moins noble , qui lui iaf)iA l'ascendant du dehors en fixant sa destination au dedans. te Batnre absolue et égoïste de la synthèse provisoire poussa jHqa'ici l'intelligence à se mettre au service de la force, en eslirait la dominer, quoiqu'elle f soit rarement parvenue.

D'bearenx types , dignement disciplinés , échappèrent seuls à ce vulgaire entraînement. Mais leur dévouement exceptionnel au service du cœur laissa toujours des traces profondes , dont la discontinuité n*empêche pas d'y voir l'annonce spontanée du régime final de notre intelligence.

Sa libre subordination envers la sociabilité constitue nécessairement son état normal. L'esprit ne pourrait autrement obtenir un essor aussi complet > ni même une égale autorité. Car, il devient ainsi l'organisateur de notre véritable unité , tant collectivive qu'individuelle. Quoiqu'il doive la fonder sur une double base extérieure , c'est de lui que dépend l'appréciation objective qui nous la fournit. En systématisant les lois physiques , il sent ses relations avec l'activité qui les découvrit, et qui lui demande de !es mieux modifier. La systématisation des lofs morales lui fait aussi sentir combien il peut concourir à notre principal progrès. En étudiant sa propre constitution , il reconnaît la consistance que lui procure l'ascendant du dehors et l'assistance qu'il doit à l'impulsion du dedans. Alors il sent que son perfectionnement dépend surtout d'une digne soumission envers ce double joug nécessaire, qu'il porte enfin avec une gratitude croissante. Sous tous ces aspects, l'état normal de notre entendement n'est point assez réalisé jusqu'ici, même chez les meilleurs types. Mais nous pouvons déjà le caractériser pleinement, après avoir suffisamment expliqué son fatal ajournement.

Cette sommaire appréciation permet de sentir comment les lois intellectuelles, qui complètent et coordonnent les lois physiques et morales , conduisent enfin à systématiser l'éducation humaine , principale attribution du sacerdoce universeL En se concentrant vers une telle destination , toutes nos saines spéculations trouvent sans^ cesse une alimentation supérieure à notre faible portée, et le meilleur préservatif contre leur dégér nération spontanée. La même discipline s'exerce, au ûegré

STATIQUE SOaALE. — CHAPITRE SIXIÈME 389

convenable 5 sur les docteurs et les adeptes ^ pareillement adaptée dès lors à leurs offices respectifs. Suivant leur mission normale 5 les uns remplissent ainsi la fonction générale quelen r impose la nature du grand organisme, dont le complément et la régularisation leur appartiennent. Mais, en même temps , les autres préparent dignement leurs attributions spéciales ^ en apprenant comment chacune d'elles concourt à l'économie totale 5 qui ne pourrait se maintenir si, dans leurs diverses carrières, ils n'assistaient pas convenablement l'influence sacerdotale. Cette assistance exige , en effet , que chacun , outre son propre office , comprenne assez toute Fexistence civique pour apprécier ailleurs ses déviations quelconques, afin d'aider le sacerdoce à bien appliquer l'éloge ou le blâme.

Quoique Torgueil des disciples soit moins excité que celui des maîtres 5 Tétude les expose néanmoins à de semblables altérations « d'abord morales , puis mentales. Car, on se sent souvent aussi fier de savoir que d'enseigner, sinon d'inventer. Les deux cas comportent le même remède , toujours résulté spontanément d'une complète appréciation de la réalité, qui, faisant partout reconnaître les avantages intellectuels de l'humilité et delà vénération, dispose sincèrement à subordonner l'esprit aa cœur. D'ailleurs, la généralité de l'instruction religieuse maDifeste déjà l'extrême imperfection de chaque étude réelle , en la comparant sans cesse au véritable ensemble de connaissances qu'exigerait notre existence pratique.

Apprécier l'ordre artificiel, d'après l'ordre naturel dont il dépend , afin de mieux modifier Tun et subir l'autre : tel est donc l'office, actif ou passif, du sacerdoce et du public dans Fédacation universelle , autour de laquelle se concentre natuidlement toute l'existence intellectuelle. Celte double destmatkm se trouve déjà caractérisée par les deux lois fondamentales Vrt m'ont finalement conduit à systématiser ainsi l'état mental.

390 SYSTÈME DB POtlUQUE NfSirÎTB.

Qnand ma loi de filiation a directement r^é l'ordre Iramain , ma loi de classement vient aussitôt compléter et consolider sa construction en caractérisant Tordre universel

L'ensemble de la théorie précédente semble d'abord réduire notre existence intellectuelle au seul essor des conceptions scientifiques. Mais on peut aisément se rassurer contre tout^ restriction vicituse, en reconnaissant qu'une telle apprédatlott s'étend essentiellement aux conceptions d'art , soit esthétiques^ soit techniques. En effets la culture du beau et celle du bon sont nécessairement subordonnées à la connaissance du vrai n s'agit toujours du perfectionnement, d'abord idéal puis réel, de l'ordre humain et de Tordre universel. Partout, il faut donc apprécier préalablement cette double économie , et les modifications qu'elle comporte. Or, Téducation systéiiiatique n'a pas d'autre domaine que ce fonds commun de toutes les carrières ciyiques. L'artiste et Tindustriel doivent ensuite développer spécialement, d'après un judicieux exercice, ce qu'il oUte de mieux applicable h la vocation de chacun. Mais cette suite pratique de Téducation universelle se borne toujours à la simple extension de certaines conceptions antérieures, sans faire jamais surgfir quelque classe de notions radicalement étrangères à Thiitiation encyclopédique.

Tout cet examen de Texistence intellectuelle aboutit à la représenter comme le complément normal de Texistence morale qui Tavait préparée. Car, le princi^l résultat de Téducation systématique consiste à développer et consolider les impulsions affectives que Téducation spontanée institue d'abord pour diriger Tensemble de notre conduite. La providence féminltie reçoit ainsi le digne fruit des précieux germes qu'elle transmit à la providence sacerdotale. Autant les affections sympathiques nous disposent à la synthèse en suscitant partout des Haïssons, autant les vues synthétiques fortifient la Sympathie éh nom ùissaA

ffllênx sentir les vrais rapports. Ce saint concours entre l'esprit et le cœur peut seul fonder notre unité cérébrale^ en combinant sttflBsaininent les deux organes contigus de Tamoar qui constitua son principe et de l'ordre qui forme sa base. Il importe encore davantage à rharmonie sociale; puisque le sentiment de la solidarité^ et ^rtout celui de la continuité^ exigent une juste appréciation familière de tous les rapports l^umains^ doDt rétttde systématisé dévient le principal domaine de l'éducation positive.

C'e^ ainsi que la sagesse sacerdotale , complétant l'impulsion fëmtnine^ combine profondément l'existence intellectuelle avec l^etistén(ie morale. Mais ce double régime ne peut suffire qu'à l'âge préparatoire où l'ensemble de la vraie providence nous préserve artificiellement des sollicitudes matérielles qui domi-^ lient la vie réelle. Dans tout le reste de noire carrière , il devient un simple modificateur de l'existence pratique dont je dois maintenant apprécier la prépondérance directe. L'éducation universelle ne nous rend d'abord plus sympathiques et ensuite pins synthétiques ({ué pour nous préparer dignement à être èiifln plus synergiques.

Eûters les deux autres parties de l'existence sociale, le tableau nôrfnal que j'ai dû tracer, d'après la vraie théorie de la nature humaine ^ diffère beaucoup, sans doute, du spectacle habituel qui partout prévaut aujourd'hui. Mais ce fatal contraste de'Vlëfit encore plus complet pouf ce troisième mode, dont les deux précédents doivent régler la suprématie nécessaire. L'existence morale, quoique gravement altérée, est, au fond, la moins troublée danà l'anarchie occidentale, où le sentiment soutient presque seul l'unité personnelle et sociale. Notre vie* intellecluelle ottre des perturbations plus profondes , caractérisées surtotit par la prépondérance habituelle des parleurs sur les penseurs, toutefois, le principal désordre afiTecte aujour-

d'hui reiLîstence matérielle y où les deux éléments nécessaires de la force dirigeante , c'est-à-dire le nombre et la richesse , vivent dans un état croissant d'hostilité mutuelle^ qui doit leur être également reproché.

Quoique le premier^ d'après le concours qu'il suppose ^ apprécie mieux les impulsions sympathiques et les pensées synthétiques, ses tendances ordinaires sont profondément subversives, non- seulement par l'esprit , mais même parle cœur, n accueille avidement les plus absurdes utopies^ sans reconnaître aucune vraie discipline mentale , sauf envers les jongleurs ou les rêveurs. Toutes ses aspirations sociales l'entraînent à fonder une brutale oppression contre les chefs nécessaires des opérations pratiques.

