‹ Système de politique positive (volume 5)Chapitre 7 sur 20 · PRÉFACE DU TOME DEUXIÈME. XXIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TOME DEUXIÈME. XXIX

dignement apprécié , dans noire heureuse enlrevae da 98 novembre 1851 , Padmirable décision des anciens communistes lyonnais récemment convertis au poûUvisme. Malgré les sophismes métaphysiques de deux représentants en tournée aaarcbiqae, ils ont solennellement déclaré que îa régénératiùn morale dupeupU doit précéder ton affranchissement matériel.

Une telle efficacité permet , et même prescrit, à la saine philosophie et à la Traie religion , de diriger désormais leur principale attention sociale sur les conservateurs sincères. Elles peuvent maintenant surmonter ainsi leur répugnance empirique ; puisque dMrrécusables expériences constatent déjà Taptitude réelle du positivisme à discipliner radicalement les plus ardents révolutionnaires, en faisant accepter Tordre au nom du progrès. Je dois donc désormais développer surtout la seconde partie de ma mission sociale, faire dignement accepter le progrès au nom de Tordre, en m'adressant de préférence aux actives sollicitudes eoaservatrices. Tel sera le principal caractère de mon cours prochain , dans une situation qui procure enfin à la question d^ordre son ascendant normal. £n un temps où le progrès consiste surtout à construire, je puis espérer de le faire suffisamment apprécier comme le développement nécessaire de Tordre.

Malgré les discoureurs académiques, cet immense problème reste , sans doute, posé et conçu d'une manière trop étroite chez les dignes praticiens qui seuls le traitent sérieusement. Néanmoins, je dois aisément parvenir à lui procurer toute Peiteosiott convenable, diaprés sa nature éminemment synthétique. Ayant pu sur- DOfiler assez les préjugés révolutionnaires pour faire enfin comprendre Tintime soUéarité qui lie le progrès matériel au progrès moral sous Tentremise du progrès iatdlectuel , j^obtiendrai mieui une équivalente appréciation envers les trois modes correspondants de Tordre humain. Tous ceux qui sont sincèrement voués à maintenir Tordre matériel au milieu du désordre intellectuel et moral , sentent déjà que leur tâche deviendra bientôt insurmontable, si Ton ne poursuit pas convenablenent la réorganisation spirituelle. Cette conviction pousse même leur empirisme à invoquer socialement la religion catholique , qui semble aujourd'hui la sente source possible d'une telle discipline. Mais cet appel d^un désespoir indépendant de toute croyance sincère n'empêche jamais le sentiment secret de Timpnissance radicale d'une doctrine qui , depuis la tin du moyen âge , laisse de plus en plus dissoudre les opinions et les mœurs , sans pouvoir seulement éviter de eemprometlre tout ce qu'elle veut protéger.

La pratique, privée et publique, indique de plus en plus que Tétat de révolte où se trouve la raison moderne ne peut être surmonté que par une philosophie pleinement positive , seule capable d'établir aujourd'hui des convictions fixes et communes d'après de véritables démonstrations , et de substituer enfin la paisible détermination des devoirs à Torageuse discussion des droits. Mieux que les catholiques, les positivistes veulent irrévocablement écarter les influences métaphysiques, qui ne conduisent jamais qu'à des fluctuations indéfinies. Comme eu, B0U8 eulreprenons de ramener TOccident à une religion universelle, vraiment capable de régler et de rallier les esprits et les cœurs , et sans laquelle Patarehia moderne ne saurait trouver d'issue. En réclamant le libre essor de

leur doctrine avec la profonde TénératioD que noas inspirent ses «aeiens bienfaits, nous demandons, pour nous-mêmes, une équivalente liberté f mais eau attendre d'eux one semblable justice. C'est ensuite aux praticiens , pshlics et privés y qu'il appartiendra de choisir dignement entre les deux religioaSy d'après leur efficacité sociale , jugée par le raisonnement et l'observation.

