‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 14 sur 142 · PREMIERE PARTIE, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, CHAPITRE I

arrêté par la législature (1825). Ce plan fut exécuté d'une manière qui mérite d'être rapportée.

M. Eiam Lynds, qui venait de faire ses preuves à Aiiburn, dont il était le directeur, quitte cet établissement, prend avec lui cent détenus accoutumés à lui obéir, les conduit sur le lieu où la prison projetée doit être bâtie, et là, campé sur les bords de l'Hudson, sans asile pour le recevoir, sans murailles pour enfermer ses dangereux compagnons, il les met ù l'œuvre, faisant de chacun d'eux un maçon ou un charpentier, et n'ayant pour les maintenir dans l'obéissance d'autre force que la fermeté de son caractère et l'énergie de sa volonté.

Pendant plusieurs années , les condamnés, dont le nombre fut successivement augmenté, travaillèrent ainsi à bâtir leur propre prison ; et aujourd'hui le pénitencier de Singsing contient mille cellules, toutes construites par les criminels qui y ont été renfermés (1).

A la même époque (1825), on voit naître dans la ville de New-York un établissement d'une autre nature, mais qui n'occupe pas une moindre place parmi les innovations dont nous retraçons l'histoire. Nous voulons parler de la maison de refuge instituée pour les jeunes délinquants. Il n'est point d'établissement qui soit mieux d'accord avec l'expérience. On sait que la plupart des hommes auxquels la justice criminelle inflige ses rigueurs ont été malheureux avant de devenir coupables. L'infortune est surtout dangereuse pour ceux qu'elle a frappés dans un âge encore tendre; et il est bien rare que l'orphelin sans patrimoine et sans amis, ou l'enfant abandonné de ses parents, évitent les pièges qui sont tendus à leur inexpérience, et ne passent en peu de temps de la misère au crime. Touchées du sort des jeunes délinquants, plusieurs personnes charitables de la ville de New-York conçurent le plan d'une maison de refuge, destinée à leur

(1) La manière dont M. Elam Lynds a bâti Sing>ing trouverait sans doute des incrédules, si le fait que nous racontons ici n'était tout récent et de notoriété publique aux États-Unis ; pour le comprendre, il faut savoir toutes les ressources que peut trouver un homme énergique dans la nouvelle discipline des prisons d'Amérique ; si l'on veut se former une idée du caractère de M. Elam Lynds, cl de ses opinions sur le système pénitentiaire, on n'a qu'à lire la Conversation que nous avons eue avec lui, et que nous avons cru devoir noter tout entière. V. n" H.

servir d*asile et à leur procurer l'éducation et les moyens d'existence que la fortune leur avait refusés: 30,000 dollars (159,000 fr.) furent le produit d'une première souscription : ainsi s'éleva par la puissance seule d'une association de bienfaisance un établissement éminemment utile, et qui vaut mieux peut-être que les prisons pénitentiaires, puisque celles-ci punissent le crime, tandis que la maison ce refuge a pour objet de le prévenir.

L'expérience faiteà Auburn, dans l'État de New- York, des funestes effets de l'isolement sans travail, n'empêchait point la Pennsylvanie d'en continuer l'essai; et, dans le cours de l'année 1827, le pénitencier de Pittsburg commença à recevoir des prisonniers. Chaque détenu y fut renfermé jour et nuit dans une cellule, où il ne lui fut pas permis de travailler. Cette solitude, qui en principe devait être absolue, ne fut point telle par le fait. La construction de ce pénitencier est tellement vicieuse, qu'il est très facile d'entendre d'une cellule ce qui se passe dans l'autre; de cette manière, chaque détenu trouvait dans l'entretien de son voisin une distraction quotidienne, c'est-à-dire l'occasion d'une corruption inévitable; et comme ces criminels ne travaillaient pas, on peut dire que leur seule occupation était de se corrompre mutuellement. Cette prison était donc pire que celle de AValnut ellemême; car, au moyen de leurs rapports entre eux, les détenus de Pittsburg ne se réformaient pas plus que ceux de Walnut-Street; et tandis que ceux-ci donnaient à la société l'indemni té de leur travail, lesautres passaient tout leur temps dans une oisivité nuisible à eux-mêmes , et onéreuse au trésor public [d).

Le mauvais succès de cet établissement ne prouvait rien contre le système qui lui avait donné naissance, puisque des vices de construction en rendaient l'exécution impossible; cependant il commença à refroidir les partisans des théories sur lesquelles il était fondé. Cette impression devint plus vive encore dans la Pennsylvanie, lorsqu'on y apprit les désastres causés par la solitude sans travail dans la prison d'Auburn, et l'heureux succès de la nouvelle dicipline fondée sur l'isolement de nuit avec travail commun pendant le jour (1).

(1) Ce ne fut pas seulement dans la prison d'Auburn que l'emprisonnement solitaire sans travail exerça sur la santé morale et physique des détenus la plus

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