TROISIÈME PARTIE
Effets de la suppression globale de l’innervation sur la continuation de la régénération des membres.
Dans la première partie de ce travail, destinée à étudier les effets de la suppression de l’innervation sur la mise en train des phénomènes régénératifs, j’ai pu obtenir des résultats d’une précision très grande, montrant le rapport existant entre la présence ou le rétablissement de l’innervation et le déclanchement de la régénération.
Il était dès lors intéressant de savoir si la nécessité de l’innervation se ferait sentir de la même manière, non plus sur la mise en train de la régénération, mais sur la continuation de ce processus. Il fallait établir si la suppression de l’innervation de pattes, dont la régénération était plus ou moins avancée, permettait la continuation du phénomène et dans quelle mesure. Il était également intéressant de rechercher si les différents stades d’évolution des régénérats se comporteraient identiquement après la suppression de l’innervation.
La seule méthode utilisée a été la méthode A, consistant en une mise à nu du plexus par ouverture de la région sous-scapulaire et résection du plexus brachial gauche suivant ab~a'b'.
Pour suivre efficacement les résultats de l’opération, il était indispensable, cette fois, de faire des dessins des pattes au moment même de l’ablation du plexus et ceci tant pour la patte à opérer que pour la patte témoin. Je ne me suis jamais départi de cette règle. Les dessins furent répétés tous les 15 jours et naturellement exécutés, comme toujours, à la chambre claire. Il va sans dire que la position des pattes pendant les dessins n’était pas toujours identiquement la même et c’est ainsi que s’expliquent quelques cas
RÉGÉ^ÉRATION CHEZ LE TRITON
OÙ il est malaisé de reconnaître, dans deux dessins successifs, qu’il s’agit vraiment des pattes d’un même individu.
Le choix du moment de la suppression de Vinnervation pouvait être fait de deux manières: on pouvait opérer un nombre défini de jours après l’amputation, ou, au contraire, choisir des stades définis du régénérât. Dans mes opérations, qui toutes ont été effectuées en 1921, j’ai adopté la première méthode, c’est-à-dire que j’ai supprimé l’innervation à des pattes qui avaient subi une amputation 10, 20, 40, 60 ou 80 jours auparavant.
Le comportement des divers individus privés de leur innervation le même nombre de jours après l’amputation s’est cependant montré, en raison des différences individuelles dans l’état d’évolution du régénérât au moment de l’opération nerveuse, assez variable au sein d’une même série.
Aussi, m’a-t-il semblé préférable de choisir, pour l’exposé des résultats des séries qui vont suivre, la deuxième méthode. Je distinguerai ainsi les séries suivantes, classées d’après l’état des régénérats au moment de la résection des nerfs Opérations sur a) régénérats indiscernables macroscopiquement;
série G I.
» » b) jeunes bourgeons de régénération; série G II.
)) )) c) bourgeons de régénération âgés; série G III.
» d) palette de régénération non différenciée;
série G IV.
» » e) palette de régénération différenciée; série G V.
« » /) régénérats à doigts individualisés; série G VL
Dans chaque cas, l’âge du régénérât sera naturellement indiqué aussi, car en dehors de l’état de régénération de la patte opérée, l’âge du régénérât est un facteur qui influe sensiblement sur la marche ultérieure des phénomènes.
§ 1. Série C L Suppression de Vinnervation au stade où le régénérât est macroscopiquement indécelable.
8 Triton cristatus^ amputés le 14 juillet des pattes antérieures suivant AB, subissent la résection du plexus brachial gauche
1 La variabilité dans la vitesse de régénération des deux côtés d’un même individu m’a obligé à ne prendre en considération, pour le choix du stade du régénérât, que l’état de celui du côté gauche.
O. SGHOTTE
suivant ab et a'b' (voir fig. 13), le 24 juillet, c’est-à-dire dix jours après l’amputation. Au moment de l’ablation du plexus, les deux pattes, bien que recouvertes d’un jeune épithélium cicatriciel, ne présentent pas encore de bourgeon de régénération discernable à l’œil nu, ni à la loupe binoculaire. Cependant, les recherches histologiques (Fraisse) ont montré que, dix jours après l’amputation, la prolifération du nouveau matériel a déjà débuté. En supprimant l’innervation à cette époque, il s’agit donc bien d’une interruption de l’innervation sur une régénération déjà commencée.
Dix jours après la résection du plexus gauche (20 jours après l’amputation), les pattes témoins à innervation intacte présentent, dans presque tous les cas, des jeunes bourgeons de régénération; ceux-ci s’observent, sans exception, chez tous les individus cinq jours plus tard.
Du côté opéré, par contre, on observe les mêmes phénomènes précédemment décrits de cicatrisation progressive avec étranglement de la zone centrale, restée jeune. Tandis que, 20 jours plus tard (40 jours après l’amputation), les pattes témoins montrent l’apparition des ébauches digitales, les pattes opérées sont en ce moment entièrement cicatrisées.
Parmi les huit individus, aucun n’a été, du côté opéré, le siège d’une régénération tardive pendant les trois mois que dura l’expérience, tandis que du côté témoin, la régénération normale suivit son chemin.
Les phénomènes primaires de régénération étant déjà en train dix jours après l’amputation, cette expérience prouve qoie ceux-ci se trouvent inhibés par la suppression de l’innervation.
§ 2. Série C IL Suppression de Vinnervation dans le cas de régénérais au stade de jeune bourgeon de régénération.
8 Triton cristatus^ amputés le 24 mai, et 2 T. alpestris, amputés le 4 mai, sont opérés le 14 juin 1921. Les régénérais sont donc âgés de 20 jours dans le cas des Triton cristatus^ de 40 jours dans le cas des T. alpestris. J’ai rangé ces derniers dans la catégorie «jeunes bourgeons », en raison de l’apparition, en effet très tardive, du bourgeon dans ces deux cas. Les amputations ont porté sur le niveau AB, dans le zeugopode, la résection du plexus est effectuée suivant ab et a'b\
Fig. 62 .
Dessins des deux pattes de tous les individus de la série G II. et rangées horizontales: au moment de la résection du plexus; et 5°^® rangées: 20 jours après la suppression de l’innervation; et 6°ie rangées: 70 jours après la suppression de l’innervation (les individus A et B sont morts 50 jours après l’opération).
O. SCHOTTÉ
Les résultats de la suppression de l’innervation peuvent être suivis plus aisément sur les dessins qui remplacent avantageusement de longues explications.
La première rangée horizontale de la fig. 62 représente l’état de régénération des pattes gauches et droites de 5 individus (de gauche à droite, A à E) le jour de la résection du plexus brachial. La rangée horizontale de la même figure représente l’état
de régénération des individus F à J au même moment.
Les deux rangées suivantes représentent l’état de régénération des pattes 20 et 70 jours après la résection du plexus. L’examen des 2^^ et rangées montre que, dans tous les cas, les régénérats du côté gauche sont fortement diminués, sauf chez le Triton E, qui présente de ce côté un aspect stationnaire. Les autres individus présentent aussi des différences de couleur avec le côté témoin qui, ainsi qu’il ressort des dessins, n’a cessé de s’accroître normalement.
20 jours plus tard, 40 jours après la résection du plexus, l’examen des individus B, G, G, I et J révèle la disparition complète des bourgeons de régénération, sans qu’il soit cependant encore possible de conclure à une cicatrisation complète. Chez les Tritons E, F et H, les régénérats restent cependant stationnaires et les bourgeons sont encore parfaitement discernables.
50 jours après l’amputation, D qui représente un très jeune individu, montre une réelle augmentation dans la masse de son régénérât qui continue à évoluer très rapidement.
Les 3”^^ et 6^^® rangées de dessins représentent l’état des deux pattes, 70 jours après la résection du plexus. Il résulte de l’examen de ces dessins que le cas D présente du côté gauche un régénérât assez avancé, que le cas H a augmenté le volume de son régénérât qui était resté stationnaire pendant le mois précédent, que l’individu F montre un régénérât difforme, pédiculé, emprisonné par une zone cicatricielle concentrique et qu’enfm le Triton E présente, en ce moment, une nouvelle poussée régénérative.
Les 6 autres individus sont à cette époque complètement cicatrisés et pigmentés du côté où l’innervation avait été supprimée 70 jours auparavant. Dans la suite, seuls, E et H ont donné du côté gauche des régénérats normaux, F restant dans l’état représenté par le dernier dessin pendant deux mois encore. Les 6 autres individus n’ont été le siège d’aucune nouvelle poussée régénérative durant les cinq mois et demi que dura l’expérience.
