PROPRES A L'ORDRE HUMAIN
L'appréciation abstraite de Tordre humain semble assez accomplie ici pour permettre d'étudier directement révolution continue à laquelle il est assujetti , afin de déterminer en quoi consiste son développement actuel. Mais l'ensemble de la statique sociale exige maintenant un complément définitif , sans lequel les conceptions dynamiques ne sauraient devenir assez fixes, ni même assez nettes. Il ne suflBt point, en effet, de reconnaître le principe fondamental qui doit les subordonner aux dogmes statiques, en considérant toujours le progrès comme le développement nécessaire de Tordre. Pour que cette grande loi ne soit jamais méconnue , son application générale a besoin d'être encore précédée d'une dernière théorie statique , où , Tordre n'étant plus conçu immobile , on détermine spéciale* ment les limites nécessahres des diverses modifications qu'il comporte. Cette immense étude ne cesse point d'appartenir à la statique sociale , puisque ces variations quelconques y sont toujours examinées abstraitement, sans les subordonner aux conditions de temps ou de lieu qui domineront ensuite leur ^réalisation dynamique. Mais elle constitue la partie de la so-
ciologie statique qui se rapproclie le plus de la dynamique sociale 9 et c'est de là que résulte la vraie transition scientilique entre les deux moitiés de la sociologie. Si Tappréciation du progrès était entreprise sans que les modifications possibles de Tordre fussent assez circonscrites par une telle préparation , l'incohérent spectacle du mouvement humain ferait bientôt retomber la philosophie de l'histoire dans la confusion d'où Je l'ai tirée.
Ce complément général de la statique sociale , aussi neuf que difficile^ se raltache nécessairement à l'étude totale de l'ordre universel, premier modificateur de l'ordre humain. L'ensemble de ce sujet constitue donc une théorie tellement vaste qu'elle ne pourrait être assez développée que. dans un volume spécial, réservé k mon successeur. Je me bornerai donc à poser ici les diverses notions fondamentales qu'exige cette construction ^ en caractérisant son esprit et sa marche. Afin d'éviter toute dégénération académique ^ il ne faut jamais oublier que la destination normale d'une telle théorie » autant logique que scientifique f consiste k prévenir les divagations auxquelles l'étude dynamique se trouve naturellement exposée. £lle doit donc être ici réduite à ce qu'un tel office exige essentiellement , pour conduire l'évolution humaine jusqu'à la détermination précise de sa phase actuelle. Tous les développe* ments ultérieurs qui deviendront ensuite convenables devront toujours s'accomplir d'après une équivalente subordination de la théorie envers la pratique f, en écartant les spéculations prématurées« Pour faciliter et consolider cette discipline encyclopédique ) j'aurai soin de noter ici les questions concrètes qui susciteront ainsi les principales études abstraites que comporte l'immense domaine dont je vais sommairement caractériser l'ensemble normal. £n donnant à ce traité un titre gé«- »éral plutôt pratique que théorique , j'aû voulu m'imposerp
autant qu'au lecteur , le régime intellectuel qu'exige ina construction religieuse , afin que le moyen n'y cache Jamais le but.
Dans le chapitre initial de ce volume^ on a suffisamment reconnu que tout ordre naturel est nécessairement modifiable « soit d'après l'intervention humaine^ soit au moins par les réactions spontanées que comporte l'économie universelle. Il n'y a même que l'ordre céleste qui demeure vraiment inaccessible à notre puissance , quoique notre intelligence en conçoive aisé* ment l'amélioration. Partout ailleurs, les modifications sont à la fois artificielles et naturelles; en sorte que le cas astrono* mique constitue réellement une exception , loin de pouvoir indéfiniment servir de type, comme il dut le faire d'abord. Mais, en expliquant cette conciliation normale entre la constance et la variété 5 qui constitue le véritable esprit scientifique, j'ai fait assez sentir la difficulté d'une telle notion , dernier résultat général de notre lente initiation objective. Chez la plupart des penseurs actuels, trop étrangers à cette immense préparation ^ toute fatalité modifiable reste aussi contradictoire qu'elle devait le sembler, il y a trente siècles , quand la première idée systématique de l'ordre naturel surgit du cas exceptionnel. Mais l'état normal des conceptions positives ne saurait être subordonné à l'anarchique situation des esprits dépourvus d une vraie discipline encyclopédique. Néanmoins , les intelligences régénérées sont tellement rares encore qu'il faudra longtemps conserver les précautions maladives qu'exige aujourd'hui la raison occidentale. C'est pourquoi je crois devoir, avant d'aborder directement la théorie de la modificabiiité sociale, ajouter ici quelques réflexions préalables , destinées à y préparer spécialement les entendements mal cultivés quoique vrai- «ait capables.
Moins général , et dès lors plus compliqué > que Tordre ma*
M8 8T5TÊIf£ DE POLITIQUE POSITIVE.
tériel, et même que Tordre vital, l'ordre humain^ à la fois collectif et individuel, est nécessairement plus modifiable qu'aucun autre. Ses variations réelles comportent tant d'extension qu^elles durent longtemps paraître indéfinies, au point que leur spectacle fait concevoir les phénomènes sociaux comme soustraits à toute loi naturelle , chez les penseurs ar- Fiérés qui dirigent encore TOccident. Cette apparente incohérence conduisit jadis la sagesse théocratique à satisfaire nos besoins de fixité, en s'efforçant de consacrer, dans la pratique, rimmuabilité nécessaire de l'ordre social , en pleine harmonie avec l'ensemble du régime conservateur. Mais un tel préjugé , quoique très-convenable à l'état d'où il surgit , ne pouvait ni contenir assez les énergiques tendances qui poussèrent toujours aux améliorations politiques et morales , ni même dissimuler les variations résultées de leur essor spontané.
L'orgueil législatif, soit militaire, soit aussi sacerdotal, ne pouvait alors reconnaître au dehors aucun frein social indépendant des volontés et des forces humaines. Une telle aberration se trouvait d'autant plus excusable que les modifications politiques comportèrent d'abord plus d'étendue qu'aujourd'hui, et que les influences personnelles y participèrent davantage , comme l'expliquera ci-dessous leur théorie positive. Pour concilier assez le mouvement effectif avec l'immobilité sacrée , il sufiisalt d'ériger chaque innovation en retour nécessaire vers Tordre primitif. Cette tendance spontanée, aisément accueillie du public comme une garantie pratique de fixité , offrait d'ailleurs Tavantage théorique d'ébaucher déjà le principe fondamental de la sociologie. Mais les résultats habituels d'un tel antagonisme ne purent longtemps satisfaire convenablement ni aux exigences réelles ni aux besoins intellectuels.
Il ne pouvait assez préserver l'économie antique, même sons ^ théocratie , des orages imprévus qui la troublèrent si son-
STATIQOB SOGIALB. — GHAntlB SETIltlB. ^39
vent 9 qnoiqQll empêchât toojoars la pensée hamaine d'éba»cher la vraie conception de la vie sociale , oh l'ordre doit se concilier avec le progrès. On peot mesurer la force de ces dispositions initiales, en considérant qu'une telle conciliation semblait encore contradictoire chei les principaux penseurs du dix-huitième siècle, sans excepter l'émineot Vico, malgré le ^pectade décisif des révolutions accomplies. Notre inteltigmce se tient un compte vraiment usuel que des faits systématisables; et ceux-là ne l'étaient pas encore, faute d'une suflisante préparation logique et scientifique.
. Mais, depuis que j'ai fondé la sociologie finale, à la fois statique et dynamique , ce préambule normal ne constitue une Insurmontable difficulté que chez les esprits indisciplinables auxqueb la religion positive vient interdire le vrai domaine théorique. Ils méritent d'autant moins de ménagements que, d'après les explications propres au début de ce volume , cette conciliation nécessaire entre le mouvement et ta conservation s'est aucunement particulière à l'économie sociale. Dans tout le reste de l'harmonie universelle , y compris même sa source mathématique, qui m'a fourni les formules générales, l'esprit positif consiste toujours à combiner les conceptions dynamiques avec les principes statiques. Seulement, cette conciliation perpétuelle devient à la fois plus importante et plus difficile, à mesure que les phénomènes se compliquent en se spécialisant davantage. Mats la véritable science n'existe jamais qu'après lavoir assez réalisée. Jusqu'alors, elle se borne à recueillir des matériaux objectife, en attendant l'institution subjective, laquelle n'est vraiment suffisante aujourd'hui qu'envers la sociologie , seule base possible de toute construction encyclopédique.
Ainsi, la conception universelle d'une fatalité modifiable « qui caractérise toujours le dogme positif, n'oflre rien de pardans Tordre humain , sauf la dîfficnlté plus grande de
^0 STSTkMB DB POLITIQUE FOStTiVE.
Vy faire prévaloir^ en vertu d'uiie variabilité supérieofe. Les esprits qui ne peuvent porter avec aisance cette pensée continue seront bientôt privés irrévocablement de tout office spéculatif^ comme n'y pouvant exercer qu'une pernicieuse te-* fluence , autant anarciiique que rétrograde. Cette réprobation occidendale doit également exclure les savants spéciaux y qui resteraient vraiment incapables de culture philosophique , et les prétendus penseurs qui persisteraient à n'apporter dans les plus difficiles études qu'une préparatioti littéraire ou ontologique. '
D'après cet éclaircissement préliminaire, il faut maintenant construire directement la théorie positive de la modificabilité sociale ^ en caractérisant sommairement la nature propre et la coordination générale de toutes ses conceptions essentielles.
Pour mieux fonder cette doctrine complémentaire^ Jedois d'abord lui procurer son entière extension encyclopédique, en l'appliquant aux divers éléments nécessaires de Tordre universel , suivant la hiérarchie normale que j'ai établie entre eux.
Chacun d'eux comporte toujours deux sortes de modlflcations habituelles : les unes, directes, résultent de Taccomplis* sèment spontané des phénomènes qui lui sont propres ; les autres, indirectes, proviennent des réactions dues au reste de réconomie naturelle. De ces deux sources continues , il peut d'ailleurs surgir des variations exceptionnelles, qualifiées de perturbations dans l'existence inorganique, de maladies envers les êtres vivants , et de révolutions quant à la vie collective. Mais, en étendant partout le lumineux principe de Broussais, on trouve toujours que ces cas anomaux ne diffèrent de Tordre normal que par leur degré d'intensité, sans oflïir jamais un étal vraiment nouveau.