Mais la force concentrée reste encore plus déréglée maintenant que la force dispersée; ou, du moins, ses perturbations se font mieux sentir, comme étant plus chroniques. Quoique l'ensemble du régime préliminaire dût plutôt tendre à développer tous nos pouvoirs qu'à les discipliner, cependant leur réaction spontanée institua toujours un frein quelconque, surtout envers le plus abusif, tant que Tinfluence intellectuelle assista suffisamment l'impulsion morale. Pendant la longue splendeur de la théocratie initiale, la richesse fut activement soumise à de sévères obligations sociales. Le grande transition militaire maintint et développa ces prescriptions sacerdotales , sous l'invocation, souvent vicieuse d'ailleurs, du salut public. Elles furent profondément perfectionnées par la civilisation féodale, qui, dans sa fréquente pratique des confiscations, ébaucha même le caractère sociocratique de la propriété , dont l'institution théocratique avait jusqu'alors prévalu.

C'est seulement depuis que l'anarchie moderne a détruit toutes les constructions provisoires émanées d'un régime admirable mais insuffisant , que l'emploi de la richesse occidentale

se tronve habituellement dépourvu de règles quelconques. Le lâche égolsme que Dante, au nom du moyen âge, excluait même des honneurs infernaux, a fini par être érigé légalement en état normal des riches, auxquels les mœurs ont d'ailleurs cessé d'imposer aucun devoir social. Notre sacerdoce oflGiciel, loin de combattre cette double dégradation, y participa de plus en plus , jusqu'à tourner contre les pauvres sa mission régulatrice. Quand l'abus a suscité des réclamations décisives, elles ont seulement développé les tendances négatives que je viens d'indiquer. Même leur essor habituel indique moins un désir sincère de régénération qu'un besoin de l'envie ou un calcul de l'ambition. Soit donc qu'on pousse les pauvres contre les riches^ ou qu'on sanctionne l'indiiTérence des riches envers les pauvres, l'harmonie matérielle se trouve altérée plus profondément que l'unité morale, ou même intellectuelle.

Il ne faut pas s'étonner de voir plus troublée qu'aucune autre l'existence la plus compliquée, et d'ailleurs la plus exposée aux passions perturbatrices. Ne pouvant être sufilsamment réglée que d'après le concours habituel de l'influence intellectuelle avec l'influence morale, le désordre qu'éprouvent celles-ci doit maintenant retomber sur elle. Enfin, l'anarchie moderne a dû d'autant plus affecter notre régime pratique, qu'elle s'est développée pendant qu'il subissait spontanément sa transformation la plus intime et laplusdifiicile, pour le passage définitif de la vie guerrière à l'activité industrielle.

La systématisation décisive d'une telle régénération constituera bientôt le principal ofiice social du nouveau pouvoir spirituel , quand il aura dignement préparé les opinions et les mceurs occidentales. Ainsi l'examen direct de cette grande opération sacerdotale appartient spécialement au quatrième volume de ce traité, après que le tome troisième en aura sufilsamment expliqué l'avénemept historique. Cette épreuve carac-

iÙtl SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

téristique réservée à Taptitude organique de la religion positive doit seulement être préparée ici par l'exposition abstraite des principes les plus généraux propres à l'existence pratique. Les indications qui précèdent sur son état présent n'ont ^ à mes yeux^ d'autre destination immédiate que d'empêcher l'attention pliilosophique de se diriger vers une situation aussi anormale.

Mais le besoin d'en faire provisoirement abstraction pour poser d'abord les notions fondamentales relatives à Tordre matériel augmente beaucoup la difficulté propre à cette indispensable appréciation statique. Toutefois ^ outre la base générale fournie par la théorie positive de la nature humaine , elle se trouve ici secondée spécialement par l'examen des deux existences qui préparent et modifient l'existence matérielle^ et aussi d'après les saines mdications que l'on peut tirer de son ancien type.

Sans doute ^ la vie militaire ne doit pas être considérée maintenant quant aux propriétés qui la distinguent ; puisqu'un tel examen convient à l'étude dynamique de son évolution n^ cessaire. Néanmoins ^ en ne concevant ce premier mode civique que sous l'aspect le plus abstrait , il peut fournir ici des indications précieuses, quoique le plus souvent implicites ^ sur les principes communs à toutes les existences pratiques. Il y convient d'autant mieux que l'activité guerrière, seule vraiment organisée jusqu'ici , est nécessairement caractérisée par l'admirable privilège de pousser spontanément à l'exercice collectif, comme ne comportant aucun digne essor individuel. Au contraire la vie industrielle surgit d'abord d'une pratique essentiellement personnelle , dont elle porte encore la profonde empreinte. Le besoin d'un type réel pour saisir nettement les lois générales de l'existence matérielle prescrit ainsi l'usage abstrait du mode primitif, mais dégagé de tous les attributs qui ne permettraient paà de le comparer au mode définitif.

Qaànd les notions statiques résultées d'un tel examen auront été, dans le volume suivant, complétées et développées d'après l'ensemble des études historiques, leur aptitude finale à régler convenablement l'activité moderne sera mieux sentie qu'elle ne peut l'être ici.

Notre appréciation systématique des trois modes essentiels dé l'existence sociale embrasse maintenant l'ensemble de son état préliminaire , destiné surtout à régler l'activité définitive. Après que la vie affective a pleinement constitué , daiis la faniUle , la prépondérance fondamentale du cœur, la vie spéculative vient dignement développer, sous rimpulsion sacerdotale^ la libre subordination de l'intelligence envers le sentiment. Cette combinaison décisive entre les deux influences supérieures^ d'abord préparatoires, puis modificatrices, doit être actnellement appréciée quant à sa principale destination, la systématisation réelle de l'activité prépondérante. Un tel préambule ne pourrait isolément correspondre qu'à rbypothèse abstraite par laquelle J'ai commencé le second chapitre de ce ibUaûe^ en écartant les exigences matérielles pour mieux saisir lès tendances morales et Intellectuelles. La sollicitude de la famille et de la cité place artificiellement chacun de nous dans cette sKoation hypothétique , mais seulement pendant 1 âge préparatoire qui doit nous adapter à la vie réelle. Ainsi préservés des impulsions les plus perturbatrices, nous pouvons alors disposer dignement notre âme à vivre pour autrui , en apprenant d'abord à chérir puis à servir Thumanité. Il faut désormais obtenir que cette longue et pénible miliation personnelle n'avorte point en présence de sa vraie destination sociale. Le cœur et l'esprit doivent enfin être assez préparés pour supporter dignement Fépreuve décisive qui va surgir des perturbations actives.

En apip^ciant directement , dans le second chapitre de ce

volume 9 l'existence pratique ^ j'ai démontré qae sa prépondérance nécessaire peut devenir pleinement conciliable avec l'essor moral et mental. Je dois maintenant expliquer le caractère général d'une telle conciliation^ qui constituera toujours la principale destination de toute la sagesse humaine^ systématisée par le vrai sacerdoce.

Dans la succession spontanée des trois modes naturels d'association 9 la cité tient le milieu entre la famille et l'Église y comme moins intime et plus vaste que l'une , plus complète et moins générale que l'autre. Mais Tordre inverse doit prévaloir pour la coordination systématique de ce triple ensemble. On retrouve alors la grande loi subjective y tant appliquée par ce traité et déjà même par mon ouvrage fondamental y qui prescrit toujours de ne régler les cas intermédiaires qu'après les deux extrêmes qui les comprennent Son application normale devient ici d'une évidence incontestable. Pendant tout le cours de notre éducation , nous appartenons d'abord à la famille j puis à l'Église y quoique nous soyons finalement destinés à la cité. Mais ce but commun des deux autres associations humaines doit maintenant développer sa prépondérance directe et continue.

Sans les perturbations trop inhérentes à notre imperfection cérébrale, l'existence pratique serait très-propre à cultiver heureusement les bons sentiments et les saines convictions qui surgissent de toute digne préparation. Ce n'est pas quand nous devenons vraiment aptes à vivre pour autrui que devraient s'affaiblir les dispositions de cœur et d'esprit qui nous initièrent à cette destination normale. Au contraire, la réalisation habituelle d'une telle aptitude est certainement propre à la consolider et à la développer. Il faut seulement que^ dans l'essor journalier de la coopération civique , chacun apprécie dignement sa participation personnelle. Or» cette conviction fami-

lière constitae spontanément le résultat nécessaire d'une saine éducation , d'abord domestique , puis religieuse. Les tendances du cœur ?ers Tamour universel ont été finalement systématisées par l'esprit • qui montre à chaque citoyen son oflSce propre dans l'ensemble de Tordre humain ^ et ses relations normales avec tostes les autres fonctions sociales. Sans exiger aucune affectation sentimentale ou sentencieuse ^ mais seulement une juste appréciation continue de la réalité, Factivîté pratique est donc propre à développer naturellement les germes , intellectuels et moraux, résultés de sa préparation artificielle.