Je dois ainsi compter que le gouvernement continuera d'accorder à most libre apostolat les facilités que méritent aujourd'hui tous les penseurs qui respeelent et secondent l'ordre matériel, seul objet essentiel des sollicitudes officielles. Auean concours de voles ne saurait conférer an pouvoir républicain la faculté de preserire ou de proscrire des opinions envers lesquelles ses commettants sent encore pks incompétents que lui-même. Son juste contrôle s'y borne donc à réprimer les prédications vraiment anarchiques. Mais, dans un milieu dégagé de tout fasatisme , ttn syslême qui consolide les diverses bases essentielles de la société sera toujours respecté temporellement , quoiqu'il prenne sur la terre le pmnt d'appei que le ciel ne fournit plus. La crise qui vient de faire heureusement prévaloir la question d'ordre et le pouvoir central doit même garantir davantage mon iadépcndance philosophique , en indiquant mieux ropporluoilé de la doctrine la fin propre à développer aujourd'hui le respect de Tordre et la condensation di pouvoir. En consacrant des autorités empiriques , au nom du passé et de l'aveoiri elle seule peut leur attirer une sincère vénération , que n'obtiendra jamais uao puissance purement matérielle , fondant l'obéissance sur la force , sans invoqner la raison ni inspirer l'amour.

Vous , Monsieur, qui , depuis trente ans, observez avec soin ma marche fiiiiosophique , vous savez que dès lors j'eus directement pour but avoné de reconstruire dignement le pouvoir spirituel, admirablement ébauché an moyen à^. Agissant seul sur les volontés , ce pouvoir peut seul sanctifier tous les antres ; tandis que ses vrais organes, même isolés et pauvres, peuvent, dans leur sphère légitime, surmonter toutes les puissances provenues du nombre ou de la richessSi parce que seuls ils représentent Tensemble de l'humanité. Mais sa reconstrecUon définitive, quoique exigeant une tête unique, devait successivement offrir deix parties très-distinctes, pour correspondre aux deux faces, l'une intelleotselle, l'autre morale , de la maladie occidentale , comme aux deux éléments , la foi et l'amour, de la religion qui la guérira. Les sentiments, malgré leur altération croissante , soutiennent seuls la société actuelle ; ils ne sont essentiellenent troublés que d'après la perturbation des idées. Ainsi , la maladie étant d'abord et surtout intellectuelle, je devais commencer par construire, avec les -bases scientifiques résultées de la préparation moderne , une philosophie capable de ramener l'Occident à des convictions systématiques, en faisant enfin prévaloir dignement, dans l'ordre positif, l'esprit d'ensemble sur l'esprit de détail. Tel fut, comme vous le savez, le but propre, et j'ose ajouter le résultat effectif, de l'ouvrage fondamental que j'achevai il y a dix ans, et dont tous les principes essentiels sont maintenant adoptés des vrais penseurs occidentaux , fort au delà même de mes premières espérances.

Mais y quoique la plus grande difficulté se trouvât ainsi sumoutdej «el tioH

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niUik pareiMAt préliminaire eDYers la destlDation sociale que j'avais toujours en Ttte. Il fallait ensuite constater que la neuf elle philosophie, qui réorganisait directenent les. idées modernes, pouvait compléter son office normal en oondiisiDt à fonder la seule religion capable de réorganiser aussi les sentiments correspondants, moteurs suprêmes de rexisteoce réelle. En un met, à la carrière d^Âiistote devait alors auceéder celle de Saint-Paul , sous peine d'avortement final de rincomparahle mission que j'avais d'abord osé m'attribuer.

Il est vrai que ma construction de la science sociale érigeait une forte discipline intelleetoelle , en démontrant les conditions, logiques et scientifiques, qu'exige iMte saine élaboratioa sociologique , dès lors rationnellement interdite , pour iieompètence prouvée , à la plupart de ceux qui s'en occupent aujourd'hui. Les iapalsioas pratiques se trouvaient aussi réglées , en représentant les phénomènes Ndau, quoique les plus modifiables de tous, comme naturellement assujettis à des lois immuables, sur lesquelles repose toujours l'ordre artificiel ; puisque l'iTêair que nous voulons préparer résulte essenUellemenl d'un passé que nous MpeavoAS jamais changer. Néanmoins, ce double résultat organique ne pouvait Mrs activement réalisé si la supériorité morale du positivisme n'était pas enfin ■iie au niveau de ;9a supériorité mentale. Car les conceptions rétrogrades et uanhiques restaient; encore en possession apparente du domaine de la moralité, oâ \m théologie mé^iâphysique semblait défier indéfiniment une science qui, surgie des plus simples idées , parut longtemps incapable de jamais aborder les plus BoUes sentiments.

