‹ Système de politique positive (volume 5)Chapitre 6 sur 20 · SIÉNATEUR DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

SIÉNATEUR DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Paria, le S iriitote 64 (aanedi 18 fifrrier ItSI).

Monsieur ,

En tensinant, au mois d'octobre dernier, le Coun philosophique tur Vhittoire fMràlt de tHumaniUt que je fais, depuis trois ans, d'après le programme cijoiftt, sous votre civique patronage, j'ai promis sa réouverture pour le premier dimanche d'avril prochain, selon ma coutume annuelle. Mais , avant de m^entendre verbalement avec vous à cet égard , je crois devoir vous adresser quelques édaircisMinents écrits sur le nouveau caractère que je veux imprimer à l'ensemble

UTI STSTklIl DE POLITIQUE POSHITE.

de M qvatriène eoiin, eonfonBémeiit à la sitoaUoB nowreUt d« Mtre République. Vous poQ?ei regarder celte lettre comme la somiBaire anticipé de Fexftfcation politique qui commencera mon prochain discoare d'oBYertare, dont la partie morale caraclérisera ensuite le régime final dirigé par la Religion 4eratmanité; tandis que sa terminaison philosophique indiquera l'esprit et le flan de U grande construction historique qui sert de base à cette détermination.

Noire dernière crise a fait , ce me semble , irrévocablement paieer la Répiblique française de la phase parlementaire , qui ne ponrait couTenir qu'à «m révolution négative , à la phase dictatoriale , seule adaptée à la révolutioa poii- U?e d'où résultera la terminaison graduelle de la maladie occidentale , d'aprèi une conciliation décisive entre Perdre et le progrès. Si même un trop videvi exercice de la dictature qui vient de surgir forçait à changer, avant le leiipa prévu , son principal organe , celte f&cheose nécessité ne rétablirait paa réellement la domination d'une assemblée quelconque , sauf peut-être pendant le eiwt intervalle qu'exigerait Tavénemeot exceptionnel d'un nouveau dicteteor.

D'après la théorie historique que j'ai fondée , l'ensemble du passé fraD{«fa tendit tonjours à faire prévaloir le pouvoir central. Cette disposition normale wtW/trait jamais cessé si ce pouvoir n'avait pas enfin pris un caractère rétrograde^ dèi la seconde moitié du règne de Louis XIV. De là provint, un siècle aprèa , l'entière abolition de la royauté française ; d'où la domination passagère de rvniqv» assemblée qui dut être vraiment populaire parmi nous. Son ascendant ne réivilâ même que de sa digne subordination envers l'énergique Comité surgi de son eeift pour diriger notre héroïque défense républicaine. Le besoin de remplacer Ift royauté par une vraie dictature se fit bientôt sentir, d'après la stérile anarehia que développait notre premier essai du régime constitutionnel. Malheureuiemeil cette indispensable dictature ne tarda point à prendre aussi une direction profondément rétrograde , en combinant l'asservissement de la France avec l'oppression de l'Europe. C'est uniquement par contraste à cette déplorable politique que l'opinion française permit ensuite le seul essai sérieux qui pût être tenté parmi nous d'un régime particulier à la situation anglaise. Il nous convenait si peu que , malgré les bienfaits de la paix occidentale, sa prépondérance officielle pendant une génération nous devint encore plus funeste que la tyrannie impériale; en faussant les esprits par l'habitude des sophismes constitutionnels, corrompant les cœurs d'après des mœurs vénales ou anarchique s , et dégradant les canetèrcs sous l'essor croissant des tactiques parlementaires.

Vu la fatale absence de toute véritable doctrine sociale, ce désastreux régime subsista, sous d'autres formes, après l'explosion républicaine de 1848. Cette nouvelle situation , qui garantit spontanément le progrès et tourna vers l'ordre toutes les graves sollicitudes, exigeait doublement l'ascendant normal du pouvoir central. Au contraire, on crut alors que l'élimination d'une vaine royauté devait su* citer le plein triomphe du pouvoir antagoniste. Tous ceux qui avaient activement participé au régime constitutionnel, dans le gouvernement, dans l'oppositieOi ou dans les conspirations, auraient dû être, il y a quatre ans, irrévocablement écartés de la scène politique , comme incapables ou indignes de diriger notre Ré-

ntfikcg DU TOMB miuiikifi. xrrn

félifie» Hait va afeugle eatrotneaiMl leur eonâa, de toitos farU , la aopié- Mtîe d'une coosUtaiioa qaixonsacrait directemeai Pomaipolenoe parlementaire. Le Tote nnÎTersel étendit même aux prolétaires les ravages iotellectaels et moitu de ce régime , bornés jusqu'^alors aux classes supérieures et moyennes. Ai lira de la prépondérance qu'il devait reprendre, le pouvoir central , qui perdait aiisilea prestiges d'inviolabilité et de perpétuité, gardait pourtant la nullité confdtotiottnelle qu'ils voilaient auparavant.

Réduit à une telle extrémité , ce pouvoir nécessaire vient heureusement da léagir avec énergie contre une intolérable situation , aussi désastreuse pour noua fu boalense pour lui. L'instinct populaire a laissé tomber sans défense un régiM aaarcbique. On sent de plus en plus, en France, que la constitutionnalité eei?ient seulement à une prétendue situation monarchique ; tandis que notre litutioa républicaine permet et exige la dictature. La plus sage des dix couaitotiens promulguées depuis 1789 vient d'ailleurs de régulariser, quoique toujoon empiriquement , cette dictature républicaine , en sorte qu'elle puisse se ■odifier paisiblement suivant les vraies exigences sociales et d'après les sainea liBjftres théoriques.