C'est surtout faute d'une telle initiation que la vie civique lût , en effet , si souvent défectueuse jusqu'ici. Toutefois , cette condition ne manque profondément qu'à la longue anarchie croissante qui nous sépare du moyen âge. Alors tout essor resta dispcrsif, et par suite aveugle, d'après des impulsions essentiellement personnelles , rarement subordonnées à quelque suffisante appréciation. habituelle d'un ensemble que nul ne pouvait encore comprendre, même instinctivement. Mais le désordre occidental ne saurait fournir aucun type de l'état normal de rbumanité , quoiqu'il puisse en confirmer utilement les lois générales , quand elles ont été d'abord saisies dans les cas mieux caractérisés» Or, le moyen <1ge et l'antiquité procurent, à cet égard, toutes les données qu'exige la statique sociale. La préparation systématique y demeura toujours très-imparfaite , même pendant la principale splendeur du régime catholicoféodaL Mais son insuffisance réelle se trouva compensée , surtout dans l'existence romaine , par la tendance naturellement sociale de l'activité dominante , chez une population où l'esclavage des producteurs matériels restreignait et simplifiait la vie civique, te moindre citoyen y put habituellement sentir assez sa vraie participation à l'économie collective la mieux susceptible d'une pleine unité spontanée. En même temps, chacun

i98 «TSTttw Pli pouTiQUE tQ&mn.

j £piqpr.eDait saffisamm^iit les autres fonctions essentielles > de manière à pouvoir utileipent seconder l'action réprei^YO on directrice.

Le régime coopératif^ caractérisé par le grand principe 4'Aristote , n'offre donc y en lui-mêm£ , aucune perturbation naturelle qui ne puisse être assez prévenue ou réparée ^ quand la sollicitude continue de la cité complète dignement la préparation due à la famille et à TÉglise. Il reste donc à juger si celte

active discipline , à la fois spéciale et {générale , suscite néces-

sairement des tendances vicieuses, toujours capables d'altérer gravement rharmonie civique. Or^ un examen approfondi conduit à reconnaître , au contraire ^ que cette seconde fatalité se trouve naturellement plus modifiable encore que la première , si le sacerdoce remplit convenablement son principal office social.

En effet, la discipline temporelle n'offre point, en ellepiême , un caractère vraiment oppressif, jjuand ies supérieurs et les inférieurs y sont habituellement animés , d'après Téducation universelle, d'un juste sentiment de leur position et de leurs devoirs. D'après les explications propres au second chapitre de ce volume, on sait que le commandement, quqiqiie nécessairement émané d'abord des instincts personnels, 4evient pleinement compatible avec l'essor actif des penchants sociaux. Lçs affections bienveillantes sont tellement douces k sentir qu'elles doivent même se développer ù notre insu, dans les situations favorables à leur pleine efficacité. Quand la vraie théorie de la nature humaine aura prévalu , on reconnaîtra partout que le principal privilège du pouvoir pratique résulte de la possibilité d'y mieux exercer nos inclinations supérieures; ipais un tel avantage n'excitera que des regrets sans amertume. Chacun sentira d'ailleurs que la juste concentration d'une telle prépondérance est toujours indispensable à sa vraie destifiation

STAllQUfi SQClAfci:. — CHAPITBE SïWÈME. $90

civique. Or^ cette conviction sincère et familière du besoin social de chefs politiques , et de la fetalité qui prescrit à la masse active une existence prolétaire, constitne certainement la priUfcipale difficulté de la discipline sociale. Elle exige, en eiTet, une appréciation délicate et compliquée , qui ne peut assez résulter que d'une sage éducation religieuse. C'est seulement ainsi qu'on peut faire partout prévaloir l'exacte déterminatioii des devoirs propres à chacun et à tous sur la vaine discussion des droits individuels , toujours rétrogrades chez les uns et anar«cbiques chez les autres.

Quant à la conviction inverse et corrélative, elle offre naturellement des difijcultés beaucoup moindres, La force concentrée ne saurait oublier longtemps sa dépendance nécessaire envers la force dispersée, dont elle doit devenir la providence matérielle. Dans un régime normal, une telle aberration ne peiit résulter que d'un délire passager de l'orgueil individuel, oîj chaque chef peut être aisément contenu o.ij corrigé par ses collègues. Elle se développa rarement tant que dura la longue prépondérance de l'activité militaire, si propre à faire spontanément sentir au centre l'importance de la masse. Mais la vie industrielle ne comportera pas moins une telle tendance, qaan4 elle aura vraiment acquis son propre caractère social. L'indépendance des inférieurs s'y trouvant même plus prononcée, les supérieurs y doivent moins oublier une réciprocité d'assistance directement indispensable à leurs succès journaliers. Ainsi, les graves perturbations que l'anarchie moderne développa de plus en plus, de part et d'autre, ne sont aucunement mhérentes h la nature de notre existence pratique , et n'y résultent que du défaut de systématisation mentale et morale.

On obtient une conclusion semblable en considérant spécia-f lement, après les influences dues au commandement, celles qui émanent de l'obéissance. Quoique la vie militaire doivo

disposer à la révolte d*après l'exercice qu'elle offre nécessairement à nos pins mauvais instincts, son caractère collectif, développé sous impulsion religieuse^ a suffi pour y maintenir^ pendant une longue suite de siècles , une discipline rarement troabiée. Au contraire ^ depuis que, vers la fin du moyen âge 5 l'existence occidentale tendit à devenir irrévocablement indostrielle , l'ordre moins sévère qu'elle eiige a toujours subi de profondes perturbations. Un tel contraste ne peut provenir que du défaut total de systématisation sociale propre h la transition moderne. Car l'activité pacifique doit naturellement être plus dlsciplinable que la vie guerrière^ puisqu'elle ne suscite point d'aussi vicieuses excitations. Le degré de personnalité que suppose habituellement chacune d elles devient mieux conciliable avec la sociabilité dans l'existence moderne que dans l'andenne.

D'après une fausse théorie de la nature humaine^ notre longue révolte contre toute autorité , actuelle ou antérieure^ a fait profondément méconnaître les tendances respectives de l'obéissance et de l'insubordination. Malgré les apologies intéressées qu'on prodiguait à celle-ci et les outrages systématiques dont celle-lù devenait Fobjet , l'instinct pratique a rectifié, diez les prolétaires et les femmes, les aberrations sophistiques de leurs guides provisoires. Les lois générales de la nature humaine, toujours subies avant d'être connues, ont fait partout sentir empiriquement combien la soumission est moralement supérieure à la révolte. Depuis que la saine théorie cérébrale permet de systématiser cet instinct universel, on peut reconnaître, même envers les animaux, que les penchants d'où dépend l'obéissance volontaire, seule vraiment durable, surpassent en noblesse les tendances indisciplinables. Outre ladmirable maxime du grand Corneille (on ta d'un pas plus ferme à suivre qu'à conduire), les populations modernes ne se regarderont pas comme dégra-

dées par la fatalité sociale qui leur prescrit une sonmisâon habitaelle. Aa contraire , chacun sentira la tendance normale d'une telle situation à développer en nous les instincts de vénération et d'attachement les plus propres à consolider le vrai bonheur humain 9 tant public que privé En reconnaissant la nécessité du commandement, on regardera ses organes exceptionnels comme toujours exposés à de graves dégénérations morales par une active personnalité , dont toute âme sage se félicitera d'être préservée. En effet, cette funeste corruption, encore plus nuisible au bonheur privé qu'au bien public , ne peut être alors prévenue ou réparée que d'après un vaste essor de la sociabilité, qui ne saurait assez surgir tant que la prépondérance 'temporelle reste trop dispersée.

La rectiflcation normale des principales déviations de l'exis- "Sence pratique résulte donc de son propre cours, puisqu'elle ^xmsiste surtout dans son institution sociale, vers laquelle il Cend nécessairement. Ce caractère civique ennoblit à la fois le ^[^mmandement et l'obéissance , en même temps qu'il les dis- ^zipline, d'après un actif sentiment des divers devoirs. Son essor ^^)ontané constitue le meilleur attribut de notre initiation mili- "^aire , mais seulement chez une population partielle, et sous les C2onditions convenables. Au contraire , cette systématisation so- «Haie devient la principale diificalté de notre existence définitive , d'après la marche privée que conserve longtemps révolution industrielle. Elle s'y complique d'une grave question, Tdative à l'office général des capitaux humains , dont l'examen abstrait doit ici compléter cette appréciation statique de la vie active.