RÉGÉ^■ÉRATIO^' CHEZ LE TRITON
En résumé^ la suppression de l’innervation sur des régénérais peu évolués, se trouvant au stade de bourgeon de régénération à peine ébauché, a pour effet immédiat non seulement la cessation de tout accroissement nouveau^ mais aussi une diminution de la taille du régénérât (tous les individus sauf un).
Cette diminution de la taille peut aller, par ratatinement successif et envahissement épidermique, jusqu’à la disparition complète du régénérât (6 cas sur 10).
Dans les autres cas l’arrêt de croissance dure aussi longtemps que l’absence de l’innervation est effective (deux mois environ) et correspond ainsi très exactement avec les observations recueillies^ dans les précédentes expériences.
Passé ce délai, lorsque les fibres nerveuses sont arrivées en contact avec un tissu précédemment en régénération, le bourgeon de régénération récupère immédiatement sa potentialité de croissance et la régénération reprend normalement
I 3. Série C IIL Suppression de V innervation dans le cas de régénérats au stade de bourgeon de régénération âgé.
5 Triton cristatus^ amputés des deux pattes antérieures, suivant le niveau AB, le 24 mai, présentent, le 4 juillet 1921, de gros bourgeons de régénération sans aucune trace de différenciation. A cette date, 40 jours après l’amputation, on pratique la résection du plexus brachial gauche suivant ab et a’è’.
Ces bourgeons étant, comme le montre la fig. 63, P® rangée, très volumineux, on peut très bien apercevoir les troubles de la circulation qui se manifestent pendant les premiers jours, du côté opéré. Ces troubles se traduisent par un changement de la couleur du régénérât qui, de rouge clair, devient rouge sombre et passe au violet dans quelques cas. Le volume du régénérât augmente de ce fait, mais il ne peut s’agir que d’une congestion paralytique, cette augmentation de volume ne durant qu’un jour ou deux au plus.
Du côté témoin, la régénération se poursuit normalement.
1 Pour le niveau d’amput'ition A B et les niveaux de résection ah-a'b' des nerfs du plexus (séries A et B).
^ On verra dans la suite que cette interprétation comporte certaines réserves quant à la « reprise » du pouvoir régénérateur.
O. SGHOTTÉ
La fig. 63 représente, dans sa première rangée horizontale, l’état des régénérats gauches et droits des individus A à E, le 4 juillet, jour de la suppression de l’innervation. La deuxième rangée de cette figure montre l’état de régénération des pattes 50 jours plus tard, le 24 août. On voit que, dans tous les cas, les régénérats du côté gauche ont diminué de taille, tandis que du côté témoin la régénération a abouti à la formation de mains formées. La diminution de taille des régénérats privés de leur innervation est particulièrement visible dans les cas D et E.
Fig. 63.
Dessins des deux pattes de tous les individus de la série GUI. rangée au moment de l’opération; 2”^® rangée: 50 jours après la suppression de l’innervation.
20 jours plus tard, 70 jours après l’opération sur les nerfs, tous les individus présentent une reprise indiscutable de la poussée régénérative, la taille des bourgeons s’accroissant désormais régulièrement.
En résumé^ la suppression de l’innervation, pratiquée au stade de bourgeon de régénération âgé produit, comme précédemment, l’arrêt de tout accroissement nouveau accompagné d’une diminution de taille et d’un vieillissement du régénérât. Les effets de cette suppression de l’innervation durent aussi longtemps que l’absence des nerfs est effective, 2 mois au minimum.
Nota, Le choix des stades qui vont suivre, bien que ne ressortant pas d’emblée de l’examen superficiel des dessins, n’est cependant pas arbitraire. Il résulte d’un examen attentif de l’état du régénérât, de sa consistance, de sa couleur, de la présence ou de l’absence de moindres indications des futures ébauches digitales, ne pouvant figurer sur les dessins. C’est ainsi que l’on verra classés dans les prochaines séries sous le nom de u palette de régénération )? des stades qui, en prenant seulement en considération la taille, auraient dû certainement être rangés parmi les bourgeons de régénération.
§ 4. Série C IV, Suppression de Vinnervation dans le cas de régénérats au stade (f palette » non différenciée.
Série C/F a^. 5 Triton cristatus subissent l’amputation des deux pattes antérieures, suivant AB, le 24 mai, et la résection du plexus suivant ab et a’è’, le 4 juillet 1921, 40 jours après l’amputation. A ce moment, les 5 individus possèdent tous de larges et volumineuses palettes de régénération, mais sans qu’il soit possible d’apercevoir les moindres sillons interdigitaux.
La première rangée de la fig. 64 montre les régénérats le jour de l’ablation du plexus. 20 jours plus tard, tandis que du côté témoin les sillons délimitant les futurs doigts sont bien marqués, aucun progrès n’est visible du côté opéré. Cependant, en ce moment déjà, la palette gauche, privée d’innervation et qui était primitivement sans différenciation morphologique, commence à vieillir comme aspect extérieur, à se déformer et à montrer des sillons digitaux, chez tous les individus, mais sans s’accroître. 40 jours après l’opération, l’individu B présente un accroissement marqué de la taille de son bourgeon.
Les dessins de la deuxième rangée de la fig. 64 montrent l’état des régénérats des 5 individus, 50 jours après la section des nerfs. De la comparaison de l’état d’évolution des régénérats des pattes gauches, il résulte que, chez les individus A et D, les régénérats ont diminué de taille pendant les 50 jours écoulés depuis la résection du plexus, que chez l’individu C le volume est resté stationnaire, tandis que chez les individus B et E il y a eu certainement augmentation de taille. Chez B, cette augmentation date de 10 à 15 jours, chez le Triton E, elle est toute récente.
O. SCHOTTÉ
Fig. 64.
Dessins des deux pattes de tous les individus de la série G IVa,, rangée horizontale: état des régénérats au moment de l’opération; rangée: dessins des régénérats 50 jours après la suppression de l’innervation.
Dans tous les cas, la différenciation morphologique des régénérats gauches a progressé. Cette différenciation correspond, cependant, à une réalisation morphologique incomplète dans 4 cas sur 5 et n’a subi dans la suite de l’observation aucun changement. En effet, 3 des individus ont présenté deux doigts, un trois doigts, et un seul individu (C) montre le nombre normal de doigts.
2^ Série C IV b^. 5 T. cristatus. Amputation bilatérale des deux pattes le 24 mai, résection du plexus avec complication traumatique du côté témoin le 3 juillet 1921.
L’intervention opératoire troublant nécessairement la vascularisation du régénérât, il n’était pas superflu, a priori^ d’admettre que c’était le traumatisme qui produisait l’arrêt dans la croissance du régénérât. Bien que les considérations théoriques et les expériences relatées au chapitre II aient déjà permis d’éliminer l’hypothèse de Goldfarb, il est utile, semble-t-il, de rapporter ici tous les détails des opérations réellement effectuées à un moment (1921) où l’expérience ne m’avait pas encore montré l’impossibilité d’une action du traumatisme opératoire. Dans ce but, j’ai effectué les mêmes interventions chirurgicales également du côté témoin; celles-ci consistaient en l’ouverture de la région sous-
scapulaire, avec la mise à nu et la préparation du plexus brachial droit, sans toutefois sectionner aucune des branches de ce plexus. Comme il était à prévoir, cette intervention n’a eu aucun effet sur la régénération en cours des pattes témoins, qui ont continué à évoluer sans accident.
La première rangée de la fig. 65 montre l’état de régénération des pattes antérieures au moment de la suppression de l’innervation, et l’on voit que le stade d’évolution des régénérats est, en tous points, comparable à celui de la sous-série précédente. 20 jours
Fig. 65.
Dessins des deux pattes de tous les individus de la série G IVè,. rangée horizontale: état des régénérats au moment de l’opération; rangée: dessins des régénérats 60 jours après la suppression de l’innervation.
plus tard, les pattes gauches présentent un régénérât diminué de volume. 30 jours cependant après l’opération, les pattes gauches privées d’innervation, bien que n’ayant pas augmenté de taille, commencent à présenter les sillons interdigitaux. 50 jours après l’opération, on remarque, dans deux cas, B et D, une légère reprise de la régénération, tandis que les cas A et G évoluent dans le sens d’une morphologie incomplète.
Les dessins de la deuxième rangée de la fig. 65 montrent l’état de régénération des pattes, deux mois après la suppression de l’innervation. Le Triton A présente un seul doigt différencié, G
Rev. Suisse de Zool. T. 33. 1926.
