RÉDACTEUR DU '* CANADIEN
Prfrnih-r htfvf fuhîiff (fntis le rANAPIKN du 8 mni iSyi.
Communication par le Télégraphe avec le centre du
Golfe St. Laurent.
Monsiedh,
Los .'ippi'éhensions pI l'anxiôté toujours nouvelles c.'iusiM^s par le relard inexplicable de six steamers, qui soûl actuellement dans le Golfe St. Laurent, depuis dix à douze jours, et dont nous n'avons aucune nouvelle, m'ont déterminé à venir vous demander de mettre à ma disposition les colonnes de votre journal.
Il n'est que trop vrai qu'il se trouve, à l'heure qu'il est, dans le Golfe St. Laurent six steamers, ayant à leur bord plusieurs milliers de passagers, et valant, y compris leurs cargaisons, plusieurs millions de piastres, privés de tout secours depuis une quinzaine de jours. Mais le plus pénible, est que nous ne pouvons en avoir de nouvelles, avant qu'ils aient traversé le GoUo, sur \\\\ parcours d'environ 200 milles, et pénétré dans le ileuve St. Laurent où les stations télégraphiques du Cap-Rosier et de la Rivière au Renard peuvent nous faire parvenir des télégrammes.
Qu'est-ce qui empêche ces steamers de traverser le golfe ? Ce sont certainement des champs de glace, et non pas des banquises, parce qu'on ne rencontre pas de ces dernières au sud de l'Ile d'Anticosti.
Il est donc probable que ces steamers sont pris dans les glaces, qu'ils ne peuvent, en aucune sorte, en sortir, jus(iu'à ce que le dégel, un vent favoi'able ou des i-as de marée, aient lait dispei'ser la gla(*e de manière à leur ouvrir un passage.
Quant à leur sûreté, si les capitaines de ces steamers ont pris les précautions ordinaires, je n'éprouve aucun sujet de ('rainte, car ainsi couverte par les glaces, la mer est aussi paisible que les eaux d'un étang.
Je m'appuie, pour établu* la véracité de ce (jue j" avance, moins sur les observations que j'ai faites, lorsque je fus entouré par les glaces à bord du Napoléon IIJ^ près des Iles de la Madeleine, et en traversant le détroit de Belle-Ile, que sur les informations recueillies de la bouche des capitaines des Iles de la Ma-
deleine. de la Pointe des Esquimaux et du côté nord de Natasqiian, qui se livrent à la chasse du loup-marin dans les glaces et avec lesquels j'ai eu roccasion de faire connaissance.
Je me suis très-souvent rencontré avec eux, depuis bientôt 23 ans et je me suis toujours intéressé à recueillir tous les renseignements et toutes les informations possibles au sujet du mouvement de la glace dans le golfe, en automne, en hiver et au printemps.
Nous savons comment ces hardis pêcheurs quittent leurs ports respectifs au mois de mars, avec des goélettes de *25 à 60 tonneaux (dont quelques-unes sont vieilles et peu solides! et sillonnent le golfe en tous sens, à travers les glaces, en quête de loui>s-marins. Chose remarquable, il est bien rare qu'il leur arrive des accidents. Mais il faut dire pourtant que souvent ils sont entraînés avec elles pendant des semaines entières et sont alors dans F impossibilité de se mouvoir en aucune sorte. C'est de cette population de hardis marins qu'il faudrait s'enijuérir pour savoir si la navigation du golfe, considérée comme entreprise commerciale, est possible.
Maintenu nt j';i borde le point important de ma correspondance ; j"ai dit (ju'il était impossible, dans l'état présent des choses, de recevoir aucune nouvelle des steamers transatlantiques, avant qu'ils eussent traversé le golfe et fussent arrivés à proximité du Cap-Rosier, ou de la Rivière-au-Renard. Mais il pourrait en être autrement pour l'avantage du pays. Nous avons presqu' au milieu du golfe, et justement située en face de sa principale entrée, ce que j'ajipellcrai une guérite, où se trouvent toujours de vigilantes sentinelles. Ces sentinelles ont vu les steamers en question, peut-être les voient-ils à l'instant où j'écris. Ils savent en quel état sont les glaces qui les environnent et qui les captivent. Ils savent s'il y a moyen de leur porter secours. De cet endroit ils voient la glace se former dans le golfe et se mouvoir en tous sens. Ils savent quand elles commencent à disparaître ou quand un steamer peut traverser le golfe sans danger.