STATIQUE SOCIALE. — CHAPITRE I^EPTtÈME. 431
Tout ordre réel est iq)ODtaDéaient modifiable d'après son propre exercice. On peut le reconnaître aisément même envers la plus simple économie. Car, les variations déjà connues de l'existence astronomique proviennent seulement des réactions mécaniques qui la constituent , les forces perturbatrices étant toujours semblables, de nature et de loi, à la puissance prépondérante , dont elles ne se distinguent que par leur siège et leur degré. Ainsi , le type normal ne convient jamais qu'à un état moyen , piutôt idéal que réel , autour duquel oscille sans cesse Fexistence effective , tant que Técartement ne dépasse point les limites compatibles avec la durée du système. L'ordre , même isolé , n'est donc pas plus éternel qu'absolu. Mais aussi nous n'avons besoin de le connaître que dans le mode conciliable avec notre propre existence. Or, comme la complication et la spécialité supérieures de celle-ci la subordonnent à toutes les autres moins nobles et plus régulières, nous sommes toujours assurés que la constitution actuelie de Tordre universel durera davantage que celle de l'ordre humain. Les lois que nous ne pouvons nullement découvrir resteront donc nécessairement oiseuses. C'est pourquoi l'ensemble de notre existence positive comporte naturellement une suffisante harmonie entre nos moyens théoriques et nos besoins pratiques.
Quant à la seconde classe de modifications générales , elle e&ige ordinairement une subdivision spontanée , selon que les variations de chaque ordre proviennent de celui qui le précède ou de celui qui le suit dans la grande hiérarchie qui constitue Tordre universel. Toute classe de phénomènes y présente d'abord ses lois propres, qui subsisteraient encore si tout le reste de Téconomie naturelle pouvait disparaître. iMais Tordre directement résulté de leur ensemble s'y trouve toujours subordonné à tous les autres plus simples et plus généraux, surtout par
rintermédiaire de celui auquel il succède. Réciproquement^ il modifie sans cesse celte fatalité prépondérante. Or, ces modi*fications réagissent nécessairement sur lui-même , d'après sa propre subordination envers l'existence altérée Ainsi, les variations de chaque ordre naturel sont à la fois dues au précédent et au suivant. Il n'y a que les deux extrémités de la iiié-> rarchie encyclopédique qui n'admettent chacune qu une seule source de modifications. Si l'on réduit cette Immense échelle à ses trois degrés essentiels, on trouve donc que l'ordre matériel et Tordre social ne peuvent être modifiés indirectement que par l'ordre vital qui les sépare et les unit Celui-ci, au contraire, subit à la fois les deux sories de variations indirectes. De même, quand on distingue les trois modes successifis de l'existence matérielle , on voit que la simple existence mathématique, c'est-à-dire géométrico-mécanique, appréciable surtout envers le^ astres, n'est indirectement modifiable que par l'existence physico-chimique. Mais l'existence physique proprement dite éprouve simultanément les variations provenues de Tordre astronomique et de l'ordre chimique, dont elle constitue l'intermédiaire naturel
Il faut maintenant appliquer à Tordre humain ces principes généraux sur la vraie théorie de la modificabilité. Pour cçla, je dois d'abord le diviser définitivement dans ses deux modes nécessaires, Tun collectif, Tautre individuel, qui constituent respectivement l'existence sociale et Texistence morale. Le premier chapitre de ce volume ayant introduit ce complément normal de ma hiérarchie encyclopédique, le dernier doit irrévocablement établir ce perfectionnement capital, dont le reste de ce traité suscitera Tapplication continue , surtout implicite.
Celte conception finale de sept degrés encyclopédiques au lieu de six se trouve spontanément annoncée dans mon discours préliminaire, d'après le plan général de Téducation positive.
dont le cours septénaire se termine par une année de morale succédant à l*année de sociologie. Une telle source, directement relative à la destination religieuse de la saine philosophie , ne peut laisser aucun doute essentiel sur la réalité et Fopportunité de cette extrême modification. Mais sa validité se trouve confirmée par Theureuse concordance qu'une telle terminaison encyclopédique établit naturellement entre la sagesse systématique qui caractérise la raison moderne et l'admirable instinct du génie antique.
La vénérable théocratie initiale, longtemps prolongée par les oracles sacerdotaux propres au régime grec, proclamait /il y a quarante siècles, la connaissance de l'homme comme le vrai but de toute notre science. Après l'immense préparation objective qui nous sépare de ce lumineux aphorisme, la synthèse subjective nous y ramène irrévocablement, comme offrant à la fois le résumé de l'une et le principe de l'autre. Car l'homme proprement dit, considéré dans sa réalité fondamentale, et non d'après les rêves matérialistes ou spiritualistes, ne peut être compris sans la connaissance préalable de l'humanité, dont il dépend nécessairement. 11 serait d'ailleurs superflu de motiver ici la subordination nécessaire, déjà familière au lecteur, de l'existence sociale envers l'ordre vital et Tordre matériel. Dès lors, en subdivisant celui-ci convenablement, on obtient les sept degrés essentiels, mathématique, astronomique, physique^ chimique, vital, social, et enfin moral, qui composeront désormais ma grande échelle encyclopédique.
Contractée autant que possible , elle est vraiment réductible au simple dualisme entre la cosmologie et la sociologie. £n effet, le volume précédent a rendu familière la condensation des quatre modes propres à l'existence inorganique dans la seule conception générale de Tordre matérieL Quant à la fusion des trois degrés organiques, il suffit d'y concevoir la socio-
434 SYSTÈME DE POLITIQUE TOSlfTffi*
logie comme absorbant la biMo^e à titre Aë préambule et 1^ siorale à titre de coivclusioA. Ce pu^ dualisme phHosoJyfaiqné deviendra finalement la notioA ta plus Quelle Adaptés lactuellé la sagesse tbéori^(^ systématisera la safftosé pf aï;q[t<e. Toutes les subdivisions du* terme cosmôlo^que , ou tfifême dèlleii dti terme sociologique , conviennent plutôt à ta prépïiratio'* dklactique qu'à la vie iféelfe , où la science a lait Éesoîri d'êfrè éôhdensée.
Néanmoins^ la seconde classe de distinctions^ importé' davaiïlage que la première. Mais aloi^, si l'on y sépare du liioyen terme Tun des deux exti*êmes, il convient aussi dé séparer Tautre. Car, la division entré la soteiblbgie et la morale ri'est pas , au fond\ môinài réelle ni màliis utile que éeAe dé la: biologie envers la sociologie, quoique renipirisnjie sdfehtifiq'ue ne' permette point aiijourd-hul de l'apprécier àutaïit. Elfes cbiiviennent toutes deux qtiatid ôû veut représetitét', non l'état statique de la science réelle , mais soiii évolution d^'à'Aiîque , commençant par la cosmologie, et cheibinant de la biolojgfie à la sociologie, pour aboutir à là morale. Cey quatre tèi*m'ês, dont la succession oflfre, envers le premier et lé'deMer!, deux progressions normales , constituei^oht , hbi's des écolé^ positives, un mode fort ufeuel de la vraie hiérarchie eticydbpédiqiie. Biais leà subdivlsioàts' réelles de la cô^olbgie, qui maiiit'enanf absorbent presqoeloiite raltention'tllé5t*iqyéJ dôlvéïit, au contraire, rester de plus en plus bbliiéeà à' la liériôdé didactique , sauf leur application industrielle. Quelle (|ùe sbil pourtant inefficacité du mode quaternaire que je viieiis de' caractériser, la conception encyclopédique sera toujours employée davailtàgé'' dans sa constitution binaite. Elle y r(?présenlë> en éttet, la plus forte concentration que permette, d'après le volume précédent, le dualisme nécessaire' de la saine phildsoplàé', où Tunïté ne* . peut jamais ^tre qùè srfSfefctîve/
STATIQUE SOGiÂLBc CHANTRfi WPTIÈME. 635
Poar achever d'éclaircir une notion eocyctopédiqae mr laquelle je ne dois plus reyenir ensuite^ il convient d'apprécier sommairement les deux objections essentielles que susdite d'abord cette subdivision finale de Tordre humain en collectif et individuel.
£n premier lieu 5 elle semble trop peu prononcée y comparativement aux autres degrés de la hiérardiie septennaire. Aiais> au fond , la séparation de la physique envers la chimie > tant contestée encore par l'empirême académiques a moins d'intensité, et pourtant aucun vrai penseur ne saurait la méconnaître. Il en est de même pour la subdivision de la cosmologie c^este en mathématique et astronomique; et aussi quant à l'autre distinction cosmologique^ entre l'astronomie et la physique^ que les vagues pensées encyclopédiques de nos savants saisissent à peine. Un suffisant usage n'a pu faire encore appré* cier cette séparation finale de l'existence morale proprement dite envers la simple existence sociale. Mats on reconnaîtra bientôt que ce dernier degré de la grande échelle théorique se trouve pleinement comparable à la plupart des précédents.
Quand je l'ai introduk, j'ai assez indiqué qu'il résulte direc* tement d'un extrême prolongement encyclopédk^ du principe universel de ma classification positive ^ d'après k généralité décroissante et la dépendance croissante. On vok maintenant que cette dernière partie de la série abstraite i^'a pas moins d'importance q«e les précédentes. Si on ne poussait point une (eile série jusqu'à cet/te termiftaison normale » les ooUoos concrètes ne fyourraient pas s'y rattacher assez, lî^le ofiâre ainsi l'avantage incomparable de conduire l'icssor spéculatif vers sa destination religieuse, en complétant l'élaboratiom encyclopédique par une doctrine sacrée, envers laquelle iesipédants seuls discuteront toujours si c'est ni art ou une sckoce. L'écbette de l'ordre devient ainsi mieux conforme à «eUe du ^grès; «a
ASO STSTÈME DE fOUTIQtJB PO$tTÎVt.
sorte qae la synthèse humaine , à la fois spéculative, active , et affective, se trouve réellement perfectionnée. Dès lors, le terme initial de la sagesse sacerdotale peut être directement combiné avec celui de la raison philosophique, si Ton supprime tous les intermédiaires qui instituent de F un à Tautre une transition continue. Un éminent penseur moderne , le faible et malheureux Pascal, fournira toujours un mémorable exemple de cette conciliation spontanée entre la géométrie et la morale , avant même que leurs liens encyclopédiques fussent assez appréciables.
Secondement, une conception trop vague de la biologie conduit à représenter l'étude de notre existence individuelle comme déjà comprise dans la théorie générale de la vitalité. Mais les principes établis par le volume précédent me permettent ici d'éclaircir rapidement cette objection nouvelle, plus grave que la première.
Quoique les biologistes proprement dits, théoriciens ou praticiens, aspirent toujours à connaître Thomme pour le modifier, cette double prétention ne se réalise jamais que par exception. Car, elle est directement incompatible avec l'irrationnelle négligence de ces grossiers penseurs envers les principaux caractères de la vraie nature humaine. Au fond , ils n'étudient en nous que l'animal et non l'homme , dont tous les attributs essentiels leur restent habituellement inconnus, davantage même qu'au vulgaire illétré, d'après leurs préoccupations corporelles. Nos prétendus médecins ne constituent réellement que des vétérinaires, mais plus mal élevés que ceux-ci ne le sont maintenant , du moim en France, et dès lors aussi peu capables ordinairement de guérir les animaux que les hommes. Les jeunes membres de cette classe transitoire commencent à sentir dignement leur fausse position mentale et morale, qui ne peut cesser que par la réintégration normale d'un tel service à l'office sacerdotal , d'où il se détacha jadis.