O. SCHOTTÉ
montre un régénérât complètement pigmenté à 3 doigts incomplets, les individus B et D, seuls, continuent à évoluer normalement, tout .en présentant un nombre réduit de doigts. Le dernier individu enfin, E, présente un bourgeon de régénération considérablement diminué de taille, mais à aspect vieux et pigmenté, et qui, pendant deux mois encore, n’a produit qu’un régénérât à morphologie monstrueuse, à un doigt, dans le genre de celui que présente le Triton A.
Du côté témoin, malgré le traumatisme infligé, la régénération est restée à tous points de vue normale.
3® Série C IV 12 T, alpestris; amputation bilatérale le 2 mai, résection du plexus brachial le 12 juin 1921 (40 jours après l’amputation).
Au moment de la suppression de l’innervation, tous les individus possèdent du côté gauche de larges et volumineux régénérats, mais sans aucune différenciation en ébauches digitales.
La première et la quatrième rangées de la fig. 66 représentent l’état des régénérats, le jour même de l’opération. 15 jours après, on constate une diminution certaine de la taille des régénérats gauches, chez tous les individus, sans exception.
La deuxième et la cinquième rangées représentent l’état de la régénération chez ces 12 individus, 25 jours après l’opération. Du côté témoin, on voit que la régénération a progressé normalement; du côté opéré, les régénérats ont certainement augmenté de longueur dans les cas A, B, D, E, G, et K, mais ceci sans aucun doute aux dépens de la largeur, de sorte que, dans tous ces cas, le volume général dés régénérats a plutôt diminué ou est resté stationnaire.
Par contre, dans les cas F, H, I, J et L, il a diminution marquée du volume. Mais, bien que leur volume soit resté stationnaire ou même ait diminué, les régénérats ont évolué dans le sens de la différenciation morphologique, dans 8 cas. On voit, en effet, apparaître, comme le montrent les dessins, les sillons interdigitaux et, dans quelques cas même (A, B, D, E, G et K), les doigts commencent à s’isoler de la masse commune du régénérât.
Cet état reste stationnaire pendant une vingtaine de jours encore, puis la poussée régénérative reprend vigoureusement. La troisième et la sixième rangées de la même fig. 66 montrent l’état des régénérats 70 jours après la section du plexus. On constate
Fig. 66.
Dessins des deux pattes de tous les individus de la série ClVa^- 1'® et rangées: état des régénérats au moment de l’opération; 2“® et rangées: 25 jours après; 3™® et 6*»® rangées: 70 jours après la suppression de l’innervation.
O. SCHOTTE
que les régénérais ont partout augmenté, par rapport à l’état précédent Mais, si cette augmentation est sensible pour presque tous les individus de la troisième rangée (sauf pour l’individu D où il s’agit plutôt d’un allongement excessif que d’une augmentation notable du volume et pour le Triton J où il y a diminution certaine par rapport à l’état initial du régénérât), cette augmentation de taille des régénérais est incapable de leur permettre de réaliser une morphologie complète, car, dans les 10 cas qui restent, il y a eu réduction du nombre des doigts.
Comme, en ce moment, 70 jours après la suppression de l’innervation, les régénérais du côté gauche sont très avancés en âge et déjà fortement pigmentés, aucun changement ultérieur dans leur morphologie n’est possible; un mois plus tard, les régénérais ont bien un peu augmenté de taille, mais sans beaucoup changer de forme. Aucun individu, même 100 jours après la suppression de l’innervation n’est arrivé à reformer un nombre normal de doigts (4). Il est vrai que ces restitutions insuffisantes sont assez fréquentes aussi du côté témoin, où finalement 3 individus sur 10 n’ont également régénéré que trois doigts.
4^ Série C IV h 2 - 10 T. alpestris, amputés le 1®^ mai, subissent, 40 jours plus tard, la résection du plexus brachial, le Tl juin 1921. Cette opération est compliquée, comme dans le cas de la série C IV bi, par une intervention chirurgicale similaire, sans section des nerfs, du côté droit témoin.
Au moment de l’opération, les pattes gauches et droites des 10 individus se trouvent posséder de volumineux régénérats, sans différenciation, comme le montrent les dessins de la première et de la quatrième rangée de la fig. 67.
15 jours après l’opération, on remarque une diminution générale de la masse des régénérats dans tous les cas, sauf dans le cas G, chez lequel j’enregistre une certaine augmentation de volume.
Les dessins des deuxième et cinquième rangées de la fig. 67 montrent que, 30 jours après l’opération, trois individus témoignent déjà d’une certaine augmentation du volume de leur régénérât gauche, privé d’innervation (cas G, G et 1). Chez tous les autres individus, cependant, la diminution est certaine et, dans le
1 Les individus K et L sont morts quelques jours après le deuxième dessin.
Fig. 67.
Dessins des deux pattes de tous les individus de la série G IV et
rangées: états des régénérats au moment de l’opération; 2 ïne et rangées: 30 jours après; et 6“® rangées: 75 jours après la suppression de l’innervation.
O. SCHOTTE
cas J ^ cette régression du régénérât va même jusqu’à sa disparition complète. Partout cependant la régression de volume est accompagnée d’une différenciation marquée des ébauches digitales, qui correspond déjà à une morphologie incomplète. La morphologie apparente à cette époque — 30 jours après la suppression d’innervation — ne subit plus aucun changement et, seul, le volume des régénérats se modifie. En général, la reprise de l’accroissement de taille des régénérats se produit déjà vers le quarantième jour, mais la croissance est lente, entravée par un vieillissement précoce des régénérats privés d’innervation.
Les dessins des troisième et sixième rangées montrent l’état des régénérats, 70 jours après l’opération. On y voit: deux cas de
régénération d’un seul doigt (D et E); 2^ trois cas de régénération de deux doigts seulement (A, B et G); 3^ trois cas de régénération de trois doigts du côté opéré (G, F et 1).
Les cas D et H sont intéressants, mais ont subi une certaine modification des conditions expérimentales, au cours de l’observation. Pendant l’exécution d’un des dessins, les animaux, en se tortillant très fortement, ont subi une lésion du régénérât gauche et c’est ainsi que j’ai obtenu de nouvelles réductions de la morphologie et de la taille du régénérât: dans le cas D, un régénérât à un seul doigt; dans le cas H, une réduction jusqu’au stade de bourgeon de régénération.
Résumé des obsen^ations de la Série C IV, — Les 32 individus considérés présentaient tous, au moment de l’interruption du plexus, du côté gauche, une large palette, mais sans différenciation visible dés ébauches digitales.
Dans tous les cas sauf un, l’observation a montré un arrêt immédiat de la croissance pendant au moins 30 jours et cet arrêt de croissance s’est même traduit par une diminution certaine du volume.
Si le volume des régénérats diminue ou reste stationnaire, les transformations internes continuent cependant leur marche et semblent même être accélérées. On assiste à des phénomènes de vieillissement précoce, qui se traduisent par une pigmentation du régénérât, plus rapide du côté opéré que du côté témoin, et par l’acquisition d’une consistance plus grande des parties en régénération.
La différenciation morphologique progresse avant que le régéné-
^ Animal mort, sans avoir régénéré, an bout de 32 jours.
rat ait repris sa potentialité de croissance. Mais, dans tous les cas (31), la différenciation, aux dépens du régénérât n’ayant pas augmenté de volume, aboutit à une morphologie incomplète. Cette différenciation en mains ectrodactyles est toujours visible une trentaine de jours après la suppression de l’innervation; une fois les sillons interdigitaux établis, on peut considérer qu’un changement ultérieur dans la morphologie du régénérât est pratiquement exclu, à moins de lésions traumatiques intervenant tardivement.
La reprise du pouvoir régénérateur des régénérats. momentanément arrêtés dans leur croissance, se produit parfois précocement, 30 à 40 jours après la suppression de l’innervation, mais normalement seulement 50 jours après l’opération.
Un cas exceptionnel s’est présenté, qui montrait une augmentation du volume du régénérât déjà 15 jours après la suppression de l’innervation. Un examen anatomique de l’animal, effectué 40 jours après l’opération, a permis de constater que l’ablation du plexus avait été exécutée correctement, le plexus brachial ne montrant à cette époque qu’un très faible début de régénération. La signification de ce cas reste obscure.
§ 5. Série C V, Suppression de Vinnervation dans le cas de régénérats au stade « palette » différenciée.
Les 15 individus de cette série sont de provenance différente et possèdent des régénérats d’âge variable.
Aussi, sera-t-il indiqué de les discuter par séries de cinq individus à l’aide de dessins.
a) La fig. 68 représente l’état des régénérats des individus A à E, qui ont subi des amputations à des dates différentes:
A. T. cristatus amputé le 4 /IV opéré le 23 /VI, 80 jours
après l’amputation
» 3/VI, 60 jours
après l’amputation
» 3 /VI, 60 jours
après l’amputation
T. alpestris
» 24/VI, 80 jours après l’amputation
» 24 /VI, 80 jours après l’amputation.
