‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 17 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE, CUAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CUAPITRE I

accoutume à gagner honnêtement leur vie; l'insalubrité du lieu qui détruit la santé; le cynisme des conversations qui cori'ompent; l'oisiveté qui déprave; l'assemblage, en un mot, de tous les vices et de toutes les immoralités : tel est le spectacle offert par les prisons qui ne sont point encore entrées dans la voie de la réforme.

A côté d'un État dont les pénitenciers pourraient servir de modèle, on en trouve un autre dont les prisons offrent l'exemple de tout ce qu'on doit éviter. Ainsi l'État de New- York est sans contredit l'un des plus avancés dans la voie de la réforme, et le iS'ew-Jersey , qui n'est séparé de lui que par un fleuve, a retenu tous les vices de l'ancien système (1).

L'Ohio, qui possède un code pénal remarquable par la douceur et l'humanité de ses dispositions, a des prisons barbares. Nous avons gémi profondément lorsqu'à Cincinnati , visitant la maison d'arrêt, nous y avons trouvé la moitié des détenus chargés de fers, et le reste plongé dans un cachot infect; et nous ne pourrions peindre l'impression douloureuse que nous avons éprouvée, lorsque, examinant la prison de la Nouvelle-Orléans, nous y avons vu des hommes confondus pèle-mèle avec des pourceaux, au milieu de toutes les ordures et de toutes les immondices (2). En renfermant les criminels, on ne songe point à les rendre meilleurs, mais seulement à dompter leur méchanceté; on les enchaîne comme les botes féroces; on ne les corrige pas, on les abrutit (3).

S'il est vrai que, dans le pays que nous venons de passer en

(4) Voyez la note de la page 97.

(2) Le lieu qui renferme les criminels condannés, Ji la Nouvelle-Oilëans, UQ saurait cire appelé une prison : c'est un affreux cloaque dans lequel ils sont entassés, et qui ne convient qu'à ces animaux immondes qu'on y trouve réunis aux prisonniers : il est à remarquer que tous ceux qui y sont détenus ne sont point esclaves; c'est la prison des hommes libres, 11 parait, du reste, que la nécessité d'une réforme dans le régime des prisons est sentie à la Louisiane : le gouverneur de cet Etat nous a dit qu'il demanderait incessamment à la législature une allocation de fonds pour cet objet. Il parait également certain que le système d'emprisonnement dans TOliio va être entièrement changé.

(3) En général, pour leurs prisons comme pour tout le reste, les Etats du Sud sont fort en arrière du Nord. Dans quelques-uns d'entre eux, la réforme du régime des prisons n'est nullement réclamée par l'opinion pidjlique ; tout récemment, on a aboli dans lu Géorgie le système pénitentiaire, qui y avait é|é établi un an auparavant.

revue, le système péniteiitaire soit totalement inconnu, il est également certain que ce système est incomplet dans les États mémo où il est en vigueur (1). Ainsi à New- York, à Philadelphie, à Boston, il y a des prisons nouvelles pour renfermer les condamnés dont la peine excède soit une, soit deux années d'emprisonnement; mais des établissements de même nature n'existent point pour recevoir les individus dont la peine est moindre, ou ceux qui , avant d'être jugés, sont arrêtés comme prévenus (2). A l'égard de ceux-ci rien n'a été changé: désordre, confusion, mélange des âges et des moralités^ tous les vicesdel'ancienrégimese retrouvent pour eux : nousavons vu dans la maison d'arrêt de New-York (Bridwell) plus de cinquante prévenus réunis dans la même salle (3). Ces détenus sont ceux pour lesquels on aurait dû d'abord créer des prisons bien réglées. On conçoit en effet que le prévenu qui n'a pas été déclaré coupable, et le condamné qui n'a commis qu'un léger délit, doivent être entourés d'une protection plus grande que les coupables plus avancés dans le crime, dont la culpabilité a été reconnue.

Les prévenus sont quelquefois innocents et toujours pré-

(1) Si la loi du 30 mars 1831 est exécutée dans la Pennsylvanie, cet État aura bientôt le système demprisonnement le plus complet qui ait existé aux Etats-Unis. Cette loi prescrit Tërection d'une piison sur le plan de l'emprisonnement solitaire, destinée à recevoir les prévenus, les détenus pour dettes, les témoins et les condamnés à une courte peine d'emprisonnement. — Voyez Acts of Ibe gênerai assembly relating to tlie eastern penitenliary and to tbe new prisons ofthe City and Counly of Philadelpbia, page 21.

(2] La prison de Blackwell-Island, à Kew-York, tout nouvellement construite, est la seule cpii ait été faite pour recevoir les condamnés à de courtes peines d'emprisonnement (for small offenses).

"^Cent acres de terre, dans l'île Black well, ont été acbetés par la ville de New-ïork en 1828. Elle y a établi un bâtiment à 1 instar de celui de Wethersfield, destiné à revevoir 200 mendiants et vagabonds, qui travaillent durant la semaine et reçoivent quelque inlruction le dimanche.

[Note du. traducteur allemand.) (3) Dans cette prison , où il n'y a que des prévenus , on ne. tient aucun compte de la différence des crimes dont ils sont inculpés , de la jeunesse des uns, de la vieille corruption des autres. Tous ces individus n'ont pas un lit , pas une chaise, pas une planche, pour se coucher ou pom- reposer leiu- tête. Us n'ont pas de cour où ils puissent respirer un air pur. — A quelques pa> de là il y a une prison parfaitement ordonnée, dans laquelle on renferme les criminels condamnés. Aux Etats-Unis, on trouve les meilleures prisons et les plus vicieuses.

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