STATIQUB SOCIALB. — CHAPITRE SEPTIÈME. U7
D'après les explications scientifiques da volame précédent, la vraie biologie n'a nullement pour objet la connaissance in-* dividueUe de Thomme , mais seulement Tétude générale de la vie, envisagée surtout dans Tensemble des êtres qui en jouissent. Elle constitue un préambule nécessaire , d'abord pour la théorie de l'ordre social, immédiatement subordonné à Tordre vital, et enfin quant à la véritable appréciation de l'homme proprement dit, dont tous les attributs essentiels sont alors connus. Cette conclusion normale du dogme positif se trouve aujourd'hui dépecée irrationnellement entre trois classes de penseurs, les médecins qui n'étudient que le corps , les philosophes qui croient étudier l'esprit , et les prêtres qui surtout étudient le cœur. Il résulte de ce déplorable morcellement que pas une de ces trois sortes d'intelligence ne comprend réellement la nature humaine, dont l'ensemble reste nécessairement indivisible, malgré nos séparations anarchiques.
Mais mon éminent précurseur Gall ouvrit enfin la voie qui, préparée par Cabanis et Leroy, devait aboutir à systématiser la véritable étude de Thomme , en combinant irrévocablement la connaissance positive de l'âme avec celle du corps. Ni les mé* decins ni les prêtres n'ont encore compris suffisamment la por* tée d'une telle révolution scientifique. Elle n'était point appré* ciable avant que ma fondation de la sociologie eut terminé la préparation encyclopédique qu'exigeait l'avènement systéma* tique de la véritable anthropologie , à laquelle il faut conserver son nom sacré de morale. Cette condition finale étant désormais remplie , et m'ayant déjà conduit à construire subjectivement la saine théorie cérébrale, le septième et dernier degré de la grande hiérarchie abstraite devient aussi caractérisé que tous les autres.
Il diffère des deux précédents en ce qu'il les combine inti« mement. En regardant la biologie comme ébauchant l'étude
AM tTSf iBffi M TCÎlTIQmK MMmm.
d6 rexMence hdmaliie j d'après celle des fo^etioBs végétatives et animales , la sociologie foit seule connaître ensnîte nos attri-* buts intellectuels et moraux ^ qui ne deviennent assez appréciables que dans leur essor collectifs Dès lors, la véritable science finale, c'est-à-dire la morale, peat systématiser la cônaissance spéciale de notre nature tB<tividuelle , suivant* une combinaison convenable entre les deux points de vue, Mologtque et sociologique, qui s*y rapportent nécessaire* ment.
Outre cette base déductive , elle exige directement , comme toute autre science, des inductions qi^ lui sont propres, et envers lesquelles llnstinet populaire ou la raison féminine n'at* tendirent Jamais les indications pbilosophiques ou sacerdotales. Une telle nécessité y résulte spécialement de ce que la sdence précédente fait essentiellement abstraction des réactions con* tinues entre le physique et le moral de rhemme , diaprés les relations nécessaires des viscères végétatifs avec les organes affectifs. En effet, ces perturbations inctividuelles n'altèrent pas sensiblement Texistence collective , et s -y font d'autant mofais sentir qu'elle se développe davantage. Leur mofueile neutraliv* sation entre les di¥ers individus ne laisse subsisfLer^ en sodo>logie, que Vinfloence permuiente des atfeributs vraiment coi* kctifis, même quand on s'y- bomeiaU à la siipple solidarité objective. Mais ces phénomènes doivent encore moins aâ<^er Fétttde de la continuité sntyective, qui prévaut de ]dus en plus envers Tordre social. Car, ils se neutratiseat davantage dans la succession des générations que di^s la combinaiscHi des individus ou des familles. Voilà surtout pourquiri l'anthropologie proprement dite est à la fois plus qiéciale et plus eampliquée que la sociologie elle-même. Néanmoins, en la qualifiant de morale , on se dispose heureusement à n'y Jamais cherebm* que les bases normales de la condidte humaine, en écartent hiex^
fablement de§ spéculations cdneuses , qui seraient , en effet, les plus difficiles de toutes,
D'après cette irrévocable siiI)di¥ision de Tordre humain en collectif et individuel, je dois maintenant lui appliquer spécia-r fefqept les principe^ g^qérauiL que j'ai posés auparavant sur la théorie positive dç la modiûcabilité. lirais je continuerai pour^ tf^nt à considérer plutôt Fexistence sociale que l-e&istence moy raie proprement ()ite j comme i} convient à ce volume. £;elie-ci devrai prévaloir, ^u contraire, daos le tome fihal, oh je traite. X^ dir^etemeqt de .i^otre r^irae normal , qui dépend surtout d« cç^ux ; qi^fîd le trom^B^e Foluipe $tura démontré que toutes les forces bum^ine^ sont assez développées pour devenir pleiner ii)çnt disçipUaables.
L'appréciation systém^^tique que je vais indiquer envers la mçi^iicç^bpité spcialp ^ev^t reposer sur ma hiérarchie eneyr ciopédique, je crois devoir^ ^)Gip de Féclairer davantage, anr l^QUcer d'abord^ sous qu^Ue forme je Ty appliquerai. Parmi Iputes le^ constitutipns^ h la fois objectives et suLôectives, que cpmporte i^ne telle ^belle, \l convient ici d'employer surtout \^ mo4^ quaternaire que je viens de p^^t^f iser , où Tordre mûverselse divise en matériel » yit^l > sqcial, et enfin moral. Né^Dinoins , je m'F r#^^ ^W^i ^^ préférer , quand je le jugerai opportijini j ^ slmp^ s^ri^ terpaire^ qui résulte de la réunion normale de çj^ deux (le^niers termes sous le titre commun d'ordre humain. En établi^^mt leur ^ép^rf^ljon finals j'ai voulu me procurer de nouvelles ressources pour faciliter l'essor des plqs hautes conceptions tt^épriques , ^ï^ instituer jamais des entraves pédontesques^ à^'àfxi^ une avepgl^ et puérile unifor*mité logique.
Cela posé; les modifications propres à l'existence sociale doivent, comme partout ailleurs » être d'abord disUuguéfss ep directes et indirectes;; selo9 «qu'elles émanent «pof^Ut^éivent de
hliO STSTÈIOB DE POLITIQUE POSITIVE.
aoD propre cours, ou qu'elles proYienneut des réactions qu'il éprouve de tout le reste de Tordre réel. Parmi celles-ci, les unes sont dues à Tordre suivant, c'est*à-dire individuel, et les autres aux précédents. Enfln, ces dernières se subdivisent encore, d'après leur source, en matérielles et vitales. Si Ton combine ces trois distinctions successives, on est bientôt conduit à reconnaître quatre classes générales de modifications sociales, respectivement provenues du milieu, de la vie, de Thumanité elle-même, et enfin des influences individuelles. L'ordre de celte énumération est aussi celui qui doit diriger leur étude systématique , comme il détermine spontanément leur appréciation successive , d'après le principe fondamental , à la fois historique et dogmatique, de tout classement positif. Mais, pour en faciliter Tusage, on peut le réduire à sa constitution binaire , en y groupant en un seul les deux premiers termes, et en un autre les deux derniers. Cet artifice lexique ne rompt aucune relation réelle , quand on le fonde sur une distinction primitive entre les modifications fixes, qui ne se manifestent que dans l'espace, et les modifications continues, que le temps seul développe assez. On retombe ainsi sur leur division générale en indirectes et directes, lorsque Tordre humain n'est pas subdivisé en collectif et individuel. Néanmoins, leur complète appréciation ne peut devenir assez nette que d'après la série quaternaire que je viens de définir, et qui les range suivant leur intensité croissante.
Mais, avant d'examiner ainsi la succession normale des diverses modifications propres à Tordre social , il faut établir te principe fondamental qui détermine leur nature commune.
Il résulte d'une suffisante généralisation de l'admirable aphorisme , à la fois logique et scientifique , construit par le grand Broussais pour subordonner la pathologie à la biologie. Dans le volume précédent , }'ai d'abord étendu cette belle concep-
STATIQUE SOCIALE. -^ GHAnTBE SEPTIÈME. &&1
tion jusqu'à l'organisme collectif, après l'avoir appliquée aux plus hautes fonctions individuelles. Mais les esprits vraiment encyclopédiques reconnaîtront sans peine qu'elle convient encore mieux à Tordre matériel, qui même aurait dû la suggérer, si les vues synthétiques étaient plus familières aux cosmologistes. En effet, j*ai déjà noté que la simple existence astronomique rend partout évidente la similitude essentielle entre les forces perturbatrices et les forces directrices , depuis le développement spécial de la mécanique céleste. Si cette concordance nécessaire est moins sensible dans Tordre physique proprement dit, et surtout envers Texistence chimique , cela tient seulement à Tétat plus arriéré de la cosmologie terrestre, d'après sa complication supérieure. Car, sa principale application concrète , c'est-à-dire la prétendue science géologique, a déjà conduit tous les bons esprits à n*y jamais admettre que les forces normales, même envers les phénomènes qui faisaient jadis rêver des catastrophes inexplicables. Les trois modes ou degrés de Texistence matérielle suffisaient donc pour fournir une base inductive capable de suggérer le principe général de la modiiicabilité, si le régime académique n'avait pas rendu trop rares les vrais penseurs scientifiques. C'est dans une économie plus compliquée, mais aussi plus altérable, quil fut enfin découvert par un génie véritablement synthétique, quoique mal cultivé. Si son importance supérieure envers un tel ordre sollicitait davantage sa recherche persévérante, Tabstraction plus difficile qu'exigeait ce cas doit y augmenter notre admiration et notre reconnaissance pour cette lumineuse induction. Étendu ici à tous les rangs encyclopédiques, Taphorisme fondamental de Broussais pourra, sans perdre le nom de son immortel auteur, devenir désormais le vrai principe général propre à la théorie de la modificabilité envers des phénomènes quelconques. Car, si , comme ce grand penseur Télablit, l'identité nécessaire entre les influences pertur-
^Uicefi 6t les pKisssmceft normales existe , dans tout oi^anisme^ môme envers les ipaUdies pleloeweiit caractérisées , elle doit ai)ssi copveDir aux simples modifications. On peut donc eonciare partout que Inexistence régulière et ses aUérations quelconques ue diffèrent jamais que par Tintensité des phénomènes, statiques ou dynamiques» sans exiger aucune diversité €|e lois. Dana une telle reconstruction fipale du principe de Broussais, ma propre p^icipation se borne à sa généralisation complète » suivie â*une entière systématisation, d -après une application opportune de pie^ habitudes encyclopédiques.
