CONCLUSIONS
Je limiterai ces conclusions aux résultats généraux qui sont le résultat de mes recherches. Pour tous les faits de détalinconnus ou mal observés jusqu'ici, je renvoie aux pages qui précèdent et particulièrement à la partie descriptive de ce travail.
1° Le système nerveux des Prosobranches est caractérisé par une commissure viscérale croisée, qui manque seulement aux Azygobranches orthoneuroïdes. A cette commissure croisée s'ajoutent toujours, sauf peut-être chez les Docoglosses, deux anastomoses palléales. L’anastomose droite met en relation le nerf palléal droit, issu du ganglion palléal
du même côté, avec un autre nerf palléal droit issu du ganolion sous-intestinal, ou, quand ce ganglion fait défaut, de la branche sous-intestinale de la commissure viscérale. L’anastomose gauche s'établit entre le nerf palléal gauche issu du ganglion palléal gauche, et un nerf branchio-palléal issu de la branche commissurale sous-intestinale.
2 Si le nerf palléal droit, issu du ganglion palléal droit, vient passer par le ganglion sous-intestinal avant de se rendre à son champ de distribution, le système nerveux est zygoneure à droite ; de la même manière pourra se produire une zygoneurie à gauche. Dans tous les autres cas le système nerveux est dialyneure. La zygoneurie droite est la plus fréquente et la plus importante ; la zygoneurie gauche est beaucoup plus rare. À ces divers points de vue, on peut grouper les Prosobranches de la manière suivante :
À. Système nerveux dialyneure : Diotocardes chiastoneures ; Proboscidifères holostomes ; la plus grande partie des Rostrifères.
B. Système nerveux zygoneure à droite : un certain nombre de Rostrifères (Melanopsis, une partie des Cérithidés, Ampullaridés, Turritellidés, Xénophoridés, Struthiolaridés, Chénopidés, Strombidés, Galyptréidés), tous les Proboscidifères siphonostomes, tous les Sténoglosses.
C. Système nerveux zygoneure à droite : Ampullaridés, quelques Crépidules, Naticidés, Lamellariidés, Cypræidés.
D. Fausse orthoneurie : Hélicinidés et Néritidés.
3° La zygoneurie droite se forme progressivement à mesure qu'on s'élève dans l'échelle des Prosobranches. L’anastomose palléale droite des Aspidobranches est très éloignée des ganglions droits, surtout du ganglion palléal. Chez la Paludine, la Littorine, le Cyclostome, on voit les deux nerfs palléaux se confondre dans les parois du corps, à la base du manteau. Il en est de même dans les Mélanies et les Faunes, mais les deux nerfs se rencontrent déjà à une plus faible distance des ganglions, et chez les Cérithidés, on trouve tous les passages entre le système nerveux franchement dialyneure des Mélanies et la zygoneurie droite la plus évidente.
4 La zygoneurie droite, se formant lentement et progressivement, est la seule réellement importante, et l’on dira qu'un système nerveux est zygoneure toutes les fois qu’elle est réalisée, sans tenir compte de la zygoneurie gauche, beaucoup plus accidentelle. La zygoneurie droite se formant progressivement, pourra, par conséquent, se réaliser au sein même d’une famille : c’est ce qui se produit, en effet, chez les Cérithidés, les Mélanidés et les Cypræidés. Dans ces trois familles fort intéressantes, certains genres sont dialvneures à divers degrés, d’autres plus ou moins franchement zygoneures.
o° Une fois la zygoneurie droite réalisée, le nerf palléal droit antérieur est transformé en connectif. En général, ce connectif est assez long dans les Ténioglosses zygoneures, mais 1l a une tendance à se raccourcir, et dans la plupart des Sténoglosses, 1l a une longueur si faible que le ganglion sousintestinal est intimement uni au ganglion palléal droit.
6° Le système nerveux des Diotocardes est essentiellement caractérisé par la diffusion des centres nerveux. Ses traits les plus importants sont: 1° la longueur de la commissure cérébroïde ; 2° la forme aplatie et la diffusion des ganglions cérébroïdes qui se prolongent parfois en dessus dans la commissure, et toujours en dessous dans une saillie labiale antérieure; 3° une commissure labiale passant sous la masse buccale et reliant les deux saillies labiales ; 4° la longueur des connectifs latéraux; 5° l’extrème rapprochement ou la fusion des ganglions palléaux et pédieux formant toujours deux cordons allongés réunis par des anastomoses plus ou moins régulièrement transversales, l’ensemble ayant une apparence sensiblement scalariforme.