Rifift M pouvait donc me dispenser de consacrer ma seconde carrière à ériger ispesitiviflme en doci.Tine vraiment complète, autant religieuse que philosophique^ anssi propre à toucher les cœurs qu'à diriger les esprits. Cette opération décisive firt pleinement caractérisée par mon cours de 1847, où j'acceptai directement Umt le programme catholique du moyen âge , en prouvant que la base positive y sitisfaisait mieux qu'aicune base théologique. Mais tous ceux qui connaissent le prauer volume , publié en juillet 1851 , de mon Syitéme de politique potiiive , savent aujourd'hui que ce cours fondamental résulta lui-même de la dédicace •leeplioAneUo que j'écrivis secrètement en 1846 , d'après une incomparable affection privée.

C'est seukment^ dans ce dernier état que le positivisme , devenu surtout moral et religieux, pouvait directement poursuivre sa destination sociale, en sortant enfin de l'enceinte philosophique pour pénétrer chez les prolétaires et les fbmmes. 0 institua dès lors une concurrence croissante envers le catholicisme quant à la reooastrnction do l'ordre occidental. Voilà ce qui procure une importance vrai- ■ent capitale à la libre exposition orale que vous avez si noblement protégée Jusqn'ick

Mais ce méma but m'impose en ce moment un nouveau soin pour préserver de teito atteinte temporelle l'indépendance spirituelle que j'ai dignement acquise. D'après les garanties décisives que j'ai de plus en plus données à la tranquillité pnblique, il m'appartient de décider seul ce que je dois dire et ce que je dois tain,.aijovdlMii oosmm ai|lBravant. Car 4e goavemraiient, en facilitant des

prédications qaMl juge inoff nsiyfs pour Tordre matériel et faTorables aa retour de Tordre morat^ se trouve d'ailleurs exempt de toute responsabilité spéciale envers mes opinions quelconques. Si la dernière crise l'entraînait à restreindre une exposition dont il est incapable d'apprécier Téconomie philosophique et religieuse, je devrais garder {irovisoirement un silence complet , plutôt que d'accepter une demi - liberté , qui nuirait davantage à mon pouvoir spirituel qu'elle ne pourrait seconder ma propagande actuelle. Mais l'heureuse expérience des trois années antérieures doit me préserver aujourd'hui de toute semblable inquiétude , quoique je dusse ici m'en expliquer spécialement, pour éviter toute méprise.

Loin de craindre que ce quatrième cours soit plus entravé que les précédentSy il tendra, j'espère , en attirant l'attention sérieuse des vrais conservateurs, à faire dignement cesser les restrictions générales que la dictature actuelle a cru devoir, dans rintérèt de l'ordre , apporter temporairement à la liberté ordinaire d'exposition ou du moins de discussion. En effet , cette mesure repose sur le danger spécial qu'offrent aujourd'hui les diverses utopies anarcbiques , dont les sophismes , quoique vaguement repoussés par l'instinct public, ne peuvent encore être réfutés d'après aucune doctrine officielle. Mais cette impuissance de toute philosophie théologique ou métaphysique trouve enfin une pleine compensation dans l'aptitude organique de la philosophie positive. En facilitant l'action de cette doctrine réparatrice, les hommes d'État peuvent donc laisser librement circuler des aberrations qui ne sont vraiment rectifiables que d'après une discussion décisive.

Pour achever de caractériser l'indépendance systématique qu'exige ma missioB, je dois, Monsieur, vous indiquer enfin l'attitude personnelle qui convient définitivement à mon office spirituel , afin de donner, au gouvernement comme au pubHC} une suffisante garantie de ma consécration exclusive au sacerdoce de l'Humanité.

Dans notre dernière entrevue , votre généreuse sollicitude daigna s'informer comment elle pourrait concourir à réparer dignement la coupable spoliation que les coteries polytechniques venaient de compléter envers moi. Je dois aujourd'hui vous répondre solennellement que le seul moyen consiste à propager convenablement parmi les conservateurs la noble souscription publique qui fut exceptionnellement instituée , il y a trois ans , pour neutraliser cette iniquité légale , de manière à permettre le paisible achèvement de ma grande construction.