Afin de mieux caractériser cette loi fondamentale de la modificabilité, il in^porte de la eomparer à celle que je constroiMs, en terminant, il y a di]^ mk» mon traité philosophique, pour lier partout le moqveinent ^ Texisience. Les deux découvertes paraissent d'autant plus analogues que cellerci semble résulter aussi d'une généralis^tii^ systématique du célèbre principe mathématique posé par d'Àlemhert , afin de ramener les problèn^es dynamiques aux questions statiques. J'ai loyalement signalé ce rapprochement incontestable , au moment même ofe j'introduisais une telle vi|e pfiilosophique , afin d'en faciliter l'adoption. JUais, en comparant asses les deux cas, on sentira que je po^serais trop loin l'abnégation personnelle si j'attribuais à d' Alembert le prmcipe qui Ue les deux modes de diaque nature , comme je le fais pfu|F Broussais envers la sobordlnatioD de Tétat modifié à T^at régtUter.* Car, le premier penseur, peu synthétique au fond , l^orna cette conception à la plus simple existence matérielle, saps môme la concevoir applicable à l'ordre pbysico-çhimiquç , et surtout à l'état vital. Elle ne parut, en effet , comporter qu'une destination mathématique , jusqu'à ce que Biainville- tentât de la transporter, trop confusément , dans le domaine biologique, d'après une généralisation plutôt verbale que réelle , qvi toutefois seconda la mienne. Mes pro-
pvM aiMita^tioDs à oet égard w deviareiit Trameat décisivefi qM quand ripduçtioQ sociologique fil direclement surgir m pviodpe éqwvaleat du c^ le plus propre à déterminer sa systér fliaUisatioa ^nale. Cç o*est qu'après l'avoir accomplie que je fys Ifa^ié de sa çoacordance néoessaire avec l'aphorisme spécial 096 d'Alemberl avait d'abord construit pour )a mécanique rar tioBpelle, sans qu'un tel début pût suggérer une suffisaqte généffilisation. Il en est tout autrement envers le principe de Broyssais, manqué par les géomètres d'où il pouvait vraUneot émaner^ et découvert directement dans un cas très-compliqué* Car, en l'établissant pour une existence aussi altérable^ sop ^pteor devait implicitement l'étendre h celles qui le sont ipoins, fuoiqtte le cours de ses travaux l'ait détourné de formuler exr pUdlement cette facile opération logique^ Sans insister davantage sur cette explication incidente , je la oonserve ici comme propre à guider les jeunes penseurs vers une saine appr^a^ tiop y si rare en un siècle anarchique , de potre marche iiitel* leçtuelle et du vrai mérite théorique. Puisqu'il est toiyours alisnrde d'enseigner la méthode séparément de la doctrine, il Nt donc utiliser toutes les occasions! où Von peut tirer de Pexereice scientifique une saine instniction Ipgique
Quoi qu'il en soit de cet incident, à la fois historique et dogr ■atique, je dois maintenant indiquer comment la vraie théorie de toute existence se résume nécessairement d'après nne ji^t^ ooailMnaisoB entre les deux principes que je viens de comparer sus les unir. £n effet, la loi de firoussais subordonne partout les modifications à l'état normal ; tandis que la mienne , dé* camposant celui-ci, y lie toiyours le mouvement à la structure. hmt ensemble permet donc d'instituer, envers chaque siyet identifique, une véritable unité logique. Pour cela, il suflit de lOMler ainsi , sur la simple étude statique de l'existence régalère, d'abord l'appréciation dynamique de son évolution pro-
pre, et ensuite l'examen complémentaire de ses altérations quelconques. On pourrait même concevoir finalement le principe de Broussais comme une simple extension du mien, poussé Jusqu'à ses dernières conséquences. Car, si le progrès est partout le développement de l'ordre , l'altération rentre toujours dans l'évolution, quelquefois restreinte 5 et le plus souvent exagérée. Mais , malgré cette incontestable connexité logique et scientifique, que je devais caractériser ici, il faudra, de pré- -férence , employer ces deux principes comme s'ils étaient radicalement distincts , quand la netteté des vues importera da* vantage que leur liaison.
D'après cette loi , simple ou double , les modifications quelconques de l'ordre social sont nécessairement limitées par l'ensemble des règles fondamentales établies, dans les chapitres précédents, envers la structure et l'existence de l'organisme collectif. Toujours bornées, comme partout ailleurs , au simple degré , elles doivent donc concerner seulement l'intensité en sociologie statique et la vitesse en sociologie dynamique , sans altérer jamais ces conditions immuables da dogme positif. En un mot , le véritable esprit scientifique doit constamment y tendre à réduire les variations apparentes de qualité à de simples diflérences de quantité, i^eur succession graduelle permet alors de descendre insensiblement de l'état le plus normal jusqu'à la plus profonde anarchie, en représentant tous les degrés Intermédiaires comme assujettis aux mêmes lois essentielles que le type fondamental.
Une telle philosophie résulte nécessairement de la prépondérance systématique qu'acquiert aujourd'hui la vraie positivité. Car, rinvariabilité de l'ordre universel serait directement incompatible avec toute autre appréciation des modifications qu'il comporte. Si la qualité était radicalement irréductible à la quantité, comme le répètent, d'après Kant, les penseurs
STATIQUE SOCIALE. -- CBAPltRE ^BMIÈME. &&5
littéraires et ontologiques , il n'existerait réellement aucune règle générale , et la notion des lois naturelles se trouverait bouleversée. En un mot^ toute prévision rationnelle deviendrait alors impossible, et la science se bornerait au pur empirisme» aussi dépourvu d'inductions que de déductions.
Ces réflexions générales sont très-propres à caractériser l'importance de la théorie complémentaire à laquelle je consacre ce ctiapitre, afin que mon successeur quelconque puisse un jour la développer assez dans un traité spécial sur la modificabilité. Mais elles indiquent aussi l'extrême diflficulté de cette immense étude , dont je dois ici me contenter de poser les principes essentiels et de tracer les linéaments généraux envers le cas le plus décisif. Elle oblige 5 en eflët, à ramener toujours au type normal les anomalies quelconques, naturelles ou même artificielles, qui peuvent ainsi surgir de l'existence la plus complexe. Mais, quelque difficile que doive être, en sociologie, cette condition théorique, le présent traité se trouve assez avancé déjà pour constater directement la possibilité d'y satisfaire , outre les espérances indirectes résultées de son accomplissement biologique. Car, même dans l'anarchie actuelle, j'ai plusieurs fois signalé la vériGcation spéciale des lois propres au type normal , quoiqu'elle offre la plus profonde perturbation , du moins in* tellectuelle , que comporte l'ensemble des destinées humaines. Le volume suivant multipliera beaucoup res confirmations décisives, à mesure que s'y développera la transition , de plus en plus révolutionnaire, qui nous sépare du régime théocratique, seul pleinement normal jusqu'ici. Si donc la suffisante résolution de toutes les anomalies apparentes ne s'accomplit point , en sociologie, comme partout ailleurs, quand leur examen propre deviendra vraiment opportun, le public devra s'en prendre aux penseurs et non au sujet.
Mais nue telle élaboration serait aujourd'hui prématurée*
hkt wwitMÈ DE MuTiQUB podittre.
p6\ïT qnteonqtie voudrait la potfêser au delà d'une indicatiott èystématlque des diverses altérations sociales , conçues comme de simples nuanees de Tétat normal. Je dois donc me contenter ici de cette snrte d'énumération méthodique , dont j*ai déjà déterminé Tordre général. Ni les besoins pratilques n'exigfent maintenant davantage \ ni les moyens théoriques ne permettant encore d'aller au delà: quoique cette ébauche fondamentale doive pouvoir guider asse^ tous les travaux ultérieurs.
L'échelle ascendante de la modlficabilité sociale commence piar l'ensemble des infl^nces matérielles, d'abord astronomiques, puis physiques^ et enfin chimiques. Ce sont les plus faciles à saisir, et les premières dont notre intelligence ait en^ trepris Féttide systématique , qui remonte jusqu'au grand Hipp^rate, d'après son admirable traité des climats, jamais égalé depuis. Mais une telle déiK)minatîon exigerait une extension forcée pour embrasser réellement tout ce premier système modilkiateur. Le nom de mUieu , déjà généralisé par les biôlo^ gîstei , mé semble plus convenable à cet égard. Toutefois , il ne faM pas confondre la théorie des milieux sociologiques aree telle dés milieux biologiques, que je dois ici jsupposer construite^ qmiqu'elle soit à peine eonçùe. En effet, Votéve social se trouve indirecteinent alfecté par toutes les altérations que te MHen matériel peut apporter dans l'ordre vital. Mais leur étude pro*pre appartient nécessairement au second système modificateur. Pou* éviter teinte vicieuse reproduction , il faut donc réduire llAp|yréciathyn initiale des milieux sociologiques à celle des it* flftéttces matérielles qui peuvent altérer directement la sociaUté sans trotoMer sensiblement la vitalité. Car, la première , d'après âfa toftifplication supérieure , comporte beaucoup de perturbatloûs , célestes ou terrestres , qui restaient vraiment négligeables envers la seconde. Voilà pourquoi le futur traité synthétique de la modlficabilité doit cônsidéli^ toujours Tenêremble
STATlQÙfe SOClAT.te. — CHAPITRE SE^lîME. ihl
de IWdre naturel > dont Tordre humain y tonstitnera setilemenl le tas principal ^ mais en i'y traitant ik son rîlng ëncyclb*t>édi(tue.
Cette indication gfébérale fait assez sentit^ combien userait àn^ jOurd'imi prématurée la donstlruttiôn spéciale d'Uné vraie tliéorfè des milieux sociologiques, puisque ëelle qui la préciède et M fuide systématiquement knanque encore à la biologie. Mais, à raison même d'utié telle lacune , qu'il ne m'appartient j[)al^ de combler^ je dois ici lAarquer les deux modes essétatiels d'après lesquels le milieu , céleste ou tetrestre j modifie Tordre social sans tï*oubler l^ofdre vital. Faute d'Me telle notion, les considérations pfécédienté^ ne pourraient jamais acquérir assers d'efficacité logique , eh èohservattt Un caractère trop vague» Toutefois 9 Je puis d'autant |[)lus abréjg^r iti cette dohble appré^ tdation qu'elle se trouve déjà développée > quoique isous utt^ autf^ forme, et d'après une autre destination > ûu d<emief cha^ pïtre du tome qualHème de mon traité philoslophîtïùe. Je ne décide poiht d'ailleiiîs> pâ^ plus qu'alors, si^ces deux înfluehces toht hécessairenieût exci^ïsives , ou seulement prépondérantes; ce qui me semble btseux à discuter.
Les modiileaiions dû monde peuvent difécteittent aflfectcfi^ l'humanité , quoique 'circonscrites dans les limites qui ne troublent pus h vie. Il suffit que ces influences , célestes où terres»* très , ci6ntitttfes ou temporaires , chang^t notablement notre longévité j où Tétàt de la i)opulatîoh hunfiàîttèi, 'è«ohsîdérée soit Q j^aot à sa condensation , soit ehv^s ^h mouvement. IVat^rèS Pj' j^^ Tàtaèe même tfh itous somiàè's "encore *ès lois biôto^iques d^ la Ion "^^^^ ' ^ ^^^^ ^^ ^^"^ influence reste peu prononcée dans Tordre ^^^- *^^^ l'ordre Social, plus modifiable, érige, a:u contraire , la ^^'^^ ordinaire dé la vîe humaine en élément essentiel, soit de ssf consistance statique, soit i^rtout de son évolutioA âynamique , âotft là vitesse en dépend beaucoup.