O. SCHOTTÉ
La première rangée de la fig. 68 montre l’état des régénérats considérés, présentant des sillons indicateurs des futurs doigts, ainsi que l’état monstrueux des régénérats gauches dans le cas de deux Triton alpestris (D et E). 20 à 30 jours après l’opération, la taille des régénérats gauches, privés d’innervation, n’a pas augmenté, dans les trois premiers cas, bien que la différenciation continuât sans arrêt. Dans les cas des Triton alpestris^ par contre, on remarque une diminution certaine des régénérats.
Fig. 68.
Dessins des deux pattes des 5 premiers individus de la série G V. rangée: au moment de l’opération ; rangée: 60 jours après la suppression de l’innervation.
Les dessins de la deuxième rangée de la même fig. 68, faits 60 jours après l’opération nerveuse, montrent une faible reprise de la croissance dans le cas des trois Triton cristatus et, simultanément, une différenciation très poussée des pattes gauches. Dans les deux derniers cas, la diminution de la taille des régénérats reste sensible et a abouti à des malformations incapables d’évoluer normalement.
Il est à remarquer que, dans les cas considérés, la différenciation morphologique n’a pas été modifiée par l’intervention opératoire contrairement à ce qui a pu être observé dans tous les cas de la série précédente.
b) La fig. 69 représente cinq autres individus (cas A à E) de la même série, dont la première rangée indique l’état des régénérats le jour de la suppression de l’innervation. Les individus A, B,
C et D sont des Triton cristatus amputés le 3 avril, le plexus brachial ayant été réséqué suivant ab-a^b\ le 2 juin 1921, 60 jours après l’amputation. E est un Triton alpestris dont le régénérât déjà bien différencié est âgé seulement de 40 jours. Dans les cinq cas, le côté droit avait également subi l’intervention traumatique déjà décrite plus haut. Cependant, chez le Triton C, un des nerfs du plexus fut atteint à cette occasion. J’ai alors réséqué aussi les deux autres nerfs du plexus et laissé par contre l’innervation du côté gauche intacte. Un coup d’œil sur les trois dessins successifs du cas G montre que, cette fois-ci, c’est le côté droit qui a eu un comportement aberrant.
La deuxième rangée des dessins de la fig. 69 montre une diminution certaine de la masse des régénérats de tous les individus, du côté opéré, 25 jours après la suppression de l’innervation. Cette diminution est telle, dans les cas B et E, que les régénérats se
Fig. 69.
Dessins des deux pattes de 5 autres individus de la série CV. 1^® rangée: dessins au moment de l’opération; 2°^® rangée: 30 jours après; 3“® rangée: 80 jours après la suppression de l’innervation.
O. SCHOTTÉ
trouvent ramenés, en ce moment, au stade « bourgeon de régénération ))
La troisième rangée montre l’état de ces régénérats, 80 jours après la suppression de l’innervation. Si, en ce moment, la reprise de la croissance des régénérats est générale (sauf dans le cas E, complètement pigmenté, à aspect vieux et dont l’évolution paraît terminée), la taille est encore inférieure à l’état initial dans le cas B qui, du reste, aboutit à une morphologie incomplète, ne le dépasse pas de beaucoup dans deux cas (A et G), mais atteint un très grand développement dans le cas D. Ce dernier Triton avait, du reste, présenté une reprise de la poussée régénérative, déjà vers le 35*^® jour après la suppression de l’innervation.
c) La fig. 70 représente trois états successifs des cinq derniers individus de cette série, qui sont également d’âges très différents. Tandis que les trois premiers individus (T, cristatus) ont des régénérats âgés de 60 jours au moment de l’opération (A, B, et C), D est un T. alpestris en régénération depuis 40 jours seulement, de même que le T, cristatus suivant (E).
20 jours après la résection des nerfs du plexus, on remarque, dans les cas B et E, une diminution certaine du volume du côté opéré, dans les cas A et D, cependant, une augmentation indiscutable de la longueur du régénérât qui ne saurait être expliquée par un remaniement de la masse dans le sens de la longueur, mais qui correspond certainement à une augmentation générale du volume.
Les dessins de la deuxième rangée, faits 30 jours après l’opération, illustrent cet état de choses qui s’accentue. Dans le cas E, le dessin correspond à un stade plus tardif, 80 jours après l’amputation.
La troisième rangée de la fig. 70, dessins faits 80 jours après la suppression de l’innervation (individus B, A, C et D), montre la très forte reprise de la régénération dans les cas A et C. Par contre, le T, alpestris D montre une diminution dans la taille de son régénérât, résultant d’une blessure qui lui avait été infligée par morsure.
1 Je n’ai pas noté dans mes procès-verbaux une lésion du régénérât au moment de l’opération ou du dessin^ mais ceci me semble très probable, les régénérats étant trop avancés pour présenter des phénomènes d’involution aussi marqués.
En résumé^ les 15 individus de la série ont montré, sauf dans deux cas, un comportement assez uniforme pour ce qui concerne l’arrêt de croissance pendant le premier mois qui suit la suppression de l’innervation. Dans 13 cas, en effet, on constate partout sinon une diminution, du moins un arrêt de croissance des régénérats privés d’innervation.
Fig. 70.
Dessins des deux pattes des 5 derniers individus de la série G V. 1^® rangée: au moment de l’opération; 2“® rangée: 30 jours après; 3“® rangée: 80 jours après la suppression de l’innervation.
Dans deux cas, cependant, il y eut une augmentation indiscutable du volume du régénérât; celle-ci ne peut être attribuée à une suppression incomplète du plexus, car une révision anatomique a montré que l’opération avait été correctement effectuée.
La série G V diffère de la précédente en ce qui concerne la morphologie des régénérats. Nous avons vu, en effet, que précédemment, sur 31 individus tous avaient subi des modifications profondes dans leur structure, qui les ont fait aboutir à des mains ectrodac-
O. SCHOTTÉ
tyles. Ici, sur 15 individus, 6 seulement ont subi des changements dans l’édifice structural de l’ébauche de la main qui, au moment de la suppression de l’innervation, semblait déjà déterminé. Dans deux cas cependant (B et E, fig. 69), il est certain que cette modification de la morphologie est due à une lésion du régénérât au moment de l’opération ou lors d’un dessin, ce qui a entraîné un remaniement de l’ébauche et a abouti à une formation morphologiquement incomplète.
§ 6. Série C VL Suppression de Vinnen>ation dans le cas de régénérât^ au stade « doigts indwidualisés ».
1° Série C F/ a.
a) 4 Triton cristatus à régénérats âgés de 60 jours. Au moment (3 juin 1921) de l’opération sur le plexus, tous les individus possèdent des mains régénérées avec des doigts bien individualisés, comme le montrent les dessins de la première rangée de la fig. 7L
Fig. 71.
Dessins des deux pattes des 4 premiers individus de la série CVla. D® rangée: au moment de l’opération; 2"^® rangée: 30 jours après; 3"“® rangée: 80 jours après la suppression de l’innervation.
La deuxième rangée des dessins montre l’état des pattes, 30 jours après la suppression de l’innervation. S’il est aisé de reconnaître sur ces figures que la différenciation des régénérats gauches a fait des progrès incontestables, il est malaisé, par contre, de se prononcer avec certitude sur la question de savoir si les régénérats ont augmenté de taille ou non. Ceci semble être le cas pour les cas A et D, tandis que, chez les deux autres individus, on peut parler d’une utilisation du matériel primitif, mais non d’une augmentation du volume des régénérats.
40 jours après l’opération, les deux individus extrêmes continuent à présenter une nouvelle augmentation, certaine cette fois-ci, du volume des régénérats gauches, et cet accroissement se poursuit désormais jusqu’à la fin de l’expérience (80 jours après l’opération), comme le montre la troisième rangée de la figure. Les deux autres individus moyens n’ont que peu progressé dans la taille de leurs régénérats, par contre les doigts se sont dessinés davantage et se sont considérablement allongés.
b) 4 Triton cristatus à régénérats âgés de 80 jours. Au moment de l’opération, 23 mai 1921, les individus possèdent, comme le montre la première rangée de la fig. 72, des régénérats volumineux mais qui, somme toute, ne sont pas plus évolués que dans
Fig. 72 .
Dessins des deux pattes des 4 derniers individus de la série G VI a. 1^® rangée horizontale: état des régénérats au moment de l’opération; 2°^® rangée: dessins effectués 35 jours après la résection du plexus.
