‹ Système dentaire des mammifères et des oiseaux: sous le point de vue de la composition et de laChapitre 21 sur 22 · NEUVIÈME NOTE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME NOTE

(Voyez page 35.)

Sur des blocs de dents réunies pathologiquement , observés

chez r homme et sur le cheval.

M. le docteur Oudet, membre de l'Académie royale de médecine j l'uu des chirurgiens dentistes en grande réputation dans la capitale, fit, étant en 1 809 élève interne des hdpitmix, à un homme de trente a^is l'extraction d'un bloc dentaire qu'il détacha du maxillaire inférieur en arrière de la canine droite. Cette masse , sur laquelle M. Oudet présenta un mémoire , donna lieu à un rapport dans le sein de la société de la Faculté de médecine, et à une discussion dans ses Bulletins. (Voyez BuUetùis de la Faculté de médecine de Paris et

de la société établie dans son sein, 1821 ^ n« i , pag. 369.) £n considérant le bloc en question , que nous avons fait représenter ( pi. ly fig. 18) , comme une masse de dents agglomérées , on en prendra , je crois , une idée plus vraie que celle qu'en donne le rapport de MM. les commissaires de cette ancienne société. Car, 1° considérer cette masse comme un cas d'exostose , c'est iui rendre propres toutes les explications physiologiques qui ne conviennent qu'à des dépendances du système osseux : nous les rejetons au contraire dans le cas présent^ où il n'est réellement question que d'une matière pierreuse, vitrifiée et entièrement étrangère à toute opération organique ; 2^ puis , attribuer les parties de cette masse à des moitiés de couronne d'incisives et de canines, ce serait aussi méconnaître utie des règles les plus certaines des sciences naturelles , le principe des connexions •Jjb. masse dentaire 3 en raison de la place qu'elle occupait, paraît avoir été formée avec les parties élémentaires des petites molaires. L'influence pathologique n'aura eu d'autre résultat que de rassembler en une masse informe des éléments dentaires qui, sans ce désordre, se fussent groupés parallèlement ensemble. Ce n'est donc qu'à cause du défaut de cette association régulière que nous voyons dans la masse figurée n° 18 tous les éléments des dents molaires ramenés , quant à leur groupement, à la condition d'une dent solitaire , et , quant à leur forme , à des apparences de dents incisives et de dents canines. Il suit, de ce que nous avons développé dans tout le / cours de cet écrit, que ces formes sont naturellement reproduites les mêmes, en vertu de l'isolement de chaque élément, puisque toutes les autres apparences qui caractérisent les molaires ne leur viennent que du mode de leur agglomération. Cette pièce pathologique , qui est fort rare et qui est d'un si grand intérêt pour la science , appartient à M. Miel , qui a bien voulu me permettre d'en disposer.

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M. le docteur Emmanuel Rousseau , employé dans les travaux d'anatomie du Jardin du Roi , a préparé pour nos collections anatomiques le maxillaire supérieur d'un cheval âgé de deux ans. Ce sujet avait sa quatriéihe molaire dans le cas de la masse dentaire dont nous venons de parler. Le volume de cette molaire est considérable ; sa partie centrale est évidée et tuberculeuse ; les lames du principal noyau ont acquis une épaisseur et une densité d*ivoire ; et plusieurs des éléments dentaires sont irrégulièrement rejetés et soudés en différents sens sur les flancs de la masse principale. J'ai fait scier cette dent, et sa coupe m'a vivement intéressé^ par sa ressemblance avec celle de certains rochers à lames épaisses , denses et réellement éburnées. Ce serait trop sortir du sujet général de cet opuscule que de donner ici les conséquences de pareils rapports.

Le même docteur en médecine, M. Rousseau, possède une dent de cheval isolée, aplatie, et ^ d'un décimètre dans sa plus grande largeur : elle reproduit beaucoup mieux encore que la précédente le fait représenté fig, 18. J'ai compté jusqu'à quatre-vingts petits et moyens sommets annonçant au<^ tant d'éléments dentaires : ils sont accumulés en tous sens , c'est une confusion inextricable.

