PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION II
compte, soit à la législature, soit au gouverneur, de la situation financière et de l'état moral de la prison ; ils indiquent les abus existants et les améliorations à faire. Leurs rai)ports, imprimés par l'ordre des législatures, sont immédiatement livrés à la publicité et à la controverse; les journaux, dont le nombre y est immense (1), les reproduisent fidèlement. De cette manière , il n'y a pas un habitant des États-Unis qui ne sache comment sont gouvernées les prisons de son pays, et qui ne puisse, soit par ses opinions, soit par sa fortune, concourir à leur amélioration. L'intérêt général étant ainsi excité, il se forme dans chaque ville des sociétés particulières pour le progrès du régime des prisons: tous les établissements publics sont examinés avec soin; tous les abus sont reconnus et signalés. S'il faut construire de nouvelles prisons, les particuliers joignent leurs fonds à ceux de l'État pour en faire les frais. Cette attention générale, source d'une vigilance perpétuelle, amène de la part des employés des prisons un zèle extraordinaire et une circonspection extrême, qu'ils n'auraient point s'ils étaient placés dans l'ombre. Cette surveillance de l'opinion publique, qui leur cause des gènes, leur procure aussi des dédommagements, car c'est elle qui rend leurs fonctions élevées et honorables, de basses et obscures qu'elles étaient.
Nous venons devoir les éléments dont la prison se compose. Examinons maintenant comment elle agit dans la sphère de son organisation. A l'arrivée du condamné dans la prison , un médecin constate l'état de sa santé. On lui fait prendre un bain , on lui coupe les cheveux, et on lui donne
hoiioi'ed wilh ihe powcr of making and adminisleriiig ihe laws, shoulds £iequcntly visit Uùs prison. » (Y. RappoiL de M. Mies, 1829.)
Les nouveaux établissements pénilenliaires aUirent beaucoup de curieux, qui sont désireui de les visiler. Aux termes de la loi, le surintendant serait en da-oit de leur en refuser l'entrée ; mais il n'use jamais de ce droit ; et tous ceux qui se présentent sont admis moyennant une rétribution de 25 cents (1 fr. 32 c). Ces visites deviennent pour la prison une source de revenu, et r administration porte en recelte 1 argent qui en provient. Pendant Tannée 1830, la prison d'Auburn s'est créé, par cette seule voie, un produit de 1,024 dollars 87 cents (8,081 fr. 81 c). V. Statuts nouveaux de l'Etat de JNew-ïork, § 64, art. 2, cliap. 3, lit. 2, 4'part,, 2« vol.
(1) Il y en avait 239 en 1S30 dans le seul État de New-York ; et ce nombre a dû s'accroître encore depuis deux années. ( V. Winiam's Register, 1 831 , page 9fi.)
un habillement neuf, selon l'uniforme de la prison. A Philadelphie, on le conduit dans sa cellule solitaire, dont il ne sort jamais; c'est là qu'il travaille, mange et repose; et la construction de cette cellule est si complète, qu'il n'y a jamais pour lui nécessité d'en sortir (1).
A Auburn, à ^Yethersfield et dans les autres prisons de même nature, il est plongé d'abord dans le même isolement, mais c'est seulement pour quelques jours, après lesquels on le fait sortir de sa cellule pour l'occuper dans les ateliers (2). Dès la pointe du jour, les prisonniers sont éveillés au son d'une cloche, signal du lever : les geôliers ouvrent les portes. Les prisonniers se forment en ligne, sous la conduite de leurs gardiens respectifs, et se rendent d'abord dans la cour oîi ils font une halte pour laver leurs mains et leur visage, et de là dans leurs ateliers, où ils se mettent immédiatement à travailler. Le travail n'estinterrompuqu'à l'heure des repas. Il n'y a pas un seul i nstant consacré àla récréation (3) .
A Auburn , quand l'heure du déjeuner et du dîner est arrivée, les travaux sont suspendus, et tous les détenus se réunissentdans un large réfectoire. ASingsingetdanstousles autres pénitenciers, ils se retirent dans leurs cellules et y mangent chacun séparément. Cette dernière règle nous paraît préférable à celle d' Auburn. Il n'est pas sans inconvénients et même sans danger de rassembler dans un même local un si grand nombre de criminels, dont la réunion rend beaucoup plus difficile le maintien de la dicipline.
Le soir, à la chute du jour, les travaux cessent, et tous les condamnés sortent des ateliers pour rentcr dans leurs cellules. Le lever, le coucher, les repas, la sortie des cellules, l'entrée dans les ateliers, tout, pendant le jour, se passe dans le silence le plus profond , et Ton n'entend dans la prison que le bruit de ceux qui marchent et le mouvement des ouvriers qui travaillent. Mais, quand le jour est
(4) Chaque cellule est aérée par un ventilateur , et contient une fosse d'aisances que sa conslruclion rend parf.iitemenl inodore. Il faut avoir vu toutes les cellules de la prison de Philadelphie , et y avoir passé des journées entières , pour se fornift- une idée exacte de leur propreté et de la pureté de Tair qu'on y respire.
(2) Les cellules d'Auburn sont bien moins grandes que celles que la prison de Philadelphie ; elles ont sept pieds de longueur sur trois pieds et demi de largueur. Un air salubre y est entretenu par un ventilateur.
(3) A plus forte raison toute espèce de jeux de hasard y sont prohibés : les règlements sont uniformes sur ce point, et fidèlement exécutés.