O. SCHOTTÉ
le cas précédent. Ceci n’est pas surprenant, si Ton songe que les amputations ont été pratiquées en hiver, le 4 mars.
Les dessins de la deuxième rangée, effectués 35 jours après l’ablation du plexus, montrent une diminution considérable de la taille du régénérât gauche du cas B, ce qui est peut-être à mettre sur le compte d’une morsure; par contre, dans les cas A et D, on constate une légère, mais indéniable augmentation des régénérats gauches.
En tout cas, sur 8 individus de cette sous-série, 5 ont montré une augmentation sensible de leur volume à un moment qui, au premier abord, semblerait un peu précoce.
2^ Série C VI b. b Triton cristatus^ à régénérats âgés de 80 jours (amputation le 4 mars), subissent la résection du plexus le 23 mai 1921. Ces individus diffèrent cependant de la sous-série précédente par le fait qu’un traumatisme supplémentaire est infligé au côté droit comme dans certaines des séries déjà signalées.
Fig. 73.
Dessins des deux pattes de tous les individus de la série G VI b. rangée horizontale: état des régénérats au moment de l’opération; 2*”® rangée: dessins effectués 35 jours après la résection du plexus.
La première rangée de la fig. 73 montre l’état des régénérats de ces 5 individus, tandis que la deuxième rangée montre les mêmes pattes dessinées 35 jours après l’opération.
On voit qu’en dehors des deux premiers individus, chez lesquels
ni la grandeur, ni la forme du régénérât n’ont varié, les trois autres présentent une augmentation assez marquée du volume du régénérât, la différenciation en doigts continuant à s’effectuer normalement.
Les pattes droites ont évolué sans qu’il soit possible de décéler la moindre action de traumatisme.
30 Série C VI c, 6 Triton alpestris^ amputés le 4 avril, subissent la résection du plexus brachial gauche le 23 juin 1921. A ce moment, 80 jours après l’amputation, comme le montre la première rangée de la fig. 74, les régénérats sont volumineux et les doigts parfaitement définis. La deuxième rangée de la figure montre
Dessins des deux pattes de tous les individus de la série G VI c. 1^® rangée: au moment de l’opération; 2°^® rangée: 35 jours après la résection du plexus.
l’état de ces régénérats, 35 jours après la suppression de l’innervation et l’on assiste ici à une diminution du volume des régénérats privés d’innervation, qui semble être certaine et générale. Il n’y a guère que le cas F qui prête à équivoque. Par contre, la différenciation des régénérats a beaucoup progressé et l’on remarquera que partout les doigts se sont individualisés. La réduction dans la taille des deux régénérats monstrueux (G et D) est particulièrement intéressante. Dans un cas, cependant, la morphologie du régénérât, qui correspondait à une patte normale au moment de l’opération (B), subit une modification aboutissant à une main à trois doigts seulement.
O. SCHOTTE
3° Série C VI d. 6 Triton alpestris, à régénérais âgés également de 80 jours, sont opérés à la même date que précédemment et subissent du côté droit le même traumatisme opératoire. L’état des régénérais à ce moment est visible dans la première rangée de la fig. 75. La deuxième rangée montre, 35 jours après l’opé-
Fig. 75.
Dessins des deux pattes de tous les individus de la série C VIrf. rangée: au moment de l’opération; 2"^® rangée: 35 jours après la suppression de l’innervation.
ration, une diminution certaine du volume des régénérais opérés, dans deux cas (C et D), un état stationnaire dans un cas (A), une augmentation indiscutable chez l’individu E, et enfin, des remaniements de forme qui ne permettent pas de préciser s’il y a eu augmentation, dans deux cas (B et F). Si, en effet, dans ces deux derniers cas, on constate un allongement certain du régénérât, son rétrécissement à la base n’en est pas moins indiscutable, de sorte qu’il est possible que le volume soit resté constant. Pour ce qui concerne les pattes droites, elles n’ont pas été plus affectées par le traumatisme opératoire que dans la sous-série C VI b.
En résumé^ sur les 25 individus de cette série on observe:
une diminution du volume ou un état stationnaire pendant un mois au moins, dans 16 cas;
2 ® une augmentation indéniable de ce volume pendant les pre-
miers 35 jours après ramputation dans 9 cas, alors qu’il ne peut être question d'un rétablissement de l’innervation;
3® les doigts étant déjà parfaitement formés au moment de la «suppression de l’innervation ou les anomalies de forme déjà déterminées, les modifications morphologiques produites par la suppression de l’innervation, sont nulles ou peu profondes. Deux cas seulement témoignent d’un changement survenu dans la morphologie du régénérât, et encore ces modifications sont-elles peu marquées. Dans tous les autres cas, les régénérats gauches ont continué à évoluer tout à fait normalement.
§ 7. Récapitulation des résultats des séries C.
Si l’on récapitule l’ensemble des résultats obtenus dans les séries C, sur les 93 individus observés, on constate:
a) Au point de oue du oolunie du régénérât sans préoccupation de la forme:
1® L’interruption de l’innervation sur un régénérât non encore constitué macroscopiquement interrompt immédiatement toute régénération et l’ébauche du régénérât sous forme d’un bourgeon n’est même pas constituée, tous les individus (8 cas) se cicatrisant comme lors des amputations faites simultanément avec la suppression de l’innervation.
2® La suppression de l’innervation sur des régénérats macroscopiquement visibles, mais jeunes et mous, entraîne, dans tous les cas, un arrêt de croissance. La majorité des cas (6 sur 10) montre même une diminution de volume du régénérât, qui se traduit par une disparition complète et définitive du bourgeon de régénération. Les 4 autres individus reprennent leur poussée régénérative à partir du 50”^^ jour qui suit la suppression de l’innervation.
30 La suppression de l'innervation sur des bourgeons de régénération âgés entraîne également un arrêt de croissance marqué, accompagné, dans tous les cas (5), d’une diminution de taille. Deux mois après, la poussée régénérative reprend.
40 La suppression de l’innervation sur des régénérats au stade de palette de régénération, sans différenciation morphologique, détermine l’arrêt de toute poussée nouvelle pendant 30 jours au
Rev. Suisse de Zool., T. 33. 1926.
O. SCHOTTÉ
minimum. Cet arrêt est également accompagné d’une diminution de taille dans tous les cas (31).
La reprise du pouvoir régénérateur se fait normalement au bout de 40 à 50 jours (30 à 35 jours après l’amputation dans des cas exceptionnels).
5 ® La suppression de l’innervation, sur des régénérats déjà âgés et présentant une différenciation morphologique visible, montre un arrêt de croissance dans 13 cas sur 15, pendant 30 jours au moins. Dans deux cas cependant, il y a eu une augmentation indiscutable du volume du régénérât à une époque (20 jours après l’amputation) où la régénération des nerfs du plexus réséqué (et contrôlés par un examen anatomique adéquat) ne saurait être invoquée comme cause de cet accroissement.
Dans les autres cas, la reprise de croissance se fait plus tardivement que dans les deux cas mentionnés, mais plus précocement que dans les séries précédentes, et a lieu en moyenne 35 à 40 jours après la suppression de l’innervation.
6 ^ La suppression de l’innervation sur des régénérats âgés et morphologiquement très bien déterminés (doigts formés et en train de s’individualiser) ne produit un arrêt certain de la croissance que dans 16 cas sur 25 pendant les 30 à 35 premiers jours.
Dans 9 cas, il y eut une augmentation certaine du volume des régénérats pendant ce temps, bien que les conditions expérimentales aient été partout identiques et vérifiées par un examen anatomique.
La reprise de croissance dans les 16 autres cas est générale, 30 à 35 jours après la suppression de l’innervation.
b) Si nous envisageons les résultats au point de vue de la réalisation de la forme des régénérats opérés^ on observe que:
lo Les régénérats étant parfaitement indéterminés dans les 3 premières séries, aucune conclusion ne peut être tirée de la réalisation d’une morphologie s’établissant après la reconstitution de l’innervation. Ces séries rentrent purement et simplement dans les cas de régénération tardive, signalés à jiropos des séries A et B.
2® Dans les cas où le régénérât forme déjà une ébauche aplatie dorso-ventralement (stade palette), mais où les sillons des doigts ne sont pas encore indiqués, les processus ultérieurs ont été, par contre, profondément troublés par la sup])ression de l’innervation.
Tandis que le régénérât cesse de s’accroître, son évolution normale suit son cours; il se pigmente, vieillit rapidement et surtout la différenciation morphologique apparaît. Cette différenciation, faite sur un territoire incapable de s’accroître, aboutit alors à des formations monstrueuses (mains à nombre de doigts réduits dans 31 cas sur 31).
