I 8 NOTE
sociétés. Il est certain que les animaux qui vivent en troupes semblent n'être animés que par ce principe , et que quand ils sont dispersés, ils semblent avoir perdu la plus grande partie de leur énergie. Dans l'espèce des abeilles , ce qu'on appelle la mère-abeille ou la reine , exerce une puissance sympathique bien singulière sur les bourdons qui n'ont avec elle aucune relation d'amour. Ils ne s'agitent que pour elle ou par elle ; sa présence les anime et les excite au travail ; aussitôt qu'elle manque, ils cessent de travailler; ils tombent dans la langueur et périssent. Ainsi la mère-abeille semble le principe actif et comme le cerveau de toute la ruche. Il n'est point douteux que l'homme ne doive à la société toute la plénitude de facultés et de vie dont il est susceptible , par l'action que les individus exercent les uns sur les autres. L'homme n'est fort , ne vit agréablement qu'à coté de son semblable ; la solitude lui est funeste au physique et au moral. On croit avoir observé que dans les grandes sociétés , si les vieillards ne vivent pas plus long - temps , ils y jouissent du moins plus longtemps de leurs facultés, et que l'agitation générale les soutient contre l'affaissement de la caducité , comme si , dans ces sociétés , les individus s'excitaient réciproquement à vivre, et se servaient l'un à l'autre de stimulant.
Les effets imitatifs et sympathiques sont innombrables dans l'espèce humaine; et il faudrait voir si le nombre et l'étendue de ces effets ne seraient point en quelque proportion avec les différens dejirës de
sociabilité dans les différentes espèces d'êtres animés» Les effets de la pitié qui nous met à la place de celui qui souffre et nous fait souffrir comme lui ; ceux du rire , des larmes , du bâillement , des convulsions , de l'enthousiasme et du fanatisme, qui ne sont qu'une affection convulsive , se communiquent communément par le sens de la vue et de l'ouïe , peut-être aussi par celui du tact. Les effets du virus hydrophobique sembleraient prouver que les affections sympatiques peuvent aussi se transmettre par les humeurs empreintes des qualités et des dispositions vitales oii se trouvent les individus dont ces humeurs sont émanées. Les phénomènes de la sympathie observés et approfondis sous ce point de vue, parviendraient peut-être à jeter de nouvelles lumières sur le système de la génération et sur la cause des maladies épidémiques. Ces deux choses qui paraissent si disparates , se rapprocheraient beaucoup , s'il était vrai qu'une humeur morbifîque transmise d'un individu à un autre, ne fait que déterminer celui-ci à exécuter la même série de mouvemens qui constitue la maladie du premier. Il y aurait lieu de croire que la semence ou le virus qui donne la vie agit d'une manière analogue à celui qui donne une maladie ; c'est-à-dire, qu'il communique à l'embryon la disposition à répéter dans un certain ordre la série d'actes dont se compose la vie du père.
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