COLONIES AGRICOLES
tel, il concourt à la direction des affaires et à la nomination des administrateurs.
A l'aide des fonds que lui fournissaient les dons volontaires de ses membres, la société acquérait une vaste étendue de terreins incultes, qu'elle divisait ensuite en lots de trois hectares et demi : 1,300 florins (2,743 fr.) devaient suffire à acheter, défricher et ensemencer ces trois hectares. Elle y plaçait alors le pauvre et sa famille, pouvant former en tout huit individus.
On sent que de pareils fermiers doivent se présenter dans un grand état de dénuement; ils sont souvent peu habitués au travail, ils ne possèdent point les instruments nécessaires ; enfin la terre qu'on leur confie produit peu pendant les années qui suivent le défrichement.
La société de bienfaisance, qui a donné asile au pauvre, n'a garde de l'abandonner à ses propres ressources; elle lui fournit au contraire tout ce qui peut lui être utile, instruments, troupeaux, vêtements, vivres ; mais elle les lui fournit à titre d'avances seulement ; seize ans forment le temps qu'on a jugé nécessaire pour que le nouvel arrivant puisse s'habituer à ses devoirs , rendre le terrein entièrement productif, et s'acquitter complètement des avances qu'a faites la société en sa faveur.
En retour des avantages qu'on lui accorde , et qui ne peuvent le dégrader, puisqu'on réalité ils ne constituent qu'un prêt , le colon est tenu à suivre la direction des administrateurs de l'établissement, à se soumettre à certaines prescriptions morales, et enfin à livrer chaque année la plus grande partie des produits de sa récolte, qui servent à l'acquitter envers la société. Une fois les avances de celle-ci couvertes (et nous avons vu qu'il était calculé qu'elles devaient l'être au plus tard en seize ans), le colon rentre dans l'exercice de tous ses droits ; il devient un véritable fermier, et ses rapports avec la colonie ne diffèrent en rien de ceux d'un autre fermier avec son maître. On évalue le prix de chaque ferme à 50 florins (105 fr.) par année.
Les rentes que se fait ainsi la société, et le surplus de l'argent provenant des donations de ses membres, doivent être employés à acheter de nouveaux terreins et à fonder gratuitement de nouvelles fermes.
On voit par cet exposé que la société de bienfaisance des Pays- Bas n'avait en vue qu'un but purement philanthropique et charitable. Elle eut soin de stimuler l'ardeur de ses membres en leur accordant des privilèges : tout homme , comme nous l'avons fait remarquer, pouvait, en payant la somme de 6 francs , devenir membre de l'association de bienfaisance ; mais tous les membres ne jouissaient pas des mêmes avantages.
Ceux qui donnaient à la société 1,600 florins (3,376 fr.), une fois pavés, acquéraient à perpétuité le droit de désigner la famille
278 COI.OMKS AfiKICOLCr,.
pauvre qu'il leur plaisait de faire ailineltre dans un des lots. Le même droit était'accordé à celui qui, pendant seize ans, payaitpour chacun des pauvres qu'il plaçait sur la colonie la sonnne de 23 florins (48 fr. 53 cent.), niontant des secours annuels réputés nécessaires au nouveau colon pendant seize ans, pour rendre productif le terrein qu'on lui confiait et le cultiver sans aide.
Le succès des colonies at;ricoles en Hollande fut bientôt constaté par l'expérience. Beaucoup de communes et d'administrations publiques ne tardèrent point à acheter le droit d'y envoyer à perpétuité des indiijents; et le gouvernement conçut enfin l'idée de traiter lui-même avec la société, afin de se décharger sur elle d'une partie de l'entretien des vagabonds et des enfants trouvés que les lois mettaient à sa charge.
C'est ce traité entre le gouvernement et l'association qui donna naissance aux colonies agricoles forcées.
On sent que le plan originaire de la société n'était point applicable à des enfants , auxquels on ne pouvait confier la culture des terres, et encore moins peut-être à des repris de justice, que le vice plus que l'infortune avaitordinairement conduits dans les dépôts de mendicité.
Et d'abord d était naturel de croire que leurs travaux seraient moins productifs que ceux des hommes faits et des pauvres libres. En conséquence, la société exigea qu'en lui payât pendant seizeans la somme annuelle de 45 florins (94 fr. 95 cent.) pour se charger d'un enfant, et celle de 35 florins (73 fr. 8 5 cent.) pour admettre dans ses établissements un pauvre qui sortirait des dépôts de mendicité.
L'administration de la colonie forcée devait également reposer sur des bases différentes de celles de la colonie libre : pour surveiller plus facUement les nouveaux colons, on les réunit dans un seul emplacement; on leur donna un vêtement particulier, pour leur rendre la fuite moins facile ; on les fit travailler sous la direction de gardiens, et on les soumit à une discipline sévère : au lieu de leur livrer une exploitation tout entière, on ne les traita que comme des ouvriers à la tâche dont une juste indenuiité encourageait les efforts, et qui étaient remis dans le sein de la société lorsque leur conduite à la colonie avait fourni à l'État des garanties suffisantes.
Les colonies forcées ne prospérèrent pas moins que les colonies libres : leurs succès, en quelques endroits, parurent même plus grands et plus rapides. Il était moins difficile, en effet, de contraindre un détenu au travail que de persuaiier au colon libre de quitter ses habitudes d'oisiveté et de cond)attre son ignorance.
Les colonies agricoles de la Hollande et de la Belgique contenaient déjà en 1 829 plus de 9,000 détenus, enfants trouvés ou coons libres,
COLOXIKS AGRICOLES. 279
Dans l'espace de div aimées, uae vaste étendue de territoire avait été livrée pour la première fois à l'agriculture et au développement de la population du royaume. L'Etat avait trouvé dans cette révolution des gages de tranquillité , le trésor public une nouvelle source de revenus et une plus grande encore d'économies : en effet, l'enfant et le mendiant coûtaient une fois moins cher dans la colonie agricole que dans les hôpitaux et les dépôts de mendicité; et le gouvernement, en payant pendant seize ans cette somme déjà réduite, acquérait de plus le droit de s'en affranchir à jamais.
Dans le court tableau que nous venons de tracer des colonies agricoles, notre but n'a été que de faire comprendre les bases du système sur lequel elles reposent. Quant à ceux qui désireraient connaître en détail cette belle institution, nous ne saurions mieux faire que de les renvoyer à l'excellent ouvrage que M. Huerne de Pommeuse vient de publier à ce sujet.
280 DE l'instruction PUBLIQUE.