‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 33 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION II

Ce système nous paraît d'une excessive sévérité. Nous ne disputons point à la société son droit, qui nous paraît incontestable, de chercher dans le travail du détenu l'endemnité que celui-ci lui doit : nous ignorons d'ailleurs jusqu'à quel point un pécule coiisidérable est utile au condamné qui, le plus souvent, quand il sort de piison, ne voit, dans l'argent amassé par lui, qu'un moyen de satisfaire des passions d'autant plus impérieuses qu'elles oîit été plus longtemps contenues. Mais quel serait l'inconvénient de donner au zèle du condamné un léger stimulant, à son activité une faible récompense? pourquoi ne jetterait-on pas dans sa solitude, et au milieu de ses soutfrances, un intérêt de gain qui;, si petit qu'il fût, n'en serait pas moins pour lui d'un prix immense? Bailleurs, n'est-il pas nécessaire qu'au jour de sa rentrée dans la société il ait, sinon des sommes considérables à sa disposition, du moins quelques n:oyens d'existence en attendant qu'on lui donne de l'ouvrugc (1)? Pourquoi ne pas adopter le régime de la prison de Baltimore, où, tout en reconnaissant le principe des autres pénitenciers d'Amérique, on en adoucit la rigueur? Dans cette prison, chaque condamné a sa tâche fixée pour la journée : quand il l'a finie, il ne cesse pas de travailler, mais il commence à travailler pour lui; tout ce qu'il fait après sa tâche compose donc son pécule; et comme la remise ne lui en est faite

ces effets puisse excéder 10 dollars (53 fr.). V. Statuts nouveaux de l'Etat de Kew-York, 4' part., cliap. 3, tit. 2, art. 2, § 62. — A Philadelphie, le swintendant peut donner aux criminels libérés 4 dollars (21 fr. 20 c,). — Art. 8 du règlement.) V. Rapport en 1831. — A Boston, il est autorisé à en donner 5, c'est-à-dire 26 fr. 50 c, et de plus il doit fournir à chaque détenu libéré un habillement complet (a décent suit ofclolhes), qui équivaut, dit-on, aune somme de 20 dollars (lOG fr.). Les inspecteurs de la prison du Massachussetts paraissent regretter qu'on donne tant aux condamnés sortants. Voyez leur rapport de 1830, p. !\. — Pour WethersQeld, Voyez Rapport sur la prison du Connecticut de 1828,

(1) En général, le moment le plus dangereux pour les condamnés libérés est celai de leur sortie de prison. Il n'est pas rare que tout leur pécule ne se dépense dans les vingt-quatre heures qui suivent leur mise en liberté. A Genève, pour remédier h ce mal, ou a coutume de ne point remettre aux condamnés leur pécule à linstant de leur sortie de prison. On le leur fait parvenir un peu plus tard, lorsqu'ils sont rendus au lieu de leur nouvelle résidence. On agit de même en France depuis quelque temps pour les condamnés qui sortent des bagnes et des maisons centrales. C'est une mesure sage qu'il importe de conserver.

qu'à Texpiralion de sa peine, on est sûr que l'argent qu'il a gagné (le la sorte ne sera point nuisible à la discipline de l'établissement. Il y eut un temps où les détenus de Baltimore pouvaient dépenser immédiatement, en achats de comestibles, l'argent composant leur pécule. Leur travail était alors beaucoup plus productif, mais on a reconnu les inconvénients d'une pareille tolérance, destructive de toute discipline, et aujourd'hui leur pécule reste intact jusqu'à leur sortie de prison (1).

Tel est l'ordre établi dans les pénitenciers d'Amérique. Nous avons dit que ce régime s'appliquait à tous les individus passibles de l'emprisonnement dans la prison centrale (state prison); cependant jusqu'à présent les femmes condamnées n'y ont point été soumises, si ce n'est dans l'État du Connecticut. On les trouve en général confondues ensemble dans les prisons d'Améi'ique comme elles le sont dans les nôtres; et là, comme chez nous, elles sont exposées à tous les vices qui naissent des communications mutuelles.

Quelques personnes pensent qu'il serait fort difficile d'appliquer aux femmes un système dont le silence forme la base : cependant l'expérience qu'on en a faite à Wethersfield , oii les femmes sont soumises, comme les autres détenus, àtoutes les rigueurs de l'isolement cellulaire pendant la nuit, et du silence absolu pendant le jour, prouve que la difficulté n'est pas insurmontable (2). Du reste, ce ne sont pas des embarras d'exécution qui ont, sur ce point, entravé la réforme des prisons aux Etats-Unis. Si, dans l'application du nouveau système pénitentiaire, on a omis les femmes, ce fait doit surtout être attribué au petit nombre de crimes qu'elles commettent : c'est parce qu'elles occupent peu de place dans la prison qu'on les a négligées (3). Il en est de même de la plupart

(1) Voyez rapport sur le pénitencier du Maryland, du 23 décembre 4828, adressé au gouverneur Kent. Et rapport^ id. , de 1830.

(2) La difficulté est double.

1° On pense généralement que les femmes se résignent plus difficilement que les hommes à un silence iibsolu ;

2" On manque, pour les y contraindre, d'un moyen coërcitif dont on se sert pour dompterles hommes. Les lois des Etats-Unis, qui autorisent le châtiment du fouet pour punir les détenus mâles, interdisent l'inlliction de cette peine disciplinaire aux femmes.

(3) V. Observations statistiques, pièce n° 173, § 4. Proportion des crimes commis parles hommes et le^ femmes.

La proportion des femmes condamnées aux hommes est, en Amérique, 1

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