PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION III
et si l'on compare le nombre de ceuxquiy meurent avec celui des morts dans les anciennes prisons, on verra que les nouveaux pénitenciers, malgré leur régime sévère et leur discipline barbare, sont beaucoup pi us favorables à la vie des détenus. M. Ed. Livingston veut qu'à la peine du fouet on substitue, comme châtiment disciplinaire, Temprisonnement solitaire de jour et de nuit, sans travail, et avec réduction de nourriture; il ne paraît pas qu'à Wetliersfîeld cette peine, qu'on a coutume d'y infliger de préférence aux coups, ait produit de mauvais effets. Cependant on cite dans la prison de Lamberton (New-Jersey) dix individus qui sont morts par suite de ce genre de punition, tandis qu'il n'existe pas encore d'exemple d'un détenu qui ait été victime d'un châtiment corporel (1).
Dans l'ancienne prison de Walnut-Street il y avait, terme moyen, chaque année, un décès sur seize détenus, et dans celle de New-York (Newgate), un sur dix-neuf. Dans ces deux prisons les détenus n'étaient ni seuls, ni obligés au silence, ni soumis aux châtiments corporels (2).
Dans les nouveaux pénitenciers qui ont pour fondement le silence, l'isolement et la discipline des coups, les morts sont dans une pioportion infiniment moindre.
A Singsing il meurt un détenu sur trente-sept; àWetliersfield, un sur quarante-quatre; à Baltimore, un sur quarante-neuf; à Auburn, un sur cinquante-six; à Boston, un sur cinquante-huit.
Il y a plus : si l'on veut comparer la mortalité des détenus dans la prison à celle des hommes libres dans la société, cette comparaison sera encore favorable aux pénitenciers. En effet, dans la Pennsylvanie, il meurt chaque année un
(1) Voyez J-^ Rapport de la sociclé des prisons d.i Boston, p. 9-2.
(2) Yojcz Observations statistiques, pièce n" 17. A Auburn , los dtlenua sont traités plus durement : à Philadelphie, ils sont plus niallicurcux. A Auburn, où on les fouette, ils meurent moins f pi" à Philadelphie, où, par humanité, on les met dans un cachot solitaire et sombre. — Le surintendant de la prison de Walnut-Street , où les punitions disciplinaires sont douces, nous disait, lors de la visite qus nous y avons faite, qu'il faut sans cesse cliàtier les détenus pour leurs infractions à la discipline. Ainsi les châtiments disciplinaires de Walnut-Street, plus doux que ceux d'Auburn, sont tout à la fois plus répétés et plus fimestes à la vie des détenus que les punitions révères usitées dans cette dernière prison.
138 DU SYSTEME PÉMTEXTIAIRE.
individu sur treiile-neuf, et dans le Maryland un sur quarante-sept. Ainsi, dans les anciennes prisons où régnait la liberté des communications, et où la discipline était douce, on mourait moitié plus que dans la société; et dans les nouveaux pénitenciers, soumis au régime austère de l'isolement, du silence et des coups, on meurt moins (1).
Ces chiffres répondent mieux que tous les raisonnements possibles aux objections qui ont été faites.
Nous n'avons rien dit sur l'état sanitaire de la nouvelle prison de Philadelphie, qui est établie depuis trop peu de temps pour qu'on ait pu juger de ses effets. Tout nous porte à penser que le système de réclusion perpétuelle et absolue qui y est en vigueur sera moins favorable à la santé des prisonniers que le système d'Auburn. Cependant le médecin de l'établissement croit déjà pouvoir déclarer que la mortalité y sera moins considérable que dans l'ancienne prison de Wal- . nut-Street (2).
En résumé sur ce point, il faut reconnaître que le régime des pénitenciers d'Amérique est sévère. Tandis que la société dés États-Unis donne l'exemple de la liberté la plus étendue, les prisons du même pays offrent le spectacle du plus complet despotisme. Les citoyens soumis à la loi sont protégés par elle; ils n'ont cessé d'être libres que lorsqu'ils sont devenus méchants.
(1) V. Tables statistiques des États de New- York, de Pennsylvanie, du Conneclicut, du Jiaryland et du Massachussetts , à la fin du vol., pièce n° 17.
(2) Voyez Rapport sur le pénitencier de Philadelphie par les inspecteurs, 1831, et Observations de M. Bâche, médecin de la prison.