Puisque les vivants sont essentiellement gouvernés par les morts, rintervalle des générations , toujours réglé par la longévité commune ^ influe directement sur le rapport fondamental entre les deux influences subjective et objective. Même en se bornant à la simple solidarité , une telle condition s'y fait profondément sentir^ en augmentant on diminuant les forces respectives de rinstinct conservateur et de Tinstinct rénovateur, propres aui deux âges principaux. La condensation plus ou moins pronon« cée de chaque population exerce une semblable influence sur toute Fexistcnce collective, soit domestique, soit surtout civique. Elle y devient , d'abord dans Tespace, puis dans le temps, une condition essentielle de la subordination normale des cam* pagnes envers les villes II en est de même enfin quant à la période plus ou moins étendue qu'exige le doublement habituel de la population humaine. Car, la réaction sociale de cette multiplication plus ou moins rapide doit essentiellement équivaloir à celle d'un changement correspondant dans la longévité. A tous ces titres, des influences astronomiques ^ physiques, ou chimiques, qui seraient négligeables envers la vitalité, peuvent réagir gravenient sur notre socialité. Mais l'ensemble des lois du monde nous est encore trop peu connu pour que nous pubsions apprécier assez des relations aussi délicates , dont l'étude normale appartient à mes successeurs. Afin d'y mieux éviter les puérilités académiques, ils devront en subordonner le cours à Textension graduelle du Grand- Être aux diverses parties de sa planète , d'après le noyau occidental.
Il faut maintenant caractériser la seconde classe de modifications que comporte Tordre social, par suite de celles qu'éprouve l'ordre vital. Quoique notre nature iadividuelle , surtout végétative , mais aussi animale, et même cérébrale, demeure essentiellement fixe , tant que la constitution du milieu n'est pas trop altérée , elle présente incontestablement ,
STAHQUE SOCIALE. — GRAPITRB 8EPTIËME. 449
suivant les lieux et les temps, des différences secondaires. Or, ces diversités accessoires de Tordre vital doivent affecter beaucou)) Tordre social , qui loi est directement subordonné. Elles peuvent d'abord l'altérer suivant les modes indiqués ci-dessus quant aux modifications matérielles. Mais, en outre, elles y comportent une influence plus profonde, en changeant, soit les exigences pratiques qui dominent toujours Texistence humaine , soit nos propres moyens d'appréciation et de réaction envers le monde extérieur.
Cette seconde source de modifications sociales est donc , en général , supérieure à la première. Toutefois , il ne faut pas s'étonner qu'elle soit encore moins connue , d'après son intime subordination envers celle-ci, si mal étudiée jusqu'à présent. En effet, les plus prononcées et les plus fixes de ces différences vitales, celles d'où dérive Tirrationnelle notion des races y paraissent dues à des influences locales , lentement accumulées par Thérédité, jusqu'à produire le maximum correspondant de variation organique. Cet heureux aperçu de Blainvilie constitue du moins la meilleure hypothèse qu'admette un tel sujet , où, par conséquent, la saine philosophie prescrit de Tem ployer, tant que des faits certains et nombreux ne le démentiront pas. On reconnaît ainsi que les principales modifications vitales propres à la socialité dérivent elles-mêmes de la réaction que les variations matérielles exercent sur la vitalité. Leur étude normale se trouve donc subordonnée directement à celle des milieux biologiques, qui n'est point encore systématisée. Mais, outre ces altérations provenues du monde extérieur. Tordre vital doit , comme partout ailleurs , en éprouver aussi de spontanées, et enfin d'autres qui émanent de Tordre suivant. Or, toutes deux réagissent, à leur tour, sur la socialité subordonnée à la vitalité, de manière à la modifier fixement selon
les lieux , et graduellement avec les temps.
450 SYSTifiME D^ PQ|.liiQU^ POSITIVE
Un tel coup d'ceU suffît ppur indiquer l'extrême complicatioa et la difficulté supérieure de cette nouvelle théorie 5 encore inoins comprime que la précédente. Son ensemble est aujourd'hui confusément entrevu d'après le vague principe des races, comice Fautre le fut auparavant d'après celui des climats. Mais ces deux notions restent pareillement dépourvues d'un vrai caractère positif. Les prétendus penseurs qui veulent prononcer en sociologie san$ savoir l'arithmétique se servent maintenant des races comme leurs prédécesseurs faisaient des dimats, pour se donner, à peu de frais , une apparence scientifique. Ceux qui relèvent aigrement les irrationnelles exagérations de Montesquieu envers les modificateurs matériels de la socialité , proclament avec assurance d'équivalentes aberrations sur ses modificateurs vitajux. Aucune de ces deux études connexes ne s'est encore conformée assez au précepte correspondant de la logique positive, en subordonnant l'examen des altérations quelconques à ^appréciation fondamentale du type normal. Dès lors, les simples différences d'intensité et de vitesse se trouvent vicieusement érigées en diversités radicales, ayant chacune ses lois propres, de manière à repousser toute conception vraiment générale, et par suite toute saine explicatipn. Ce déplorable état de la double théorie des modifications indirectes suffît ici pour faire sentir à la fois l'urgence et la difficulté d'un traité vraiment systématique à cet égard.
Quant aux modificateurs directs de la socialité, c'est-à-dire ceu:{L qui résultent spontanément de son propre essor. Us exigent une distinction fondamentale, pour éviter, dans l'ensemble de la sociologie, toute vicieuse reproduction.
£n effet, notre évolution nécessaire modifie continuellement notre existence normale, en la développant sans cesse. Mais l'étude systématique de ces réactions progressives constitue le domaine général de la sociologie dynamique, qui va, dans le
ycrimne saiyant » succéder à la sociologie statique , dont je termine la construction. Ainsi , de telles modifications directes y loin de susciter aucune théorie complémentaire y sont inséparables de l'ensemble de la science sociale y qui leur consacre directement sa moitié la plus usuelle y d'ailleurs fondée sur la plus abstraite, n faut donc écarter ici , d'après sa propre prépondérance, ce premier genre de modificateurs spontanés, qui caractérisent l'existence dynamique , en développant l'existence statique. Mais cette indispensable élimination , sans laquelle on exposerait la sociologie à des confusions inextricables 5 est loin de dissoudre notre troisième classe de variations sociales.
Car, ce titre de modificateurs y qui ne convient qu'à des influences accessoires, doit être conservé toujours à un second genre de réactions collectives , celles que chaque société subit de Fensemble des autres.
La sociologie abstraite conçoit la formation et le développement du vrai Grand-Être comme provenant d'un seul noyau. En eflèt , les lois de l'existence et celles de l'évolution doivent être essentiellement les mêmes envers tous les centres possibles de cette immense expansion. Quel que soit le noyau qui prévaille ^ et de quelque manière que les autres s'y rallient finalement, cela ne peut aucunement affecter les conceptions fondamentales de la sociologie, comme le pressentit logiquement mon éminent précurseur Condorcet. Cette double détermination deviendra seulement une importante application de la vraie science sociale, mais sans participer à sa construction. Quand même la multiplicité des noyaux humains devrait toujours persister, de façon à rendre impossible l'unité du Grand- Être terrestre, la sociologie, statique ou dynamique, n'en serait pas profondément affectée. Toutefois, eu instituant, par un admirable instinct logique , son hypothèse d'un peuple
452 SYSTÈME D£ POLITIQUE POSITIYB.
unique, Condorcet sentit bien qu'une telle abstraction 5 quoique d'abord indispensable, exigerait ensuite une suffisante restitution des inûucnccs internationales. Ce cas scientifique est justement comparable à celui que présente, dès le début de la philosophie positive , la construction des théories mécaniques d'après Tartificc de l'inertie , qui , dans le passage définitif de l'abstrait au concret , oblige de rétablir les influences d'abord écartées. On sait quelles graves difficultés suscite aux géomètres cette restitution finale , principale source de leurs échecs pratiques, quand ils veulent trop préciser les déterminations spéciales. Il en est de même , h un plus haut degré , pour les sociologistcs qui tentent de rapprocher l'état abstrait de l'état concret au delà de ce qu'exigent nos vrais besoins.
Quoique nos lois d'existence et d'évolution conservent partout leur principal caractère, leur prépondérance spontanée détermine le mouvement essentiel de chaque noyau humain, mais sans pouvoir le préserver de la réaction des autres. Lorsqu'on pousse les explications, statiques ou dynamiques, à un certain degré de précision , on sent la nécessité d'y considérer ces modifications mutuelles. Heureusement négligeables envers la destination ordinaire de nos théories sociologiques, elles y deviennent quelquefois indispensables pom* des cas exceptionnels. Mon troisième volume en foumura plusieurs exemples décisifs, surtout quant au moyen âge. Au début de cette grande transition , le mouvement occidental se trouva notablement affecté par des changements politiques survenus au lobi; en sorte que l'état général de l'Europe dépend alors de celui de l'Asie, même la plus orientale. D'ailleurs, de telles influences, quoique essentiellement discontinues quant à leurs résultats appréciables, ne présentent réellement aucun caractère fortuit; elles pourraient toujours être prévues d'après une suffisante connais* sance de toute la situation humaine.
Notre troisième classe de modificateurs sociaux consiste donc dans ces réactions nécessaires ^ mais intermittentes, qui résultent de la multiplicité des noyaux. Le Judicieux Ferguson entrevit, le premier, le véritable principe de cette nouvelle source de variations normales. Il rentre ici dans celui de Broussais , puisqu'il consiste à regarder ces altérations quelconques comme ne pouvant jamais affecter que Tintensité ou la vitesse du cas fondamental , suivant notre loi générale de la modificabilité. On a souvent exagéré ces influences secondaires de manière à rendre impossible toute saine théorie sociologique , en les érigeant en forces principales, dont la multiplicité et Tincohérence empêcheraient toujours de régulariser assez le spectacle humatai. Mais Ferguson a très-bien prouvé que, même dans les divers cas de conquête, cette action étrangère ne fait jamais surgir, chez chaque peuple > que des modifications qui s'y seraient développées spontanément, un peu plus tôt ou un peu plus tard , sauf de légères nuances.
Toutefois, une telle appréciation doit être soigneusement limitée aux évolutions originales , qui sont nécessairement empiriques, puisque leur exploration peut seule fournir ou confirmer les lois fondamentales de la socialité. Quand ces lois ont été découvertes d'après Texamen isolé du noyau le plus avancé, elles permettent à cette population prépondérante d'exercer sur les nations retardées une action systématique, qui comporte une efficacité supérieure. Le premier chapitre de ce volume a déjà fait sentir Textrême importance que peut acquérir ainsi la théorie générale des transitions sociales, dont l'essor historique appartient au tome suivant , tandis que mon volume final caractérisera sa destination active. Sans anticiper ici sur ce double développement, il y fallait indiquer déjà le vaste accroissement que doit heureusement acquérir bientôt notre troisiàme classe de modifications sociales. Chacun peut ainsi sentir
U5ti SYSTÈME DE POUTIQUE POSITITE. '
combien elle est vraiment supérieure aux deux précédentes, malgré toutes les apparences contraires.