Essentiellement émané jusqu'ici de sources révolutionnaires, ce libre subside annuel reste notablement inférieur encore au taux minime qui fut d'abord proclamé indispensable. Mais, depuis la récente propagation du positivisme aux États-Unis d'Amérique , quelques exemples éminents ont déjà prouvé que les vrais conservateurs pouvaient y participer. Car chez la plus anarcbique des populations occidentales, la religion positive est surtout invoquée au secours de l'ordre par des hommes d'Élat que l'impossibilité de recourir aux expédients militaires préserve spontanément de toute grave illusion sur la vraie nature du désordre moderne. Une telle disposition, quoique naturellement devant d'abord surgir là, se développera bientôt parmi nous, à mesure que la situation manifestera davan* tage le caractère de notre maladie sociale et l'insuffisance des médications actuelles. Si donc vous juges , Monsieur, que j'aie déjà rendu à la grande cause de

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Tordre occidental assez de seryices poar mériter ane telle récompense, j^ose tous demander ouyertement de déterminer» autant qu'il dépendra de tous, tous les conservateurs sincères et éclairés à seeonéaf uc soascription qui désormais constitue irrévocablement ma seule ressource matérielle. Les plus éminentes cotisations pourront toujours s'y mêler dignement aux moindres coilribotions prolétaires. Car Je ne verrai jamais , des deux parts, que des clients spirituels devenus me» patrons temporels.

La nouvelle assistance que Tordre retirera de mes divers travaux pourrait, il est vrai , décider le gouvernement à compenser enfin la spoliation polytechnique qn^ne vicieuse légalité le força, sous nos différents régimes, de me laisser subir. Mais , même dans ce cas , j*ai maintenant résolu de n'accepter jamais ni pension quelconque , ni poste officiel , même scientifique.

Dans leur aveugle acharnement , mes vils ennemis académiques m'ont graduelloMBt pouisé vers le mode d'existence qui convient le mieux à ma principale mission , dont les divers services resteront toujours gratuits. Le fondateur de la Religion de THumanité doit naturellement subsister d'après les libres cotisations aanueUes de tons ses adhérents sincères. Ce mode normal est d'abord le plus favorable au bon emploi du peu d'années de pleine vigueur cérébrale que je puis encore consacrer à mon office fondamental. Mais il doit aussi garantir mieux la complèteindépendaneesocialequ'exigemadestination. En un temps où la principale pertarbniien résulte de l'ambition politique des faux théoriciens, les gouvernements 6t les populations ont également besoin que la situation personnelle du nouveau ehef spirituel les rassure contre ses tendances anx usurpations ou aux concessions. Je dote donc , même au prix de quelques embarras matériels , conserver soignett* sèment Pattitude normale où je me trouve enfin conduit. Sans elle, je ne saurais obtenir tout l'ascendant moral qui m'est indispensable pour achever dignement la grande entreprise qui , dès ma jeunesse, devint, comme vous le saves, la desfi- Bitien eystématique de toute ma vie.

Quand vous aurez , Monsieur, suffisamment apprécié cette explication néees- Mire, j'espère que vous voudrez bien m'assigner, le plus prochainement possible, on entretien spécial sur la reprise de mon cours annuel. Si vous jugiez utile de esnmuBiquer ma lettre , je vous autorise d'avance à sa divulgation quelconque. Je cenpte d'ailleurs la joindre intégralement à la préface du nouveau volume que fespère publier au mois de juillet , le tome second de mon Système de poUHquê

Salut et Fraternité.

Auguste COMTE , (10, rue Moniiewr'h'Primê).

XXJXV SYSTÈME DE POUTIQUE POSITIVE.

4* La Reyue occidentale,

Oo Application eontlnne du posUlTisnM an oonn natarel dea étéDemanta hamalna , aceoniplla oa préToa, poor l'apprécUtioD ayatématique do mouTemeot intellectoel et aoclal, ches !«• elnq popalaliona aTancéea, françaiae, italleaoe, eapagnole, Kermanlqoe, et britanntqae, qil conpoaent , depah Cbarlemaf ne , la grande République occidentale. Poblleatlon triase»» trieile C "<> cooimenceœeot de cbaqae aaiaon ) , fondée et dirifée par Angnate Cohtb , tatew du Syitème de philoMophie positive et du Syitéme de politique poiitive.

PAiia. Le premier cahier de la Revue occidentale paraîtra an commencemrat de l*liif«r prochain , al le projet aairant eat aasea tôt réaltaé.

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