7° Au point de vue du système nerveux, il n’y a aucune solution de continuité entre les différents groupes qui composent l’ordre des Prosobranches. Ainsi dans les Ténioglosses, les Janthinidés et les Ampullaridés ont une très longue commissure cérébroïde; les Ampullaridés, les Paludinidés, les
Cyclophoridés, etc., ont une saillie labiale et une commissure E.-L. BOUVIER. 31
labiale, les Ampullaridés et les Janthinidés ont de très longs connectifs latéraux.
8° Mais les transitions successives entre les Diotocardes et les Monotocardes sont encore bien plus nettement indiquées par les cordons ganglionnaires du pied. Dans les Gyclophores, les ganglions palléaux sont seulement séparés par un profond étranglement des cordons pédieux unis par un grand nombre d’anastomoses transversales. On retrouve les mêmes cordons pédieux avec leurs anastomoses dans les Gyprées (ils n'existent pas chez les Trivia), mais les ganglions palléaux sont déjà confondus avec les centres cérébroïdes. Dans la Paludine, les ganglions palléaux sont à mi-chemin entre les ganglions cérébroïdes et les cordons pédieux ; ces derniers ne sont plus en relation que par quatre anastomoses transversales. Chez les Littorines, Truncatelles et Planaxis, les ganglions palléaux sont au voisinage des ganglions cérébroïdes, les cordons pédieux se sont concentrés dans deux ganglions pédieux, mais la concentration n’est pas encore complètement terminée puisque, à chaque ganglion pédieux, se trouvent annexés deux petits ganglions qui émettent la plupart des nerfs pédieux. Dans la Bythinie, on trouve encore un ganglion pédieux annexe de chaque côté; ce ganglion n’existe plus dans la plupart des autres Ténioglosses rostrifères ; mais cette concentralion incomplète peut être indiquée dans l’'embryogénie des types les plus élevés ; ainsi les Buccins auraient des ganglions pédieux accessoires aux premiers stades de leur évolution.
9% Les ganglions buccaux éprouvent aussi des modifications progressives à mesure qu'on s'élève dans l’ordre. [ls sont diffus et étendus sur une grande longueur de la commissure buccale dans les Diotocardes chiastoneures ; 1ls se limitent peu à peu chez les Diotocardes orthoneuroïdes etse trouvent franchement limités chez les Monotocardes. Mais chez ceux qui présentent les caractères les plus élevés, comme les Halia, les Pourpres, 1ls sont extrêmement rapprochés et presque concentrés en une seule masse.
10° Ge ne sont pas les seules modifications qu’ils subissent.
SYSTÈME NERVEUX DES PROSOBRANCHES. 483 Dans le sous-ordre des Diotocardes, la commissure cérébroïde est située sur le bord antérieur de la masse buccale, en arrière des lèvres, et les ganglions buccaux se trouvent sur le bord postérieur de la masse buccale, en arrière des ganolions cérébroïdes par conséquent. Chez les Monotocardes ténioglosses, la commissure cérébroïde et les ganglions qu’elle unit sont en arrière de la masse buccale, les ganglions buccaux ont toujours les mêmes rapports avec la masse buccale, mais ils sont nécessairement en avant des ganglions cérébroïdes. Chez les Monotocardes sténoglosses les ganglions buccaux sont extrêmement rapprochés des ganglions cérébroïdes et très éloignés de la masse buccale. C’est le maximum de la concentration. 11° À ces variations dans la position des ganglions correspondent des variations dans les rapports des connectifs buccaux. Chez les Diotocardes, ces connectifs doivent nécessairement être presque tout entier récurrents; en outre ils passent sous les muscles buccaux superficiels. Chez la plupart des Monotocardes témioglosses, ils se dirigent d’abord d’arrière en avant, pénètrent dans la masse buccale, et reviennent en arrière, cachés sous les muscles de celle-ci, se terminer dans les ganglions buccaux. Enfin, chez les Monotocardes sténoglosses, les connectifs sont extrêmement courts et se rendent directement des ganglions cérébroïdes aux ganglions buccaux. Dans leur trajet récurrent et profond, les connectifs buceaux des Diotocardes et des Ténioglosses émettent des nerfs buccaux.