Quoique la répartition des richesses ait finalement troublé le légime militaire, elle n'y pouvait offrir les mêmes dangers que dtts l'ordre industriel. Tant que la conquête laissa l'espoir de Mdtiplier beaucoup les nouvelles acquisitions, la possession

493 iT^TttMB 01 FouTiQos ronxiTp.

des «iciiUliMft fut abémeot respectée ^ outre M eonsécratkm tbéocratlqoe ^ et cette tendance permit f en effet , des accoimtlatioDS qnl devinrent ensuite impossibles. Mais depuis que , eba l'élite de rbumaniié» les capitaux ne peuvent plus se concentrer ordinairement par la violence , leur lente condensalion sous la libre influence du don et de réchange a iusdté de graves difficultés sociales envers leur distribution effective.

En même temps , ils ont pris dans Fexistence industrielle une importance que la vie guerrière n'admettait pas. Quand ceDeci prévalait^ la richesse ne devenait le signe de la puissance que coiiime manifeslant son résultat naturel^ mais sans jamais former sa source nécessaire. Toutefois , cette dernière transformaUmi dut commencer au moyen âge, sous la prépondérance du régime défensif , et d'après la dispersion correspondante du commandement militaire. On voit , en effet, la richesse, au mobis territoriale, acquérir alors une haute importance sociale , souvent supérieure aux moeurs aristocratiques. Ainsi s'annonçait Toflcf encore plus fondamental que lui réservait finalement 1 exisUmce industrielle. Depuis que celle-ci prévaut, la richesse n'est plus seulement le signe de la force matérielle , mais aussi sa prin* dpade source habituelle , d'après l*empire qu'elle procure sur la masse active. J'ai donc pu la désigner, au cbapitro précédent, comme constituant la force concentrée, par contraste à la force dispersée qui résulte du nombre.

Dans ce mode final de l'existence pratique, hi possession des capitaux fournit le principal titre à la direction des travaux spéciaux. Une incapacité exceptionnelle pourrait seule empêcher un tel avantage de prévaloir sur la meilleure aptitude indus* trielle dépourvue de ces instruments nécessaires Le développement de la saine éducation universelle doit consolider celle disposition naturelle, en rendant plus rare et moins nui* slble une telle exception. Sous le régime guerrier^ outre ^pit la

8TA11QQB aOCliXK. ^ CHAFITU SIXlfeMË. AOS

fKliene avait moips d'iafloeDGe , le mériie personnel était plus indispensable aux chefe pratiques. Dans Tordre moderne, emix-cl devieniient principalement les administrateurs nécessaires des capitaux humains , et leurs fonctions supportent davantage la médiocrité. Quand cet ordre sera dignement systématisé» cette différence y permettra plus de régularité , en y diminuant Tinfluence individuelle. Uais , tant que dure Tanarfbie occidentale, un tel caractère doit, au contraire, aggraver las perturbations suscitées par d'envieux déclamateurs et des rivaux acharnés, en affaiblissant le respect qu'exige une telle prépondérance.

Toutefois, ce danger permanent trouve aussi sa réparation normale dans une digne systématisation sociale de l'existence industrielle. Car, si Tadministration des capitaux humsins exige, en efltet , aussi peu de mérite personnel que le supposent nos utopistes, ce doit être un motif de plus pour maintenir, chez ^ ses organes actuels , une fonction dont la stabilité et la sécurité sont socialement indispensables. Les riches indignement oisifs^ comparables à ceux que Dante plaçait au vestibule de son enfer, restent donc les seuls qui doivent vraiment redouter une sé« rieuse appréciation sociale. Mais cette classe , de plus en plus exceptionnelle, tend évidemment à disparaître, et comporte d'ailleurs une heureuse transformation » qu'expliquera mon quatrième volume, et qui doit essentiellement di^enser de tonte violence envers ces parasites. Quant aux riches actifs, seuls véritables chefs temporels de la société moderne , ils ne peuvent que gagner beaucoup, aussi bien en stabilité qu'en vénération, à prendre moralement un vrai caractère social, sous l'impulsion systématique de la religion positive.

Le nouveau sacerdoce , non moins indépendant du prolétariat que du patriciat, saura consacrer profondément cet office nécessaire, dont les dignes organes deviwdroot ainsi les minis-

kOU SYSTÈME DB POUTIQDE POSITlfB.

Ires de la proYidence matérielle InsUtoée par le Grand -Être envers l'ensemble de ses serviteurs. Cette consécration subjective sera d'aatant plus respectée, et la discipline correspondante d'autant plus efficace, que ces chefs temporels doiveot être à la fois moins nombreux et plus puissants que ne le comporte l'anarchie actuelle, afin de mieux remplir leur destination sociale. Les envieux débats suscités par l'abus des richesses depuis rirrévocable rupture de Tancienne synthèse à la fin dn moyen âge , disposent aujourd'hui les cœurs et les esprits révo* utionnaires à d'ombrageuses défiances et à des restrictions tyranniques envers une telle force. Mais la masse des prolétaires et des femmes , sincèrement pure de toute prétention au partage , au moins dans les villes , sent , comme le petit nombre des vrais philosophes, que la concentration des capitaux et la sécurité de leur emploi importent beaucoup à leur efficacité civique. Suivant la maxime posée dans mon discours préliminaire, de grands devoirs supposent de grandes forces. Le vrai régime de l'avenir, fondé sur la théorie positive de la nature humaine, individuelle et collective, est surtout caractérisé par la confiance et la liberté , conditions normales d'une sage responsabilité. Celte garantie continue doit rester essentiellement morale , et ne devenir politique que dans les cas extrêmes, dont la diminution graduelle fournira la meilleure mesure de l'ensemble du perfectionnement humain. Sous la salutaire prépondérance de la religion positive , l'anarchie métaphysique se trouvera définitivement discréditée ^ comme également incapable de soutenir aucune discussion décisive et de fournir aucun véritable remède. Le patriciat industriel, devenu plus digne et mieux respecté, se sentira voué directement à l'incomparable félicité résultée d*une activité soutenue des trois instincts sociaux , l'attachement au sexe affectif, la vénération pour le sacerdoce, et la bonté envers le prolétariat. Patron temporel de toutes les

existences utiles 5 il senlira sincèrement la supériorité religieuse des trois autres providences humaines ^ dont il doit garantir la sécurité matérieile afin de mieux subir leur réaction morale, intellectuelle^ et sociale. Ce sont les classes transitoires, ttiéologiques^ militaires, et métapliysiques , interposées maintenant entre ces quatre éléments essentiels de Tordre normal qui produisent ou perpétuent nos principales perturbations.

Pour mieux consolider cette harmonie finale, il convient ici de spécifier davantage cet examen abstrait de l'existence pratique en considérant sommairement sa fonction prépondérante, qui consiste dans la répartition générale des richesses humaines entre les diverses classes. Ces premières indications, dont le développement spécial appartient à mon quatrième volume, sont déjà nécessaires envers une doctrine statique qu'obscurcit beaucoup l'ignoble métaphysique qui prétend étudier les lois générales de l'ordre matériel en l'isolant de tout autre. Elle est aujourd'hui devenue la frivole ressource d'après laquelle nos rhéteurs et nos sophistes espèrent , avec trop de succès jusqu'ici, dissimuler, à peu de frais, leur honteuse impuissance scientifique. Mais la discipline positive n'aura pas beaucoup de peine à surmonter irrévocablement ces prétentions subversives, en invoquant à la fois la raison et le sentiment.

Afin de rendre irrécusable une telle appréciation, il faut habituellement procurer au principe d'Aristote toute son extension normale, en y subordonnant la coopération dans l'espace à la coopération dans le temps, que l'évolution humaine fait de plus en plus prévaloir. Tous les perturbateurs occidentaux parlent maintenant au nom de la solidarité objective. Mais la religion positive doit les subjuguer tous en invoquant la continuité subjective, contre laquelle aucune résistance ne reste finalement possible. Déjà prépondérante dans l'existence morale et inteUectneUe5 elle le devient davantage envers l'existence ma«

&M sTSTfcMB M pounora posmfi.

térielle, qnf dépend d'an cmicoiirs plus raste et pli» prateagé.

