‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 41 sur 142 · PREMIERE PARTIE, CHAPITRE III, SECTION I · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, CHAPITRE III, SECTION I

tuit et religieux. L'école se fait de même à Singsirig, à Baltimore et à Boston (1). Dans cette dernière ville, nous avons vu des hommes de la plus grande distinction se charger de ces obscures fonctions; ils faisaient répéter la leçon à plusieurs criminels assemblés autour d'eux , quelquefois ils entremêlaient leurs observations de conseils si touchants, que les condamnés versaient des larmes d'attendrissement. Certes, si la réforme d'un criminel est possible par de tels moyens, c'est avec de tels hommes qu'on peut l'obtenir.

Maintenant, jusqu'à quel point cette réforme est-elle opérée par les différents systèmes que nous avons examinés?

Avant de répondre à cetle question, il serait nécessaire de s'entendre sur le sens qu'on attache au mot de réforme.

Entend-on par cette expression la réforme radicale, qui d'un méchant fait un honnête homme , et donne des vertus à qui n'avait que des vices ?

Une pareille régénération, si jamais elle a eu lieu, doit être bien rare; de quoi s'agit-il en effet?

De rendre sa pureté primitive à une âme que le crime à souillée. Or , la difficulté est immense. Il eût été plus facile pour le coupable de rester honnête, qu'il ne l'est de se relever après sa chute. En vain la société lui pardonne : sa conscience ne lui fait point de grâce. Quels que soient ses efforts, il ne retrouvera jamais cette délicatesse de l'honneur que donne seule une vie sans tache. Alors même qu'il prend le parti de vivre honnêtement, il n'oublie pas qu'il a été criminel; et ce souvenir, qui le prive de sa propre estime, enlève à sa vertu sa récompense et sa garantie.

Cependant, quand on songe à tous les moyens qui sont employés dans les prisons des États-Unis pour obtenir cette

(1) Voyez Rapports de M. Mies, 1829, 22 décembre. Nous devons dire qu'à Singsing, l'école, quoique faite avec soin, nous parait restreinte à un trop petit nombre de détenus. Le nombre de condamnés admis à l'école du dimanche varie de 60 à 80: faible proportion sur 1,000. (V.Rapport de 1832, sur Singsing.) La direction de cet établissement est trop matérielle, ce qui provient sans doute de ce que le surintendant et ses agents inférieurs sont uniquement préoccupés du maintien de l'ordre extérieur , dont l'existence est sans cesse menacée. Nous avons été témoins d'un fait qui prouve quel pourrait être le succès de lécole à Singsing, si elle recevait un jilus grand développement. Un pauvre nègre, qui avait appris à lire dans la prison, a récité par cœur, devant nous, deux pages de la Bible, qu'il avait étudiées durant ses loisirs de la semaine, et il n'a pas commis la moindre faute de mémoiie.

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régénération complète du méchant, il est difficile de penser qu'elle ne soit pas quelquefois la récompense de tant d'efforts. Elle peut être l'œuvre de la religion et des hommes pieux qui consacrent leur temps, leurs soins et leur vie tout entière à cet important objet. Si la société est impuissante ])Our gracier les consciences , la religion en a le pouvoir. Quand la société pardonne, elle met l'homme en liberté; voilà tout : ce n'est qu'un fait matériel. Lorsque Dieu fait grâce, il pardonne à l'àme. Avec ce pardon moral , le criminel regagne l'estime de lui-même , sans laquelle il n'y a point d'honnêteté. C'est un résultat auquel la société ne peut jamais prétendre, parce que les institutions humaines, puissantes sur les actions et sur les volontés, ne peuvent rien sur les consciences.

Nous avons vu, aux États-Unis, quelques personnes qui ont une grande foi dans cette réforme et dans les moyens mis en usage pour l'obtenir. M. Smith nous disait à Auburn, lors de notre visite, que sur les six cent cinquante détenus qui étaient dans cette prison, il y en avait déjà au moins cinquante qui étaient radicalement réformés, et qu'il considérait comme de bons chréiiens. M. Barrett, à WethersfieJd , estimait que sur les cent quatre-vingts détenus de ce pénitencier, quinze ou vingt étaient déjà dans un état de régénération complète (1).

Il serait inutile de discuter ici la question de savoir si MM. Smith et Barrett se trompent dans leur appréciation : il nous semble qu'on peut admettre avec eux l'existence de la réforme radicale. Seulement il est permis de croire que les cas en sont encore plus rares qu'ils ne le pensent eux-mêmes. C'est du moins l'opinion de presque tous les hommes éclairés avec lesquels nous nous sommes trouvés en relation aux États-Unis. M. Elam Lynds, qui a une grande expérience des prisons, va plus loin, et il considère la réforme intégrale du criminel comme une chimère qu'il n'est pas raisonnable de poursuivre (2). Peut-être, de son côté, tombe-t-il dans un autre excès, et une opinion aussi décourageante que la sienne aurait besoin, pour se faire adopter, d'être d'une vérité évidente. Il n'y a du reste aucun moyen humain de

(1) V. LeUre de M. Barrett, pièce xi" lit.

(2) \. Conversation avec M. Llaai Linds, pièce n" 11.

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