12° Chez les types les plus primitifs, la partie antérieure du manteau est innervée presque symétriquement et presque uniquement par les ganglions palléaux ; le ganglion sus-intestnal limite en grande partie son champ d’innervation à la branchie et à la fausse branchie du côté gauche, le ganglion sous-intestinal à la branchie et à la fausse branchie du côté droit (Zygobranches). Dès lors, si la branchie et la fausse branchie droites font défaut, le ganglion sous-intestinal n’existera pas, el sa position sur la commissure ou dans son voisi-
nage sera indiquée simplement par un ou deux filets palléaux droits, destinés à former l’anastomose palléale droite (Azygobranches chiastoneures). À mesure qu’on s’élève dans le groupe des Ténioglosses, on voit l’innervation asymétrique du manteau augmenter d'importance, surtout du côté droit. Chez la Paludine, Le nerf palléal droit issu de la branche sous-intestinale de la commissure viscérale est déjà assez important, mais le ganglion sous-intestinal n’est pas encore développé à sa base; :l en est à peu près de même dans le Cyclophore ; chez tous les autres Monotocardes, il a une importance beaucoup plus grande, et le ganglion sous-intestinal est bien développé. Par conséquent, les Diotocardes, qu’ils soient turriculés ounon, sont les moins asymétriques de tous les Prosobranches. Cette remarque devra servir de base pour établir les rapports naturels des Prosobranches.
13° L’innervation de la branchie se fait aux dépens du ganglion sus-intestinal et de la branche sus-intestinale de la commissure viscérale, quand la branchie est à gauche. Le ganglion sus-intestinal innerve égalementla fausse branchie droite et envoie toujours des rameaux au manteau; mais le siphon est toujours essentiellement innervé par le ganglion palléal gauche. À droite le ganglion sous-intestinal innerve toujours la branchie et la fausse branchie quand elles existent, en même temps qu’une partie du manteau.
14° La fausse branchie des Diotocardes ne reçoit qu’un nerf. La fausse branchie des Monotocardes, toujours beaucoup plus développée, reçoit un grand nombre de filets nerveux du ganglion sus-intestinal et souvent même de la branche sus-intestinale de la commissure viscérale. Chez les genres dont la fausse branchie se prolonge en avant jusque dans le siphon, cet organe parait aussi recevoirdes filets nerveux du nerf palléal gauche. Tous les filets nerveux destinés à la fausse branchie se terminent brusquement dans le bourrelet médian de l’organe, comme dans un ganglion nerveux. Par la richesse excessive de son innervation, cet organe doit jouer un rèle sensitif important.
15° La fausse branchie se développe à mesure que l’organisation s'élève. Elle est filiforme, peu saillante et relativement réduite chez les Zygobranches rhipidoglosses et les Azygobranches chiastoneures ; elle doit être réduite à une saillie recouvrant le ganglion qui l’innerve chez les Docoglosses. Tous les Monotocardes ont une fausse branchie, très variable d’ailleurs dans son développement. Son perfectionnement progressif est presque complètement parallèle à la formation de la zygoneurie. Elle est filforme et allongée dans la très grande majorité des Rostrifères ; bipectinée mais souvent encore assez réduite dans les Semi-Proboscidifères, les Proboscidifères holostomes et siphonosiomes étudiés jusqu'ici; enfin elle est bipectinée, large, souvent longue et atteint son maximum de développement chez les Sténoglosses.
16° Les Valvées ont une branchie gauche bipectinée comme les Diotocardes, elles forment une exceprion remarquable dans le groupe des Monotocardes.
17° La branchie droite et monopectinée des Ampullaridés correspond en réalité à la branchie gauche des Monotocardes, leur prétendue branchie gauche est une fausse branchie bipectinée.