Qoelles qne soient les lois, trop pea coonoes encore, qui dé* terminent chez certaines ramilles la concentration réelle des capitaux humains, on ne peut douter qne des inflaeiices pnre^ ment fortuites , dont personne ne doit s'honorer, n'j aient ha-» Mtnellement nne grande part Mab cette considération, qiri pourrait être également objectée à tous les nouveau préieii^ dants, n'affecte aucunement la question principale, consistant dans remploi des richesses, abstraction faite de leur sonroo quelconque. Il suffit que leur acquisition n'ait }anais violé les règles que la sagesse humaine établit , à chaqoe époqne^ pouf leur transmission légale. Sous cette seule condition normsde , c'est surtout de l'usage habituel des capitaux que doit dépendis la consécration sociale de leurs possesseurs, même quand ib ne consentiraient pas d'abord à se reconnaître les ministres matériels de rb amanite. Or, une telle garantie se trouve assez réalisée déjà pour qu'on puisse assurer que tous les progrès essentiels» quant à Texercice du pouvoir pratique, dépendent aujourd'hui d'une vraie recootraction de l'ordre moral et inteU lectuel. Car, ceux-là même qui déplorent le pim l'abus des ri-* chcsses convoitent secrètement l'existence oisive et égc^te^ comme principale récompense de leur laborieuse activité, ainsi dégradée dans son ensemble chez ses propres organes. Pour obtenir un digne emploi de la force matérielle , il faut dès nn* jourd'hui commencer par la respecter en général , sauf les cas exceptionnels de prévarication déjà constatée.

Loin d'en restreindre la liberté nécessaire , le régime positif doit , au contraire , l'augmenter beaucoup , d'après le seul perfectionnement essentiel qu'exige réellement le mode primitif dd la transmison héréditaire. Depuis l'abolition définitive du ré« gime des castes , cette transmission ne doit plus dépendre de la seule naissance , qui fournit Si longtemps le meHIeur fpsMè %

STATiQirÊ SÔGIALE. — GfiAPITHS SIlltlME. , 607

cet égard. Ce principe (liéocratiqne se (roura profondément . modifié par l'admirable ébauche sociocrati^ae tentée an moyen âge 5 où les conditions sociales déterminèrent tme concentration > alors indispensable, en faveur des fils atnés, sous lés charges convenables. L*anarchie moderne ne sut que détruire cette fondation initiale, sans la remplacer effectivement par aocune rigle meilleure. Car^ on ne saurait donner ce nom au principe révolutionnaire sur l'égalité des partages , résulté ffnû atengle et haineux empirisme > qui ne comporte aucune consistance , malgré sa consécration métaphysique. Déjà la consciendeuse raison d'un sage publiciste (M. Dunoyér) osa l'attaquer ouvertement dans un mémorable traité ^ digne de survivre aux doctrines transitoires qu'on y professe. Mais le positivisme eu fsdt irrévocablement justice , en se plaçant au vrai point de vue social.

Car, les devoirs matériels des riches envers lêurà propres ftimlDes seront plus restreints qu'on le suppose aujourd'hui , tandB que leun obligations civiques s'étendront davantage. Administrateurs providentiels des capitaux humains, ils ne doivent à leur fils, comme dans toutes les autres classes, qu'une digne éducation , et un fonds suffisant pour ébaucher convenablement mè nouvelle existence industrielle. Hs abuseraient de leur office sodal s'Us employaient leur fortune à constituer artificiellement des organes parasites > à la végétation desquels le Grand-Être est déjà trop exposé par sa complication naturelle. La libre transmission de cette grande fonction doit terminer leur carrière active, aboutissant au choix spontané d'un digne succèsseurj pris, à leur gré, dans une famille on classe quelconque, par une pleine faculté dé tester convcnaBlement. Ce n'est point id le lieu d'insister sur une telle indication , dont l^explication spéciale appartient à mon volume final. Mais elle suffit mainteflÉm pbur (kfre asseis pressentir le seul ameindement fofidamen-

408 SYSTÈME 0£ POUTIQUK POSITIVE.

ial par lequel la transmission sociocratique des capitaux humains différera de leur première transmission théocratique. 11 consiste y comme on voit, à développer la puissance matérielle du chef de famille ^ devenu moralement un magistrat civique, mais en augmentant aussi sa juste responsabilité. Si Tun de ses fils lui semble mériter de succéder à son office social ^ il le préférera librement. Quand , au contraire y suivant la p^nle ordinaire des mœurs modernes , il croira trouver ailleurs un meilleur successeur, la religion positive doit Tinviter à le choisir sans scrupule. D^ailleurs^ le principe de l'adoption^ que le régime final développera beaucoup^ permet de lier directement l'hérédité théocratique et l'hérédité sociocratique^ en incorporant convenablement à la famille 1 héritier dignement choisi.

Cette indication nécessaire écarte spontanément la seule difficulté préalable qui pût entraver le principal office social des riches d'après les exigences de leurs familles. Il est aisé maintenant d'apprécier l'ensemble de la grande fonction par laquelle ces réservoirs centraux de l'appareil nutritif renouvellent sans cesse l'existence matérielle des trois autres appareils essentiels propres à l'organisme collectif.

Une telle explication exige d'abord la distinction normale des matériaux humains en deux parties très-différentes, les provisions, et les instruments. La première est destinée à soutenir directeinent l'existence des organes sociaux, tandis que la seconde répare les consommations qu'exige chaque office. Ainsi ^ la dispersion convient à l'une, et la concentration à l'autre.

En second lieu , les offices auxquels doivent être répartis ces deux ordres de matériaux se distinguent naturellement en deux classes essentielles, selon qu'ils concernent l'existence spirituelle, d'abord morale, puis mentale, ou la simple existence matérielle. Gela revient à la lumineuse division , ébauchée par M. Dunoyer, entre les arts qui perfectionnent l'homme et ceux

STATXQUB SOCIALE. — CHAPITRE SIXIÈME. hO

qui modifient le monde; division qne j'ai sociologiquement rattacliée, dans le chapitre précédent^ à la séparation fondamentale des deux puissances. Son importance devient ici prépondérante, car le mode normal de répartition des provisions ou des instruments diffère beaucoup d'un cas à l'autre.

Avant de Tindiquer directement^ je dois rappeler le principe fondamental de la théorie religieuse des salaires , déjà posé par le premier chapitre de ce volume ^ et rendu maintenant irréca sable d'après l'ensemble de mes explications ultérieures, n consiste à regarder toujours le service de l'humanité comme essentiellement gratuit. Le salaire quelconque ne peut réellement payer que la partie matérielle de chaque office , en réparant les consommations qu'exige constamment l'organe et souvent la fonction. Quant à l'essence même du service , elle ne comporte jamais d'autre vraie récompense que la satisfaction de l'accomplir, et la gratitude active qu'il détermine spontanément.

On ne peut contester cette gratuité nécessaire du service humain quand on apprécie dans son ensemble l'existence de cha« que génération 5 qui toujours hérite, avant tout travail ^ du résultat accumulé de tous les travaux antérieurs. En proportion de ce capital subjectif, sa propre participation objective reste constamment minime, et s'affaiblit d'ailleurs de plus en plus. Seulement, comme il est formé de matériaux périssables, surtout alimentaires, il exige sans cesse une laborieuse rénovation , qui doit aboutir à le transmettre, au moins intact, à la génération suivante , et même avec une légère augmentation.

De cette appréciation collective , on passe aisément à l'appréciation individuelle du principe de la gratuité. Car, il n'est jamais contesté maintenant envers les office; dont le salaire est ordinairement le plus élevé; parce qu'ils ont déjà reçu suffisamment l'institution sociale. Or, il serait contradictoire de ne pas étendre une équivalente notion aux professions les moins rétri*

M# SlIlÈMl H FfMlTIQITI MSIIlffe.

boéet, quoique leurs serrices matériels soieirt les |pta WB^ pensables. Une telle inconséqnence ne pent confenfr qn*aiii transItioDS anarcUqaes, pendant lesquelles prêtant exceptionnellement la vaine distinction des offices drlqnes en prtrés et publics. Qaand tons les citoyens sont moralement érfi^ en fonctionnaires sodanx^ comme l'exige tonte harmonie humaine, Il fant étendre à chaque fonction ntlle la dignité d'ap|»éclatimi matérielle défà reconnue envers les plus éminentesi

Toutefofo, cette distinction transitoire, non moii» irration* nelle qu'immorale, enveloppe confusément un principe étemel sur la diver^té nécessaire du mode de r^artilion des aHments civiques entre les fonctions spirituelles et les fonctions temporelles. Envers les premières , oit les instruments se réduisent surtout à de simples provisions, le service est tellement univer» sel que le salaire doit babitqellement émaner du publie, sam exiger une appréciation individuelle qui compromettrait souvent un office fondamental.

Néanmoins , cette institution pubUque ne devient todispen* sable que pour le sacerdoce. C'est collectivement que la niasse active doit nourrir la classe contemplative, même quand pîé* valent les libres cotisations privées propres à tous les débuts , et fort convenables au renouvellement actdel de cette dasse dégénérée. Je m'honorerai toujours d'avoir, à tous ris* ques personnels , fourni dé|à l'exemple le plus décisif de ee mode Initial , sans lequel le sacerdoce positif ne saurait conquérir sa juste indépendance sociale. Mais, quelle que soit la forme , publique ou privée , de cette rétribution collective , elle doit toujours se rapporter directement au fonctiomialre sans être jamais snbordo/mée spécialement à la fonction. Car, il importe de maintenir intacte la gratuité normale de tous les services théoriques, dont le digne accompIHnement doit rester constamment spontané.

