‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 18 sur 142 · PREMIERE PARTIE, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, CHAPITRE I

sûmes tels. Comment tolère-t-on qu'ils trouvent dans la prison une corruption qu'ils n'y ont pas apportée?

S'ils sont coupables, pourquoi les placer dès l'abord dans une maison d'arrêt propre à les corrompre davantage, saufà les réformer ensuite dans la prison pénitentiaire, où ils seront envoyés après leur condamnation {j) ?

Évidemment il y a lacune dans un système de prisons qui présente de semblables anomalies. '

Ces contradictions choquantes proviennent surtout du défaut d'ensemble dans les diverses parties d'administration aux États-Unis.

Les grandes prisons (state prisons) , correspondantes à nos maisons centrales, appartiennent à l'État, qui les dirige; viennent ensuite les prisons du comté, qui en a la gestion ; et enfin les prisons de la cité, qui sont régies par celle-ci.

Les administrations particulières dans les États étant à peu près aussi indépendantes entre elles que les États le sont entre eux, il en résulte qu'elles n'agissent jamais de concert et simultanément. Tandis que l'une fait une réforme utile dans le cercle de ses pouvoirs, l'autre reste inactive et attachée aux traditions de la routine.

Nous verrons plus loin comment cette indépendance des localités, qui nuit à l'ensemble de tous leurs actes, a pourtant une influence bienfaisante en imprimant à chacune d'elles, dans la voie qu'elle suit librement, une marche plus prompte et plus énergique.

Du reste, nous ne signalerons pas plus longuement ce qu'il y a de défectueux dans le système des prisons aux États- Unis: si la France veut un jour imiter les pénitenciers d'Amérique, il lui importe surtout de connaître ceux qui peuvent servir de modèle. Les nouveaux établissements seront donc seuls l'objet de notre examen.

Nous voyons par ce qui précède que peu d'États ont complètement changé leur système d'emprisonnement: le nombre de ceux qui ont modifié leurs lois pénales est encore plus restreint. Plusieurs d'entre eux possèdent encore une partie des lois barbares qu'ils ont reçues de l'Angleterre.

Nous ne parlons point des États du Sud, où l'esclavage est en vigueur : partout où une moitié de la société est cruellement opprimée par l'autre, on doit s'attendre à trouver dans la loi de l'oppresseur une arme toujours prête à frapper la

nature qui se révolte ou l'humanité qui se plaint. La peine de mort et les coups, voilà tout le code pénal des esclaves (1). Mais si nous jetons un coup d'œil sur les États eux-mêmes qui n'ont plus d'esclaves, et dont la civilisation est la plus avancée, nous verrons cette civilisation s'allier, chez les uns, à des lois pénales pleines de douceur, et se mêler, chez les autres, à toutes les rigueurs du code de Dracon.

Qu'on rapproche seulement des lois de la Pennsylvanie celles de la Nouvelle-Angleterre, qui est peut-être le pays le plus éclairé de l'Union américaine. Dans le Massachussetts, il y a dix crimes différents qui sont punis de mort : entre autres, le viol et le vol avec effraction (2). Le Maine, le Rhode- Island et le Connecticut, comptent le même nombre de crimes capitaux (3). Parmi ces lois, quelques-unes contiennent les supplices les plus infamants , tels que le pilori ; d'autres, des cruautés révoltantes, telles que la marque et la mutilation (4). Il en est aussi qui prononcent des amendes dont le taux est l'équivalent d'une confiscation (5). Tandis qu'on trouve ces restes de barbarie dans des États qui sont en pos-

(1) On n'a point de prisons pour renfermer les esclaves : remprisonnement coûte trop cher ! la mort, le fouet, l'exil ne coûtent rien 1 de plus, pour lea exiler, on les vend, ce qui rapporte.

(2) Nous comprenons dans ce nombre les crimes contre le gouvernement fédéral, celui de haute trahison contre les États-Unis, la piraterie, le vol de la malle qui porte les dépêches du gouvernement.

(3) Les lois de ce dernier État prononcent aussi dans sept cas particuliers la peine de Temprisonnement perpétuel.

(4) Une loi du Connecticut porte que la mère qui cache la mort de son enfant naturel sera exposée aux galeies pendant une heure, ayant une corde nouée autour du cou.

Une autre loi du Massachussetts porte une amende contre la fornication ; elle ajoute que si le condamné ne paie pas cette amende dans les vingl-fjuatre heures, il recevra dix coups de fouet. Le coupable de blasphème est, d'après les lois du même pays, condamne au pilori et au fouet. Celui qui, dans le Rliode-Island, commet le crime de faux, est condamné au pilori. Pendant son exposition, on lui coupe un morceau de chaque oreille et on le marque à l'aide dun ferbrû.ant de la lettre C [counterfeiting). Après tout cela, il subit un emprisonnement qui n'excède pas six années *.

(5) Par exemple, une loi de l'État de Delaware prononce pour un seul crime une amende de 10,000 dollars (53,000 fr.).

* Nous n'avons pas besoin de dire que de pareilles lois sont tombée» en désuelu^Ie.

' [i^ole du iradacleuv amiricuin, p. IG.)

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