18° Tous les Docoglosses ont deux fausses branchies très réduites situées au-dessus des ganglions sus-intestinal : et sous-intestinal très éloignés de la commissure. La branchie bipectinée des Tectures est innervée par le ganglion sus-intestinal : c’est une branchie gauche. On ne saurait considérer comme des branchies de Diotocardes les feuillets respiratoires des Patelles.
19° Les ganglions viscéraux peuvent varier beaucoup dans leur nombre. Pourtant, les Diotocardes et la très grande majorité des Ténioglosses n’en ont qu'un, les autres Ténioglosses en ont deux et rarement trois, de même que les Sténoglosses. D'ailleurs ce nombre peut éprouver des variations dans une même espèce (Cypræa arabica).
20° Les ganglions viscéraux innervent tous les organes contenus dans le tortllon, mais les nerfs des oreillettes ont
souvent leur origine surlacommissure. À ce point de vue, les ganglions viscéraux ont le même rôle en arrière que les ganglions buccaux en avant. Quand il y a deux ganglions, c’est toujours le droit qui est le plus développé; quandilyena trois, c’est celui du milieu.
21° L’innervation du mufle se fait toujours aux dépens des ganglions cérébroïdes; la trompe et la gaine de la trompe reçoivent leurs nerfs des mêmes ganglions. Les nerfs proboscidiens envoient presque toujours de nombreux rameaux dans les lèvres. Au contraire, toutes les parties du tube digestif renfermées dans la trompe ou dans le mufle sont innervées par les ganglions buccaux.
29 Les ganglions cérébroïdes émettent en outre les nerfs tentaculaires, optiques et acoustiques. Le nerf acoustique traverse parfois les ganglions palléaux avant d'atteindre les ganglions cérébroïdes.
93 Les otocystes sont toujours situées sur le plancher de la cavité du corps, loin des ganglions cérébroïdes, et à une distance plus ou moins grande des ganglions pédieux. Au point de vue des otolithes qu’elles renferment, on peut diviser les otocystes en trois groupes.
A. Otocystes à nombreuses otolithes : Diotocardes, un certain nombre de Rostrifères (Cyclophoridés, Paludinidés, Ampullaridés, Cérithidés, la plupart des Mélaniidés, Proboscidifères holostomes).
B. Otocystes à nombreuses otolithes renfermant une grosse otolithe ronde : Turritella rosea.
C. Otocystes renfermant une seule otolithe : Capulidés, Calyptréidés, quelques Mélanies, séries des Littorinidés, des Rissoïdés ; Vermétidés, Xénophoridés, Chénopidés, Strombidés, Proboscidifères siphonostomes, Sténoglosses.
Dans le même genre Melania, on trouve tantôt une seule, tantôt plusieurs otolithes. Les Bythinies n'ont qu'une seule otolithe.Certaines Cérithes (Cerithiun Mediterraneum) ont de petites otolithes et une beaucoup plus grosse. Cette dernière est relativement réduite : elle n’est pas arrondie. Elle devient
ronde et très grosse dans les Turritelles. A ce point de vue, les Mélanidés, Gérithidés et Turritellidés établissent le passage des types à nombreuses otolithes à ceux qui n’en ont qu’une par otocyste.
24° On a exagéré la valeur des otocystes comme moyen de classification, mais ce serait une erreur plus grande encore de ne leur attribuer aucune valeur systématique. En général les formes inférieures ont de nombreuses otolithes, les formes supérieures n’en ont qu'une par otocyste. Entre ces deux extrêmes on trouve tous les passages. Dans unesérieles formes inférieures peuvent avoir de nombreuses otolithes, et les supérieures n’en avoir qu'une seule. Cette remarque est particulièrement frappante dans la série des Cérithidés.
25° En général, les otocystes sont symétriquement situées, mais dans beaucoup de Sténoglosses, les deux otocystes sont très Imégalement éloignées des ganglions.
26° Chez les Diotocardes on trouve presque toujours un tractus conjonctif entre les deux otocystes; il en est de même chez un certain nombre de Monotocardes.
27° Le siphon est généralement formé par un pli du manteau à gauche. Très rarement il se forme aux dépens d’une expansion post-céphalique des parois du corps. Ces expansions existent chez les Ampullaridés et les Paludinidés; elles sont innervées par les ganglions palléaux et ont par conséquent la signification morphologique de formations pariétales.