Il ne me reste plus à caractériser que la quatrième classe de variations sociologiques , celles qui proviennent de Tordre individuel, dernier modificateur indirect de Tordre collectif, quoiqu'en sens inverse des modificateurs plus généraux. Son influence , quand on se borne à Tétat propre de chaque noyau humain, peut y devenir plus considérable qu'aucune autre. Aussi la principale attention du public , et même des penseurs , s'y dirigea-t-elle toujours jusqu'à Tavénement de la sociologie. Cette irrationalité puérile , qui représentait les forces individuelles comme les souverains arbitres du mouvement humain, produisit souvent de profondes et dangereuses aberrations, en secondant l'orgueil des chefs par les illusions populaires. Néanmoins, Tinstinct pratique des véritables hommes d'État leur fit toujours sentir activement les bornes nécessaires de leur puissance , constamment subordonnée à Tensemble de chaque situation.
Un monstrueux orgueil put seul suggérer la croyance au pouvoir illimité , chez le dictateur rétrograde dont la France subit trop longtemps la tyrannie. Son fameux aphorisme sur la puissance absolue d'un chef militaire, énergiquement flétri par un consciencieux publicîste, présente directement le plus vulgaire des vices logiques, en constatant une entière ignorance des lois propres à la formation et au mahitien de ia force. Mais Texemple même de cette influence personnelle fournit directement la meilleure confirmation des limites générales qui restreignent de telles modifications, comme toutes les autres, à de simples difléreuces d'intensité ou de vitesse. Car, développée pendant une profonde anarchie , qui réduisait autant que possible Tautagonisme objectif, cette domination rétrograde n'aboutit pourtant qu'à retarder d'une génération au
STATIQUE SOCIALE. — - CHAPITRE SEPTIÈME. ft'iS
pkas Fessor spontané de la révolulion occidentale. Le volume suivant en fournira suffisamment la démonstration spéciale^ Néanmoins^ aucun autre cas historique ne put comporter une aussi complète efficacité des influences individuelles.
Même quand elles sont progressives ^ comme celle de l'incomparable Frédéric > elles restent pareillement restreintes > quoique le mouvement principal qu'elles secondent dispose à en exagérer les résultats propres. Le célèbre principe sociologique du grand Bossuet n'exige qu'une meilleure rédaction^ qu'un tel penseur adopterait aujourd'hui, pour demeurer toujours applicable. Puisque les vivants sont sans cesse , et mêlne de plus en plus^ dirigés par les morts ^ le vrai sacerdoce pourra constamment dire aux plus orgueilleux tyrans : L'komtne a^of* gite^ et V Humanité le mène. Je ne crains pas d'annoncer id que l'issue réelle des tentatives surgies en ce moment eontre l'irrévocable avènement de la République française^ fournira bientôt une nouvelle confirmation de cette loi nécessaire^
Après avoir assez caractérisé toutes les classes essentielles de modifications sociales pour diriger un jour leur étude systématique j je dois encore considérer spécialement leur ensemble quant au plus grand écartement possible hors des limites normales de variation. Dans ce qui précède ^ je n'ai rien spécifié envers le degré de chaque influence accessoire ; en sorte que les notions déjà posées conviennent à des altérations quelcoii-« ques^ tant qu'elles restent compatibles avec la durée du système. Néanmoins, l'état présent de la raison occidentale y même chez les meilleurs penseurs, me semble exiger ici de courtes explications directes sur les cas extrêmes , où les lois vraiment fondamentales doivent autant prévaloir que partout ailleurs.
En approfondissant l'admirable principe de Broussais^ oa reconnaît bientôt qu'il dissipe radicalement , comme un pré-
&56 8YSTÈII£ m, POUTIQUE POSITIVE.
Jugé temporaire, la distinclion absolue qQ*0D admettait aoparavant entre la maladie et la santé. Leurs modes les pins opposés peuvent toi^onrs être rapprochés par nne foule de nuances intermédiaires, non-seulement idéales, mais réelles, qui constituent entre eux une transition presque insensible. Je crois devoir id q[)écifier cette continuité nécessaire envers les altérations de l'existence cérébrale , parce que le pobit de vue biologique s'y subordonne mieux au principe sociologique ; J'aurai d'ailleurs besoin ensuite d'un tel éclaircissement.
D'après mes explications antérieures sur la nature, à la fois objective et subjective , de toutes nos conceptions , il est aisé de sentir que les états opposés de raison et de folie ne diffèrent jamais que par le degré d'influence des deux éléments de chaque situation mentale. Hors du type normal des rapports variables de l'objectivité à la subjectivité , chacune d'elles peut acquérir un ascendant exagéré, qui d'abord prépare et ensuite constitue , s'il persiste assez , une véritable aliénation. Trop de soumis^on au spectacle extérieur, avec une insuflfisante réaction intérieure , détermine le pur idiotisme. La folie proprement dite se caractérise, au contraire, par l'excès de subjectivité, même sans hallucination spéciale, quand l'appareil méditatif ne rectifie pas les indications de l'appareil contemplatif.
Cet état exceptionnel se trouve mieux apprécié réellement d'après l'ensemble de Tincomparable composition de Cervantes qne dans aucun traité biologique. Le grand principe de Broussais pouvait , au fond , surgir directement de là envers le cas le plus décisif , où je l'ai seul assez étendu jusqu'ici . En effet , la loi de continuité s'y trouve profondément empi^einte, d'après une saine appréciation spontanée des états intermédiaires entre la raison et la folie. Cervantes y fait implicitement sentir le
principe fondamental de la logique positive , d'après lequel la rectitude mentale consiste surtout h former toujours la plus simple hypothèse propre h. chaque cas. D'après cette règle , toute disposition habituelle à trop compliquer les explications constitue réellement une tendance vers la folie, en introduisant on excès de subjectivité. Un esprit actif ne trouve dès lors aucune limite à l'extravagance de ses créations arbitraires. Chaque démenti qu'il reçoit du monde extérieur peut ' toujours être éludé en compliquant davantage ses constructions intérieures.
L'admirable tableau de Cervantes permet aussi de saisir la yariabUité nécessaire du rapport normal entre la subjectivité et l'objectivité selon l'état correspondant de l'existence sociale. Car leur proportion régulière doit naturellement suivre le cours de la civilisation humaine. J'expliquerai , dans le troisième volume , la loi générale de ces variations continues , oti l'on voit constamment diminuer jusqu'ici l'influence subjective et croître l'influence objective. Si Ton compare directement deux situations très-distantes , soit suivant le$ lieux , soit surtout selon les temps, on trouve, en effet, que les opinions ou affections justement qualifiées de folie, en certains cas, constituent ailleurs un état vraiment normal. Rien n*est plus propre à montrer combien sont délicates de telles appréciations personnelles, dangereusement livrées aujourd'hui à un matérialisme grossier, trop souvent immoral. Mais, au milieu des plus profondes perturbations , les lois positives de l'existence cérébrale , à la fois intellectuelle et affective , restent toujours appréciables à l'examen philosophique; et le grand Cervantes les T fit déjà ressortir instinctivement.
Une telle identité fondamentale entre la maladie et la santé, qui constitue le véritable sens du principe de la modiflcabilité, convient autant à l'ordre collectif qu'à Tordre individuel. Elle
y doit même devenir mieux saisissable , puisqu'il est 5 au fond 9 moins compliqué. Faute d'étendre Jusque-là le vrai domaine scientifique , les hommes d'État croient communément que les situations révolutionnaires sont radicalement soustraites aux lois normales. Cependant les perturbations s'y bornent toujours, comme en tout autre cas, au simple degré, statique ou dynamique. J'aurai souvent lieu de le faire spécialement sentir envers Tanarcliie moderne 9 malgré son intensité prépondérante, due à l'altération plus profonde de la continuité subjective.
Gérébralement analysée, la maladie occidentale constitue réellement une aliénation clironique , essentiellement intellectuelle, mais habituellement compliquée de réactions morales, et souvent accompagnée d'agitations matérielles. Le caractère décisif, consistant en ce que la méditation ne rectifie pas la contemplation , ne s'y vérifie que trop , surtout envers la loi de continuité subjective, principale source de l'ordre collectif Jamais le mot A'aliénation , étymologiquement apprécié , ne put convenir davantage que dans ce triste cas, où l'ensemble des populations objectives méconnaît brutalement le noble joug du passé , même en rêvant l'avenir. Or, quelque grave que soit réellement une telle perturbation, j'y vérifie sans cesse toutes les lois de l'état normal , dont plusieurs m'y frappèrent davantage que dans les situations moins propres à les indiquer. Mais la grande diversité des opinions qui circulent à cet égard confirme la relativité nécessaire d'une telle appréciation, toujours subordonnée à la notion qu'on se forme du type normal
En effet , il existe encoiia beaucoup d'esprits qui méconnaissent sincèrement un tel désordre, parce que l'état négatif du dix-huitième siècle leur offre toujours le meilleur modèle de notre sociabilité. Toutefois, un tel sujet ne comporte rien d'arbitraire, et l'ensemble des destinées humaines permet sans cesse
de distinguer le type qui s'y conforme le mieux. Mais alors la notion de Tordre devenant plus profonde et plus pure, on se trouve conduit à juger révolutionnaires des situations que tous les philosophes regardent comme aussi normales que le firent les générations contemporaines.
Quiconque adoptera la conception établie dans ce volume sur la structure et l'existence de Forganisme collectif , recon-^ naîtra bientôt que l'anarchie moderne constitue seulement le dernier degré d'une immense perturbation. Sa véritable origine remonte, en effet, jusqu'à la première dissolution des théocraties antiques, seuls types complets que Tordre social admit jusqu'ici. On voit surgir alors le principe , toujours et partout révolutionnaire ; de l'élection des supérieurs par les inférieurs, qui, graduellement développé pendant trente siècles, menace aujourd'hui de renverser la société politique. Il n'avait d'abord d'autre destination que de modifier le régime des castes, devenu profondément oppressif. Mais, comme il ne remplaçait Tancien principe de transmission par aucun autre, son influence ne pouvait être que dissolvante, et finalement subversive. Le positivisme doit seul terminer cette longue maladie sociale, en substituant Thérédité sociocratique à l'hérédité théocratique , sans rompre jamais la continuité humaine. Quoi qu'il en soit, le spectacle même d'une telle diversité d'appréciations confirme à la fois la relativité nécessaire de notre état normal et Timmuabi* lité fondamentale de ses lois abstraites , aussi bien collectives
qu'individuelles.
Pour achever de constituer la théorie générale de la modificabilité sociale, je dois maintenant y construira uii dernier principe essentiel , sur la marche continue des variations que comportent les quatre classes d'influences modificatrices que je viens de caractériser successivement. Aucune d'elles ne pouvant conserver toujours la même intensité à mesure que notre
existence se développe , il me reste à déterminer la loi commune de ces changements nécessaires. Il en résultera bientôt rtieureuse démonstration de la régularité croissante de Tordre humain, due surtout à notre réaction collective, d*abord spontanée , puis de plus en plus systématique, sur les imperfections fondamentales de Tordre universel.