STATIQUE 8CM3IAUL -^ GHAFITBI BIXiJiMB. Ml

9nat ta sexe afiTectif ^ qui coDstitae spécialement notre mtU-* kmre providence, la religion positive se borne à eonsacrer le prftKipe naturel , ébauché dès raurore de notre civilisation , et toujours développé depuis : rhomme doit nourrir la femme. lei roflke , nalgré sa touchante réaction générale , se spécifie tel* tement envers le milieu le mieux disposé k Tapprécier, que son entretien matériel peut être livré sans danger à la sollicitude domestique du sexe actif. D'abord le père et les frères, puis l'épowi et les fils , accomplissent assea ce devoir spontané , chef tonte république bien réglée , pour que la cité n'y doive inter-» venir que dans les cas exceptionneb d'insulDsance de la famille. kïaAf eette partie essentielle de la répartition nutritive conslitno une transition normale de la rétribution publique qui convient an sacerdoce, à la rétribution privée qni ne cessera jamais de convenir au prolétariat.

Ponr ce troisième cas général, le patriciat matériel, dont l'office consiste encore à renouveler plutôt les provisions que les instruments, doit cependant assurer d'abord la partie de eiiaque existence temporelle qui, chei tout digne citoyen, reste indépendante de son service spécial. Ce n'est point ici que je dois en déterminer l'extension normale. Mais j'y puis caractériser assez son principe général , en indiquant le degré de propriété, personnelle ou domestique, que le patriciat doit normalement garantir au prolétariat. Il consiste en et (pie chacon possède toujours pleinement tout ce qui est à son Mage contimiet exclusif. Au fond, ce principe, évidemment praticable, équivaut à faire coïncider socialement les deux sens généraux du mot propre. Or, quelque incontestable que Mit une telle règle^ notre anarchie est loin de s'y conformer anei , même envers le mobilier, et surtout quant an domicilt» Mais eette périlleuse situation , où le prolélariat campe «lidlleQ de la société oeddentale san» y être encore caetf»

&12 SYSTÈME 1)E POUTIQUE POSITIVE.

ne saurait être érigée par personne en type de l'état normal.

Sauf ces justes conditions préliminaires , pour lesquelles l'ensemble des chefs temporels doit^ au besoin, réparer rinsaffisanœ ou rindignité des cas exceptionnels, la rétribution du service des travailleurs restera livrée aux décisions privées des entrepreneurs. Car, ils peuvent seuls apprécier convenablement chaque office spécial. Seulement la morale positire, dignement appliquée par le sacerdoce, sous l'assistance normale des sen* timents féminins et des opinions populaires , doit leur imposer à cet égard des obligations normales propres à contenir les abus de cette attribution nécessaire. L'ensemble de ces devoirs civiques du patriciat envers le prolétariat peut se réduire à garantir chez tous les citoyens laborieux le développement complet de Texistence domestique , dont la plupart restent encore privés par Tinsuffisance et Firrégularité des salaires industriels. Pour cette obligation fondamentale, chaque chef temporel devient moralement responsable envers ses propres subordonnés, et tous doivent d'ailleurs se regarder comme solidaires les uns des autres. Quand la cité, sous l'impulsion de FÉglise, consolidera dignement la famille , les prolétaires seront les meil* leurs appuis d'une harmonie pratique à laquelle ils se sentiront profondément incorporés.

Il ne reste donc à considérer ici que le quatrième cas général , celui du patriciat industriel , qui , rétributeur matériel de tous les offices , doit aussi pourvoir au sien propre. Cette sorte d'exception normale est , au fond , beaucoup moins spéciale qu'elle ne le semble. En eUet , ce ne sont pas seulement les administrateiirs du capital humain qui fixent eux-mêmes leur rétribution matérielle. Le régime d'une sage concurrence étend partout une disposition équivalente , où chacun devient le seul juge naturel de ses vrais besoins pécuniaires. S'il abuse d'un tel arbitrage, l'appréciation publique et la compétition

STATIQUE SOaALE. — CHAPITRB SIXIÈME. kil

personnelle en font bientôt justice , aassi bien chez le prêtre , et même la femme , qu'envers le prolétaire. Or, les riches sont encore mieux placés sous ce rapport , puisqu'ils doivent naturellement aspirer davantage à Testime universelle , que n'obtiendront pas ceux d'entre eux qui prélèveraient à leur seul usage une trop forte portion du capital confié par l'humanité. Mais la morale positive doit éviter, à cet égard , toute exagération, naturelle ou affectée, en reconnaissant que la surexcitation des instincts personnels, d'abord indispensable à cet office , doit y produire une plus forte tendance aux jouissances dispendieuses. Elle saura dignement empêcher qu'une vaine sagesse compromette jamais la fonction pour améliorer l'organe , faute de prendre en suffisante considération Timperfection ordinaire de notre nature et les séductions habituelles de la situation patricienne.

Ce sommaire accomplissement de l'appréciation abstraite qu'exigeait ici la plus décisive et la plus compliquée de nos trois existences, permet maintenant de compléter ce chapitre en indiquant comment leur harmonie normale peut être «toujours maintenue par le sacerdoce qui l'aura d'abord systématisée. Un tel examen, qui recevra dans la suite tous les développements convenables , montre déjà que la vie matérielle, quoique plus exposée qu'aucune autre aux diverses perturbations, est susceptible de seconder activement l'essor moral et mental qui doit la préparer et la régler. La constitution finale du régime humain , pleinement conforme aux lois essentielles de notre nature , se trouve préservée de ces intimes contradictions qui ruinèrent spontanément toutes les synthèses préparatoires. Elle ne comporte d'autres altérations que les perturbations, partielles et passagères, toujours inhérentes à nos passions et à nos erreurs, mais alors prévenues ou réparées avec plus de facilité.

Tous les éléments essentiels d'un tel ordre j puisent Mtorel* leaient leur principale satisfaction.

Les femmes y sont autant respectées que chéries dans leur sanctuaire naturel , comme la source la plus directe et la plus irare de Tamour universel , d'où dérive Tensemble de ce régime. Préservées de toute nécessité matérielle par une active sollicitude , surtout domestique , et au besoin civique , elles poursuivent librement leur office normal y en assurant la mo«> ralité des familles^ et présidant à l'éducation spontanée.

En même temps , le sacerdoce , placé clignement au sommet de la hiérarchie civique 5 exerce une mission sociale supérieure même à celle qui lui procura jadis une domination corruptrice. Mieux synthétique qu'aucun autre » puisqu'il peut être condensé ebei un seul cerveau et qu*il doit toujours commencer ausi > le pouvoir spirituel , sagement restreint ait libre domaine des volontés^ sans jamais présider aux actes ^ est ausd le i^us diffbsible. Ses seules limites naturelles sont celles de la planète humaine } dont toutes les parties subiront uniformément son impulsion religieuse. Directeur systématique de Téducation^ universelle f le sacerdoce y pose les fondements spontanés de l'in* fluence consultative qu'il doit ensuite développer sur l'ea* semble de la vie réelle , tant publique que privée.

A la vérité , les femmes et les prêtres sont irrévocablement exclus alors de tout commandement pratique^ et même de toute richesse. Mais cette double abnégation n'y présente aucun ca-* ractère hostile. Bile y devient une condition nécessaire de tout digne essor affectif ou spéculatif ^ et une juste compensation des uÀm continus de la famille ou de la cité envers l'existence corporelle de cette double providence spirituelle. La renonciation volontaire des femmes et des prêtres aux héritages matériels se présente d'ailleurs comme indispensable à la concentration sociale des capitaux humains chez les organes spéciaux do la

DOtrUion universelle* Vm instUailon aussi motivée ne peutdono ùsdter babituellement i^ucun vaste conflit chez les classes les mieux disposées y de cceur ou d'esprit , à comprendre et res-^ pecter Tharmonie civique.

U en est de même envers le prolétariat actifs qui sentira fa^* cilement la tendance générale d'un tel régime vers son vrai iH^nheur, auquel tout doit , en effet , se rapporter toujours. Purifié de toute disposition anarciilque par une sage éduca-* tlon , où dominera la vraie connaissance de notre nature indir. viduelie et collective , il respectera et fera respecter un classe^ ment social dont il sentira les bienfaits continus. Asseï rassuré contre les principales nécessités matérielles ^ il chérira la con^ centration des capitaux humains comme la condition fondamentale de leur efficacité civique. Éclairé, de cœur et d'esprit, sur la véritable félicité ^ il s'y sentira mieux appelé que ses chefs spirituels et temporels , puisqu'il la placera surtout dans 1^ libre essor des affections domestiques et des relations so^ eiales, que son heureuse irresponsabilité le destine à goûter davantage. La religion positive lui fera d'ailleurs apprécier la vraie dignité du travail ^ que le théologisme avait représenté comme résulté d'une malédiction divine. Quand elle s'appliquera spécialement au régime de correction , elle y cou* vertira l'oisiveté forcée en source normale des plus terribles punitions.