28° Le pénis n’est pas toujours, comme on a voulu laffirmer, une formation céphalique innervée par les ganglions cérébroïdes. On peut distinguer quatre espèces de pénis :
A. Pénis pédieux : la très grande majorité des Ténioglosses et des Sténoglosses.
B. Pénis céphalique : Néritidés, Paludinidés, Calyptréidés.
C. Pénis dorsal, innervé par le ganglion sous-intestinal : Gyclostomidés, Bythinies.
D. Pénis palléal : Ampullaridés.
À l'exception des Néritidés, les Diotocardes étudiés jusqu'ici
sont dépourvus de pénis. Il manque chez un certain nombre de Ténioglosses (Cérithidés, Mélantidés, etc.). Les Struthiolaridés établissent le passage entre les Cérithidés, qui sont dépourvus de pénis, et les Chénopidés, qui ont un pénis très développé.
99° Chez les Diotocardes, les reins s’ouvrent dans la cavité palléale par de petits tubes. Pourtantles Néritidés et les Hélicinidés se rapprochent des Monotocardes en ce sens que le rein s'ouvre par une fente en boutonnière au fond de la cavité palléale. Dans le groupe des Monotocardes 1l faut faire une exception en faveur des Paludinidés et des Cyclophoridés.
30° D’après les recherches de M. de Lacaze-Duthiers sur les Pulmonés inoperculés aquatiques, suivant que la coquille est enroulée à droite ou à gauche, les orifices génitaux, le pneumostome, l’organe spécial correspondant à la fausse branchie, l'orifice du rein et de l’anus se trouvent à droite ou à gauche. Il en est de même chez les Pulmonés inoperculés terrestres, comme j'ai pu m'en convaincre en étudiant le Bulimus perversus, espèce indifféremment dextre ou sénestre. Chez les Pulmonés inoperculés, la torsion du corps déplace les organes et modifie l’asymétrie du système nerveux.
31° Il n’en est pas de même chez les Prosobranches. Ainsi les Ampullaridés dextres présentent à droite l’anus, le pénis, la branchie, le rectum, à gauche le siphon et la fausse branchie. Il en est absolument de même chez les Ampullaridés sénestres (Lanistes, Meladomus) et ces formes sénestres ont un système nerveux tordu de la même manière que celui des formes dextres. Chez les Prosobranches, la torsion du corps ne déplace pas les organes et ne modifie pas l’asymétrie du système nerveux.
39° Par conséquent toutes les hypothèses qui font intervenir la torsion du corps pour expliquer la torsion du système nerveux des Prosobranches devront être rejetées. Dans cette explication, il faudra en outre tenir compte des différences essentielles qui existent entre les Prosobranches et les Pulmonés inoperculés.
33° Les Néritidés et les Hélicinidés, dont le système nerveux ressemble un peu à celui des orthoneures, se rapprochent beaucoup plus des chiastoneures que des orthoneures par leur organisation tout entière et même par leur système nerveux. On ne pourra par conséquent rattacher à ce groupe les Pulmonés inoperculés; on ne peut davantage rapprocher les Hélicines des Gyclostomes.
34° En général, chez les Prosobranches, l’existence d’un poumon n’est en rien un indice de parenté entre les formes pulmonées. Ainsi, les Gyclophores, qui sont pulmonés et rangés toujours à côté des Cyclostomes, ressemblent beaucoup plus à un Turbo ou à une Delphinule qu’à un Cyclostome ; leur position zoologique est à côté des Paludines, tandis que les Cyclostomes se rattachent aux Littorinidés.
39° Le mufle subit des modifications profondes dans l’ordre des Prosobranches et ces modifications sont importantes puisqu'elles offrent un moyen commode de classification. On peut établir quatre divisions pour réunir les différentes formes de mufles :
A. Mufle simplement contractile : Diotocardes, Rostrifères.
B. Mufle complètement rétractile : Semi-Proboscidifères, Proboseidifères holostomes.
C. Mufle invaginable seulement à sa base : Proboscidifères siphonostomes, presque tous les Sténoglosses.
D. Mufle proboscidien, indépendant de la trompe : Térébridés.
36° La masse buccale ne varie pas moins que le mufle. Les Diotocardes ont une masse buccale très développée, en contact avec les glandes salivaires, à son extrémité postérieure. La masse buccale se réduit progressivement à mesure qu’on s’élève dans le groupe des Ténioglosses; elle est en général très réduite chez les Sténoglosses.
