‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 13 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE I

gouverneur de l'État de New-York fit grâce à vingt-six des détenus solitaires ; ceux auxquels cette laveur ne fut point accordée sortirent pendant le jour,etfurentadmisatravaillerdans les ateliers communs. Depuis cette époque (1823) , le système de risolement sans restriction cessa entièrement d'être pratiqué à Aubruu : — onacquit bientôt lapreuvequece régime, funeste à la santé des criminels, était impuissant pour opérer leur réforme. Sur les vingt-six condamnés auxquels !e gouneur avait fait grâce, quatorze revinrent peu de temps après dans la prison, par suite de nouvelles condamnations (1).

Cette expérience si funeste à ceux qui furent choisis pour la subir était de nature à compromettre le sort du système pénitentiaire. Après les désastreux effets de l'isolement, il était à craindre qu'on n'en repoussât entièrement le principe : c'était une réaction naturelle. On eut plus de sagesse : on pei-sista à penser que la solitude qui fait réfléchir les criminels, et les sépare les uns des autres, exerce une influence bienfaisante; et on rechercha seulement le moyen d'éviter les inconvénients de l'isolement, en conservant ses avantages. On crut y parvenir en laissant les condamnés dans leurs cellules pendant la nuit, et en les faisant travailler, pendant le jour, dans des ateliers communs, au milieu d'un silence absolu.

MM. Allen, Hopkins et Tibbits, qui, en 1824, furent charges, par la législature de New-York, d'inspecter la prison d'Auburn, y trouvèrent établie cette discipline nouvelle. Ils en firent un grand éloge dans leur rapport, et la legislalature sanctionna le nouveau système par son approbation formelle.

Ici se préenle une obscurité qu'il n'a point été en notre pouvoir de dissiper. Nous voyons le fameux système d'Auburn naitretout à coup et sortir de la combinaison ingénieuse de deux éléments qui semblent, au premier coup d'œil, incompatibles, l'isolement et la réunion. Mais ce que nous n'apercevons pas clairement, c'est le créateur de ce système, dont il faut bien pourtant que quelqu'un ait eu la pensée première...

L'État de New-York en est-il redevable au

(1) V. Rapport de Gershom Powers, 1828, et note manuscrite d'Elam Lynds.

Clinton, dont le nom, aux États-Unis, se rattache k toutes les entreprises utiles et bienfaisantes ?

B'aut-il en faire honneur à M. Cray, l'un des directeurs d'Auburn, auquel le juge Powers, qui fut lui-même à la tète de cet établissement, paraît en attribuer le mérite?

Enfin, M. Elam Lynds, qui a certainement contribué beaucoup à mettre ce nouveau système en pratique, peut-il revendiquer aussi la gloire de l'avoir inventé (1)?

Nous ne chercherons point à résoudre ces questions, intéressantes pour les personnes que nous venons de nommer, et pour le pays qui les a vues naître, mais peu importantes pour nous.

L'expérience d'ailleurs ne nous apprend-elle pas qu'il y a des innovations dont l'honneur n'appartient à personne, parce qu'elles sont dues à des efforts simultanés et aux progrès du temps.

L'établissement d'Auburn obtint dès son début un succès extraordinaire, et il ne tarda pas à exciter au plus haut degré l'attention publique. Il se fit alors dans les esprits une révolution remarquable; la direction d'une prison, confiée jadis à d'obscurs geôliers, fut ambitionnée par des hommes occupant dans le monde une haute position sociale : et l'on vit M. Elam Lynds, ancien capitaine de l'armée des États- Unis, et le juge Powers, magistrat d'un rare mérite, s'honorer dans l'opinion et à leurs propres yeux en remplissant les fonctions de directeurs d'Auburn.

Cependant l'adoption d'un système cellulaire appliqué à tous les condamnés de l'État de New- York rendait insuffisante la prison d'Auburn, qui, après les accroissements successifs qu'elle avait reçus, ne contenait que cinq cent cinquante cellules (2); la nécessité d'une prison nouvelle se faisait donc sentir. Ce fut alors que le plan de Singsing fut

(1) L'opinion presque générale aux États-Unis attribue à M. Elam L)nds la création du système définitivement adopté dans la prison d'Auburn. Cette opinion est aussi celle de MM. Hopkins etTibbils, charges, en 1S2G, d'inspecter la prison d'Aiiburn. V. p. 23 ; et de i^I. Livingston. V. son Introduction à un système de lois pénales, p. 13, édition de 1827, Philadeljjhie. JNous n'avons trouvé cette opinion contestée que dans une lettre adressée par M. Powers à M. Livingston, en 1829. V. cette lettre, p. 5 et suivantes.

(2) En 1823 , il n'y avait encore à Auburn que 380 cellules. Le 12 avril 1824, la législature ordonna la construction de 170 cellules de plus.

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