‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 30 sur 142 · PREMIERE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION II · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION II

fini, et que les détenus sont rentrés dans leurs cellules solitaires, le silence qui se fait dans l'enceinte de ces vastes murailles, où tant de criminels sont renfermés, est un silence de mort. jNous avons souvent traversé pendant la nuit ces galeries sonores et muettes où brille incessamment la clarté d'une lampe : il nous semblait parcourir des catacombes ; il y avait là mille êtres vivants, et cependant c'était une solitude.

L'ordre d'un jour est celui de toute l'année. Ainsi se succèdent dans une accablante uniformité toutes les heures du condamné, depuis son entrée dans la prison jusqu'à l'expiration de sa peine. Le travail remplit toute la journée; la nuit tout entière est donnée an repos. Comme le travail est pénible et rude, de longues heures de repos sont nécessaires : elles ne manquent point au détenu entre le moment du coucher et celui du lever ; et avant d'avoir dormi, comme après son sommeil, il a encore du temps pour penser à sa solitude, à son crime et à sa misère.

Tous les pénitenciers n'ont point sans donte un régime semblable, mais tous les détenus d'une prison sont traités de la même manière. Il y a encore plus d'égalité dans la prison que dans la société.

Tous portent le même habit et mangent le même pain. Tous travaillent : il n'existe à cet égard d'autre distinction que celle qui résulte de l'aptitude naturelle à telle profession plutôt qu'à une autre. Dans aucun cas, le travail ne peut être interrompu. On a reconnu l'inconvénient de fixer une tache après l'accomplissement de laquelle le prisonnier serait libre de ne rien faire. 11 est essentiel, pour le détenu comme pour l'ordre de la prison, qu'il travaille sans cesse; pour lui, parce que l'oisiveté lui est funeste; pour la prison, parce que, selon l'observation du juge Powers, cinquante individus qui travaillent sont plus faciles à surveiller que dix condamnés qui ne font rien (1).

Leur nouriture est saine et abondante, mais grossière (2) ;

(1) V. Rapport do M G. Pio-ffors, 4S2S, p. 44.

(2) V. Stalufs nouveaux de l'État de ISew-lork, 2« vol., p. 707, § 57. Si l'on veut connaître en détail ce qni compose la nourriture des détenus à Au- Jjurn, voir le rapport du juge Powers, 1S28, p. 43, et la note manuscrite de l'agent comptable (Clerk d'Auburn. — Pour la nourriture h Wctliersfield, V. P>apportsur celle prison, 1828, p. 10.— Pour la nourriture à Boston, V. Loi du 11 mars 1828,— Pour Baltimore, V. Rules and régulations, p. G, 1829.)

elle doit soutenir leurs forces, et ne leur procurer aucime des sensations qui ne sont qu'agréables.

Nul ne peut suivre un autre régime que celui de la prison. Toute boisson fermentée y est interdite; on n'y boit que de l'eau (1). Le condamné qui posséderait des trésors n'en vivrait pas moins comme le plus pauvre de tous : et l'on ne voit point dans les nouvelles prisons d'Amérique ces cantines qu'on rencontre dans les nôtres, et dans lesquelles se vend aux détenus tout ce qui peut satisfaire leur gourmandise. L'abus du vin y est inconnu , puisque l'usage même en est proscrit.

Cette discipline est tout à la fois morale et juste. Il ne faut point que le lieu où la société a placé les criminels pour se repentir présente des scènes de joie et de débauche; et il est inique de laisser le criminel opulent dont la richesse môme augmente le crime se réjouir dans sa prison à côté du pauvre dont la misère atténue la faute (2).

L'assiduité au travail et la bonne conduite dans la prison ne font obtenir aux détenus aucun adoucissement de peine. L'expérience nous apprend que le criminel qui, dans la société, a commis les attentats les plus habiles et les plus audacieux, est souvent le moins rebelle dans la prison. Il est plus docile que les autres, parce qu'il est plus intelligent, et il sait se soumettre, quand il est sans puissance pour se révolter. Il est d'ordinaire plus adroit et plus actif au travail, surtout lorsqu'on lui indique, pour but de ses efforts, une jouissance peu éloignée; lors donc qu'on accorde aux détenus des privilèges à raison de leur conduite dans la prison, on risque beaucoup d'adoucir les rigueurs de l'em-

(1) Voyez Rapport sur la prison de Wethcrsûeltl, 1S28, p. 19.

(2) Nous n'indiquons ici que les points les plus importants dont se composent Tordre, lu discipline et Tadministralion des pénitenciers. Pour connaître avec détail les régies établies dans les nouvelles prisons, la division des heures de la journée, la nature des travaux, les devoirs des employés, ceux des prisonniers, la nature des châtiments autorisés, les obligations imposées aux entrepreneurs, etc., etc., il faut lire le règlement de la prison du Conneclicut (Wethersfield) dont nous donnons la traduction. V. n" 13. — V. aussi le règlement fait pour la prison de Boston par M. Austin le surintendant {!" janvier 1831). — El les deux rapports de M. Towers sur Auburn, 182G et 182S.— Et enfin le règlement du nouveau pénitencier de Philadelphie. Nous avons aussi consulté, pour cet objet, les notes manuscrites qui nous ont été remises par l'agent comptable d'Auburn et par le surintendant de Singsing (M. Wiltse).

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