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CONCLUSION DU LIVRE SECOND

Nous venons de montrer que le crédit est né parmi les nations modernes des progrès de la civilisation , de la richesse publique et de la bonne foi des gouvernements, que son existence ne se

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prolonge et ne se fortifie que par la confiance des peuples, enfin qu'il a pour base et pour mobile les espérances de l'avenir bien plus encore que les réalités du présent. Car ce n'est pas seulement sur la situation toujours si variable du Trésor ni sur des gages matériels que se fondent la sécurité des capitalistes et les conditions des emprunts; c'est plutôt sur la sagesse de la politique générale, sur la force des institutions, sur la droiture et la fixité des principes du pouvoir, sur le contrôle et la publicité des finances, c'est-à-dire sur toutes les causes morales de la puissance et de la durée des empires , que se mesurent la valeur de leurs promesses et la fidélité de leurs engagements.

Nous avons longtemps payé très-cher les désordres et les violences des mesures fiscales et des dissensions politiques : ce n'est qu'après avoir brisé cette double chaîne de l'ignorance et de la barbarie que nous sommes parvenus, au milieu même des circonstances les plus difficiles, à conquérir les secours et la protection du crédit. Il a soldé l'arriéré de l'Empire et la rançon du pays a l'étranger; il a pourvu aux expéditions d'Espagne et de Morée, et dégrevé le sol français d'une spoliation révolutionnaire qui pesait autant sur le Trésor que sur la conscience publique ; il a supporté les charges extraordinaires des événements

de 1 830, et rendu le mouvement aux classes laborieuses en élevant d'utiles monuments à la civilisation.

Ne perdons jamais la mémoire ni les fruits de ces grands services; conservons-les aux générations qui nous succèdent par la prévoyance de notre politique et par la loyauté de notre administration ; respectons aussi jusque dans les formes de notre libération envers les créanciers de l'État, les règles de justice qui nous ont déjà fait mériter leur confiance de prêteurs.

C'est avec l'espérance de remplir toutes ces conditions de la prospérité future de notre crédit, que nous avons soumis à l'opinion publique des propositions nouvelles sur le remboursement ou la conversion du fonds de 5 pour 1 00. On remarquera que nos idées s'écartent des projets de loi qui ont été plusieurs fois rejetés par la législature, sans doute parce qu'ils menaçaient les rentiers de l'injuste et dangereuse contrainte du remboursement partiel de leurs capitaux et qu'ils leur offraient, avec une égale imprudence, des différences élevées sur le cours de leurs nouveaux titres que l'agiotage seul était habile à comprendre et à réaliser.

On ne doit jamais tenter d'arracher par la force ou par la surprise aux rentiers effrayés des formes

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<.oacti ves du Trésor, les bénéfices apparents d'une conversion prématurée. Les actes du Gouvernement, en tout ce qui affecte le crédit, doivent être empreints d^un esprit de modération et de franchise qui le défende contre la méfiance attachée à l'audace , à l'artifice et à la cupidité d'un spéculateur ; il ne saurait se jeter lui-même ni précipiter ses anciens préteurs dans les hasards de la hausse et de la baisse des fonds publics , pour ressusciter avec trop d'énergie le jeu de l'amortissement qui perdrait alors tous les bienfaits de son action régulière et sagement libératrice.

Tels seraient cependant les pernicieux effets de la concession d'une prime considérable de capital , d'une sorte de pont d'or, comme on n'a pas craint de le déclarer, que l'on voudrait présenter à des propriétaires d'effets publics qui n'ont cherché et qui ne désirent pour le placement de leurs épargnes presque immobilisées dans le 5 pour 1 00 , que le revenu net des semestres sur lequel repose le bien-être de leur existence. N'est-il pas dès lors évident qu'en leur proposant un fonds au-dessous du pair et à bas intérêt avec l'accroissement éventuel du capital on augmente le sacrifice d'arrérages que la conversion leur imposerait, sans leur assurer une compensation

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qui réponde à leurs besoins. Car dans une opéra^ tien qui devrait être entourée de tous les ménagements de l'équité et de toutes les précautions de la prudence, le Gouvernement exigerait une diminution exorbitante d'intérêts de tous ceux qui n'oseraient pas abandonner le grand-livre , et provoquerait à l'égard des autres, avec une témérité inexcusable, le déclassement et la baisse de ses propres valeurs, en créant , par le mécontentement général , un grand nombre de dissidents empressés de porter leurs offres de ventes à la Bourse ou leurs demandes de remboursements au Trésor. L'État ne saurait adopter une combinaison aussi fatale au crédit public , puisqu'elle accuserait presque autant ses intentions que sa prévoyance. Nous persistons donc à penser qu'il doit se borner, pour assurer un succès prompt et durable à une opération de finances aussi délicate que le remboursement ou la conversion des 5 pour 1 00, à proposer, à l'arbitrage des intérêts privés , un simple échange de rentes au pair, et à faire accepter ainsi , sans résistance , par la conscience publique , les conséquences manifestes de la loi commune du temps qui atténue la valeur et le loyer des capitaux mobiliers , pour le Trésor, comme pour tous les autres emprunteurs.

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