‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 23 sur 142 · PREMIERE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION I · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION I

tablirdansla prison un certain nombre de classifications. Mais, après avoir essayé ce moyen , on en a reconnu l'impuissance. Il y a des peines pareilles et des crimes appelés du môme nom, mais il n'y a pas deux moralités qui soient semblables; et ton tes les fois que des condamnés sont mis ensemble , il existe nécessairement une influence funeste des uns sur les autres, parce que, dans l'association des méchants, ce n'est pas le moins coupable qui agit sur le criminel, mais le plus dépravé qui a action sur celui qui l'est moins.

Il faut donc, dans l'impossibilité de classer les détenus, en venir à la séparation de tous (m).

Cette séparation, qui empèc4ie le méchant de nuire aux autres, lui est favorable à lui-même.

Jeté dans la solitude, il réfléchit. Placé seul en présence de son crime, il apprend à le haïr : et si son âme n'est pas encore blasée sur le mal , c'est dans l'isolement que le remords viendra l'assaillir.

l.a solitude est une peine sévère, mais un tel châtiment est mérité par le coupable. « Une prison destinée à punir, dit « M. Livingston, cesserait bientôt d'être un objet d'effroi, « si les condamnés qui la remplissent y entretenaient à a leur aise les relations de société dans lesquelles ils se com- « plaisaient avant d'être détenus (1). »

Cependant, quel que soit le crime du coupable, on ne doit point lui arracher la vie , quand la société ne veut que le priver de sa liberté. Tel serait cependant le résultat de l'isolement absolu, si aucune distraction ne venait en adoucir la rigueur.

Voilà pourquoi le travail est introduit dans la prison. Loin d'être une aggravation de peine, il est pour les détenus un véritable bienfait.

Mais alors môme que le criminel n'y trouverait pas un allégement à ses souffrances, il n'en devrait pas moins être forcé de s'y livrer. C'est l'oisivité qui l'a conduit au crime; en travaillant, il apprendra comment on vit honnêtement.

Sous un autre rapport, le travail du criminel est encore nécessaire : sa détention , dispendieuse pour la société quand il est oisif, devient moins onéreuse quand il travaille.

Les prisons d'Auburn, de Singsing, de Wethersfield, de

(1) Voyez inlrodaction au Code de la discipline des prisons.

Boston et de Philadelphie, reposent donc sur ces deux principes réunis : l'isolement et le travail. Ces principes, pour être salutaires, ne doivent point être séparés : l'un est inefficace sans l'autre.

Dans l'ancienne prison d'Auburn, on a essayé l'isolement sans travail , et les détenus qui ne sont pas devenus fous , ou qui ne sont pas morts de désespoir, ne sont rentrés dans la société que pour y commettre de nouveaux crimes.

A Baltimore , on essaie en ce moment le système du travail sans ('isolement, et cet essai ne paraît pas heureux.

Tout en admettant la moitié du principe de la solitude, on repousse l'autre; le pénitencier de cette ville contient un nombre de cellules égal à celui des détenus qui sont renfermés pendant la nuit; mais pendant le jour on leur permet de communiquer ensemble. Assurément la séparation de nuit est la plus importante ; cependant elle ne suffit pas. Les rapports que des criminels ont entre eux sont nécessairement corrupteurs ; et ces rapports doivent être évités, si l'on veut préserver les détenus de toute contagion mutuelle (n).

Bien pénétrés de cesvérités, les fondateurs du nouveau pénitencier de Philadelphie ont voulu que chaque prisonnier fût renfermédans une cellule particulière le jour comme la nuit.

Ils ont pensé que la séparation absol-ue et matérielle des criminels pouvait seule les garantir d'une souillure récip/'o que , et ils ont adopté le principe de l'isolement dans toute sa rigueur. D'après ce système , le condamné, une fois jeté dans sa cellule, y reste enfermé jus^qu'à l'expiration de sa peine ; il est séparé du monde entier; et le pénitencier, plein de malfaiteurs comme lui, mais isolés les uns des autres, ne lui' présente môme pas une société dans la prison. S'il est vrai que, dans les établissements de cette nature, tout le mal vienne des rapports que les détenus ont entre eux, on est forcé de reconnaîre que nulle part ce vice n'est plus sûrement évité qu'à Philadelphie, oii les prisonniers sont dans Timpossibilité matérielle de communiquer ensemble. Et il est incontestable que cet isolement parfait met le prisonnier à l'abri de toute contagion funeste (1).

Gomme dans aucune autre prison la solitude n'est plus complète qu'à Philadelphie, nulle part aussi la nécessité du

(1) V. Enquête sur le pénitencier de Philadelphie, n" 10.

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