Enfin , le patricîat industriel , d'après sa régénération néces» saire^ bénira toujours une économie qui» en lui imposant sans cesse d'activés obligations morales , lui procure une grandeur dvique entièrement nouvelle. Sa puissance croîtra , comme sa responsabilité , d'après sa concentration normale , dont la règle piropre consiste à pourvoir un administrateur quelconque de tiNil le domame qu'il peut vraiment diriger. Ainsi condensé cbei quelques famiUes, qui formeront à peine le trentième de

ftl6 STSTÈliE DE POLITIQUE POSITIfE.

chaqae population , le pouvoir pratique seutira mieux ses devoirs ainsi que ses forces, et reconnaîtra le besoin continu de justifier une autorité sans prestige par son digne exercice sociaL Le délire passager d*un orgueil exceptionnel pourra seul faire partiellement revivre ^ chez de tels patriciens, la tendance, théologique ou métaphysique, à se croire les maîtres absolus des immenses matériaux confiés à leur sollicitude civique. Outre l'influence continue de l'éducation positive pour faire partout prévaloir le point de vue sociocratique , la périlleuse grandeur d'une pareille puissance devra la préserver de cette illusion rétrograde. Tous les instincts personnels de ces divers chefs temporels recevant ainsi de justes satisfactions habituelles, pleinement compatibles avec le digne essor des penchants sympathiques, rien ne les indisposera radicalement contre la constitution générale.

Un tel régime doit donc exiger, de la part du nouveau sacerdoce, beaucoup plus d'efforts pour le fonder que pour le maintenir. Cependant, afin de compléter cet aperçu statique, il me reste à caractériser sommairement les ressources normales dont le pouvoir spirituel y disposera contre les perturbations partielles ou passagères, seules possibles dans celte systématisation flnale de Tordre humain. J*achèverai par là d'inspirer une suffisante confiance dans la stabilité naturelle d'une semblable existence, en montrant que les moyens spontanés d'y prévenir ou d'y réparer les déviations quelconques sont au moins au niveau des besoins correspondants.

^Les plus purs, les plus directs, et au fond les plus efficaces, résultent nécessairement de l'ascendant que le sacerdoce acquiert sur chaque esprit et chaque cœur, en dirigeant l'éducation universelle. S'il ne reste point trop au-dessous d'un tel office, il y pose les bases d'une libre confiance destinée à modifier tout le cours de la vie réelle. Dès lors les individus, les familles.

STATIQtJB SOCULE. — CHAPITRE SIXIÈME. ftl 7

et les classes, même les cités entières^ regardent leurs dignes initiateurs comme les meilleurs conseillers de leur conduite , les consécrateurs normaux de leur juste autorité , et les vrais ré* gulatours de leur harmonie mutuelle. L'ensemble du culte po« sitif doit d'ailleurs développer beaucoup , comme je l'explique-* rai plus lard, cette vénération nécessaire envers le pouvoir religieux, dont la discipline, toujours démontrable , sera volontairement érigée en source habiiuelle de bonheur et de perfectionnement Quand une passion perturbatrice, privée ou publique , suspendra ces convictions familières , le sacerdoce pourra donc rétablir l'état normal en invoquant d'abord le sen* timent, puis la raison, chez quiconque s'égarera.

Si ce double appel ne suffit pas , il devra recourir au second ordre naturel des moyens spirituels, où iinit le vrai domaine religieux. Us sont moins purs que les précédents ^ et aussi moins efficaces malgré leur solennité , parce qulls ne reposent plus sur l'amour et la foi , mais sur une véritable force, qui modifie les actes sans changer les volontés. Toutefois, ils appartiennent encore à la discipline sacerdotale ; car cette force est simplement spirituelle , et reste toujours exempte de violence maté* rielle. Elle résulte , en effet , de l'impression nécessaire qu'éprouvent les cœurs et les esprits de tous d'après la conduite de chacun. Cette irrésistible puissance de l'opinion publique constitue pourtant une force vraiment coercitive, puisqa'on s'y soumet sans être touché ni convaincu des torts correspondants. Mais, tant qu'elle se borne à la simple répartition de reloge et du blâme, nul ne peut raisonnablement se plaindre d'un tel résultat de sa propre conduite. SI le pubUc ne témoignait pas sa juste appréciation , ce serait lui qui subirait réellement une oppression imméritée.

Ce second domaine spirituel est donc pleinement légitime ; mais le sacerdoce n'y doit recourir qu'à défaut du premier. Il

41 s êymkm m rouxiQUi 90sitivil

comporta oatureUeiaent deux modes géDéraux^ ran domestique ^ Tautre civique) dont le secood admet trois degrés essentiels^ le blâme public, rexcommunicaHon sociale^ et enfin la réprobation subjective, que mon quatrième volume expli-» quera spécialement. Gomme les principales déviations doivent provenir de l'abus de la force matérielle, le sacerdoce, pour les empécber ou les réparer, comptera partout sur le concours naturel des opprimés. Dans la famille, la femme deviendra son auxiliaire normal , et quelquefois les enfants s*y Joindront. Au sein de la cité , il invoquera surtout l'assistance du prolétariat. Mais, outre ce double appui continu, il trouvera toujours un précieux auxiliaire au centre même de la classe prépondérante, dont les meilleurs membres se voueront librement au digne protectorat que les forts doivent aux faibles, suivant Tébaucbe chevaleresque du moyen âge. Un tel ensemble de secours pourra procurer une haute efficacité à cette influence indhrecté du sacerdoce pour exercer dignement son office régulateur. Les exemples tirés du moyen âge donnent seulement une faible idée d'une telle puissance d'opinion, quand elle reposera sur une éducation pleinement positive et strictement universelle. Néan* moins, l'éclat naturel de cette force spirituelle dispose trop à s'en former une notion exagérée i et surtout à méconnaître soA insuffisante pureté La vraie répression religieuse doit toujours aboutir à persuader ou convaincre, sans jamais contraindre , même moralement; en sorte que l'influence directe, quoique moins solennelle, reste naturellement préférable, toutes les fois qu'elle peut suflire.

Telle est donc l'extrême limite normale de Taction sacerdotale. Au delà, commence le domaine purement temporel, que la religion doit soigneusement s'interdire. Quand elle ne pevt plus agir sur le cœur et l esprit du coupable, elle invoque l opinion générale, d'oii résulte une force vraiment eoercitive, mais

STATIQUE SOGIALB: -— CfiA^lTlifi SÎXÏImE. ti\9

toujours morale. Si cette inflaence indirecte devient insufiisnate à Bon tour, il faut bien recourir à la force matérielle. Mais dès lors le sacerdoce livre le cas au gouvernement proprement dit, qui doit compléter la répression ou la correction par les grossiers procédés qui lui sont propres. Le besoin d'y recourir accuse l'imperfection de la constitution sociale , qui , en effet , les emploie de moins en moinjs. Cependant ils ne tomberont jamais en désuétude totale ; puisqu'il existe des organisations vicieuses, dont l'humanité doit se préserver dignement , sans jamais espérer de les rectifier assez. Gall a même remarqué sagement que l'entière abolition du dernier supplice, rêvée par une vague philanthropie , serait directement contraire aux lois positives de notre nature individuelle. J'ose ajouter qu'elle choquerait encore davantage celles qui sont propres à l'organisme collectif. Toutefois, cette extrême ressource de l'humanité contre les dépravations radicales doit certainement devenir de pins en plus exceptionnelle, sous l'influence croissante d'une saine éducation universelle et d'une sage systématisation sociale.

