RÉDACTEUR DU ‘“ CANADIEN
Première lettre publiée dans le CANADIEN du 8 mai 1875.
Communication par le Télégraphe avec le centre du Golfe St. Laurent.
Monsizur,
Les appréhensions et l'anxiété toujours nouvelles causées par le retard inexplicable de six steamers, qui sont actuellement dans le Golfe St. Laurent, depuis dix à douze jours, et dont nous n'avons aucune nouvelle, m'ont déterminé à venir vous demander de mettre à ma disposition les colonnes de votre journal.
Il n’est que trop vrai qu’il se trouve, à l'heure qu'il est, daus le Golfe St. Laurent six steamers. ayant à leur bord plusieurs milliers de passagers, et valant, y compris leurs cargaisons, plusieurs millions de piastres, privés de tout secours depuis une quinsaine de jours. Mais le plus pénible, est que nous ne pouvons en avoir de nouvelles, avant qu'ils aient traversé le Golfe, sur un parcours d'environ 200 milles, et pénétré dans le fleuve St. Laurent où les stations télégraphiques du Cap-Rosier et de la Rivière au Renard péuvent notis faite parvenir âes télégrammes.
Qu'ést-ce: qui ‘emipéché® ces steamiers’ de traverser le golfe ? Ce sont certainement des champs de glace, et non pas des banquises, parce qu’on ne rencontre pas de ces dernières au sud de l'Ile d’Anticosti.
Il est donc probable que ces steamers sont pris dans les glaces, qu'ils ne peuvent, en aucune sorte, en sortir, jusqu’à ce que le dégel, un vent favorable ou des ras de marée, aient fait disperser la glace de manière à leur ouvrir un passage.
Quant à leur sûreté, si les capitaines de ces steamers ont pris les précautions ordinaires, je n’éprouve aucun sujet de crainte, car ainsi couverte par les glaces, la mer est aussi paisible que les eaux d’un étang.
Je m’appuie, pour établir la véracité de ce que j’avance, moins sur les observations que j'ai faites, lorsque je fus entouré par les glaces à bord du Napoléon IIT, près des Iles de la Madeleine, et en traversant le détroit de Belle-Ile, que sur les informa- “tions recueillies de la bouche des capitaines des Iles de la Ma-