37° Cesvariations retentissent sur les glandessalivaires et sur leurs rapports avec les colliers nerveux. Les glandes salivaires des Diotocardes ont un conduit extrêmement court et sont appliquées contre la masse buccale, assez loin en arrière de la
commissure cérébroide, située à l’extrémité antérieure de la même masse. Chez presque tous les Ténioglosses, au contraire, les glandes salivaires ont des conduits qui se développent d’autant plus que le mufle a une longueur plus orande ; d’ailleurs les colliers nerveux sont en arrière de la masse buccale et traversés par les conduits salivaires. Chez les Sténoglosses, la trompe est bien développée, mais les conduits salivaires ne se sont pas allongés aussi vite que la trompe, et leurs conduits cessent de traverser les colliers nerveux.
38° En général, les Prosobranches n’ont qu’une paire de glandes salivaires, et c’est une exception quand on en trouve deux. Il existe une paire annexe, formée par deux tubes, chez les Scalaridés et Janthinidés. Les Purpuridés et certains Muricidés, tels que l’Ocinebra erinaceus, ont une paire annexe, formée par deux tubes; mais les conduits de ces glandes traversent les colliers nerveux et se réunissent en un seul, tandis que les glandes salivaires normales de ces Sténoglosses ont des conduits indépendants qui ne traversent pas les colliers nerveux. Les Cancellariidés ont aussi deux paires de glandes.
39° Les glandes salivaires des Prosobranches sont presque toujours des glandes en grappe. Toutefois les Scalaridés, les Janthinidés, les Cancellartidés ont des glandes salivaires en tube : les Xénophoridés, les Doliidés, etc., ont des glandes salivaires en sac. On sait que les glandes annexes des Purpuridés forment deux tubes qui se réunissent dans un seul conduit.
40° Les Sténoglosses ont presque tous une glande spéciale impaire, qui débouche dans l’œsophage ou dans la masse buccale, en arrière ou en avant des centres nerveux. Cette glande offre des aspects très variés et se termine généralement en arrière par un sac renflé. Chez les Volutes, c’est un long tube à parois musculaires, qui se termine en sac en arrière; son conduit traverse les colliers nerveux. Il en est de même chez les Cônes, les Pleurotomes et certains Térébridés ; seulement dans ces trois genres, la partie renflée est plus musculaire et plus volumineuse.
41° Cette glande spéciale des Cônes, Pleurotomes, etc., est appelée glande à venin, et les auteurs la considèrent comme remplaçant les glandes salivaires. Or il n’en est rien, puisque j'ai trouvé des glandes salivaires normales chez tous les Toxiglosses. La prétendue glande à venin n’est qu’une glande spéciale de Volute, traversant comme elle les colliers nerveux, mais beaucoup plus musculaire et extrèmement peu glandulaire. Le sac de cette glande comprend : 4° une couche extérieure très épaisse de muscles longitudinaux et obliques; % une couche de muscles circulaires qui se colorent en rose vif dans les coupes; 3° une couche interne semblable à la première, mais beaucoup moins épaisse ; 4° une très mince couche de fibres musculaires circulaires; 5° à l’intérieur, un conduit tapissé par une seule assise de cellules probablement glandulaires. La glande spéciale s’est donc transformée en un appareil de projection (fig. 88, 89). La glande des Volutes diffère de celle des Cônes par lépaisseur énorme de l’assise slandulaire, eLune réduction dans le nombre et l’épaisseur des couches musculaires (fig. 92, 93).
42° Ce travail donne pour la première fois des notions anatomiques un peu précises sur les Tecturidés, Lépétidés, Gyclophoridés, Mélanndés, Gérithidés, Planaxidés, Ampullaridés, Valvatidés, Xénophoridés, Gypræidés, Calyptréidés, Strombidés, Doliidés, Gonidés, Pleurotomidés, Térébridés, Voluüdés, Olividés, Turbinellidés, Fusidés, Buccinidés, Nassidés, Purpuridés, Cancellaridés, etc. Il rectifie ou complète les observations des auteurs précédents sur les autres familles que j'ai étudiées.