3® La même intervention opératoire, faite sur un régénérât morphologiquement plus âgé et où les ébauches digitales ont déjà apparu, ne modifie plus la forme du régénérât que dans 4 cas sur 15 (avec certitude). Dans deux cas, l’évolution morphologique aberrante semble être due à quelque lésion du régénérât.
40 La suppression de l’innervation, pratiquée sur des régénérats déjà âgés et morphologiquement très avancés, ne change la morphologie déjà acquise au moment de l’opération que dans 2 cas sur 25, et ceci d’une façon seulement très légère.
c) Les interventions opératoires^ faites sur le côté témoin, sans lésion du plexus, en vue d’étudier l’effet du traumatisme sur des stades jeunes, n’ont donné aucun résultat perceptible, les côtés droits continuant à régénérer dans tous les cas (26), tout à fait normalement.
§ 8. Discussion.
a) Discussion des faits relatifs à la reprise du pouvoir régénérateur dans les séries C.
La récapitulation des faits montre que dans les séries C II et C III la reprise du pouvoir régénérateur s’effectue 50 à 60 jours après la résection du plexus. Cette reprise se manifeste exceptionnellement déjà 25 jours après la suppression de l’innervation, dans le cas de la série C IV, tandis que dans les séries C V et C VI, cette durée devient la règle.
Or, les faits relatés dans le chapitre I (séries A) nous ont appris que la reprise du pouvoir régénérateur, pour le niveau de résection du plexus a b~a' V et le niveau d’amputation A B, s’effectue après un arrêt de 60 à 75 jours en moyenne. Le niveau de résection du plexus brachial dans les séries C étant aussi a b-a' à’ et le niveau d’amputation AB, il semble, au premier abord, troublant d’apprendre que la poussée régénérative peut reprendre, dans ce cas^ Rev. Suisse de Zool. T. 33. 1926. 13*
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après un simple arrêt de 30 à 35 jours. D’autre part, on ne s’explique pas la différence entre les délais d’apparition du pouvoir régénérateur, d’une part dans les 3 premières séries (60 jours en moyenne) et, d’autre part, dans les 3 dernières (30 à 35 jours).
Si, cependant, nous nous reportons à la discussion relative au résultat des séries A et B, on voit que j’ai dû alors faire appel à la notion du temps total nécessaire pour la manifestation de la régénération, pour un niveau donné de section des nerfs et un niveau donné d’amputation des pattes. Dans le cas des séries à niveaux a b-A B ce temps est égal à 60 à 65 jours.
J’ai été amené à décomposer ce temps total en 2 fractions:
Le temps de latence^ nécessité par l’élaboration du matériel nécessaire à la régénération normale et que l’on peut mesurer du côté témoin par l’intervalle entre le moment de l’amputation et celui de la première manifestation extérieurement visible du pouvoir régénérateur;
2 ^ le temps de récupération du pouvoir régénérateur qui est égal au temps total moins le temps de latence et qui paraît bien correspondre à la durée de la régénération des nerfs eux-mêmes.
Dans les séries G, effectuées soit au printemps, soit eu été, le temps de latence étant de 25 jours, le temps de récupération doit être de 35 à 40 jours (60 à 65 moins 25).
Or, le temps de latence n’a pas à intervenir dans les séries G IV à VI, puisque, au moment delà section des nerfs, le matériel formateur est déjà réalisé et la régénération en train. Le retard doit correspondre uniquement au temps de récupération et l’on constate, en effet, que c’est au bout de 35 jours que la régénération reprend sa poussée primitive.
En ce qui concerne les autres séries G I, G II, G III, et une partie de la série G IV, dans lesquelles la récupération de la régénération est plus tardive, bien que celle-ci ait été déjà en train, il faut pour comprendre ce qui a dû se passer, tenir compte des phénomènes de régression présentés par les bourgeons de régénération. Geux-ci diminuent de taille, de consistance, de couleur et subissent une involution qui, dans 6 cas sur 10, amène la disparition du bourgeon de régénération.
Lorsqu’au bout du temps requis pour le rétablissement de l’innervation (35 à 40 jours), les nerfs sont arrivés dans le territoire du bourgeon, tout est à recommencer. Pour qu’une régéné-
ration devienne à nouveau macroscopiquement visible, il doit y avoir élaboration d’un tissu nouveau. De tels cas sont, somme toute, identiques à ce que l’on observe lors d’une interruption de l’innervation avec amputation simultanée.
.Sans doute, cette explication est en partie hypothétique. Pour la vérifier il faudrait entreprendre une étude histologique. Toutefois, une longue habitude du matériel étudié, l’examen journalier de toutes sortes de phases de la régénération chez le Triton, m’ont persuadé que l’explication précédente est vraisemblable. La nouvelle régénération n’utilise plus les tissus précédemment formés, mais représente les effets d’une nouvelle poussée régénérative, indépendante de la première.
S’il est encore relativement facile de rendre compte des écarts observés dans la reprise du pouvoir régénérateur, il est très malaisé d’expliquer les cas exceptionnels qui ont été rencontrés. Dans 11 cas, en effet, une augmentation certaine du volume du régénérât a été observée avant même le délai minimum de 35 jours.
Le fait que le nombre des cas exceptionnels augmente avec l’âge et l’état d’évolution des régénérats, semble indiquer que la cause de ce phénomène paradoxal est à rechercher plutôt dans l’état du régénérât que dans une question d’innervation.
Il est hors de doute que, même sans innervation, les régénérats avancés continuent à évoluer, subissent des remaniements, changent de forme et, peut-être même, augmentent de masse.
Comme pour les cas exceptionnels signalés dans la deuxième partie de ce mémoire, dans lesquels j’ai observé une reprise du pouvoir régénérateur malgré une absence de l’innervation anatomiquement constatable, on pourrait ici aussi invoquer des changements intrinsèques dans les tissus de la patte dont la nature nous échappe encore entièrement.
b) Discussion des faits relatifs à la morphologie des régénérats obtenus.
Un premier fait se dégage de l’observation de presque toutes les séries C envisagées. Les régénérats sans innervation ne sont pas des masses de cellules inertes, mais continuent à être le siège d’un métabolisme interne intense, qui les fait vieillir, changer de forme et de couleur et passer ainsi par toutes les phases qui caractérisent l’évolution d’un régénérât normal. Il semble certain que les changements en question sont précipités, plus rapides que normalement,
O. SCHOTTÉ
et que, de ce fait, ils sont liés à l’état dans lequel se trouvait le régénérât au moment de la suppression de l’innervation, puisque, dans la règle, ce régénérât est incapable de s'accroître. En d’autres mots, la différenciation morphologique se produit ici iiadépendamment de l’innervation.
Suivant l’état du régénérât au moment de la suppression de l’inneryation, 3 cas peuvent se présenter:
Lorsqu’on supprime l’innervation à un stade trop jeune (bourgeon de régénération), qui n’est alors qu’une simple masse cellulaire non différenciée, l’absence de l’innervation se traduit par un arrêt de croissance accompagné de phénomènes régressifs qui rendent impossible toute différenciation morpholgique. Cette absence de différenciation se prolonge jusqu’à ce que le rétablissement de l’innervation ait permis la formation de nouvelles masses cellulaires, aux dépens desquelles la différenciation ultérieure s’opère (séries G II et G III).
2^ L’innervation supprimée à des stades plus avancés, constitués par des régénérats aplatis dorso-ventralement, mais sans que la future morphologie soit encore indiquée (palette non différenciée), entraîne des modifications profondes dans ces jeunes ébauches. Dans tous les cas, la différenciation en ébauches digitales se dessine plus précocement que du côté témoin, mais, dans tous les cas également, cette différenciation prématurée aboutit à une main ectrodactyle, à 1, 2 ou 3 doigts.
Cette différenciation aux dépens d’ébauches restées petites suggère l’idée que la morphologie dépend en partie de la masse du régénérât. Cette idée fut clairement exprimée par E. Guyénot et O. ScHOTTÉ en 1923: «Toutes les fois que, par divers artifices expérimentaux, un bourgeon de régénération est condamné à évoluer sans pouvoir atteindre sa masse normale, il aboutit à une morphologie incomplète. Tout se passe comme si une quantité définie de tissus formateurs ne pouvait donner naissance qu’à un nombre défini de parties digitales.