Kt ces renseignements que des milliers d'intéressés, tant de ce côté que sur l'autre rive de T Atlantique, voudraient posséder, ces renseignements qui sont d'une importance capitale pour nous, elles ne peuvent pas nous les connnuniquer. Une infranchissable barrière s'y oppose. Pendant six mois de l'année, toute communication entre ces sentinelles et le continent se trouve interceptée. Cette guérite dont je parle est Tlle aux Oiseaux, et les sentmelles
ce sont los trois hommes qui <;ard(>nl le plian» érii^é sur ces rochers. Mais ne pourrail-ou pas Itouvcm- un uKntMi (jui permettrait à ces trois hommes qui se trouvent pour ainsi dire perchés à 140 pieds au-dessus <hi niveau de la mer, de nous faire [)arl de hMii-s informations ?
Chaque jour, lorsque le temps n'est chargé d'nucun hrouillard, leur regard peut eml)rasser une étendue de 1.") à 25 milles. Moi même du haut de ces rochers, j'ai emhrassé d'un coup d'œil une distance aussi considérable. De ce poste avancé, l'on peut sigiuiler les neuf-dixième des stecuners et la moitié des vaisseaux en desti nation de Québec et de Montréal, d'autant plus que ces RocIum-s aux Oiseaux se trouvent sur la route suivie par les navires. E\\ bien ! pour ces observateurs, serait-il possible de nous communiquer les informations si importantes pour notre navigation? Je réponds sans hésitation, oui; j'ai déjà parlé à plusieurs du projet que je suggère, et ce projet se rattache à un système de télégraphie qui, je le crois, devrait-être organisé le long de toutes nos côtes, et suppléer par là même à de graves lacunes dans notre système de communication par télégraphe.
Ce système est des plus simples et des pins faciles comme chacun pourra s'en convaincre. Mais il ne faut pas se le dissimuler, les entreprises les plus simples, sont souvent celles qu'il est le plus difficile de faire exécuter par le gouvernement.
L'Ile aux Oiseaux, comme je l'ai dit, est située vers le milieu du golfe. Elle se trouve à 17 milles de la pointe est des Isles de la Madeleine, presque dans une direction sud-ouest ; les Iles Madeleines ayant 3G milles de longueur, se trouvent dans la même direction ; et de l'Ile Amherst, l'ile la plus méridionale du groupe, à la côte nord de l'Ile du Prince Edouard, il y a seulement 45 milles.
Eh bien! submergeons un cable sous-marin entre l'Ile du Prince Edouard et l'Ile Amherst, faisons traverser les Iles de la Madeleine par une ligne télégraphique, à laquelle les habitants de la localité contribueront pour une large part, j'en suis sijr : réunissons les Iles de la Madeleine à l'Ile des oiseaux par un second câble sous-marin, et vous aure? ces trois vigilantes sentinelles en constante communication av<'C nous, et avec tout le continent, printemps, été, automne, hiver.
Vous sauriez, par ce moyen, quand l'entrée du golfe est pas-
sable'pour les steamers, au printemps. Ce projet est d'autant plus facile a mettre à exécution qu'il se trouve partout des rivages favorables au placement d'un câble et le fond de la mer, sur lequel le cable devra reposer, se trouve être d'une moyenne profondeur, et a l'avantage de n'être pas rocailleux.
Avec une telle ligne télégraphique, non seulement nous connaîtrions l'état de la glace dans le golfe, mais nous saurions aussi où sont ces steamers transatlantiques, pour la sûreté desquels l'on craint tant en ce moment, et comment et où l'on pourrait leur porter secours si la chose était nécessaire.