43° Par tous ses caractères, le Cerithium leve de Quoy et Gaymard s’écarte très notablement des CGérithidés. Il à notamment une fausse branchie bipectinée très développée et un système nerveux un peu aberrant. Je propose de créer pour lui le genre nouveau Ceratoptilus.
44° Les Prosobranches qui se sont adaptés à un genre de vie spécial (terrestres, fluviatiles, pélagiques), ont éprouvé en général des modifications profondes et en apparence anor-
males dans leur organisation. Ces modifications sont excessivement frappantes chez les Hélicines, Valvées, Ampullaires et Janthines. ;
45° Les Pténoglosses de Troschel ne diffèrent en rien, par les caractères essentiels de leur organisation, des autres Ténioglosses. Mais, par des caractères importants et par leur radule qui s’atrophie, les Scalaires et les Solarium se rapprochent des Pyramidellidés.
46° De même les Toxiglosses du même auteur sont de vrais Sténoglosses, et l’on doit en séparer complètement les Cancellaridés, beaucoup plus voisins des Purpuridés.
47° En condensant les résultats précédents, on voit que les Prosobranches présentent dans leur évolution progressive les trois stades principaux suivants : 1° système nerveux dialyneure, diffus, mal concentré et pourvu dans le pied de cordons ganglionnaires, irrégulièrement scalariformes ; branchie bipectinée, cœur à deux oreillettes et à ventricule traversé par le rectum, masse buccale très développée située en arrière des colliers nerveux; glandes salivaires appliquées contre la masse buccale, leurs conduits ne pouvant traverser les colliers nerveux, connectif buccal récurrent et profond ; pas de siphon, pas de trompe, pas de pénis, rein s’ouvrant par un tube dans la cavité palléale ; 2 système nerveux dialyneure ou zygoneure médiocrement concentré, sans cordons pédieux scalariformes ; branchie monopectinée, fausse branchie plus ou moins développée, souvent bipectinée, cœur à une seule oreillette, le ventricule n’élant pas traversé par le rectum; masse buccale médiocrement développée, située en avant des colliers nerveux; glandes salivaires éloignées de la masse buccale, avec des conduits traversant les colliers nerveux ; connectif buccal en partie seulement récurrent et profond ; généralement un siphon, un pénis et une trompe ; rein s’ouvrant par une fente en boutonnière au fond de la cavité palléale ; une ou plusieurs otolithes dans les otocystes; ganglions buccaux appliqués contre la masse buccale; 3° système nerveux zygoneure, très concentré, sans cordons pédieux scalariformes; branchie
SYSTÈME NERVEUX DES PROSOBRANCHES. 493 monopectinée, fausse branchie très développée, bipectinée ; cœur à une seule oreillette, le ventricule n'étant pas traversé par le rectum; masse buccale très peu développée; glandes salivaires éloignées de la masse buccale, avec des conduits ne traversant pas les colliers nerveux ; connectif buccal extrèmement court, jamais profond ; ganglions buccaux éloignés de la masse buccale et très rapprochés des ganglions cérébroïdes ; un siphon, un pénis, une trompe, une glande spéciale 1mpaire ; rein s’ouvrant par une fente en boutonnière au fond de la cavité palléale ; une seule otolithe dans les otocystes.
Ces caractères suffisent pour montrer qu’on ne peut établir que trois grandes coupes dans l’ordre des Prosobranches : les Diotocardes, les Monotocardes ténioglosses et les Monotocardes sténoglosses.
C'est aussi ce que prouve la paléontologie; les Diotocardes abondent déjà dans les couches paléozoïques, les Ténioglosses se multiplient déjà dans les terrains secondaires et les Sténoglosses abondent dans les terrains tertiaires.
48° Les Diotocardes représentent les formes les plus primitives ; les Ténioglosses en dérivent et les Sténoglosses dérivent à leur tour des Ténioglosses.
49° Le tableau ci-contre résume la classification des Prosobranches telle qu’elle a été expliquée plus haut.
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