MOYENS DISCIPLINAIRES
Nécessité de distinguer entre le système de Philadelphie et celui d'Auburn. Le premier, plus facile à mettre en vigueur et à maintenir. Celui d'Auburn a pour auxiliaires les chàtimenls corporels. — Discipline tempérée de Wetliersfield, — Pouvoir discrétionnaire des surintendants. — Question des châtiments corporels. — Quelle est leur influence sur l'état sanitaire du prisonnier.
Examinons maintenant par quels moyens disciplinaires l'ordre de choses que nous venons d'exposer s'établit et se soutient.
Comment le silence est-il rigoureusement maintenu parmi les criminels réunis? Comment obtient-on d'eux de travailler sans intérêt?
Il faut encore distinguer ici entre la discipline d'Aubui'n et celle de Philadelphie.
A Philadelphie, la discipline est aussi simple que le système lui-même. Le seul instant critique est celui de l'entrée dans la prison, La cellule solitaire du criminel est pendant quelques jours pleine de terribles fantômes. Agité de mille craintes, en proie à mille tourments, il accuse la société d'injustice etdecruauté, et, dans une telle disposition d'esprit, il lui arrive quelquefois de braver les ordres qu'on lui donne et de repousser les consolations qui lui sont offertes. Le seul châtiment que le règlement de la prison permette de lui infliger est l'emprisonnement dans une cellule ténébreuse avec réduction de nourriture. Il est rare qu'il faille plus de deux jours d'un tel régime pour soumettre le détenu le plus rebelle à la discipline. Lorsque le criminel a combattu les premières impressions de la solitude; dès qu'il a triomphé des
sur 10 ; en France, 1 sur 4 ; en Angleterre, 1 sur 5 ; à Londres, 1 sur 4 ; en Irlande, 1 sur 4 1/2 ; en Suisse, 1 sur 2 1/2 ; en Pologne, 1 sur 10, comme aux États-Unis.
(^oie du traducteur allemand. J
terreurs qui le poussaient à la folie ou au désespoir; lorsque, après s'être dëbatta dans sa cellule solitaire, au milieu des remords de sa conscience et des agitations de son âme, il est tombé d'accablement et a cherché dans le travail une distraction à ses maux, dès ce moment le \oilà dompté et soumis pour toujours aux règles de la prison. Quelle contravention à l'ordre peut-on commettre dans la solitude? La discipline tout entière se trouve dans le fait de l'isolement et dans l'impossibilité même où sont les prisonniers de violer la règle établie. Dans les autres prisons, les châtiments disciplinaires sont infligés aux détenus qui enfreignent la loi du silence , ou qui refusent de travailler. Mais le silence est facile à celui qui est seul , et le travail n'est point refusé par ceux dont il est l'unique consolation (1). Nous avons signalé l'inconvénient de l'isolement absolu , dont le vice est d'enlever à la soumission du détenu sa moralité ; mais nous devons en même temps en reconnaître les avantages sous le point de vue disciplinaire, et la facilité de gouverner un établissement de cette nature sans l'emploi de châtiments rigoureux et répétés est certainement un très grand bien. 11 en est qui voient dans l'ordre établi à Philadelphie un système compliqué, qui s'organise difficilement et se maintient avec peine. Ceux qui pensent ainsi nous semblent commettre une grande erreur. Le système de Philadelphie est dispendieux, mais non difficile à établir; et, une fois constitué, il se soutient de lui-même. C'est celui dont la discipline présente le moins d'embarras; chaque cellule est une prison dans la prison même, et les condamnés qui y sont détenus ne peuvent s'y rendre coupables de délits qui ne se commettent que dans l'association : il n'y a point de châtiments, parce qu'il n'y a point d'infraction.
La discipline d'Auburn, de Siiigsing, deBoston, deWethersfield et de Baltimore, ne sar.rait avoir le même carac-
(1) Le condamné serait assez enclin à prendi-e du travail ce qu'il lui en faut pour se désennuyer et exercer son corps, et à rester oi-if quand il se sent fatigué. !\Iais on n'admet point, et avec raison, un semblable arrangement ; il faut qu'il travaille toujours ou pas du tout. S'il refuse un travail suivi, on le place dans un cachot ténébreux. Il a donc à choisir entre une oisiveté continuelle au sein de l'obscurité, et un travail non interrompu dans sa cellule. Son choix ne se fait jamais attendre longtemps, et toujours il préfère le travail, (Voyez Rapport sur Philadelphie, 1831.)