Celle nouvelle phase politique permet enfin d'élaborer directement la réorgaaiiilioB universelle. Auparavant, il n'y avait d'activement posée, pour Topinioa fvblique, que la question du progrès isolée de celle de Tordre , qui en constitfti pourtant la souche nécessaire , tant intellectuelle que sociale. Non moins irra« yoDoelle qu'immorale , une telle thèse ne pouvait convenir qu'aux parleurs , en écartant les penseurs comme les faiseurs. Une vaine métaphysique, se sentant incapable d'aborder sérieusement l'immense question de Tordre , avait mémo tenté de l'interdire , en imposant matériellement un respect légal pour les dogmes ré« TelQtionnaires que toute doctrine vraiment organique doit préalablement exclure. Mais cette indivisible question ayant enfin prévalu dans la situation républicaine, qui seule comporte et réclame sa pleine solution , rien ne peut plus empêcher son ascesdant croissant, si notre milieu social contient une doctrine vraiment propre à diriger une telle élaboration. Or, vous savez , Monsieur, mieux que personne, cenbien cette compétence appartient à la philosophie positive que j'ai construite.

fin terminant, il y a dix ans , mon ouvrage fondamental, j'y posai toutes lea Uses essentielles d'une politique vraiment historique où la conception de Tavenir reposait enfin sur Tapprécialion du passé , d'après une saine théorie de l'ensemble du mouvement humain. Mais elle ne pouvait activement surgir sans acquérir préalablement assez de précision pour s'appliquer à la présente transition occi* dentale , en réglant Tintercalation nécessaire entre le régime préparatoire de Thu- Binité et l'état définitif. Tel fut le principal objet de mon coucs public de 1847, que votre civique sollicitude honora d'une constante assiduité. Cette opération eenplémentaire fut alors exécutée autant que le permettait la situation monardique, en appliquant déjà ma devise fondamentale, Ordre et Progris» L'explôswn républicaine ayant. Tannée suivante, irrévo(;ablement dissipé les mensonges efieiels, je pus aussitôt développer, et même propager, cette nouvelle politique , OifirtettenI destinée déeormaii à diriger le mooyement occidental, en écartant

XXVni SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

sans retour tontes les autres doctrines , théologiqnes on métaphysiques , étant à la fois anarchiqnes et rétrogrades. Ce double essor caractérisa snrtoiit I0 cours annuel pour lequel vous m^avez si dignement procuré Pautorisation da pre-« mier gouvernement qai ait jusquMci respecté pleinement ma juste IndépeRdanee spirituelle, laborieusement conquise entin par une vie de dévouement.

Mais ce développement public et celte propagation directe de la politique positive devaient naturellement oiïrir deux pbases distinctes. En décomposant lês divers partis actuels , pour les absorber dans le vrai parti constructeur, le positivisme doit également rallier tous les dignes conservateurs qui ne sont pas essentiellement rétrogrades et tous les rôvolutioniiaires honnêtes qui ne sont pas radicalement anarcbiques. Néanmoins , ces deoi sortes de conversions ne sauraient être simultanées , sauf d^heureuses exceptions personnelles. En effet , les conservateurs doivent , en général , repousser instinctivement toute grande innovation , afin^ue leur état empirique ne les expose pointa accueillir des doGlriues vraiment nuisibles, qui pullulent aujourd'hui. Cependant une véritable réorganisation exige qo^on abandonne toutes les anciennes doctrines , dont rimpoissaoes ou le danger ont engendré Tanarchie actuelle. De là résulte, pour la philosophie régénératrice , Tobligation de s'adresser d'abord aux révolutionnaires , seuls disposés jusqoMci à changer radicalement leurs opinions , quand on peut asseï surmonter les préjugés métaphysiques qui leur sont propres. CVst donc sur eux que j'ai principalement dirigé mon action philosophique pendant les trois années qui viennent de s'écouler, dans une situation qui d'ailleurs inspirait à de tels esprits une activité prononcée , quoique trop souvent vicieuse. Vous connaissez déjà les succès profonds que Técole positive , malgré sa faible extension actuelle , a vraiment obtenus ainsi dans ce camp social. Je crois pourtant devoir les caractériser ici par un résultat décisif, propre à démontrer la suffisante efficacité de cette opération initiale, et Topportunité des efforts que je vais maintenant diriger sur l'autre camp.

Dans le discours fondamental qui, en 1848 , résuma , d'après mon cours de 1847, Pensemble du positivisme , je réduisis le contraste delà nouvelle école envers toutes les autres sectes rénovatrices à l'ordre suivant lequel s'y trouvent conçues et traitées les deux grandes questions occidenliiles, régénération de l'éducation et systématisation du travail. Les positivistes sont aujourd'hui les seuls qui» plaçant le problème spirituel avant la recherche temporelle , fondent la réorgapisation industrielle sur la rénovation intellectuelle et morale. Tous les autres réformateurs, malgré leurs innombrables divergences, s'accordent, au contraire, à régler immédiatement la société matérielle , sans avoir aucunement discipliné les opinions et les mœurs. Il serait superflu d'insister auprès de vous sur l'immense opposition de principes et do conduite qui résulte d'une telle transposition. En la rappelant ici , je ne veux que mieux mesurer les vraies conversions révolutionnaires , qui ne peuvent devenir assez complètes qu'en aboutissant à cette difficile rectiBcation. Or, ce grand résultat se trouve maintenant réalisé chez d'éminenls prolétaires , capables de le propager par leurs propres efforts , sans qu'une telle sollicitude doive m'absorber plus longtemps. Vous avez , en effet ,

Page 1