Cette ligue télégraphique ne nous serait pas seulement utile pour cette circonstance, elle serait d'un grand secours à notre marine et à nos pêcheries. De plus, la population si importante des Iles de la Madeleine, qui contribue pour beaucoup au com merce et au revenu de la Province, et qui, pendant six mois de l'année, se trouve complètement privée de communications avec le reste du continent, retirerait de grands avantages de cette amélioration. D'ailleurs, elle mérite cette marque d'attention de notre part. Faisons donc enfin, ce qu'à notre place tous les autres pays auraient fait depuis longtemps. Imitons la Norwége, un pays qui pourtant ne dispose pas de plus de nssources que nous. Non seulement elle a entouré toutes ses côtes maritimes, jusqu'à 71 de latitude nord, à Hammerfest, le port de quelque importance le plus septentrional qui existe, d'une ligne télégraphique, mais cette voie de communication s'étend jusqu'au Cap Nord, dans la Finlande et va al)outir à la mer Blanche.
Non seulement le télégraphe est posé à toutes stations ordinaires ou sémaphoriques bâties sur cette vaste ligne, mais on le trouve encore sur les points les plus avancés de la côte et jusqu'aux fameuses Iles Loffoden, place renommée pour ses pêcheries de morue. Le télégraphe a été établi là dans l'unique but de favoriser cette .branche d'industrie.
Ne pouvons-nous pas faire autant que la Norwége ? Nous faisons beaucoup d' améliorations dans ce pays, je l'avoue, mais pour la plupart, ces améliorations sont faites dans l'ouest. Tournons notre attention du côté de l'Est, nous, la véritable population maritime de la Province de Québec ; la richesse est là ! si nous avons le souci de l'aller chercher
J'ai déposé au Bureau de T Echange une carte télégraphique de la Norwége, qui montre d'un coup dVeil tout le système télégraphi(iue de ce pays.
Me suis-je exprimé clain meut ?
Je l'espère.
Nfettons nous donc à l'œuvre sans retard, ne perdons pis !e temps en discussions bien souvent inutiles dans des essais de projet dont l'utilité pratique est contestable.
Maintenant disons quelques mots relativement au coût de l'entreprise.
Suivant les données de personnes compétentes, les frais d'installation de cette ligne télégraphique pourraient s'élever à $40, OOU, et la prouK^sse d'un subside de 4 à 5,000 piastres pendant un certain nombre d'années, avec l'entente que les vapeurs du gouvernement aideraient à entretenir la ligue, pourrait, j'en suis sûr, déterminer une compagnie à entreprendre l'exécution de ce projet.
Les profits de la Compagnie du Télégraphe aux Tsles de la Madeleine seraient considérables, vu que les marchands, les négociants, les pécheurs auront besoin très souvent, en hiver particulièrement, decomniîiuiquer avec leurs correspondants d' Ha iiiïix, de Pictou et de Québec. Les équipages des vaisseaux de pèche, au nombre de 1000 à 1500 venant des provinces maritimes et des Etats-Unis, donneraient, pendant la saison de la navigation, un emploi quotidien aux différentes stations érigées aux Tsles de la Madeleine pour l'usage des pêcheries et de la navigation.
Ne perdons pas de vue l'importance des télégraphes maritimes, tant pour ce qui concerne la sûreté des personnes que pour la conservation de la prox)riété. N'oublions pas que le Delta^ l'un des plus beaux steamers, de la valeur de $350,000 y compris sa cargaison, est échoué sur la côte, près de Cap Chatte, et en perdition, et qu'avec un télégraplie maritime, pour quelques piastres de dépêches envoyées à Québec, on lui aurait donné à temps
l'assistance nécessaire et le steamer aurait été sauvé. <
Je m'appuie sur l'autorité de M. George Davie pour citer un
tel fait et j'ai déjà fait connaître comment, si nous avions eu un
télégraphe maritime à la Ri vière-au Renard, en 1870, la barque
Eléonore eût été sauvée.
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Le sauvetage d'un seul de ces vê
que le coiit de ce télégraphp.
aisseaux suffirait à payer plus