Cette conclusion pourra sembler contraire à la complication progressive des phénomènes sociaux d'après Textension graduelle de la solidarité et de la continuité. Mais, dans Tensemble de la hiérarchie naturelle, Taccrolssement nécessaire de la complication à mesure que la généralité diminue , produit toujours deux résultats Inverses, qui tendent à se compenser de plus en plus, en opposant la modlficablllté à l'Imperfection. Tant qu'il se borne à Tordre matériel , et même à Tordre vital, ce contraste normal n'empêche pas Tharmonie réelle de devenir moins parfaite à mesure qu'elle se complique davantage. Il en serait encore ainsi pour Tordre humain, s'il pouvait jamais être aveuglément livré aux conséquences spontanées de sa complication supérieure. Mais une telle supposition est heureusement contradictoire ; ou du moins elle* ne tend à se vérifier que temporalrement , quand notre sagesse subjective se trouve altérée ou suspendue par notre anarchie objective. Dans mon discours préliminaire , j'ai déjà représenté la lutte nécessaire de la providence humaine contre la fatalité universelle , comme régularisant notre existence au delà de ce que comporterait sa propre complication. Ce premier aperçu va maintenant devenir une loi complète, en y introduisant l'essor continu d'un tel antagonisme^ que je concevais alors fixe.
Envers chacun des modificateurs généraux précédemment appréciés , on peut aisément reconnaître que notre activité fait de plus en plus prévaloir Tétat normal sur les diverses altérations qu'il comporte.
STATIQUE SOCIALE. — CHAPITRE SEPTIÈME. &6i
D'abord y on n'en saurait douter quant aux climats. L'active sollicitude du Grand- Être, même dès son enfance, y diminue graduellement les influences accessibles à notre intervention , et nous préserve progressivement de celles qui restent inaltérables. Cest ainsi que la planète humaine tend à devenir uniformément habitable, sauf en certains lieux trop défavorables. Nos artiûces permanents peuvent même soustraire quelquefois Tordre vital à la prépondérance naturelle de Tordre matériel. Par exemple^ la chaleur factice des cités russes y rend souvent la menstruation aussi précoce que dans TInde. Les aberrations théoriques sur les climats sont donc d'autant plus irrationnelles que la civilisation annule presque de telles influences.
Il en est de même pour les races, quoique ce second modificateur social Temporte sur le premier. Nos prétendus penseurs font universellement prévaloir cette étrange explication au moment même où elle tend à ne plus représenter que des influences Insignifiantes. Quoique la diversité des races n'ait pu jamais affecter que la vitesse de notre évolution commune , sans altérer aucunement sa nature et sa marche, sa réaction sociale fut jadis plus grande qu'aujourd'hui. Outre qu'un mélange croissant tend à détruire directement cette source de modifications, l'ensemble de Tessor humain nous y soustrait graduellement, encore davantage qu'envers la précédente. L'atténuation des influences matérielles augmente d'ailleurs celle des variétés vitales, qui furent primitivement dues au milieu.
Quand on compare profondément nos trois principales races, les seules dont la distinction soit vraiment positive, elles présentent des attributs respectifs qui tendront à les rendre équivalentes, lorsque notre complète systématisation utilisera toutes les forces humaines, Dans le contraste des deux extrêmes, on peut déjà reconnaître que les noirs sont aussi supérieurs aux blancs par le sentiment qu'au-dessous d'eux par Tiutelllgence.
Tant qu'il faUut surtout développer nos moyens quelconques ^ cette dernière diffërence dut prévaloir ^ de manière à dissimuler Tautre , et par conséquent à beaucoup exagérer la diversité. Il n'en sera plus ainsi désormais, quand le noyau d'élite s'efforcera principalement de discipliner toutes les forces réelles , pour les faire toujours concourir au bien commun. Alors le cœur, prenant irrévocablement sa prépondérance normale , disposera davantage Tesprit à la s^ine appréciation des qualités propres aux populations dédaignées, qui peuvent tant participer au service continu du Grand-Être. Le cas intermédiaire comporte une conclusion analogue , quoique le contraste soit moins sensible. Car, la race jaune me semble aussi supérieure aux deux autres pour r activité, que celles-ci le sont re^ectivement envers Fintelligence et le sentiment. Dans notre commune exploitation du domaine terrestre , toutes ces différences se trouveront de plus en plus utilisées par la vraie providence, qui transformera d'odieuses animosités en nouvelles sources de Tharmonie universelle. Une sagesse systématique qui s'associera dignement tous les animaux assez discipiinables doit d'abord faire profondément concourir les diverses variétés de l'espèce dirigeante. Ces modifications finales de l'unité humaine par l'influence graduelle du milieu n'ont pu devenir assez prononcées qu'en développant respectivement chacune des trois principales régions cérébrales davantage que les deux autres. D'après cette théorie subjective, l'harmonie totale du Grand-Être exige donc l'intime concours de ses trois races , spéculative , active , et affective.
Toutes les modifications indirectes et involontaires se trouvant à la fois amoindries et régularisées par l'essor de notre civilisation, celles qui sont directes et plus ou moins volontaires suivent encore davantage la même loi de changement.
STATIQUE bOClÂLE. — CHAPITRE SEPTIÈME. &6S
Gela devient incontestable envers les influences internationales ,. qui trouldent de moins en moins l'évolution spontanée de chaque noyau humain, n ne faut pas croire que cette source croissante de régularité tienne seulement , ni même principalement , k l'heureuse transformation de notre activité collective , désormais industrielle au lieu ^e rester guerrière. Elle provient surtout de l'ascendant progressif que la continuité subjective acquiert nécessairement sur la solidarité objective. Devant cette auguste prépondérance des morts, toutes les perturbations des vivants se dissipent de plus en plus. Les immenses populations, blanches ou jaunes, chez lesquelles la continuité humaine fut le mieux respectée, nous en fournissent encore des preuves décisives. Ni les violences militaires, ni les fraudes industrielles, n'ont pu sensiblement altérer jusqu'ici les mœurs prononcées que la théocratie y fonda, et qui résisteront toujours aux influences occidentales, tant que celles-ci resteront empiriques et égoïstes. Les changements incontestables qui s'y sont opérés depuis le commencement de notre moyen âge ne portent aucune trace de l'intervention monothéique. Je ne crains pas d'assurer ici qu'un digne examen spécial représentera toujours ces modifications quelconques comme des résultats spontanés de l'évolution locale. Mais l'instabilité de nos mœurs modernes, qui nous rend plus accessibles à ces réactions nationales, permet elle-même d'apprécier combien ce troisième modificateur social s'affaiblit et se régularise, davantage que les deux premiers. On le vérifie journellement d'après le peu d'efficacité des incorporations qui ne sont point spontanées. Pour la France, par exemple , non-seulement l'Algérie , mais aussi la Corse, et même l'Alsace, prouvent clairement Fimpuissance croissante d'une longue domination étrangère contre toute nationalité vraiment prononcée.
Enfin , la quatrième classe de modifications sociales subit ,
&6& SYSTÈME DE POUTIQUE POSITITS.
encore plus évidemmeiit que les trois autres , la loi commune »du décrolssement et de la régularisation. Ce double résultat y dérive davantage de la prépondérance croissante des morts sur les vivants 9 principale source des saines explications sociologiques, comme de Tharmonie pratique. Sous cette insurmontable pression de nos ancêtres, Fagitation de nos contemporains devient de plus en plus vaine , même dans les situations qui la secondent le mieux. L'ensemble du passé fournit, à cet égard, beaucoup de vérifications décisives. Quelque déplorable qu*ait été, par exemple, la tyrannie rétrograde de Bonaparte, elle a moins influé sur r£urope que la domination, d'ailleurs plus noble > d* Attila. Pareillement , en sens inverse , Thëureuse influence personnelle de Frédéric fut certainement inférieure à celles, non-seulement d'Alexandre, mais aussi de César, et même de Charlemagne
L'ensemble de cette sommaire analyse confirme donc la loi consolante qu'une vue synthétique inspire d'abord sur la régularisation croissante de l'ordre humain d'après notre intervention progressive duus nos propres destinées. Quoique tous les modificateurs sociaux deviennent de moins en moins intenses, la réaction du Grand-Être sur la fatalité qui le domine aug« mente sans cesse. Ainsi, la grave contradiction que semblait offrir une telle conclusion de mon dernier chapitre statique se résout complètement quand on apprécie profondément la loi encyclop'Sdique des modifications naturelles. Les divers phénomènes ne cessent pas de devenir plus modifiables en se compliquant davantage. Ceux qui sont développables continuent pareillement à se compliquer l\ mesure que leur évolution s'acconipiiL Néanmoiiis, les plus nobles d'entre eux, qui sont aussi les plus complexes , suivent un ordre de plus en plus régulier, qui tend presque îi les ramener aux meilleurs types célestes. L>ne telle compensation résulte de l'énergique sagesse de leur
8TATIQUE SOCIALE. — • CHAPITRE SEPTIÈIIE. 465
principal agent , aspirant toujours à faire dignement prévaloir sa noble q[>ontanéité sur son avengle fatalité.
C'est afin d'améliorer notre situation on notre nature ^ et non pour étaler vainement notre puissance^ que nous tendons sans cesse à modifier l'économie universelle. Peu importe donc que les variations normales de l'ordre bumain décroissent réellement ^ si c'est en se régularisant toujours. Loin de diminuer notre véritable empire sur nos destinées^ une telle marcbe l'augmente beaucoup, et même l'ennoblit davantage, en le purifiant mieux de toute impulsion arbitraire. Gar^ ce grand résultat de l'ensemble des lois naturelles est dû surtout au perfectionnement de notre propre sagesse, de plus en plus dirigée vers sa principale destination. Longtemps bornée à l'amélioration de l'ordre physique, son active sollicitude s'est ensuite préoccupée de l'ordre intellectuel , pour se concentrer enfin sur Tordre moral, arbitre essentiel des destinées humaines. Quoiqu'une longue anarchie semble nous détourner irrévocablement de cette sainte destination finale, nous y sommes involontairement ramenés par la puissance croissante du Grand- Être, même avant qu'il ait acquis un plein sentiment de sa siqirématie.
Ni les variations matérielles, ni les modifications vitales, ni seulement les perturbations collectives ou individuelles, ne peuvent jamais empêcher ce poids croissant du passé de régulariser silencieusement l'avenir. Il y a quarante ^èdes , le génie théocratique avait implidtement reconnu que les morts gouvernent les vivants, comme le prouve l'ensemble du régime des castes, et spécialement sa touchante consécration du culte funèbre. Quoique l'aliénation occidentale ait fait oublier temporairement cette loi suprême de l'ordre humain, elle n'a pu l'empêcher de prévaloir davantage, d'après l'accroissement
continu de la force directrice et le décroissement simultané des
SO
466 SYSXÈIU I>fi POLITIQUS FOftlTlVK.
perturbaticms. Parmi les trois puissances objectif es, celles qui reçoivent et transmettent le mieux rimpulsion subjective y c'està*4ire l'influence féminine et l'autorité sacerdotale, tendent de plus en plus à prévaloir, par le cceur et l'esprit, sur celle dont l'activité matérielle s'y subordonne moins volontiers.