Je répète souvent, et peut-être qu'à force de me l'entendre dire, quelques personnes y donneront enfin attention; je répète souvent qu'il n'est guère de cas pathologiques , de cas de monstruosités , dont on ne retrouve les combinaisons bizarres dans quelques espèces , et y devenant des cas réguliers. Cela est en effet 9 eu égard au bloc monstrueux que nous avons figuré n? 18; la dernière molaire des cochons, principalement celle de leur mâchoire supérieure , est en tous points une répétition parfaite de ce bloc détaché d'une mâchoire humaine. Cette dernière molaire des cochons (Voy . pi. III , hg. 5) est également formée par un amas fort

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irrëguHer d'ëlëments dentaires , grands , moyens et petits : àticun ne se répète sur les côtés , aux extrëmitës ou dans le centre. Ces blocs sont plus sdongës chez le cochon et plus ramasses en poire dans le cas monstrueux, objet du n^ i8. Or c'est ei^ quoi seulement consiste la différence des deux pièces. Les dents molaires du cochon peuvent former un morceau intëressanl de cabinet : il est à la portée de tout le monde»

Le même article des Bulletins de l'ancienne sociëtë de mé> decine rapporte encore, comme un cas d'exostose, un autre &it de dents agglomërëes , que M. le docteur Oudet avait également présenté à cette société. L'objet de cette communication , qui est en la possession de cet habile dentiste , m'a été par lui confié: j'en donne, avec son agrément, une repré- -■ sentation , pi. II , fig. 2 , 5 et 4'

Cette pièce est justement signalée , dans le rapport des commissaires , comme un morceau unique dans son genre : cependant , sous le point de vue qui m'occupe , elle ne fait que reproduire le fait dont j'ai traité page 53. Ce sont deux dents soudées ensemble , à la vérité dans une condition si nouvelle et si singulière , que je ne suis point surpris qu'on ait méconnu cette circonstance , et qu'on ait attribué ce fait d'association à un cas d'exostose.

Les deux dents sont situées verticalement, l'une sur l'autre: celle dans la condition normale s'est naturellefnent portée au dehors de l'alvéole, l'autre n'en a pas quitté le fond. L'externe ou la normale occupait à la mâchoire inférieure la place d'une troisième molaire : elle se conserva saine chez un sujet du sexe féminin âgé de 60 ans. L'anomalie vint d'une semblable dent, qui se développa au-dessous et qui fut privée d'une issue pour se produire extérieurement. Ainsi l'une des dents était et resta régulière ; et, en eflPet, ce n'est que fort tardivement que ses racines , encore nettement visibles (lelt. a et b , fig. 2) , furent atteintes et en partie enveloppées. La

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dent logée profondément fut donc une production récente : tenue à se creuser une sorte de lit> elle eut à vaincre la résistance des parois de son alvéole. Ainsi cette production n'occasiona pas un état maladif par perte de substance ou par carie qui eût vicié quelque organe. Ce cas, sans doute unique dans les fastes de la science , fut causé par un sur-développe> ment qui laissa en repos l'ancienne dent; mais cette superfétation engendra une douleur d'un caractère inconnu jusqu'alors, une douleur atroce, puisqu'elle fut continue et progressive. La dent extérieure était restée saine; ce qui fit qu'on refusa plusieurs fois de l'extraire.

Il est évident que la grosse tubérosité du bloc est une seconde dent, qui, dans, la lutte d'elle s'agrandissant et des parois alvéolaires y opposant de la résistance , aura pris une forme sphéroïdale: elle montre, vers l'un des côtés (lett. Cj dj Cj/'j fig. 5), un sommet formé de quatre chapiteaux, et, plus bas ( lett. gyh,) j une gorge qui répond au collet d'une dent. Au côté opposé ( lett. /, fig. 4 ) > est au contraire une bosselure avec un point saillant dans le centre, s'annonçant comme le rudiment des racines. La résistance des parois aura porté la substance sécrétée ou transsudée à pénétrer plus avant et plus intimement , de manière à augmenter de plus en plus la densité du corps dentaire, dont une coupe ( fig. 6 ) se montre en effet sous l'aspect de l'ivoire le plus compacte.

Entre les deux dents , est une toute autre substance transparente vitreuse , moins dense , d'un blanc bleuâtre, et si semblable enfin avec la partie cémenteuse ou corticale , ou^ autrement, avec le crusta petrosa, qui réunit les lamelles dentaires des éléphants , que ce sont ces caractères qui m'ont d'abord mis sur la voie, et qui m'ont fait démêler cette agglomération dentaire.

Au résumé, voilà un autre fait de dents soudées ensemble ; mais ce cas ofiVe un plus grand intérêt , puisqu'il nous donne

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à connaître une soudure exerçant son action verticalement. C'est un fait à répandre une ^ve lumière sur certaines formations normales de dents composées chez les mammifères. Je tirerai parti de cette observation quand, m'occupant de la formation des dents des mammifères, j'en viendrai à exposer celle des dents les plus compliquées, dents doublement composées, comme celles, par exemple, des rhinocéros, des hippopotames, et de tous les vrais pachydermes ; réserve qui exclut l'éléphant, aussi différent des pachydermes par la forme de ses molaires , dents simplement composées , que par tous ses autres principaux caractères.

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