« On ne voit pas apparaître de mécanisme régulateur, par lequel le nombre normal des parties aurait été conservé, grâce à une réduction générale des dimensions, ce qui serait le cas si le bourgeon réduit aboutissait à la production d’une main en miniature, mais complète. La différenciation du régénérât ne résulte pas d’une sorte de tendance interne et fatale vers une morphologie
RÉGÉ^'ÉRATION CHEZ LE TRITON
équilibrée, mais est fonction directe de la quantité de matériel disponible, y
3® L’innervation supprimée, lors de régénérats plus avancés, déjà morphologiquement déterminés, conduit à des résultats bien différents. Sur un ensemble de 40 cas (séries G V et G VI), 6 seulement ont témoigné d’un remaniement structural qui a fait aboutir le régénérât à une forme différente de celle à laquelle la différenciation, visible au moment de la suppression de l’innervation, semblait le destiner. Gette difficulté de remaniement d’une structure établie avant la suppression de l’innervation va grandissant avec l’âge du régénérât et, lorsque ce remaniement se produit sur des régénérats âgés de plus de 2 mois, par exemple, les transformations ultérieures qui se produisent sont peu importantes.
A ce point de vue, certains cas similaires, rapportés par P. Weiss, témoignant d’un remaniement survenu à des stades morphologiquement très avancés, semblent bien être dus plutôt à des remaniements post-traumatiques, tels qu’on les rencontre dans les 3 cas que j’ai signalés, qu’à des remaniements réguliers, semblables à ceux qui se rencontrent après suppression de l’innervation de régénérats plus jeunes et non lésés.
§ 9. Conclusion.
Il résulte des faits, et de la discussion dont ils ont été l’objet, que la suppression de l’innervation pratiquée sur les pattes antérieures, amputées dans le zeugopode 10, 20, 40, 60 et 80 jours avant la résection du plexus, produit les effets suivants:
10 II se produit un arrêt de toute croissance dans 82 cas sur 93. Get arrêt de croissance des régénérats est accompagné, dans la règle, d’une diminution de volume et de phénomènes régressifs qui peuvent entraîner la disparition totale des régénérats déjà formés lorsque ceux-ci sont encore jeunes.
2 o 11 cas sur 93 font exception au comportement général et ont présenté soit une augmentation immédiate du volume, soit une reprise de la poussée régénérative précoce, avant que le rétablissement de l’innervation par régénération des nerfs réséqués ait pu se produire.
3^ Après un arrêt de croissance de 60 jours en moyenne pour les séries G I à G III, de 35 jours en moyenne pour les 3 séries suivantes.
O. SCHOTTÉ
une reprise de la poussée régénérative a pu être observée dans la grande majorité des cas.
4® Dans les 3 premières séries, l’interruption de l’innervation a pu entraîner la disparition du régénérât primitif, indiquée par les phénomènes visibles de régression; lors du retour de l’innervation, il se produit une nouvelle poussée régénérative, si bien que ces cas se ramènent à ce qui se passe lorsque l’amputation et la suppression de l’innervation ont été pratiquées simultanément (séries A).
50 Dans les séries G IV à G VI par contre, les régénérats étant présents et déjà trop grands pour être résorbés, la reprise du pouvoir régénérateur coïncide réellement avec la fin de la régénération des nerfs. Les observations des séries A et B nous ayant appris que cette régénération nécessitait, pour les distances considérées, une durée moyenne de 35 à 40 jours, ce temps se trouve représenter le temps réel de la reprise du pouvoir régénérateur dans les cas où le temps de latence est supprimé. Les observations des séries G constituent ainsi une nouvelle confirmation des faits rapportés dans les séries A et B.
6^ Les faits de remaniements de la forme primitive des régénérats, et qui aboutissent à la réalisation d’une morphologie anormale et insuffisante, suggèrent l’idée que la différenciation morphologique des régénérats est indépendante de leur innervation.
7® G’est la masse des régénérats, arrêtés dans leur croissance par la suppression de l’innervation, qui semble être le facteur essentiel dans la morphogénèse ultérieure des régénérats (E. Guyé- NOT et O. ScHOTTÉ).
8^ Le fait de l’indépendance de l’évolution morphologique du régénérât vis-à-vis de son innervation semble constituer un argument excluant l’idée d’une action morphogène du système nerveux sur la régénération. Gette constatation n’a cependant qu’une valeur temporaire et sera envisagée à nouveau, à l’aide d’expériences adéquates, dans un prochain mémoire.
9^ Les faits exceptionnels d’augmentation de volume des régénérats dans la période où ceux-ci sont certainement privés d’innervation, les faits de changements de volume, de forme, ceux de différenciation et de vieillissement accompagné de pigmentation, constituent autant de preuves que la suppression de l’innervation des régénérats déjà avancés ne paralyse pas nécessairement leur évolution interne. Bien au contraire, ils semblent être le siège
d'activités précipitées se traduisant par des réalisations morphologiques trop hâtives et, de ce fait, souvent incomplètes et monstrueuses.
10^ L’influence générale du système nerveux sur la régénération s’est manifestée dans 82 cas sur 93, les 11 autres cas présentant des exceptions qui doivent être mises sur le compte de possibilités de régulation résidant dans les tissus des régénérats eux-mêmes et qui, actuellement, ne sauraient être expliquées d’une façon satisfaisante.
O. SCHOTTÉ
Résumé et Conclusions.
A. Action globale des nerfs sur la régénération normale,
I. Laissant de côté, dans ce travail, l’action de telle ou telle sorte de nerfs dans la régénération, j’ai cherché à établir quelle influence exerce la suppression globale de l’innervation (motrice, sensitive et sympathique) sur la régénération des pattes de Tritons.
La méthode a consisté dans la section ou la résection du plexus brachial ou du plexus crural, dans leur totalité. Cette opération nécessitait une intervention aseptique et des soins post-opératoires dont le détail est indiqué dans le chapitre correspondant.
IL Dans une première série, il a été pratiqué simultanément sur 276 animaux (246 pattes antérieures et 30 pattes postérieures) la résection du plexus du côté gauche et l’amputation à un même niveau des deux pattes, celle de droite servant de témoin individuel. Tandis que, dans tous les cas sans exception, la patte témoin a régénéré normalement, la patte gauche privée d’innervation a toujours présenté soit une absence durable de la régénération, soit un retard considérable par rapport à la patte témoin.
IIL Les opérations faites sur 33 larves jeunes (20 à 30^^) de Tritons et de Salamandres, consistant dans l’amputation des pattes avec résection simultanée du plexus d’un côté, ont fourni des résultats identiques. Ces résultats ont permis de conclure que la régénération à l’état larvaire et à l’état adulte relève d’un même déterminisme et la croyance générale, d’après laquelle il existerait une différence fondamentale dans la régénération dans ces deux phases de la vie d’un organisme s’est révélée erronnée.
Simultanément, ces résultats m’ont permis d’admettre que la période de « différenciation organogénétique » de W. Roux, où la régénération serait indépendante du système nerveux, ne pouvait être la période « laroaire », mais devait correspondre à un stade « embryonnaire », dont le degré d’évolution ontogénétique resterait à déterminer.
IV. Cette action des nerfs sur la régénération ressort encore des expériences (189 cas) dans lesquelles les amputations n’ont été faites qu’un certain temps (10, 20, 30, 40, 60, 75 et 100 jours) après la résection du plexus.
V. Cette action se dégage de même des expériences (93 cas) dans lesquelles, inversement, la résection du plexus n‘a été effectuée qu’un certain temps (10, 20, 40, 60 et 80 jours) après les amputations. Il en ressort que le système nerveux intervient non seulement dans la mise en train des processus régénératifs, mais aussi dans leur continuation.
VI. Globalement, en faisant la sommation de toutes ces expériences, on voit que, dans l’ensemble de ces cas, se montant à 591 individus, Tinfluence du système nerveux sur la régénération a été mise hors de doute.
VII. L’absence durable ou temporaire de régénération ne peut être mise que sur le compte de la suppression de l’innervation, car une série d'expériences de contrôle ont montré que le traumatisme seul, si grave soit-il, n’exerce aucune action comparable, tant que les nerfs sont conservés dans leur intégrité. L’hypothèse de l’action des traumatismes, émise par Goldfarb, se trouve ainsi éliminée, des résections d’importants vaisseaux n’ayant également exercé aucune action sur la marche normale de la régénération.
B. Reprise du pouvoir régénérateur après section des nerfs.
VIII. Il faut distinguer, dans les phénomènes consécutifs à la suppression de l’innervation, deux sortes de cas: a) la perte définitive du pouvoir régénérateur qui sera envisagée plus loin; b) la reprise de ce pouvoir après un retard variable, mais constant pour des conditions données.
IX. Ce retard dépend, en premier lieu, de la saison^ la vitesse de régénération et la vitesse de récupération du pouvoir régénérateur étant, toutes choses égales d’ailleurs, maximum en été, minimum en hiver.