La répression temporelle devra plus fréquemment employer une autre classe de mesures matérielles, fondée sur l'institution civique de toute propriété réelle, et consistant dans la privation, temporaire ou définitive, des capitaux humains, quand leurs dépositaires deviennent indignes. Mais, envers les choses comme pour les personnes, quoiqu'à un moindre degré, le sacerdoce conseillera toujours au gouvernement de préférer les moyens positifs aux voies négatives, en récompensant les uns plutôt que de punir les autres-; ce qu'ignore entièrement notre brutale législation. Surtout quant aux abus de la propriété matérielle, il vaut mieux construire artificiellement des riches que des pauvres, en réformant par le contraste au lieu de la conjpression. J'ai déjà noté que, dès ses premiers pas, la vraie sagesse humaine , sentant l'importance de la concentration des richesses^

&20 ITSTÈMB DE POLITIQUE POSTim.

disposa spoDtaDémeiit de vastes populations à doter volontaire* ment leurs dignes chefs pratiques, même sans aucune impuK sion théocratique. Mon volume final expliquera comment Tordre normal doit systématiser et développer ces tendances primitives, en confiant, pour un temps ou pour toujours, quelques capitaux publics à des industriels assez éprouvés de coeur et d'espriL Ces riches artificiels serviraient de types à la réformation graduelle des riches naturels , de manière à dispenser d'an fréquent recours aux confiscations, dont l'usage trop étendu pourrait gravement altérer la sécurité qu'exige toute digne possession.

J'ai dû pousser Jusque-là l'indication générale des rectifications normales propres aux divers abus sociaux , afin de mieux caraclérisiT Tensemble des influences sacerdotales. Là même où cesse naturellement sa prépondérance systématique, le sacerdoce exerce encore une intervention modificatrice , suivant la participation consultative qu'il prend nécessairement à toute l'existence civique.

D'après une telle analyse, la constitution naturelle de l'ordre humain pourvoit suffisamment le pouvoir religieux de tous les moyens qu'exige son office social , non-seulement pour conseiller et consacrer, mais aussi pour régler. Si donc le sacerdoce reste au-dessous de sa destination normale, il devra surtout le reprocher à sa propre imperfection, beaucoup plus à craindre que l'hostilité du gouvernement et Findifférence du public

La principale tentation dont il doive se préserver toujours résulte de notre involontaire tendance à commander quand il faudrait persuader ou convaincre. Une autorité quelconque , même quand elle provient d'abord d'une source purement spirituelle , nous entraîne habituellement à remplacer les démonstratioos discutables par des prescriptions impératives, comme l'orgueil pédautocratique le montre aij^ourd'hui si souvent. On

peut néanmoins espérer que l'étude positive de la nature humaine préservera davantage le nouveau sacerdoce d'une telle dégénération, presque irrésistible chez les âmes disciplinées par la théologie ou la métaphysique 9 à moins d'une supériorité morale très-exceptionnelle. Car, mon tableau cérébral des instincts personnels, en classant la vanité comme plus noble que l'orgueil, suffirait pour montrer que le théoricien qui se laisse entraîner à Tambiiion temporelle se dégrade au lieu de s'élever. Au contraire , quelque blâmable que soit , en sens inverse, le praticien qui asj^re vainement à l'ascendant spirituel, sa dé* vialion tend du moins à faire prévaloir un meilleur penchant. L'existence contemplative est tellement nécessaire pour maintenir l'esprit synthétique et le sentiment social , que celui dont la folle ambition méconnaît celte règle fondamentale se montre, par cela seul, indigne et incapable de jamais participer au sacerdoce. Peut-être même doit-il être alors exclu de toute haute coopération au gouvernement : la cité pourra toujours mieux choisir ses chefs. Ainsi la flétrissure spontanée de l'opinion publique, comme la censure systématique du sacerdoce , doit être habituellement inexorable envers de telles transgressions, principale source des perturba lions que comporte encore Tordre final de l'humanité. On peut, en eifet, reconnaître d'avance que cette double réprobation ne risque jamais d*cntraver l'essor d'une nature vraiment éminente. Car, la tendance pédantocratique , à laquelle succombèrent jadis tant de grands hommes, est maintenant devenue le meilleur signe de la médiocrité d'esprit et de cœur. Sans une sincère et constante rcnoncialion au pouvoir et à la richesse , le sacerdoce n'inspirerait jamais aux riches et aux pauvres la confiance qu'exige son interposition normale dans les conflits civils , dont il doit devenir le meilleur arbitre.

Après cette perpétuelle sollidtude , le vrai prêtre doit sur*

&22 SYSTÈME DE POLITIQUE POSniTE.

tout s'attacher à développer en lui-même les qualité cérébralei qui sont propres à la vie active. Celles qui concernent, d'abord le cœur^ puis l'esprit, auront été soigneusement cultivées pendant tout le cours de la double éducation. L'ensemble des fonctions religieuses les développe ensuite par un exercice presque continu. Mais il n'en peut être ainsi pour celles qui concernent le caractère proprement dit. Elles sont pourtant également indispensables à Toffice social du sacerdoce , souvent conduit à lutter dignement contre la richesse ou contre le nombre. C'est surtout afin de leur laisser le temps de surgir convenablement que j'ai fixé l'âge normal de la plénitude sacerdotale à l'époque de rentière maturité, comme l'expliquera mon quatrième vo»lume. Faute de courage ou de persévérance , une nature éminente , par un heureux concours de l'esprit synthétique avec l'hastinct sympathique , peut souvent avorter dans les situations difficiles où le sacerdoce doit quelquefois se trouver. L'autre qualité pratique, la prudence proprement dite, qui semble d'abord moins indispensable > devient pourtant aussi nécessaire au sacerdoce , pourvu qu'elle s'y ennoblisse par une destination sociale, jamais mêlée de personnalité. C'est même dans cette classe supérieure que doit régner la véritable prudence, c'està-dire la circonspection réfléchie, toujours sul>ordonnée à une saine appréciation systématique , qui n'est possible qu'envers les cas civiques. Partout ailleurs, on décore souvent d'un tel nom les simples inspirations de l'égolsme. Les succès personnels et pratiques sont 5 en effet, trop compliqués d'influences fortuites pour devenir asscE calculables. Au contraire, les hommes qui ont sans cesse en vue les destinées générales de l'humanité doivent naturellement développer toute la prudence humaine ^ ^vers des cas presque uniquement soumis à des lois régulières^ dont les principales sont déjà connues.

T^ est 4onc le tableau fondamental de votre existence so-

ciale, dignement systématisée par le sacerdoce positif. Mats les explications qui terminent le chapitre précédent, combinées avec Tensemble des indications antérieures, démontrent assez que cet état normal , quoique le mieux conforme à notre ?raie nature, ne pouvait surgir avant une longue et difficile initiation. Pour régler les diverses forces humaines, il fallait d'abord qu'elles se fussent développées spontanément, afin que chacune manifestât assez son caractère propre. Or, toute systématisation prématurée aurait entravé cet essor préalable, comme le montra la grande tentative du moyen âge , bientôt oppressive envers Fintelligence et Tactivité. sans être finalement favorable au sentiment, qu'elle eut exclusivement en vue. Avant de passer au service du cœur pour régler dignement l'existence humaine, Tesprit dut donc servir longtemps la force, avec le secret espoir de la dominer, de manière à constituer d'énergiques puissances, dont les abus mêmes constataient la réalité

Quelque admirables que soient les antiques théocraties, seuls types jusquici d'un ordre vraiment complet , rintelligence y exerce une domination profondément corruptrice , qui ne permet point d'y reporter la véritable origine de nos tendances directes vers Tétat normaîf. Elles ne commencent réellement que quand l'évolution humaine brise le joug théocratique. iMais alors, suivant les indications du premier chapitre de ce volume, que développera le volume. suivant, cesse d'exister toute véritable harmonie. Rien ne peut durer, et là surgit la triple transition, d abord spéculative, puis active, et enfin affective, qui devait séparer la théocratie initiale de la sociocratie finale. Cette longue préparation s'achève maintenant chez l'élite de l'humanité, puisque son caractère général est devenu pleinement appréciable , depuis que j'ai fondé la sociologie , et par suite la religion universelle. Une anarchie de cinq siècles sépare

même FOccident de la dernière partie d'une telle initiation , et manifeste de plus en plus Turgcnce d'une vraie reconstruction , d'abord spirituelle , puis temporelle.

La sociologie statique, qui doit toujours faire abstraction du temps , vient de me conduire , dans l'ensemble de ce chapitre et du précédent, jusqu'à déterminer, d'après les lois de la nature humaine, les principaux caractères de cet ordre final. 11 faut maintenant que la dynamique sociale , en expliquant la suite des phases de la grande évolution, démontre l'opportunité d'un tel avènement , qui devait ici rester indéterminé , sauf quelques indications anticipées Alors il sera possible de compléter l'appréciation de l'état normal , en examinant , d'une manière directe et spéciale , tous ses atti ibuls ei&entiels. Tels seront les objets respectifs des deux volumes qui doivent compléter ce traité. Mais, avant de terminer le tome actuel, j'y dois encore établir une théorie complémentaire , distinctement annoncée par mon préambule général. Elle formera, dans le chapitre suivant > la meilleure transition d^e la sociologie statique à la sociologie dynamique « en déterminant ce que l'ordre humain offre de vraiment modifiable par des influences quelconqes, naturelles ou artificielles.

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