DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE II
français en général , par les observations qu'il a faites dans les prisons d'Amérique, oii il n'a jamais vu qu'un petit nombre de Français dispersés au milieu d'une multitude d'Américains (1).
Quanta nous, sans résoudre ce problème, nous croyons que la loi du silence serait infiniment plus pénible au Français qu'à l'Américain, dont le caractère est taciturne et réfléchi ; et, par cette raison, il nous semble qu'il serait encore plus difficile chez nous qu'en Amérique de maintenir la discipline pénitentiaire, dont le silence est le fondement, sans le secours des châtiments corporels. Nous sommes d'autant plus portés à penser ainsi , que la discipline des prisons en Amérique est favorisée par une autre circonstance sur laquelle nous ne devrions pas compter. Il y a en général aux États-Unis un esprit d'obéissance à la loi qui se retrouve même dans les prisons : sans avoir besoin d'indiquer ici les raisons politiques de ce fait, nous le constatons ; or, cet esprit de soumission à l'ordre établi n'existe pas chez nous au même point. Il y a au contraire, en France, dans l'esprit de la masse, une tendance fâcheuse à violer la règle: et ce penchant à l'insubordination nous paraît de nature à gêner encore la discipline des prisons.
Le système pénitentiaire, auquel il serait difficile, en France, de donner l'appui matériel des coups, qui cependant lui semblerait plus nécessaire qu'ailleurs, serait peutêtre aussi privé d'un auxiliaire moral qui, aux États-Unis, influe beaucoup sur son succès.
En Amérique, le mouvement qui a déterminé la réforme des prisons a été essentiellement religieux. Ce sont des hommes religieux qui ont conçu et accompli tout ce qui a été entrepris; ils n'agissaient pas seuls; mais ce sont eux qui, par leur zèle, donnaient l'impulsion à tous, et excitaient ainsi dans tous les esprits l'ardeur dont eux-mêmes étaient animés : aussi la religion est-elle encore aujourd'hui, dans toutes les prisons nouvelles, un des éléments fondamentaux de la discipline et de la réforme : c'est son influence qui produit seule les régénérations complètes; et même à l'égard des réformes moins profondes, nous avons vu qu'elle contribue beaucoup à les faire obtenir.
(1) V. noire conversation avec M. l-.lam Lynds, fin du vol.
11 est à craindre qu'en France cette assistance religieuse ne manque au système pénitentiaire.'
N'existerait-il pas quelque tiédeur de la part du clergé pour cette institution nouvelle, dont la philanthropie chez nous semble s'être emparée?
Et, d'un autre côté , si le clergé français se montrait zélé pour la réforme morale des criminels, l'opinion publique le verrait-elle avec faveur chargé de cette mission?
Il y a chez nous, dans un grand nombre , contre la religion et ses ministres , des passions qui n'existent point aux États-Unis, et notre clergé subit aussi des impressions inconnues aux sectes religieuses de l'Amérique.
En France, où pendant longtemps l'autel a lutté de concert avec le trône pour défendre le pouvoir royal, on ne s'est point encore habitué à séparer la religion de l'autorité , et les passions dont celle-ci est l'objet ont coutume de se porter sur l'autre.
Il résulte de là qu'en général l'opinion se montre peu favorable à ce qui est protégé par le zèle religieux ; et de leur côté les membres du clergé éprouvent peu de sympathie pour tout ce qui se présente sous les auspices de la faveur populaire.
En Amérique, au contraire, l'État et la religion ont toujours été parfaitement séparés l'un de l'autre; et on y voit les passions politiques se soulever contre le gouvernement, sans s'adresser jamais au culte. Voilà pourquoi la religion y est toujours hors de débat : et c'est ce qui explique l'absence de toute hostilité entre le peuple et les ministres de toutes les sectes.
Nous devons ajouter sur ce point une dernière observation : c'est qu'aux États-Unis le secours des hommes voués au culte venant à manquer , la réforme des prisons ne se trouve pas par cela même privée du secours de l'influence religieuse.
En effet, la société des États-Unis est elle-même éminemment religieuse, et ce fait a encore une grande influence sur la direction des établissements pénitentiaires; une foule d'hommes charitables qui ne sont engagés dans aucun ministère religieux consacrent cependant une partie de leur existence à la réforme moi'ale des criminels. Comme les croyances sont vivement enracinées dans les mœurs, il n'y a pas