‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 45 sur 142 · PREMIERE PARTIE, CHAPITEE III, SECTION II · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, CHAPITEE III, SECTION II

des chiffres la preuve des effets que nous croyons pouvoir lui attribuer?

Lorsqu'on cherche à reconnaître l'influence du système pénitentiaire sur la société, on a coutume de poser ainsi la question :

Le nombre des crimes a-t-il augmenté ou diminué depuis que le système pénitentiaire est établi {bb) ?

La solution de toutes les questions de ce genre est extrêmement difficile aux États-Unis, parce qu'elle exige des documents statistiques qu'il est impossible de se procurer. Il n'existe dans l'Union, ni dans les États particuliers, aucune autorité centrale qui les possède. Ou obtient péniblement la statistique d'une ville, d'un comté, jamais de l'État entier (1).

La Pennsylvanie est le seul où nous ayons pu connaître le nombre total des crimes. Pendant l'année 1830, il y a eu 2084 individus condamnés à l'emprisonnement dans la Pennsylvanie; ce qui, comparé aune population de 1,347,672 habitants, donne un condamné à l'emprisonnement sur 653 habitants (2).

Dans les autres États, nous avons obtenu des renseignements fort exacts sur le nombre de certains crimes, mais jamais de la totalité des délits: ainsi, nous savons seulement le nombre des infractions qui, dans les États de New-York, du Massachussetts, du Coiinecticut et du Maryland,font condamner les criminels à la prison centrale (state prison) (3).

Si nous prenons ces condamnés spéciaux pour base de nos observations, nous voyons que, dans les États de New-York, du Massachussetts et du Maryland, le nombre des criminels, comparé à la population, va en diminuant; que, dans l'État

(J) Nous avons cependiinl trouvé, dans les autorités des dilTérenls Liais, une bienveillance toute particulière et un empressement extrême à nous procurer les lumières que nous désirions. M. Flagg, secrétaire d'Etal à Albany; M. Rikcr, recorder à New-York; :MM. M. llvaine et Roberts Vaux, à Philadelphie: M. Gray, à Boston, et Ions les inspecteurs des prisons nouvelles, nous ont fourni une giaude quantité de documents précieux.

.AI. Riker nous a fait obtenir le relevé général des crimes commis dans tout ri'itat de New-York pendant l'année 1830. C'est un document fort intéressant ; mais nous ne le possédons que pour une année.

(2) Y. Notes statistiques, pièce n" 16.

(3) Y. Observations statistiques et comparées^ pièce n° 17,

du Connecticut, il augmente, pendant qu'il est stationnaire dans la Pennsylvanie (1).

Conclurons-nous de cet exposé que la prison du Connecticut est très mauvaise; que celles de New-York, du Massachussetts du Maryland, sont les seules bonnes^ et que celles de la Pennsylvanie sont meilleures que la première et moins bonnes que les secondes?

Cette conséquence serait étrange, car c'est un fait incontestable que le pénitencier du Connecticut vaut mieux que les prisons du Maryland et de la Pennsylvanie (2).

Si l'on veut examiner avec attention la situation de ces différents États, et les circonstances politiques dans lesquelles ils sont placés, on verra que le nombre plus ou moins considérable des crimes, de même que leur diminution et leur augmentation, peuvent tenir à des causes totalement étrangères au système pénitentiaire.

Il faut d'abord distinguer le nombre des crimes de leur accroissement : dans l'État de New-York il y a plus de crimes que dans la Pennsylvanie; cependant le nombre des crimes est stationnaire dans ce dernier État, tandis qu'il diminue dans le premier. Dans le Connecticut, où les crimes augmentent, il y a, en somme, moitié moins de crimes quje dans tous les autres États (3).

Nous ajouterons que, pour établir entre les divers États des points de comparaison bien fondés, il faudrait retrancher de la population de chacun d'eux les étrangers, et ne comparer que les crimes commis par la population sédentaire; en procédant ainsi, on trouverait que le Maryland est, de tous les États, celui dont la population sédentaire commet le plus de crimes. Ce fait s'explique par une cause particulière aux États du Sud, la présence de la race noire. En général, il a été observé que, dans les États où il y a un nègre sur trente blancs, les prisons contiennent un nègre sur quatre blancs (4).

Les États qui ont beaucoup de nègres doivent donc fournir

(1) V. Observations statistiques et comparées, pièce n"!?.

(2) Nous n'entendons parler ici que des anciennes prisons de la Pennsylvanie et du Maryland. Les nouveaux pénitenciers de ces Etats sont encore trop récents pour qu'on s'occupe de leurs effets,

(3) V. Observations statistiques et comparées, pièce n" 17.

(4) V. Observations statistique» et comparées, pièce n° 17.

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