PREMIERE PARTIE, CHAPITRE III, SECTION II
plus de crimes. Cette raison seule suffirait pour expliquer le chiffre élevé des crimes dans le Maryland : elle n'est cependant pas applicable à tous les États du .Sud; elle ne touche que ceux où l'aifranchissement des noirs est permis : car on se tromperait étrangement si l'on croyait qu'on évite les crimes des nègres en leur donnant la liberté; l'expérience apprend, au contraire, que, dans le Sud, le chiffre des crimes est grossi beaucoup plus par ceux des affranchis que par ceux des esclaves ; ainsi précisément parce que l'esclavage semble marcher à sa ruine, on verra pendant longtemps s'accroître dans le Sud le nombre des nouveaux affranchis, et avec eux celui des criminels {ce).
Tandis que le Sud des États-Unis renferme dans son sein ce principe fécond d'augmentation des délits, dans les États du Nord, au contraire, tels que New- York et le Massachussetts, plusieurs causes politiques tendent à la diminution des crimes.
Et d'abord, la population noire y décroît chaque jour à côté de la population blanche, qui s'y agrandit sans cesse.
D'un autre côté, dans ces mêmes États, les étrangers qui chaque année arrivent d'Europe sans moyens d'existence sont une cause de crimes qui va toujours en s'affaiblissant.
En effet , à mesure que la population devient plus considéble, le nombre des étrangers arrivants, quoique ne diminuant pas, est moindre relativement à la totalité des habitants. La population double en trente ans; mais le nombre des émigrants est à peu près toujours le même (1). De sorte que cette cause d'augmentation des crimes dans le Nord, quoique immobile en apparence, perd chaque année de sa force; le chiffre qui la représente, considéré isolément, esl toujours le même; mais il est plus petit, comparé à un autre chiffre, qui chaque jour devient plus grand.
Quelques personnes (2), aux États-Unis, pensent aussi que
(4) Nous croyons que le nombre des émigrants a beaucoup augmenté depuis peu. Mais cela n'empêche pas que, dans son ensemble, le raisonnement des auteurs ne soit vrai. Il est certain que la population croît bien plus vile qu^ le nombre des émigrés. (Note du traducteur américain, p. 62.)
(2) Cette expression, quelques Américains, est fort inexacte. Le vrai mot est tous les Américains, à l'exception de quelques-uns. Encore me serait-il diflicile de dire que j'en connaisse un seul.
[Note du traducteur ovu'ric.un, p. fiS.)
156 DU SYSTEME PENITEXTIAIRE.
les lainières (le l'instruction, si répandues dans les États du Nord, tendent à la diminution des crimes (1).
Dans l'État de New- York, sur une population de 2,000,000 d'habitants, 550,000 enfants sont instruits dans les écoles, et l'État seul dépense pour cet objet près de 6,000,000 fr. chaque année. Il semble qu'une population éclairée, à laquelle il ne manque aucun des débouchés que peuvent offrir l'agriculture, le commerce et l'industrie manufacturière, doive commettre moins de crimes que celle qui possède ces derniers avantages sans avoir les mêmes lumières pour les exploiter ; néanmoins, nous ne pensons pas qu'on doive attribuer à rinstriictioii cette diminution des crimes dans le Nord, car, dans le Connecticut, où elle est encore plus répandue que dans l'État de New-York, on voit les crimes augmenter avec une extrême rapidité; et si on ne peut reprocher aux lumières cet accroissement prodigieux, on est du moins forcé de reconnaître qu'elles n'ont pas la puissance de l'empêcher (2) ; du reste , nous ne prétendons pas expliquer ces étranges anomalies, offertes par des États dont les
(1) Entre autres, M. Edw. Livingslon. V. ses écrits, nolainmeiit sa lettre k Roberts Vaux, 1828, p. 14 et 15. — Le juge Powers considère l'ignorance et rinteiupérance comme les deux principales sources du crime. (Y. Rapport de Gershom Powers, de 1828, p. 50.)
(2) L'inst^.^ction, alors même qu'on ne la sépare point des croyances religieuses, fait naître une foule de besoins nouveaux, qui, s'ils ne sont pas satisfaits, poussent au crime ceux qui les éprouvent. Elle multiplie les raj^ports sociaux , elle est l'âme du commerce et de l'industrie , elle crée ainsi entre les individus mille occasions de fraude ou de mauvaise foi qui n'existent point au sein d'une population ignorante et grossière. Il est donc dans sa nature d'augmenter plutôt que de diminuer le nombre des crimes. Ce point paraît, du reste, aujourd liui , assez généralement reconnu : car, en Europe, il a été observé que les crimes sont en progression dans la plupart des pa\s où l'instruction est très répandue. Du reste, nous dirons k cette occasion notre opinion tout entière sur l'influence de l'instruction. Ses avantages nous paraissent infiniment supérieurs à ses inconvénients. Elle développe les intelligences et soutient toutes les industries. Elle prot(-ge ainsi la force morale et le bien-être matériel des peuples. Les plissions qu'elle excite, funestes à la société, quand rien ne les contente , deviennent fécondes en avantages lorsqu'elles peuvent atteindre le but qu'elles poursuivent. Ainsi l'insfi-uclion répand, il est vrai, parmi les hommes, quelques semences de corruption ; mais c'est elle aussi qui rend les peuples plus riches et plus forts. Cliez une nation entourée de voisins éclairés, elle est non-seulement un bienfait, mais encoi'e une nécessité politique. — V. Note sur l'instruction publique aux États-Unis, pièce ji" 5.