X. A une même saison et pour un même niveau d’amputation de la patte, la récupération du pouvoir régénérateur est d’autant
plus rapide que les aerfs ont été sectionnés plus proximalement. Inversement, à une même saison et pour un même niveau de section nerveuse, ce pouvoir régénérateur réapparait d’autant plus précocement que l’amputation est plus proximale. Autrement dit, la {vitesse de retour à la régénération est jonction de la distance entre le niveau de section nerveuse et le niveau d'amputation.
XL Cette relation suggère l’hypothèse que le retour à la régénération coïncide avec la restauration, par régénération propre des axones, des nerfs sectionnés ou réséqués. La vitesse de ce retour, comme celle de la régénération des axones, est fonction de la saison.
XIL Si la récupération du pouvoir régénérateur dépend de la régénération des nerfs réséqués, il s’en suit que le résultat doit être différent, suivant que l’amputation est pratiquée avec un retard faible ou grand par rapport au moment de la section nerveuse.
Les expériences montrent en effet (séries A) que, lors d’amputations simultanées, il faut, dans les conditions données, un temps égal à N jours pour que la régénération réapparaisse. Dans le cas d’amputations retardées (séries B), la régénération s’observe après un temps qui est égal à N-10, N-20, ..., N-lOO jours, selon que l’amputation a été pratiquée 10, 20, .100 jours après la section nerveuse. Quand on ampute postérieurement au temps N, les nerfs ont eu le temps de régénérer et tout se passe comme s’ils n’avaient pas été sectionnés.
XIII. Ce temps N est lui-même formé de deux éléments: 1^ un temps de existant également du côté témoin et qui s’écoule
entre le moment de l’amputation et celui où commence la première manifestation visible de la régénération; 2® un temps de récupération qui est, comme nous avons pu le voir, fonction de la distance entre le niveau d’amputation et celui de section nerveuse et qui correspond vraisemblablement à celui nécessité pour la régénération des nerfs eux-mêmes.
Si l’on pratique d’abord l’amputation, puis la section nerveuse, on obtient les résultats suivants:
a) Dans le cas où la section nerveuse est faite peu après l’amputation (10, 20 et éventuellement 40 jours), la régénération étant encore invisible ou à peine ébauchée, le bourgeon élaboré paraît se résorber ou disparaître. Il faut qu’après reconstitution des nerfs
RÉGÉ>ÉRATIOIS CHEZ LE TRITO>
une nouvelle poussée régénérative se fasse, et le temps nécessité est alors le temps N (temps de latence, plus temps de récupération).
b) Dans le cas où la section nerveuse est faite plus tardivement, alors que le régénérât est déjà fortement différencié, le temps de latence n’est plus à prendre en considération, parce que le régénérât déjà formé subsiste, et il faut attendre seulement que se soit écoulé le temps de récupération, pour que la poussée régénérative reprenne.
Il y a là un faisceau de faits qui concourent tous à mettre en relief l’hypothèse d’après laquelle la récupération du pouvoir régénérateur, après section des nerfs, dépend de la néoformation des axones et de leur arrivée au niveau qui doit régénérer.
G. Vérifications physiologiques et anatomiques.
XIV. Contrairement aux prévisions, ni les vérifications physiologiques, d’ailleurs difficiles et peu adéquates, ni les vérifications anatomiques n’ont paru d’abord apporter une confirmation de la relation constituant l’hypothèse précédente. L’examen anatomique effectué au hasard sur 135 animaux a montré, pratiquement, autant de coïncidences (absence de nerfs régénérés, absence de régénération; reconstitution de l’innervation et régénération de la patte) que de discordances correspondant aux deux cas inverses.
XV. Si l’on examine d'abord la première discordance dans laquelle il y a régénération des nerfs sans régénération de la patte, on constate:
a) Qu’une notable partie de ces cas s’explique par l’obstacle mécanique, créé par une cicatrice résistante s’opposant à la sortie tardive du bourgeon de régénération. En effet, dans les cas où l’amputation a été retardée, le pourcentage d’animaux réfractaires à la régénération est d’autant plus petit que l’amputation a été faite plus tardivement, c’est-à-dire qu’il s’est écoulé moins de temps pendant lequel, par suite de l’absence d’innervation, la cicatrice a eu la possibilité de s’établir. D’autre part, les nouvelles amputations (réamputations), en enlevant la cicatrice, permettent la régénération d’un fort pourcentage (75 %) des animaux qui primitivement n’avaient pas régénéré. Ainsi s’explique le fait que si l’on ne pratique la vérification anatomique qu’après les résultats de
O. SCHOTTÉ
cette nouvelle amputation, le nombre des discordances se trouve très diminué.
b) Une autre catégorie de cas parait liée à une reconstitution très tardive des conditions nécessaires d’innervation, comme le montre le pourcentage croissant des coïncidences après une, deux ou plusieurs réamputations.
c) Il reste enfin quelques cas exceptionnels (9 sur 207 examinés) dans lesquels, malgré la présence d’un plexus régénéré, en tout ou en partie, la régénération continue à ne pas se manifester. On peut penser soit à une innervation inadéquate (absence de certaines catégories de fibres, terminaisons anormales, etc.), soit à un vieillissement définitif des tissus, consécutif lui-même aux transformations (dégénérescence, phagocytose) ayant suivi la perte de l’innervation.
XVI. Si l’on examine les discordances de la deuxième catégorie, dans lesquelles il y a régénération, malgré l’absence de régénération du plexus, on constate d’abord que ce sont des cas exceptionnels peu nombreux (17 en tout sur 207 examinés). Pour les expliquer, on peut songer à une régénération élective de fibres amyéliniques sympathiques, invisibles à la dissection, et qui sont, comme je l’ai montré dans un autre travail, l'élément nerveux essentiel pour la régénération. Ce qui confirme cette interprétation est le fait que le nettoyage de la région du plexus, bien que n’intéressant pas de fibres visibles, entraîne à nouveau l’inhibition de la régénération (série N S p. 165). Par ailleurs, on pourrait aussi invoquer une évolutior. propre des tissus échappant à la longue à leur corrélation primitive et devenant, de ce fait, indépendants du système nerveux. En tous cas, les expériences de contrôle ont montré qu’on ne pouvait attribuer ces résultats à l’action d'une innervation collatérale.
De ces exceptions, il faut rapprocher celles observées dans les séries C (section nerveuse retardée) chez lesquelles dans 11 animaux sur 93 la régénération commencée et déjà avancée a continué, comme si les nerfs n’avaient pas été sectionnés.
XVII. Ces faits contradictoires montrent que si les corrélations nerveuses sont indispensables pour la mise en train de la régénération dans les conditions normales, cette relation peut présenter des exceptions, soit lorsque la régénération est déjà commencée
RÉGÉ>ÉRATIO>' CHEZ LE TRITON
et fort avancée, soit lors de la reprise tardive du pouvoir régénérateur inhibé par une première suppression de l’innervation. Il est probable que ces deux problèmes ne sont pas identiques et que leurs données diffèrent en ce qui concerne les conditions internes. Ceci ne saurait diminuer, par contre, la valeur des résultats établis en ce qui concerne la nécessité de la présence de l’innervation pour la régénération initiale, normale.
D. Morphologie des régénérats.
XVIII. Bien que j’aie effectué une étude de la relation entre cette morphologie et l’innervation au moyen de sections partielles des nerfs et dont les résultats ont été précédemment publiés en partie, je n’envisage ici que les anomalies observées dans le cas où la section nerveuse était retardée par rapport à l’amputation. Les deux sortes d’interventions conduisent d’ailleurs aux mêmes conclusions.
Lorsque la section nerveuse est pratiquée sur un animal dont le régénérât est déjà en voie de différenciation, il se fait, pourvu que son évolution ne soit pas trop avancée et irréversible, un remaniement du régénérât traduit par des modifications de sa forme, des rapports de ses axes, de sa coloration, tandis que la croissance est complètement inhibée. Le régénérât continuant à se différencier sans s’accroître, le remaniement aboutit à une morphologie incomplète, caractérisée par l’absence d’un ou de plusieurs doigts. Il y a là un nouvel exemple de la loi de Vindépendance entre la croissance et la différenciation établie par P. de Giorgi. D’autre part, tout se passe comme si la masse du régénérât cessant de s’accroître, la réalisation morphologique était fonction de cette masse restée insuffisante. Ces faits sont en accord avec la relation entre la masse du régénérât et sa différenciation morphologique^ signalée par E. GuYÉNOT et O. SCHOTTÉ.
XIX. Ces faits sont, par contre, en opposition avec l’idée que le système nerveux exercerait sur la différenciation des régénérats une action morphogène spécifique.
O. SCHOTTÉ