Les âmes régénérées commencent à porter sciemment et volontairement le noble joug que les rebelles subissent aveuglé^ ment Elles y bénissent la meilleure source de notre principal perfectionnement, celui qui, non-seulement règle dignement nos volontés personnelles , mais les efface spontanément soos rbarmonique impulsion du sentiment et de la raison. Convaincues que le bonheur consbte , autant que le devoir, à se mieux lier au Grand-Être qui résume Tordre universel , elles tendent toujours à se soumettre davantage. Notre sage activité n'aboutit , en effet , qu'à développer artiûciellement notre dépendance normale, afin de puiser au dehors les seules bases qui puissent consolider notre existence quelconque* Ces points iixes semblaient nous manquer envers nos plus nobles fonctions, celleslà même qui ont le plus besoin d'être réglées, vu leur plus grande complication. Mais la mort, suite nécessaire de la vie, Anit par devenir la principale source de sa systématisation. L'existence privée inspira seule à ma sainte conq>agne éternelle cette profonde sentence : « Il n'y a, dans la vie, d'irrévocaUe que la mort. » Néanmoins, c'est surtout à l'ordre collectif qu'il faut l'appliquer. Alors elle coïncide avec la loi fondamentale du régime humain. Car, l'influence subjective ne prévaut sur l'impulsion objective qu'en vertu de son brrévocabUité , qui fiait par tout surmonter.
Rien ne peut mieux conflrmer cette précieuse conclusion de l'ensemble de ce chapitre complémentabre que son application a|>éciale à l'institution du langage, plus sociale qu'aucune antre, et pourtant plus propre à concentrer tous nos attributs persoi-
STATIQUE SOCIALE. — CHAPITRE SEPTIÈME. Ik^l
uels. Sous le poids croissant des impulsions subjectives ^ la langue humaine tend sans cesse vers sa pleine systématisation finale , à mesure que se développent notre solidarité et notre continuité^ à travers les variations objectives résultées des climats, des races ^ et des nationalités ou individualités. Cette unité nécessaire , à la fois conséquence et condition de l'universalité religieuse, "Vendra partout systématique l'affectueuse soumission de chacun à la prépondérance toujours sainte du Grand-Être dont nous subissons à notre insu Tascendant régulateur.
M9 «rsniiE m tmzmttt wmvrt
CONCLISIOÎÏ GÉNÉRALE
mv v«MK mmw%.MBUtL
l/apfè» M pfoiff'e Mpériorilé ester» ton» le» être» wi^iv^ f IniiDaiiHé »e iroofe forcée de déf elopper »a de»lisée saié aoeoD type gênent qoi polMe dMger »e» teiMlance» sfPMtasée»^ jii»qti^à ee qtte »(ni et ototion Mrft a»s»e2 aeeooiplie poor earaO' lérl»er »a niarcbe iiéce»»âiire. En attribuant d^abord »O0 exb' Icnee^ eomme toote» le» aotre»^ k de» pobsance» absolue»^ die le» doue in? olontalrenient de ton» le» attribot» de »age»»e et de bonté qo'elle peut alor» eoneetoir^ de manière à le» érfgtr en fokle» prof boire» de m condolte. Mal» ce» ln»lltotioii» re»lant loojoor» »objectife»^ lenr olBce^ tbéorlqoe on pratkpie^ n^éqii^ tant janal» ^la ba»e objectife que dc4t »eQle non» fooralr eain ne »«fl»ante appréciation dn noofement bomala
L'aptttode k »y»téniati»er no» destinée» an Ueo de to» sÉbir af eoglément con»titae donc le principal caractère de la pleine satortté qo'attelnt anjoordlytd Télite de notre espèce. Ce noyao central dn trai Grand -Être poar»iti?ra désofani» »» nardie natorelle arec on digne sentiment de »on bot général eâ. de» mof en» qo'll compcfte. Sou» »a noble préiidenee^ ton» k#
STATIQUE SOCIALE. — GCHfCLUSUHff GÉNÉRALE. hW
foyers moins ayancés utiliseront encore mieux la connaissance de la loi commone^ pour accélérer et faciliter leur ayénement respectif à l'état normaL
Une telle virilité ne peot ainsi devenir assez caractéristiqoe que d'après une double coQStni(^on philosophique , ou plutôt religieuse. Il faut d'abord déterminer le type fondamental de l'existence humaine, et ensuite son essor nécessaire. L'ensemble de ce volume ayant rempli la première condition , le suivant doit satisfaire à l'autre.
Comme base normale de cette double construction^ j'ai préalablement établi la théorie générale de l'unité humaine et de sa lente préparation. D'après un tel début , j*ai directement fondé l'étude positive de notre existence élémentaire , en appréciant d'abord l'activité qui la domine, puis les liens domestiques qui la constituent, et enfin le langage qui permet son extension. J'ai pu dès lors systématiser le tableau abstrait de l'ordre humain , en caractérisant successivement la structure du grand organisme, son existence complète, et même les limites de ses modifications quelconques.
L'ensemble de cette élaboration statique peut être utilement résumé par la seule histoire du terme fondamental, vu l'aptitude nécessaire du langage à refléter toute notre nature. H suffit de comparer les deux acceptions générales du mot ordre, qui toujours signifie à la fols commandemeni et arrangemerU, Tant que dura notre initiation, destinée plutôt à développer nos diverses forces qu'à les régler, le commandement prévalut sur l'arrangement , qui ne pouvait même surgir autrement , faute d'une base extérieure. Notre constitution adulte se caractérise, au contraire, par la prépondérance de l'arrangement, qui, directement fondé d'après son type objectif, exige seulement l'intervention secondaire du commandement , pour compléter nos décisions pratiques. Ainsi, le contraste général entre la
&70 SYSTËMB Dl POLITIQUE POSITim.
synthèse absolue et la synthèse rdatire peat 6Cre asseï représenté d'après le simple renversement de la sobordination mutuelle propre aux deux sens d'un même nom. En effets cette inversion spontanée résume la substitution décisive des lois aux causes, et annonce notre tendance croissante à fahre prévaloir la discipline spirituelle sur la temporelle.
Cette appréciation fondamentale de Tordre humain semble d^abord suffire pour systématiser notre destinée, qui consiste toujours à se rapprocher davantage d'un tel type. Mais l'en* semble de ce volume est aussi propre à manifester Tinsuffisance que la nécessité d'une pareille détermination. Car, il laisse toujours indéterminés le mode et le temps qui conviennent à Tavénement de cet ordre fondamental dont il caractérise pourtant la préparation inévitable. La meilleure théorie statique ne suffit donc jamais pour guider la pratique sociale, quoiqu'elle y soit constamment indispensable. Son usage exclusif, ou môme trop prépondérant, nous exposerait presque toujours à de graves perturbations, en donnant à nos tendances politiques un carac» tère trop absolu et une marche trop vague.
On peut se former une juste idée générale de ce double danger d'après une comparaison mathématique, qui représente aussi le véritable office de cette première moitié du travail so« dologique. Car, ce guide statique équivaut, envers lesphé* nomènes sociaux , à l'ensemble des types rectilignes sur lesquels un géomètre fonde l'étude de chaque courbe, surtout en déterminant ses asymptotes. Quand une ligne a beaucoup d'asymptotes, comme le permet souvent une équation fort simple , leur connaissance totale fournit d'abord de précieuses lumières envers sa figure générale, dont une telle construction offre une approximation indispensable. Mais cette ébauche rectiligne ne peut jamais dispenser d'une étude directe et spéciale de l'orbite curviligne , où elle laisse toujours inddclses
STATIQUE SOCIALE. — GOlfCIUSION GÉNÉRALE. ^71
beaucoup d'importantes questions. Il en serait bien pins ainsi si la politique voulait systématiser directement sa marche d'après la seule sociologie statique^ qui ne peut lui fournir qu'un vaste groupe d'asymptotes^ nécessairement communes à une foule de routes très-différentes , entre lesquelles il faut pourtant choisir.
Ce choix définitif^ Tunique guide immédiat de notre pratique sociale^ appartient exclusivement à la sociologie dynamique. Quoiqu'elle doive toujours étudier le progrès comme^e simple développement de l'ordre déjà défini , cette appréciation plus précise peut seule nous apprendre quels sont , à chaque époque 5 les pas praticables vers un tel type , et quelle marche convient à leur accomplissement Outre qu'elle éclaircit et consolide la notion de Tétat normal^ elle institue l'unique voie qui puisse nous préserver à la fois de la rétrogradation et de l'anarchie , entre lesquelles nous laisserait toujours osciller la conception statique, oti le temps n'entre jamais. Autant je devais d'abord écarter ce dernier élément théorique^ sous peine , comme en mécanique , de ne pouvoir construire aucune loi générale , autant il doit maintenant prévaloir^ pouf instituer la relation finale entre l'abstrait et le concret.
Parmi les nombreux exemples que l'histotare peut fournir des dangereuses illusions propres à remploi des notions statiques sans leur complément dynamique, il convient ici d'hidiquer l'immense aberration de tous les grands hommes de l'antiquité envers la préparation réservée au moyen âge. Au premier chapitre de ce volume , j'ai déjà noté combien les meilleures âmes s'étaient longtemps méprises en repoussant le catholicisme naissant , qui leur semblait écarter dhrectement l'humanité du noble but social que les derniers siècles venaient de leur révéler. Or, R faut ici reconnaître qu'une telle erreur, alors inévitable, résultait surtout de l'absence totale de con-
&72 SYSTEMS DE POUTIQUE POSITIVB.
ceptioDS dynamiques d'après lesquelles on pût apprécier les premiers pas essentiels qu'exigeait ce type statique. Depuis Scipion et César jusqu'à Trajan et Constantin , les penseurs et les hommes d'État sentirent de plus en plus que l'ensemble du mouvement romain poussait à faire prévaloir les notions positives sur les croyances tliéologiques ou métaphysiques et l'activité industrielle sur la vie guerrière. Faute d'une étudeasez précise de la marche humaine, ils méconnurent entièrement la nécessité de la transition monothéique et féodale. Les meilleurs d'entre eux furent ainsi conduits trop souvent à souiller leurs noms par d'atroces persécutions envers les vrais promoteurs spontanés du noble régime qu'ils ne cessaient de poursuivre d'après un type trop abstrait.
Un tel exemple indique assez combien il importe de constrmre maintenant la dynamique sociale, sans laquelle la raison moderne pourrait aussi se laisser entraîner à un pareil enjambement de quinze siècles dans notre marche générale. H est vrai que la conception même de l'ordre normal constate déjà, dans ce volume statique, l'approche nécessaire de son véritable avènement ; puisque notre imagination ne peut jamais devancer beaucoup la réalité , surtout envers un tel spectacle. Mais cette confiance générale ne saurait aucunement dispenser mon volume dynamique de démontrer spécialement cette opportunité actuelle, afin que mon volume pratique construise ensuite la foi universelle qui systématisera l'essor humain.