RÉFORME
Illusions de quelques philanthropes sur le système pénitentiaire. — En quoi consistent ses avantages réels. ^ Les prisonniers ne peuvent se corrompre entre eux. — Moyens employés pour opérer leur réforme morale. — Instruction primaire et religieuse. — Avantages et inconvénients du système de Pliiladelphie à cet égard. — Le système d'Auburn, moins philosophique» dépend plus, pour son succès, des hommes chargés de son exécution. — Influence des hommes religieux sur la réforme. — Cette réforme est-elle obtenue ? — Distinguer entre la réforme radicale et la réforme extérieure.
SECTION PREMIÈRE
Il y a, en Amérique comme en Europe, des hommes estimables dont l'esprit se nourrit de rêveries philosophiques, et dont l'exti^ème sensibilité a besoin d'illusions. Ces hommes, pour lesquels la philanthropie est devenue un besoin, trouvent dans le système pénitentiaire un aliment à cette passion généreuse : prenant leur point de départ dans des abstractions qui s'écartent plus ou moins de la réalité, ils considèrent l'homme, quelque avancé qu'il soit dans le crime, comme susceptible d'être toujours rainené à la vertu , ils pensent que l'être le plus infâme peut dans tous les cas recouvrer le sentiment de l'honneur ; et, poursuivant les conséquences de cette opinion, ils entrevoient une époque oij tous les criminels étant radicalement réformés, les prisons se videront entièrement, et la justice n'aura plus de crimes à punir {z).
D'autres, peut-être sans avoir une conviction aussi profonde, marchent cependant dans la même voie; ils se sont constamment occupés de prisons : c'est le sujet auquel se rapportent les travaux de toute leur vie. La philanthropie est devenue pour eux une sorte de profession; et ils ont la monomanie du système pénitentiaire, qui leur semble le remède applicable à tous les maux de la société.
Nous croyons que les uns et les autres s'exagèrent le mé-
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rite de cette institution, dont on peut reconnaître les bienfaits réels, sans lui en attribuer d'imaginaires, qui ne sauraient lui appartenir.
Il y a d'abord un avantage incontestable, inhérent à un système pénitentiaire dont Tisolement Ibrme la base principale; c'est que les criminels ne deviennent pas dans leur prison pires qu'ils étaient en y entrant. En cela, ce système diffère essentiellement du régime de nos prisons, qui non-seulement ne rendent point les détenus meilleurs, mais encore les corrompent davantage. Chez nous, tous les grands crimes ont été, avant leur exécution, élaborés en quelque sorte dans les prisons, et délibérés dans les sociétés de malfaiteurs réunis. Telle est la funeste influence des méchants les uns sur les autres, qu'il suffit dans une prison d'un scélérat consommé, pour que tous ceux qui le voient et l'entendent se modèlent sur lui , et lui empruntent en peu de temps ses vices et son immoralité [aa).
Rien sans doute n'est plus funeste à la société que cet enseignement mutuel des prisons; et il est bien certain qu'on doit chez nous à cette dangereuse contagion une population spéciale de malfaiteurs qui devient chaque jour plus nombreuse et plus menaçante. C'est un mal auquel le système pénitentiaire des États-Unis remédie complètement.
Il est constant que toute contagion morale entre les détenus est impossible, surtout à Philadelphie, oîi d'épaisses murailles séparent les prisonniers le jour comme la nuit. Ce premier résultat est grave, et il faut bien se garder d'en méconnaître l'importance. Les théories sur la réforme des détenus sont vagues et incertaines (1). On ne sait })as encore j usqu'àquel point le méchant peut être régénéré, et par quels moyens cette régénération peut être obtenue : mais si l'on ignore l'efficacité de la prison pour rendre meilleure les détenus, on sait, parce que l'expérience l'a fait connaître, sa puissance pour les rendre pires. Les nouveaux pénitenciers dans lesquels cette influence contagieuse est évitée ont donc obtenu un avantage capital; et tant qu'on n'aura pas trouvé
{\) « . . . . Bul from a doser and mûre intimaie view of llic subjoct, I liavfl rallier abandoned a liope T once enleilaiiicd, oftbe <rcnc)(d rcfonnaiton of offcndcvs trliough llic penitentiary syslem. 1 iiow think lliat ils cliief good is in the prévention of crime, b) tbe conlinemont of criminals. » (M, iNiies, excommissaire du pcnilencier de Maryland, 22 décembre 1820.)